Début janvier, la bibliothèque clandestine Anna’s Archive a vu son .org suspendu par le registre d’intérêt public PIR. Si les responsables du site affirmaient ne pas croire que ça puisse avoir un lien avec la récupération pirate de 300 To de musique de Spotify qu’ils avaient annoncée un peu plus tôt, on pouvait avoir des doutes.
Ceux-ci sont levés. En effet, comme l’indique TorrentFreak, Spotify mais aussi les majors Sony, Warner et Universal et d’autres labels de musique comme Capitol Records ou Atlantic ont attaqué Anna’s Archive devant la cour américaine du district sud de New York.
Dans ce cadre, ces entreprises ont demandé le 2 janvier au tribunal de prononcer une ordonnance restrictive temporaire pour bloquer l’accès à Anna’s Archive qu’ils ont obtenu le même jour. Les entreprises visaient notamment le registre d’intérêt public PIR et Cloudflare : « Ensemble, PIR et Cloudflare ont le pouvoir de bloquer l’accès aux trois domaines Web qu’Anna’s Archive utilise pour distribuer illégalement des œuvres protégées par le copyright », affirmaient-elles.
La cour a ordonné que « tous les registres et bureaux d’enregistrement de noms de domaine pour chacun des noms de domaine d’Anna’s Archive, y compris, sans limitation, le registre de domaine de premier niveau Public Interest Registry (« PIR »), et tous les hébergeurs et fournisseurs d’accès Internet pour les sites Web d’Anna’s Archive, y compris, sans limitation, Cloudflare Inc. (« Cloudflare »), doivent, dès qu’ils ont connaissance de la présente ordonnance, […] :
Désactiver l’accès aux noms de domaine d’Anna’s Archive, par le biais d’une suspension du registre ou par tout autre moyen, et empêcher leur transfert à toute personne autre que les plaignants de la maison de disques ;
Désactiver les serveurs de noms faisant autorité pour les sites web d’Anna’s Archive ;
Cesser tout service d’hébergement pour les sites Web Anna’s Archive ou tout autre site Web qui héberge le contenu contrefait ou facilite directement sa distribution ;
Conserver toutes les preuves pouvant être utilisées pour identifier les personnes ou entités utilisant les noms de domaine Anna’s Archive et/ou exploitant les sites Web Anna’s Archive ;
S’abstenir de fournir toute notification ou avertissement à Anna’s Archive ou à ses représentants, ou de communiquer de quelque manière que ce soit avec eux, et s’abstenir de rendre publique la présente ordonnance jusqu’à ce qu’elle soit pleinement exécutée et levée par le tribunal, sauf si cela est nécessaire pour communiquer avec les registraires de noms de domaine, les registres de noms de domaine et les fournisseurs d’hébergement et de services Internet afin d’exécuter la présente ordonnance ;
S’abstenir de faire obstacle à la mise en œuvre de la présente ordonnance et apporter une aide raisonnable à celle-ci ».
Outre le .org, le nom de domaine en .se d’Anna’s archive est maintenant indisponible. Mais d’autres noms de domaine permettent encore d’accéder à la bibliothèque clandestine, dont celui utilisant le ccTLD de Saint-Pierre-et-Miquelon (.pm).
En l’espace de quelques minutes, Bouygues Telecom, Orange et Free (iliad) ont envoyé par e-mail un communiqué de presse commun (.pdf) : « Le consortium composé des trois opérateurs Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange, confirme l’existence de discussions avec le Groupe Altice en vue de l’acquisition potentielle d’une grande partie des activités de télécommunications du groupe Altice en France ».
Ce n’est pas un scoop, loin de là. Mi-octobre, les trois concurrents annonçaient officiellement le dépôt d’une offre de rachat pour SFR, en traçant les grandes lignes du partage. Sitôt déposée, sitôt refusée par Altice. Selon BFM Business, Bouygues Telecom, Free et Orange envisageraient de réhausser leur offre à 20 milliards d’euros (soit trois milliards de plus). La partie de poker menteur continue donc et pourrait encore durer longtemps.
Le communiqué du jour n’indique rien de neuf, si ce n’est que « des travaux de due diligence ont été engagés depuis début janvier 2026 », c’est-à-dire des audits pour sonder plus en profondeur la santé économique de SFR. C’est tout de même un signe que le dossier avance, doucement. Quoi qu’il en soit, « les conditions juridiques et financières de la transaction ne font l’objet d’aucun accord à date », précisent les trois compères.
Ils ajoutent qu’il « n’y a aucune certitude que ce processus aboutisse à un accord qui devra en toute hypothèse être soumis à l’approbation des organes de gouvernance des sociétés concernées et restera sous réserve des conditions usuelles en la matière ». L’Autorité de la concurrence aura du pain sur la planche si un accord devait être trouvé.
Son président, Benoît Cœuré, avait ouvert la porte pour un retour à trois opérateurs : « Si cette opération devait être notifiée, nous la regarderions sans camper sur nos positions d’il y a neuf ans ». L’Autorité nous indiquait par contre en octobre qu’aucun projet ne lui avait été notifié ; c’est le point de départ de l’instruction.
