IL est neuf heures, heure locale, samedi, lorsque les Etats-Unis et Israël attaquent conjointement l'Iran. Pour justifier ces frappes, Washington affirme que Téhéran serait à une semaine de disposer de l'arme nucléaire et construirait des missiles capables d'atteindre les Etats-Unis. Des allégations aussitôt démenties par l'agence internationale de l'énergie atomique et qui interrogent sur la légalité de cette guerre. Si les experts rappellent la nécessité d'examiner séparément les différentes frappes - assassinat d'Ali Khamenei, frappes aériennes, attaque d'un sous-marin, ils s'accordent pour dire que le droit international a été largement bafoué. Explications.
Alors que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a décrit l'opération aérienne menée en Iran comme "la plus meurtrière, la plus complexe et la plus précise de l’histoire" et que Donald Trump a annoncé qu'elle pourrait durer cinq semaines, les démocrates ont insisté pour qu'un vote puisse avoir lieu - comme cela aurait dû être fait préalablement - au Congrès. Mercredi 4 février, le Sénat, largement acquis aux républicains, a refusé de limiter les pouvoirs de Donald Trump. La Chambre des représentants doit quant à elle se prononcer ce jeudi.
Droit international bafoué
Si la Maison-Blanche se défend de toute action illégale, plusieurs juristes interviewés par le Guardian affirment le contraire. "Ce sont des objectifs de politique militaire", explique Wells Dixon, avocat principal au Center for Constitutional Rights, après avoir examiné les arguments de Donald Trump. "Ils ne constituent pas un fondement juridique pour lancer une attaque armée contre un autre pays." Marko Milanovic, professeur de droit international à l'université de Reading, reconnaît que l'Iran pouvait constituer une menace, mais avance qu'il existait de nombreuses manières d'y répondre. "Le recours à la force nécessiterait un fondement de légitime défense", détaille-t-il.
La notion de "menace imminente" avancée par le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio - qui a par ailleurs affirmé que la Maison-Blanche avait été contrainte de lancer des frappes contre l'Iran parce que son proche allié, Israël, était déterminé à agir - s'apprécie au regard de la preuve d'un risque clair, visible et imminent. Des critères qui ne s'appliquent pas dans le cas de l'Iran, à en croire les experts. "Pour qu'un acte soit considéré comme de la légitime défense, il faut qu'il soit nécessaire, c'est-à-dire qu'il n'existe aucune autre solution", explique Brian Finucane, ancien juriste du département d'Etat américain. "Or, ce n'est pas le cas ici. Une autre option existait : les Etats-Unis auraient pu empêcher Israël d'attaquer."
Des voix critiques s'élèvent
Plusieurs parlementaires américains ont partagé l'évaluation des juristes concernant la menace potentielle que représente l'Iran. "Les Iraniens ne représentaient aucune menace imminente pour les Etats-Unis. La menace visait Israël", affirme Mark Warner, vice-président démocrate de la commission du renseignement du Sénat. "Si nous assimilons une menace contre Israël à une menace imminente contre les Etats-Unis, alors nous nous aventurons en terrain inconnu." De son côté, le sénateur démocrate Tim Kaine a tenu un discours similaire : "Nous ne devrions pas mener une guerre affirmative au nom d'une nation quelconque dans le monde, aussi proche soyons-nous", a-t-il fait valoir.
Les voix critiques se sont également élevées de l'autre côté de l'Atlantique, à commencer par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui a dénoncé une "guerre illégale" et interdit aux avions militaires américains d'utiliser les bases espagnoles lors des attaques contre l'Iran, tout comme le Royaume-Uni. Une prise de position à laquelle Emmanuel Macron semble s'être plus ou moins rallié mardi, dénonçant à son tour des frappes "en dehors du droit international", que Paris "ne peut pas approuver".
Nécessité d'une analyse au cas par cas
Si les frappes aériennes dans leur globalité semblent donc a fortiori contourner la loi, reste à élucider l'assassinat d'Ali Khamenei et l'attaque d'un sous-marin iranien au large du Sri Lanka. Sur ces deux questions, l'interprétation du droit pourrait être plus libre. D'une part parce que c'est Israël qui aurait mené la frappe dans laquelle Khamenei a été tué, tandis que les Etats-Unis auraient surtout fourni du renseignement. D'autre part parce qu'il faudrait déterminer si les Etats-Unis étaient en guerre au moment de sa mort et s’il était considéré comme un dirigeant militaire.
Concernant le sous-marin iranien coulé, plusieurs juristes ont indiqué à Reuters que cette action pourrait être conforme au droit de la guerre, puisqu'elle a eu lieu dans les eaux internationales et que la cible était un navire militaire qui n’était pas hors d’état de combattre. Cependant, il faudrait démontrer comment ce navire de guerre, qui se trouvait loin de l’Iran, était relié aux menaces vis-à-vis de Washington.
