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JO 2026 : derrière le retour des Russes, une campagne d’influence patiemment construite

13 février 2026 à 08:00

Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, les patineurs russes Adeliia Petrosian, 18 ans et Petr Gumennik, 23 ans, représenteront sans doute longtemps un symbole. Celui du retour d’une délégation russe, aussi petite soit-elle, ("la plus modeste de l’histoire moderne", selon le quotidien russe Kommersant), aux Jeux olympiques d’hiver. D’autant plus dans une discipline où la réputation de domination de leur nation les précède.

Pour la première fois depuis les Jeux de Pékin en 2022, des athlètes russes et biélorusses peuvent de nouveau participer aux épreuves sportives hivernales prévues à Milan-Cortina pour l’édition 2026. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la présence des sportifs des deux nationalités avait été bannie par le CIO, suivi par une majorité de fédérations internationales, dont la plus importante : la Fifa. Quatre ans après, l’élan de bannissement semble se tarir, à la faveur de plusieurs facteurs, géopolitiques principalement.

Campagne d'influence

Sur le même modèle que pour les JO de Paris en 2024, vingt athlètes, dont treize Russes et sept Biélorusses, ont donc été autorisés à participer sous la bannière des athlètes individuels neutres (AIN). Selon le CIO, les sportifs ont été soumis à "des conditions d'éligibilité strictes", et leurs dossiers examinés par un comité spécial, particulièrement chargé de vérifier un quelconque passé militaire et/ou des traces de déclarations publiques de soutien à la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine. Deux motifs de rejet. Les patineurs Adeliia Petrosian et Petr Gumennik ont ainsi été les premiers à obtenir le précieux sésame en novembre dernier.

Selon plusieurs observateurs, le retour de la Russie sous bannière neutre est loin d'être surprenant tant il a été préparé par Moscou. "Il y a clairement eu une campagne d'influence russe, d'abord sur les sponsors et surtout sur des pays, avec qui il ont renforcé leurs liens en particulier en Afrique, en Asie et dans certains pays européens", souligne Jean-Baptiste Guégan, enseignant en géopolitique du sport à Sciences Po Paris et auteur de La guerre du sport, une nouvelle géopolitique (ed. Tallandier 2024). Pendant quatre ans, si la Russie s’est employée à une campagne de délégitimation des institutions sportives internationales, dénoncées comme instrumentalisées par l’Occident, "elle a aussi multiplié les canaux informels, envoyant des émissaires sport par sport, discipline par discipline", précise Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, dans un article publié sur le site de l’Institut. "Cette diplomatie sportive multivectorielle a visé à fissurer l’unité occidentale et à rouvrir progressivement des espaces de participation", poursuit-il.

En outre, la position du CIO, et notamment son rôle géopolitique, serait de plus en plus difficile à tenir. "Derrière le retour des athlètes russes, il y a des intérêts qui convergent de la part d’autres acteurs qui ne sont pas forcément des alliés, au grand désarroi des Ukrainiens", souligne Jean-Baptiste Guégan. "Pour un certain nombre de pays, dont les Etats-Unis à l’ère de Donald Trump, mais aussi Israël, et l’Arabie saoudite, mettre fin aux sanctions russes offre une certaine garantie ou opportunité d'éviter d'être sanctionné."

"Effet d'alignement institutionnel"

Pour autant, cela signifie-t-il que l’horizon est en train de s’ouvrir pour les athlètes russes dans le reste des compétitions internationales ? "Il existe un effet d’alignement institutionnel. Dès lors que les grandes instances olympiques entrouvrent la porte, même symboliquement, les fédérations internationales s’engouffrent dans la brèche", écrit Lukas Aubin.

Après l’accord du CIO pour le retour des athlètes russes sous bannière neutre à Paris en 2024 puis à Milan-Cortina cette année, certaines fédérations internationales, dont celle de judo, ont rétabli leur participation. Le comité international paralympique a également suivi.

