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Iran : comment les frappes de Donald Trump fragilisent sa campagne pour les midterms

2 mars 2026 à 11:24

Seul un Américain sur quatre approuve les frappes des États-Unis contre l'Iran, tandis qu’environ la moitié — dont un républicain sur quatre — estime que le président Donald Trump est trop enclin à utiliser la force militaire, a révélé dimanche 1er mars un sondage Reuters/Ipsos au lendemain du déclenchement d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient. À quelques mois des midterms américains qui se dérouleront en novembre, le locataire de la Maison-Blanche risque gros avec les multiples attaques balistiques lancées sur l’Iran, qui ont décimé ses principaux dirigeants, dont le guide suprême Ali Khamenei, ont fait au moins 550 morts dans le pays et ont déclenché une guerre régionalisée dans le golfe du Moyen-Orient.

Car ces frappes ont propulsé une crise internationale au cœur de la campagne des élections de mi-mandat, exposant les fragilités politiques du président américain. Si les républicains ont majoritairement salué une opération "vitale", les démocrates ont averti qu’elle pourrait "dégénérer en une campagne militaire périlleuse et prolongée". Mais les divisions sont également internes : elles fissurent aussi la coalition du président. Selon le Washington Post, malgré les apparences d’unité, la décision militaire a "ébranlé des pans de la coalition qui lui a permis à deux reprises de conquérir la Maison-Blanche".

Une base isolationniste déboussolée

Donald Trump, élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur", avait assuré : "Je mettrai fin au chaos au Moyen-Orient" et "J’empêcherai la Troisième Guerre mondiale".

Pour une partie de sa base isolationniste, la décision de frapper à nouveau l'Iran marque donc une rupture. Des soutiens pourtant jusqu’ici largement acquis se montrent déboussolés sur les réseaux. Blake Neff, le producteur de "The Charlie Kirk Show" du nom de l’influenceur trumpiste assassiné puis porté en martyr de la cause Maga en septembre 2025, a expliqué ce week-end sur X que des amis conservateurs lui envoyaient des messages consternés au sujet de l’Iran : "C’est extrêmement déprimant", "Je ne voterai plus jamais à une élection nationale"… Pour sa part, le producteur a averti : "Si cette guerre est une victoire rapide, facile et décisive, la plupart d’entre eux s’en remettront. Mais si c'est n'est pas le cas, il y aura beaucoup de colère". Autrement dit, le pari militaire de Donald Trump pourrait se retourner politiquement contre lui si le conflit s’enlise.

Les chiffres qui pleuvent ces derniers jours illustrent cette vulnérabilité. Selon le Washington Post, les sondages montrent que la cote d’approbation de Donald Trump est tombée à 39 %, "son niveau le plus bas depuis l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole des États-Unis". Un autre sondage Washington Post-ABC News-Ipsos indique que 46 % seulement des électeurs de Donald Trump soutiennent l’usage de l’armée pour forcer des changements dans d’autres pays, contre 22 % qui s’y opposent et 30 % sans opinion — un soutien loin d’être unanime. Le New York Times rappelle de son côté qu’une enquête de l’Université du Maryland montrait récemment que seulement 21 % des Américains soutenaient une attaque contre l’Iran.

Une remise en cause de l'"America First" ?

Les deux journaux américains le soulignent, la décision présidentielle ravive aussi un débat existentiel au sein du Parti républicain. Entre "America First" et "la paix par la force", la ligne idéologique se brouille, et beaucoup se demandent laquelle des deux visions reprendra le dessus lorsque l’aire de Donald Trump sera finie. Des figures libertariennes dénoncent une trahison : "Je m’oppose à cette guerre. Ce n’est pas 'l’Amérique d’abord'", affirme le représentant républicain du Kentucky Thomas Massie auprès du NYT. D’autres, comme le jeune responsable républicain Cooper Jacks interrogé par le Washington Post, redoutent "d’entrer dans un conflit militaire de long terme qui va entraîner la mort d’Américains qui ne veulent pas vraiment combattre". À quelques mois des midterms, Donald Trump joue ainsi une partie à haut risque : transformer une démonstration de force en victoire politique rapide — ou voir la guerre miner la coalition hétéroclite qui l’a porté au pouvoir.

Peu de républicains de premier plan ont rompu ouvertement avec Donald Trump ces derniers jours. Mais dans les circonscriptions disputées, la prudence domine : "Les membres du parti engagés dans des courses électorales serrées se sont montrés prudents et, dans certains cas, discrets, reflétant un sentiment d'incertitude quant à savoir si le conflit va s'aggraver, et comment les électeurs vont réagir", souligne le NYT. Conscients du risque électoral qui pourrait leur faire perdre le contrôle du Congrès, certains républicains rappellent publiquement que toute opération militaire prolongée doit obtenir l’aval complet du Parlement.

© REUTERS

Donald Trump avait été élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur".