Ni la population, ni les autorités, ni même certains cadres du Hezbollah ne souhaitaient cette escalade militaire dramatique au Levant. Et pourtant, voilà que le Liban se retrouve percuté par l’embrasement régional, transformant le pays du Cèdre en théâtre connexe de la guerre en Iran. Le 2 mars, la milice chiite - parrainée par la République islamique - a pris la décision d’envoyer un cocktail de roquettes et de drones sur Israël, offrant à l’Etat hébreu les conditions d’une nouvelle offensive d’envergure. "Une fois de plus, le Liban (est utilisé) comme plateforme pour des guerres qui ne [le] concernent pas", se désespère le président Joseph Aoun. "Un acte irresponsable qui met en danger la sécurité du Liban et donne à Israël des excuses pour continuer ses attaques contre ce pays", critique encore le Premier ministre, Nawaf Salam.
Conséquence, les Libanais se réveillent depuis plusieurs jours au milieu du fracas des bombes avec des frappes massives de Tsahal dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion de la milice chiite, le sud du pays ainsi que dans la vallée de la Bekaa. Les représailles israéliennes ont déjà coûté la vie à des dizaines de Libanais et fait déjà 60 000 déplacés selon l'ONU, alors que le pays pansait encore ses plaies, quinze mois après le cessez-le-feu entre l'Etat hébreu et le "parti de Dieu".
La décision unilatérale de la direction du Hezbollah a pris de court jusqu'à certains cadres… de son propre mouvement et son précieux allié chiite Nabih Berri, le président du Parlement. "Après l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei, le Hezbollah n’avait plus le choix", explique Danny Citrinowicz chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.
Un choix suicidaire pour le Hezbollah
Cette décision d’entrer en guerre semble donc bien émaner directement des hautes sphères de l’organisation terroriste, comme son bras armé le "Conseil du Djihad" et son cerveau stratégique, le "Conseil de la Choura", où les Iraniens occupent des positions stratégiques. Un choix suicidaire, alors que le Hezbollah n’est plus que l'ombre de lui-même depuis l'opération des bipeurs en 2024 menée par le Mossad qui a décapité tout son état-major et dont la puissance militaire s'est considérablement affaiblie : environ 80 % de ses roquettes, notamment celles de longue portée et de haute précision, auraient été détruites par Israël au cours de l’année écoulée !
Cette nouvelle poussée de fièvre tombe mal, au moment où Beyrouth déploie tous ses efforts pour reprendre le contrôle par l’Etat des armes en circulation. Les forces armées libanaises ont déjà mené à bien la première phase d’un plan de désarmement du Hezbollah - sous la pression de Washington - dans le sud du Liban et s’engagent à poursuivre ce vaste chantier au nord du fleuve Litani. Dans ce contexte de guerre en Iran, le président Joseph Aoun et Emmanuel Macron ont été contraints de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien à l’armée, prévue initialement ce 5 mars à Paris.
Un long processus de réhabilitation que les Occidentaux espèrent ne pas voir torpiller. "Maintenant que le Liban a officiellement interdit les activités militaires du Hezbollah, une opportunité réelle pourrait émerger à l’issue de ce conflit, espère Matthew Levitt, spécialiste du terrorisme au sein du Washington Institute for Near East Policy. Avec une milice chiite affaiblie sur le plan politique et militaire, Israël et le Liban pourraient enfin dépasser leur état de guerre officiellement déclaré".
Un coup de fil entre Macron et Netanyahou
En réponse aux tensions actuelles avec le Hezbollah, Tel-Aviv a déjà mis en place une "zone tampon" destinée à sécuriser la zone nord du Liban. Tsahal n’exclut pas de s’emparer de "territoires stratégiques supplémentaires", a laissé entendre le ministre de la Défense, Israël Katz. Pour parer à toute initiative risquée, Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump mais aussi Benyamin Netanyahou, pour lui demander "de s’abstenir d’une offensive terrestre" au Liban.
Si pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas avoir de visées d’occupation à long terme, les violations répétées de la souveraineté libanaise se sont multipliées depuis plusieurs mois. Ces derniers jours encore, Tsahal a franchi la fameuse "ligne bleue" tracée par l'ONU, sous le regard impuissant de la Finul - la Force intérimaire des Nations unies au Liban -, au sein de laquelle sont déployés des soldats français. Il est évident que toute présence militaire prolongée de Tsahal offrirait au Hezbollah un alibi en or pour tenter de se refaire une "virginité". A Israël d'éviter une erreur stratégique qui pourrait s'avérer monumentale, alors que le Liban paye déjà le plus lourd tribut de cette guerre en Iran.
Plusieurs conjurés ont été arrêtés ; le chah a fui en avion à Bagdad ; le coup d’Etat fomenté par la Central Intelligence Agency (CIA) a échoué. Nous sommes à l’aube du 16 août 1953 et la tentative américaine de renverser le Premier ministre pour installer à Téhéran un gouvernement favorable aux intérêts des Occidentaux est mal engagée. Mais ce n’est que partie remise. Trois jours plus tard, à la suite de péripéties rocambolesques, l’envoyé de la CIA réussira dans son entreprise.