Tandis que la plus importante de la planète, la Fifa, semble y penser. Début février, son président Gianni Infantino a ouvert la porte à des négociations autour d’une éventuelle levée des sanctions dans le football. Il avait alors déclaré que "cette interdiction n'a rien accompli, elle n'a fait qu'engendrer davantage de frustration et de haine". En attendant, la Russie a été exclue pour la deuxième fois du Mondial de football pour l'édition 2026 entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada.

Au-delà de l’enjeu géopolitique, cette réouverture à la Russie à la fois de la part du CIO et de fédérations internationales, "revêt aussi un facteur économique", note Jean-Baptiste Guégan. Avec ses 143 millions d’habitants, le pays reste un marché avec son lot de sportifs professionnels et de téléspectateurs.

© REUTERS

Petr Gumennik, un patineur artistique russe, concourt en simple masculin aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026.

Affaire Epstein : ses liens avec le Kremlin qui ont couté cher à l’Europe

13 février 2026 à 06:00

Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous... Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.

Alors que Donald Trump, pourtant proche du milliardaire Jeffrey Epstein, semble échapper au scandale, c’est en Europe que les retombées sont les plus retentissantes. Après la publication de centaines de milliers de documents par le ministère américain de la Justice, on découvre les liens entre Epstein et des personnalités politiques européennes de premier plan. En France, c’est un diplomate dont le nom apparaît dans les fichiers. Au Royaume-Uni, au-delà du prince Andrew, on apprend qu’un ancien ministre a été proche du milliardaire. Un scandale qui pourrait même faire tomber le Premier ministre britannique Keir Starmer, pourtant aucunement impliqué dans l’affaire.

Mais ces liens ont de quoi inquiéter autrement les Européens car ils pourraient faire les affaires de la Russie.

Pour décrypter les conséquences en Europe de ces révélations, Charles Haquet, rédacteur en chef du service Monde de L’Express, est dans cet épisode de La semaine européenne.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : France info, France 24

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© EPA/MAXPPP

Copies imprimées des dossiers Jeffrey Epstein à Miami, en Floride, le 10 février 2026, rendus publics en vertu de la loi sur la transparence. © CRISTOBAL HERRERA-ULASHKEVICH/EPA/MAXPPP

Alliances, pressions, négociations : la contre-attaque diplomatique d’Israël

13 février 2026 à 05:45

A l’horizon, la montagne vert foncé se détache sur le ciel bleu azur. Sur la ligne de crête, un étrange liseré blanc semble les séparer. Peu à peu, en se rapprochant, le trait blanc, plus net, se révèle être un mur, le long de la frontière israélo-libanaise. Quasi inexistant à l’aube du pogrom du 7-Octobre, il borde aujourd’hui 70 % de cette frontière pour prévenir, ou tout au moins compliquer, une attaque éventuelle du Hezbollah, proxy iranien toujours très présent au sud Liban.

Un projet similaire démarre aussi le long de la frontière avec la Jordanie, malgré un traité de paix signé avec Amman en 1994. "Malheureusement, de nombreuses forces islamistes radicales se développent en Jordanie", explique Sharren Haskel, vice-ministre israélienne des Affaires étrangères. Une réalité que le Royaume hachémite tente également d’endiguer. En avril 2025, le ministre jordanien de l'Intérieur, Mazen al-Faray, a décidé "d’interdire toutes les activités" des Frères musulmans, celles-ci étant "susceptibles de porter atteinte à la stabilité et à la sécurité" du pays.

