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Comment la Norvège a tenu bon face aux caprices de Donald Trump sur le prix Nobel de la paix

16 février 2026 à 18:40

Janvier 2026. Donald Trump envoie un message surréaliste au Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre. "Cher Jonas, considérant que votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel pour avoir empêché plus de huit guerres, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix […] mais je peux désormais réfléchir à ce qui est bon et juste pour les États-Unis", écrit l'ex-magnat de l'immobilier concluant par l’idée d’un "contrôle total et complet du Groenland". De leur côté, les Norvégiens n'en croient pas leurs yeux : "Pour la première fois dans l’histoire du prix Nobel, la guerre a été brandie parce qu’un chef d’État n’a pas reçu le prix de la paix", ironise Harald Stanghelle dans Aftenposten, repris par le magazine américain The Atlantic.

Si ce caprice présidentiel peut prêter à sourire, il illustre l’extrême pression exercée par le président américain sur Oslo autour du prix Nobel de la paix. Deux heures plus tôt, Jonas Gahr Støre avait proposé un dialogue pour apaiser la crise imminente autour du territoire danois semi-autonome. Alors qu'il rentrait reposé d'un séjour au ski, il ne s'attendait pas à ce qu'une missive mélangeant menace et exigences géopolitiques apparaissent sur son smartphone. Seul point positif : au moins, le président américain est joignable et répond à ses messages, contrairement à son prédécesseur Joe Biden.

Face à ces invectives, le Premier ministre norvégien a choisi la fermeté et la prudence. "Je ne vais pas me lancer dans une joute verbale. Je ne vais pas répondre", explique-t-il dans un entretien accordé à The Atlantic. Il a toutefois adressé un court message diplomatique à son homologue américain : "Je comprends votre message ; je pense toujours qu’il est utile de dialoguer." Jonas Gahr Støre a maintenu une ligne claire : la Norvège ne décide pas de l’attribution du prix Nobel de la Paix, qui relève d’un comité indépendant. "Toute pression serait vaine", rappelle-t-il encore une fois.

Un processus "déconnecté de la politique"

Par ailleurs, le fait que Donald Trump ait contacté son homologue norvégien révèle plusieurs incompréhensions du côté de la Maison Blanche : Jonas Gahr Støre n’a aucune autorité sur la politique danoise concernant le Groenland, convoité par le président américain, et aucun pouvoir sur la Fondation Nobel. Celle-ci est basée en Suède, et seul le prix Nobel de la paix est décerné à Oslo, conformément au testament d’Alfred Nobel.

De son côté, le directeur de l’Institut Nobel, Kristian Berg Harpviken, a ignoré les pressions du président américain. Le processus d’attribution, déconnecté de la politique, est strictement encadré : les délibérations restent confidentielles pendant 50 ans et tous les membres signent des accords de confidentialité, a-t-il assuré dans The Atlantic. Face aux accusations de partialité, la Fondation a choisi de renforcer la transparence et de communiquer davantage sur ses critères, estimant que "la meilleure stratégie pour dissiper les tensions est d’en parler".

Preuve que le Premier ministre norvégien ne se laisse pas impressionner par le géant américain : il en profite pour rappeler les réalités géopolitiques, notamment après les critiques de Donald Trump sur l’utilité de l’Otan au Forum de Davos en janvier 2026. "Les forces norvégiennes, en collaboration avec leurs alliés, surveillent les capacités russes dans l’Arctique. Cette expertise profite à tous, y compris aux États-Unis." Entre menaces présidentielles, obsession pour le Nobel et enjeux stratégiques dans le Grand Nord, la Norvège a su répondre avec autorité et communication prudente.

© REUTERS

Donald Trump a voulu jouer des muscles diplomatiques, sans réussir à ébranler le Premier ministre norvégien.

Iran, Ukraine... La Suisse retrouve sa place sur la scène diplomatique

16 février 2026 à 16:03

La Suisse refait surface sur la scène diplomatique. Mardi 17 février, en l’espace de quelques heures, la ville accueillera deux dossiers parmi les plus explosifs du moment. Le matin, les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, envoyés de Donald Trump, rencontreront des représentants iraniens pour tenter de négocier de nouvelles limitations au programme nucléaire de Téhéran. L’après-midi, le même duo retrouvera des négociateurs ukrainiens et russes. Objectif affiché : obtenir une avancée vers la fin du conflit en Ukraine "d’ici le début de l’été". Pour l’heure, les discussions achoppent notamment sur la question d’un possible partage territorial.

Si la Suisse n’est associée ni au contenu des négociations sur l’Ukraine ni à celui des discussions sur l’Iran, elle en fournit le décor, la logistique et le cadre. A noter que le pays helvétique de 9 millions d'habitants dispose d'une offre hôtelière haut de gamme très développée, avec plusieurs dizaines d'hôtels classés cinq étoiles. Alors que le tourisme haut de gamme sert de pilier à l'économie locale, il y a un volet bien plus stratégique : Genève redevient désormais un lieu où l’on vient parler quand tout semble bloqué. En jouant encore une fois les hôtes parfaits, le pays renforce l'image de la Suisse comme médiateur fiable et entretient son réseau diplomatique.

Et le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) dirigé par Ignazio Cassis l'a bien compris. Après avoir salué, vendredi 13 février, la tenue à Genève des négociations sur l’Ukraine, le DFAE a confirmé ce week-end celles sur l’Iran. "La Suisse se tient prête en tout temps à offrir ses bons offices afin de faciliter le dialogue entre les Etats-Unis et l’Iran. Le DFAE est en contact avec les parties et a réitéré sa disponibilité pour soutenir toute initiative diplomatique visant à promouvoir la désescalade", communique le DFAE dont les propos ont été repris par nos confrères du Temps.

Une opération séduction qui a porté ses fruits

Ce retour de Genève n’a rien d’un hasard. Ces derniers mois, les autorités suisses ont activement œuvré pour ramener Moscou et Téhéran à la table des discussions sur les bords du Léman. Une véritable opération de reconquête diplomatique, après avoir été accusées d’être trop alignées sur les intérêts de l’Union européenne. En mars 2024, l’ambassadeur russe auprès de l’ONU à Genève reprochait à la Suisse d’avoir perdu sa neutralité en reprenant les sanctions européennes contre Moscou après l’invasion de l’Ukraine. La Russie s’était alors montrée réticente à toute initiative menée par Berne.

Lors de son déplacement à Moscou en février 2025, Ignazio Cassis, venu en tant que président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a profité de sa visite pour plaider en faveur d’un retour des négociations près des monts alpins. Son dernier passage dans la capitale russe remontait à juin 2019. Côté iranien aussi la diplomatie suisse s'est activée : en août 2025, quelques semaines après les bombardements israéliens et américains contre des sites nucléaires iraniens, l’ambassadeur Gabriel Lüchinger s’est rendu à Téhéran pour proposer Genève comme lieu de dialogue.

A noter que depuis la rupture des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran après la crise des otages de 1980, la Suisse représente les intérêts américains en Iran. En tant que puissance protectrice, elle s'occupe des affaires consulaires entre les deux pays. Un rôle d’intermédiaire institutionnel qui a permis, pendant des décennies, de maintenir un minimum de canal diplomatique entre les deux pays. Entre hôtels de luxe et couloirs feutrés, Genève exerce un soft power discret mais réel.

© REUTERS

Le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, et l'envoyé spécial américain Steve Witkoff lors d'une annonce officielle concernant l'initiative du Conseil de la paix du président américain Donald Trump, en marge du 56e Forum économique mondial (WEF), à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026.
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