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EN DIRECT. Iran : le successeur d'Ali Khamenei sera une "cible à éliminer", prévient Israël

4 mars 2026 à 08:53

Alors que la guerre en Iran entre dans son cinquième jour, les frappes n'ont cessé de retentir dans la nuit de mardi à mercredi 4 mars. L'armée israélienne a déclaré tôt qu'elle avait entamé une nouvelle vague de frappes ciblant les sites de lancement iraniens, les systèmes de défense antiaérien et les infrastructures. Tandis que les États-Unis ont fait état de plus de 2 000 frappes tirées depuis le début de leur opération samedi.

Les infos à retenir

⇒ Israël prévient que tout successeur à Ali Khamenei est destiné à être "éliminé"

⇒ De nouveaux bombardements ont visé l'Iran dans la nuit de mardi à mercredi

⇒ 2 000 frappes effectuées par les Etats-Unis en Iran

08h50

La France prévoit des vols de rapatriement ce mercredi

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré ce matin que plusieurs vols de rapatriement pour les ressortissants français au Moyen-Orient étaient prévus aujourd'hui.

"L’un partira des Émirats arabes unis, un autre d’Égypte… et un autre d’Israël", a déclaré le ministre à la chaîne France 2. Jean-Noël Barrot n'a pas précisé le nombre de passagers à bord de ces vols. Environ 400 000 ressortissants français se trouvent actuellement dans la région.

08h40

Israël prévient que tout successeur à Ali Khamenei est destiné à être "éliminé"

Dans un message posté sur X, le ministre de la Défense israélien Israël Katz prévient Téhéran que, "peu importe son nom ou son lieu de refuge", tout futur dirigeant iranien sera une "cible à éliminer".

"Tout dirigeant nommé par le régime terroriste iranien pour poursuivre le plan visant à détruire Israël, à menacer les États-Unis, le monde libre et les pays de la région, et à opprimer le peuple iranien, sera sans aucun doute une cible à éliminer", a annoncé le ministre.

כל מנהיג שימונה ע"י משטר הטרור האיראני כדי להמשיך ולהוביל את התוכנית להשמדת ישראל, לאיים על ארה"ב והעולם החופשי ומדינות האזור, ולדכא את העם האירני - יהיה יעד חד משמעי לחיסול.

לא חשוב מה שמו והמקום בו יסתתר.

רה"מ ואני הנחינו את צה"ל להיערך ולפעול בכל האמצעים למימוש המשימה כחלק…

— ישראל כ”ץ Israel Katz (@Israel_katz) March 4, 2026

08h15

Le Sri Lanka a secouru 30 personnes à bord d'un navire iranien en détresse

L'armée sri-lankaise a secouru ce mercredi au moins 30 personnes à bord d'un navire iranien qui coulait près des eaux sri-lankaises, a déclaré le ministre des Affaires étrangères du pays au Parlement.

La marine sri-lankaise a dépêché une mission de sauvetage après un appel de détresse provenant d'un navire iranien, a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense. Les médias locaux ont rapporté que le navire avait lancé un signal de détresse au large de Galle, dans le sud du pays, et que les blessés avaient été admis dans un hôpital de Galle.

07h30

Les Iraniens rendront un dernier hommage au Guide suprême Khamenei ce mercredi

Les Iraniens doivent faire leurs adieux au Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une cérémonie qui se tiendra ce mercredi à 22 heures (heure locale) sur le terrain de prière Imam Khomeini de Téhéran, ont rapporté les médias d'État. La cérémonie durera trois jours, a-t-on indiqué.

07h00

Liban : au moins quatre morts dans une frappe israélienne au Liban

Au moins quatre personnes ont été tuées et six autres blessées dans une frappe israélienne contre un immeuble résidentiel de la ville de Baalbek, dans l'est du Liban, a rapporté mercredi l'agence de presse libanaise NNA. Le Liban est depuis le début de la semaine une nouvelle cible de la campagne militaire israélienne, le Hezbollah ayant ouvert le feu avec des drones et des missiles après l'attaque américano-israélienne menée samedi contre l'Iran.