L'affaire est peu connue en Europe, mais le changement du régime iranien, auquel aspire le président Donald Trump, a bien un précédent : il y a trois quarts de siècle, les services secrets américains renversèrent le seul gouvernement réellement démocratique que la Perse ait connu dans son histoire millénaire. L’opération "Ajax", selon son nom de code à la CIA, mit en branle une série de tragédies, dont le peuple iranien continue à souffrir aujourd’hui, comme le souligne le journaliste américain Stephen Kinzer dans un livre-enquête* sur le sujet.
En 1953, le monde est plongé dans la guerre froide ; la guerre de Corée s’achève par un armistice en forme de match nul entre communistes et pro-américains ; en Egypte, l’arrivée au pouvoir du colonel Nasser, l’année précédente, a inauguré une vague révolutionnaire dans le monde arabo-musulman. A Washington, on craint que l’Iran, pays frontalier de l’Union soviétique, tombe à son tour dans l’orbite de Moscou.
A la source du conflit, on trouve, comment souvent au XXe siècle dans la région, le pétrole. L’accord anglo-perse de 1919 réduisait de facto l’Iran à un protectorat britannique. Il confiait la gestion exclusive des hydrocarbures à une société détenue en majorité par Londres, l’Anglo-Iranian Oil Company (l’ancêtre de BP), qui devient bientôt la compagnie anglaise la plus rentable du monde. Winston Churchill parle alors de l’Iran comme d’un "pays de cocagne, au-delà de nos rêves les plus fous". Mais dans la population iranienne, la confiscation des royalties par Londres et son refus obstiné de les partager nourrissent une frustration croissante. Un nationaliste pur et dur, Mohammad Mossadegh, est élu Premier ministre en 1951 par le Parlement.
A la demande de Winston Churchill
Grand bourgeois francophone, docteur en droit formé en Suisse, Mossadegh allume la mèche peu après son arrivée au pouvoir : il nationalise l’exploitation du pétrole. La mesure est accueillie avec enthousiasme dans le pays. Le chef du gouvernement promet à ses concitoyens que grâce à l’argent des hydrocarbures, l’Iran pourra enfin sortir du sous-développement. Son audace résonne à travers le monde au moment où la décolonisation s’accélère.
À Londres cependant, les autorités dénoncent une spoliation. Churchill, qui vient de retrouver son poste de Premier ministre, somme Mossadegh de revenir sur sa décision. Arc-bouté sur ses principes, l’Iranien refuse. Le Britannique impose une série de sanctions économiques (déjà !) contre l’Iran. Il fait arraisonner par la Royal Navy un pétrolier italien chargé de brut iranien. Il dépose plainte devant la Cour internationale de justice. Mossadegh, qui vient en personne à La Haye plaider devant les juges, obtient gain de cause.
Churchill se tourne alors vers les Américains. Il leur propose d’employer la manière forte pour déposer l’entêté et installer à sa place un Premier ministre à la solde des Occidentaux. Élu à la Maison-Blanche en novembre 1952, le républicain Dwight Eisenhower rompt avec la prudence de son prédécesseur Harry S. Truman et fait droit aux arguments de Churchill, dont il a besoin du soutien en Corée. Le nouveau chef de la CIA, Allen Dulles, anticommuniste convaincu, se charge avec zèle de la tâche. Il dépêche en Iran l’un de ses agents les plus expérimentés, Kermit Roosevelt, le petit-fils du président Theodore Roosevelt. C’est lui qui va changer le cours de l’Histoire.
L'obstination de Roosevelt
Avec l’aide du MI6 britannique qui dispose d’un réseau d’agents sur le terrain, l'émissaire américain, des dollars plein les poches, stipendie des mollahs, des journalistes et des officiers de l’armée, pour dresser la population contre Mossadegh. La désinformation bat son plein. Le Premier ministre est faussement décrit dans la presse comme un aventurier à la solde du Parti communiste, le Toudeh, qui de son côté agite la rue. L’Iran est au bord du chaos.
Pour donner à son action un vernis de légalité, Roosevelt convainc le chah de signer en secret un décret qui destitue son Premier ministre et qui nomme à sa place un général acquis aux Américains. Au soir du 15 août, l'agent de la CIA dépêche le chef de la garde impériale, le colonel Nassiri, pour se saisir de Mossadegh. Mais les conjurés n’ont pas été assez prudents ; le complot a été éventé ; Nassiri est arrêté. Craignant la vengeance de Mossadegh, le chah quitte le pays.
Roosevelt s’obstine pourtant, faisant fi des instructions de Langley lui ordonnant de déguerpir d’Iran sur-le-champ. Non seulement il reste à Téhéran mais il relance le complot et parvient à rallier une partie de l’armée autour d’officiers loyaux au chah. Le 19 août, des unités encerclent la maison de Mossadegh, qui ne tarde pas à se rendre. Comme l’écrit L’Express dans son édition du 22 août 1953, "la seule carte qui restait à Mossadegh était l'appel au Toudeh. Ni sa formation ni ses convictions profondes - ni même son intérêt - ne pouvaient l’inciter à en faire usage. Et c’est là, semble-t-il, toute la raison de sa chute."
