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En Russie, même les pro-Kremlin ont du mal à comprendre le blocage de WhatsApp et Telegram

12 février 2026 à 11:55
Seuls les morts ont vu la fin de la guerre
En Russie, même les pro-Kremlin ont du mal à comprendre le blocage de WhatsApp et Telegram

Roskomnadzor, l’agence russe des télécommunications, a annoncé la mise en place de nouvelles restrictions d’accès aux messageries WhatsApp et surtout Telegram. Fait rare, ces nouvelles velléités de blocage entrainent des protestations publiques d’une partie de la classe politique, au nom des soldats engagés sur le front ukrainien.

Moscou serre la vis sur les messageries qui échappent à son contrôle direct. Roskomnadzor, l’agence nationale en charge des télécoms, a annoncé mardi que le pays allait progressivement limiter l’accès à la célèbre messagerie Telegram. « La loi russe continue de ne pas être appliquée (…), aucune mesure réelle n’est appliquée pour lutter contre l’escroquerie et l’utilisation de la messagerie à des fins criminelles et terroristes », a justifié le régulateur dans un message transmis aux agences de presse russes, relayé et traduit par l’AFP.

Roskomnadzor n’en est pas à son coup d’essai en la matière. L’agence russe a déjà à de nombreuses reprises volontairement ralenti ou dégradé l’accès à des services ou applications édités par des entreprises étrangères, invoquant à chaque fois des ingérences dans l’application souveraine de la politique nationale sur Internet.

« Nous sommes tout à fait disposés à collaborer avec toutes les ressources Internet, nationales et étrangères. Mais à une condition très simple : le respect de la Russie et de ses citoyens, ainsi que la conformité aux lois de la Fédération de Russie », indique encore l’agence, reprenant des arguments déjà employés par le passé à l’encontre de Google, de X ou de WhatsApp.

Un tour de vis supplémentaire sur Telegram, puis WhatsApp

En août dernier, Roskomnadzor avait déjà annoncé des restrictions visant Telegram et WhatsApp, fondées sur les mêmes accusations de permissivité vis-à-vis des activités criminelles.

À l’époque, la mesure avait été interprétée comme la réponse à deux objectifs. D’abord, réduire l’influence des entreprises de la tech occidentale sur la population russe, à plus forte raison dans le contexte de la guerre avec l’Ukraine. Ensuite, limiter les alternatives disponibles à Max, la nouvelle plateforme de messagerie opérée sous contrôle de l’administration russe.

Roskomnadzor a, dans les mois qui suivent, régulièrement perturbé le fonctionnement de WhatsApp, ce qui a conduit Meta à réagir publiquement, mais sans aller jusqu’au blocage complet. La question d’une interdiction pure et simple semblait encore écartée lors des discussions à la Douma (le parlement russe) en janvier, rapporte le média privé RBC.

La donne semble cependant avoir changé cette semaine. Les nouvelles restrictions visant Telegram ont commencé à se faire sentir à partir du 9 février, soit la veille de l’annonce faite par Roskomnadzor, ce que confirme le relevé des signalements sur la version russophone de Downdetector.

Mercredi après-midi, c’est l’accès à WhatsApp qui aurait soudainement été coupé pour des millions d’utilisateurs d’après les déclarations faites par un porte-parole de Meta :

« Aujourd’hui, le gouvernement russe a tenté de bloquer totalement WhatsApp afin d’inciter les utilisateurs à se tourner vers une application de surveillance d’État. Tenter d’isoler plus de 100 millions de personnes de toute communication privée et sécurisée constitue un recul et ne peut qu’accroître l’insécurité des citoyens russes. »

WhatsApp a relayé son message en anglais et en russe via son compte X – capture d’écran Next

Pavel Durov réagit publiquement

Pavel Durov, fondateur et CEO de Telegram, avait déjà réagi à ces restrictions. « La Russie restreint l’accès à Telegram pour contraindre ses citoyens à utiliser une application d’État conçue pour la surveillance et la censure politique. Cette mesure autoritaire ne nous fera pas changer d’avis. Telegram défend la liberté et la vie privée, quelles que soient les pressions. », a publié l’intéressé mardi, toujours sur X. Avant de rappeler que l’Iran avait déjà essayé, sans succès, d’imposer ses vues sur le fonctionnement des messageries mobiles.