Fin 2022, la première mission Artemis décollait et plaçait le vaisseau spatial Orion en orbite autour de la Lune. La capsule était inhabitée, c’était une répétition générale grandeur nature avant d’envoyer des humains.
Artemis II est prévue pour avoir « un plan de vol similaire » selon l’ESA, mais avec quatre astronautes à son bord. C’est désormais à son tour d’être sur le pas de tir, en position verticale. Il a fallu une douzaine d’heures à la fusée (et son convoi, totalisant 5 500 tonnes) pour parcourir les 6 km entre son hall d’assemblage et son pas de tir.
Selon la NASA, 16 fenêtres de tir seront possibles entre les 6 février et 30 avril ; la mission doit durer une dizaine de jours. Comme le rappelle la Cité de l’Espace, ce sera la « première mission habitée autour de la Lune depuis plus de 50 ans ».
Comme l’expliquent nos confrères, la répétition générale avant le décollage n’est pas terminée. Il reste encore la procédure « WDR pour Wet Dress Rehearsal où Wet (humide) fait référence au remplissage des réservoirs pour une Dress Rehearsal (répétition générale) ». Elle doit être faite avant le 2 février. La NASA a prévenu que « des répétitions générales supplémentaires peuvent être nécessaires pour s’assurer que le lanceur est entièrement vérifié et prêt pour le vol ».
En 2020, le calendrier de l’Agence spatiale américaine envisageait déjà Artemis III : « En 2024, la troisième mission Artemis emmènera des astronautes jusqu’au satellite naturel de la Terre ; ils seront les premiers à s’y poser depuis l’équipage d’Apollo 17, après une interruption de plus de cinquante ans ».
Nous sommes début 2026 et ce n’est finalement que la deuxième mission qui est dans les starting-blocks. Artemis III est pour le moment prévue pour 2028.
Ubisoft a dévoilé les grandes lignes de son plan de restructuration, basé sur l’articulation du groupe autour de cinq « maisons créatives » autonomes sur le plan stratégique. L’éditeur français annonce dans le même temps l’annulation de six jeux et la fermeture de deux studios dans le cadre d’un nouveau programme de réduction de coûts fixé à 200 millions d’euros sur deux ans. Un syndicat d’employés a immédiatement appelé à un débrayage pour contester ces mesures.
L’année à venir s’annonce mouvementée chez Ubisoft. L’éditeur français a en effet précisé (PDF), mercredi 21 janvier au soir, les contours du grand plan de restructuration qui fait suite à son accord stratégique avec Tencent, et doit lui permettre de renouer avec la croissance (et la rentabilité). Le chantier s’annonce dantesque : il suppose en effet la réorganisation totale du groupe, la révision de la feuille de route à trois ans, et un effort renforcé en matière de réduction des coûts.
D’un groupe unifié à cinq « maisons créatives »
L’annonce la plus structurante concerne la mise en place d’un nouveau modèle opérationnel, dans lequel le groupe Ubisoft s’efface au profit de cinq Creative Houses, présentées comme des « unités d’affaires intégrées regroupant désormais production et distribution ». Ces cinq maisons, qui se partagent le catalogue de licences d’Ubisoft, ont donc vocation à développer et commercialiser leurs propres projets, chacune disposant de ses propres équipes et de son propre compte de résultats.
La première de ces maisons avait été annoncée fin novembre. Baptisée Vantage Studio, elle compte le chinois Tencent comme actionnaire minoritaire, et prend en charge trois des licences les plus puissantes du groupe : Assassin’s Creed, Far Cry, et Tom Clancy’s Rainbow Six.
Cinq grandes maisons se partagent le trésor d’Ubisoft, ses licences
Les quatre autres maisons (ou filiales) se répartissent les autres univers d’Ubisoft, sur la base d’une approche thématique : les jeux de tir à dimension compétitive, les jeux « d’expériences Live ciblées et à forte identité » dont For Honor ou The Crew, les jeux à dimension narrative et immersive (une drôle de catégorie qui réunit aussi bien la stratégie d’un Anno que Rayman ou Beyond Good & Evil) et l’inévitable branche dédiée aux jeux dits casual. Ubisoft indique travailler actuellement au développement de quatre nouvelles marques, mais ne précise pas leur rattachement.
Dans ce nouveau modèle, la direction du groupe, basée à Montreuil, reste en charge de la stratégie globale et de l’allocation du capital, tandis que différents services et fonctions support horizontaux sont censés sous-tendre le fonctionnement des cinq entités de création de jeux. « Cette nouvelle organisation entrera en fonctionnement début avril », affirme Ubisoft.
Une direction et cinq « maisons » soutenues par un réseau de studios, ainsi que des fonctions de production et de support – crédit Ubisoft
Une feuille de route à trois ans recentrée
Insuffler de tels changements, à plus forte raison dans un contexte de réduction des coûts, ne peut se faire sans impact sur la bonne marche des activités. Ubisoft indique donc avoir procédé, entre décembre et janvier, à la revue stratégique de ses projets.