L'armée israélienne a déclaré mardi avoir déployé des forces supplémentaires dans le sud du Liban pendant la nuit, afin de prendre des positions défensives pour se prémunir contre toute attaque potentielle du Hezbollah. L'armée israélienne a ainsi émis mercredi des ordres d'évacuation dans 16 villages libanais. De son côté, le Hezbollah a déclaré mercredi que ses combattants avaient lancé une salve de roquettes sur les forces israéliennes en représailles aux frappes ayant visé des dizaines de villes au Liban.

06h30

Israël annonce avoir mené de nouvelles frappes sur "des dizaines" de cibles à Téhéran

Tôt ce mercredi, l'armée israélienne a annoncé avoir mené de nouvelles frappes, sur "des dizaines" de cibles à Téhéran. Tsahal a dit avoir visé "des sites de lancement, des systèmes de défense antiaérien et d’autres infrastructures". Elle avait annoncé plus tôt avoir visé un centre militaire souterrain secret dans la région de Téhéran, détruisant "un élément clé de la capacité du régime iranien à développer des armes atomiques ".

06h15

2 000 frappes effectuées par les Etats-Unis en Iran

Dans la nuit de mardi à mercredi, de nouveaux bombardements ont visé l'Iran, en provenance d'Israël et des Etats-Unis. Au total, près de 2 000 frappes ont été effectuées par les Américains en Iran, a indiqué mardi le Pentagone, ajoutant que 17 navires iraniens, dont un sous-marin, ont été détruits. Selon le même communiqué, l'armée a par ailleurs assuré que les frappes des premières 24 heures étaient "deux fois" plus importantes que celles menées au début de l'invasion de l'Irak en 2003. En outre, l'assaut américain contre l'Iran était en avance sur le calendrier, a déclaré le haut commandant américain pour le Moyen-Orient.

06h00

Le ministère de la Défense saoudien a annoncé l’interception de deux missiles et de neuf drones

Le ministère de la Défense d'Arabie saoudite a déclaré mercredi qu'il avait intercepté et détruit neuf drones et deux missiles, notamment dans la province orientale du pays. Le ministère n'a pas immédiatement fourni plus de détails sur l'origine du drone ou si l'incident a causé des dommages ou des victimes.

© REUTERS

Un portrait du défunt Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi 28 février lors de frappes israéliennes et américaines, est exposé parmi des fleurs devant l'ambassade d'Iran à Moscou, en Russie, le 2 mars 2026.

Iran, Venezuela, Syrie... Vladimir Poutine, le pire allié du monde

4 mars 2026 à 07:30

Avant de rendre son dernier souffle, Ali Khamenei a peut-être eu une pensée pour son ami Vladimir Poutine. Drôle d’ami, qui n’aura pas bougé un petit doigt pour le sauver. Tout juste a-t-il présenté ses "plus sincères condoléances", déplorant "une violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international". C’est sûr, le président russe en connaît un rayon sur ces questions.

Depuis une décennie, l’aspirant tsar et l’ayatollah affichaient leur proximité, unis dans leur haine de "l’Occident collectif" et leur croisade contre les sanctions. En janvier 2025, les deux pays avaient conclu un nouveau partenariat stratégique, signé à Moscou sous les dorures du Kremlin. Trois ans plus tôt, la République islamique volait au secours de Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine. D'abord en conseillant le Kremlin pour s’adapter – et contourner – les sanctions occidentales. Ensuite, en lui fournissant une précieuse aide militaire.

Dès 2022, l’Iran livre à l’armée russe des drones Shahed par milliers. Des aéronefs bon marché, capables de voler jusqu’à 2 500 kilomètres. Redoutables pour cibler les infrastructures et les civils ukrainiens. Conquis par cette technologie, le gouvernement russe signe en 2023 un accord de 1,75 milliard de dollars autorisant la Russie à les importer, mais aussi à développer les capacités pour les produire localement. Trois ans plus tard, elle maîtrise jusqu’à 90 % de leur fabrication.

