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Combien de temps l'Iran peut-il continuer à tirer sur Israël ?

3 mars 2026 à 08:10

Les sirènes retentissent à intervalles réguliers, les écoles restent fermées et l’économie tourne au ralenti. Depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne contre Téhéran il y a quatre jours, Israël vit au rythme des missiles de représailles envoyés par l’Iran. Cette pression peut-elle durer ? Comme le relève le journal israélien Haaretz, l’Iran a pour l'heure opté pour une stratégie de tirs mesurés afin de maintenir une menace constante sans épuiser trop vite son arsenal.

"La stratégie iranienne est claire", explique à Haaretz Pini Yungman, président du TSG Group, entreprise israélienne spécialisée dans les systèmes de commandement et de contrôle pour les forces de sécurité. "Ils se sont préparés à une attaque américano-israélienne, ce qui leur permet de nous maintenir sous un feu continu sans épuiser rapidement leur arsenal de missiles et de lanceurs, même s’ils sont attaqués par des avions de chasse américains".

"Quelques jours, mais pas des mois"

L’Iran possède le plus grand stock de missiles balistiques du Moyen-Orient, avec une portée allant pour certains jusqu’à 2 000 kilomètres, capables donc d’atteindre Israël. L’arsenal de Téhéran est évalué à plus de 2 000 missiles balistiques. Mais une partie a été détruite pendant le début de la guerre, tout comme environ 200 lanceurs, par les frappes aériennes israélo-américaines, selon Reuters. Les engins longue portée incluent le Sejil (2 000 km), l’Emad (1 700 km), le Ghadr (2 000 km), le Shahab-3 (1 300 km), le Khorramshahr (2 000 km) et le Hoveyzeh (1 350 km). Des dépôts souterrains et des "villes de missiles" sont répartis autour de Téhéran, dans les provinces de Kermanshah et Semnan, et le long du Golfe.

Pour autant, les capacités balistiques iraniennes ne devraient pas permettre un long siège d’Israël. Selon Haaretz, au 1er mars, second jour de la guerre, entre 150 et 175 missiles avaient déjà été tirés sur Israël, auxquels s’ajoutent des frappes contre des pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, portant le total à environ 250 missiles. "Cela signifie qu’ils ont encore de quoi tenir quelques jours, mais pas des mois ni même des semaines", estime Pini Yungman, ancien chef de la défense aérienne. Contrairement à la guerre de 12 jours, où une salve massive de 200 missiles avait été tirée en une nuit, Téhéran privilégie aujourd’hui un "feu au compte-goutte", une méthode déjà utilisée pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980. Un rythme cadencé qui permet de prolonger la pression psychologique sans épuiser trop rapidement ses stocks.

Systèmes de défense israéliens

Techniquement, les systèmes israéliens détectent les lancements dès leur phase initiale et calculent la trajectoire des missiles tirés depuis l’Iran, à environ 1 300 kilomètres de distance. À une vitesse estimée entre 5 et 7 kilomètres par seconde, ces engins parcourent près de 150 kilomètres en trente secondes et mettent plus de dix minutes à atteindre Israël. Cette anticipation permet l’évacuation vers les abris, mais elle impose aussi des alertes sur de vastes zones, la trajectoire exacte n’étant pas immédiatement déterminable. Même interceptés loin du territoire israélien, les missiles restent dangereux : leur destruction en vol provoque la dispersion de milliers d’éclats métalliques, dont certains, même de petite taille, peuvent être mortels à l’impact.

À court terme, l’Iran ne semble pas en mesure de soutenir un feu massif pendant des semaines. Mais selon le New York Times, les rapports de renseignement américain et israélien suggèrent que l’Iran prévoit de produire jusqu’à 8 000 missiles d’ici 2027. Malgré les revers causés par le conflit de 12 jours l’année dernière, Téhéran travaille, selon les autorités israéliennes, à reconstruire ses capacités de production, avec une fabrication récente estimée à des dizaines de missiles par mois et en accélération. Les lieux de production restent les cibles prioritaires des nouvelles frappes israéliennes et américaines.

© REUTERS

Des Israéliens se rassemblent sur le site d'une frappe iranienne, à Beit Shemesh le 1er mars 2026.

"L'Iran en 1979 n'est plus celui de 1926" : l'instauration de la République islamique analysée par Raymond Aron

3 mars 2026 à 08:00

Quel avenir pour "le prophète désarmé", nouvel homme fort de l'Iran, après la fuite du dernier des Pahlavi, s'interroge Raymond Aron dans son éditorial. Désormais, prévient-il, "la construction de la République islamique pose d'autres problèmes que la destruction de la dynastie Pahlavi."