« Il y a huit ans, l’Iran a tenté la même stratégie, sans succès. Sous de faux prétextes, le pays a interdit Telegram, cherchant à imposer une alternative d’État. Malgré cette interdiction, la plupart des Iraniens continuent d’utiliser Telegram (contournant ainsi la censure) et le préfèrent aux applications surveillées. La liberté triomphe. »

Durov a multiplié ces derniers mois les sorties publiques à l’encontre des velléités de contrôle étatiques. Particulièrement échaudé contre la France suite à son arrestation très médiatisée à l’aéroport du Bourget en août 2024, suivie d’une interdiction de voyager finalement levée en novembre dernier, il s’en est pris le 4 février dernier au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dont le gouvernement venait d’annoncer son intention d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans.

YouTube également limité, un blocage DNS en cause ?

Sur les réseaux sociaux circulent des captures d’écran qui laissent supposer un blocage réalisé à l’échelle des DNS nationaux russes, administrés par Roskomnadzor. Une hypothèse également accréditée par certains médias russes, selon qui les domaines whatsapp.com et web.whatsapp.com auraient été retirés du registre national.

Le blocage DNS concernerait YouTube et WhatsApp – crédit Habr

Bien que le blocage DNS de services occidentaux ne soit pas précisément une première en Russie, cette mesure constitue une inflexion dans la stratégie de Roskomnadzor, remarque un contributeur du site russe Habr. Lors de ses différentes offensives contre les services étrangers, l’agence russe cherche en effet généralement à perturber l’accès, c’est-à-dire à en dégrader la qualité de service sans totalement l’interrompre, de façon peut-être à installer l’idée que WhatsApp, Telegram ou Signal ne fonctionne plus bien, et qu’il est donc temps de se tourner vers une autre messagerie.

D’après les ONG et observateurs internationaux, l’agence russe exploite une technologie baptisée Technical Means of Counteracting Threats (TPSU) pour contrôler les échanges à l’échelle du pays. Basée sur l’inspection de paquets (via analyse des entêtes par exemple), c’est elle qui permettrait de brouiller une partie des flux sans totalement interrompre le service visé. Problème : son déploiement à l’échelle de la population russe sur plusieurs services aussi populaires représenterait une charge, technique ou financière, difficile à assumer, et c’est ce qui pourrait avoir poussé Roskomnadzor à basculer vers un blocage DNS, plus radical mais également plus facile à contourner (au moyen d’un VPN par exemple).

Les restrictions font des mécontents

Quelle que soit la méthode mise en œuvre, la décision ne fait pas l’unanimité dans le pays, où plusieurs voix s’élèvent pour souligner que Telegram et WhatsApp sont les outils du quotidien de nombreux Russes.

Le Guardian remarque que la grogne se manifeste notamment dans les boucles de discussion consacrées au suivi de la guerre en Ukraine, dont les participants sont pourtant plutôt favorables à l’offensive décidée par Moscou. Plusieurs engagés interpellent directement le gouvernement, en faisant remarquer que Telegram est parfois l’unique canal reliant le front aux autorités militaires, mais aussi aux proches.

« Telegram demeure quasiment le seul moyen de communication au sein des unités de combat actives et contribue à la coordination des groupes de tir mobiles inter-agences », illustre par exemple un post de la chaîne Dva Maïora (Два майора), au milieu de messages d’apaisement soulignant que tout de même, Telegram devrait respecter la loi.

L’une des charges les plus virulentes est à mettre au crédit de Sergei Mironov, député russe du parti Russie juste (considéré comme faisant partie de l’opposition systémique). Mercredi, il s’est insurgé, lors d’une allocution à la Douma.

