En position délicate en vue des élections législatives du mois d'avril, le Premier ministre hongrois Viktor Orban peut compter sur un soutien de taille à l'étranger : Donald Trump, déterminé à assurer le succès du dirigeant nationaliste, qu'il considère comme un allié essentiel des États-Unis.
Lors d'une conférence de presse au côté de Viktor Orban, à l'occasion d'une visite à Budapest lundi 16 février, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a assuré que les relations entre la Hongrie et les États-Unis entraient dans une "ère dorée" et laissé entendre que Washington pourrait aider financièrement le pays européen.
Donald Trump a déjà publiquement apporté son soutien à Viktor Orban, le qualifiant de "leader véritablement fort et puissant" ayant "prouvé sa capacité à obtenir des résultats phénoménaux", dans une publication sur les réseaux sociaux la semaine dernière. "Le président Trump est profondément attaché à votre réussite, car votre réussite est aussi la nôtre", a déclaré lundi Marco Rubio, qui comme le rappelle CNN s'était joint en 2019 à d'autres sénateurs des deux partis pour déplorer l'érosion considérable de la démocratie sous Orban. "Nous voulons que ce pays se porte bien. C'est dans notre intérêt national, surtout tant que vous êtes Premier ministre et dirigeant de ce pays", a-t-il ajouté. "Nous entrons dans une ère dorée des relations entre nos pays, non seulement en raison de la convergence de vue de nos peuples, mais aussi grâce à la relation que vous entretenez avec le président des États-Unis."
Scrutin disputé en vue
Les élections législatives du 12 avril s'annoncent comme les plus disputées depuis que le Fidesz de Viktor Orban est arrivé au pouvoir en 2010. Ce scrutin aura des conséquences majeures pour le Vieux Continent et le renforcement des mouvements politiques conservateurs et d'extrême droite en Europe. Le Premier ministre hongrois est très populaire au sein de l'ultradroite américaine en raison de son hostilité à l'immigration et de ses positions sociétales conservatrices. En rupture avec l'Union européenne sur de nombreux sujets, il affiche aussi sa proximité avec le président russe Vladimir Poutine, comme le Premier ministre slovaque Robert Fico auquel Marco Rubio a également rendu visite.
A Budapest, le chef de la diplomatie américaine a pris soin d'assurer que le résultat des élections d'avril dépendrait du choix des électeurs hongrois, tout en laissant entendre que seul un succès de Viktor Orban permettrait à son pays de bénéficier de la générosité américaine. "Si vous êtes confrontés à des difficultés financières, si votre croissance économique se heurte à des obstacles, si vous êtes confrontés à des menaces pour la stabilité de votre pays, je sais que le président Trump sera très intéressé, en raison de votre relation avec lui et de l'importance de ce pays, à trouver des moyens de vous aider", a dit Marco Rubio.
La Hongrie est confrontée à une très forte inflation depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a fait flamber les prix de l'énergie alors que Budapest dépend totalement de Moscou pour ses approvisionnements, et sa croissance est au point mort depuis trois ans.
Alors que les sondages d'intention de vote le donnent battu en avril, Viktor Orban a annoncé des baisses d'impôts, augmenté les salaires et encouragé les prêts immobiliers à taux bas, creusant le déficit budgétaire et prenant le risque de relancer l'inflation. L'hypothèse d'un "plan de sauvetage" américain, comme celui dont a bénéficié le président Javier Milei avant les récentes élections en Argentine, est régulièrement évoquée en Hongrie comme aux États-Unis.
31 janvier 2026 à Turin, au nord-ouest de la botte de l'Europe. Trente à cinquante mille manifestants convergent dans les rues pour protester contre la fermeture, un mois et demi plus tôt, du centre Askatasuna, un QG de la mouvance anarchiste. Maitrisée grâce au déploiement d'un large dispositif de sécurité, la situation dégénère en fin d'après-midi lorsqu'un noyau de quelque 1 500 individus s'engage dans des échauffourées avec les forces de l'ordre ; deux heures d'affrontements dont ressortent blessés une centaine de policiers. L'un d'eux est retrouvé avec une plaie à la cuisse. Quelques minutes plus tôt, l'agent a été pris à partie par un petit groupe qui l'a frappé à coups de poing, de pieds, et de... marteau.
