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EN DIRECT. Le successeur d'Ali Khamenei pourrait être désigné dans la journée

8 mars 2026 à 10:14

Interrogé samedi sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol pour sécuriser les sites nucléaires, Donald Trump a déclaré que c'était quelque chose qu'ils pourraient faire "plus tard".

Les gouvernements d'Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de Bahreïn ont signalé des attaques de drones iraniens sur leur territoire samedi et tôt dimanche, un important incendie ayant ravagé un immeuble de bureaux gouvernementaux au Koweït. L’Arabie saoudite a averti Téhéran que la poursuite des attaques iraniennes contre le royaume et son secteur énergétique pourrait inciter Riyad à riposter de la même manière, ont indiqué à Reuters des sources proches du dossier.

L'ambassade des États-Unis à Oslo, la capitale norvégienne, a également été touchée par une explosion tôt dimanche matin. Selon la police, des dégâts mineurs ont été constatés, mais aucun blessé n'a été signalé. Les causes de l'explosion et les personnes impliquées restent pour l'instant inconnues.

Dans une tentative apparente d'apaiser les tensions dans le Golfe, le président iranien a présenté ses excuses aux États voisins pour les attaques perpétrées samedi contre des installations américaines dans ces pays. Des propos qui ont provoqué une onde de choc politique en Iran, incitant son cabinet à réaffirmer que l'armée iranienne répondrait fermement aux attaques provenant de bases américaines.

L'assemblée des experts chargée de désigner le prochain guide suprême de l'Iran, en remplacement de l'ayatollah Ali Khamenei, assassiné la semaine dernière, pourrait se réunir dès dimanche, selon les médias iraniens. Un consensus majoritaire sur un successeur a été quasiment atteint, a déclaré l'ayatollah Mohammad-Mahdi Mirbaqeri, membre de l'assemblée, d'après l'agence de presse Mehr.

8h56

L'armée israélienne affirme qu'elle poursuivra tous les successeurs de Khamenei

L'armée israélienne a averti qu'elle continuerait à traquer tous les successeurs du guide suprême iranien assassiné, l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes américaines et israéliennes en Iran.

Dans un message publié sur X en farsi, l'armée israélienne a également averti qu'elle poursuivrait toute personne cherchant à nommer un successeur à Khamenei, faisant référence à l'organe clérical chargé de choisir le guide suprême de la République islamique. Cet avertissement intervient alors que l'assemblée cléricale s'apprête à se réunir pour choisir le prochain guide suprême de l'Iran.

8h33

Donald Trump refuse toute négociation avec l'Iran

Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il n'était pas intéressé par des négociations avec l'Iran, soulevant la possibilité que la guerre contre l'Iran ne prenne fin que lorsque Téhéran n'aura plus d'armée opérationnelle et que ses dirigeants seront complètement éliminés.

Peu après que Trump s'est adressé aux journalistes à bord d'Air Force One, Israël, allié des États-Unis, a annoncé de nouvelles frappes en Iran tôt dimanche matin, alors que la guerre qui a semé le chaos au Moyen-Orient et bouleversé les marchés pétroliers mondiaux entame sa deuxième semaine.

"À un moment donné, je ne pense pas qu'il restera quelqu'un pour dire : 'Nous capitulons'", a déclaré Donald Trump.

8h17

Donald Trump salue la volonté de Giorgia Meloni d'aider dans la guerre israélo-américaine contre l'Iran

Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison-Blanche, en avril 2025.
Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison-Blanche, en avril 2025.

Le président américain Donald Trump a fait l'éloge de la Première ministre italienne Giorgia Meloni et a déclaré qu'elle était disposée à aider les États-Unis et Israël dans leur guerre contre l'Iran, a rapporté dimanche le quotidien italien Corriere della Sera. S'adressant au journal par téléphone samedi, Trump a décrit Meloni comme "une grande dirigeante" et a déclaré que l'Italie faisait tout son possible pour aider. "Elle essaie toujours d'aider, c'est une excellente dirigeante et c'est une amie", a déclaré Trump, selon le Corriere della Sera.