A quoi bon construire ces murs ? L’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, a prouvé que les obstacles physiques ne garantissent pas la sécurité. "Le mur est important, mais il n’est qu’un élément de notre politique", précise Sharren Haskel. La diplomatie en est un autre. "Depuis deux ans, elle sert uniquement la sécurité d'Israël. Pour ses dirigeants, Gaza n’est pas le cœur du problème. Pour eux, la ligne de front relie Gaza, Beyrouth, Damas, Sanaa et, bien sûr, Téhéran", souligne Eric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël (2019-2023), désormais consultant international. Toute la politique du gouvernement israélien, qu’elle soit militaire ou diplomatique, s’articule autour de cet axiome, en distinguant plusieurs catégories : les pays frontaliers ou non ; ceux qui sont une menace, ceux qui pourraient en représenter une et, enfin, ceux qui sont des amis réels ou de circonstance. Pour mesurer l'ampleur de ce mouvement, il faut regarder une carte du Proche et Moyen-Orient. Partout, l’Etat hébreu met en place des sortes de "tampons diplomatico-militaires" à proximité de ses ennemis - l’Iran des mollahs et tous les pays où des forces islamistes radicales l’emportent -, tout en renforçant des liens anciens.

Le Somaliland, son nouvel allié

Ainsi, Israël vient tout juste de se faire un nouvel ami, le Somaliland. Après l’annonce surprise d’un "accord de reconnaissance mutuelle" le 26 décembre dernier, les nouveaux alliés ne se quittent plus. En moins d’un mois, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, s’est rendu sur place ; une délégation du Somaliland est venue en Israël et, enfin, le président israélien, Isaac Herzog, a rencontré à Davos son homologue, Abdirahman Mohamed Abdullahi. Pourquoi cette passion soudaine ? Parce que le Somaliland est un atout stratégique pour l’Etat hébreu, qui est lui-même une garantie de développement pour le pays africain. Situé dans la Corne de l’Afrique, celui-ci compte 5,7 millions de musulmans sur un territoire de 177 000 kilomètres carrés, soit huit fois la taille d’Israël. Ex-colonie britannique, ce territoire prend son indépendance en 1991 à l’issue de la guerre civile somalienne, sécession qui, avant l'accord avec Israël, n’avait jamais été reconnue par aucun pays au monde. Or, le Somaliland a une importance géostratégique. Situé à l’entrée du golfe d’Aden, il peut verrouiller l’accès à la mer Rouge. Surtout, ses côtes, qui ne sont qu’à 250 kilomètres de celles du Yémen, proxy iranien, affaibli depuis quelques mois comme les autres soutiens de Téhéran, mais qui promet de continuer à attaquer Israël, offrent une position militaire de premier choix pour une coopération en matière "de défense et le développement d’un partenariat stratégique", selon les termes de Gideon Sa'ar, lors de sa visite. Il s’est notamment rendu dans la ville de Berbera qui abrite l’un des rares ports en eau profonde de la région. Quant à son aéroport, des images satellites de ces douze derniers mois y révéleraient la construction de douze hangars d’une taille pouvant abriter avions de chasse et drones de combat. De là à imaginer qu’une base militaire israélienne s’y installe, il n’y a qu’un pas...

Les autorités yéménites houthies ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. Dès le 28 décembre, elles déclaraient que toute présence israélienne au Somaliland pourra être considérée comme "une cible militaire". De fait, la reconnaissance par Israël du Somaliland a été largement condamnée par la communauté internationale. Cependant, dans le monde arabe, trois pays se sont abstenus de le faire : les Emirats, le Bahreïn et le Maroc, ceux-là mêmes qui, en septembre 2020, avaient signé avec Israël les accords d’Abraham, lesquels n’ont pas été remis en cause pendant la guerre à Gaza. "Je pense que ces trois pays arabes reconnaîtront le Somaliland dès que nous aurons rejoint les accords d’Abraham", estime une source du Somaliland.

Partage de renseignements

Ce territoire devrait donc rapidement renforcer le "club" des Accords d’Abraham, cette initiative diplomatique majeure destinée, dès le départ, à contrer l’axe iranien. Cinq jours avant la fin de son premier mandat, en janvier 2021, le président Donald Trump avait d’ailleurs intégré Israël au Commandement central américain (Centcom) pour la région du Moyen-Orient, Asie centrale et Asie du Sud, alors que l’Etat hébreu faisait partie du commandement européen depuis des décennies. Dès novembre 2021, un exercice naval du Centcom en mer Rouge regroupait Israéliens, Emiratis et Bahreïnis aux côtés des Américains. Et lors de "la guerre des 12 jours" de juin dernier entre Israël et l’Iran, les Emirats arabes unis ont partagé des renseignements avec lsraël. La rencontre, le 24 janvier à Tel-Aviv, de l’amiral Brad Cooper, commandant du Centcom, avec Eyal Zamir, le chef d’état-major de Tsahal et d’autres gradés militaires israéliens, est, selon des sources militaires israéliennes, destinée à une coordination des forces en prévision d'une éventuelle opération militaire en Iran.