Des conséquences toujours visibles aujourd'hui
De retour dans son pays à l’invitation des militaires putschistes, Mohammed Reza Pahlavi est réinstallé sur le trône du Paon. Dès lors, le monarque règne d’une main de fer, tout en déployant un vaste programme de modernisation et de mise au pas du clergé chiite, qui jamais ne lui pardonnera. Mais le soutien que le chah a apporté à la CIA au détriment d’un gouvernement patriote et populaire a compromis sa légitimité. Il ne s’en remettra jamais vraiment. Pour asseoir son pouvoir, il use d’une répression de plus en plus féroce par le biais de sa redoutable police secrète, la Savak, créé en 1957 avec l’assistance de la centrale américaine. La terreur s’intensifie jusqu’à l’explosion populaire de 1979 qui contraint le souverain, définitivement cette fois, à l’exil.
La révolution islamique est marquée par le retour de l’ayatollah Khomeini qui, jeune mollah, s’était opposé à Mossadegh, avant de devenir l’ennemi juré du chah. Les révolutionnaires installent à la tête du pays des clercs fanatiques, radicalement anti-américains et anti-occidentaux. Ces derniers n’ont de cesse depuis lors d’œuvrer contre le "grand satan" de Washington et le "petit satan" israélien, lesquels mènent, depuis le 28 février, une campagne de bombardements aériens dans l’espoir de mettre à bas le régime théocratique, tandis que le fils du shah, le prince Reza, attend son heure à Washington.
Les racines de cette campagne remontent à 1953. En faisant dérailler l’ébauche de démocratie iranienne, les Américains ont créé un foyer d’instabilité qui a contribué à répandre le désordre au Moyen-Orient et à promouvoir à travers le monde l’islamisme et son cortège de violences. Bien avant les opérations américaines en Irak ou en Afghanistan, le sort de Mossadegh et ses suites ont témoigné des risques des interventions politico-militaires occidentales, dont l’issue échappe souvent à leurs initiateurs. Mais il est douteux que Donald Trump se soit penché sur cette affaire avant de déclencher ses frappes sur l’Iran.
(*) All The Shah’s Men, Trade Paper Press, 2008, non traduit en français.
Alors que la guerre entre dans sa sixième journée, Israël et les Etats-Unis poursuivent, ce jeudi 5 mars, leurs bombardements sur l'Iran. Au Liban, le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, a été la cible d’une nouvelle frappe aérienne israélienne, dans la nuit de mercredi à jeudi. Les autorités libanaises ont, elles, annoncé trois nouveaux morts dans des frappes ayant visé deux voitures près de la capitale. Israël laisse toujours planer la menace d'une intervention terrestre au Liban.
Par ailleurs, le Sénat américain a refusé, mercredi, de limiter les pouvoirs de Donald Trump dans la guerre contre l’Iran, une résolution en ce sens ayant été rejetée grâce au soutien robuste de la majorité républicaine.
Les infos à retenir
⇒ L'Azerbaïdjan accuse l'Iran d'avoir tiré deux drones sur son territoire
⇒ Les forces armées iraniennes nient avoir tiré un missile en direction de la Turquie
⇒Les opérations de rapatriement continuent au Moyen-Orient
13h15
La France autorise la présence temporaire d'avions américains sur ses bases militaires
La France a autorisé la présence temporaire d'avions américains sur certaines de ses bases militaires, a confirmé ce jeudi à Reuters un responsable de l'état-major de l'armée française. "Compte tenu du contexte, la France exige que les ressources concernées ne participent d’aucune manière aux opérations menées par les Etats-Unis en Iran, mais uniquement au soutien de la défense de nos partenaires dans la région", a déclaré le haut gradé.
12h35
L'Azerbaïdjan promet de riposter après une attaque
L'Azerbaïdjan a averti ce jeudi qu'il préparait des mesures de riposte après que deux drones iraniens ont survolé sa frontière et blessé quatre personnes dans l'enclave de Nakhitchevan. "Ces attaques ne resteront pas sans réponse", a déclaré le ministère azerbaïdjanais de la Défense dans un communiqué.
Il a ajouté qu'il enquêtait sur les types de drones utilisés lors de l'attaque et qu'il "préparait les mesures de riposte nécessaires pour protéger l'intégrité territoriale et la souveraineté du pays".
Les relations entre l'Azerbaïdjan et l'Iran sont déjà tendues en raison du renforcement des liens économiques, énergétiques et militaires de Bakou avec la Turquie et Israël. L'Iran, qui riposte aux frappes américaines et israéliennes depuis samedi dans le cadre d'une guerre aérienne qui ravage actuellement le Moyen-Orient, compte également une importante population d'origine azerbaïdjanaise.
12h20
L'Italie, l'Espagne, la France et les Pays-Bas vont envoyer des navires de guerre à Chypre
L'Italie, l'Espagne, la France et les Pays-Bas enverront des moyens navals pour protéger Chypre dans les prochains jours, a déclaré ce jeudi le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, devant le Parlement.
