Une action policière sous pilotage conjoint d’Europol et du FBI a conduit à l’arrestation de plusieurs administrateurs du site Leakbase, ainsi qu’à la saisie des serveurs et de la base de données du forum associé, haut lieu historique du vol de données et des échanges liés à la cybercriminalité sur le Web ouvert.
Leakbase n’est plus, au moins jusqu’à ce qu’une nouvelle incarnation ne tente de prendre le relais. Le département de la Justice des États-Unis et Europol ont en effet annoncé mercredi 4 mars la conclusion d’une opération policière internationale ayant conduit à la saisie des actifs associés à ce célèbre forum anglophone dédié au piratage, au vol de données et à la cybercriminalité.
Saisie des messages, soldes de crédits, et logs IP
Baptisé « Operation Leak », ce coup de filet a mobilisé les forces de police dans 14 pays, et permis l’arrestation ou l’interrogatoire d’internautes suspectés d’avoir pris part aux activités du site aux États-Unis, en Belgique, en Espagne, en Pologne, en Roumanie, au Royaume-Uni, au Portugal ou en Australie.
Il a aussi et surtout permis de saisir deux des noms de domaine utilisés par le forum (sa dernière porte d’entrée en date exploitait le TLD du Laos), et d’y remplacer le contenu du site par une bannière d’avertissement aux couleurs des forces de police associées à la démarche.
« Tout le contenu du forum, y compris les comptes utilisateurs, les messages, les détails liés aux crédits, les messages privés et les logs IP ont été sécurisés et préservés à des fins probatoires », affirme le message en question, qui invite par ailleurs les internautes repentis ou les sources potentielles à prendre contact avec le FBI.
Les autorités ont « défacé » Leakbase avec un bandeau annonçant la saisie
D’après ce dernier, la base de données de Leakbase référençait quelque 215 000 messages et 142 000 comptes membres en décembre 2025, des chiffres cohérents avec ce qu’annonçait la page d’accueil du forum peu avant sa fermeture. Le site agrégeait surtout, d’après les autorités, « une archive immense et constamment mise à jour de bases de données piratées, comprenant de nombreuses bases de données issues d’attaques de grande envergure, et contenant des centaines de millions d’identifiants de comptes ».
Un message d’avertissement aux cybercriminels
Moins connu que Breachforums, forum gratuit où sont proposés à la vente la plupart des vols de données qui défraient la chronique en France, Leakbase adoptait un fonctionnement plus complexe, avec forum sur accès payant, et un système de crédits, gérés par l’administration du site, pour acheter le droit de consulter les données ou les outils échangés.
« Dans le cadre de l’enquête, les autorités ont saisi la base de données du forum. Cela a permis de démasquer plusieurs utilisateurs qui pensaient agir anonymement. Les forces de l’ordre ont pris contact directement avec plusieurs suspects via les mêmes plateformes en ligne utilisées pour faciliter les activités criminelles, affirme Europol, selon qui cette opération doit servir d’avertissement aux internautes enclins à franchir la ligne rouge : personne n’est véritablement invisible en ligne ».
Rappelons que les autorités ont mené entre 2023 et 2025 plusieurs coups de filet ayant conduit à l’arrestation des administrateurs de Breachforums, qui a depuis repris du service avec le succès que l’on connait.
Elles s’appellent Baby Sittor, Babysits, ou beaucoup plus généralement Leboncoin : ces plateformes permettent aux baby-sitters d’entrer en contact avec des familles qui cherchent à faire garder leurs enfants, mais elles ne protègent en rien des abus.
Alors que l’emploi de garde d’enfant est plébiscité par les étudiants (sur les 40 % de ceux qui travaillent, 18 % se tournent vers le baby-sitting), ces derniers, plus généralement des jeunes femmes, se retrouvent quelquefois en situation de vulnérabilité, notamment numérique.
Sur Babysitor et Babysits, nombreuses sont les annonces qui proposent des salaires inférieurs au smic horaire (12,02 euros bruts, 9,52 euros net), relève Le Monde. Les plateformes se placent en simple intermédiaire : il revient donc aux familles et à leurs employés de négocier les tarifs.
