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Le ministère de la Culture relaie une « hallucination » générée par IA

6 janvier 2026 à 16:54
Rachida Data
Le ministère de la Culture relaie une « hallucination » générée par IA

Le tsunami de sites d’infos générées par IA que nous documentons depuis des mois a pris une telle ampleur que le ministère de la Culture vient lui-même de publier un communiqué de presse largement inspiré d’un billet de blog généré par IA, tout en y relayant une erreur « hallucinée » par l’IA.

Sur X.com, @nizzague s’étonne en effet de voir que l’hommage rendu au rappeur récemment décédé Calbony M’Bani, dit Calbo, vantait la « virtuosité du groupe et leur amour de la langue française maniant rimes multisyllabiques et métaphores sans jamais perdre leur ancrage dans le réel ».

Après avoir initialement avancé que le communiqué « illustre parfaitement les limites de l’IA », @nizzague a publié un second message relevant que « quasiment tout a été pompé et retravaillé à partir d’un site qui dressait la biographie de Calbo, juste avant son décès » :

« Avec la même erreur sur « Shalom » au lieu de « Shaolin » et le même plan de présentation avec des termes similaires. »

À gauche, le communiqué du ministère de la Culture, à droite, le billet de blog généré par IA

Des fautes d’accord, de conjugaison et de syntaxe

Pis, relève LePoint.fr : « des fautes d’accord, de conjugaison et de syntaxe se sont glissées dans le texte, qui manifestement n’a pas été relu », telles que « il était définitivement entrée »« des titres comme Boxe ou Shalom avait révélé » ou encore « la virtuosité du groupe et leur amour ».

Le communiqué du ministère de la Culture a depuis été corrigé, mais nous ne sommes pas suffisamment connaisseurs de l’œuvre de Calbo et du groupe Ärsenik qu’il avait créé avec son frère Lino pour savoir si y figuraient d’autres erreurs venant du billet de blog qui avait halluciné « Shaolin » en « Shalom ».

Le blog dont se serait inspiré le conseiller de Rachida Dati auteur du communiqué est lui-même truffé de biographies ou de billets consacrés à la maternité semblant, eux aussi, avoir été générés par IA. Étrangement, y figure également un billet intitulé « Grosse Bite : Définition, Perception et Réalité », alors que le blog est censé être celui d’une entreprise bordelaise de location d’équipements pour bébés.

Un spammeur qui rachète des noms de domaine expirés

Gambin, l’entreprise en question, avait en réalité cessé ses activités en août 2024, et son nom de domaine expiré a depuis été racheté pour y héberger des contenus générés par IA, à l’instar des milliers de sites d’infos générées par IA (GenAI) que nous avons identifiés ces derniers mois.

Une récente étude de Médiamétrie, basée sur notre base de données de sites d’infos « en tout ou partie » générées par IA (GenAI, qui vient de franchir ce week-end le cap des 9 500 sites GenAI !) a ainsi découvert qu’un quart des internautes français visitent chaque mois au moins un des 250 sites GenAI faisant partie du Top1000 des sites mis en avant par l’algorithme Discover de recommandation de contenus Discover.

Occasion de rappeler que Next propose une extension web gratuite, pour les navigateurs basés sur Chrome et Firefox (y compris dans sa version Android) qui affiche un message d’alerte lorsque ses utilisateurs consultent ces sites d’infos GenAI.

Nous venons d’y rajouter gambin.co, ainsi que le site de l’école de tir de Chabris, celui du Fonds Alcuin pour l’école de la fondation Roi Baudouin et celui d’Au Vél’o Vert, un loueur de vélos de l’île de Groix, dont les noms de domaine expirés ont eux aussi été rachetés par le spammeur GenAI.

Message d’alerte apparaissant sur les sites d’infos générées par IA figurant dans l’extension de Next

☕️ La bibliothèque clandestine Anna’s Archive perd son .org

6 janvier 2026 à 16:48

Le nom de domaine annas-archive.org a été suspendu. Cette bibliothèque clandestine est, en fait, une métamoteur de recherche pour fouiller aussi bien dans Sci-hub que dans Libgen ou Z-Lib à la recherche d’epubs piratés. Son équipe s’est récemment illustrée en revendiquant la récupération de 300 To de musique de Spotify.

Mais, comme l’a repéré TorrentFreak, le registre en charge du domaine annas-archive.org semble l’avoir placé en statut « ServerHold », ce qui le désactive dans le DNS.

Comme le soulignent nos confrères, la suspension de domaines en .org, géré par le registre d’intérêt public PIR, est plutôt rare, ce qui laisse supposer qu’elle a été prise dans le cadre d’une décision de justice. Mais le directeur marketing du registre affirme à nos confrères que « malheureusement, le PIR n’est pas en mesure de commenter la situation pour le moment ».

De son côté, l’équipe de la bibliothèque clandestine a constaté sur Reddit cette suspension de façon flegmatique en indiquant : « Nos autres domaines fonctionnent correctement, et nous en avons ajouté quelques-uns supplémentaires. Nous vous recommandons de consulter notre page Wikipédia pour connaître les derniers domaines ». Elle ajoute ne pas croire que ça puisse avoir un lien avec la récupération de millions de fichiers qu’elle a effectuée sur Spotify.

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Polymarket : un gain de plus de 430 000 $ sur la chute de Maduro

6 janvier 2026 à 14:58
Paris d'initiés
Polymarket : un gain de plus de 430 000 $ sur la chute de Maduro

En pariant sur la chute du chef d’État vénézuélien Nicolás Maduro juste avant son annonce, un internaute a gagné plus de 430 000 dollars sur Polymarket. Nouvelle lumière sur la plate-forme qui a permis de parier aussi bien sur la résistance du sous-marin touristique Titan en 2023 que plus récemment, sur des avancées militaires sur le front russo-ukrainien. Avec, pour les paris gagnants, leurs lots de soupçons de délits d’initiés ou même de manipulation de données.

Comme certains patrons du numérique très proches de Donald Trump, des utilisateurs de la plateforme de pari en ligne Polymarket ont misé sur la déstabilisation du Venezuela. L’un d’entre eux a opportunément créé un compte en décembre dernier et a commencé à parier sur le sujet « Maduro démis de ses fonctions avant le 31 janvier 2026 ? » le 31 décembre en augmentant sa mise de façon conséquente vendredi 2 janvier, juste avant l’enlèvement de Nicolás Maduro par l’armée états-unienne. Son gain ? 436 759,61 dollars après avoir misé 32 537,28 dollars en tout.

Un pic des paris sur la chute de Maduro juste avant son enlèvement

La plateforme permet de parier sur la réalisation ou non d’un événement jusqu’à une date donnée. Comme l’a repéré le Wall Street Journal, les paris en faveur du départ de Nicolás Maduro de ses fonctions avant le 31 janvier ont oscillé entre 5 % et 6 % pendant la majeure partie de la semaine dernière avant d’augmenter vendredi, atteignant 12,5 % dans la nuit peu de temps après que les États-Unis ont ordonné aux avions commerciaux de quitter l’espace aérien vénézuélien.

En tout, 56,6 millions de dollars ont été mis sur la table pour des paris sur le départ de Maduro dont 11 millions sur le fait que cela arrive avant le 31 janvier 2026 et 40 millions entre le 30 novembre 2025 et le 31 décembre 2025.

Le compte de l’utilisateur anonyme qui a remporté la plus grosse mise semble avoir été supprimé mais une sauvegarde de son profil existe sur archive.org. On peut y voir qu’il avait aussi parié de plus petites sommes sur l’invasion du Venezuela par les États-Unis et l’invocation par Donald Trump de la loi américaine sur les pouvoirs de guerre contre le Venezuela, de même avant le 31 janvier 2026 :

Aujourd’hui, sur la page d’accueil de Polymarket, on peut voir que l’actualité géopolitique est particulièrement visée par les parieurs même si le sport, et notamment le Super Bowl, est aussi présent :

Plusieurs paris gagnés sur la plateforme sont régulièrement mis en avant. Ainsi, la plateforme s’est fait remarquer vraiment pour la première fois en 2023, lorsque des utilisateurs ont parié sur la fin tragique des richissimes habitants du sous-marin touristique Titan. En novembre 2024, un utilisateur de la plateforme, se présentant comme français, a plus que doublé sa mise en remportant 155 millions de dollars sur l’élection de Donald Trump.

Mais ce cas particulier de pari sur Maduro pose plus que jamais des questions sur l’encouragement au délit d’initié et à la manipulation de l’information par ce genre de plate-forme où l’utilisateur peut faire des paris peu contrôlés sur tout et n’importe quoi.

Une manipulation des cartes en coïncidence avec un pari

Mi-novembre, ce n’est pas un délit d’initié qui a été repéré mais la manipulation de certaines données en sources ouvertes utilisées par Polymarket à propos du front opposant la Russie et l’Ukraine. En effet, certains utilisateurs parient froidement sur les différentes avancées militaires concernant l’invasion en cours de l’Ukraine par la Russie. On peut voir, par exemple, que certains internautes ont parié sur la possibilité que la Russie frappe la municipalité de Kyïv avant le 31 décembre ? Début décembre, le Kyiv Post dénonçait une « guerre transformée en casino mondial ».

Pour valider les gains sur ce sujet, Polymarket utilise notamment une carte éditée en direct par le think tank néoconservateur américain Institute for the Study of War. Celui-ci est censé mettre à jour sa carte avec une méthodologie qu’il décrit sur son site. Mais selon 404 Media, cette carte a été éditée pour afficher une fausse avancée russe sur la ville de Myrnohrad le 15 novembre, ce qui coïncide avec un pari fait sur la plateforme. La plateforme affiche plus d’1,3 million de dollars de paris concernant la prise par l’armée russe de cette ville.

Rappelons qu’en France, les jeux de hasard et d’argent sont strictement encadrés par le Code de la sécurité intérieure, même s’il a été récemment modifié par la loi 2010 - 476 du 12 mai 2010 relative à l’ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne. En novembre 2024, l’Autorité nationale des jeux a examiné la plateforme et a conclu que son offre était illégale sur le territoire français.

Un système de prédiction pour le milieu financier ?

Mais Polymarket et Kalshi, son concurrent direct, ne se sont pas montées financièrement comme de simples plateformes de pari en vogue sur internet. Comme l’explique Bloomberg, elles prétendent pouvoir fournir des informations utiles aux sphères économiques. Polymarket et Kalshi vendent leur plateforme comme une nouvelle forme de sondages prédictifs basée sur l’argent misé par tout un chacun à propos de son quotidien.

De fait, si elles font la une des médias sur des paris politiques, géopolitiques ou de conquêtes militaires, une bonne partie des paris s’intéresse à d’autres sujets comme le résultat de matchs de football américains ou d’autres sujets de société.

C’est sur cette promesse en tout cas, que des entreprises de la finance comme CME, Intercontinental Exchange ou Cboe Global Markets ont investi des milliards de dollars dans ce secteur. Les valeurs des deux entreprises ont doublé pendant l’année 2025 en atteignant plus de 10 milliards de dollars.

« Il est dans leur intérêt de nous convaincre que cela va être extrêmement bénéfique pour la société », explique à Bloomberg l’économiste de la Dartmouth Business School Ken French, pour qui « [ces] marchés créent en grande partie des risques qui n’ont pas lieu d’être ».

Lego Smart Play : et les briques devinrent capables d’interactions contextuelles

6 janvier 2026 à 12:23
AFOLant
Lego Smart Play : et les briques devinrent capables d’interactions contextuelles

Lego lancera début mars les premiers sets d’une nouvelle collection baptisée Smart Play, articulée autour d’une brique intelligente, d’un tag et d’une figurine capables d’interactions croisées. Le groupe présente ce trio Smart Brique, Smart Tag et Smart Minifigurine comme une évolution majeure dans la façon de jouer avec ses kits de construction. Le tout sans écran, ni IA.

Dévoilée lundi à l’occasion du CES de Las Vegas, la gamme Lego Smart Play ne serait rien de moins que la « plus grande innovation » depuis l’introduction des mini-figurines, en 1978. Au-delà des superlatifs chers au marketing, l’annonce repose effectivement sur une nouveauté inédite chez le fabricant danois : l’intégration de fonctions connectées au niveau d’une brique de taille standard, la classique 2×4.

Une brique 2×4 centralise les interactions

Dotée d’un système électronique (un ASIC développé en interne) et d’une batterie rechargeable par induction (sur une base dédiée), cette Smart Brick fonctionne en adéquation avec deux éléments satellites : de petites tuiles (2×2 tenons) baptisées Smart Tags et des mini-figurines, elles aussi qualifiées de « smart ». Et ce sont les interactions entre ces trois éléments qui sont censées offrir une dimension supplémentaire aux jeux Lego.

« La technologie permet ainsi aux créations des constructeurs de devenir interactives, en réagissant aux actions par des sons et des comportements appropriés, pour une expérience de jeu véritablement réactive », promet le fabricant.

En pratique ? Dissimulée au sein d’une construction Lego (par exemple, un véhicule), la Smart Brick met à profit sa panoplie de capteurs (accéléromètres, micro, détecteur de lumière) pour déclencher son haut-parleur et ses éclairages en fonction de ses interactions avec les tuiles et les mini-figurines situées à proximité.

Une brique « intelligente » émet du son et de la lumière en fonction des interactions mesurées avec les tuiles et les figurines du set

Dans cette logique, ce sont les tags et les mini-figurines qui amènent le contexte. Le tag va par exemple permettre de définir si la construction en cours est une voiture, un vaisseau spatial ou un hélicoptère, tandis que la figurine servira à déclencher des réactions liées au contexte de jeu :

« Lorsqu’elle est placée au-dessus ou à proximité d’un Smart Tag, la Smart Brique devient ce que le Smart Tag lui demande. Cela signifie qu’elle peut être tour à tour un hélicoptère puis une voiture. 
Mais elle peut aussi détecter la présence de Smart Minifigurines pour donner vie à vos histoires d’une manière inédite. La Smart Brique génère les sons, les humeurs et les réactions uniques de chaque Smart Minifigurine. »

Un système de positionnement intégré

Outre les nombreux kits dédiés à l’apprentissage de la programmation, les amateurs de Lego ont certainement en tête l’expérience des figurines Mario « connectées », qui offraient une dimension interactive, mais sortaient des standards de construction de la marque. Ici, pas de personnage alimenté par des piles LR6 : les éléments Smart Play ont vocation à prendre place au cœur des sets traditionnels, et c’est via des constructions emblématiques de l’univers Star Wars que le groupe danois va tester le marché.