Lundi, une base de la Royal Air Force britannique, située sur l'île, a été visée par un drone iranien.
La Première ministre, Giorgia Meloni, a déclaré de son côté à la radio que l'Italie répondrait aux demandes d'aide des pays du Golfe qui souhaitent se procurer du matériel de défense antiaérienne pour contrer les frappes iraniennes. Des sources ont indiqué à Reuters cette semaine que les livraisons pourraient inclure des batteries de missiles sol-air SAMP/T, bien qu'aucune décision définitive n'ait encore été prise.
11h30
L'Espagne va envoyer une frégate à Chypre
L'Espagne enverra sa frégate Christophe Colomb à Chypre, rejoignant ainsi le porte-avions français Charles de Gaulle et d'autres navires de la marine grecque, a déclaré le ministère de la Défense dans un communiqué ce jeudi.
La frégate espagnole, qui arrivera en Crète vers le 10 mars, est utilisée pour la défense aérienne.
11h00
La France autorise les Etats-Unis à utiliser ses bases militaires, selon BFMTV
La France a autorisé les forces armées américaines à utiliser ses bases militaires durant la guerre au Moyen-Orient, rapporte ce jeudi BFMTV.
10h30
La Turquie affirme suivre de près les actions du groupe militant kurde iranien PJAK
La Turquie dit surveiller de près les actions menées par le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), organisation kurde anti-iranienne basée dans la zone frontale entre l'Irak et l'Iran, qui menace selon elle la sécurité de l'Iran et la stabilité régionale.
"Les activités de groupes qui alimentent le séparatisme ethnique, comme l'organisation terroriste PJAK, nuisent non seulement à la sécurité de l'Iran, mais aussi à la paix et à la stabilité de la région", a déclaré le ministère turc de la Défense lors d'un point de presse hebdomadaire à Ankara.
09h40
L'Azerbaïdjan accuse l'Iran d'avoir tiré deux drones sur son territoire
L'Azerbaïdjan a accusé ce jeudi l'Iran d'avoir tiré deux drones sur son territoire, blessant deux personnes, et a déclaré avoir convoqué l'ambassadeur iranien afin de protester fermement.
Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a déclaré qu'un drone s'était écrasé sur un aéroport de Nakhitchevan, près de la frontière avec l'Iran, et qu'un autre avait atterri près d'une école. Dans un communiqué, elle a condamné les attaques, exigé des explications de l'Iran et déclaré que l'Azerbaïdjan se réservait le droit de prendre des "mesures de riposte appropriées".
09h00
Les Gardiens de la révolution disent avoir frappé un pétrolier américain
Les Gardiens de la révolution ont annoncé ce matin avoir touché un pétrole américain dans le nord du golfe Persique et réaffirmé avoir le contrôle du détroit d'Ormuz, voie de transit essentielle au trafic mondial des hydrocarbures.
08h45
L'Iran affirme avoir ciblé des "groupes séparatistes" kurdes
Le ministère iranien du Renseignement a déclaré ce jeudi avoir ciblé des positions de "groupes séparatistes" qui avaient l'intention d'entrer par les frontières occidentales du pays, ajoutant qu'ils avaient subi de lourdes pertes.
Selon CNN, la CIA et l'administration Trump sont en discussion avec plusieurs groupes d'opposition iraniens et des dirigeants kurdes irakiens pour les soutenir militairement. Le communiqué du ministère iranien relayé par les médias d'Etat, indique que les forces iraniennes coopèrent avec les "nobles Kurdes" pour contrecarrer le plan "israélo-américain" d'attaque du sol iranien.
08h25
Pete Hegseth exhorte Israël à poursuivre ses efforts "jusqu'au bout", selon le ministère israélien de la Défense
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a dit à Israël de "continuer jusqu'au bout", affirmant que les États-Unis étaient solidaires d'Israël, lors d'entretiens nocturnes avec le ministre de la Défense israélien Israël Katz, a déclaré ce jeudi le ministère israélien de la Défense.
Israël Katz a remercié Pete Hegseth pour l'aide considérable apportée par les Etats-Unis dans la défense des citoyens israéliens contre la menace des missiles iraniens, a-t-on indiqué.
07h30
Des explosions sont signalées à Téhéran et Karaj, au nord-ouest de la capitale iranienne, par les médias officiels iraniens
06h45
Un chef du Hamas tué au Liban, selon l’agence ANI
L’agence de presse officielle libanaise ANI rapporte qu’une frappe israélienne a tué un chef du mouvement islamiste Hamas dans un camp de réfugiés palestiniens du nord du Liban.
Wassim Atallah Al-Ali et sa femme ont été tués lorsqu’un "drone ennemi a visé leur habitation" dans le camp de Beddawi, près de Tripoli, pendant la nuit, a rapporté l’agence, le décrivant comme un haut responsable du Hamas. Il s’agit du premier dirigeant du groupe islamiste palestinien tué depuis le début de l’offensive américano-israélienne sur l’Iran.