Dans L'Express du 17 février 1979

Le prophète désarmé

L'aboutissement de la lutte entre les deux pouvoirs, l'ayatollah Khomeini et Chapour Bakhtiar, ne faisait pas de doute. En quittant le pays, le chah avait, en fait, abdiqué. Le Premier ministre tenait son pouvoir d'un souverain que lui-même avait, pendant des années, combattu et dénoncé. Il se réclamait d'une légalité que les foules bafouaient à chaque instant. Si l'Armée n'avait pas pu ou pas voulu sauver la dynastie, pourquoi aurait-elle résisté jusqu'au bout à une vague populaire qui montait de jour en jour ? Dans le duel entre le vieux chef religieux et l'Empereur, ce qui me frappait, c'était que l'un, de son village français, remplissait le monde de ses anathèmes et que l'autre, isolé dans son palais, avouait pour ainsi dire les méfaits que ses adversaires lui reprochaient.

Le chah livra lui-même aux bêtes ceux qui l'avaient servi ; il promit de rendre au pays les libertés qu'il avait supprimées ; comme s'il espérait s'entendre avec ses adversaires ou apaiser le peuple en prenant à son compte les critiques et le programme des opposants. Stratégie dérisoire. Un régime despotique prévient la révolte par des réformes octroyées, avant que gronde la colère. Quand la colère jette les masses dans la rue, les concessions ne servent de rien ; plus exactement, affaiblissent le pouvoir contesté. Avant ou après les émeutes, un souverain absolu peut consolider son règne par des concessions. Pendant les émeutes, les concessions discréditent le chef, qui, la veille superbe, devient bientôt le roi nu — en dépit de sa garde prétorienne autour de lui et des vrombissements des avions au-dessus de sa tête.

L'ayatollah Khomeini et Chapour Bakhtiar souhaitaient l'un et l'autre un dénouement d'autre style. Certains épisodes demeurent incompréhensibles : pourquoi l'expédition des Djadivan, la garde impériale, contre la caserne de l'aviation, le vendredi ? A l'occasion de ce premier combat entre les troupes fidèles et les troupes ralliées à l'ayatollah, les commandos révolutionnaires sortirent de la clandestinité ; les fedayin (marxistes-léninistes), rattachés ou non au parti Toudeh, les moudjahidin, guérilleros musulmans, prennent dès lors la tête de l'insurrection, et agissent à leur guise. La population de Téhéran se joint à ceux qui, dans l'ombre, se préparaient au grand jour. Le dimanche après-midi, le commandant suprême des forces armées déclare sa neutralité. Le Premier ministre, après un entretien avec Mehdi Bazargan, donne sa démission.

A la fin du jour, ce qui reste de la dynastie Pahlavi a disparu. Le prophète désarmé l'a emporté sur les armes qui, il y a quelques jours encore, défilaient à travers les avenues de la capitale. A partir de quelle date le Souverain a-t-il perdu la partie, en dépit des moyens de force qu'il avait accumulés ? Les historiens en discuteront, sans donner une réponse certaine. L'intervention des guérilleros, au cours des dernières péripéties, rectifie la version trop édifiante de la victoire remportée par la parole sur les armes. Elle annonce aussi certains des conflits qui surgissent déjà entre les vainqueurs. Ceux-ci se sont tous ralliés au nom de l'ayatollah, ils n'ont pas tous obéi à ses ordres quand celui-ci tenta de mettre fin aux combats de rue. Pas davantage, ils n'ont rendu leurs armes. La construction de la République islamique pose d'autres problèmes que la destruction de la dynastie Pahlavi.

Sauver l'Iran d'une autre tyrannie

La grève générale, prolongée pendant des mois, la paralysie des entreprises, l'arrêt de la production pétrolière ont coûté à l'économie iranienne des pertes que l'on peut difficilement calculer. Pour éviter la ruine, voire la famine, le nouveau gouvernement doit avant tout obtenir de tous, fonctionnaires et ouvriers, la reprise du travail. Pendant que se dérouleront les consultations prévues par l'ayatollah, référendum sur la République islamique et élection d'une Assemblée constituante, la tâche essentielle revient au gouvernement : reconstruire le pays. En dépit du départ de techniciens, en dépit de l'extrémisme révolutionnaire. Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Newsweek, Noureddin Kianouri, le chef du parti Toudeh, qui réside dans la RDA, invoqua le témoignage du chah lui-même pour confirmer le fait que les ouvriers du pétrole suivent les directives de son parti, et de personne d'autre. Dans l'immédiat, le parti Toudeh, parti communiste de stricte observance, désormais légalisé, s'efforcera, selon sa tactique coutumière, de prendre des positions, de créer et de contrôler les syndicats, de se transformer en une puissance parallèle ou rivale.