En jaune, le chargeur à induction qui permet d’alimenter la Smart Brique

Les trois premiers produits compatibles Smart Play sortiront ainsi début mars avec un Tie Fighter (set 75421, 473 pièces, figurine Dark Vador, 70 euros), un X-Wing (set 75423, 584 pièces, figurines Luke Skywalker et Princesse Leia, 90 euros) et une scène baptisée Throne Room Duel & A-Wing (set 75427, 962 pièces, deux briques, trois figurines et cinq tags, 160 euros).

Les possibilités en matière d’interactions sont censées s’enrichir au fur et à mesure que le nombre de composants Smart augmente. Lego affirme en effet que chaque élément est capable de se positionner dans l’espace par rapport à ses homologues. « Cela signifie que ces éléments peuvent réagir à la présence des autres, savoir dans quelle position il se trouvent, si on les fait tourner, balancer, si on les lance… tout ! », promet le groupe dans un article dédié à la genèse du projet.

Pour ce faire, Lego indique avoir mis au point un protocole baptisé BrickNet, basé sur le Bluetooth, adossé à un système de positionnement magnétique propriétaire, le Neighbour Position Measurement (NPM). La combinaison des deux doit par exemple permettre de déclencher des interactions différentes selon que la figurine de Luke ou celle de Leia est installée au cockpit du X-Wing. C’est également elle qui servira à détecter si le vaisseau est posé, en mouvement, ou situé à proximité d’un autre set équipé en Smart Play.

Lego, qui revendique neuf ans de R&D et 25 brevets déposés, laisse en effet entendre que son environnement Smart Play a vocation à s’enrichir de nouveaux appareils et donc de nouvelles possibilités d’interactions.

Telegram touché par le gel de 427 millions d’euros d’obligations russes

6 janvier 2026 à 11:52
Money money money
Telegram touché par le gel de 427 millions d’euros d’obligations russes

Alors que Pavel Durov multiplie les efforts pour distancier sa plateforme du pouvoir russe, 427 millions d’obligations émises par Telegram se retrouvent gelées dans le cadre des sanctions occidentales contre le pays de l’Est.

Mise à jour 15h40 : ajout de la précision de Telegram.

Le patron de Telegram Pavel Durov a beau avoir manœuvré pour élaguer les liens de son entreprise avec la Russie, 500 millions de dollars (427 millions d’euros) d’obligations sont gelées dans le cadre des sanctions occidentales contre Moscou.

Au fil des années récentes, la société a lancé une série d’émissions obligataires pour racheter sa dette existante, détaille le Financial Times, dont 1,45 milliard d’euros en mai dernier. Telegram aurait ainsi racheté l’essentiel des obligations arrivant à échéance en 2026. Les 427 millions d’euros d’obligations gelées viennent illustrer les liens que la société maintient néanmoins avec le pays d’origine de son fondateur.

Pavel Durov : une carrière de refus de partage de données utilisateurs

Historiquement, Pavel Durov s’est fait connaître pour avoir cofondé VKontakte, l’équivalent russe de Facebook, en 2007. Après avoir refusé de partager les données de certains utilisateurs ukrainiens avec les services secrets russes, en 2014, Pavel Durov a déclaré s’être fait licencier. Il a ensuite été contraint de vendre ses parts à des entités liées au Kremlin.

En 2013, avec son frère Nikolai, l’entrepreneur a co-fondé Telegram, dont il a refusé de partager le code source avec le FSB. D’abord implantée à Berlin, le siège de l’entreprise a rapidement été déménagé à Dubai.

En avril 2018, alors que son patron avait de nouveau refusé au Kremlin d’accéder à des données d’utilisateurs, la plateforme de messagerie était bannie de Russie. Le blocage a été levé deux ans plus tard, en juin 2020, après que l’entreprise a démontré sa « volonté » d’aider les autorités locales dans leur lutte contre le terrorisme. À l’été 2025, le service était de nouveau limité en Russie, aux côtés de WhatsApp (Meta), au motif qu’il n’agirait pas suffisamment pour lutter contre la fraude et le terrorisme.

L’épineuse question des liens de Telegram avec la Russie

Malgré ces passes d’armes, les doutes subsistent : quels sont les liens qu’entretient Telegram avec le Kremlin ? Pour Pavel Durov, toute spéculation sur le sujet relève de la « théorie du complot ». Son récent biographe Nikolay Kononov, qui décrit l’entrepreneur comme ayant « un QI très élevé », mais « enclin aux théories du complot », déclare n’avoir trouvé aucune preuve que Durov ait travaillé avec ou pour le gouvernement russe.

En 2025, une enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) révélait néanmoins que le maintien de ses serveurs et la gestion d’une large part des adresses IP du service de messagerie étaient assurés par la société de Vladimir Vedeneev, un ingénieur russe ayant travaillé à plusieurs reprises avec des acteurs de la défense russe et les services du FSB.

L’information relative aux 427 millions d’euros d’obligations touchés par les sanctions occidentales, elle, émerge alors que Pavel Durov travaille à une possible entrée en bourse de sa société. Auprès de Next, Telegram note que le montant fait référence « à l’émission obligataire de 2021 » et ne présente, en soi, « aucun risque » pour l’entreprise. « Conformément aux pratiques standard, les fonds destinés au remboursement des obligations sont transférés à un intermédiaire international, et les paiements ultérieurs aux obligataires ne relèvent plus de la responsabilité de la société, même si certains détenteurs ne sont pas en mesure de les recevoir. »

Formulé dès le printemps 2024, le projet d’entrée en bourse de la société avait pris du retard sous le coup des sanctions que lui a imposées la justice française à partir de l’été 2024. Les mesures qui visaient son dirigeant ont été définitivement levées en novembre 2025.

Dell ressuscite finalement sa marque XPS, mais l’IA ne fait pas vendre

6 janvier 2026 à 11:19
Bonne épiphanie 2026
Dell ressuscite finalement sa marque XPS, mais l’IA ne fait pas vendre

Dans une même conférence, Dell a relancé sa gamme XPS et évoqué la « promesse non tenue de l’IA ». Le constructeur revient dans une position qui se veut à l’écoute des retours.

Il y a un an jour pour jour, Dell abandonnait ses gammes XPS (entre autres). Toutes les machines étaient réorientées selon trois gammes : Dell pour le grand public, Dell Pro pour la productivité et Dell Pro Max pour les performances maximales. Chaque gamme était découpée en trois segments : Base, Plus et Premium. Alienware restait une entité à part, toujours active et développée séparément, à destination surtout des joueurs.

Alors que revoilà les XPS

Pour fêter l’anniversaire de cette disparition, Dell relance les XPS. La réponse du marché semble avoir été particulièrement négative et le constructeur s’est adapté. Deux machines ont été présentées, les nouveaux XPS 14 et 16, tous deux équipés des Core Ultra Series 3 d’Intel, tout juste présentés eux aussi au CES de Las Vegas.

Selon le constructeur, tout est nettement mieux : le processeur, l’écran (allant du LCD classique au Tandem OLED), la partie graphique intégrée, la webcam intégrée, etc. Même l’autonomie est à l’avenant, annoncée pour 27 heures en usage classique et jusqu’à 40 heures en lecture vidéo locale (batterie de 70 Wh, densité de 900ED).

Les machines sont disponibles aux États-Unis pour respectivement 2 049 et 2 199 dollars dans leur configuration de base. D’autres configurations et une disponibilité plus générale dans d’autres marchés sont attendues pour février. Des versions Ubuntu seront également proposées plus tard dans l’année, de même qu’un nouveau XPS 13.

Parler d’IA à tout bout de champ ne fait pas vendre

Relancer la gamme XPS peut être vu comme un aveu d’échec. Dell en a d’ailleurs fait un autre : parler d’IA à tout bout de champ ne fait pas vendre, comme le rapporte notamment PC Gamer. Jeff Clarke, vice-président et directeur des opérations, était ainsi sur une scène du CES pour évoquer le marché, notant une migration lente. Il a surtout mentionné la « promesse non tenue de l’IA », couplée à une « pénurie de mémoire assez importante ». Durant la présentation des nouveaux produits, ce fut la seule mention de l’IA.

Interrogé à ce sujet par nos confrères, Kevin Terwilliger, responsable produit chez Dell, confirme : « Une chose que vous remarquerez, c’est que le message que nous avons transmis autour de nos produits n’était pas axé sur l’IA. Donc, un petit changement par rapport à il y a un an, quand tout tournait autour des PC IA ».

Toutes les machines annoncées contiennent un NPU, mais « ce que nous avons appris au cours de cette année, surtout du point de vue des consommateurs, c’est qu’ils n’achètent pas en fonction de l’IA », a reconnu Kevin Terwilliger. Il a ajouté : « En fait, je pense que l’IA les embrouille probablement plus qu’elle ne les aide à comprendre un résultat précis ». Des réponses jugées rafraichissantes et bienvenues par nos confrères.

☕️ Windows : Microsoft se débarrasse de l’activation par téléphone

6 janvier 2026 à 09:13

Plusieurs médias (dont Neowin et Tom’s Hardware) ont remarqué que l’activation par téléphone ne fonctionnait plus pour toutes les versions de Windows, de 7 à 11.

Si vous ne l’avez jamais utilisée, cette méthode permet d’activer Windows quand on se retrouve sans connexion internet. Elle était également utile à une certaine époque, chez les personnes qui modifiaient plusieurs pièces de leur PC. Windows détectait alors les modifications matérielles et il pouvait être nécessaire de procéder à une nouvelle activation, le processus étant lié à la configuration matérielle.

Selon les remontées constatées, cette méthode ne fonctionne plus. À la place, les personnes reçoivent un SMS avec un lien vers une page web. C’est bien sur celle-ci que les manipulations se feront ; mais avec une différence de taille : il est nécessaire d’entrer le compte Microsoft, ce que l’activation par téléphone n’exigeait pas.

Selon Ben Kleinberg, on tombe automatiquement sur un message vocal, qui annonce : « Le support de l’activation du produit a été déplacé en ligne. Pour le moyen le plus rapide et le plus pratique d’activer votre produit, veuillez visiter notre portail d’activation de produit en ligne à aka.ms/aoh ». On peut voir d’ailleurs sur l’adresse en question que le site est clairement pensé pour la navigation mobile. Sur ce point, Tom’s Hardware indique qu’un collaborateur a tenté l’opération sur la version iOS de Firefox, sans succès, mais que la procédure a bien fonctionné avec Safari.

La méthode ne semble plus fonctionner par aucun moyen, où que soit déclenchée la procédure. Pourtant, la documentation officielle de Microsoft indique que l’on peut activer par téléphone. Il est probable qu’elle n’ait pas été mise à jour, nous avons posé la question à Microsoft pour nous en assurer.

☕️ Les caméras « touristiques » des communes dans le viseur de la CNIL

6 janvier 2026 à 08:50

Lorsque la CNIL parle des caméras « touristiques », il s’agit de celles utilisées par des communes pour « valoriser un territoire ». La Commission rappelle qu’elles « ne devraient pas permettre la collecte de données personnelles ».

Problème : « lors de contrôles, la CNIL a constaté qu’il était parfois possible de distinguer, sur les vidéos et photographies diffusées par les communes sur leurs sites web à des fins de promotion touristique, des personnes dans leur quotidien ainsi que des plaques d’immatriculation des véhicules dans le champ des caméras ».

La Commission explique que cela constitue un traitement de données personnelles et qu’il doit donc respecter le RGPD. Certaines communes ont fait valoir « que l’utilisation de ces caméras […] reposait sur la base légale de l’intérêt légitime ».

La CNIL n’est pas du même avis et parle d’un « traitement de données personnelles disproportionné au regard de sa finalité ». De plus, « ce type de dispositif ne permet pas aux personnes de s’opposer à cet enregistrement avant le recueil des images ». Les communes ciblées et les griefs précis ne sont pas indiqués.

Les caméras permettaient d’observer « des moments de vie personnels » comme ceux aux terrasses de bars, ou lors de manifestations sur la voie publique, mais aussi des moments « intimes » avec des caméras sur les entrées et fenêtres d’habitations par exemple. La Commission rappelle aussi qu’il existe des risques de « cambriolages, harcèlement, chantage, violences conjugales ».

La CNIL n’interdit pas les caméras touristiques, mais à condition qu’elles respectent la vie privée des personnes. Un exemple de bonnes et mauvaises pratiques est donné avec Notre-Dame à Paris :

PC Copilot+, voitures et robots : le triptyque de Qualcomm au CES

6 janvier 2026 à 08:19
Triptyque et pas criptyque !
PC Copilot+, voitures et robots : le triptyque de Qualcomm au CES

Au CES, Qualcomm fait des annonces autour des ordinateurs portables avec ses deux nouvelles puces Snapdragon X2 Plus, des voitures (connectées) avec Snapdragon Digital Chassis et des robots avec Dragonwing IQ10.

Comme toujours avec le CES de Las Vegas, les annonces sont nombreuses du côté des fabricants de puces. On ouvre le bal avec Qualcomm et sa gamme de SoC Snapdragon X2 Plus, avec des cœurs Oryon de 3ᵉ génération.

Snapdragon X2 Plus : 6 ou 10 cœurs au choix, avec ou sans « Performance »

Le processeur vient donc se positionner en dessous des Snapdragon X2 Extreme et Elite annoncés en septembre dernier. Ils ont pour rappel eux aussi des cœurs Oryon de troisième génération : 18 jusqu’à 4,4 GHz pour la version Extreme, 18 ou 12 jusqu’à 4 GHz pour la version Elite.

La version Plus du Snapdragon X2 ne propose que six ou dix cœurs maximum, là encore jusqu’à 4 GHz. Qualcomm dispose de deux types de cœurs : les Prime (les plus rapides) et les Performance (moins énergivores).

La version du X2 Plus avec dix cœurs dispose de deux six cœurs Prime et de quatre cœurs Performances, tandis que la version à six cœurs laisse tomber les cœurs Performance pour n’avoir que des Prime. À voir les conséquences que cela aura, surtout sur l’autonomie des machines.

Voici notre tableau récapitulatif des SoC Qualcomm avec des cœurs Oryon de 3ᵉ génération :

Des ordinateurs Copilot+ arrivent, avec jusqu’à 80 TOPS pour l’IA

Pas de changement pour le NPU qui revendique une puissance de calcul de 80 TOPS sur des entiers en 8 bits. La LPDDR5x grimpe jusqu’à 9 523 MT/s (MegaTransferts par seconde) avec une capacité de 128 Go au maximum ; le bus est sur 128 bits, la bande passante de 152 Go/s.

