Municipales : à Marseille, Toulouse ou Paris, des candidats visés par de la désinformation
Faux comptes, vraie désinfo
Après les élections européennes ou présidentielles, les échéances municipales sont elles aussi le théâtre de campagnes de désinformation alimentées par des faux comptes. Leurs origines sont quelquefois traçables jusqu’à des commanditaires étrangers.
Un blog, des pages Facebook et des comptes X, des tracts placardés dans les rues, même, à l’effigie d’une certaine « Sophie ». À Marseille, le député Sébastien Delogu (La France Insoumise) a beau ne parvenir qu’en quatrième position dans les sondages, quelqu’un se donne beaucoup de mal pour l’attaquer en ligne, l’accusant de viol et de violences.
Sur Facebook, les publications ont enregistré beaucoup de commentaires et de réactions (j’aime, j’adore, etc), mais toutes sont fausses. Après enquête, Le Monde constate que l’essentiel vient de comptes installés en Asie.
À Toulouse et à Paris, d’autres candidats subissent aussi des tentatives d’attaques numériques. Dans la ville rose, un autre candidat LFI, François Piquemal, se voit accusé de pédocriminalité, ses positions sur la Palestine, moquées. À Paris, c’est Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons, qui a signalé à Viginum, le service de vigilance et protection contre les ingérences numériques du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, des publications sur X dont les propos attaquaient son image. Si aucune de ces campagnes n’a enregistré de grande viralité, toutes témoignent de tentatives de manipulation de l’information en amont des scrutins municipaux des 15 et 22 mars.
Commanditaires inconnus contre LFI, Storm-1516 contre Bournazel
Dans le cas des candidats LFI, dont le parti est lui aussi visé par un faux site intitulé « L’alternative 2026 », difficile de remonter jusqu’au commanditaire. Le Monde a repéré des similarités techniques entre les faux comptes payés pour tenter de viraliser les publications attaquant Sébastien Delogu, celles qui s’en prennent à François Piquemeal (y compris des deepfakes à caractère pornographique), ou encore le faux site suggérant que l’élection de candidats LFI aboutirait à l’instauration de la charia.
Tous recourent notamment à des images générées par Gemini, l’outil d’IA de Google, les sites web concernés s’appuient sur un même thème WordPress, et leurs noms de domaines sont enregistrés chez un seul et même fournisseur, localisé aux Bahamas. Le quotidien remarque bien que les comptes de réseaux sociaux qui diffusent les messages diffamatoires ont été utilisés par le passé pour publier des éléments relatifs à un scandale nigérian ou à la politique gabonaise, mais cela ne suggère pas grand-chose de plus que le recours à une société spécialisée dans les opérations de manipulation de l’information.
Le Monde remarque aussi que les comptes X utilisés dans ces opérations ont servi par le passé à diffuser les messages du lobby pro-israélien Elnet, en conflit ouvert avec LFI, et que Sébastien Delogu et François Piquemal sont au nombre des candidats LFI ayant le plus fortement souligné leur soutien à la population palestinienne et leur opposition aux opérations militaires d’Israël à Gaza. Mais à défaut de retrouver la société autrice des opérations d’influence, et de pouvoir remonter le fil de sa clientèle, difficile d’affirmer qui a instigué ces opérations.
Du côté parisien, en revanche, Viginum constate que le site web de Pierre-Yves Bournazel a été usurpé, notamment pour diffuser une fausse vidéo du candidat dans laquelle ce dernier annonce qu’il voudrait fermer le centre Pompidou. L’entité a surtout repéré un compte X qu’elle connaissait déjà, et est capable de le relier au réseau Storm-1516, lié à la Russie.
Les ingérences électorales, menace désormais régulière
En mai 2025, sur la foi des travaux de Viginum, le Quai d’Orsay indiquait déjà avoir repéré au moins 20 opérations informationnelles de Storm-1516 visant différents scrutins en Europe et aux États-Unis. Sans être nécessairement le fait de ce réseau précis, les opérations de manipulation se sont multipliées dans l’espace informationnel français et européen, avec des effets plus ou moins importants selon les cas.
Pour des scrutins à échelle plus large, on se rappelle ainsi des élections présidentielles roumaines, réorganisées après des suspicions de manipulation du fonctionnement de TikTok, ou encore de diverses opérations en amont des élections européennes, pas toujours correctement modérées par les plateformes numériques.