Clause d'assistance mutuelle

Ainsi Vladimir Poutine dispose-t-il de ses "alliés", exactement comme de ses soldats envoyés au hachoir à viande en Ukraine : des consommables. Après la Syrie et le Venezuela, l’Iran en fait les frais, pour la seconde fois en quelques mois. En juin 2025, au lendemain des frappes aériennes américaines et israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes, la Russie s’était contentée de dénoncer un acte d’"agression non provoquée" sans "fondement ni justification"… mais sans apporter la moindre aide militaire. La Russie n’en a, semble-t-il, ni les moyens ni la volonté. "Moscou a besoin de ses systèmes de défense antiaérienne S-400 pour sa guerre contre l’Ukraine, précise la chercheuse Nicole Grajewski, associée au Centre de recherches internationales de Sciences Po. Si la situation venait à empirer, les Iraniens pourraient se tourner vers les Russes, pour récupérer par exemple certains des missiles balistiques à courte portée qu’ils ont livrés à la Russie et qui n'ont pas été utilisés. Reste à savoir la réponse qu’ils auront."

Rien n’oblige Moscou à épauler son "camarade". Le partenariat stratégique conclu en décembre ne comprend aucune clause d’assistance mutuelle. Et l’accord secret de 500 millions d’euros que Téhéran aurait signé dans la foulée avec Moscou pour acquérir des milliers de missiles portables MANPADS à partir de 2027 n’y change rien.

L’Iran n’est pas le premier pays à éprouver les limites de l’amitié russe, notait dès juillet 2025 la chercheuse Elena Davlikanova dans une note pour l’Atlantic Council. "Il suffit de demander à l’Arménie, qui a été laissée sans le soutien du Kremlin ces dernières années face à l’escalade des hostilités avec l’Azerbaïdjan. En tant que membre fondateur de l’Organisation du traité de sécurité collective, dirigée par la Russie, et allié de longue date de Moscou, l’Arménie comptait sur l’appui russe, mais n’a rien reçu. Une situation similaire s’est produite en Syrie à la fin de l’année dernière, lorsque le régime d’Assad, soutenu par le Kremlin, s’est effondré en l’espace de quelques jours. Une fois encore, la Russie a refusé de s’impliquer directement et a choisi de ne pas fournir à son allié le soutien militaire dont il avait désespérément besoin. Au lieu de cela, la principale contribution de Moscou a été d’offrir l’asile au dirigeant syrien déchu."

Les vrais-faux amis de Moscou

Quant à ceux qui ont eu "droit" au déploiement militaire russe, ils ne s’en portent guère mieux, bien au contraire. En témoigne l’état des pays sahéliens qui ont contracté avec le groupe paramilitaire Wagner, devenu Africa Corps, officiellement pour combattre les groupes djihadistes sur leur territoire. Au Mali, le bilan est catastrophique. "Les forces du groupe Wagner ont été incapables de prendre le contrôle des zones du nord et du centre du pays, où des groupes terroristes et séparatistes armés contestent l’autorité de l’État malien, rapporte une étude de l’ONG américaine The Sentry publiée en août dernier. Les attaques contre les civils et les décès parmi ces derniers ont considérablement augmenté depuis l’arrivée du groupe Wagner au Mali, ce qui, à son tour, a gravement compromis les relations entre l’armée et le public maliens." Le tout pour une facture exorbitante. Le "partenariat" sécuritaire avec la Russie aurait coûté la bagatelle de 900 millions de dollars à Bamako en quatre ans, selon une récente enquête de Jeune Afrique.

Ni le Mali, ni le Niger ni le Burkina Faso, tous les trois dirigés par des juntes prorusses, ne semblent prêts à sacrifier ce partenariat, si boiteux soit-il. Tant que ce dernier leur garantit la pérennité de leur régime. "Quand le régime iranien a été ébranlé au début de l’année par des manifestations de masse, les Russes l’ont aidé à censurer Internet et à brouiller Starlink, rappelle Nicole Grajewski. Les relations entre la Russie et l'Iran restent guidées par leur désir commun d’assurer à tout prix la survie de leur régime." Vladimir Poutine n’a peut-être pas dit son dernier mot, d’autant qu’il a investi en Iran pour exploiter pétrole et gaz et construire quatre réacteurs nucléaires, et qu’il compte sur ce pays pour construire son corridor nord sud, cette route ferroviaire et navale censée relier la Russie et l’Inde via l’Iran. "Les prochaines initiatives du Kremlin seront vraisemblablement calibrées pour préserver sa crédibilité en tant que partenaire contre-occidental, tout en évitant d'être entraîné dans un second conflit de haute intensité", présage dans une note, parue le 2 mars, Grégoire Roos, directeur des programmes Europe, Russie et Eurasie à la Chatham House.