Attention toutefois à la partie graphique sur laquelle Qualcomm ne donne que très peu d’informations (comme trop souvent) : il s’agit dans les deux cas d’un Adreno X2-45 cadencé à 1,7 GHz sur le Snapdragon X2 Plus avec dix cœurs, contre 0,9 GHz seulement sur la version six cœurs ; soit un rapport quasiment du simple au double…

Du classique pour le reste avec huit lignes PCIe 5.0, quatre lignes PCIe 4.0, de l’USB4 (40 Gb/s), du Wi-Fi 7 et Bluetooth 5.4 via le FastConnect 7800 System, de la 5G jusqu’à 10 Gb/s avec le modem Snapdragon X75, un ISP Spectra pour le traitement des images, etc. Tous les détails sont disponibles dans ce document (pdf).

Les nouveaux Snapdragon X2 Plus seront disponibles dans des PC estampillés Copilot+ durant le premier semestre de l’année. Ce sont pour rappel des portables avec au moins 40 TOPS pour le NPU. Les machines seront moins performantes que celles avec des SoC Snapdragon X2 Elite (et Extreme évidemment) : l’autonomie sera aussi à surveiller, surtout pour la version six cœurs.

Voitures et robots : les autres annonces de Qualcomm

Cette nouvelle gamme de puces n’était pas la seule annonce, loin de là. Qualcomm annonce aussi un renforcement de son partenariat avec Google autour de la voiture connectée et de sa plateforme Snapdragon Digital Chassis. Le fabricant veut notamment apporter de « l’IA agentique et du calcul haute performance aux véhicules ». Le CES est aussi l’occasion d’annoncer un partenariat avec Leapmotor.

Toujours dans le monde de l’automobile, mais plus particulièrement sur les fonctions d’aide à la conduite ADAS (Advanced Driver Assistance System), Qualcomm s’associe à ZF « pour fournir une solution ADAS de pointe et évolutive qui combine des capacités avancées de calcul et de perception de l’IA ».

L’autre gros morceau des annonces de Qualcomm concerne les robots avec la plateforme Qualcomm Dragonwing IQ10. Le constructeur parle du « cerveau du robot » avec un ensemble complet qui « intègre matériel, logiciel et IA ».

Qualcomm indique travailler avec plusieurs entreprises du secteur : Advantech, APLUX, AutoCore, Booster, Figure, Kuka Robotics, Robotec.ai et VinMotion « afin de proposer à grande échelle des robots ». Le robot VinMotion’s Motion 2 (présenté il y a une semaine) est exposé sur le stand de Qualcomm ; il est par contre équipé de la plateforme de la génération précédente, la Qualcomm Dragonwing IQ9.

Le patron d’Instagram estime qu’il sera plus pratique d’identifier les humains que les IA

5 janvier 2026 à 17:01
« Le vrai est un moment du faux » (La société du spectacle)
Le patron d’Instagram estime qu’il sera plus pratique d’identifier les humains que les IA

Les fulgurantes avancées en matière de contenus générés par IA, notamment (audio)visuels, rendront de plus en plus difficile le fait d’identifier ceux qui cherchent à imiter voire usurper des contenus humains. Le patron d’Instagram propose dès lors de renverser la charge de la preuve, en identifiant plus formellement les contenus créés par des humains.

« De plus en plus de personnes pensent qu’il sera plus pratique d’identifier les médias authentiques que les faux générés par IA », estime Adam Mosseri, l’ex-cadre supérieur de Facebook nommé patron d’Instagram depuis la démission de ses cofondateurs en 2018 : « Les fabricants d’appareils photo pourraient signer cryptographiquement les images au moment de la capture, créant ainsi une chaîne de contrôle ».

Dans un message partagé sur Insta et Threads, Adam Mosseri constate que « l’authenticité devient infiniment reproductible » du fait du perfectionnement des IA génératives. Ce pourquoi « le principal risque » auquel est confrontée une plateforme comme Instagram est qu’elle ne parvienne pas à suivre le rythme, et qu’elle finisse par être submergée de contenus générés par IA (GenAI) :

« Tout ce qui rendait les créateurs importants – leur capacité à être authentiques, à créer des liens, à avoir une voix qui ne pouvait être imitée – est désormais accessible à quiconque dispose des bons outils. Les deepfakes sont de plus en plus perfectionnés. L’IA génère des photos et des vidéos impossibles à distinguer des médias capturés [par des humains, ndlr]. Les flux commencent à se remplir de contenus synthétiques. »

Le pouvoir passe des institutions aux individus, et maintenant aux IA

Cherchant à anticiper ce qu’il pourrait faire pour ne pas être submergé, Adam Mosseri rappelle tout d’abord que « depuis des années, le pouvoir passe des institutions aux individus, car Internet permet à toute personne ayant une idée convaincante de trouver un public » :

« Le coût de la diffusion de l’information est pratiquement nul. Les gens peuvent donc désormais contourner les moyens traditionnels de diffusion de l’information (journaux distribués par camion, émissions produites pour la télévision) et s’adresser directement à leur public. On le constate dans tous les domaines, des athlètes qui sont plus importants que leurs équipes aux journalistes qui inspirent plus confiance que leurs publications. »

Alors que « la confiance dans les institutions (gouvernement, médias, entreprises) est en déclin depuis des décennies » et que nous sommes dans le même temps « submergés par le contenu produit à grande échelle par les institutions », « ce sont des individus, et non des éditeurs, des médias ou des marques », qui ont créé ce marché de créateurs de contenus autoproduits par des « personnes que nous admirons ».

L’authenticité devient une ressource rare

Évoquant les contenus synthétiques qui, d’ici quelques années, « seront bien plus nombreux que ceux capturés par des moyens traditionnels », le patron d’Instagram relève que, si l’on parle beaucoup de l’ « AI slop », « il existe heureusement beaucoup de contenus IA incroyables [et] de qualité ».

Il constate cela dit que les contenus générés par IA sont « de plus en plus réalistes » et que « l’authenticité devient une ressource rare », ce qui, d’après lui, va entraîner une augmentation de la demande de contenus créés par des humains. Il estime aussi que « les créateurs qui réussiront seront ceux qui trouveront le moyen de préserver leur authenticité, qu’ils adoptent ou non les nouvelles technologies » :

« Cela devient plus difficile (et non pas plus facile) aujourd’hui parce que tout le monde peut simuler l’authenticité. La question n’est plus de savoir si vous êtes capable de créer du contenu, mais de savoir si vous êtes le seul à pouvoir le faire. Et cela va devenir la nouvelle condition à remplir. »

Privilégier des images explicitement non retouchées et peu flatteuses

Adam Mosseri note aussi que, dans le même temps, les appareils photo des téléphones proposent de plus en plus de fonctionnalités et de filtres logiciels permettant à de simples amateurs de pouvoir partager des contenus de qualité quasi professionnelle.

Le patron d’Instagram estime à ce titre que leurs fabricants font de mauvais choix esthétiques et « romantisent le passé » : « Ils rivalisent pour donner à tout le monde l’air d’un photographe professionnel d’autrefois », permettant à tout un chacun de réaliser des photographies tendant vers la perfection, mais qui ne pourront pas longtemps rivaliser avec les IA.

Ces dernières parviennent en effet désormais à générer des images tellement « parfaites » qu’il devient impossible de les identifier comme synthétiques à l’œil nu. Dès lors, ce n’est plus la perfection qu’il faut chercher, mais l’imperfection, avance Adam Mosseri :

« On va assister à une nette accélération de la tendance vers une esthétique plus brute dans les prochaines années. Les créateurs avisés vont privilégier des images d’eux-mêmes explicitement non retouchées et peu flatteuses. Dans un monde où tout peut être parfait, l’imperfection devient un signal. Le caractère brut [« rawness », en VO] n’est plus seulement une préférence esthétique : c’est une preuve. C’est une forme de défense. Une façon de dire : c’est authentique parce que c’est imparfait. »

De la quête de perfection à celle de l’imperfection

Patron d’une entreprise dont le modèle économique repose sur le partage de selfies et de photos retouchées au moyen de filtres logiciels, cet abandon de la quête de perfection pour celle de l’imperfection ressemble à une révolution quasi-copernicienne :

« Pendant la majeure partie de ma vie, j’ai pu supposer sans risque que la grande majorité des photos ou des vidéos que je voyais étaient des captures fidèles de moments qui s’étaient réellement produits dans la vie réelle. Ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui, et il nous faudra, en tant qu’êtres humains, des années pour nous y adapter. […] Cela va être extrêmement inconfortable pour nous tous, car nous sommes génétiquement prédisposés à croire ce que nous voyons. »

Ce changement de paradigme fera qu’ « au fil du temps, nous allons passer d’une attitude consistant à supposer que ce que nous voyons est réel par défaut à une attitude sceptique lorsque nous consultons les médias, et nous allons accorder beaucoup plus d’attention à ceux qui partagent quelque chose et aux raisons pour lesquelles ils le font ».

Les plateformes de réseaux sociaux vont dès lors subir une pression croissante pour identifier et signaler les contenus générés par l’IA. Le patron d’Instagram ne le précise pas, mais l’article 50 de l’AI Act rendra cette labellisation des contenus GenAI obligatoire à compter du mois d’août 2026.

« Toutes les grandes plateformes feront du bon travail pour identifier les contenus générés par l’IA, mais elles auront de plus en plus de mal à le faire à mesure que l’IA s’améliorera dans l’imitation de la réalité », relève toutefois Adam Mosseri :

« De plus en plus de personnes pensent, comme moi, qu’il sera plus pratique d’identifier les médias authentiques que les faux. Les fabricants d’appareils photo pourraient signer cryptographiquement les images au moment de la capture, créant ainsi une chaîne de contrôle. »

Instagram devra « clairement identifier les contenus générés par l’IA »

Il souligne cependant que le fait d’ « indiquer si un contenu est authentique ou généré par l’IA n’est qu’une partie de la solution ». Les plateformes et acteurs du marché de l’économie de l’attention devront également « fournir beaucoup plus d’informations contextuelles », non seulement sur les médias mais aussi sur les comptes qui les partagent, « afin que les utilisateurs puissent prendre des décisions éclairées sur ce qu’ils doivent croire » :

« Où se trouve le compte ? Quand a-t-il été créé ? Quels autres contenus a-t-il publiés ? Dans un monde où l’abondance et le doute sont infinis, les créateurs qui parviennent à maintenir la confiance et à afficher leur authenticité, en étant sincères, transparents et cohérents, se démarqueront. »

Évoquant le cas particulier d’Instagram, Adam Mosseri explique que ses équipes vont devoir « évoluer de plusieurs façons, et rapidement ». À commencer par le fait de créer les meilleurs outils, « basés sur l’IA ou traditionnels », pour que les créateurs « puissent rivaliser avec les contenus entièrement créés par l’IA ».

Instagram devra aussi « clairement identifier les contenus générés par l’IA » et travailler avec les fabricants pour vérifier leur authenticité « dès leur capture, en identifiant les médias réels, et pas seulement en traquant les faux ». Ainsi que pour « mettre en avant les signaux de crédibilité » concernant les auteurs des publications afin que les utilisateurs puissent décider à qui faire confiance.

Il évoque enfin le fait de « devoir continuer à améliorer le classement en fonction de l’originalité », et propose de revenir sur la question de la transparence et du contrôle des algorithmes dans un autre article.

Pour Microsoft, le slop de l’IA est un sujet dépassé, place à l’IA utile

5 janvier 2026 à 16:13
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Pour Microsoft, le slop de l’IA est un sujet dépassé, place à l’IA utile

Satya Nadella, CEO de Microsoft, blogue désormais sur l’IA. Selon lui, le débat sur le « slop » est un sujet presque dépassé. Il préfère évoquer 2026 comme une « année charnière » et ce qui, selon lui, demande aujourd’hui le plus de réflexion : trouver des débouchés à ce qu’il considère comme une évolution drastique de la pensée.

Microsoft est l’un des acteurs clés de l’IA, ne serait-ce que par son investissement massif dans OpenAI, avant l’emballement que l’on constate aujourd’hui. La société a cependant un problème : un sérieux écart entre la vision de ce que pourraient accomplir ses différents Copilot et ce qu’ils peuvent faire réellement.

Dans un contexte trouble pour l’entreprise, son CEO prend la parole, avec un premier billet de blog pour explorer quelques réflexions. Certaines recouvrent de vraies questions, notamment sur la direction à donner aux évolutions de l’IA ou le manque d’expérience dans son exploitation, quand d’autres illustrent une bulle de réflexion hors de laquelle plus rien d’autre ne semble exister.

Encore une année charnière

2026 sera une « année charnière » pour l’IA pour Satya Nadella. « Oui, encore une autre », reconnait le CEO de Microsoft. Il estime cependant qu’elle semble « différente à quelques égards notables ».

La phase initiale de découverte est selon lui terminée. Place désormais à la diffusion généralisée, le public prenant peu à peu ses marques et commençant à faire la distinction entre « spectacle » et « substance ». La direction prise par la technologie serait plus claire et plus sérieuse désormais, maintenant que l’émerveillement est passé.

Le débat autour du « slop » (bouillie) n’aurait plus lieu d’être, car il serait surtout lié à des cas d’utilisation sans réel débouché : un fonctionnement à vide de l’IA, sans apport réel dans la vie des gens. On pourrait ajouter qu’il s’agit aussi de l’inévitable produit d’une course à la vitesse et aux opportunités, largement accélérée par l’IA et à ses multiples impacts, notamment dans le monde de la cybersécurité.

Et comme si le CEO n’était pas assez clair, il insiste sur l’idée que l’IA doit amplifier l’humain, pas le remplacer. Il n’hésite pas à reprendre l’image de la « bicyclette pour l’esprit » que Steve Jobs utilisait pour décrire l’outil informatique en général. L’IA devrait ainsi être considérée comme aidant la pensée et l’action humaines, pas s’y substituant.

Systèmes complexes et résultats responsables

Pour Satya Nadella, les modèles isolés comme ChatGPT et Gemini ne sont pas l’avenir. Une vision que l’on a déjà entendue, par exemple chez l’ingénieur Horacio Gonzalez. Selon lui, l’avenir appartient à des modèles plus petits, plus spécialisés et coopérant.

Selon le CEO de Microsoft, l’important maintenant est de construire des systèmes qui orchestrent plusieurs modèles, gèrent la mémoire, l’accès aux données et l’utilisation d’outils de façon sûre. Une manière élégante de dire que l’intégration et l’ingénierie comptent plus que la taille brute des modèles.

Il « milite » également pour des résultats réels et responsables : pour que l’IA soit acceptée par la société, elle doit avoir un impact mesurable. « Les choix que nous ferons sur l’endroit où nous utiliserons nos rares ressources énergétiques, de calcul et de talents auront de l’importance. C’est la question socio-technique autour de laquelle nous devons construire un consensus », ajoute Nadella.