Flock
Sur Leboncoin, des étudiantes témoignent recevoir des propositions déplacées, « pour être escort ou faire des "massages" ». Testant le système de modération de la plateforme, Le Monde constate que Leboncoin n’a répondu à l’alerte émise qu’une fois son service de presse contacté.
Pour Mathilde Léonard, conseillère sur les questions d’enseignement supérieur à la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles, ces plateformes devraient faire plus pour protéger leurs utilisatrices des violences sexistes et sexuelles.
En dehors des plateformes qui leur permettent de trouver leurs missions, les baby-sitters se retrouvent par ailleurs confrontés à un autre type de risque numérique : la surveillance. Auprès du quotidien, une étudiante de 27 ans indique par exemple avoir reçu un texto lui demandant de ne pas utiliser un plaid qu’elle avait mis sur ses genoux. Ses employeurs avaient installé une caméra dans le salon.
FastConnect 8800 : Wi-Fi 8, Bluetooth, UWB et Thread
Qualcomm profite du MWC de Barcelone pour présenter ses nouveautés sur la connectivité. Il y a pour commencer le FastConnect 8800, un modem Wi-Fi en 4×4 capable de monter jusqu’à 11,6 Gb/s. Il prend en charge les bandes de 2,4, 5 et 6 GHz, avec des blocs de 320 MHz maximum.
La puce propose aussi du Bluetooth High Data Throughput (HDT) jusqu’à 7,5 Mb/s, de l’Ultra Wide Band (UWB) et Thread pour les objets connectés. Le FastConnect 8800 « intègre également Proximity AI, qui utilise l’UWB, le Bluetooth Channel Sounding, le Wi-Fi Ranging et d’autres technologies de détection pour un suivi précis au centimètre près ».
Tous les détails se trouvent par ici. Qualcomm propose des échantillons à ses clients, mais il faudra attendre la fin de l’année pour voir arriver les premiers produits commerciaux, précise l’entreprise.
Modem 5G X105 jusqu’à 14,8 Gb/s
Qualcomm présente aussi un nouveau modem 5G, le X105. Il succède donc au X85 annoncé en mars 2025. Le fabricant affirme que c’est le premier au monde à prendre en charge la Release 19 de la 3GPP.
La Release 18 est aussi appelée 5G Advanced ou 5,5G et c’est une « évolution majeure » de la 5G. La 19 est une version de transition qui doit « exploiter pleinement le potentiel de la 5G et faire le lien avec la 6G ». Elle propose diverses améliorations détaillées par Qualcomm dans ce document.
Revenons au modem 5G X105. Ses débits sont de 14,8 Gb/s en téléchargement et 4,2 Gb/s en upload, contre respectivement 12,5 et 3,7 Gb/s pour son prédécesseur.
Qualcomm met en avant des fonctionnalités comme le positionnement par satellites GNSS quadribande (L1, L2, L5, L6) et de la prise du NR-NTN (New Radio – Non Terrestrial Networks). L’intelligence artificielle est évidemment de la partie « pour détecter, classer et optimiser les flux de données en fonction des scénarios d’utilisation ».
Des échantillons sont en cours de qualification auprès des partenaires et les terminaux commerciaux sont attendus au second semestre de cette année. Tous les détails du X105 sont sur cette page.
Déjà accessible au travers de Visual Studio ou GitHub Codespaces, l’agent IA dédié au code d’OpenAI dispose désormais de son propre client dédié aux environnements Microsoft, via l’application Codex pour Windows. Annoncée le 4 mars, cette dernière est proposée au téléchargement par l’intermédiaire du Microsoft Store, sans alternative plus directe pour le moment.
Comme pour l’application macOS lancée début février, OpenAI promet que son client Windows couvre toute la richesse fonctionnelle de Codex avec, entre autres, la possibilité de faire tourner simultanément plusieurs tâches ou agents parallèles, la création d’environnements sécurisés et isolés les uns des autres, une gestion complète des commits, CI/CD, etc., ainsi que l’accès aux instructions, scripts et ressources censés permettre d’implémenter de façon simplifiée certaines tâches complexes, à commencer par la connexion à des services tiers via MCP (Model Context Protocol).