06h30
Les forces armées iraniennes nient avoir tiré un missile en direction de la Turquie
Les forces armées iraniennes respectent la souveraineté de la Turquie et nient avoir tiré un missile vers son territoire, ont-elles déclaré jeudi dans un communiqué relayé par les médias d'État.
Le ministère turc de la Défense avait déclaré mercredi qu'un missile balistique tiré depuis l'Iran vers l'espace aérien turc après avoir traversé la Syrie et l'Irak avait été détruit par les systèmes de défense aérienne et antimissile de l'Otan au-dessus de la Méditerranée orientale.
06h00
Les opérations de rapatriement continuent au Moyen-Orient
Les opérations de rapatriement de ressortissants étrangers se sont poursuivies dans la nuit de mercredi à jeudi au Moyen-Orient, alors que la guerre se poursuit pour la sixième journée consécutive.
Qatar Airways va opérer à partir de jeudi un nombre limité de vols d'assistance pour les passagers bloqués. Des vols sont prévus au départ d'Oman et de l'Arabie saoudite, alors que les opérations de la compagnie depuis Doha sont toujours suspendues en raison de la fermeture de l'espace aérien. Ces vols devraient relier Muscat vers Amsterdam, Berlin, Copenhague, Londres-Heathrow, Madrid et Rome, ainsi que de Riyad vers Francfort.
Un avion affrété par le gouvernement américain rapatrie aussi des ressortissants américains depuis le Moyen-Orient et des vols supplémentaires sont en train d'être organisés à travers la région, déclare le département d'Etat américain.
Un vol britannique destiné à rapatrier des ressortissants britanniques après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient n'a pas décollé comme prévu d'Oman mercredi soir et a été reporté à plus tard dans la journée de jeudi, a rapporté Sky News.
05h00
L'Arabie saoudite annonce avoir intercepté un drone dans son espace aérien, à l'est de la région de al-jawf
04h00
Deux soldats américains tués dans une attaque de drones au Koweit
Le Pentagone a identifié deux soldats tués dimanche dans une attaque de drone au Koweït. Quatre autres réservistes, identifiés mardi, avaient été tués dans cette attaque.
03h00
"La résilience de l'économie mondiale est mise à l'épreuve par l'escalade du conflit au Moyen-Orient", estime la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva
Le conflit imposera de nouvelles exigences aux décideurs politiques partout dans le monde, et le monde pourrait connaître une longue période de bouleversements, a-t-elle déclaré.
La Corée du Sud, qui fournit environ les deux tiers des semi-conducteurs dans le monde, craint également un impact de la guerre sur la production mondiale de ceux-ci, dont l'approvisionnement dépend largement du Moyen-Orient.
"Les responsables ont évoqué la possibilité d'une perturbation de la production de semi-conducteurs si certains de ces matériaux essentiels ne pouvaient plus être approvisionnés depuis le Moyen-Orient", a déclaré un député du parti au pouvoir en Corée du Sud, ajoutant que les entreprises sud-coréennes s'approvisionnaient en certains matériaux essentiels à la fabrication de puces, tels que l'hélium, depuis le Moyen-Orient.
Le capitaine d'un pétrolier à l'ancrage rapporte avoir entendu et vu une importante explosion au sud-est de Moubarak al Kabir, au Koweït, a dit l'agence britannique des opérations maritimes commerciales (UKMTO). Du pétrole a été observé dans l'eau, ce qui pourrait avoir un impact environnemental. Le Koweït affirme que l'incident impliquant un pétrolier s'est produit en dehors de ses eaux territoriales.
Sept navires de la Corée du Sud transportant du pétrole brut sont bloqués dans le détroit d'Ormuz, selon Reuters.
Le corps des Gardiens de la Révolution islamique iranienne a dit mercredi que la marine avait le "contrôle complet" du détroit d'Ormuz, menaçant tout navire qui tenterait d'emprunter cette voie essentielle au trafic mondial des hydrocarbures.
01h00
Le Qatar évacue les résidents vivant près de l'ambassade américaine
Le Qatar évacue les résidents vivant à proximité de l'ambassade américaine à Doha à titre de "mesure de précaution temporaire", a déclaré jeudi matin le ministère de l'Intérieur du pays du Golfe.
"Un hébergement approprié leur a été fourni dans le cadre des mesures préventives nécessaires", a indiqué le ministère dans un communiqué.
00h50
Le Sénat américain refuse de limiter les pouvoirs de Donald Trump
Une majorité du Sénat américain a soutenu mercredi la campagne militaire du président Donald Trump contre l'Iran, en votant pour bloquer une résolution visant à mettre fin à la guerre en Iran et à exiger que toute offensive soit autorisée par le Congrès.
Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.
Il y a quelques jours, le chancelier allemand Friedrich Merz était en Chine puis aux Etats-Unis, tant pour défendre l’économie allemande, que pour parler au nom de toute l’Union européenne. Des déplacements qui illustrent la nouvelle place que souhaite désormais prendre l’Allemagne, comme on peut le lire cette semaine dans les pages de L’Express.