Pour l’heure, le Kremlin profite des avantages que lui offre cette guerre. Non seulement l’attention mondiale est détournée du front ukrainien, mais des moyens militaires destinés à Kiev pourraient être détournés vers le Moyen-Orient. Surtout, le cours du pétrole s’envole : le baril pour le Brent de mer du Nord atteint lundi 2 mars au matin un peu plus de 80 dollars, en hausse de 13 %. Une excellente nouvelle pour les caisses de l’État russe. L’an dernier, les recettes pétrolières et gazières de la Russie ont reculé de près de 25 %.

© REUTERS

Vladimir Poutine, le 26 février 2026 à Moscou.

Donald Trump face à l’Iran : le bras de fer qui peut bouleverser l’ordre mondial

4 mars 2026 à 05:45

Trente-six ans d’un règne sanguinaire pulvérisé en seulement deux heures. A 6 heures du matin, ce samedi 28 février, au moment où les chasseurs de l’Israeli Air Force décollent de leur base, Ali Khamenei ne sait pas encore qu’il vit ses ultimes moments à la tête de l’Iran. Les services de renseignement de la CIA et du Mossad, qui traquaient depuis des mois ses moindres faits et gestes, ont obtenu l’information d’une imprudente réunion secrète en présence du Guide suprême.

Les deux plus grandes agences de renseignements au monde vont offrir sur un plateau l’ennemi numéro 1 d’Israël. A 9 h 40, à Téhéran, les missiles à longue portée claquent en plein cœur du quartier Pasteur, tuant l’ayatollah et plusieurs hauts membres de l’État-major iranien. "Pour Netanyahou, le Premier ministre israélien, le rêve est brusquement devenu réalité", estime Danny Citrinowicz, chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.

Des scènes de liesse

Dans les premières heures, alors même que la mort du Guide suprême n’est pas encore officialisée par l’Iran, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans tout le pays. Sur les réseaux sociaux fleurissent des scènes de liesse qui contrastent avec le fracas des bombes - le Pentagone a pilonné plus de 1 250 cibles dans les premières quarabte-huit heures du conflit. Pour cela, l’armée américaine a déployé deux groupes aéronavals, équipés de chasseurs de dernière génération. Une "invincible armada", sans équivalent depuis la guerre en Irak en 2003. Historiques par leur ampleur, les opérations "Fureur épique" (du côté américain) et "Rugissement du lion" (du côté israélien) le sont aussi par leur portée.

Cinq jours après son déclenchement, personne ne sait jusqu’où cette guerre entraînera le monde, mais une chose est sûre, l’Histoire retiendra le 28 février 2026 comme celui qui a mis fin à trois décennies d’un pouvoir absolu : celui du Guide suprême qui aura transformé la République islamique, née en 1979, en une théocratie ultra-militarisée, verrouillée par les Gardiens de la révolution. "N’ayant pas l’autorité religieuse de son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, il s’est appuyé sur l’appareil militaire pour consolider son pouvoir", rappelle Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université Stanford, qui expose sans détour l’héritage funeste de Khamenei et la manière dont il a consolidé les piliers stratégiques du régime : "le programme nucléaire, la création des proxys (Hezbollah, Hamas, houthistes), l’inscription de la destruction d’Israël parmi les objectifs stratégiques à long terme, et le refus de dialoguer directement avec les États-Unis".

En Iran, Khamenei a aussi inlassablement durci les restrictions visant les femmes dans l’espace public, renforçant la redoutable police des mœurs malgré l’élan du mouvement "Femme, Vie, Liberté", né après la mort de Mahsa Amini, en 2022. C’est encore lui qui a réprimé dans le sang le mouvement parti des bazars, déclenché par une crise économique aiguë, une inflation galopante et une dévaluation du rial, causant plusieurs dizaines de milliers de morts, en janvier dernier.