Toutes les comparaisons entre la révolution iranienne et les révolutions européennes pèchent de quelque manière. Khomeini ne ressemble pas à Kerenski ; le parti Toudeh ne constitue pas l'équivalent des soviets. Dans une société déstabilisée par une modernisation sauvage, la religion nationale, le chiisme, a exprimé, organisé, exalté le rejet par le peuple de l'Occident qui violait l'âme nationale, nourrissait la corruption et créait plus de misère que de richesse. Le retour à l'Islam pur et dur ne tiendra pas lieu de riz et de thé. On ne ramènera pas à la campagne les millions d'hommes qui l'ont quittée. La suppression des cinémas, le châtiment pour la femme adultère, la mise au ban des minorités, juive, arménienne, zoroastrienne, baha : oui, probablement. Mais la République islamique a besoin de la nouvelle bourgeoisie, des laïcs, des techniciens, indispensables au fonctionnement de l'économie que le régime aboli laisse en charge et en héritage à l'Eglise. Le Premier ministre, de formation scientifique, et profondément religieux, symbolise la synthèse qui sauverait l'Iran de la décomposition et d'une autre tyrannie.

La phrase célèbre de Machiavel m'est revenue à l'esprit : les prophètes désarmés périssent. Pour l'instant, il faudrait compléter la formule : les souverains armés périssent, eux aussi. Mais le prophète, hier désarmé, n'avait pas la mission et la responsabilité de gouverner un pays de 35 millions d'hommes. La révolte de l'Eglise chiite contre le pouvoir appartient à la tradition iranienne. Reza Chah, qui établit la dynastie Pahlavi en 1926, mit fin, par des méthodes brutales, à l'agitation religieuse. L'Iran en 1979 n'est plus celui de 1926. Téhéran compte 6 millions d'habitants, au lieu de 200 000 ou 300 000 il y a un demi-siècle. L'ayatollah peut donner satisfaction aux aspirations religieuses des masses. Que donnera-t-il aux ouvriers, quelques millions déjà ? Que donnera-t-il à l'élite intellectuelle et professionnelle, qui redoute et déteste le fanatisme d'un autre âge ? Contre les fedayin, les révolutionnaires de l'Islam et du marxisme unis, pour protéger les ambassades la parole ne suffit plus. L'ayatollah, lui aussi, a besoin d'une police et d'une armée. Le prophète désarmé périt.

© Keystone Pictures USA / MaxPPP/Newscom/MaxPPP

Le 1er février 1979, l'ayatollah iranien Khomeini quitte la France après 16 ans d'exil.

EN DIRECT. Guerre au Moyen-Orient : des soldats israéliens déployés au sol au sud du Liban

3 mars 2026 à 10:36

Au quatrième jour de l'opération israélienne et américaine contre l'Iran, les frappes et attaques de drones continuent ce mardi 3 mars dans tous les pays de la région ou presque. Les Etats-Unis ont conseillé lundi soir à leurs ressortissants de partir immédiatement de plus d'une dizaine de pays du Proche-Orient, citant des "risques sécuritaires".

S'exprimant pour la première fois devant les journalistes depuis le lancement de cette campagne militaire, Donald Trump a déclaré lundi à la Maison-Blanche que les Etats-Unis anticipaient un conflit de quatre à cinq semaines avec l'Iran. Un peu plus tôt, il avait assuré sur CNN que "la grosse vague" d'attaques contre l'Iran n'était "même pas encore arrivée".

Les infos à retenir

⇒ Israël déploie ses soldats au sol au sud-Liban

⇒ L'ambassade des Etats-Unis à Riyad visée par deux drones

⇒ La France s'apprête à rapatrier ses ressortissants les plus vulnérables

10h34

L'AIEA confirme des dégâts sur le site nucléaire iranien de Natanz

L'AIEA, l'agence de surveillance nucléaire de l'ONU, a déclaré mardi que des dégâts récents avaient été constatés dans les bâtiments d'entrée de l'usine souterraine d'enrichissement de combustible de Natanz en Iran, ajoutant qu'elle ne s'attendait à aucune conséquence radiologique.