L'Italie prévoit d'envoyer une aide à la défense aérienne aux pays du Golfe face aux frappes aériennes iraniennes, a déclaré Meloni jeudi. Un navire de la marine italienne se prépare à faire route vers Chypre, a déclaré vendredi un porte-parole de la marine, dans le cadre d'une mission européenne conjointe visant à protéger l'île après qu'elle a été la cible de tirs iraniens.

7h54

Le successeur de Khamenei devrait être désigné dans la journée

Un consensus s'est plus ou moins dégagé concernant le choix du successeur du guide suprême iranien Ali Khamenei - tué le 28 février par des frappes sur Téhéran, rapport l'agence de presse Mehr citant l'ayatollah Mohammad-Mahdi Mirbaqeri, membre de l'Assemblée des experts. Ce dernier a toutefois ajouté que "certains obstacles" devaient être résolus concernant ce processus de désignation, ajoute Mehr.

Les médias iraniens ont souligné que l'Assemblée des experts - l'organe chargé de nommer le guide suprême iranien - avait un léger désaccord sur la question de savoir si sa décision finale devait être prise lors d'une réunion en personne ou si elle pouvait être rendue sans respecter cette formalité.

7h38

Israël avertit le Liban de maîtriser le Hezbollah

Israël a lancé de nouvelles attaques au Liban samedi après que le Hezbollah, milice soutenue par l'Iran, a ouvert le feu de l'autre côté de la frontière. Israël a averti le Liban qu'il paierait un "prix très lourd" s'il ne maîtrisait pas les militants du Hezbollah, alors que le bilan des attaques israéliennes au Liban depuis lundi s'élève à environ 300 morts.

Ce dimanche matin, l'armée israélienne a lancé un avertissement d'évacuation à quatre villages du sud du Liban. Au moins quatre personnes sont mortes dans une frappe israélienne visant un hôtel du centre de Beyrouth, selon le ministère de la Santé libanais.

7h05

Bahreïn : une attaque de drone iranien a endommagé une usine de dessalement de l'eau

Au Bahreïn, une attaque de drone iranien a endommagé une usine de dessalement de l'eau, selon le ministère de l'Intérieur du pays. "L’agression iranienne a attaqué sans distinction des cibles civiles et causé des dégâts matériels à une usine de dessalement de l’eau à la suite d’une attaque de drone", a indiqué le ministère de l’Intérieur dans un communiqué sur X.

7h

Dubaï et les pays du Golfe : la fin du mirage

Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m
Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m

Comme d'un coup de baguette magique et avec tout le talent d'un prestidigitateur, Dubaï, Abou Dhabi, le Qatar mais aussi les autres ville-Etats ou pays de la région avaient fini par nous faire croire qu'ils ne se trouvaient pas au Moyen-Orient. C'était trop beau pour être vrai. Un premier projectile - suivi de près par 380 missiles et 1 480 drones lancés dans toute la région les jours suivants - aura suffi à pulvériser cette illusion sécuritaire. Le conflit avec l'Iran a porté un coup au soft power des pays de la région et à son illusion sécuritaire. Retrouvez notre ici notre décryptage.

© via REUTERS

FILE PHOTO: Ayatollah Ruhollah Khomeini's grandson, Hassan Khomeini stands next to Iran's Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei during the 36th anniversary of the death of the leader of Iran's 1979 Islamic Revolution, Ayatollah Ruhollah Khomeini, at Khomeini's shrine in southern Tehran, Iran June 4, 2025. Office of the Iranian Supreme Leader/WANA (West Asia News Agency)/Handout via REUTERS ATTENTION EDITORS - THIS PICTURE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY/File photo/File Photo

Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

8 mars 2026 à 08:45

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

Rester inactive n’a jamais été une option pour Suzanne Claudia Krasni, retraitée Viennoise de 80 ans. Pour éviter à tout prix la sédentarité et l’isolement, cette résidente de la capitale autrichienne se rend plusieurs fois par semaine au "Pensionistinnenklub" (club de retraité, en français) de son quartier. Dans ces centres communautaires dédiés aux seniors et accessibles gratuitement à tous les résidents Viennois âgés de plus de 60 ans, elle rencontre d’autres retraités, pratique la gymnastique, les randonnées de groupe ou la danse - discipline qu’elle enseigne désormais en ligne à ses nouveaux camarades. "Cela me permet non seulement de rester en forme physiquement, mais aussi de garder un esprit jeune ! À chaque fois, je ressens à quel point il est bon d’être actif ensemble", commente la retraitée auprès de L’Express.