Sur le terrain, les stratèges américains et israéliens savent donc pertinemment que le régime des mollahs fait face à un cycle quasi ininterrompu de soulèvements depuis le "Mouvement vert" de 2009, apparu après la réélection controversée de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Et que ces vagues révolutionnaires ne s’arrêteront pas. Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s’appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l’affirme Donald Trump, que le peuple doit "reprendre son destin en main".

Quelques jours avant la mort du Guide suprême, dans un nouvel élan de courage inouï, les étudiants des principales universités du pays sont de nouveau descendus dans la rue, scandant des slogans hostiles au régime et brûlant des drapeaux de la République islamique. "Cette conjonction a créé pour les Américains et les Israéliens ce qui peut être perçu comme une fenêtre d’opportunité : agir à un moment où la contestation interne reprend de l’ampleur", pointe David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique.

Un triumvirat pour assurer la transition

Mais face au déluge du feu américain et israélien - du jamais-vu entre les deux alliés -, Téhéran n’a pas courbé l’échine. Un triumvirat, composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et de l’ayatollah Alireza Arafi est déjà aux affaires pour assurer la transition avant la désignation, par l’Assemblée des experts - composée de 88 religieux chiites - d’un successeur dans les prochains jours. "Le régime est faible, mais il est résilient et ne va jamais se rendre ou capituler. Le temps joue en sa faveur", juge Danny Citrinowicz, fin connaisseur du dossier iranien.

À ce jour, deux scénarios se dessinent. Une première option fait craindre un maintien du régime et une nouvelle répression si la population venait à répondre aux appels à l'insurrection du président américain. La seconde, redoutée par certains spécialistes, est la prise de contrôle de l’État par le pouvoir militaire, offrant "un nouveau Guide suprême comme symbole à des millions d’Iraniens conservateurs, mais dont le pouvoir serait fermement détenu par le corps des Gardiens de la révolution islamique", écrit l’expert Jonathan Panikoff sur le site de l’Atlantic Council. Et que cette solution, aux allures de scénario vénézuélien séduise Trump. "Le régime reste, mais avec à sa tête des 'mous', prêts à accepter les conditions américaines", illustre Bernard Haykel, grand spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton et chroniqueur à L'Express. Le locataire de la Maison-Blanche avait d’ailleurs "trois noms" en tête pour diriger l’Iran. Problème : "l’attaque a été si efficace qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Il ne s’agira d’aucun de ceux auxquels nous pensions, car ils sont tous morts", s’emporte le président américain sur la chaîne ABC.

Les doutes des stratèges américains

Même sans le nom de "l’heureux" élu, Donald Trump a pris la décision de politique étrangère la plus spectaculaire de ces vingt-cinq dernières années : une intervention massive, qui prévoit de mettre le régime à genoux en moins de "quatre semaines", torpillant les négociations en cours sous l’égide d’Oman. Un optimisme qui a suscité des doutes profonds de la part des stratèges américains, à commencer par le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, qui a mis en garde Donald Trump contre les risques d’une telle aventure, notamment en "pertes humaines" et en "épuisement des défenses aériennes". Et pour cause : déjà six morts du côté de l’armée américaine - et 555 Iraniens, selon le Croissant Rouge -, et des buts de guerre toujours aussi flous.

"On n’a jamais changé de régime en se contentant de bombarder des ministères ou des casernes", rappelle l’essayiste Brice Couturier auteur de l’ouvrage 1979. Le grand basculement du monde​​. Tandis que les frappes s’intensifient sur l’Iran, une question se pose avec de plus en plus d’acuité : quelle est l’étape d’après ? Le sujet agite de plus en plus les politiciens américains, notamment démocrates, ulcérés que cette opération ait été décidée sans l’aval du Congrès. Conscient que la grogne monte, le Secrétaire à la guerre, Pete Hegseth s’est fendu d’une conférence de presse, ce 2 mars, pour couper court aux inquiétudes d’une population, dont seule une minorité (27%) soutient l’intervention, selon un sondage Reuters/Ipsos, réalisé avant l’annonce des premiers morts américains.