Filmée, la scène a choqué l'Italie et résonne avec les images, deux semaines plus tard, du lynchage de Quentin, 23 ans, mort des suites d'une agression perpétrée en marge d'une conférence de l'eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po Lyon. D'abord pour son extrême violence. Ensuite, parce que celle-ci émanerait, d'après les premiers éléments de l'enquête, de groupuscules d'ultragauche, particulièrement actifs dans la péninsule italienne. Sur vingt-et-une attaques "terroristes" classées "gauche/anarchistes"au sein de l'Union européenne en 2024, dix-huit ont eu lieu en Italie, d'après l'agence Europol. Pour l'essentiel, les actions de cette mouvance consistent en des incendies et des sabotages, comme ceux coordonnés contre le réseau ferroviaire et revendiqués par un groupe anarchiste au premier jour des Jeux olympiques d’hiver de Milan–Cortina, au début du mois.
Cette agressivité ne manque pas d'alimenter la rhétorique sécuritaire de l'exécutif dirigé par Giorgia Meloni, qui agite régulièrement le spectre d'un retour aux fameuses années de plomb - décennie pendant laquelle l'extrême gauche italienne s'est livrée à une violence sans borne, allant des attaques contre des représentants de l'Etat à des enlèvements et assassinats ciblés. Alors, en réponse aux événements de Turin, qualifiés par la Présidente du conseil de "tentative de meurtre", le gouvernement italien a dégainé l'artillerie lourde en annonçant un décret-loi promettant à la fois de protéger davantage les forces de l'ordre sur le terrain et de muscler la réponse pénale aux violences politiques.
La tentation d'outrepasser l'Etat de droit
Le texte contient notamment une série de mesures visant les baby-gang (terme utilisé par la presse italienne pour désigner des groupes de jeunes délinquants qui opèrent en bande), parmi lesquelles l'interdiction de la vente de couteaux aux mineurs ou encore le recours à des amendes administratives à la charge des parents pouvant aller jusqu'à 1 000 euros. Mais ce n'est pas tout : si ces dispositions annoncées début février venaient à entrer en vigueur, toute personne suspectée d'avoir l'intention de provoquer des troubles pourra être retenue par la police pendant douze heures. L'objectif ? L'empêcher de se rendre à une manifestation dans laquelle elle pourrait provoquer des violences.
Une première pour l'Italie qui, depuis la période fasciste, n'était jamais allée jusqu'à prendre des mesures préventives de restriction de liberté. Mais une première qui pourrait vite prendre l'eau, anticipe le professeur de droit à l’Université de Brescia, Luca Mario Masera. "Il y a de fortes chances pour que cette disposition fasse l'objet d'une censure de la Cour constitutionnelle si un juge venait à la saisir", estime-t-il. Et pour cause, toute privation de liberté doit dériver d'une infraction effectivement commise. "L'article 5 de la CEDH est très clair, abonde Luca Mario Masera : on ne peut pas priver quelqu’un de sa liberté sur la seule base d’une appréciation de sa dangerosité sans porter atteinte à l'Etat de droit." En Italie comme ailleurs en Europe, les tentations de s'en écarter ne cessent pourtant d'essaimer.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni, ici le 9 janvier 2026 à Rome (Italie), doit faire face à une polémique liée à un questionnaire distribué à des lycéens.
A un peu plus d'un an de la fin de son second mandat, la politique de l'emploi d'Emmanuel Macron semble définitivement rattrapée par le réel. Alors que le chef de l'Etat avait fait du plein-emploi l'une de ses promesses de campagne, le taux de chômage a de nouveau légèrement augmenté à 7,9 % au quatrième trimestre 2025, très loin du cap de 5 % fixé par le président.
Depuis la sortie du Covid, il évolue dans un tunnel de 7 à 8 %, masquant de nombreuses disparités. "Le taux officiel ne reflète pas l’état réel du marché du travail, plus déprimé qu’on ne le pense en raison de l'augmentation des emplois précaires", souligne l'économiste Gilles Saint-Paul. Ailleurs en Europe, un étonnant croisement des courbes a lieu entre les pays du Nord et du Sud. Les PIGS - acronyme peu flatteur hérité de la crise financière, désignant le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne - ont remonté la pente, quand les pays scandinaves, présentés autrefois en modèle, empruntent le chemin inverse.
3894-INFOG-COMPARATEUR-chomage
Espagne : enfin un retour à la normale ?