Récemment, son club lui a même permis de réaliser des rêves qu’elle n’aurait jamais cru possibles : en septembre dernier, l’octogénaire a ainsi défilé à la Fashion Week de Vienne, et présenté sa propre collection de vêtements upcyclés dans le cadre du projet "Fashion reloaded", soutenu par les Pensionistinnerklubs. "C’était vraiment spécial… J’étais ravie de montrer que le style et la joie de vivre n’ont pas de limite d’âge", précise Suzanne, très fière de son travail. Quelques mois plus tôt, en juin, sa collègue Karoline Neumann, elle aussi retraitée et membre des Pensionistinnenklubs, a fait la Une des journaux locaux en parcourant, à 96 ans, cinq kilomètres dans le Prater de Vienne - plus grand parc de la ville -, lors de la Journée de marche nordique organisée chaque année par ces clubs.

Autant d’activités rendues possibles par la municipalité de Vienne, principal soutien financier des Pensionistinnenklubs avec un budget annuel d’environ 20 millions d’euros selon les chiffres d’Interreg Europe, programme financé par l’Union européenne visant à recenser les bonnes pratiques locales en termes de politiques publiques. "Cela permet le fonctionnement de 135 clubs répartis dans toute la ville, pour un nombre de bénéficiaires qui ne cesse d’augmenter : en 2025, 27 000 seniors ont fréquenté nos centres", précise Simon Bluma, PDG de Häuser zum Leben, l’organisme public en charge du logement et de l’accompagnement des seniors.

Cet investissement conséquent s’inscrit dans une politique municipale très favorable sur le sujet dans la capitale autrichienne. Alors que la population Viennoise âgée de plus de 65 ans atteindra près de 21 % d’ici 2050, la municipalité vient par exemple d’élargir son programme de financement pour l’adaptation des logements aux personnes âgées. Depuis le 1er janvier 2026, les résidents de plus de 60 ans peuvent ainsi recevoir jusqu’à 7 500 euros pour financer les travaux d’aménagement de leur domicile, en installant par exemple des douches de plain-pied, des monte-escaliers ou des barres d’appui et de maintien. Soit une nette augmentation de cette subvention, qui ne couvrait jusqu’à présent que 4 200 euros de frais maximum.

"Il est de plus en plus important de permettre aux personnes âgées de vivre de manière autonome chez elles aussi longtemps que possible. Les adaptations matérielles nécessaires ne doivent pas être compromises par des obstacles financiers", fait valoir la mairie de Vienne auprès de L’Express. Des plafonds de revenus s’appliquent néanmoins aux résidents intéressés par cette aide, sur la base de la loi viennoise sur la promotion et la rénovation du logement. Une personne seule gagnant plus de 43 770 euros annuels ou un couple dont les revenus s’élèvent à plus de 65 230 euros ne pourront pas en bénéficier, par exemple.

Ville "modèle" pour le logement social

Dans cette ville d’un peu plus de deux millions d’habitants, la municipalité a parfaitement conscience des enjeux liés au droit au logement. Au-delà du simple accompagnement des seniors pour leur permettre une plus longue autonomie au sein de leur domicile, Vienne est également régulièrement citée comme l’une des villes européennes les plus avancées sur sa politique de logements sociaux. La capitale autrichienne détient ainsi environ 220 000 logements municipaux, gérés par l’organisme public Wiener Wohnen - à eux seuls, ces logements hébergent plus d'un demi-million de personnes, rappelle la mairie. Plus de 200 000 logements supplémentaires sont également gérés par des promoteurs à but non lucratif, avec des subventions et loyers contrôlés par la municipalité. Ce modèle très complet amène "environ 50 % de la population Viennoise" à vivre dans des logements subventionnés, selon la ville de Vienne.

Vienne (image d'illustration).
Vienne (image d'illustration).

