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Cuba : Donald Trump a-t-il intérêt à provoquer la chute du régime ?

17 février 2026 à 20:00

"Cuba est la suivante", avance le journal américain The Nation. Fort de son succès éclatant à Caracas, marqué par le kidnapping de son président Nicolas Maduro, Donald Trump semble désormais pointer le viseur sur le régime cubain. "Il ne fait aucun doute que le président et son secrétaire d'État cubano-américain, Marco Rubio, considèrent Cuba comme le trophée ultime de l'après-guerre froide", reprend l'hebdomadaire. Mais le duo a-t-il réellement intérêt à décapiter le régime castriste?

L’île reste dominée par Raúl Castro, 94 ans, tandis que Miguel Díaz-Canel, 65 ans, assure la présidence de fait. Cuba traverse une crise énergétique sévère : la fin du soutien pétrolier du Venezuela, désormais sous la pression américaine, accentue les difficultés. À cela s’ajoutent les sanctions de Washington et un embargo en place depuis 1961. L’aide humanitaire, même lorsqu'elle est fournie par des voisins comme le Mexique, demeure marginale. Selon les services de renseignement américains, l’économie cubaine souffre de pénuries chroniques de produits essentiels et de médicaments, avec des coupures d’électricité fréquentes.

Pour Donald Trump, toute action contre Cuba pourrait avoir des conséquences directes sur l'immigration et, par ricochet, sur son électorat conservateur. En effet, des personnes migrantes pourraient tenter de rejoindre les États-Unis ou le Mexique à la recherche d'un meilleur cadre de vie si le régime castriste tombait. Selon Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l'Amérique Latine et des Caraïbes, sur RFI : "Même s’il n’existe pas de statistiques officielles, on estime que depuis cinq ans, un million et demi de Cubains sur les 11 millions que comptait l’île ont quitté le pays en raison de conditions de vie de plus en plus difficiles".

Et pour cause : entre 2018 et 2023, les prix des aliments ont augmenté de 470 %, selon l’AFP, plongeant de nombreux habitants dans une précarité inédite, faute de données officielles fournies par le pouvoir castriste.

L'outil migratoire comme levier politique à Caracas

Par ailleurs, le régime castriste a longtemps utilisé l’outil migratoire comme levier politique. Comme le rapporte Jean-Jacques Kourliandsky, un avion transportant 170 Cubains, résidant aux États-Unis, s’est récemment posé à La Havane après avoir été refoulé, dans le cadre d’un accord avec le gouvernement cubain. Signe de la coopération des autorités castristes. Selon le gouvernement cubain, Donald Trump a rapatrié plus de 1 600 Cubains en 2025. C’est environ le double du nombre de Cubains rapatriés en 2024. "Et durant ses années de présidence, Donald Trump a renvoyé plus de Cubains que ses trois prédécesseurs", précise le New York Times.

À l’approche des midterms de novembre 2026, ces enjeux deviennent électoralement sensibles. La Floride, État clé, abrite une diaspora cubano-américaine fortement anticastriste et historiquement républicaine. Toute arrivée importante de personnes migrantes sur le territoire risquerait de déplaire à cet électorat stratégique, compliquant la position de Donald Trump dans un État crucial pour les scrutins présidentiels.

Un risque d'instabilité aux portes de Cuba

Changer brutalement le régime créerait aussi un vide politique et économique : crise, instabilité et chaos régional pourraient être à prévoir. L’opposition locale reste faible et mal structurée, incapable de prendre le relais en cas de chute du pouvoir en place, soulignent nos confrères de RFI. Avec seulement 10 millions d’habitants, Cuba n’offre pas de retour sur investissement immédiat : les projets touristiques ou hôteliers nécessiteraient des capitaux lourds pour des bénéfices incertains. Alors que le Venezuela représentait un enjeu économique majeur pour la Maison-Blanche, de par ses réserves de pétrole, Cuba est devenu un objectif surtout politique, une obsession pour Marco Rubio qui voit l’île à portée de main.

Dans ce contexte, Donald Trump ne sait pas encore quel chemin suivre. Miser sur la diplomatie pour une solution négociée ou bien faire imploser le régime castriste ? Il privilégie pour l'instant, la pression économique et symbolique plutôt que l’action militaire directe. Jusqu’à présent, Washington n’a pas déployé de forces autour de Cuba, contrairement à ce qui a été fait au Venezuela. Les États-Unis misent sur sanctions et blocus pour affaiblir La Havane tout en maintenant un minimum de stabilité. En attendant, le régime castriste, déjà fragilisé, tient encore. Mais encore combien de temps ?