L'Iran ne doit pas être un bourbier

Surtout, il fallait rassurer les Américains sur un point essentiel : l’Iran ne sera pas un bourbier pour le Pentagone. "Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas interminable", a assuré Hegseth. "Trump a besoin d’une victoire rapide, avance le politologue Gilles Kepel. Il ne peut pas se permettre un conflit qui s’éternise, du fait de l’approche des élections de mi-mandat. Sa base Maga a voté contre les opérations extérieures aura du mal à comprendre comment on peut dépenser une fortune pour ces interventions".

De fait, les détracteurs du président n’ont pas manqué d’exhumer ce qu’il écrivait sur X, le 11 novembre 2013 : "N'oubliez pas que j'avais prédit il y a longtemps que le président Obama attaquerait l'Iran en raison de son incapacité à négocier correctement - il n'est pas compétent !" Ou, le 6 novembre 2024, après sa victoire électorale : "Je ne déclencherai pas de guerres. Je vais arrêter les guerres". En réalité, Donald Trump, le "faiseur de paix", a ordonné plus de frappes en 14 mois depuis son retour à la Maison-Blanche que son prédécesseur, Joe Biden, durant tout son mandat. Mais l’homme n’est pas à une contradiction près. "La politique des Etats-Unis a toujours été que ce régime terroriste ne pourra jamais posséder d’arme nucléaire", a-t-il déclaré le 28 février pour justifier le déclenchement des frappes. Or, Donald Trump a toujours affirmé avoir "anéanti" le programme nucléaire iranien. Pourquoi, alors, s’attaquer à un programme qu’il aurait déjà détruit ?

Et que penser de la volonté du président américain de voir les Gardiens de la révolution et la police iranienne "fusionner pacifiquement avec les patriotes iraniens et œuvrer ensemble pour rendre au pays la grandeur qu’il mérite" ? Comme si les bourreaux des 8 et 9 janvier pouvaient fraterniser avec leurs victimes. Il n’y a que dans le film de Jafar Panahi, Un simple accident, qu’un tortionnaire est capable d’un tel geste…

Le "pari géopolitique" de Trump paraît donc mal engagé. "C’est normal, car il n’a aucune cohérence", tranche Jacob Heilbrunn, directeur de la revue The national Interest. Enhardi par ses succès militaires, dont l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien, la nuit du 2 janvier, "le sentiment d’hyperpuissance de Trump confine de plus en plus à la mégalomanie, ajoute-t-il. Il joue sa présidence aux dés, mais il pourrait finir par perdre sa mise." Car Donald Trump montre la même faiblesse que devant Vladimir Poutine : il est pressé. "Si le régime ne tombe pas ou ne change pas, et qu’au contraire il s’endurcit en faisant exploser le prix du pétrole, alors Trump prendra une énorme leçon, comme d’autres présidents américains avant lui, à l’image d’un George W. Bush qui croyait que la guerre en Irak en 2003 serait rapide", prédit Bernard Haykel. Mais Trump en sortirait-il alors perdant. Pas forcément : "Il est parfaitement capable de dire 'On a tué Khamenei, c’est une victoire totale, maintenant on arrête'", poursuit ce spécialiste.

C’est la plus grande inquiétude pour les Occidentaux, mais aussi pour les pays du Golfe, sortis contre leur gré de leur léthargie sécuritaire. Les conséquences d’un retrait américain seraient incalculables : elles pourraient laisser un pays multiconfessionnel à feu et à sang, comme en Libye, et provoqueraient une nouvelle bataille énergétique mondiale. À moins que le locataire de la Maison-Blanche, qui se targue d’avoir "mis fin à huit guerres en huit mois", ne décide, dans un coup de théâtre dont lui seul a le secret, de déployer des troupes en Iran. Hautement improbable jusqu’ici, cette éventualité "ne lui donne pas le trac", a-t-il lâché ce 2 mars. Bluff ou vertige du pouvoir ? Rien n’est plus périlleux qu’un chef de guerre enivré par sa propre audace.

© REUTERS

Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s’appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l’affirme Donald Trump, que le peuple doit "reprendre son destin en main".
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