10h15

Des avions français ont "conduit des opérations de sécurisation du ciel"

Des Rafale français basés à Abou Dabi ont été "mobilisés pour assurer la sécurité" de "l'emprise" de la France, a déclaré Jean-Noël Barrot ce mardi sur BFMTV. "Ils ont conduit leurs opérations de sécurisation du ciel au-dessus de nos bases et donc des Émirats", a-t-il déclaré, sans préciser si des drones iraniens avaient été détruits par ces avions.

10h06

Près de 800 morts en Iran

Le bilan humain des bombardements israéliens et américains en Iran s'établit désormais à 787 morts, selon les chiffres du Croissant-Rouge iranien cités par les médias officiels de Téhéran.

10h03

Le raid contre l’ayatollah Khamenei analysé par un ancien de la DGSE

Ex-directeur technique de la DGSE, Bernard Barbier décrypte pour L’Express ce que l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei révèle de la transformation du renseignement américain, devenu non plus seulement un outil d'observation mais un système de frappe intégré en temps réel.

>> Notre entretien

09h42

Le ministre français de l'Économie affirme que l'approvisionnement en gaz et en essence n'est pas menacé en France

Tout en reconnaissant des "incertitudes économiques et financières", le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a déclaré mardi que l'approvisionnement en gaz naturel et en essence n'était pas menacé en France à court terme. "N’inventons pas un problème qui n’existe pas, il n’y a aucune raison de se précipiter vers les stations-service", a-t-il déclaré aux journalistes lors d'un point presse aux côtés du gouverneur de la Banque de France.

Celui-ci a assuré que le secteur financier français était peu exposé à la crise du Moyen-Orient. "L'économie française aborde ces tensions avec certains éléments favorables : une inflation basse, une croissance relativement résiliente et un secteur financier solide avec une exposition limitée sur le Moyen-Orient", a souligné François Villeroy de Galhau.

09h29

Un réservoir de carburant percuté par un drone au port de Duqm, à Oman

Un réservoir de carburant du port commercial de Duqm, à Oman, a été touché mardi lorsque l'installation a été attaquée par plusieurs drones, a indiqué l'agence de presse officielle du pays, citant une source sécuritaire, au quatrième jour des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, qui a riposté en ciblant des pays voisins.

Cette attaque survient au lendemain de l'arrêt par le Qatar de sa production de gaz naturel liquéfié (environ un cinquième de l'approvisionnement mondial ), tandis que l'Arabie saoudite a suspendu la production dans sa plus grande raffinerie nationale.

09h23

Les Bourses européennes chutent à nouveau

Les principales Bourses européennes sont dans le rouge en début de séance mardi. À Paris, le CAC 40 perd 1,47 %. A Francfort, le Dax recule de 1,88 % et à Londres, le FTSE 100 cède 1,24 %.

09h10

La France s'apprête à rapatrier ses ressortissants les plus vulnérables

La France se prépare à affréter des vols pour rapatrier ses ressortissants "les plus vulnérables" présents dans les pays du Moyen-Orient touchés par la guerre contre l’Iran, a annoncé Jean-Noël Barrot ce mardi. "Nous nous préparons à des affrètements de vols pour que les personnes les plus vulnérables, les personnes qui méritent d’être accompagnées, puissent, le cas échéant, en bénéficier", a déclaré sur BFMTV le ministre des Affaires étrangères français, sans préciser le nombre de personnes qui pourraient être concernées par ces vols.

400 000 ressortissants français, résidents ou de passage, sont présents dans la douzaine de pays concernés par le conflit. Jean-Noël Barrot les a appelés à la plus grande prudence et à emprunter si nécessaire les voies de sortie aériennes ou terrestres en fonction des situations locales. Plus de 25 000 Français sont inscrits auprès des autorités comme "de passage".

"La France se tient prête à défendre ses partenaires conformément au principe de légitime défense collective qui est un principe du droit international", a par ailleurs réaffirmé le ministre. "C'est au président de la République de prendre la décision", a-t-il souligné. "Lorsque les décisions auront été prises, elles seront communiquées."

09h01

Israël se prépare à une campagne de plusieurs semaines contre l'Iran

L'armée israélienne s'est préparée à une campagne contre l'Iran qui pourrait durer plusieurs semaines, mais il est peu probable qu'elle implique le déploiement de forces terrestres, a déclaré mardi un porte-parole militaire aux journalistes. "Nous avons établi un calendrier général sur plusieurs semaines", a déclaré le lieutenant-colonel Nadav Shoshani lors d'un point de presse en ligne, ajoutant que la durée de la campagne militaire pourrait évoluer en fonction de la situation. Il a qualifié les progrès réalisés jusqu'à présent de positifs.