C'est une première depuis 2008 : le taux de chômage espagnol est repassé sous la barre des 10 % au dernier trimestre, une dynamique largement portée par les travailleurs issus de l'immigration. Au plus fort de la crise, la péninsule ibérique a connu des pics à 27 %, avant que plusieurs réformes ne permettent de faciliter les embauches et les licenciements. Toutefois, observe Gilles Saint-Paul, "son économie est plus volatile que les autres". En période de croissance, le chômage chute rapidement. En cas de récession, il remonte tout aussi vite.
Suède : la flexisécurité ne suffit pas
La Suède s’appuie sur un modèle proche de la flexisécurité, chère à son voisin danois : une plus grande capacité de licenciement pour les entreprises, compensée par une protection sociale élevée et des politiques actives de retour à l’emploi. Longtemps contenu, le chômage est reparti à la hausse depuis la pandémie et n'a jamais retrouvé son niveau d'avant-crise. Il touche particulièrement les personnes nées à l’étranger et les jeunes, laissant pour le moment le gouvernement suédois sans solution.
Grèce : une lente décrue du chômage depuis la crise
Il aura fallu plus d'une décennie à la Grèce pour se remettre de la crise durant laquelle elle a frôlé la faillite. Baisse du salaire minimum, affaiblissement des conventions collectives, flexibilisation des contrats… Contraint par le FMI et l’Union européenne à mettre en place une série de réformes drastiques, Athènes a fini, lentement, par réduire la taille de sa population sans emploi. Ces derniers mois, le taux de chômage est revenu sous les 8 %, bien loin des sommets atteints en 2013 (28 %).
Finlande : l’étonnant bonnet d’âne européen
Dans le "pays le plus heureux du monde", la vie économique n'est pas un long fleuve tranquille. Depuis novembre 2025, la Finlande a piqué à l'Espagne le titre du taux de chômage le plus élevé de l'Union européenne. De quoi rappeler de mauvais souvenirs à Helsinki où, dans les années quatre-vingt-dix, "l’effondrement du bloc soviétique avait profondément déstabilisé l’économie", rappelle Gilles Saint-Paul. L'invasion de l'Ukraine par la Russie, pays avec lequel la Finlande entretenait de solides rapports commerciaux, n'a pas aidé.
Le taux de chômage varie fortement d'un pays européen à l'autre.
Italie : la bonne surprise en Europe
Du jamais vu depuis vingt ans : le taux de chômage italien est descendu à 5,7 % en novembre, fruit notamment des réformes du gouvernement Renzi en 2014. Mais cette embellie ne doit pas occulter les fragilités structurelles de l’Italie. "La pauvreté est plus répandue et plus diffuse, regrette Giorgio Di Giorgio, professeur de politique monétaire à l’université Luiss de Rome, et les faibles revenus pèsent sur le pouvoir d’achat d’une part croissante de la population." Les femmes, notamment, rencontrent encore de fortes difficultés d'accès à l’emploi.
Entre Bruxelles et Washington. Membre de l'Otan et candidate à l'adhésion à l'Union européenne depuis juin 2014, l'Albanie tente de concilier les deux lignes. En marge de la Conférence de sécurité de Munich, son ministre de la Défense a insisté sur la complémentarité de ces alliances pour Tirana. Francophone, ayant effectué ses études et une partie de sa vie professionnelle à Paris, Pirro Vengu observe avec attention les relations de son pays avec l'Europe de l'Ouest.
Dans un entretien à L'Express, il plaide pour une intégration rapide de l'Albanie à l'Union européenne, qu'il présente comme un levier de stabilité régionale et de puissance stratégique pour l'Union. Son pays est, avec le Monténégro, le plus avancé dans son processus d'adhésion à l'UE. Ils espèrent un feu vert d'ici 2030.
L’Express : Qu'avez-vous pensé de la Conférence de Munich de cette année ? Percevez-vous un changement d'atmosphère par rapport à celle de l'année dernière ?
Pirro Vengu : Je perçois surtout un engagement européen différent. Nos hôtes allemands ont exprimé vendredi 13 février à travers le discours du Chancelier Merz l'importance de la responsabilité européenne au sein de l'Otan. Cela implique plus d'ambition et un financement plus structurant de l’industrie européenne de défense. L’autre nouveauté, cette année, tient au positionnement de l’Europe comme partenaire autonome. Les deux mots comptent : une Europe autonome parce que souveraine, mais aussi partenaire, car capable de coopérer avec d’autres grandes puissances.
