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Meta prévoit toujours d’intégrer la reconnaissance faciale à ses lunettes connectées

13 février 2026 à 16:23
« Les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion »
Meta prévoit toujours d’intégrer la reconnaissance faciale à ses lunettes connectées

Meta travaille toujours à une fonctionnalité de reconnaissance faciale dédiée à ses lunettes connectées. Baptisée « Name Tag », elle mettrait à profit les algorithmes de Meta IA pour identifier automatiquement les gens regardés par le porteur. Un document interne révèle que le groupe s’est posé la question de lancer cette fonctionnalité dans une période d’actualité troublée, pour limiter les risques d’oppositions…

Meta et Facebook ont-ils vraiment tourné un jour la page de la reconnaissance faciale ? Abandonnée officiellement fin 2021, les algorithmes dédiés ont fait leur retour par la petite porte sur Facebook en 2024, en se limitant à de la détection de fraude publicitaire ou à la récupération de comptes compromis.

Le sujet a tout de même continué à faire son chemin au sein des Reality Labs, la division de Meta qui planche sur les applications de réalité virtuelle ou augmentée et développe les équipements matériels associés, à commencer par les fameuses lunettes Ray-Ban Meta.

Mieux vaut lancer une fonction controversée en période de troubles

Le New York Times a en effet révélé vendredi l’existence d’un mémo interne à Meta, daté de 2025, qui interroge l’opportunité du lancement d’une fonction de reconnaissance faciale sur les lunettes connectées Meta. La fonction – nom de code baptisée Name Tag – aurait pour objet de permettre la détection automatique des personnes entrant dans le champ de vision du porteur.

Ce document interne émanant des Reality Labs témoigne d’un certain cynisme dans l’étude du calendrier de déploiement : « Nous procéderons au lancement au cours d’une période de contexte politique dynamique, pendant laquelle les divers groupes de la société civile susceptibles de nous attaquer auront concentré leurs ressources sur d’autres préoccupations ».

La récente volte-face d’Amazon sur l’utilisation des caméras Ring à des fins de détection à grande échelle illustre, s’il en était besoin, à quel point la reconnaissance faciale crispe les défenseurs de la vie privée, à plus forte raison quand elle est mise en œuvre sur un dispositif aussi discret qu’une paire de lunettes.

Le sujet s’est d’ailleurs récemment invité dans l’actualité politique aux États-Unis. Plusieurs médias ont révélé, fin 2025, que le Service de l’immigration et des douanes (le désormais tristement célèbre ICE) utilisait une application de reconnaissance faciale pour vérifier l’identité des personnes que ses agents contrôlaient dans la rue.

Un argument commercial

Du côté de Meta, les motivations seraient plutôt d’ordre commercial. D’après des personnes proches du dossier citées par le New York Times, Mark Zuckerberg chercherait principalement à développer et implémenter des fonctionnalités capables de faire la différence par rapport aux solutions concurrentes. Outre les lunettes Spectacles de Snap, la rumeur prête en effet à OpenAI et probablement d’autres acteurs l’intention d’investir le terrain des « appareils IA » à porter sur soi, et Meta chercherait donc à garder une longueur d’avance.

Dans ce contexte, le fonctionnement de la reconnaissance faciale serait encadré, pour se limiter par exemple aux personnes avec qui le porteur est déjà en relation sur Facebook, ou pourquoi pas aux utilisateurs qui disposent d’un profil public sur Instagram. Interrogé par le quotidien, Meta a botté en touche, se contentant d’affirmer que le groupe adopterait « une approche réfléchie avant de lancer quoi que ce soit ».

Une chose semble sure : la réflexion est déjà bien engagée, et ne date pas d’hier. Les nouvelles informations du New York Times corroborent en effet celles de The Information, qui indiquait déjà en mai 2025 avoir eu vent de projets en cours au sein des Reality Labs.