08h54

La Chine exhorte à la reprise des pourparlers sur le nucléaire iranien

La Chine respecte le "droit légitime de l'Iran à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire", a déclaré ce mardi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, tout en exhortant à mettre fin aux actions militaires américaines et à privilégier la reprise des pourparlers et des négociations.

"Les frappes américaines contre l'Iran, qui ont lieu pendant les négociations en cours, violent le droit international et les principes fondamentaux des relations internationales", a déclaré le porte-parole du ministère, Mao Ning, lors d'un point de presse régulier. "La question nucléaire iranienne devrait à terme retrouver le chemin d'un règlement politique et diplomatique", a-t-il ajouté.

08h35

La France envoie des systèmes anti-drones à Chypre après une attaque contre une base britannique

La France prévoit d'envoyer des systèmes antimissiles et antidrones à Chypre après qu'une base souveraine britannique sur l'île a été attaquée par des drones, a déclaré l'agence de presse semi-officielle chypriote (CNA).

L'aide française à l'île, telle que rapportée, fait suite à l'offre d'assistance de la Grèce quelques heures après que la base aérienne britannique d'Akrotiri, une base souveraine, a été visée par deux incidents distincts de drones lundi. Dans un premier temps, un drone Shahed de fabrication iranienne s'est écrasé sur la piste de la base, causant des dégâts limités. Quelques heures plus tard, deux autres drones ont été interceptés.

08h32

Changer le régime iranien par les airs ? Cette doctrine controversée qui a séduit Donald Trump

Pour comprendre l'opération "Epic Fury", il faut se pencher sur la doctrine Douhet et son mythe du changement de régime par les airs. Mais cela peut-il réussir sans troupes au sol ? Donald Trump refuse d'exclure cette hypothèse...

>> Notre décryptage à lire ici

08h30

La France affirme qu'elle travaillera avec la Chine à la désescalade de la guerre contre l'Iran

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est entretenu hier avec son homologue chinois, Wang Yi, pour discuter de la guerre en Iran et les deux hommes ont convenu de travailler à la désescalade, a indiqué le bureau de Jean-Noël Barrot dans un communiqué.

Les deux ministres se sont engagés à rechercher une solution politique qui garantisse la sécurité collective et prenne en compte les aspirations du peuple iranien, indique le communiqué.

08h28

Donald Trump déclare qu'il est "triste de constater" que les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni ne sont plus ce qu'elles étaient

Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il était "triste de constater" que la relation avec la Grande-Bretagne n'était "plus ce qu'elle était" après que le Premier ministre Keir Starmer a initialement hésité à apporter son soutien aux frappes contre l'Iran. "C’est très triste de constater que la relation n’est plus ce qu’elle était", a-t-il déclaré mardi au journal The Sun.

Il a déclaré que les États-Unis n'avaient pas besoin de la Grande-Bretagne pour faire la guerre au Moyen-Orient, mais a ajouté : "Cela n'aura aucune importance, mais (Starmer) aurait dû aider… il aurait dû." "Je veux dire, la France a été formidable. Ils ont tous été formidables. Le Royaume-Uni a été très différent des autres."

08h21

L'armée israélienne affirme que ses soldats sont déployés en "plusieurs points" dans le sud du Liban

L’armée israélienne affirme que ses soldats sont déployés en "plusieurs points" dans le sud du Liban. "Parallèlement à l’opération 'Roaring Lion', les soldats de l’armée israélienne mènent des opérations dans le sud du Liban et sont positionnés à plusieurs endroits près de la zone frontalière dans le cadre d’un renforcement de la défense avancée", dit-elle dans un communiqué annonçant l’envoi de troupes au sol.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré dans un communiqué avoir autorisé l'armée à progresser et à prendre le contrôle de positions supplémentaires au Liban après que le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël dimanche soir, en réaction aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran. Les forces israéliennes occupent cinq positions dans le sud du Liban depuis novembre 2024.

07h53

Air France prolonge la suspension de ses vols

Dans un avis diffusé lundi soir, Air France a annoncé la prolongation jusqu'au 5 mars inclus de l'annulation de ses vols à direction ou en provenance de Tel Aviv, Beyrouth, Dubaï et Riyad en raison du conflit en cours. La compagnie a indiqué que la sécurité de ses clients et de son équipage était sa priorité absolue et qu'elle évaluerait la situation avant de reprendre les vols.

