Claude attaque la rétention de ChatGPT avec sa fonction d’import de la « mémoire »
Come to me
Alors que ses modèles connaissent une soudaine vague de popularité suite aux démêlés d’Anthropic avec l’administration Trump, l’entreprise éditrice de Claude vient d’ouvrir à tous les comptes, même gratuits, la fonction qui permet d’importer la « mémoire » de l’utilisateur d’une autre IA. Un levier malin pour encourager les migrations, qui illustre à la fois l’enjeu économique de rétention… et la valeur potentielle de cet historique.
En prononçant vendredi 27 février l’interdiction d’utiliser les modèles d’Anthropic au sein des armées et administrations américaines, Donald Trump a donné un coup de projecteur sur Anthropic et son CEO, Dario Amodei. Et Sam Altman, qui s’est empressé d’annoncer la signature d’un accord entre le Pentagone et son entreprise OpenAI, n’a rien fait pour limiter cet effet Streisand, au contraire.
Résultat des courses, la popularité de Claude a explosé sur les kiosques de téléchargement d’Apple et d’Android, jusqu’à devenir et rester encore aujourd’hui l’application gratuite la plus demandée du moment.

Import en deux clics
Anthropic a saisi cette balle séduisante au bond lundi, en ouvrant les vannes et en simplifiant l’accès à sa fonction Import Memory. Lancée à l’automne 2025, celle-ci était jusqu’ici réservée aux souscripteurs d’un abonnement payant. Elle permet d’injecter, dans Claude, l’historique et les informations contextuelles que l’utilisateur a pu accumuler en utilisant un modèle concurrent comme ChatGPT, Gemini, Le Chat et consorts.
Ce faisant, l’internaute peut conserver à la fois l’historique de ses conversations, projets, requêtes, etc., ainsi que les éventuels éléments personnels qu’il aurait enseignés au modèle pour adapter les sorties à ses attentes.
La fonction d’import est désormais accessible en un clic via l’onglet Capacités des paramètres du site Claude.ai. Anthropic fournit un prompt prêt à l’emploi (rédigé en anglais) qu’il suffit de copier dans le modèle que l’on quitte, puis une fenêtre destinée à l’import des résultats obtenus.

Pour que la requête soit efficace, il faut bien entendu que l’internaute ait au préalable utilisé un modèle concurrent, et que les options de mémoire de ce dernier aient été pleinement activées, ce qui n’est par exemple pas le cas par défaut sur un compte ChatGPT gratuit. Dans ce scénario, l’utilisateur peut bien visualiser un historique de ses conversations avec le chatbot, mais ce dernier n’établit pas de lien entre les différents fils de discussion, même si les réglages correspondants sont activés dans les paramètres. Sur un compte gratuit pour lequel aucun élément de personnalisation n’a été rempli, ChatGPT répond donc par un fichier vide au prompt proposé par Anthropic.
La donne change avec un abonnement payant, comme nous avons pu en faire l’expérience. La sortie proposée par ChatGPT reprend les infos personnalisées qui ont été renseignées, et propose ensuite une sorte de digest des différents fils de discussion initiés par l’utilisateur. La sortie est globalement fidèle à la réalité des échanges passés, mais elle ignore certains projets ou thèmes abordés, et témoigne parfois d’une interprétation hasardeuse de la finalité initiale de la demande.
Dans la lignée de nos précédentes expérimentations, notre rapide test montre par ailleurs que la sortie n’est pas constante dans le temps : il ne s’agit donc pas d’un export (au sens accès à l’intégralité des données brutes par exemple), mais bel et bien du résultat de la requête transmise à un modèle probabiliste. ChatGPT (et les autres) proposent heureusement une fonction d’archivage qui permet quant à elle de récupérer la totalité de son historique, mais le fichier qui en découle n’est évidemment pas prévu pour être injecté en un clic dans Claude.
De la difficulté de retenir les utilisateurs ?
Est-ce de toute façon vraiment l’efficacité de cette fonction qui prime dans le contexte actuel ? Plusieurs spécialistes de la mesure d’audience affirment que le regain de popularité de l’application Claude s’est accompagné d’une vague de désinstallation de l’application ChatGPT. Autrement dit, les gens ne se seraient pas simplement intéressés à Claude : ils auraient vraiment décidé de changer de crèmerie.
Et c’est précisément pour étayer l’idée selon laquelle il est facile de passer, sans perte, d’une IA à une autre, qu’Anthropic a ouvert les vannes de sa fonction d’import : elle montre qu’au-delà de simplement essayer Claude pour voir, on peut très vite y transférer sa « mémoire ».
Dans la course aux financements que se livrent les géants de l’IA, il y a nécessairement une prime à celui qui réunit le plus grand nombre d’utilisateurs, et c’est encore plus vrai pour Anthropic et OpenAI qui ne peuvent pas, comme Microsoft ou Google, s’appuyer sur une base conséquente d’utilisateurs captifs via d’autres produits déjà très répandus (Windows, Office, Android, Chrome, etc.). Cette problématique de rétention est d’ailleurs l’un des arguments qui motive la course aux agents IA : il est plus difficile de se départir d’un outil auquel on a délégué des tâches concrètes de son quotidien…