Les coulisses de l’attaque contre l’Iran : les infos de la CIA, les appels de MBS…

2 mars 2026 à 09:14

Les Etats-Unis ne percevaient aucune menace imminente de l’Iran contre eux lorsqu’ils ont, samedi 28 février, lancé une attaque d’ampleur contre le régime des mollahs, rapportent plusieurs médias américains au troisième jour de la guerre. Mais ces dernières semaines, une "fenêtre d’opportunité" se serait dessinée devant les yeux de Donald Trump, à mesure que deux de ses alliés du Moyen-Orient, Israël et l’Arabie saoudite, lui signalaient qu’il était temps de frapper. L’opération "Fureur épique", déclenchée après un important déploiement militaire américain — le plus massif dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003 — a visé les centres de commandement et les dirigeants iraniens. Dès la première heure, elle a entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis près de quarante ans, ainsi que de plusieurs hauts responsables. Ces dernières 48 heures, les frappes et représailles se sont multipliées entre Washington et Téhéran, faisant tomber des bombes sur plusieurs pays de la région, dont le Liban, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore les Emirats arabes unis.

Ces incitations extérieures sont intervenues à un moment où la séquence diplomatique entre les Etats-Unis et l'Iran s'essouflait depuis plusieurs semaines, laissant présager la fin des discussions. À l’issue de leur troisième rencontre à Genève le jeudi 26 février, les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont finalement tranché en estimant que Téhéran cherchait à préserver sa capacité d’enrichissement "afin de pouvoir, avec le temps, l’utiliser pour une bombe nucléaire". Le lendemain, en meeting à Corpus Christi (Texas) avant des primaires prévues mardi, Donald Trump a laissé entrevoir une décision imminente : "Nous avons une très grande décision à prendre, vous le savez. Pas facile, pas facile", déblatérait-il devant la foule. Samedi 28 février, alors que les bombardements débutaient, il évoquait des "menaces imminentes du régime iranien" et des "missiles à longue portée qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain", avant d’affirmer : "Aucun président n’a été prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir".

Les encouragements du prince saoudien

Selon le Washington Post, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a notamment joué un rôle déterminant dans cette séquence. Au cours du mois précédant l’attaque, il a multiplié les appels privés avec Donald Trump pour plaider en faveur d’une intervention américaine, tout en affichant publiquement son soutien à une solution diplomatique.

En parallèle des discussions engagées par l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner avec des responsables iraniens, Riyad a ainsi publié un communiqué à la suite d’un appel entre "MBS" et le président iranien Masoud Pezeshkian. Dans ce texte, l’Arabie saoudite affirmait que le prince héritier "n’autoriserait pas l’utilisation de l’espace aérien ou du territoire saoudien pour une attaque contre l’Iran". En privé toutefois, selon le Washington Post, le dirigeant saoudien a averti des responsables américains que Téhéran ressortirait "renforcé et plus dangereux" si Washington ne frappait pas alors qu’il disposait de la plus forte présence militaire régionale depuis plus d’une décennie dans la région. Un message également relayé par son frère, le ministre de la Défense Khalid ben Salmane lors de réunions à Washington en janvier.

Les informations cruciales de la CIA

La pression israélienne a également pesé dans la balance, tandis que Benyamin Netanyahou a poursuivi sa campagne publique menée de longue date en faveur de frappes contre ce qu’il considère comme une menace existentielle pour son pays. Lors d’un briefing classifié le mardi précédant l’attaque, rapporte le Washington Post, le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué aux hauts responsables du Congrès américain que le calendrier et les objectifs de la mission étaient façonnés par le fait qu’Israël attaquerait "avec ou sans les États-Unis". Le débat interne ne portait donc plus sur le principe d’une frappe, mais sur son timing : intervenir de concert avec Israël, ou attendre une éventuelle riposte iranienne contre des cibles militaires américaines dans la région avant d’engager les forces américaines.

Selon les informations du New York Times, des renseignements obtenus par la CIA ont accéléré la prise de décision, en offrant aux Etats-Unis et à Israël l'occasion de remporter une victoire cruciale et rapide. D'après le quotidien américain, l'agence, qui suivait Ali Khamenei depuis des mois, a eu vent d'un rassemblement de hauts dirigeants iraniens prévu dans un complexe au cœur de Téhéran, le samedi matin, permettant aux deux pays d’ajuster le timing de l’opération pour profiter de cette "fenêtre d’opportunité". Les informations de la CIA ont ainsi permis à Israël d’exécuter vers 9h40 une frappe ciblée avec peu d’avions, munis de missiles longue portée précis, tuant notamment Ali Khamenei, Mohammad Pakpour (commandant en chef des Gardiens de la Révolution), Ali Shamkhani (chef du Conseil de sécurité) et plusieurs autres figures clés.

© UPI/MAXPPP

De la fumée s'élève au-dessus de Téhéran après des frappes israéliennes et américaines, le 28 février 2026.
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