07h35

L’ambassade des États-Unis au Koweït "fermée jusqu’à nouvel ordre"

"En raison des tensions régionales actuelles", l'ambassade des Etats-Unis au Koweït a annoncé ce mardi matin sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, dans un message sur X.

Security Alert:  U.S. Embassy Kuwait Closure

Due to ongoing regional tensions, the U.S. Embassy in Kuwait will be closed until further notice.  We have canceled all regular and emergency consular appointments.  We will communicate when the embassy returns to normal operations.… pic.twitter.com/x3hJQXp51Q

— U.S. Embassy Kuwait (@USEmbassyQ8) March 3, 2026

L'ambassade américaine en Arabie saoudite a pour sa part confirmé dans un communiqué avoir été visée par une attaque. Elle restera fermée ce mardi.

07h28

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran a incité les Etats-Unis à frapper, dit Marco Rubio

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran qui aurait déclenché des représailles iraniennes contre les troupes américaines a incité les Etats-Unis à lancer au cours du week-end des bombardements contre Téhéran, a déclaré hier soir à Washington le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. "Nous savions qu'il y aurait une action israélienne", a-t-il déclaré aux journalistes avant d'effectuer un compte rendu à huis clos de l'opération en Iran à des élus du Congrès. "Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les troupes américaines, et nous savions que si nous ne nous en prenions pas à eux de manière préventive avant qu'ils ne lancent ces attaques, nous aurions subi des pertes plus lourdes", a-t-il ajouté.

07h09

Le successeur d'Ali Khamenei rapidement nommé ?

Un membre de l'Assemblée des experts iraniens, chargée de choisir un nouveau Guide suprême, a déclaré que le choix du successeur de l'ayatollah Ali Khamenei "ne prendra pas longtemps", a rapporté ce mardi l'agence de presse iranienne Isna.

06h51

Les États-Unis ordonnent à leur personnel non essentiel de quitter Bahreïn, l'Irak et la Jordanie

Le département d'État américain a annoncé mardi avoir ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel et des membres de leur famille du Bahreïn, de l'Irak et de la Jordanie. Cette décision intervient alors que les États-Unis surveillent les risques sécuritaires liés à leur conflit avec l'Iran.

06h32

Israël frappe Téhéran et Beyrouth

L'armée israélienne dit mener présentement des attaques simultanées contre Téhéran et contre Beyrouth.

06h16

Les Etats-Unis disent avoir détruit des postes de commandement des Gardiens de la révolution

"Les forces américaines ont détruit les installations de commandement et de contrôle du corps des Gardiens de la révolution islamique, les capacités de défense aérienne iraniennes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les aérodromes militaires au cours d’opérations soutenues", a écrit tôt ce mardi sur X le commandement militaire central américain (CentCom). "Nous continuerons à prendre des mesures décisives contre les menaces imminentes posées par le régime iranien", ajoute l'armée américaine dans son post.

U.S. forces have destroyed Islamic Revolutionary Guard Corps command and control facilities, Iranian air defense capabilities, missile and drone launch sites, and military airfields during sustained operations. We will continue to take decisive action against imminent threats… pic.twitter.com/0aHEyVHf5e

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 3, 2026

06h13

Israël poursuit ses frappes au Liban

L'armée israélienne a dit cette nuit effectuer des frappes au Liban contre des centres du commandement du Hezbollah et des entrepôts d'armes du mouvement aligné sur l'Iran.

Le Hezbollah de son côté dit avoir lancé des drones en direction du nord d'Israël, dont l'armée a annoncé avoir intercepté deux drones en provenance du Liban.

06h05

L'ambassade des Etats-Unis à Riyad visée par deux drones

L'ambassade américaine dans la capitale saoudienne a été visée cette nuit par deux drones. L'attaque a provoqué un incendie "limité" et des dégâts matériels mineurs, a précisé le ministère saoudien de la Défense. Aucune victime n'a été signalée, des personnes au fait de la question confirmant que le bâtiment diplomatique était alors vide. Il a été conseillé tôt ce mardi aux ressortissants américains résidant en Arabie saoudite de rester à l'abri.

Interrogé par la chaîne News Nation sur la riposte prévue à cette frappe, Donald Trump a déclaré : "Vous le découvrirez bientôt".