Car depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le modèle allemand s’est retrouvé ébranlé. La réussite allemande reposait sur un gaz russe très bon marché, la forte proximité avec les Etats Unis, et des exportations très élevées vers la Chine. Ces piliers de la croissance allemande se sont écroulés : les robinets du gaz ont été fermés, la confiance s’étiole avec Washington notamment sur le dossier ukrainien, et l’industrie chinoise monte en gamme dans les secteurs phares pour l’Allemagne comme l’automobile.
A ces difficultés s’ajoute l’instabilité politique. L’après Merkel a été complexe, les coalitions se sont révélées impossibles. Et le résultat, c’est un pays immobile face à ces nouveaux défis.
Mais l’Allemagne est en pleine révolution. Sur le plan diplomatique, Berlin compte bien retrouver sa place en Europe, notamment en s’éloignant du couple franco-allemand. Déjà en difficulté avec le chancelier Olaf Scholz, la relation entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz semble au point mort. Le nouveau chancelier poursuit aussi l’éloignement avec l’allié américain, et se rapproche de l’Italie de Meloni.
Un tournant pris également concernant la défense. Alors que le sujet de l’armée restait tabou dans l’opinion publique, les Allemands ont décidé d’investir massivement et de se transformer en l’une des armées les plus puissantes du Vieux Continent. En s’appuyant sur leurs atouts et notamment une économie peu endettée, ils ont mobilisé un effort spectaculaire pour se reconfigurer, en à peine un an.
Désormais, Berlin se voit à nouveau comme une puissance. Pourtant, rien n’est gagné : Friedrich Merz reste assez faible sur le volet politique intérieure, notamment face à la montée en puissance de l’extrême droite. Faire renaître l'armée prendra du temps. Et l’industrie doit être largement repensée.
Mais dans son histoire récente, l’Allemagne a dû - et su - se réinventer plusieurs fois, comme on a pu le lire dans les pages du magazine ces dernières décennies.
En 1979, alors que l'Allemagne est encore coupée en deux, sa réussite est décryptée depuis la France, loin des clichés qui ont encore cours à l'époque.
Puis, 10 ans après la chute du mur de Berlin, c'est un véritable "modèle allemand" qui est installé.
Le chancelier allemand Friedrich Merz avant sa rencontre avec le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, à la 62e Conférence sur la Sécurité de Munich, le 13 février 2026. EPA/Sean Gallup / POOL
Sur le front ukrainien, la température glaciale du mois de février s’est accompagnée d’un vent de panique sur les chaînes Telegram des blogueurs militaires russes. Mais celui-ci ne devait rien à la météo. "La désactivation brutale de Starlink par Musk s’avère extrêmement problématique pour nos forces, témoigne, angoissé, l’un de ces comptes très populaires et ultranationalistes. Pour l’instant, nos troupes ne disposent pas de système équivalent." Un autre, suivi par plus d’1,5 million de personnes en appelle, lui, aux dons, afin de financer des radios et palier aux "problèmes de communication" survenus parmi les troupes : "Après le blocage de Starlink, les soldats sur le front ont besoin en urgence de notre aide pour relancer l’offensive et repousser les attaques ennemies."
A l’origine de cet affolement inhabituel, Elon Musk, patron de SpaceX et de sa filiale Starlink, qui, début février, a soudainement décidé d'empêcher l'accès de l’armée russe à sa constellation de plus de 10 000 satellites, qui fournissent une connexion Internet partout sur le front. Un revers cinglant pour les forces de Poutine, mais surtout, un rappel du spectaculaire impact que peuvent avoir sur le champ de bataille les décisions de l'homme d’affaires américain, qui avait lancé ce service en 2015. "Cette connectivité par satellite est devenue cruciale, confirme Thibault Fouillet, directeur scientifique de l’Institut d’études de stratégie et de défense. Concrètement, elle permet d’échanger des informations en temps réel, de coordonner des frappes d’artillerie et de drones, ou même de guider des missiles et munitions nécessitant une connexion GPS."
Sérieuse déconvenue
Tout est parti d’un tweet. "Il semblerait que les mesures prises pour empêcher l'utilisation non autorisée de Starlink par la Russie aient porté leurs fruits", a simplement constaté le multimilliardaire le 1er février, dans un court message sur sa plateforme X. Bien que les sanctions américaines interdisent de vendre les services de Starlink à la Russie, Moscou avait, dès 2023, trouvé des moyens de contournement en mettant la main sur des terminaux permettant de s’y connecter, sur le marché noir ou par l’intermédiaire de pays tiers. Mais la mise en place par SpaceX et Kiev en février d’un système de filtrage qui autorise uniquement la connexion aux dispositifs préalablement inscrits sur une "liste blanche" - et bloque tous les autres - a brutalement privé les Russes de toute connexion.