© REUTERS

Le président américain Donald Trump hésite encore sur la carter à jouer à Cuba. Suivre la ligne radicale de Marco Rubio ou bien miser sur la diplomatie ?

Parapluie nucléaire européen : l’Allemagne face au dilemme stratégique

17 février 2026 à 19:52

"J’ai entamé des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne", a déclaré le chancelier allemand Friedrich Merz le 13 février, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC). Une phrase qui relance un débat sensible, à mesure que l’Europe se retrouve prise en étau entre la menace russe et un soutien américain jugé moins prévisible.

À Munich, la question nucléaire s’est imposée comme un sujet central. En filigrane : faut-il renforcer un "parapluie nucléaire européen" autour des capacités françaises et britanniques, en complément — ou en alternative partielle — à la protection américaine via l’Otan ?

Aujourd’hui, la France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne disposant d’un arsenal indépendant. Le Royaume-Uni, partenaire clé de l’Alliance atlantique bien que sorti de l’UE, possède également l’arme nucléaire. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), Paris disposerait d’environ 290 têtes nucléaires, Londres de 225. En comparaison, la Russie en compterait plus de 4 300.

La crainte de voir arriver Nigel Farage ou Marine Le Pen

Mais en Allemagne, l’idée d’un parapluie européen élargi ne fait pas consensus. Si Friedrich Merz se dit prêt à explorer cette piste, son propre camp affiche des réserves. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, appelle à la prudence. "Il y a assez d’armes nucléaires dans le monde", a-t-il déclaré sur ARD, estimant que la priorité devrait être ailleurs — notamment dans l’augmentation rapide des budgets de défense des États membres, à hauteur de 5 %.

Le président du groupe parlementaire CDU, Jens Spahn, adopte, lui une autre ligne. Tout en plaidant pour davantage d’autonomie stratégique européenne, il s’interroge sur la stabilité politique des partenaires. Dans un entretien à Politico, repris par Euronews, il évoque l’hypothèse de victoires électorales de Nigel Farage au Royaume-Uni ou de Marine Le Pen en France : "Je ne sais pas si je veux compter sur eux", a-t-il déclaré, soulignant la fragilité potentielle d’un dispositif dépendant de futurs dirigeants.

Ne pas donner l'impression de tourner le dos aux Etats-Unis

Armin Laschet, autre figure de la CDU, juge quant à lui le débat non prioritaire. Il met en garde contre le signal envoyé à Washington : discuter trop ouvertement d’un parapluie européen pourrait être perçu comme un désengagement vis-à-vis de la protection américaine. Un équilibre délicat pour Berlin, qui cherche à renforcer la sécurité européenne sans donner l’impression de tourner le dos aux États-Unis. D’autant que les écarts de capacités restent considérables : ils ont à leur disposition 3 700 ogives nucléaires, selon la Fédération des scientifiques américains.

Par ailleurs, les États-Unis maintiennent également des ogives sur le sol européen : 35 en Italie, 15 en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, et 20 en Turquie, dans le cadre de la dissuasion de l’Otan. "L’Otan, elle, dispose d’un système de contrôle partagé avec les pays hôtes pour les armes nucléaires américaines qui sont stationnées dans certains pays européens. Ainsi, l’accord de Berlin est nécessaire pour l’utilisation des armes stationnées en Allemagne", expliquait dans L'Express, Emmanuelle Maitre, qui travaille à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris.

Ainsi, la dissuasion européenne resterait un complément et non un substitut à la protection outre-Atlantique. Entre volonté d’autonomie stratégique et attachement au parapluie américain, l’Allemagne avance donc sur une ligne de crête.

© via REUTERS

Le chancelier Friedrich Merz s'est exprimé en faveur du parapluie européen, malgré des divisions internes.

Affaire Epstein : ces liens troubles entre le prédateur sexuel et les campus américains

17 février 2026 à 16:40

Derrière les façades de brique rouge des universités américaines les plus prestigieuses, une question embarrassante refait surface : certaines recherches ont-elles été financées, directement ou indirectement, par l’argent de Jeffrey Epstein ? Mort en 2019 dans sa cellule alors qu’il était détenu pour trafic sexuel, le financier continue de hanter le monde académique. La publication récente de nouveaux documents par le ministère américain de la Justice ravive les interrogations sur l’étendue de ses liens avec plusieurs campus, note le quotidien américain le The New York Times (NYT).