La municipalité consacre un budget de 530 millions d'euros par an au logement social, dont environ la moitié (250 millions d'euros) est financée par une partie fixe de l'impôt sur le revenu, correspondant à 1 % du revenu combiné des employés et des employeurs (chacun paie dont 0,5 %). Le reste du financement provient notamment du remboursement des prêts à faible taux d’intérêt accordés par Wiener Wohnen aux fameuses associations de logement à but non lucratif. L'investissement de la ville sur le sujet ne cesse par ailleurs d'augmenter : dans le cadre de son initiative "Housing offensive 2024", la ville prévoit de construire plus de 22 200 nouveaux logements sociaux, permettant d’héberger plus de 45 000 personnes, pour un budget de 2,8 milliards d’euros.

Pour pouvoir accéder à ces logements, les résidents doivent néanmoins répondre à plusieurs critères d’éligibilité : être âgé d’au moins 18 ans, disposer de la nationalité autrichienne, de celle d’un autre pays membre de l’Union européenne ou d’un statut de réfugié, ou encore détenir un permis de résidence depuis plus de cinq ans. Les bénéficiaires doivent également justifier d’un revenu annuel sous la limite établie par la loi viennoise sur la promotion et la réhabilitation de logement - pas plus de 47 000 euros par an pour un ménage par exemple, ou 90 000 pour une famille avec enfants.

Pour les habitants qui ne pourraient pas accéder à ces logements subventionnés, les loyers pratiqués dans le reste de la capitale autrichienne restent relativement raisonnables - la politique de logement social ayant un effet modérateur sur l'ensemble du marché immobilier. Selon la dernière étude comparative réalisée en 2025 par le cabinet Deloitte, le prix du loyer mensuel moyen par mètre carré atteint ainsi 10,80 euros dans les rues de Vienne, soit un prix extrêmement concurrentiel pour une grande ville européenne. À titre de comparaison, un mètre carré en location coûte environ 32 euros à Paris, 18,40 euros à Berlin, ou 15,70 euros à Bruxelles.

© dr Igi/Shutterstock

Vienne, la capitale autrichienne, est devenu un paradis pour les seniors.

Dubaï et les pays du Golfe : la fin du mirage

8 mars 2026 à 07:00

Comme d'un coup de baguette magique et avec tout le talent d'un prestidigitateur, Dubaï, Abou Dhabi, le Qatar mais aussi les autres ville-Etats ou pays de la région avaient fini par nous faire croire qu'ils ne se trouvaient pas au Moyen-Orient. Et qu'au contraire, ces havres de paix au luxe tapageur vivaient sous cloche ou dans une bulle préservée de la géographie, loin des conflits qui ravagent la région depuis un quart de siècle et davantage : guerres en Irak, guerre israélo-palestinienne, guerre en Syrie, guerre au (tout proche) Yémen, et, depuis le 28 février, guerre en Iran. C'était trop beau pour être vrai. Un premier projectile - suivi de près par 380 missiles et 1 480 drones lancés dans toute la région les jours suivants - aura suffi à pulvériser cette illusion sécuritaire.

Dès le premier jour de la riposte iranienne, leurs débris, interceptés par la défense des Émirats arabes unis, sont retombés sur les hôtels Fairmont The Palm (situé sur la célèbre île artificielle en forme de palmier) et Burl Al Arab (7 étoiles), occasionnant des incendies. Dans les heures suivantes, le consulat américain, l'aéroport, une centrale électrique, une base aérienne australienne ont également été touchés à des degrés divers. "Pour la psyché des pétromonarchies, qui ont tout misé sur la stabilité, le choc est d'autant plus grand que de nombreuses cibles sont des bâtiments civils", estime l'expert David Rigoulet-Roze, de l’Institut français d'analyse stratégique. "Les Emirats ne s'imaginaient pas si fragiles, car jamais depuis leur création en 1971 [NDLR : après le départ de Britanniques], ils n'avaient été touchés par des missiles."

Si Dubaï, qui se rêve en une sorte de Las Vegas arabe - un premier casino devrait voir le jour en 2026 malgré la loi islamique -, est la plus touchée, la capitale politique Abou Dhabi l'est également, tout comme Doha, au Qatar voisin ou encore, juste à côté, le Bahreïn. Au rythme des alertes aériennes, des dizaines de milliers d'expatriés, de touristes et d'influenceurs, bloqués dans la région, attendent leur rapatriement qui tarde à venir. Pour les super-riches, les choses vont plus vite. Un absurde marché noir s'est organisé : une compagnie locale de jets privés aurait ainsi vendu des billets retour à plus de 300 000 euros !