En parallèle, la présence de membres du Congrès américain - des sénateurs et des membres de la Chambre des représentants - a été particulièrement visible. Munich reste un thermomètre des relations internationales, en particulier transatlantiques. Côté européen, la conférence illustre bien les deux courants qui traversent actuellement le continent : une vision résolument transatlantiste, qui s’appuie sur les États-Unis, et une approche plus souverainiste, centrée sur l’autonomie européenne.
Le propos était centré sur une question fondamentale : l’avenir de l’Occident et les conditions de possibilité de sa prospérité. Capacité à se défendre, souveraineté technologique, autonomie industrielle, confiance culturelle - ce sont des débats légitimes.
D’un discours à l’autre nous ressentons un mouvement en trois temps, l’ordre libéral comme matrice internationale par défaut est désormais dépassé, et par un effet de contrepoids le retour de la politique des grandes puissances en vient à être légitimé, en libérant par ce biais l’Europe de son surplus normatif qui a caractérisé son fonctionnement ces dernières décennies.
Tous les Européens ne partagent pas nécessairement certaines références historiques employées. Mais je retiens une idée essentielle dans les deux discours : le déclin n’est pas une fatalité. L’Alliance atlantique ne peut pas être la gestion polie d’un affaiblissement progressif. Elle doit rester un projet de puissance démocratique assumée.
Peut-on parler d'un "éveil" européen face à ce changement d'attitude de l'allié américain ?
Le président Trump a provoqué un électrochoc de réalisme qui a réveillé l’Europe quant à ses responsabilités stratégiques. La méthode peut parfois sembler brutale, mais elle agit comme un rappel à la responsabilité. Paradoxalement, c’est aussi une manière de renforcer le lien transatlantique. Les États-Unis, le Canada et l’Europe - dans laquelle j’inclus l’Albanie - restent solidaires dans la défense de nos valeurs et de nos libertés. Paradoxalement, cette édition munichoise émet une lueur d'espoir sur la vitalité de l'Occident.
Comment l'Albanie se place-t-elle dans ce débat ?
L’Albanie est engagée aussi bien à Washington qu’à Bruxelles. Pour nous, ces priorités sont concomitantes : l’une ne va pas sans l’autre. Le leadership américain a clairement indiqué que l’Europe devait assumer davantage de responsabilités opérationnelles, industrielles et politiques au sein de l’Otan. Le moment est venu d’y répondre favorablement - et rapidement. On l’a vu avec la récente attribution de plusieurs commandements intégrés : les Britanniques dirigeront Norfolk, les Italiens Naples. Cette dernière décision est particulièrement importante pour l’Europe du Sud-Est - l’Albanie, le Kosovo et la région adriatique.
Je constate d’ailleurs une différence nette par rapport à l’an dernier : moins de confusion entre alliés, davantage de clarté et de responsabilités assumées. Ce changement est une bonne nouvelle pour l'Alliance.
Quelle place l'Albanie occupe-t-elle dans l'architecture de sécurité européenne ?
Nous voulons faire valoir auprès de nos interlocuteurs français ou allemands une chose : l'Albanie n'est pas là pour être le parent pauvre de l'Europe du Sud-Est. Nous voulons être un maillon fort. Pour cette raison, nous investissons aussi bien dans des réformes liées à l'Etat de droit qu'à des réformes économiques. Nous cherchons à consolider notre tissu industriel, en vue de pouvoir être mieux intégré dans la chaîne d'approvisionnement de l'industrie européenne.
Nous travaillons avec les alliés, notamment des entreprises de défense françaises et allemandes. Nous sommes en train de recréer un écosystème d'industrie de défense dans le pays, que nous avions perdu dans la période post-communiste. Cet effort aura de plus en plus besoin de partenariats avec des alliés, qu'ils soient américains ou européens. Nous devons aussi investir davantage dans la guerre électronique et le cyber. Ce sont des domaines dans lesquels de petits pays peuvent faire la différence, malgré la modestie de leurs moyens.
Au-delà de la question militaire, comment s'articule sa relation avec l'Union européenne ?