L’application Codex d’OpenAI est désormais disponible sur Windows – crédit OpenAI
OpenAI souligne également la présence d’une fonction d’import, pour rapatrier l’historique issu d’une précédente instance de Codex, et assure que l’outil offre une sécurité « par défaut », dans la mesure où les agents IA évoluent dans un environnement dédié (sandbox) tant que l’utilisateur ne leur a pas octroyé d’autres privilèges. La promesse ne se veut d’ailleurs pas exclusive à cette version Windows :
« L’application Codex utilise un sandboxing natif, open source et configurable au niveau système, comme dans la CLI Codex. Par défaut, les agents Codex ne peuvent modifier que les fichiers du dossier ou de la branche sur lesquels ils travaillent et utiliser une recherche web mise en cache. Ils demandent ensuite votre autorisation avant d’exécuter des commandes nécessitant des droits élevés, comme l’accès au réseau ».
Dans son rapport de transparence 2025, l’association Point de Contact pointe que les obligations légales de très grandes plateformes les poussent à réagir plus vite, en moyenne, que les autres fournisseurs de services numériques. Elle souligne par ailleurs la présence de violences à caractère sexuel dans tous les espaces numériques, contrairement à d’autres types de contenus illicites.
Nommée signaleur de confiance au sens du Règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) par l’ARCOM, l’association Point de Contact publie ce 5 mars son rapport de transparence de l’année 2025.
Parmi ses principaux constats, l’association souligne qu’au-delà des très grandes plateformes numériques (VLOP) soumises à des obligations spécifiques par le DSA, la catégorie des « fournisseurs de services intermédiaires » (d’hébergement, d’accès à Internet) est aussi largement utilisée pour la diffusion de certains types de contenus illicites. En conséquence, ils ont reçu plus des trois quarts des notifications de contenus illicites émises par l’association en 2025 (en excluant une affaire spécifique impliquant de contacter OVHcloud).
En termes de contenus, l’association constate que ceux relevant de violences sexuelles (contre personnes mineures comme majeures) sont présents dans tous les types d’espaces numériques, contrairement à d’autres contenus illicites dont la circulation est plus souvent cantonnée aux réseaux sociaux. Sur ce type spécifique de contenus, elle constate une plus grande difficulté à obtenir le retrait de contenu concernant des personnes majeures, et appelle à la mise en place de mécanismes techniques et juridiques permettant de mieux protéger les victimes.
Rapport de transparence de Point de Contact / Capture d’écran
Signaleur de confiance… auprès des très grandes plateformes
En vertu de l’article 22 du DSA, les très grandes plateformes (VLOP) doivent travailler avec les signaleurs de confiance, tels que labellisés au sein de chaque État membre de l’Union européenne. En pratique, lorsque ces derniers font remonter des alertes, les plateformes doivent les traiter en priorité. Aux côtés de Point de Contact, les autres signaleurs nommés par l’Arcom sont e-enfance, l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle, l’International Fund for Animal Welfare (IFAW), INDECOSA-CGT (Information et défense des consommateurs et salariés), Addictions France, le Crif et la Licra.
Sur l’année écoulée, Point de Contact indique avoir reçu 122 317 signalements, indifféremment d’internautes ou de partenaires, dont 36 % (45 086) ont été qualifiés d’illicites après analyse par quatre juristes de l’association. 65 % (29 640) de ces messages illicites ont conduit à des notifications aux services concernés, ce qui a conduit au retrait de 63% (28 800) de ces contenus. L’association précise que l’écart constaté entre le nombre de contenus signalés et retirés est le plus souvent dû au travail du réseau international INHOPE, qui a pu mener à des retraits avant notification par l’association française.