المتحدث الرسمي لوزارة الدفاع: تعرّضت السفارة الأمريكية في الرياض لهجوم بمسيّرتين بحسب التقديرات الأولية، ونتج عن ذلك حريق محدود وأضرار مادية بسيطة في المبنى. pic.twitter.com/YuCukrePkH

— وزارة الدفاع (@modgovksa) March 3, 2026

06h01

La guerre ne sera pas "sans fin", assure Benyamin Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré dans une interview à la chaîne de télévision américaine Fox News que l'action menée en Iran par Israël et les Etats-Unis serait "rapide et décisive". "Vous n’allez pas avoir une guerre sans fin", a-t-il assuré, ajoutant que la campagne militaire israélo-américaine "créé les conditions" pour que le peuple iranien fasse chuter le gouvernement de Téhéran.

© REUTERS

Israël frappe le Liban depuis deux jours.

Guerre en Iran : Reza Pahlavi - Ali Ahmad Khomeini, la bataille des héritiers

3 mars 2026 à 07:00

L'histoire comme un éternel recommencement. 47 ans après la Révolution islamique, la mort de l'ayatollah Khamenei ouvre une nouvelle page de l'histoire de l'Iran : une page remplie d'inconnu et de chaos potentiel. Alors, dans cette période de doutes, des noms familiers refont surface : celui d'Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du premier Guide suprême ; celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, en exil depuis 1979. Deux camps de la Révolution, deux incarnations d'un avenir possible de l'Iran.

Du côté du régime iranien, la mort de l'ayatollah Khamenei laisse un vide béant. A 86 ans, le Guide suprême régnait à la fois sur le gouvernement, les religieux, l'armée régulière et les Gardiens de la révolution. D'après la Constitution, une assemblée des experts, composée de 88 hauts dignitaires religieux, doit se réunir bientôt pour nommer le prochain chef d'Etat. "Mais la République islamique n'a connu qu'une seule succession dans son histoire, et jamais en temps de guerre, souligne Alex Vatanka, auteur de The Battle of the Ayatollahs in Iran (2021). La dernière transition, en 1989, était le résultat d'arrangements occultes. Les 88 religieux valident seulement le nom d'un candidat, qui sera probablement choisi par les Gardiens de la révolution cette fois."

Le nom qui émerge des coulisses du pouvoir iranien est bien connu : Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. "Il est le favori dans la course à la succession, assure le chercheur Nozar Vaziri dans une analyse pour New Lines Institute. Dans les traditions du clergé chiite, le pouvoir se transmet du père à son fils le plus âgé ou le plus capable. [...] Ali Ahmad Khomeini, qui est à la fois un islamiste et un homme politique astucieux et efficace, apparaît comme le meilleur candidat au poste de Guide suprême au sein de son clan." Autre atout : sa femme, petite-fille du grand ayatollah Ali al-Sistani d'Irak, donnerait au nouveau Guide une assise régionale, utile en temps de guerre.

Quel choix pour Donald Trump ?

Ces dernières semaines, le petit-fils de l'ayatollah Khomenei s'est distingué par plusieurs apparitions publiques. D'abord dans une interview au média Al Mayadeen, dans laquelle il loue les "innombrables qualités" d'Ali Khamenei ; puis au lendemain de sa mort, il a prononcé un éloge funèbre très remarqué en Iran. "A l'inverse, le propre fils de Khamenei, Motjaba [NDLR : lui aussi pressenti pour succéder à son père] n'a pas pris la parole, ce qui laisse supposer que le petit-fils du fondateur de la République islamique a de grandes chances d'être nommé Guide suprême", estime Nozar Vaziri.

Dans le camp d'en face, un nom ressort d'une opposition fracturée : celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran et incarnation de la monarchie en exil. Ses soutiens l'appellent "prince" même s'il ne revendique pas officiellement l'héritage du trône. "Il veut incarner une autre voie pour le peuple d'Iran, une transition vers la démocratie, nous expliquait récemment un membre de son entourage. Ces dernières années, il a décidé de ne plus mener la lutte depuis les coulisses et de construire une grande coalition du changement en Iran."

Reza Pahlavi multiplie les apparitions depuis son arrivée sur la scène publique en 2022, dans la foulée du mouvement "Femme, vie, liberté". Il court les médias européens (TF1 et Le Point en France le mois dernier) mais surtout américains, où il est un invité régulier de Fox News. Son discours vise à convaincre un téléspectateur en particulier : Donald Trump. Jusqu'ici, le président américain a refusé de le recevoir, déclarant tout de même en janvier : "Il semble très sympathique, mais je ne sais pas comment il se comporterait dans son propre pays. […] Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership. Si c’était le cas, je m’en réjouirais." Une autre inconnue, une autre bataille des récits à mener.

© REUTERS

Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?