Microsoft dans une bulle

L’année 2025 a probablement été pénible pour Microsoft. La société semble captive d’une bulle dans laquelle elle s’est elle-même installée : la certitude que l’IA représente son futur, sans pour autant arriver à lui faire faire ce qu’elle veut. Ou, plus exactement, sans que les utilisateurs aient la garantie d’arriver au résultat attendu.

Satya Nadella résume tout le problème : « Ce sera un processus de découverte chaotique, comme toute technologie et développement de produits l’est toujours ». Autrement dit, il s’agit d’une technologie puissante, presque trop actuellement, et les usages vont continuer à s’y casser les dents jusqu’à ce que la brume se dissipe un peu plus.

Le souci de Microsoft est cependant très concret. Après avoir autant investi dans l’IA, les actionnaires attendent probablement un retour sur investissement qu’ils ne voient pas venir. D’où un « forcing » urgent dans toutes les gammes de produits. Avec à la clé des augmentations tarifaires, justifiées selon l’entreprise par les capacités supplémentaires. Et tant pis si ces capacités ne sont pas clairement définies ou que leurs résultats ne sont pas prévisibles.

C’est là que la tension s’illustre le plus, comme on l’a vu avec Windows. Microsoft veut en effet faire de son produit le premier « système agentique », mais son annonce n’est pas bien passée. Un très grand nombre de personnes ont répondu très négativement à cette perspective, beaucoup demandant que Windows 11 remplisse d’abord sa mission initiale de système d’exploitation, avec sécurité, fiabilité et performances.

« Les premiers kilomètres d’un marathon »

Sur ce point, Satya Nadella n’offre aucun début d’éclaircie : « Nous sommes encore dans les premiers kilomètres d’un marathon. Beaucoup de choses restent imprévisibles ». Son intervention est avant tout philosophique, l’IA étant comparée à « un échafaudage pour l’esprit humain », même si la mention de la rareté énergétique est notable.

Le ton général est en outre inhabituellement sobre pour un dirigeant d’une société technologique aussi importante. Surtout après les prises de position de certains responsables de l’entreprise. On se souvient que face au manque d’enthousiasme sur les évolutions annoncées de Windows 11, Mustafa Suleyman lui-même, responsable de l’IA, avait traité de « cyniques » les personnes décriant l’annonce.

Entre les lignes, on devine quand même l’intention : recalibrer les attentes et repositionner Microsoft sur une ingénierie voulue « utile », en opposition à la puissance brute des gros modèles. On peut y voir également une forme d’aveu, dans le sens où les progrès technologiques ne suffisent pas si le public n’y trouve aucune valeur réelle, au-delà de l’amusement passager. Moins de buzz, plus de concret ?

Les AI Overviews de Google fournissent aussi des conseils de santé erronés

5 janvier 2026 à 15:37
Aïe aïe AI Overviews
Les AI Overviews de Google fournissent aussi des conseils de santé erronés

Alerté par des professionnels de santé, The Guardian a découvert que les synthèses générées par IA (« AI Overviews ») figurant en tête des résultats du moteur de recherche fournissaient parfois des informations médicales « fausses et trompeuses ». Mais également qu’il leur arrivait de fluctuer en fonction du moment.

Google avance que ses « AI overviews », qui proposent en tête des résultats de recherche des « aperçus » résumant les réponses identifiées par l’IA générative comme les plus pertinentes, sont « utiles » et « fiables ».

Alerté par plusieurs professionnels de santé, le Guardian a découvert, a contrario, qu’ils exposent leurs utilisateurs « à des risques de préjudice en raison de conseils [et] d’informations médicales fausses et trompeuses ».

Dans un cas qualifié de « très dangereux » par les experts interrogés par le Guardian, Google a par exemple conseillé à tort aux personnes atteintes d’un cancer du pancréas d’éviter les aliments riches en graisses. Ce qui va à l’encontre des recommandations habituelles et pourrait augmenter le risque de décès des patients, soulignent les experts.

Cela « pourrait être très dangereux et compromettre les chances d’une personne d’être en assez bonne santé pour suivre un traitement », explique Anna Jewell, directrice du soutien, de la recherche et de la sensibilisation chez Pancreatic Cancer UK, pour qui la réponse générée par IA est « totalement incorrecte » :

« La réponse de l’IA de Google suggère aux personnes atteintes d’un cancer du pancréas d’éviter les aliments riches en graisses et fournit une liste d’exemples. Cependant, si quelqu’un suivait les conseils donnés dans les résultats de recherche, il risquerait de ne pas absorber suffisamment de calories, d’avoir du mal à prendre du poids et d’être incapable de tolérer la chimiothérapie ou une intervention chirurgicale potentiellement vitale. »

Dans un autre exemple à propos de problèmes hépatiques qualifié cette fois d’ « alarmant », le moteur de recherche a là encore fourni des informations erronées, offrant peu de contexte et aucune prise en compte de la nationalité, du sexe, de l’origine ethnique ou de l’âge des patients, souligne le Guardian. Pis : elles pouvaient amener des personnes atteintes d’une maladie grave du foie à estimer, à tort, qu’elles seraient en bonne santé.

« De nombreuses personnes atteintes d’une maladie du foie ne présentent aucun symptôme jusqu’aux stades avancés, c’est pourquoi il est si important qu’elles se fassent dépister », explique au Guardian Pamela Healy, directrice générale du British Liver Trust :

« Mais ce que l’IA de Google considère comme « normal » peut varier considérablement de ce qui est réellement considéré comme normal. C’est dangereux, car cela signifie que certaines personnes atteintes d’une maladie hépatique grave peuvent penser que leurs résultats sont normaux et ne pas se donner la peine de se rendre à un rendez-vous médical de suivi. »

Des synthèses générées par IA qui changent selon le moment

Une recherche Google sur les « symptômes et tests du cancer du vagin » a répertorié le frottis du col de l’utérus comme un test de dépistage du cancer du vagin, ce qui est là encore « totalement erroné » et pourrait amener à ignorer des symptômes avérés, souligne Athena Lamnisos, directrice générale de l’association caritative Eve Appeal :

« Obtenir des informations erronées comme celle-ci pourrait potentiellement conduire une personne à ne pas faire examiner ses symptômes de cancer du vagin parce qu’elle a obtenu un résultat normal lors d’un dépistage cervical récent. »

Elle se dit également « extrêmement préoccupée » par le fait que le résumé généré par l’IA changeait au fil du temps, « donnant à chaque fois une réponse différente provenant de sources différentes lorsque nous effectuions exactement la même recherche » :

« Cela signifie que les gens obtiennent une réponse différente selon le moment où ils effectuent leur recherche, ce qui n’est pas acceptable. Certains des résultats que nous avons vus sont vraiment inquiétants et peuvent potentiellement mettre les femmes en danger. »

Le Guardian a également constaté que les aperçus fournis par l’IA de Google en réponse à des recherches sur des troubles mentaux tels que la psychose et les troubles alimentaires offraient des « conseils très dangereux » et étaient « incorrects, nuisibles ou susceptibles d’inciter les gens à ne pas demander d’aide », explique Stephen Buckley, responsable de l’information chez Mind, qui les qualifie de « très préoccupants » :

« Elles peuvent suggérer d’accéder à des informations provenant de sites inappropriés… et nous savons que lorsque l’IA synthétise des informations, elle peut souvent refléter des préjugés, des stéréotypes ou des discours stigmatisants existants. »

Des « captures d’écran incomplètes », plaide Google

Google a répondu au Guardian que la « grande majorité » de ses AI Overviews étaient « factuels et utiles », et qu’elle apportait continuellement des améliorations à leur qualité. Le taux de précision des aperçus IA serait « comparable » à celui de ses autres fonctionnalités de recherche, telles que les extraits optimisés, qui existent depuis plus d’une décennie, a-t-elle précisé.

Un porte-parole de Google a répondu au Guardian que bon nombre des exemples liés à la santé qui leur avaient été communiqués étaient des « captures d’écran incomplètes », rajoutant que d’après ce qu’ils avaient pu évaluer, les réponses renvoyaient « vers des sources connues et réputées, et recommandaient de consulter un expert » :

« Nous investissons considérablement dans la qualité des AI Overviews, en particulier pour des sujets tels que la santé, et la grande majorité d’entre eux fournissent des informations exactes. »

Vague massive de deepfakes générés par Grok : la justice française étend son enquête

5 janvier 2026 à 15:01
IA pas de consentement
Vague massive de deepfakes générés par Grok : la justice française étend son enquête

Grok a généré des deepfakes de femmes déshabillées sans leur consentement, parfois des mineures, à la demande massive d’utilisateurs de X qui ont créé une tendance sur ce réseau. La justice française ajoute cette pièce au désormais épais dossier contre les deux entreprises d’Elon Musk.

La semaine dernière, avant le réveillon de la Saint-Sylvestre, nombre d’utilisateurs du réseau social X ont profité de la publication par des utilisatrices de photos d’elles-mêmes dans des tenues de fête pour les déshabiller virtuellement sans leur consentement, à l’aide de Grok. Saisi par plusieurs députés français et par des membres du gouvernement, le parquet de Paris va élargir l’enquête qu’il a déjà ouverte à propos de X et de xAI.

L’humiliation des femmes par le montage d’images à caractère sexuel n’est pas nouvelle. Mais l’IA générative permet une massification du phénomène depuis 2023 alors que des chercheuses et chercheurs avaient repéré dès 2021 que les ensembles de données utilisés pour entraîner les LLM comme LAION-400M contenaient de la misogynie, de la pornographie et des stéréotypes malveillants.

Début 2024 marquait une nouvelle étape : des utilisateurs de X partageaient massivement des deepfakes pornographiques de Taylor Swift, et quelques mois plus tard des influenceuses moins connues étaient aussi attaquées sur Instagram.

Massification via X et Grok

En cette fin d’année 2025, c’est Grok qui refait parler de lui à ce sujet. En effet, des utilisateurs du réseau social X ont massivement utilisé l’IA générative d’Elon Musk pour déshabiller virtuellement des femmes. Souvent avec une simple demande sous le partage d’une photo d’une utilisatrice, Grok générait une version de cette photo mais en représentant la personne en bikini ou plus ou moins dénudée.

En mai dernier, nos confrères de 404 expliquaient que l’outil de xAI posait très peu de freins à une demande d’utilisateur de déshabiller des femmes en reprenant des photos déjà existantes pour les trafiquer en objet de désir des utilisateurs du réseau social X. Mais cette « tendance » dégradante a été tellement suivie en cette fin d’année 2025 que n’importe quel utilisateur pouvait voir ce genre d’images dans la colonne « pour vous » du réseau social, avec certaines images ciblant des jeunes filles mineures.

« Je me suis retrouvée plus ou moins dévêtue sur plusieurs photos totalement sans mon consentement », raconte Fafa, une streameuse de 28 ans à France Info. « Trois ou quatre personnes s’étaient amusées à utiliser l’IA de X en vue de me dévêtir » en faisant un deepfake à partir d’un selfie de réveillon qu’elle avait posté le 31 décembre. Elle envisage de porter plainte. La doctorante en études théâtrales Marie Coquille-Chambel a vécu le même genre de violences sur le réseau social d’Elon Musk et a ensuite subi un harcèlement massif après l’avoir signalé sur X.

Devant la justice française

Le 2 janvier, les députés Arthur Delaporte (PS) et Éric Bothorel (Renaissance) ont tous deux saisi le procureur de la République de Paris, dénonçant ces deepfakes à caractère sexuel qui « contreviennent de fait à l’article 226-8-1 du Code pénal et portent atteinte à la dignité des personnes représentées et dont les contenus ont été détournés », comme l’affirme le signalement du député du Parti socialiste.

Quelques heures plus tard, le parquet de Paris expliquait à Politico qu’il allait élargir l’enquête déjà ouverte en juillet à propos de X, au départ pour ingérence étrangère. Il l’avait déjà étendue une première fois pour prendre en compte les propos négationnistes générés en novembre dernier par Grok, toujours publiés sur X.

Le gouvernement français réagissait un peu plus tard dans un communiqué expliquant que plusieurs de ses membres avaient aussi effectué des signalements à la justice : « les ministres Roland Lescure, Anne Le Hénanff et Aurore Bergé signalent au procureur de la République ainsi qu’à la plateforme Pharos, en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, des contenus manifestement illicites générés par l’intelligence artificielle générative Grok et diffusés sur la plateforme X, afin d’obtenir leur retrait immédiat ».

Alors qu’Elon Musk n’avait réagi à cette « tendance » sur son réseau social qu’avec des « 🤣🤣 » à propos d’une image de lui-même en bikini générée par IA, son entreprise a communiqué via le compte de Grok en publiant un message affirmant avoir « identifié des lacunes dans [ses] mesures de sécurité » pour répondre à un signalement d’un deepfake sur une enfant. xAI affirmait « s’ [employer] à les corriger de toute urgence » et ajoutait que « le CSAM [child sexual abuse material, la pédopornographie] est illégal et interdit » en accompagnant son message d’un lien de signalement vers un site du FBI.

L’autorité malaisienne de la communication a elle aussi réagi, expliquant sur Facebook qu’elle avait « pris note avec une vive inquiétude des plaintes du public concernant l’utilisation abusive des outils d’intelligence artificielle (IA) sur la plateforme X, en particulier la manipulation numérique d’images de femmes et de mineurs afin de produire des contenus indécents, grossièrement offensants et autrement préjudiciables » et annonçait, elle aussi, lancer une enquête à ce sujet.

☕️ Flipper Zero et Raspberry Pi étaient interdits lors de l’investiture de Zohran Mamdani (New York)

5 janvier 2026 à 13:40

Sur son site Transition2025.com, le nouveau maire de New-York, Zohran Mamdani, a publié fin décembre des invitations pour sa cérémonie d’investiture. L’événement s’est déroulé à Broadway, entre Liberty St. et Barclay Street (au niveau de l’hôtel de ville de New York, dans le sud de Manhattan).

Rien de bien surprenant, jusqu’à se rendre dans la liste des objets autorisés et interdits dans la foire aux questions. Du classique à première vue, avec en-cas et thermos de boissons autorisés, tandis que les armes, drones, boissons alcoolisées, drogues, bâtons… étaient interdits.

En fin de liste, deux produits ont tapé dans l’œil d’Adafruit (un revendeur bien connu dans le monde de la bidouille) : Raspberry Pi et Flipper Zero.

« Si les inquiétudes tournaient autour des interférences, de la perturbation des ondes ou du piratage, le document ne le précise pas. Il reste vague, citant quelques appareils et espérant que le message passe. La curiosité est désormais interdite », fustige Adafruit.

