Fin novembre, la Commission européenne recevait une notification d’Apple expliquant que « ses services Apple Ads et Apple Maps ont atteint les seuils du Digital Markets Act (DMA) ». Sans surprise, Apple était contre le fait de désigner officiellement ses deux services comme des gatekeepers. L’Europe avait alors 45 jours pour se décider.
Les arguments ont visiblement fait mouche puisque la Commission vient d’annoncer que Ads et Maps « ne devaient pas être désignés en vertu de la législation sur les marchés numériques. Un argument retenu par l’Europe est qu’« aucun de ces services ne constitue un point d’accès important permettant aux entreprises utilisatrices d’atteindre les utilisateurs finaux ».
La Commission prend notamment en compte le fait « qu’Apple Maps a un taux d’utilisation global relativement faible dans l’UE et qu’Apple Ads a une échelle très limitée dans le secteur de la publicité en ligne dans l’UE ».
Apple se félicite évidemment de cette décision : « Ces services font face à une concurrence importante en Europe, et nous sommes heureux que la Commission ait reconnu qu’ils ne remplissent pas les critères de désignation prévus par la loi sur les marchés numériques », explique-t-elle à Reuters.
Côté publicité, Google, Amazon et Meta sont désignés comme gatekeepers, comme Google Maps sur les services. Apple reste soumis au DMA pour ses services App Store, iOS et iPadOS, ainsi que Safari. La liste complète des gatekeepers se trouve par ici.
Publié jeudi 4 février sur un site usurpant l’apparence de France Soir, un article affirmait révéler une correspondance compromettante pour Emmanuel Macron au sein des millions de documents de l’affaire Epstein. Le gouvernement a rapidement dénoncé une fake news qu’il attribue, via son compte French Response, à une tentative d’ingérence russe.
S’il y a bien des mentions du président de la République française dans les millions de documents qui constituent les fameux Epstein files (environ 200), celles-ci ne revêtent, d’après nos constatations, aucun caractère compromettant. Elles ne témoignent d’ailleurs d’aucune correspondance directe entre Emmanuel Macron et le pédocriminel mort dans sa cellule en 2019.
Un faux France Soir clame révéler un scandale sexuel
Un article aux accents nettement plus scandaleux a toutefois fait surface, jeudi 4 février. Publié sur un site baptisé France Soir, il affirmait, avec des visuels, qu’Emmanuel Macron était évoqué dans une correspondance de mai 2017 entre Jeffrey Epstein et l’ancien agent de mannequins français Jean-Luc Brunel, lui aussi retrouvé mort dans sa cellule en 2022. Captures d’écran à l’appui, les propos rapportés laissaient entendre que le président allait organiser une soirée avenue Foch (adresse de l’appartement parisien d’Epstein), et qu’il fallait amener de jeunes garçons…
Le site, faussement baptisé France Soir, s’appuie sur des fichiers qui n’existent pas au sein des Epstein Files pour étayer son propos – capture d’écran Next
Problème : comme l’a signalé vendredi matin le site Les Surligneurs, les fichiers PDF dont auraient été extraits cette soi-disant conversation n’existent pas sur le dépôt dédié à l’affaire Epstein du ministère de la Justice américain. Le site en question (voir archive) se présente par ailleurs sous le nom France Soir, mais contrefait l’image et le nom de domaine de l’ancien quotidien français (qui n’est plus aujourd’hui reconnu comme un titre de presse).
Le « vrai » France Soir a d’ailleurs lui-même dénoncé ce parasitisme dès jeudi sur X, et s’est félicité, vendredi matin vers 4 heures, d’avoir obtenu la suspension du site en question, qui exploitait le nom de domaine france-soir.net.
French Response attribue la fake news à la Russie
Le Quai d’Orsay a lui aussi réagi sans tarder, par l’intermédiaire du compte French Response, que la diplomatie française exploite, sur X, pour essayer de dénoncer ou de désamorcer les opérations d’influence. Jeudi vers 15 heures, il a ainsi commenté le message d’une certaine Loetitia Halàsz, qui se présente comme une Hongroise, et relayait l’article du faux France Soir, accompagné d’une vidéo en résumant les soi-disant révélations. « Il s’est avéré que Macron était un invité fréquent de la résidence d’Epstein à Paris, 22 avenue Foch. », attaquait le compte Loetitia Halàsz.
« Il s’est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux. Il s’est avéré que l’IA les met en images. Il s’est avéré que l’article de France Soir n’existe pas. Il s’est avéré que des réseaux russes amplifient direct », a pour sa part retweeté French Response.
D’après BFM, une source gouvernementale aurait rapproché cette action du mode opératoire informationnel (MOI) du groupe russe ou pro-russe Storm1516, dont les actions avaient été expliquées et dénoncées en détail par Viginum, le service dédié à la lutte contre la désinformation du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Ce dernier indiquait à l’époque avoir recensé 77 opérations informationnelles visant la France entre le mois d’août 2023 et le 5 mars 2025.
Le calendrier décrit risque d’être perçu comme un facteur aggravant par les utilisateurs concernés. La plateforme de newsletters Substack a alerté cette semaine certains de ses utilisateurs au sujet d’une intrusion découverte dans son système informatique le 3 février. Cet accès non autorisé serait survenu en octobre dernier.
« Le 3 février, nous avons identifié une faille dans nos systèmes qui a permis à un tiers non autorisé d’accéder à certaines données utilisateur sans autorisation, notamment les adresses e-mail, les numéros de téléphone et d’autres métadonnées internes », décrit Chris Best, CEO de Substack dans ce courrier reproduit par plusieurs utilisateurs.
Capture d’écran de la page d’accueil de Substack
« Nous avons corrigé la faille de sécurité qui a permis cet incident. Nous menons une enquête approfondie et prenons des mesures pour améliorer nos systèmes et procédures afin d’éviter que ce type de problème ne se reproduise », promet-il encore, tout en présentant ses excuses aux concernés. Il assure par ailleurs qu’aucune donnée de paiement ou élément financier n’a été exfiltré de la plateforme.
Substack joue en effet un rôle important dans la fameuse « creator’s economy », en offrant aux créateurs et créatrices la possibilité de commercialiser directement leurs contenus auprès de leur audience via une logique d’abonnement. « Aujourd’hui, le réseau d’abonnements de Substack compte plus de 50 millions d’abonnements actifs, dont 5 millions d’abonnements payants à l’échelle mondiale », revendique l’entreprise, un temps critiquée pour son laxisme en matière de modération.
Reste à connaître la portée exacte de la fuite de données. La coïncidence pourrait n’être que fortuite mais une annonce proposant à la vente un fichier de près de 700 000 lignes, soi-disant extraits des systèmes de Substack, a été mise en ligne le 2 février dernier sur un forum spécialisé.