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Conférence de Munich : un an après le coup de tonnerre de J.D. Vance, le fossé transatlantique est béant

12 février 2026 à 05:45

Un an après le coup de tonnerre diplomatique déclenché par le vice-président J.D. Vance dans son discours de Munich, le projet américain d’exporter la révolution trumpiste en Europe marque le pas. Mais les Européens, pour leur part, n’ont toujours pas réussi à s’émanciper de Washington. Les deux piliers d’un Occident qui part en capilotade se regardent en chiens de faïence.

Sous Trump et Vance - le vice-président le plus présent à l’international depuis Dick Cheney, l’artisan de l’invasion de l’Irak en 2003 - les Etats-Unis ne font pas que négliger leurs alliés, piétiner le droit international et abandonner l’Ukraine. Le récent épisode groenlandais a montré qu’ils pouvaient aussi se muer en prédateurs.

Résultat, la méfiance se répand. Vance a été hué par le public milanais lorsqu’il est apparu à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver, le 6 février. Publié le même jour, un sondage YouGov atteste que dans les pays les plus pro-américains, ceux qui considèrent encore les Etats-Unis comme alliés ou amis deviennent minoritaires. Leur nombre a fondu comme neige au soleil en Allemagne (41 %, soit 30 points de moins que sous Joe Biden) comme au Royaume-Uni (46 %, 23 points de moins). Même les populistes doivent prendre leurs distances avec Trump. Lors de l’élection présidentielle qui vient de se tenir au Portugal, le candidat André Ventura, fan du président américain, a mordu la poussière.

Réunis l’an dernier dans l’hôtel Bayerischer Hof à Munich, les principaux responsables politico-militaires européens ont senti un abîme vertigineux s’ouvrir sous leurs pieds en écoutant le vice-président américain. Au moment même où ils prenaient enfin au sérieux les reproches des Etats-Unis sur le partage du fardeau de la défense, ceux-ci déplaçaient le conflit sur le terrain des valeurs ! Les Européens découvraient avec effroi que les principes exposés par l’orateur contredisaient directement leur pratique politique et leurs convictions progressistes.

Les Européens sont seuls désormais

Car que reproche la Maison-Blanche aux élites européennes ? D’abord, de faire obstacle à l’accès au pouvoir des populistes proches de Trump, en usant pour cela de moyens déloyaux tels que censure, instrumentalisation de la justice, isolement politique ou artifices procéduraux. Ensuite, de faire preuve de complaisance coupable vis-à-vis d’une immigration musulmane qui, selon la nouvelle Stratégie nationale de sécurité américaine, porterait en elle le risque d’une perte d’identité de l’Europe et saperait donc, à terme, la raison d’être du bouclier accordé par l’Amérique au Vieux Continent.

Côté européen, on dénonce en retour l’hypocrisie d’une administration présidentielle qui abandonne les valeurs communes de démocratie et de liberté au profit d’une politique impériale mercantiliste, égoïste et à caractère autoritaire. Quand Donald Trump prétend que la seule limite à son pouvoir personnel est son "sens moral", tout en diffusant sur son réseau social des vidéos à connotation raciste, beaucoup d’Européens attachés au lien transatlantique se sentent trahis. Car l’Amérique n’est pas le premier allié venu. Elle est la pierre angulaire de l’ordre mondial. Elle accorde sa garantie de sécurité mais elle détient aussi les clés de la prospérité mondiale, grâce à sa domination de la finance, du commerce et de la technologie.

Les Européens sont seuls désormais. Le fossé transatlantique, devenu béant, ne profite qu’à la Russie de Vladimir Poutine et à son grand protecteur, le Parti communiste chinois. Le réalisme impose de reconnaître que les pays européens sont encore peu capables de se défendre par eux-mêmes, sans le parapluie nucléaire et les autres armes de l’Amérique. Or, ce n’est qu’en s’affirmant en acteurs souverains et unis qu’ils pourront protéger efficacement leurs intérêts, que les guerres à venir soient militaires, commerciales, technologiques ou culturelles. Le chemin à parcourir est encore long. En attendant qu’ils y soient parvenus, leur situation restera fort périlleuse.

© EPA

Le vice-président américain J.D. Vance à la conférence de Munich, le 14 février 2025.
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