Alors que le reste de la liste comprend des catégories de produits (parapluies, stylos laser, drones…), ce n’est pas le cas pour le Raspberry Pi et le Flipper Zero. Le premier est un micro-ordinateur vendu quelques dizaines de dollars, le second une boite à outils principalement conçue pour des tests d’intrusion et/ou de cybersécurité.

Les usages des deux machines peuvent être détournés, mais comme n’importe quel autre produit du genre… et il en existe de nombreuses autres références chez d’autres fabricants. Sans compter les smartphones, dont certains peuvent aussi avoir ce genre de capacité.

« Si l’objectif était d’interdire « les appareils électroniques non identifiés », « les dispositifs d’interférence de signal » ou « les outils de piratage », la liste devrait l’indiquer clairement », indique enfin Adafruit. Le revendeur ajoute que « donner des noms de marque risque de créer de la confusion ».

Plusieurs de nos confrères (dont BleepingComputer) ont contacté le service presse de Zohran Mamdami, sans réponse pour le moment.

☕️ Elon Musk offre Starlink pendant un mois à la population vénézuélienne

5 janvier 2026 à 12:01

À la suite de l’enlèvement du chef d’État vénézuélien Nicolas Maduro par l’armée des États-Unis, accusé par la Maison Blanche d’être à la tête d’un cartel de narcotrafiquants, Starlink a annoncé fournir ses services gratuitement à la population vénézuélienne pendant un mois. 
L’opération de capture du président vénézuélien qui s’est déroulée dans la nuit de vendredi à samedi 3 janvier 2026 s’est accompagnée de frappes américaines dans le sud et l’est de la capitale de Caracas.

À la suite de ces opérations, certaines zones de la ville avaient perdu accès à l’électricité et à internet, selon l’ONG Netblocks.

Le 4 janvier, la filiale de SpaceX Starlink publiait un communiqué annonçant fournir gratuitement ses services de connexion internet via ses satellites en basse orbite aux « nouveaux » clients, comme aux « existants ».

La carte de disponibilité de Starlink indique « coming soon » (à venir) pour le Venezuela, ce qui suggère que le service n’était pas déployé sur place auparavant, quand bien même le communiqué déclare que des utilisateurs sont déjà actifs.

Capture d’écran de la carte de disponibilité de Starlink / Starlink

L’évolution des tarifs à partir du 3 février 2026 n’a pas été communiquée pour le moment.

Le Venezuela n’est pas le premier terrain de conflit dans lequel intervient Starlink.

Au déclenchement de l’offensive russe contre l’Ukraine, en 2022, l’entreprise avait déployé ses services pour pallier les pannes du réseau internet local. Si l’épisode avait d’abord été salué, rappelle CNBC, il avait rapidement soulevé la question de l’influence d’une unique entité – et de son patron Elon Musk – dans un tel conflit.

Le Pentagone avait finalement passé un contrat avec l’entreprise pour assurer le maintien de ses services en Ukraine.

☕️ Arch Linux et Manjaro ouvrent 2026 avec de « nouvelles versions »

5 janvier 2026 à 09:02

Arch Linux et Manjaro (basée sur Arch) sont les premières à dégainer en ce début d’année. Il s’agit pour rappel de systèmes de type rolling release : les mises à jour sont fournies dès leur disponibilité, que les versions soient mineures ou majeures, au sein d’une branche unique. La dénomination se fait en opposition à l’approche classique, comme sur Ubuntu, où les gros changements attendent la branche suivante, donc une mouture majeure ultérieure.

Mais alors, si les améliorations importantes sont diffusées au fur et à mesure, que peut apporter une nouvelle édition d’Arch Linux ou Manjaro ? Techniquement, rien : ces nouvelles versions sont là pour les personnes qui souhaitent réaliser une installation avec une image ISO récente, limitant ainsi les mises à jour immédiates. Pour celles ayant un système installé et à jour, il n’y a rien de neuf : elles ont déjà les dernières nouveautés.

Manjaro 26.0

Dans les deux cas, les images ISO proposent les dernières versions de presque tous les composants, dans tous les domaines (ici pour Arch Linux, pour Manjaro) : noyau Linux 6.18, KDE Plasma 6.5 (avec les suites KDE Gear 25.12 et KDE Frameworks 6.21), GNOME 49, Xfce 4.20, Mesa 25.3, Firefox 146, suite bureautique LibreOffice 25.8.4 (si elle est choisie à l’installation), GStreamer 1.26.10, ALSA 1.2.15.1, ou encore l’arrivée de l’environnement COSMIC (créé par System76 en Rust) en version finale 1.0.

On trouve également les pilotes NVIDIA 590. Rappelons que cette version a fait l’objet d’un avertissement par l’équipe d’Arch Linux, car elle abandonne le support des séries 900 et 1000 des GeForce. Le paquet étant installé automatiquement, les utilisateurs concernés devront le désinstaller et réactiver manuellement l’ancienne version.

Les nouvelles images ISO peuvent se récupérer depuis les sites d’Arch Linux et Manjaro. Comme indiqué, leur téléchargement n’est pas utile si vous avez un système fonctionnel et à jour.

Starlink va descendre l’orbite de plus de 4 000 de ses satellites

5 janvier 2026 à 08:42
Star links war
Starlink va descendre l’orbite de plus de 4 000 de ses satellites

Le fournisseur d’accès à Internet par satellite Starlink planifie de descendre de 70 km plus de 4 000 satellites de sa constellation. La direction de l’entreprise évoque la sécurité dans l’espace alors qu’elle en a récemment perdu un de façon incontrôlée. Elle avait pourtant déjà prévu cette manœuvre et demandé l’autorisation à la FCC depuis des mois.

« Starlink entame une reconfiguration importante de sa constellation de satellites afin d’améliorer la sécurité spatiale », a affirmé Michael Nicolls, le vice-président de l’ingénierie Starlink, dans un message publié sur le réseau social X.

Le responsable de la constellation explique que son entreprise va abaisser tous ses satellites (environ 4 400 satellites, précise-t-il) orbitant aux alentours de 550 km pour les faire rejoindre l’orbite de 480 km autour de la Terre. Il assure que cette opération est « étroitement coordonnée avec les autres opérateurs, les autorités réglementaires et l’USSPACECOM [le commandement interarmées états-unien des opérations spatiales] ». Starlink a, pour rappel, envoyé plus de 10 000 satellites en orbite, sur différentes orbites.

Améliorer la sécurité spatiale…

Michael Nicolls présente cette modification comme « une condensation des orbites Starlink » qui « améliorera la sécurité spatiale de plusieurs façons ». Son entreprise avait annoncé le 18 décembre dernier avoir perdu la communication avec l’un de ses satellites. « Le satellite est en grande partie intact, en chute libre, et va rentrer dans l’atmosphère terrestre et disparaître complètement dans les semaines à venir. La trajectoire actuelle du satellite le placera sous la Station spatiale internationale, ne présentant aucun risque pour le laboratoire orbital ou son équipage », affirmait Starlink.

« Le nombre de débris et de constellations de satellites prévues est nettement inférieur en dessous de 500 km, ce qui réduit la probabilité globale de collision », affirme Michael Nicolls pour justifier cette décision.

… Ou la place de Starlink ?

Et en effet, les places sont chères pour les constellations de satellites. Comme nous l’expliquait Gilles Brégant (directeur général de l’ANFR) en 2023, « il n’y a que six places » dans la course mondiale. Et l’autre raison pour laquelle Starlink ferait cette manœuvre pourrait être de se réserver la meilleure. Elon Musk n’a pas pu s’empêcher d’expliquer que « le principal avantage d’une altitude plus basse est que le diamètre du faisceau est plus petit pour une taille d’antenne donnée, ce qui permet à Starlink de desservir une plus grande densité de clients ».

De fait, Starlink n’avait pas attendu de perdre un satellite pour anticiper cette manœuvre. Dès octobre 2024, l’entreprise demandait à la Federal Communications Commission (FCC) l’autorisation d’abaisser l’altitude des satellites « de 525 km, 530 km et 535 km à respectivement 480 km, 485 km et 475 km », comme l’avait repéré ArsTechnica.

Dans son argumentaire [PDF], Starlink expliquait que « cette reconfiguration entraînera une augmentation du nombre maximal potentiel de plans orbitaux et de satellites par plan pour toutes les couches sauf une à 475 km, le nombre total de satellites dans le système Gen2 ne dépassera pas 29 988 satellites, et la première tranche de satellites dans le système Gen2 restera de 7 500 satellites jusqu’à ce que la Commission autorise des déploiements au-delà de cette première tranche ».

Mais l’entreprise mettait en avant d’autres arguments que ceux de la sécurité spatiale : « Cette reconfiguration permettra à SpaceX d’offrir une meilleure couverture haut débit et une meilleure qualité de service aux consommateurs américains dans les zones à forte demande, et de répondre à l’évolution de la demande des consommateurs en déployant rapidement et de manière flexible des capacités aux États-Unis et dans le monde entier, là où elles sont le plus nécessaires ». En février dernier, la FCC a officiellement accepté cette demande [PDF].

Une conséquence incidente de cette opération pourrait être l’accentuation des traces laissées par la constellation sur les observations astronomiques, traces dont se plaignent déjà régulièrement les chercheurs en astrophysique.

☕️ « Flash ingérence » de la DGSI : les risques de l’IA et des réseaux sociaux pour les entreprises

5 janvier 2026 à 08:14

La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) publie depuis janvier 2025 des « Flash ingérence ». Il s’agit de présenter « des actions d’ingérence économique dont des sociétés françaises sont régulièrement victimes ».

Le 9ᵉ numéro date de décembre et porte sur « l’usage de l’intelligence artificielle dans le monde professionnel ». Le flash « évoque le cas de trois entreprises françaises ayant été confrontées à des dérives ou des comportements à risque associés ou permis par l’usage de l’IA ». Trois exemples sont donnés :

  • Des salariés d’une entreprise française stratégique ont utilisé un outil d’IA générative pour traduire des documents confidentiels
  • Une société délègue entièrement l’évaluation de ses partenaires commerciaux à un outil d’IA
  • Une entreprise française a été victime d’une tentative d’escroquerie par hypertrucage (deepfake) associant le visage et la voix de son dirigeant grâce à l’IA

Le numéro précédent portait sur les approches malveillantes sur les réseaux sociaux, avec là encore trois exemples :

  • Une start-up se voit proposer un investissement par un intermédiaire au profil douteux à la suite d’échanges sur un réseau social professionnel.
  • Un chercheur est approché sur un réseau social professionnel par un individu prétendant qu’une célébrité internationale souhaite financer ses travaux.
  • Après avoir créé un faux profil sur un réseau social professionnel, un individu parvient à obtenir des informations sensibles auprès de salariés d’une société.

Les flashs précédents portaient notamment sur l’absence de protection des logiciels à usage industriel, des incidents impliquant des chercheurs étrangers accueillis dans le cadre de programmes académiques officiels, sur le facteur humain (principal vecteur de compromission des systèmes d’information), sur l’utilisation d’outils numériques personnels à des fins professionnelles, sur les visites publiques de sites industriels, de sociétés ou de laboratoires, sur les risques d’atteinte à la réputation d’entreprises ou de laboratoires français évoluant à l’international, etc.

Panne chez Netatmo : « Les applications et le contrôle à distance ne sont pas disponibles »

3 janvier 2026 à 17:35
Panne chez Netatmo : « Les applications et le contrôle à distance ne sont pas disponibles »

Aujourd’hui, les serveurs de Netatmo ont décidé de fêter la nouvelle année à leur manière, avec une panne. En conséquence, « les applications et le contrôle à distance ne sont pas disponibles ». C’est déjà la quatrième fois en cinq mois…

Les messages sont nombreux sur les réseaux sociaux : les serveurs Netatmo ne répondent plus. C’est également confirmé par les retours sur Downdetector, avec les premiers signalements aux alentours de 10 h et une montée en puissance jusqu’à la fin de la matinée. Cet après-midi aussi les serveurs semblent hors service. Cela tombe mal alors que la France est traversée par une vague de froid.

Sur la page dédiée à la gestion des incidents, Netatmo confirme et précise que ses « équipes travaillent actuellement à la résolution de l’incident afin que tout rentre dans l’ordre dans les meilleurs délais », sans plus de détail. Par contre, aucun message sur X ni réponse aux internautes pour le moment, que ce soit avec le compte officiel ou le compte support.

Le fabricant précise que « les applications et le contrôle à distance ne sont pas disponibles, mais le contrôle manuel et l’enregistrement des données continuent de fonctionner normalement », ces dernières seront donc disponibles quand la situation sera revenue à la normale.

« Toutes les fonctionnalités seront restaurées automatiquement, aucune action de votre part n’est nécessaire », ajoute le fabricant. Il précise aussi qu’une « partie des utilisateurs de Home + Control ne peuvent pas accéder à l’application ».

Comme le rapporte mac4ever, les applications affichent un message un peu plus précis : « vos produits continuent de fonctionner en autonomie même s’ils ne sont plus connectés : les Caméras enregistrent les événements, les Thermostats régulent le chauffage, les interrupteurs contrôlent les lumières… et vous retrouverez le contrôle total très bientôt ! ».

Selon certains, la situation semble revenir doucement à la normale. N’hésitez pas à nous faire part de vos retours si vous êtes concernés. Quoi qu’il en soit, Netatmo enchaine les pannes ces dernières semaines, avec un incident du même genre le 5 novembre, un autre le 29 octobre, le 27 septembre

Cela relance encore une fois la question de la dépendance des produits connectés aux serveurs du fabricant. Nous en avions fait un édito il y a déjà plus de cinq ans… et la situation n’est pas franchement meilleure aujourd’hui.

#Flock : Best-of Vol.2

Par :Flock
3 janvier 2026 à 13:37
Une BDD de BD
#Flock : Best-of Vol.2

2025 a été le fruit de quelques « BD » si tant est qu’on puisse appeler ces petits récits séquentiels ainsi. Il y en aura eu dix tout de même, parmi les autres dessins d’actualité. Avec Next pour commencer cette année, on vous rappelle à leur bon souvenir ces petites histoires, en attendant de prochaines cette année. Comme pour le premier Best-of des dessins d’actu dévoilé le weekend dernier, ces histoires que vous pourrez consulter en cliquant sur les illustrations dédiées, sont en accès libre pour la communauté.
Meilleurs voeux de changement de calendrier administratif.

La classe américaine, où le récit d’une réunion avec un directeur d’établissement au bout du bout.

Pas d’âge pour le mauvaise âge, où le récit d’une adolescence compliquée.