La déconvenue est d'autant plus sévère pour l'armée russe qu'elle en avait généralisé l'usage au combat. Au point d’aller jusqu’à équiper certains drones à longue portée de terminaux, pour en démultiplier le potentiel destructeur. "L’intégration de Starlink dans leurs systèmes aériens leur permettait d’être presque insensibles au brouillage et pilotables avec une grande précision", retrace Kateryna Bondar, chercheuse au Center for Strategic and International Studies de Washington. Ces engins ont rapidement fait leurs preuves. Fin janvier, les Russes ont ainsi revendiqué des frappes avec des drones BM-35 et Molniya-2 dotés d'équipements Starlink contre plusieurs véhicules circulant sur une autoroute dans l’est du pays, et même contre deux trains - des cibles en mouvement, bien plus difficiles à toucher.
Privés des technologies d’Elon Musk, les Russes tentent de s'adapter. A la mi-février, plusieurs médias du pays ont relayé le premier test d’un système baptisé Barrage-1, sorte de ballon stratosphérique censé transporter des équipements 5G et servir de relais Internet aux troupes au sol. "Ce serait plus de l’ordre de la rustine, jauge Thibault Fouillet. Pour l'heure, il n’existe pas de capacité clé en main qui leur permettrait de remplacer les performances et la fiabilité de la constellation spatiale d’Elon Musk." Il faut dire que le projet "Rassvet", le Starlink "made in Russia" piloté par la société privée Bureau 1440, a du plomb dans l’aile. Le lancement de ses 16 premiers satellites initialement prévu en 2025 a dû être reporté… faute d'avoir été assemblés à temps. A court de solutions, Moscou cherche désormais à soudoyer des Ukrainiens pour qu’ils enregistrent à leur nom des terminaux destinés à être utilisés par les forces russes. Deux habitants de la région d'Odessa ont d'ores et déjà été arrêtés pour ce motif le 24 février, et accusés de haute trahison par Kiev.
En attendant, l’armée ukrainienne a habilement su tirer parti de ce coup de pouce donné par le patron de Starlink. Rien qu’en février, ses contre-attaques lui ont permis de réaliser des gains inédits depuis plus d’un an et demi, en libérant jusqu’à 200 kilomètres carrés, selon les données de l’Institute for the Study of War de Washington. "La capacité de communication des Russes a été fortement altérée et c’est très problématique en première ligne, souligne Katja Bego, chercheuse à la Chatham House, à Londres. Cela en dit long sur l'état de leur armée, censée être l'une des meilleures du monde, mais totalement dépendante d'un système externe."
Une dépendance qui interroge
L’Ukraine n’en reste pas moins tributaire de ce service aux mains d’un Elon Musk aussi versatile qu’imprévisible. Son positionnement ambigu sur le conflit n’avait d’ailleurs pas manqué d’éveiller les craintes en mars dernier. "Mon système Starlink est l'épine dorsale de l'armée ukrainienne. Toute leur ligne de front s'effondrerait si je le coupais", s'était-il énervé sur X, quelques jours après l’altercation inédite entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump dans le bureau Ovale. Effondrement ou pas, la connectivité permanente offerte par Starlink est effectivement précieuse à plus d’un titre. Dans les endroits les plus reculés, elle est essentielle pour faire tourner le système Delta, une plateforme clé pour organiser l'action des troupes ukrainiennes sur le front.
Ce n’est pas sa seule application. "Tous les drones maritimes ukrainiens reposent sur Starlink pour pouvoir être contrôlés à distance avec une faible latence, souligne Kateryna Bondar, du CSIS. En cas de coupure, l’Ukraine se retrouverait quasiment sans force navale." Par le passé, le magnat de la tech américaine n’a pas hésité à faire usage de son pouvoir pour influer sur les opérations ukrainiennes. En 2022, craignant une escalade, il avait secrètement ordonné à ses équipes de désactiver son service au large de la Crimée pour déjouer une attaque contre la flotte russe.
En l'absence de boussole claire, difficile de savoir ce qu'a en tête le milliardaire. "Nous ne le considérons ni comme un héros, ni comme un ennemi, jauge Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel ukrainien. Mais l’influence que peuvent avoir ses décisions sur le cours de la guerre et le sort de milliers de vies ne fait que démontrer l’immense responsabilité qui est la sienne."
Au-delà de Kiev, les chancelleries européennes s’interrogent elles aussi sur une solution de secours. Le franco-britannique Eutelsat, avec sa constellation de satellites OneWeb, pourrait-il s’y substituer ? "Même si elle ne dispose pas encore des moyens de Starlink, cette entreprise a récemment gagné de nombreux clients, note Katja Bego, de la Chatham House. De plus en plus de pays européens l’envisagent comme un moyen de ne pas dépendre des services d’Elon Musk." En mars dernier, sa PDG, Eva Berneke, avait affiché l’ambition d’atteindre à terme 40 000 terminaux en Ukraine – soit rigoureusement le nombre de ceux déployés par Starlink. Une telle opération nécessiterait toutefois du temps, et surtout, beaucoup d’argent. D’ici là, Kiev n’a guère d’autres choix que s’assurer les bonnes grâces de l'imprévisible Elon Musk.
"Psycho", 22 ans, membre de la 80e brigade aéroportée indépendante, déconnecte son terminal Starlink, à proximité de la ligne de front, dans la région de Kreminna, en Ukraine, le 6 janvier 2023.