Hasard du calendrier, l’information filtre alors qu’EssilorLuxottica, le grand partenaire de Meta autour des lunettes connectées, vient de publier ses résultats financiers, qui témoignent d’une croissance à deux chiffres sur l’année 2025. Une première dans l’histoire du groupe constitué en 2018, s’est félicité jeudi la direction du lunetier qui attribue une partie de son succès aux lunettes Ray-ban Meta. Il indique en effet avoir vendu 7 millions de paires connectées en 2025, contre 2 millions en 2024, et vise une capacité de production de 10 millions de paires par an d’ici à 2026, à la fois pour Ray-Ban Meta mais aussi pour Nuance Audio, ses lunettes dédiées aux malentendants.

Le procès de l’addiction aux réseaux sociaux débute en Californie

13 février 2026 à 12:21
16 heures par jour sur Instagram, de l'addiction ?
Le procès de l’addiction aux réseaux sociaux débute en Californie

Auditionné devant un grand jury chargé d’arbitrer si les réseaux sociaux encouragent sciemment leurs utilisateurs à une consommation excessive, le patron d’Instagram a estimé que ces usages irraisonnés pouvaient se révéler problématiques, mais ne relevaient pas d’une addiction au sens clinique du terme. Y compris dans le cas emblématique de Kaley, une plaignante âgée de 20 ans, capable de passer 16 heures en une journée sur son application.

La cour supérieure de justice de Los Angeles a débuté cette semaine l’examen de l’affaire qui oppose Kaley G. M., une jeune fille de 20 ans accompagnée par sa mère, aux principales grandes plateformes du marché. Elle accuse Meta, Google, Snap et TikTok d’avoir sciemment développé et entretenu des mécaniques visant à encourager une consommation effrénée de leurs différents réseaux sociaux, et soutient que l’addiction qui en découle est la cause de ses troubles psychiatriques et physiologiques : anxiété, dépression, dysmorphophobie, etc.

Une affaire qui devrait faire des vagues

Si les débats, programmés pour une durée de six semaines face à un jury populaire, s’annoncent particulièrement retentissants, c’est notamment parce que Adam Mosseri, patron d’Instagram, Mark Zuckerberg, CEO de Meta et Neal Mohan, en charge de YouTube chez Alphabet, sont attendus à la barre. Or les avocats de YouTube et de Meta ont déjà annoncé, au cours de leur déclaration liminaire, qu’ils s’attacheraient à démontrer que les troubles cliniques de la jeune fille découlent de ses antécédents et de facteurs sociaux, notamment familiaux.

Mark Lanier, l’avocat qui défend la plaignante, affirme quant à lui vouloir démontrer que les réseaux sociaux provoquent et entretiennent l’addiction chez les jeunes publics, et cette démarche volontaire s’incarne selon lui dans le swipe, ce geste qui consiste à balayer l’écran pour passer, sans fin, d’une publication à l’autre. Dans sa propre déclaration liminaire, il compare cette mécanique à celle du jeu d’argent. « Pour une enfant comme Kaley, ce geste est comparable à celui de manipuler une machine à sous. Mais à chaque fois qu’elle utilise son appareil, ce n’est pas pour gagner de l’argent, mais pour se stimuler mentalement ».

Également mis en cause, Snap et TikTok ont préféré négocier un accord confidentiel avec la partie plaignante. Meta et Google semblent quant à eux décidés à aller à l’affrontement, ce qui signifie que les deux entreprises espèrent une jurisprudence. D’après CNN, l’issue du « procès KGM » pourrait ainsi avoir une influence sur quelque 1 500 poursuites engagées aux États-Unis contre les plateformes sociales !

Outre les plaintes de particuliers, Meta fait pour mémoire l’objet de poursuites engagées par 41 États américains en 2023 suite aux révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen qui dénonçait précisément, deux ans plus tôt, les pratiques problématiques du groupe en matière d’entretien de l’addiction des jeunes publics.

Certains lanceurs d’alerte devraient justement être appelés à témoigner. La partie civile a également affirmé qu’elle produirait des emails internes à Meta et Google illustrant comment les deux entreprises faisaient du temps passé sur leurs plateformes sociales un indicateur clé de performance.