L'hôtel Atlantis à Dubai.
L'hôtel Atlantis à Dubai.

Le soft power risque de s'effondrer

Lancée voilà plusieurs décennies, la stratégie du soft power – qui a culminé lors du dernier Mondial de football au Qatar - semble soudain plus fragile qu'un château de sable. "Si les forces armées et économiques constituent le hard power d'un pays, le soft power, lui, se définit par tout ce qui lui permet d'avoir de l'influence sur le reste du monde", rappelle l'essayiste suédois Martin Gelin, qui vient de publier Mjuk Makt (Soft Power, à paraître aux Etats-Unis). Les Etats-Unis ont Hollywood et la Silicon Valley ; la France a Paris et la culture française ; les pays du Golfe ont le soleil, le luxe et, jusqu’à peu, le calme assuré. "Leurs gouvernements ont en outre investi des sommes considérables dans l'art, l'architecture, le sport, le tourisme - 13 % du produit intérieur brut des Émirats arabes unis ! -, le design, le luxe. Le Qatar, par exemple, est devenu une superpuissance dans le monde de la culture sous l'égide de la cheikha Al-Mayassa bint Hamad Al Thani, qui est une sorte de Catherine de Médicis du XXIe siècle", complète Martin Gelin. Cette princesse royale est derrière l'acquisition d'un Rothko à 73 millions de dollars, d'un Warhol à 63 millions ou encore d'un Cézanne à 250 millions (Les Joueurs de cartes). Si Dubaï, aux Emirats, s'est spécialisée dans le bling-bling, Doha brille par ses musées et ses réussites architecturales signées Jean Nouvel (musée national en forme de rose des sables), I.M. Pei (musée des Arts islamiques) ou Rem Koolhas (bibliothèque nationale), etc. La baisse des prix du pétrole a ralenti certains projets titanesques, mais "Vision 2030" reste le moteur du rayonnement de l’Arabie saoudite sous Mohammed ben Salmane.

Cette stratégie de rapprochement avec la culture occidentale (et avec le sport, notamment à travers le football et la Formule 1) se révèle payante. En témoigne le baromètre 2026 de la réputation économique, publié par le média Visual Capitalist (Canada). Dans cet index, les Emirats arabes unis se classent 10e, l'Arabie saoudite 17e et le Qatar, 20e. La France, elle, est 6e, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne. "En fait, les Occidentaux ne voient plus ces pays comme des dictatures corrompues, où les droits de femmes sont marginaux, mais comme des nations amies où il est intéressant d'investir et agréable de passer ses vacances, reprend Martin Gelin. Au bout du compte, il est plus facile à un dirigeant comme Emmanuel Macron de faire accepter aux contribuables français de venir en aide à des pays du Golfe (NDLR : le porte-avions Charles-de-Gaulle est arrivé en Méditerranée) puisque ces destinations leur sont familières. On est plus enclins à aider les gens qu'on connaît..." Selon Robert Mogielnicki, qui dirige une société de conseil en investissement et en géoéconomie axée le Moyen-Orient, "les pays du Golfe jouissent d'une réputation solide qui leur permet de résister à une forte pression. Tout dépendra bien sûr de la durée de cette guerre et de la manière dont les gouvernements du Golfe réagiront pendant et après la crise. Même si des risques persistent, leur résilience demeure grande", calcule-t-il.

Deux avions américains abattus

Cependant, une très grande fébrilité règne déjà dans les capitales régionales : le 2 mars, trois F-15 américains, en vol dans le ciel de leur allié koweïtien, tombent littéralement au sol comme des feuilles mortes. Ils viennent d’être abattus par… l’armée de l'air koweïtienne, avec qui les Etats-Unis entretiennent une coopération étroite depuis la guerre du Golfe en 1991. C’est aussi sur le territoire de cette micromonarchie de seulement 4 millions d’habitants que les six premiers soldats américains sont morts après une attaque de drone contre un centre d'opérations à Port Shuaiba, à seulement 16 kilomètres de la base du Pentagone.