Docteur Algo, où le récit d’une visite médicale 3.0

Y a-t-il une IA après la mort ? Où le récit d’une fin des haricots qui n’en finit pas.

Et voilà ! Si vous voulez voir les six autres récits de 2025 et découvrir celles à venir, comme faire un rattrapage des dessins d’actu, c’est simple : abonnez-vous les amis !

☕️ Fermeture de la principale bibliothèque de la NASA

2 janvier 2026 à 15:06

L’administration Trump a notamment pris pour cible, depuis son retour au pouvoir, les agences scientifiques fédérales américaines.

Alors que le budget de la NASA est en baisse, l’agence spatiale américaine ferme ce vendredi la bibliothèque du Goddard Space Flight Center. Un lieu qui abrite des dizaines de milliers de livres, de documents et de revues, dont beaucoup ne sont pas numérisés ou disponibles ailleurs, explique le New York Times.

Selon un porte-parole de la NASA, l’agence va faire l’inventaire de la bibliothèque d’ici deux mois pour trier les documents qu’elle stockera dans un entrepôt gouvernemental et ceux qu’elle jettera. « Ce processus est une méthode établie utilisée par les agences fédérales pour éliminer correctement les biens appartenant à l’État fédéral », justifie-t-il auprès du New York Times.

« L’administration Trump a passé l’année dernière à attaquer la NASA Goddard et son personnel, et à menacer nos efforts visant à explorer l’espace, approfondir notre compréhension de la Terre et stimuler les avancées technologiques qui renforcent notre économie et rendent notre nation plus sûre », affirme de son côté le sénateur démocrate du Maryland Chris Van Hollen.

Le porte-parole de la NASA renvoie les employés de l’agence vers un service numérique nommé « Ask a Librarian » ou vers les bibliothèques d’autres agences fédérales.

Selon le New York Times, le fonds de cette bibliothèque inclut, entre autres, des livres de scientifiques soviétiques des années 60 et 70 comme des informations sur les premières missions de l’agence américaine.

IPv6 fête ses 30 ans… mais il reste encore du chemin à parcourir

2 janvier 2026 à 14:34
Bon anniversaire (et bonne année) !
IPv6 fête ses 30 ans… mais il reste encore du chemin à parcourir

30 ans, une éternité pour Internet et le numérique… et pourtant, le protocole IPv6 est loin d’avoir remplacé IPv4 qui est malgré tout à bout de souffle (à cause de la pénurie d’adresses). Si les internautes français sont plutôt bien lotis, ce n’est pas le cas partout dans le monde.

En décembre 1995, l’Internet Engineering Task Force publie la RFC 1883 intitulée « Internet Protocol, Version 6 (IPv6) Specification ». Elle fixait au passage le nom de ce qui était parfois appelé IP Next Generation ou IPng. Les spécifications d’IPv6 ont été finalisées quelques années plus tard, en décembre 1998 avec RFC 2460.

En guise d’introduction, il était précisé que l’« IP version 6 (IPv6) est une nouvelle version du protocole Internet, conçue pour succéder à IP version 4 (IPv4) », dont la RFC 791 datait de septembre 1981. La principale nouveauté était le passage des adresses de 32 à 128 bits. D’autres changements étaient aussi de la partie, comme une simplification du format d’en-tête. IPv6 intègre aussi « des fonctionnalités permettant de renforcer la sécurité par défaut et d’optimiser le routage », explique l’Arcep (le gendarme des télécoms en France).

667 millions d’adresses IPv6… par mm² !

La différence est très importante puisqu’on passe de 4,3 x 10⁹ (soit 4,3 milliards) à 3,4 x 10³⁸ adresses possibles, soit une quasi-infinité à l’échelle de la Terre, puisque cela correspond à environ 667 millions d’adresses IPv6 pour chaque millimètre carré de surface terrestre.

4,3 milliards d’adresses peuvent sembler beaucoup, mais ce n’est pas le cas. Le RIPE NCC (Network Coordination Centre, en charge de l’Europe, du Moyen-Orient et de certaines régions d’Asie centrale) est « à court d’adresses IPv4 » depuis fin 2019. Les alertes avaient été lancées des années auparavant et la solution existait déjà depuis longtemps avec IPv6. Mais la transition est longue, très longue… elle n’est toujours pas terminée en 2026.

Cette même année, l’Arcep a décidé « d’initier la création d’une Task-Force IPv6, co-pilotée avec Internet Society France ». Son but est de « favoriser l’accélération de la transition vers IPv6 en permettant aux participants d’aborder des problèmes spécifiques et de partager les bonnes pratiques ».

La France en tête du taux d’utilisation d’IPv6 !

L’Arcep tient à jour une carte du taux d’utilisation d’IPv6, qui correspond au « pourcentage d’utilisateurs raccordés en IPv6 par leur fournisseur d’accès à internet ». Selon le dernier décompte de décembre 2025, la France est… en première position avec 75,1 %, devant l’Inde à 73,1 % et la Malaisie à 67 %.

Les États-Unis sont 11ᵉ avec 56,4 %. Les pays africains sont dans le bas du classement avec 27 % au maximum pour la République du Congo, contre 0,2 % seulement en Algérie.

En Afrique d’ailleurs, la situation était compliquée en 2025 avec des doutes sur des élections à l’AfriNIC et une question d’influence de brokers d’IP, le tout sur fond de bataille juridique et de pénurie d’IPv4. Il faut dire que l’« AfriNIC est le dernier registre internet régional à avoir des blocs d’adresses IPv4 à distribuer », nous expliquait Pierre Bonis, le directeur général de l’Afnic qui gère les noms de domaine en France. Cela attise donc les convoitises.

Risque de scission d’Internet : IPv4 et IPv6 « ne sont pas compatibles »

En France, l’Arcep publie chaque année un baromètre de la transition vers IPv6. Le dernier date de juillet 2025. Le régulateur y rappelait que IPv4 et IPv6 « ne sont pas compatibles », ce qui implique un risque de scission d’Internet. En effet, un service ou un site en IPv6 seulement (c’est-à-dire sans adresse IPv4) n’est pas accessible aux utilisateurs qui n’ont qu’une adresse IPv4, et vice-versa.

IPv6 : la France passe en tête au niveau mondial, mais la route est encore longue

Ce n’est pas qu’une chimère, comme l’expliquait l’Arcep : « Bien que ce ne soit pas encore le cas en France, en Inde, des sites web indiens importants ne sont actuellement plus accessibles qu’en IPv6 et la Chine a planifié l’arrêt complet d’IPv4 en 2030 ».

En République tchèque, le gouvernement a annoncé la fin des services officiels accessibles en IPv4 à partir du 6 juin 2032. Un compte à rebours est lancé. Il reste 2346 jours.

Cinq grandes étapes, la première d’ici 2 à 3 ans ?

L’Arcep prévoit cinq grandes étapes de la transition mondiale vers IPv6 :

  • IPv6 est activé par défaut sur la quasi-totalité des offres grand public
  • IPv6 est activé par défaut sur la quasi-totalité des offres grand public, pro et entreprises
  • Une part non négligeable des sites web sont hébergés en IPv6 uniquement
  • Une part non négligeable des FAI ne proposent plus d’IPv4
  • La majorité des sites abandonnent IPv4

La première étape « devrait être atteinte au cours des trois prochaines années ». En France, Bouygues Telecom, Orange et Free sont à plus de 90 % de clients activés en IPv6 sur le grand public. Sur le pro, Orange était à la traine au dernier décompte avec 57 % fin 2024. Restait SFR à 54 % sur le grand public et 10 % sur le pro, mais la marque au carré rouge prévoyait de dépasser les 90 % de clients activés fin 2026.

Sur le mobile, Free était pendant longtemps le vilain petit canard, mais le fournisseur d’accès à Internet a enfin activé ses clients en mars 2025.

Si vous vous demandez comment fonctionne Internet, nous avons pour rappel publié un long dossier sur le sujet :

[Offert] La folle histoire du « pirate » derrière le premier .gouv.fr, la radio libre et Canal+

2 janvier 2026 à 13:37
De la contre-culture à la cyberculture
[Offert] La folle histoire du « pirate » derrière le premier .gouv.fr, la radio libre et Canal+

Historien des médias, pionnier des bases de données, de l’« information automatisée », de l’accès aux images satellitaires puis du web, Antoine Lefébure a aussi créé la première radio « libre » française, et préfiguré ce qui allait devenir Canal+. Il se définit lui-même comme un « pirate », et vient de publier une histoire du « secret d’État », à laquelle il a consacré ces cinq dernières années. Portrait, doublé d’une interview.

Pour les fêtes de fin d’année, Next vous offre cet article initialement paru le 10 avril 2025 et réservé aux abonnés. Pour lire les prochains entretiens dès leur publication, abonnez-vous !


Taquin, Antoine Lefébure indique sur son blog avoir été dans la même classe de CP que Vincent Bolloré et Martin Bouygues. Contrairement à eux, il n’est devenu ni milliardaire ni magnat des médias. Et si son nom est bien moins connu que les leurs, son empreinte sur le paysage audiovisuel français (PAF) n’a rien à leur envier.

Il a 18 ans lorsque, en 1968, il devient étudiant à Nanterre : « L’année révolutionnaire pour un étudiant épris de liberté et agitateur né, l’occasion est trop belle », écrit-il dans sa biographie. L’artiste d’avant-garde Jean-Jacques Lebel vint y expliquer qu’il fallait « faire une révolution culturelle comme l’avaient souhaité Dada et les surréalistes. Une perspective qui m’enthousiasme plus que le délire pro-ouvrier des maoïstes », se souvient-il.

Dans une interview de 2008 pour Médiamorphoses, il se souvient d’avoir assisté à des débats enflammés entre Daniel Cohn-Bendit et Bruno Gollnisch. Étudiant juif allemand, le premier allait devenir une figure de Mai 68. Le second, qui tenait à l’époque la corpo de Droit, est depuis devenu une figure du Front national. Mais la préférence d’Antoine Lefébure, qui se présente lui-même comme plutôt « chahuteur », va alors aux Enragés, « pour la plupart fils d’anarchistes espagnols et inspirés de l’Internationale Situationniste ».

Quelques semaines plus tard, le Mouvement du 22 Mars constitue l’un des éléments déclencheurs de Mai 68. Il participe à toutes ses manifestations, fréquentant Sartre, Virilio, Baudrillard, et Godard, qui filmait alors les Rolling Stones. Il explique y avoir aussi découvert les Pink Floyd, la marijuana et la presse underground, et être devenu spectateur assidu de tous les festivals de l’époque, Woodstock, île de Wight, Amougies

« Le retour à Nanterre en septembre sera un peu dur, détaille-t-il sur son blog. Nous sommes dans le collimateur des policiers, des appariteurs musclés, des indics et des fascistes, tous bien décidés à prendre leur revanche après la grande peur de Mai. Le gauchisme, je m’en rends très vite compte, ne fait pas le poids. Je continue mes études avec comme bol d’air, les cours de Baudrillard et les projections de Langlois qui nous raconte « son » histoire du cinéma. »

Il passe ensuite une année sur le campus de Berkeley en Californie – autre haut lieu de la contestation dans les années 1970 – pour y étudier la communication : « j’y ai travaillé avec des gens qui faisaient des Blue Box [dispositif électronique permettant de frauder les télécommunications mais également d’écouter des conversations en cours, ndlr], explique-t-il à Next. je travaillais aussi pour une organisation, People Broadcasting Service, qui traduisait des messages venant du monde entier, mais aussi pour une radio libre à Berkeley, et c’est ça qui m’a donné envie de faire pareil en France ».

Revenu en France, il enquille à la Sorbonne une maîtrise d’Histoire contemporaine sur « Le rôle de la radio en France pendant la Seconde Guerre mondiale », et plus particulièrement à Radio Paris. Placée sous la direction de la propagande nazie, celle-ci se fit le porte-voix collaborationniste du régime de Vichy afin de convaincre les Français de collaborer avec les Allemands. Elle est aussi connue pour avoir été brocardée par Pierre Dac sur Radio Londres en mode « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » :

« Il y avait une omerta à l’époque, j’ai réussi à faire ouvrir les archives, travaillé sur la propagande nazie, et découvert que plein de gens de l’ORTF ou de RTL avaient commencé à Radio Paris. »

« La police nous écoute, écoutons la police »

Antoine Lefébure commence en parallèle à faire des reportages pour L’Idiot International, le journal pamphlétaire de Jean-Edern Hallier, et Libération, découvrant par ailleurs l’intérêt d’ « écouter les communications de la police pour être au courant de tout avant tout le monde ». À la grande fureur des autorités, il fait la promotion de ce hobby, écrivant dans les colonnes du quotidien « La police nous écoute, écoutons la police ».

En échange, et plutôt que de le payer, Libé met à sa disposition du matériel pour qu’il maquette et imprime la revue qu’il contribue à créer en 1974, Interférences, sous-titrée « Pour une critique des appareils d’information et de communication ».

Dans son premier numéro, Interférences révèle les plans secrets du nouveau réseau téléphonique gouvernemental français Régis. Dans son n°2, elle traite de l’informatisation de la police aux États-Unis, des sabotages informatiques, puis de l’espionnage (et de la surveillance, et de la pollution) électronique, de la cryptographie, de la protection du secret en France et aux États-Unis, de l’ « irruption du techno-imaginaire » … ainsi que de la NSA, auquel Antoine Lefébure consacrera un article en 1976.

Y contribuent notamment Philippe Aigrain, Jean Baudrillard, William S. Burroughs, Philip K. Dick, Jean-Edern Hallier, Maurice Ronai ou encore Norman Spinrad, quand bien même, à l’époque, les idées promues et véhiculées par Interférences touchèrent un public réduit mais passionné :

« Parler de piratage informatique, d’écoute électronique, de radios libres à cette époque suscite peu d’échos, écrit-il. Le milieu gauchiste considère cela comme un délire de techniciens, les professionnels du domaine ne comprennent pas de quoi nous parlons. Pourtant se rassemble autour de la revue un groupe hétéroclite de passionnés qui sont aujourd’hui à tous les carrefours des industries de la communication. »

Interférences a depuis été qualifiée de « lieu de réflexion sur les grands mouvements technologiques que la France des années 1970 est en train de découvrir », mais également de « magazine underground, post-gauchiste, rédigé par des bénévoles, entièrement consacré, chose rare au milieu des années soixante-dix, à l’électronique, à l’informatique, aux ondes de toutes fréquences, aux hackers, au cryptage et à l’espionnage ».