L'Albanie est le pays qui a fait le plus de progrès en termes de négociations d'adhésion à l'Union européenne ces deux dernières années. Nous avons pratiquement ouvert tous les chapitres et notre volonté est d'en clore certains dès cette année. Le gouvernement albanais a aussi l'ambition de clore l'aspect technique des négociations d'adhésion en 2027. Ce calendrier est très ambitieux, mais nous pensons qu'il est en cohérence avec les objectifs de l'Union européenne.
Comment percevez-vous ce processus ?
Cette adhésion est évidemment un processus technique et politique, conditionné à des réformes. Mais elle contient aussi un aspect stratégique. Notre adhésion peut devenir une carte géopolitique pour l'UE, en enlevant la possibilité à d'autres acteurs d'influer dans la région. Nous pensons que l'Albanie, pays membre de l'Otan, a la responsabilité et le rôle pour travailler en ce sens. Il est nécessaire de faire en sorte que toute la région soit de mieux en mieux ancrée dans l'Union européenne. Dans son allocution, Emmanuel Macron a appelé les Européens "à croire" en eux-mêmes. La meilleure manière de le faire - de manière rapide, réaliste, qui bénéficie à tous - est de jouer la carte de l'adhésion à l'Union européenne des pays d'Europe du sud-Est.
Le processus d'adhésion albanais est souvent perçu dans les pays d'Europe occidentale par le biais migratoire. Mais c'est mal prendre la question. Un pays comme l'Albanie, qui compte 2,5 millions d'habitants, n'a pas pour ambition de changer les règles du jeu de l'UE, ni de la transformer. Nous sommes tout autant les héritiers des traditions et des valeurs de l'Europe judéo-chrétienne que les Bavarois, qui nous ont invités pour cette conférence, ou que les citoyens français. J'insiste sur ce point car, souvent, en Europe du Nord et de l'Ouest, les questions d'immigration tendent à oblitérer l'importance géopolitique que ce processus d'adhésion a pour l'UE. Il s'agit de consolider l'Europe, de consolider la sécurité de ses nations, d’assurer sa prospérité en tant que puissance autonome.
Les Balkans ont longtemps été - et sont toujours en partie - assimilés à la "poudrière de l'Europe", eu égard aux conflits qui les ont déchirés dans les années 1990. Qu'en est-il de cette réalité aujourd'hui ?
Nous vivons aujourd’hui une réalité très différente, surtout depuis une décennie. Cela se voit d’abord dans la croissance économique : ces dernières années, elle se déplace vers l’Est, et même vers le Sud-Est. Le PIB de l’Albanie a doublé depuis 2016. La croissance est restée constante, entre 3 % et 4 % par an, portée par une discipline budgétaire rigoureuse, un secteur des services dynamique, un tourisme en plein essor et une main-d’œuvre compétitive. Nous entrons désormais dans une nouvelle phase : celle de la consolidation industrielle.
Dans les débats sur l’adhésion, certains alertent sur les risques de transferts financiers ou sur les questions agricoles. Mais l’Albanie compte 2,5 millions d’habitants et accueille chaque année 12 millions de touristes, dont plus de 80 % viennent de l’Union européenne. Cela signifie que les citoyens européens ont une image bien plus réaliste de la région que ne le suggèrent certains discours politiques.
Les tensions entre le Kosovo et la Serbie restent un point de fragilité régional. L’accord de normalisation présenté par l’UE en 2023 porte-t-il ses fruits ?
Un accord dont les instruments de ratification restent flous et dont les garanties de mise en œuvre ne sont pas clairement établies est voué à produire peu de résultats. Le Kosovo, pour sa part, a enregistré des avancées tangibles : consolidation de l’État de droit, croissance économique soutenue, coopération régionale renforcée en matière de sécurité et de commerce. Ces progrès sont mesurables et ne peuvent être relativisés. Ils ne sauraient être neutralisés par l’attentisme ou les ambiguïtés stratégiques de Belgrade, alors que les hésitations quant à son positionnement vis-à-vis de l’Occident apparaissent aujourd’hui clairement.
Dans ce contexte, notre position est simple : l’Union européenne et l’Otan doivent ajuster leur méthode. Il faut établir un cadre précis, avec des obligations claires, des échéances et des mécanismes de suivi pour les deux parties. La normalisation ne peut être un exercice procédural. Elle doit intégrer réconciliation et reconnaissance, dans la perspective d’un avenir commun en Europe.