En l’espace de quelques jours, l’Iran a donc mis à nu la crainte centrale des monarchies du Golfe : même leurs défenses antimissiles les plus avancées — principalement américaines, comme le THAAD — ne sont pas infaillibles. Si les dégâts matériels sont peu nombreux et le taux d’interception de la défense aérienne et antimissiles très élevé, le mythe sécuritaire mis en œuvre par six accords de défense et autant de bases régionales s’est fissuré. Le silence de nombreuses capitales régionales en dit long sur le niveau de tension : certains alliés n’ont même pas été informés de l’engagement américain, alors même que l’amiral Brad Cooper, ancien chef de la 5e flotte basée à Bahreïn, dirige aujourd’hui le CENTCOM (NDLR : l’un des 11 commandements régionaux des forces armées américaines). "C’est la guerre de Netanyahou", s’emporte le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements saoudiens sur CNN. "Il a réussi à convaincre le président (Trump) de soutenir ses idées."

"Jusqu’ici, les bases américaines étaient considérées comme les assurances-vie des pays du Golfe", pointe encore David Rigoulet-Roze, spécialiste de la région. C'est le cas pour l’Arabie saoudite (225 000 soldats) - dont l'ambassade américaine et son antenne de la CIA ont été visées -, les Emirats arabes unis (70 000 soldats), qui sont les armées les plus puissantes dans la zone, mais aussi le Qatar avec la très stratégique base d’Al Udeid, le centre névralgique de l'US Air Force pour le Moyen-Orient. Signe que Téhéran y attache toujours une attention particulière : deux bombardiers Su‑24 iraniens ont été abattus le 5 mars par des F‑15 qataris alors qu’ils s’aventuraient dangereusement à proximité de cette base où sont stationnés près de 10 000 soldats américains. "Cette présence militaire yankee a fragilisé les pays du Golfe, puisque cela a fait d'eux des cibles pour les Iraniens. Mais à court terme, ils n'ont d'autre option que de rester aux côtés des Etats-Unis", estime Jean-Loup Samaan, expert associé à l'Institut Montaigne. Et ce, même si la diversification militaire, afin de ne pas dépendre uniquement du "parapluie américain", est déjà bien enclenchée. Les Émirats arabes unis ont déjà intégré à leur arsenal un système de défense sud-coréen. Abou Dhabi a également commandé en 2021 près de 80 Rafale français et 12 hélicoptères Caracal (Airbus) afin de compléter leur panoplie aérienne pour un montant de près de 16 milliards d'euros, l'un des plus gros contrats d’armement de l’histoire de la France.

Cette nouvelle flambée dans le Golfe remet aussi en question les alliances stratégiques. Le rapprochement, amorcé en 2023 entre Ryad et Téhéran et soutenu par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), semble aujourd'hui bien lointain, l’attaque iranienne contre le Qatar lors de la guerre des Douze Jours constituant un sérieux précédent. "Dans le passé, la stratégie d’isolement de la part de l’Iran n’avait produit aucun résultat en trente ans", relate Mohammed Baharoon, directeur général de B'huth, un centre de recherche de Dubaï. Mais le conflit actuel risque d'opérer un retour en arrière, alors que nous avions commencé à adopter avec Téhéran une logique géo-économique gagnant-gagnant."

Avec la crainte que la situation dégénère et pousse certaines capitales à ne plus rester passives, face aux missiles et drones qui leur pleuvent dessus. "Si un missile ou un drone frappait une zone habitée et tuait de nombreuses personnes, ou si les Iraniens s'en prenaient à des infrastructures critiques comme les points névralgiques de l'approvisionnement énergétique ou les usines de dessalement, un enjeu crucial au Moyen-Orient, les gouvernements du Golfe subiraient de fortes pressions pour intervenir", assure à depuis Houston, Kristian Coates Ulrichsen, chercheur associé à l'Institut Baker. Et comme si le chaos ne suffisait pas, les Houthis, proxy iranien au Yémen, ne sont pas encore entrés en action, mais pourraient attiser l’incendie dans le Golfe. Là où les populations locales, tout comme les expatriés et touristes, rêvent que le hard power des armées laisse place au soft power des instagrameurs.

© imageBROKER/Figurniy Sergey

Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m
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