Il pirate Antenne 2, et lance la première radio libre

Lors des élections municipales de 1977, les Amis de la Terre recueillent, sous l’intitulé « Paris Écologie », quelque 10 % des voix à Paris, marquant l’émergence de l’écologie politique en France. À cette occasion, le futur candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1981 Brice Lalonde et Antoine Lefébure concoctent un « coup médiatique », sous la forme d’un « piratage » du « temps de cerveau disponible » de 5 millions de téléspectateurs d’Antenne 2, et de l’ensemble des journalistes et médias qui y assistèrent.

Sur le plateau de l’émission, Brice Lalonde sort en effet un transistor diffusant la première émission de Radio Verte, la première radio FM dite « libre » en France à oser braver ouvertement le monopole gouvernemental. Antoine Lefébure, qui s’était fait passer pour son garde du corps, avait en effet bricolé un émetteur gros comme une cassette.

Antoine Lefébure lance aussi une Association pour la libération des ondes (ALO), afin de lutter pour la libre expression radiophonique et contre les inculpations de responsables des radios libres, les saisies de matériel et le brouillage des ondes. 

En parallèle, une enquête intitulée « Le monopole d’État et l’histoire du télégraphe et du téléphone en France » lui permet de préparer un Doctorat d’Histoire Contemporaine, en 1979, et de muscler son expertise au service de la défense des radios libres.

Le combat de Giscard d’Estaing pour maintenir l’interdiction des radios libres, les brouiller et saisir leur matériel, contribua à sa défaite électorale en 1981, estime par ailleurs Antoine Lefébure.

La légalisation des « radios libres » par le gouvernement socialiste de François Mitterrand, élu président en 1981, signe la fin de son engagement en faveur de cette forme de « liberté d’expression », et de son combat contre le « monopole d’État » qui y présidait.

« On a passé un accord avec NRJ, mais ils sont allés voir le gouvernement, en leur disant « si vous nous donnez la fréquence sans Radio Verte on vous fait la propagande », se remémore-t-il. Pendant les 3 premières années, les flashs d’information de NRJ n’était que le bulletin paroissial du parti socialiste, c’était dément, et on a été viré, ce qui arrangeait le pouvoir politique. »

Après s’être fait piquer sa fréquence par NRJ, il contribue à lancer… Canal+

Après s’être fait piquer la fréquence de Radio Verte par NRJ, il abandonne et est recruté par le groupe Havas comme responsable du développement (nouvelles technologies, banque de données, CD …) « grâce à un type d’Havas que j’avais rencontré au séminaire de Jean Baudrillard » :

« Havas faisait de la pub et du tourisme, les deux choses que je déteste, raconte-t-il. J’avais 28 ans, c’était la première fois que j’étais salarié, à Neuilly-sur-Seine, mais y avait une bonne ambiance, j’ai embauché plusieurs potes qui venaient eux aussi de la radio libre, et on voulait bosser dans les médias. »

« Ce qui nous intéresse, ce sont les systèmes d’information et les banques de données », précisa-t-il dans l’interview de 2008, au point d’en devenir « un utilisateur forcené ». En 1982, grâce au réseau de transmission de données Tymnet (initialement conçu par Tymshare, un fournisseur américain de services dits de temps partagé), Havas avait accès à la plupart des grandes banques de données américaines. « Nous explorions ainsi toute la presse états-unienne à l’aide de simples mots-clés ».

Fourni par LexisNexis, le service avait été conçu à Palo Alto et était distribué en France par le centre de documentation du Point. Cela permettait à ses équipes de trouver des informations auxquelles personne d’autre n’avait accès. D’une part, parce que ce terminal spécifique « nous coûtait quelque 1 500 francs l’heure de consultation », mais également parce qu’aucun organisme ou presque ne s’en servait :

«  Au bout de six mois, les gens de Nexis viennent nous voir, ils sont évidemment très contents parce que nous leur avons lâché plus de 100 000 francs. Nous apprenons, à cette occasion, que les deux seuls utilisateurs de leur service en France sont Havas et… la DGSE. »

Séduit en tant qu’utilisateur, Antoine Lefébure essaye de convaincre Havas d’investir dans ce secteur prometteur : « Mais, à l’époque, Nexis ne gagne pas un sou. Personne n’y croit. Alors, j’arrête les frais en me disant : « Les esprits ne sont pas mûrs » », se souvient-il. Entre-autres mots-clefs, histoire de trouver d’autres idées à développer, « on a tapé pay TV », et découvert qu’il y avait alors aux USA deux télévisions hertziennes à péage (On TV, et Select TV) :

« J’ai envoyé là-bas un membre de mon équipe, Jacques Driencourt, qui est revenu avec toute la technologie, le logiciel de gestion des abonnés, les mecs lui ont tout donné ! On a fait un petit projet, c’était le moment où André Rousselet arrivait à Havas comme président. Les hauts responsables de l’agence lui ont présenté la direction du développement, que je dirigeais, comme des malades mentaux, mais Rousselet détestait autant la pub et le tourisme que nous. On lui a présenté notre projet de TV à péage et il est devenu dingue, c’est devenu son bébé. Et nous voilà partis pour trois ans de travaux, avec des délais invraisemblables. »

« Intellectuellement, le projet de télé à péage, c’était pas excitant. Ce qui m’excitait, c’était de casser le monopole de la télé, après avoir cassé celui de la radio », nous précise Antoine Lefébure : « j’étais du côté du manche chez Havas, dont le président était le meilleur copain de Mitterrand, et donc on a pu prendre le pas sur TDF (qui nous avait brouillé pendant 4 ans, du temps des radios libres), et notre vengeance a été totale : TDF vomissait cette idée, ils ont tout fait pour nous éliminer, de même que France Télécom et le ministère de l’Industrie », qui voulaient privilégier leur projet de plan câble.

« Un nouveau front : celui de l’information, pétrole du XXIème siècle »

Devenu directeur de la prospective du groupe Havas, il y lance les premières expériences de télématique et de banque de données du groupe, et se lance dans la prospective.

Avec Maurice Ronai (lui aussi chercheur et pionnier du numérique, et qui était alors journaliste spécialisé dans l’informatique), il co-signe en 1979 « Panne des sens », un film (en vidéo) sur « l’informatisation de la société », pour reprendre la terminologie de l’époque. Les cinéphiles apprécieront qu’y figurent également au générique le réalisateur et scénariste Louis Daquin, la directrice de la photographie et cinéaste Caroline Champetier et Dominique Chapuis, alors chef op’ de Godard et qui sera par la suite celui du Shoah de Claude Lanzmann.

Cette même année, Lefébure et Ronai publient aussi et surtout une série d’articles dans Le Monde Diplomatique, intitulée « La guerre des données » et consacrée à l’importance croissante des réseaux télématiques et bases de données.

Ils y expliquaient pourquoi, « dans la guerre économique et industrielle mondiale, se dégage un nouveau front : celui de l’information », qu’ils qualifiaient déjà de « nouvelle matière première [et] pétrole du vingt-et-unième siècle » :

« Révolution informationnelle, société informationnelle, âge de l’information, société postindustrielle, troisième âge de la révolution industrielle… Toute une série d’analyses mettent l’accent sur l’information comme nouvelle matière première, nouvelle forme d’énergie, pétrole du vingt et unième siècle, agent majeur de la croissance, moteur de l’économie, nouvelle frontière pour des sociétés essoufflées. »

Un an avant le lancement des premières expérimentations du Minitel (pour « Médium interactif par numérisation d’information téléphonique »), ils relevaient déjà que grâce aux satellites, fibres optiques, réseaux de télécommunication, micro-ordinateurs, microprocesseurs et leurs applications, « l’informatisation des fichiers, conçus pour être interrogés en « conversationnel » (on line), et des réseaux de télétransmission internationaux qui permettent d’accéder à ces vastes « réservoirs de pensée » » :

« Il est actuellement possible, à partir de n’importe quel lieu où l’on dispose d’un téléphone, d’interroger à l’aide d’un terminal plusieurs millions de références d’articles, plusieurs milliards de données numériques ou textuelles sur tous les sujets, de modifier immédiatement la question en fonction des premières réponses et d’obtenir en quelques minutes l’information souhaitée. »

Ils soulignaient aussi que si l’information est «  une marchandise » et qu’ « un immense marché s’offre aux sociétés spécialisées dans la vente de données », « les impératifs de rentabilité et la concurrence annoncent une guerre commerciale où risquent de s’engloutir les notions de service public et de souveraineté de l’État ».

Évoquant la « suprématie économique et scientifique » des États-Unis en la matière, ils s’étonnaient du fait que, non contents de détenir « le premier parc mondial d’ordinateurs (un tiers plus nombreux que dans le reste du monde) », « avec quatre cent cinquante banques et bases de données, les États-Unis détiennent 90 % du stock mondial de données on line » :

« Cette suprématie résulte d’un effort prolongé et largement subventionné par le gouvernement américain, qui a beau jeu, aujourd’hui, de dénoncer le soutien apporté par les gouvernements d’Europe occidentale à leurs industriels de l’information. Mais, à trop insister sur le financement gouvernemental, on manque l’essentiel : l’environnement informatique, la richesse des gisements informationnels, le dynamisme des compagnies qui exploitent ces gisements. »

Ils notaient également que « l’avance américaine, évaluée à cinq ans, glisse insensiblement au monopole de fait, au niveau tant de la production des bases de données que des systèmes de distribution et des réseaux de transmission ».

Un an plus tard, Lefébure soulignait qu’ « à l’avenir, ceux qui contrôlent les réseaux télématiques détiendront en grande partie les moyens de transmission du savoir. Et, avec ces moyens, un pouvoir de contrôler l’évolution des sociétés et des esprits ».

Interrogé par Médiamorphoses à leurs sujets, Antoine Lefébure précise : « Ce qui m’intéresse alors, c’est moins l’informatique en elle-même que les services qu’elle peut fournir. C’est aussi cette idée ou ce fantasme qu’il y a, quelque part, un grand réservoir d’informations qui nous est fermé, et qu’il faudrait « pirater » pour pouvoir ensuite agir en conséquence ».

« Donc, avec Maurice Ronai, un ancien membre des comités d’action lycéens de Mai 68 et un complice d’Interférences, nous travaillons sur ces questions, reprend-il pour Next. Claude Julien nous donne carte blanche pour réaliser un dossier dans Le Monde Diplomatique, nous rédigeons également quelques articles pour Libération. Il n’en faut pas plus pour devenir « spécialistes » aux yeux des profanes. Il faut en effet se souvenir qu’à l’époque, très peu de personnes s’intéressent à l’information automatisée. »

Et ce, d’autant qu’ « en France, il y a un vrai mépris des technologies : non seulement la plupart des gens n’y comprennent rien, mais il y a en plus une sorte de suffisance qui fait que les leaders d’opinion (politiques, intellectuels, etc.) mettent comme un point d’honneur à les mépriser ».

Il se souvient qu’à Havas, « quand nous parlions par exemple d’ »algorithmes de cryptage » pour le décodeur de Canal Plus, André Rousselet nous interrompait brutalement en disant : « Épargnez-moi ce genre de mots ! » Une suffisance ridicule ! ».

« N’oublions pas que les médias audiovisuels sont alors interdits du fait du monopole », soulignait-il, ce pourquoi la plupart des gens de sa génération « vont s’investir dans la presse écrite ».

Pirate des monopoles d’État, maître d’œuvre du web gouvernemental

En 1988, François Mitterrand est réélu, le RPR place ses amis et Lefébure vole vers de nouvelles aventures. Il crée sa propre société, Technique Media Société (TMS), qui jouera un rôle de pionnier dans le développement de l’information automatisée, l’accès aux bases de données et des images satellitaires.

En 1994, il se rend aux États-Unis dans le cadre d’une étude sur le dépôt légal de l’audiovisuel, et découvre Mosaic, le premier navigateur à avoir rendu le World Wide Web populaire. En 2008, il raconte :

« C’est vraiment une révélation : il y a désormais une interface et ça ne coûte pratiquement rien. Non seulement ça marche, mais, en plus, il est évident que ça va changer le monde. Dès mon retour, j’arrête tout et je bascule TMS vers l’Internet. »

« Comme j’avais ma formation banques de données, c’était ce que j’attendais depuis 10 ans, et on a fait de TMS une des premières web agency » en France, nous précise-t-il, contribuant notamment à lancer, en 1996, le… tout premier site web du Premier ministre français (Alain Juppé, qu’avait alors convaincu son ministre des télécommunications, François Fillon), « optimisé pour Nestcape 2.0, en mode graphique, pour une fenêtre de 640 par 480 pixels ».

Un joli pied de nez, pour celui qui n’avait de cesse de lutter contre le monopole de l’État en matière de liberté d’expression audiovisuelle. Une victoire politique, aussi, alors que « certains, dans l’entourage du premier ministre, insistent pour que les sites n’intéressant a priori que le public français restent exclusivement basés sur Télétel, c’est-à-dire demeurent pour l’essentiel payants », comme le soulignait alors un article du Monde intitulé « Marianne flirte avec Internet ».

« En France, pendant dix ans, on a considéré l’information comme un marché ; on l’a fait payer. Les recettes générées sont devenues un élément de fonctionnement », y relevait de son côté Maurice Ronai, constatant qu’aux États-Unis, une bonne partie des textes officiels dont l’accès étaient payants en France (budgets détaillés, rapports d’activité, lois en discussion, etc.) « sont disponibles gratuitement sur Internet ».

Un constat appuyé par Antoine Lefébure qui, s’étant vu confié la maîtrise d’œuvre du montage des services en ligne de Matignon, expliquait au Monde que « la générosité est payante sur Internet. Les économies engendrées, en simplifiant la vie quotidienne des citoyens et de l’administration, seront supérieures au manque à gagner ».

« La consultation du site Web sera instructive : ce service témoignera de la façon dont le premier ministre entend informer et dialoguer effectivement avec les citoyens », concluait l’article du Monde, évoquant « un enjeu moins futile qu’il y pourrait paraître ». Une vision qu’il eut du mal, cela dit, à faire accepter, comme il le relevait auprès de Médiamorphoses :

« Au début, ce n’est pas facile, autant pour nous que pour les trois ou quatre autres sociétés qui s’installent sur le créneau. Pendant deux ans, je passe mon temps à expliquer la différence entre Internet et le minitel, que j’ai toujours détesté, sans doute parce que c’était une nouvelle incarnation du monopole. J’essaye aussi de convaincre mes interlocuteurs que ce réseau n’est pas un nouvel avatar de l’impérialisme américain. »

Un « pirate radio » poursuivi par la DST et la Justice, à l’âge de 13 ans

Interrogé sur ce qui avait pu présider à un tel parcours, somme toute emblématique de la « contre-culture » technologique des années 70 et 80, Antoine Lefébure explique avoir découvert, à l’âge de 12 ans, au dernier étage du Palais de la découverte, « un radio-amateur en blouse blanche » qui lui laissait parfois les manettes, lui permettant de correspondre avec des gens du monde entier :

« Et ça m’a passionné, j’ai commencé à acheter des vieux postes, je mettais 60 mètres de fil de fer pour écouter les ondes courtes et j’entendais des radioamateurs, j’étais DX [loisir qui consiste à rechercher et identifier des signaux radio/TV à longues distances, ndlr], et à 17 ans, je me suis lancé dans l’émission, en réception tu ne fais qu’écouter, c’était interdit quand tu n’avais pas de licence. »

Antoine Lefébure précise n’avoir « jamais eu de licence de radioamateur : j’ai toujours été pirate, quand on se salue avec nos potes, on se dit « pirate un jour, pirate toujours ! » ». Rapidement, il avait en effet identifié « un type comme moi qui avait une puissance incroyable et qui me bloquait en réception ». C’est ainsi qu’il a rencontré Sylvain Anichini, qui était « très fort en hautes fréquences et en informatique ».