Adam Mosseri, patron d’Instagram, premier sur le grill

Mercredi, c’est donc Adam Mosseri, patron d’Instagram au sein du groupe Meta, qui a ouvert le bal des témoignages en se livrant à un délicat exercice d’équilibrisme. D’après le rapport fait par le New York Times, Mosseri a en effet admis que les réseaux sociaux pouvaient se révéler préjudiciables pour la santé mentale de jeunes publics, tout en affirmant qu’Instagram prenait toutes les mesures appropriées pour vérifier l’impact potentiel de ses nouvelles fonctionnalités avant de les déployer.

Il a dans le même temps tenu à formuler une distinction entre addiction et usage problématique, expliquant que cette qualification dépendait de la personne concernée, et non de la plateforme éditrice.

« Il est important de faire la distinction entre dépendance clinique et usage problématique, a-t-il déclaré selon la BBC. Je suis certain d’avoir déjà dit que j’étais accro à une série Netflix après l’avoir regardée en boucle très tard un soir, mais je ne pense pas que ce soit la même chose qu’une dépendance clinique ».

La partie civile a saisi la balle au bond, en demandant à Mosseri son avis sur la session la plus longue sur Instagram déclarée par la jeune fille, soit 16 heures sur une seule journée. « Cela ressemble à une utilisation problématique », a répondu l’intéressé, qui a par ailleurs affirmé ne pas avoir eu connaissance des 300 signalements pour harcèlement formulés par la plaignante.

Un filtre « chirurgie esthétique » en question

L’avocat de la jeune fille a également attaqué Mosseri sur les « filtres beauté » proposés par l’application, ces outils qui permettent de modifier certains éléments du physique de l’internaute lors d’une prise de photos. Copie de documents internes à l’appui, il a montré que Mosseri et Zuckerberg avaient en 2019 levé l’interdiction relative à un filtre mimant les effets d’une chirurgie esthétique. « On nous reprocherait à juste titre de privilégier la croissance au détriment de la responsabilité », arguait cependant Nick Clegg, ancien responsable des affaires publiques de Meta, dans ces échanges.

Le problème soulevé par ces filtres n’est pas nouveau. En 2024, TikTok a par exemple pris le parti d’interdire l’accès à certains filtres aux moins de 18 ans, en réaction à la publication d’un rapport de l’ONG britannique Internet matters, qui relevait « un consensus » parmi les adolescentes et adolescents interrogés sur le fait que « les filtres de beauté contribuent à une vision du monde déformée, dans laquelle les images améliorées deviennent la norme tandis que les présentations réalistes sont plus rares ». 


Suite à ces passes d’armes, l’avocat de Meta s’est quant à lui attaché à montrer qu’Instagram a, au cours des dernières années, déployé de nombreuses mesures et fonctionnalités visant à protéger les jeunes publics, qui disposent depuis l’an dernier d’un statut particulier au sein de l’application.

Liberté d’expression contre négligence

Le LA Times rappelle qu’en dépit des controverses régulières, les grandes plateformes sont toujours protégées par le fameux article 230 de la loi de 1996, qui les exonère de toute responsabilité quant au contenu publié par les utilisateurs, un rempart qui s’ajoute au fameux Premier amendement de la constitution garantissant la liberté d’expression. Tout l’enjeu pour les plaignants consiste, dans ce contexte, à identifier des leviers détournés, permettant par exemple d’attester une négligence ou une preuve tangible de tentative de manipulation, pour rétablir cette responsabilité.

Anthropic lève 30 milliards de dollars et se voit valorisée à 380 milliards

13 février 2026 à 08:14
Anthropic mange à tous les râteliers
Anthropic lève 30 milliards de dollars et se voit valorisée à 380 milliards

Pour son septième tour de table, Anthropic lève 30 milliards de dollars et voit sa valorisation doublée par rapport à septembre. Le père de l’IA générative Claude annonce une projection de son chiffre d’affaires annuel à 14 milliards de dollars, dont 2,5 milliards pour Claude Code.