« Qui ralentit Telegram ? Allez voir sur le front, c’est la seule façon pour les gens de communiquer avec leurs proches. Qu’est-ce que vous faites, bande d’idiots ? Je dis les choses comme elles sont. Crétins ! Que chacun choisisse le moyen qui lui convient de communiquer. »

Le journaliste Vladimir Solovyov, considéré comme l’une des voix officieuses du Kremlin, semble lui aussi regretter cette décision, du moins si l’on en croit la traduction de son émission réalisée par le compte Russian Media Monitor sur YouTube.

S’il se dit partisan et respectueux de la messagerie nationale Max, il déplore les limites de cette dernière, pointant par exemple du doigt l’absence de conversation vidéo. Il affirme par ailleurs que Max compterait quelque 410 000 utilisateurs enregistrés, là où Telegram compterait 60 millions d’adeptes, et WhatsApp aux alentours de 100 millions… sans parler bien sûr de l’audience réalisée en dehors des frontières russes.

« Le système d’information russe se replie de plus en plus sur lui-même et il est peu probable qu’il ait un quelconque impact à l’étranger », font remarquer les auteurs de Dva Maïora. C’est peut-être ce dernier point qui conduira le Kremlin à réviser ses positions : comme l’ont démontré les jeux d’influence d’un Pavel Durov ou les sordides desseins d’un Terrorgram, les chaînes Telegram peuvent jouer un rôle significatif dans la guerre informationnelle engagée par la Russie à l’égard de nombreux pays, dont la France.

☕️ Apple publie iOS 26.3, qui facilite la migration vers Android

12 février 2026 à 08:04

Apple a mis en ligne lundi soir iOS 26.3, qui prend la forme d’une mouture intermédiaire de son système d’exploitation (OS) mobile, avant le nouveau Siri attendu dans quelques semaines au sein d’iOS 26.4. Cette version iOS 26.3 ne fait pas l’objet de notes de version détaillées, mais elle introduit tout de même quelques nouveautés.

Elle inaugure par exemple une nouvelle option de transfert simplifié des données (contacts, messages, notes, photos etc.) en direction d’un smartphone Android. L’arrivée de cette fonctionnalité était pressentie depuis l’automne dernier, date de la publication, par Apple, d’un framework dédié baptisé AppMigrationKit, qui permet aux développeurs d’application de gérer la migration des données utilisateur. Cette possibilité de transfert s’étend également aux cartes e-SIM.

DMA oblige, Apple cède par ailleurs avec iOS 26.3 sur l’une des exigences formulées par la Commission européenne : l’ouverture des notifications aux montres ou bracelets connectés autres que l’Apple Watch, via une option baptisée Transfert des notifications. La fonction de détection automatique, qui permet d’appairer simplement une Apple Watch ou des écouteurs AirPods en les approchant de l’iPhone, s’ouvre elle aussi aux fabricants tiers. Ces deux nouveautés ne concernent en revanche que les utilisateurs européens.

iOS 26.3 simplifie le transfert des données vers Android – capture d’écran Next

Outre de nouveaux fonds d’écran météo, et la traditionnelle panoplie (non détaillée) de correctifs de sécurité, iOS 26.3 introduit une option supplémentaire en matière de protection de la vie privée : la limitation de la précision avec laquelle le smartphone peut être géolocalisé au travers de sa connexion aux réseaux mobiles.

Cette fonctionnalité, qui fait l’objet d’une notice dédiée, exige un iPhone ou un iPad Pro cellulaire équipé d’un modem Apple C1 (iPhone Air, iPhone 16e ou iPad Pro M5) et n’est prise en charge que chez quelques opérateurs : Deutsche Telekom en Allemagne, EE et BT au Royaume-Uni, Boost Mobile aux États-Unis et AIS ou True en Thaïlande.

iOS 26.3 est accessible aux iPhone 11 et modèles ultérieurs. Apple a par ailleurs publié lundi la mise à jour 26.3 de ses autres systèmes d’exploitation, dont macOS 26.3.

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