En pratique, le groupe a taillé à la hache : il annonce ainsi l’annulation de six jeux, dont le remake de Prince of Persia The Sands of Time, et quatre jeux encore non annoncés, dont trois nouvelles licences et un jeu mobile.
Il repousse dans le même temps la sortie de sept autres titres.
Studios fermés, réduction de coûts et cinq jours de présence par semaine
Ubisoft dessine enfin les contours d’un nouveau tour de vis budgétaire avec l’annonce d’une troisième phase pour son plan de restructuration, qui vise à limiter les coûts de fonctionnement à hauteur de 200 millions d’euros sur deux ans (soit 100 millions d’euros par an, iso avec l’objectif déjà fixé pour la deuxième phase, qui sera « entièrement atteint » d’ici mars 2026).
« Ce nouvel objectif devrait ramener les coûts fixes totaux à environ 1,25 milliard d’euros sur une base annualisée d’ici mars 2028, contre 1,75 milliard d’euros en FY2022-23 », calcule l’éditeur, qui confirme la fermeture des studios de Stockholm et d’Halifax, et annonce des restructurations à Abu Dhabi, RedLynx et Massive.
Ubisoft ne chiffre pas l’impact de ces efforts sur sa masse salariale, mais il douche en revanche les espoirs des salariés adeptes du travail à distance, avec l’annonce d’un retour au présentiel cinq jours par semaine, complété tout de même « par un quota annuel de jours de télétravail ».
« Cette évolution vise à renforcer la collaboration, incluant un partage constant des connaissances, et la dynamique collective au sein des équipes. Dans un marché AAA durablement plus sélectif, la collaboration en présentiel constitue un levier clé d’efficacité, de créativité et de réussite collective », justifie Ubisoft, qui espère peut-être aussi favoriser des départs volontaires. Rappelons que le sujet avait déjà déclenché des tensions sociales fin 2024.
Perspectives financières : le retournement sera long
Réduction du pipeline de projets, licenciements, fermetures de studio… la restructuration aura logiquement un impact sur l’activité du groupe à l’échelle de l’exercice en cours. Ubisoft annonce à ce niveau une anticipation de net bookings (l’indicateur qui tient lieu de chiffre d’affaires hors éléments différés dans l’industrie du jeu vidéo) de 1,5 milliard d’euros pour l’exercice en cours, et une révision de 330 millions d’euros de ses perspectives de marge brute.
« Le recentrage du portefeuille aura un impact significatif sur la trajectoire financière à court terme du Groupe, notamment sur les exercices 2026 et 2027, mais cette refonte renforcera Ubisoft et lui permettra de renouer avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste. Ubisoft entre dans une nouvelle phase, conçue pour reconquérir son leadership créatif et créer de la valeur durable pour les joueurs et les parties prenantes », résume l’éditeur.
Grève en vue chez les salariés
En attendant de connaître l’impact précis de ces mesures, la section Ubisoft Paris de Solidaires Informatique a immédiatement appelé les salariés du groupe à un débrayage jeudi matin, dénonçant des annonces « catastrophiques ».
Elle revendique l’arrêt du plan de restructuration, l’extension des conditions de télétravail et des augmentations « décentes » pour l’année en cours. « Ceci est une première réponse à l’absurdité des décisions managériale. D’autres mouvements de grève sont actuellement discutés. Il est hors de question de laisser un patron en roue libre démolir nos conditions de travail. Peut être faut il lui rappeler que ce sont ses salarié-es qui font les jeux ».
Tract de Solidaires Informatiques diffusé mercredi 21 janvier au soir sur Blueksy
« En 2017, quand j’ai intégré le parquet cyber, on n’était que deux », explique Johanna Brousse aux Échos, qui précise qu’elle « a tout appris sur le tas », précise Les Échos.
Âgée de 40 ans seulement, cette vice-procureure est la cheffe de « J3 », la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, désormais composée de six magistrats, trois assistants spécialisés et quatre greffiers/directeurs de greffe.
Si la section J3 gère toutes les cyberattaques parisiennes, elle ne traite que les plus sévères au niveau national, à savoir celles portant atteinte aux intérêts de la nation (espionnage, sabotage, ingérences étrangères) et tous les dossiers par rançongiciels. Soit « 2 437 affaires en cours, en octobre ».
« L’équipe n’est pas assez nombreuse au regard de la menace », déplore aux Échos Sébastien Garnault, fondateur de CyberTaskForce : « Six magistrats face à une cybercriminalité dont on estime le coût au niveau français autour de 100 milliards ! Les mafias ont fait leur révolution numérique et les moyens n’ont pas suivi ».
« La délinquance classique se digitalise et la cybercriminalité n’est pas l’apanage des hackers », souligne Johanna Brousse : « On a vu des informaticiens être recrutés dans des prisons et même sur Leboncoin, avec une annonce d’embauche à 1 million d’euros ! ».
Si les enquêtes sont rarement franco-françaises, elle tempère les déclarations à charge de Donald Trump contre les réglementations européennes : « la coopération avec la justice des États-Unis dépasse les querelles géopolitiques ». Quand les pays ne coopèrent pas, « on attend que les criminels bougent », sourit-elle.