Lefébure se souvient qu’à l’époque de leur rencontre, Sylvain Anichini avait installé son émetteur avec une antenne de 10 mètres sur le toit, qu’il émettait dans le monde entier « et s’était fait piquer deux fois par la DST et inculper deux fois. Le tribunal pour enfants l’a relaxé, mais il était dans le viseur des flics, son antenne faisait concurrence avec celle de la Place Beauvau ».

Antoine Lefébure se souvient aussi que le responsable de la police des communications radio-électriques (PCR), sise à Boullay-les-Troux (devenue depuis une station d’écoute de la DGSI), s’appelait Commissaire Brute : « il nous aimait bien parce qu’on lui donnait du boulot, d’autant qu’ils étaient en surnombre vu qu’il y avait moins de gauchistes » entre 1977 et 1981.

Cela n’empêcha pas Sylvain Anichini de faire carrière à la télé puis la radio, comme le raconta Télérama, et même de concevoir le décodeur de Canal+ après qu’il fut recruté par Antoine Lefébure à Havas :

« À 13 ans, il est convoqué au tribunal pour enfants. À 17 et 19 ans, il passe en correctionnelle. En 1981, il fabrique les antennes à la chaîne. Surdoué de la technique, mais las d’être traqué par la police, Sylvain Anichini passe alors à autre chose : en 1984, il devient le directeur technique de Canal+, puis de La Cinq, de La Cinquième, de France 3, avant de s’installer dix ans à Radio France. »

Jeune ingénieur de l’École des technologies de l’information et de la communication, Sylvain Anichini s’était aussi associé avec deux camarades pour importer les premiers micro-ordinateurs des États-Unis, relevait L’Usine Nouvelle en 1996 :

« J’ai été présenté à André Rousselet, qui m’a demandé : « Trouvez-moi quelque chose pour être opérationnel dans un an », se souvient-il. Cette course contre la montre, il la gagne grâce à son ingéniosité. En concevant le décodeur uniquement avec des pièces disponibles sur le marché. Et en fabriquant la boîte avec les moules plastiques d’un répondeur téléphonique. Canal Plus lancé, Sylvain Anichini rejoint la Cinq d’Hersant. « Nous avons conçu l’une des premières rédactions informatisées au monde, avec CNN », rappelle-t-il. »

Le « pirate » britannique qui avait devancé Edward Snowden

Sylvain Anichini n’est pas le seul « pirate » à avoir influencé Antoine Lefébure. Il se souvient d’avoir rencontré Duncan Campbell en 1973 - 74, « parce que c’était un pirate assez connu en Grande-Bretagne, j’étais fasciné par lui. Avec lui et Sylvain, j’avais toutes mes réponses ! ».

Né en 1952, Duncan Campbell s’était de son côté intéressé à la programmation informatique à l’âge de 16 ans. Étudiant en physique, il avait commencé à publier ses premiers articles dans la presse « alternative » et « underground » aux débuts des années 70 afin, tout comme Antoine Lefébure, d’y partager ses découvertes.

En 1976, il publia notamment « The Eavesdroppers », qui révéla l’existence du Government Communications Headquarters (GCHQ), l’équivalent britannique de la NSA, dont l’existence était alors secrète, quand bien même il s’agissait du plus important des services de renseignement britannique. Cela valut à son co-auteur, Mark Hosenball, un journaliste américain, d’être expulsé du Royaume-Uni, et à Campbell d’être placé sur écoute et surveillance par le MI5, le service de contre-espionnage britannique.

Dans un article intitulé « Le GCHQ et moi », publié en 2015, Duncan Campbell revient brièvement sur les nombreux problèmes judiciaires, policiers ainsi qu’avec les services de renseignement que ses révélations lui ont depuis valu :

« Au cours de mes 40 années de reportage sur la surveillance de masse, j’ai subi trois descentes de police, j’ai été emprisonné une fois, j’ai vu des émissions de télévision que j’avais réalisées ou contribué à réaliser interdites de diffusion sous la pression du gouvernement à cinq reprises, j’ai vu des enregistrements saisis, j’ai été poussé hors d’un hélicoptère, mon téléphone a été mis sur écoute pendant au moins une décennie et, avec cette arrestation, j’ai été mis en examen pour une peine pouvant aller jusqu’à 30 ans d’emprisonnement pour des violations présumées des lois sur le secret. »

Il y explique par ailleurs avoir entendu parler pour la première fois des services secrets étant enfant : « Ma mère, Mary, mathématicienne, se souvenait souvent de son travail pendant la guerre dans un établissement ultrasecret [Bletchley Park, ndlr], et notamment de ses deux années passées aux côtés d’un homme que l’on appelait « le Prof » » :

« Elle dressait le portrait d’un homme maladroit, dégingandé et bègue, qui aimait la course de fond et les champignons qu’il ramassait dans les bois locaux et que personne ne voulait toucher – et qui était un génie des mathématiques « hors de sa portée ». Le professeur était Alan Turing, le décrypteur du code allemand Enigma pendant la guerre, l’inventeur de l’ordinateur moderne et le héros du film The Imitation Game, récemment récompensé par un Oscar. »

Il y précise aussi que « c’est à l’école que j’ai découvert le réseau de surveillance du GCHQ ». Lors d’une sortie à vélo en Écosse avec un autre étudiant en sciences, ils avaient en effet repéré une grande station radio au sommet d’une colline, sécurisée par des clôtures, des portes verrouillées et un panneau sans signification accroché au câble : « CSOS Hawklaw ». Interrogé, le propriétaire d’un fish-and-chips des environs leur rétorqua que les gens qui y travaillaient « ne parlent jamais », précisant que « c’est une base secrète du gouvernement ».

En mode OSINT (pour Open Source INTelligence, ou renseignement de source ouverte – ROSO – en français), à la bibliothèque municipale, il consulta dans la foulée les annuaires téléphoniques du pays, à la recherche d’autres sites du même nom. Il découvrit d’une part que les initiales signifiaient « Composite Signals Organisation Station », d’autre part qu’il existait d’autres stations de ce type un peu partout au Royaume-Uni. Quatre ans et un diplôme de physique plus tard, il découvrit aussi que le CSOS faisait partie du GCHQ, mais également que ce dernier y avait aussi déployé d’autres stations d’écoute et de surveillance des télécommunications, avec la NSA.

En 1988, il révélait l’existence du programme Project 415 (surnommé Echelon) de surveillance et d’interception des communications satellites, mis en œuvre par les services de renseignement anglo-saxons de l’alliance des « Fives Eyes ». Dix ans plus tard, le Parlement européen lui commandait un rapport circonstancié à son sujet, qui révéla qu’ils s’en servaient également pour faire de l’espionnage industriel, identifier les entreprises corruptrices (notamment européennes), afin de privilégier leurs propres entreprises.

Et ce, alors que la Grande-Bretagne faisait pourtant aussi partie de l’Union européenne. Ses recommandations furent « adoptées dans leur intégralité le 5 septembre 2001 », soulignait-il, ironiquement :

« Six jours plus tard, les tours jumelles s’effondraient. Les plans visant à limiter la surveillance de masse ont été enterrés avec les victimes du 11 septembre et n’ont jamais été officiellement publiés. Mais la preuve de l’existence d’Échelon est désormais disponible. »

Évoquant l’une des auditions le ciblant explicitement comme « atteinte à la sécurité nationale », Duncan Campbell soulignait que les témoins des services de sécurité avaient tenté, les uns après les autres, d’affirmer que les informations qu’il avait publiées « étaient en fait secrètes ». Lors de l’un de ces échanges, le chef d’une unité SIGINT (pour SIGnal INTelligence, ou renseignement d’origine électromagnétique, ROEM en français) s’était vu montrer un panneau de signalisation estampillé « CSOS » flanqué à l’entrée de sa base, et consultable par tous les passants :

« Q : Est-ce le nom de votre unité ?
R : Je ne peux pas répondre à cette question, c’est un secret.
Q : Est-ce le panneau que les passants de la route principale voient à l’extérieur de la base de votre unité ?
R : Oui.
Q : Lisez-le au jury, s’il vous plaît.
R : Je ne peux pas le faire. C’est un secret.
 »

Dans un second article, nous reviendrons plus précisément sur « Vie et mort du secret d’État », l’essai qu’Antoine Lefébure vient de publier à ce sujet, mais que nous estimions ne pas pouvoir évoquer sans être préalablement revenu sur son parcours.

NB : le sous-titre est un hommage assumé à l’incontournable ouvrage de Fred Turner, « Aux sources de l’utopie numérique », (re)publié par le non moins incontournable C & F Editions.

L’Arcom va évaluer la pertinence des actions d’éducation aux médias et au numérique

2 janvier 2026 à 12:34
Éducation prétexte ?
L’Arcom va évaluer la pertinence des actions d’éducation aux médias et au numérique

Dans un rapport publié fin décembre, l’Arcom constate l’augmentation des actions d’éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique (EMI&CN) par les acteurs qu’elle contrôle (chaînes de télévision, de radio et plateformes en ligne) sans pour autant être capable d’en faire un bilan réel. Pour cela, et bien tardivement, elle met en place un « kit », à usage volontaire, pour évaluer la pertinence des actions.

La fin d’année est souvent l’occasion de bilans. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) en a profité la semaine dernière pour publier son rapport sur l’éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique pour les années 2024 et 2025. Alors que pour l’instant l’Autorité ne fait le bilan que sur le décompte des actions menées, elle commence timidement à mettre en place une démarche d’évaluation… volontaire.

L’Arcom considère que ce thème entre dans ses missions d’accompagnement des acteurs qu’elle contrôle concernant leurs « responsabilités démocratiques et sociétales des médias audiovisuels et des plateformes en ligne ». Parmi ces acteurs, l’audiovisuel public depuis longtemps mais aussi les chaines du secteur privé, car l’Autorité a ajouté une clause depuis 2020 aux conventions qu’elle signe avec elles.

Depuis 2024 et la transposition du DSA dans la loi française, la participation à des campagnes d’éducation aux médias est considérée comme une des mesures à mettre en place par les très grandes plateformes et très grands moteurs de recherche en ligne (VLOPSEs) pour atténuer les risques systémiques liés à la diffusion de contenus de désinformation. L’Arcom doit veiller à ce que ces acteurs en tiennent compte. Une des difficultés est de contrôler si ces actions ont réellement une efficacité.

Une hausse des actions du PAF, peu d’informations sur celles des plateformes

Pour l’instant, l’Autorité ne donne dans son bilan que le décompte des actions menées par ces différents acteurs. Ainsi, elle met en avant qu’« en 2024 - 2025, les chaînes de télévision et de radio ont déclaré plus d’initiatives que l’exercice précédent : 267 de plus, soit une hausse de 35 %. Cette augmentation concerne tous les types d’actions : 125 actions de plus sur les antennes, 45 de plus sur le numérique et 97 de plus sur le terrain ». Sans donner de montant, l’Arcom salue « l’engagement constant des chaînes de télévision et de radio qui, chaque année, mobilisent des moyens importants pour mener ces actions ».

Plus en détail, on peut constater que la plupart de ces actions d’éducation aux médias, à l’information et au numérique du paysage audiovisuel français sont réalisées directement sur leurs antennes :

Mais l’Autorité souligne une hausse des actions de terrain : près de 100 de plus en 2025 que l’année précédente, ce qui représente une hausse de 75 %. Elle ajoute que les médias français ont suivi ses préconisations formulées en 2024 leur demandant de diversifier leur public cible.

En effet, si les collégiens et lycéens restent toujours la cible principale (58 % en 2024 et 51 % en 2025), les médias visent un peu plus les étudiants (+ 4 points entre 2024 et 2025) et le grand public (+ 8 points). L’Arcom regrette que ces actions se concentrent sur trois thèmes : « la lutte contre la désinformation (56 %), la découverte du métier de journaliste (30 %) et l’éducation au numérique, loin derrière (5 %) », et demande aux acteurs de « diversifier les thématiques abordées ».

Concernant les plateformes en ligne et les réseaux sociaux, l’Arcom est peu loquace. S’appuyant seulement sur les rapports que les plateformes doivent transmettre à la Commission européenne, elle liste juste des « tendances s’agissant de l’implication de ces acteurs en la matière ». Il y est question de campagnes d’éducation aux médias via des vidéos et des messages d’intérêt général, de l’intégration d’outils pédagogiques dans leurs services et de la conclusion de partenariats avec des associations spécialisées ou des agences de presse.

En exemple, l’Autorité donne même un programme de Google Search avec Public Librairies 2030, dont le lien date de 2022 et affiche maintenant une page d’erreur (cf sa sauvegarde sur archive.org). L’Arcom ne pose pas non plus la question de la mise en avant de ces actions par les différentes plateformes et de l’engagement qu’elles pourraient leur offrir, puisqu’elles maitrisent les algorithmes qui peuvent les booster.

Pas d’évaluation de l’efficacité

Dans ce rapport, si l’Arcom donne des chiffres sur le nombre d’actions menées au moins par les médias audiovisuels français, l’Autorité ne propose aucune évaluation de ces actions. Elle semble avoir identifié le problème, puisqu’elle annonce la mise en œuvre, « en concertation avec le ministère de l’Éducation nationale (DGESCO et DNE), le CLEMI et une chercheuse de l’Université de Lille » (sans la nommer), d’un « dispositif opérationnel pour mesurer l’impact des actions en EMI&CN ».

Celui-ci doit se faire via un « Kit d’évaluation des actions menées en EMI&CN » disponible sur la plateforme demarche.numerique.gouv.fr. Pour l’instant, cela semble se résumer à un dossier à remplir sans autre information :

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