Harvard, le MIT, Stanford, Bard College, Columbia… Au fil des années, Jeffrey Epstein a donné de l’argent – ou laissé miroiter des dons substantiels – à des chercheurs et à des institutions. Des universitaires dont les noms figurent aujourd’hui dans les dossiers affirment s’être tournés vers lui uniquement pour financer leurs travaux, y compris après sa condamnation en 2008 pour sollicitation de prostitution d’une mineure. Ils assurent n’avoir recherché qu’un soutien économique, dans un environnement où la levée de fonds est devenue une nécessité structurelle.

Aux États-Unis, la philanthropie privée est l’un des piliers du financement de l’enseignement supérieur. Le New York Times rappelle que les universités américaines cumulent plus de 927 milliards de dollars de dotations. Pourtant, même les établissements les plus riches restent en quête permanente de nouveaux fonds. "Certains présidents consacrent jusqu’à un quart de leur temps à la collecte de dons", souligne le quotidien outre-Atlantique. Dans ce système, chercheurs et administrateurs multiplient les contacts avec des mécènes potentiels. Une brèche dans laquelle Jeffrey Epstein s’est engouffré.

"Lever des fonds pour Bard"

Aujourd'hui, plusieurs dirigeant essaient de minimiser les dégâts. "Comme je le dis depuis des années, toute interaction avec Jeffrey Epstein n’avait qu’un seul but : lever des fonds pour Bard", s'est défendu le président de l’université, Leon Botstein. Sauf que comme le rappelle un autre article du New York Times, leur relation dépassait le cadre universitaire. Les récents documents dévoilés montrent que le président de Bard avait conclu un courriel de 2013 adressé au délinquant sexuel par "Tu me manques" et prévu un voyage sur l'île de Jeffrey Epstein en 2012, révélation faite par le Times Union, un journal américain local.

De son côté, Nicholas Christakis, professeur à Yale, a expliqué au New York Times n’avoir rencontré Jeffrey Epstein qu’une seule fois "dans le cadre d’une levée de fonds pour [son] laboratoire", précisant que celui-ci n’avait jamais reçu de financement de sa part. "Comme tout chercheur, je suis responsable du financement de mon laboratoire", a-t-il martelé.

"Un des plus grands soutiens des scientifiques"

Reste une question centrale : qu’y gagnait Jeffrey Epstein ? Le prestige des institutions fréquentées lui offrait une forme de respectabilité. Selon un rapport publié par Harvard en 2020, consulté par le NYT, certaines demandes du financier "semblaient s’inscrire dans une démarche plus vaste de réhabilitation" de son image. L’université y soulignait également que le site de la fondation d’Epstein avait surestimé ses dons de plusieurs dizaines de millions de dollars. D’après Le Monde, le prédateur sexuel aurait versé 7,5 millions de dollars à Harvard à partir des années 1990 ; en 2014, le site de l’université le présentait encore comme "l’un des plus grands soutiens des scientifiques".

Dans de nombreux cas, ses échanges semblent avoir été réalisés directement avec des professeurs, parfois à l’insu des services chargés de la collecte de fonds. À quelques exceptions près, dont Leon Botstein ou Lawrence H. Summers, alors président de Harvard, les contacts d’Epstein se situaient à des échelons intermédiaires, ses promesses n’étant pas toujours jugées suffisantes pour mobiliser les plus hauts dirigeants. Face aux répercussions, plusieurs établissements cherchent à prendre leurs distances. Certaines pages en ligne et certains emplois du temps ont été supprimés, des enquêtes internes ouvertes. Harvard a rendu publiques ses investigations sur les liens entre ses donateurs et Epstein.

D’autres universités ont choisi de couper court, reversant leurs contributions et condamnant publiquement ses crimes. En 2020, l’université d’État de l’Ohio annonçait ainsi qu’elle restituerait l’intégralité des fonds reçus de Jeffrey Epstein à une initiative de lutte contre le trafic d’êtres humains. Une manière d’éteindre l’incendie. Sauve qui peut.

© Arnaud Journois/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Le pédocriminel Jeffrey Epstein aurait réussi à s'attirer les bonnes grâces du monde universitaires en échange de promesses de financement juteuses.
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