Si Point de Contact reçoit des notifications sur une variété de sujets, l’immense majorité (93 %) concerne la protection des mineurs. En termes de fournisseurs, la vaste majorité des alertes émises (89 %) ont été envoyées à OVHcloud. La raison, note Point de Contact, est que « l’un des sites hébergés par cette entreprise est ciblé par des réseaux pédocriminels qui profitent des services d’hébergement d’images fournis par ce site pour y télécharger et échanger des contenus d’exploitation sexuelle sur mineure ».
L’association invite donc à se concentrer sur les 11 % d’alertes restantes pour dessiner une image plus précise des actions des différents destinataires de notifications. 571 ont ainsi été soumises à des VLOP. Dans le lot, X fait figure de mauvais élève, dans la mesure où seulement un contenu sur deux, en moyenne, est retiré après notification.
Plus généralement, Point de Contact relève que les contenus de violences à caractère sexuel ne sont pas traités de la même manière par les VLOP et les fournisseurs de service d’hébergement. En l’occurrence, 86 % des notifications envoyées à de très grandes plateformes pour ce type de problématiques ont conduit à des retraits, quand seulement 60 % des notifications similaires auprès d’hébergeurs ont permis d’obtenir ce résultat.
Une partie de l’explication de ce déséquilibre est à chercher dans la réglementation européenne : le DSA prévoit en effet des niveaux de responsabilité différents selon la taille des services. La priorité qui doit être donnée aux signaleurs de confiance, par exemple, n’est imposée qu’aux VLOP. Point de Contact estime néanmoins qu’au sein d’une même catégorie d’acteurs (VLOP, autres plateformes en ligne, fournisseurs de services intermédiaires), l’application du DSA reste hétérogène, que ce soit du point de vue de la rapidité de traitement, de celle de la coopération avec le signaleur ou même de motivation des décisions finalement prises.
Violences à caractère sexuel dans tous les espaces numériques
Si les discours de haine et contenus terroristes ou négationnistes sont principalement cantonnés aux réseaux sociaux, Point de Contact constate que les violences à caractère sexuel se retrouvent dans tous les espaces numériques.
Dans cette catégorie, la diffusion non consentie d’image à caractère sexuel fait par ailleurs face à une difficulté particulière : quand bien même leur diffusion, voire leur fabrication, ne serait pas consentie par les personnes concernées, lorsque ces dernières sont adultes, les contenus sont rarement considérés comme « manifestement illicite » par les interlocuteurs de Point de Contact.
Rapport de transparence de Point de Contact / Capture d’écran
En 2024, la sociologue Elisa Garcia Mingo résumait ce problème auprès de Next en déclarant : « On manque d’une culture du consentement ». Concrètement, la sous-considération de la dangerosité de ce type de contenu entraîne des temps de traitement plus longs, alors même que la persistance de ces contenus en ligne crée des préjudices aux victimes.
En 2025, un sondage d’Ipsos pour Féministes contre le Cyberharcèlement, Point de Contact et StopFisha constatait que plus d’une victime de cyberharcèlement sur quatre avait subi la diffusion non consentie de contenus sexuels ou intimes. Seulement 12 % des victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles interrogées déclaraient avoir porté plainte.
Quatre ans plus tôt, un autre sondage pour Féministes contre le cyberharcèlement constatait que près de la moitié des victimes de cyberharcèlement subissait des symptômes dépressifs, pas loin d’une sur cinq des idées suicidaires.
Pour les images non consenties à caractère sexuel impliquant des adultes, Point de Contact plaide donc pour la mise en place de solutions spécifiques, dont « des obligations renforcées de retrait rapide, des mesures d’atténuation des risques de rediffusion » et des « mécanismes judiciaires accessibles aux victimes, adaptés aux dynamiques propres à l’espace numérique ».
Elle suggère notamment l’introduction de « dispositifs temporaires de restriction d’accès ou de suspension conservatoire du contenu », afin de « réduire l’exposition aux contenus les plus préjudiciables tout en préservant l’équilibre entre protection des victimes, liberté d’expression et sécurité juridique des plateformes ».
Point de Contact relève par ailleurs une généralisation des cas de diffusion d’informations personnelles. En 2025, elle indique avoir dû signaler cent cas différents à des services numériques.