30 milliards et les usual suspects

Six mois après son dernier tour de table (13 milliards de dollars en septembre 2025), Anthropic remet le couvert : la société éditrice des modèles Claude a annoncé le 12 février une levée de fonds en série G (c’est-à-dire son septième tour de financement après l’amorçage initial) de 30 milliards de dollars. L’opération se fait sur la base d’une valorisation d’entreprise fixée à 380 milliards de dollars, contre 183 milliards en septembre dernier.

La valeur d’Anthropic a donc plus que doublé pour la longue liste des participants à cette levée de fonds. Le tour est emmené par les fonds GIC et Coatue, avec en deuxième ligne D. E. Shaw Ventures, Dragoneer, Founders Fund, ICONIQ, et l’émirati MGX, par ailleurs impliqué dans le projet Campus IA de Fouju, en région parisienne.

Derrière ces fonds figure encore une longue liste d’investisseurs, parmi lesquels Baillie Gifford (aussi chez GraphCore), BlackRock (bien implanté dans l’IA), Blackstone (présent au Royaume-Uni avec un datacenter IA), D1 Capital Partners, Qatar Investment Authority… ainsi que les usual suspects du financement de la Silicon Valley (Sequoia Capital, Menlo Ventures, Lightspeed Venture Partners) et plusieurs grandes banques (PMorganChase et Goldman Sachs).

Le tour intègre par ailleurs une partie des financements qui avaient déjà été promis par Microsoft et NVIDIA dans le cadre de l’accord stratégique de novembre dernier.

Chiffre d’affaires annuel estimé (run-rate) : 14 milliards de dollars

Anthropic profite de cette annonce pour afficher une projection de chiffre d’affaires annuel, calculée à partir de ses rentrées d’argent actuelles, à 14 milliards de dollars, contre un peu plus d’un milliard de dollars en janvier 2025.

Anthropic revendique un run-rate revenue (projection de chiffre d’affaires basée sur ses résultats actuels) à 14 milliards de dollars annuels

L’indicateur ne tient pas compte des perspectives de croissance envisagées pour la suite (le véritable nerf de la guerre, puisque ce sont elles qui devront à terme compenser les dépenses). À défaut de valeurs absolues quant à ses clients ou son chiffre d’affaires mensualisé, Anthropic revendique un x7 en 2025 sur le nombre de clients dépensant plus de 100 000 dollars par an (valeur déjà avancée en septembre dernier lors de son précédent tour de table). Le nombre de clients consommant plus d’un million de dollars par an serait supérieur à 500.

Claude Code se présente comme l’un des contributeurs majeurs à cette dynamique : son chiffre d’affaires annuel projeté s’établirait aujourd’hui à 2,5 milliards de dollars, un montant qui aurait doublé depuis le 1ᵉʳ janvier dernier, tout comme le nombre d’utilisateurs enregistrés. Plus de la moitié de ce chiffre d’affaires émane des entreprises, indique Anthropic.

La levée de fonds alimentera les besoins en fonds de roulement de la société (et donc le développement de ses futurs modèles), ainsi que son approvisionnement en infrastructures. Sur ce point, l’entreprise dirigée par Dario Amodei prend soin de souligner qu’elle ne dépend d’aucun partenaire de façon exclusive.

« Claude demeure le seul modèle d’IA de pointe disponible pour les clients sur les trois plus grandes plateformes cloud au monde : Amazon Web Services (Bedrock), Google Cloud (Vertex AI) et Microsoft Azure (Foundry). Nous entraînons et exécutons Claude sur une gamme diversifiée de matériel d’IA (AWS Trainium, Google TPU et GPU NVIDIA), ce qui nous permet d’adapter les charges de travail aux puces les mieux adaptées. Cette diversité de plateformes se traduit par de meilleures performances et une plus grande résilience pour les entreprises clientes qui dépendent de Claude pour leurs tâches critiques. »

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