Pourquoi il est important de parler de fascisme, par Catherine Fieschi

3 mars 2026 à 06:30

Autour de la mort tragique de Quentin Deranque, une bataille lexicale s’est ouverte révélant des réflexes politiques à la fois apeurés et brouillons. Chacun a semblé chercher moins à comprendre qu’à stabiliser un récit immédiatement acceptable. Soyons indulgents : face à un événement violent et politiquement chargé, le langage a vacillé.

Quentin Deranque, qui assurait le service d’ordre du groupe d’extrême droite Némésis, est ainsi d’abord présenté comme un "militant identitaire", formule atténuée qui transforme une appartenance idéologique en simple engagement. En face, ses agresseurs désignés comme des "antifas", relèvent donc de l’"extrême gauche", une radicalité cette fois clairement assumée dans le vocabulaire employé. Les qualifications sont ensuite devenues plus précises, les prudences plus équilibrées. Mais quelque chose est resté inchangé : une nette réticence à nommer certains phénomènes pour ce qu’ils pourraient être.

Les actes doivent évidemment être jugés pour ce qu’ils sont : une violence abominable ayant entraîné la mort d’un jeune homme de 23 ans. Rien ne saurait en atténuer la gravité ni la responsabilité.

Mais les débats publics et médiatiques autour de cette affaire reposent trop souvent sur une idée devenue familière - le fascisme n’existerait plus. Le raisonnement est redoutablement efficace. Et circulaire. Si le fascisme appartient définitivement au passé, alors l’antifascisme devient une posture anachronique et absurde. Voire la véritable source de violence politique. En disqualifiant l’antifascisme, le fascisme cesse d’être une catégorie d’analyse du présent. L’extrême droite devient alors une opinion parmi d’autres — parfois excessive, mais désormais ordinaire. Elle n’avait pourtant pas besoin d’une normalisation supplémentaire.

Réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie

Il est vrai que la question du fascisme continue d’animer les sphères universitaires. Elle fait débat, et ses contours restent disputés. Historiquement, le fascisme est un régime — l’Italie de 1922 à 1946 en constitue la matrice évidente. Mais l’histoire ne se laisse pas enfermer dans un seul modèle : d’autres expériences autoritaires, du Chili de Pinochet à diverses dictatures du XXᵉ siècle, en brouillent les frontières. Surtout, réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie. Or les idéologies ne meurent pas avec les institutions qui les ont incarnées. Elles se transforment, changent parfois de cibles, s’adaptent aux contextes culturels et politiques.

Les travaux du philosophe politique britannique Michael Freeden le montrent bien : une idéologie repose sur un noyau dur d’idées relativement stables, entouré d’éléments plus contextuels qui évoluent avec le temps. Ce cœur conceptuel peut survivre aux défaites historiques. Dans le cas du fascisme, il n’est pas difficile d’en identifier les constantes : la fascination des plus forts pour la domination, la croyance en des hiérarchies naturelles et immuables, l’acceptation — voire la valorisation — de l’oppression ou de l’exploitation des plus vulnérables que l’on méprise. Et enfin, la violence comme source de renouveau et de purification collective.

Ces imaginaires n’ont pas disparu. Ils sourdent, bien vivants, dans des espaces politiques et culturels devenus familiers : dans le mouvement Maga aux États-Unis, dans les courants masculinistes, ou encore sous le racisme feutré de l’anti-wokisme. Et évidemment chez les groupes d’extrême droite à la recherche de la violence de rue contre leurs opposants – et qui rappellent les groupes des années 20 et 30, l’Action française, les Jeunesses patriotes, ou Solidarité française. Tous partagent, à des degrés divers, la nostalgie d’un passé mythifié et la promesse d’un ordre naturel perdu qu’il faudrait restaurer - afin que ses bénéficiaires profitent de ce dont ils ont été déchus, et qui leur serait dû. Tous sont animés par une conviction simple et brutale : la force fait le droit, et les faibles subissent ce qu'ils ne peuvent éviter. Et à chacun "son" souffre-douleur. Car c’est là le talent du fascisme – hiérarchiser pour mieux contrôler.

Alors, à quoi cela sert-il de parler de fascisme ? Non pas à distribuer des anathèmes moraux, mais à nommer des logiques politiques réelles - qui pourraient trop facilement passer du stade d’idées partagées à celui de force politique institutionnalisée tout en douceur et en dédiabolisation.

Catherine Fieschi est chercheuse au centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence

© REUTERS

Affiche représentant Quentin Deranque, militant identitaire tué à Lyon.
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