Israël se construit un solide réseau d'alliés pour contrebalancer l'axe mené par Téhéran.
Israël se construit un solide réseau d'alliés pour contrebalancer l'axe mené par Téhéran.

Autre pilier important du dispositif diplomatico-militaire israélien, l’Azerbaïdjan. Ce pays chiite, qui possède 600 kilomètres de frontière avec l’Iran, est une opportunité stratégique pour le Mossad. Les deux pays ont des relations étroites depuis 1993 – date à laquelle Israël ouvre son ambassade à Bakou, mais la réciprocité date de mars 2023 – qui n’ont fait que se renforcer dans les domaines économique, énergétique et militaire. Bakou s’est largement équipé auprès des industries israéliennes d’armement. En mai dernier, les ministres de la Défense des deux pays se rencontraient à Tel-Aviv pour "renforcer leur coopération" militaire.

Au nord-ouest de Jérusalem, l’Etat hébreu consolide ses liens avec la Grèce et Chypre, deux pays de l’Union européenne, afin d’avoir une position militaire forte en Méditerranée orientale face à la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, avec qui les relations se dégradent depuis 2010. Israéliens et Turcs ont fermé leurs missions diplomatiques pendant la guerre à Gaza. "La Turquie est l’un des grands gagnants du 7-Octobre, l’affaiblissement de l’Iran a contribué à la renforcer et le pouvoir turc soutient le Hamas depuis des années. Il est devenu très difficile de faire confiance à la Turquie", remarque Gallia Lindenstrauss, chercheur au sein de l’Institute for National Security Studies à l’université de Tel-Aviv. Or, avec l’appui de Donald Trump, Ankara veut déployer ses soldats à Gaza et au nord de la Syrie, autrement dit aux frontières sud et nord d’Israël. Pour contrebalancer cette situation, l’amitié avec Chypre et la Grèce est plus précieuse que jamais. Ainsi, le 22 décembre, le trio se réunissait à Jérusalem pour leur 10e sommet, qualifié de "mur de dissuasion contre la Turquie" par le quotidien israélien Yediot Aharonot, sachant que ces trois pays ont prévu des exercices militaires communs en 2026. Par ailleurs, l’espace aérien israélien étant très limité, les pilotes de l’armée de l’air israélienne s’entraînent dans l’espace aérien grec, après l’avoir fait pendant des années au-dessus de la Turquie.

"Finalement, l'Etat hebreu est dans une position stratégique bien meilleure qu’avant la guerre, résume Eric Danon. C’est la première fois depuis 1948 qu'Israël est sous une menace existentielle - puisque l’Iran continue de dire qu’il faut le détruire -, mais n’est plus pour autant dans un risque existentiel, car, aujourd’hui, aucun pays ne peut détruire Israël." Traumatisés par la déflagration du 7-Octobre, les Israéliens ne le ressentent toutefois pas ainsi. D’après un sondage* effectué en décembre dernier, seuls 43 % d'entre eux considèrent que la situation sécuritaire de leur pays est meilleure qu’elle ne l’était avant la guerre, 60 % pensent qu’une nouvelle intifada éclatera prochainement en Cisjordanie et 74 % estiment que le désarmement du Hamas, objectif majeur de la guerre, a peu ou pas été atteint.

*Sondage réalisé par Israël Democracy Institute auprès de 1 200 personnes.

© REUTERS

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s'exprime devant l'assemblée plénière de la Knesset, aux côtés du Premier ministre albanais Edi Rama, à Jérusalem, le 26 janvier 2026.
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