↩ Accueil

Vue normale

Iran : les mollahs étendent la répression aux réformateurs sur fond de tension avec les États-Unis

9 février 2026 à 16:08

Les forces de sécurité iraniennes ont lancé ce lundi 9 février une campagne d’arrestations visant des figures du mouvement réformateur, rapporte l’agence de presse AP. Cette opération marque un nouvel élargissement de la répression. Elle intervient après l’écrasement sanguinaire de manifestations nationales en janvier, qui ont fait au moins 7 000 de morts (jusqu’à 20 000 selon le rapporteur spécial de l’ONU) et conduit à l’arrestation de plus de 50 000 personnes.

La militante et lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, qui est elle déjà incarcérée mais ne fait pas partie du mouvement réformateur, a aussi reçu une nouvelle condamnation de plus de sept ans de prison, selon AP. Cette décision illustre la volonté des autorités de réduire au silence toute voix critique à l’encontre de la répression sanglante menée par la théocratie iranienne, alors que l’Iran se prépare à de nouvelles discussions nucléaires avec les États-Unis dans un climat tendu : Donald Trump a répété récemment qu’il pourrait lancer une nouvelle attaque contre l’Iran si aucun accord n’était trouvé.

Les réformateurs dans le viseur du pouvoir

Au moins quatre membres du mouvement réformateur ont été arrêtés par le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), selon ses responsables. A commencer par Azar Mansouri, la Dirigeante du Front des réformateurs iraniens qui regroupe plusieurs courants politiques et a joué un rôle clé dans l’élection du président Masoud Pezeshkian, toujours en poste malgré son influence limitée face au guide suprême. Selon le journal Al Jazeera, Javad Emam, porte-parole du Front des réformateurs, a également été arrêté à son domicile, ainsi que Mohsen Aminzadeh, ancien diplomate ayant servi sous le président réformateur Mohammad Khatami. Ebrahim Asgharzadeh aussi : il s’était fait connaître en dirigeant les étudiants ayant pris d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, à l’origine de la crise des otages de 444 jours.

Selon l’agence officielle du régime IRNA, le parquet de Téhéran a confirmé l’arrestation de quatre personnes. Les autorités les accusent d’avoir "organisé et dirigé des activités visant à perturber la situation politique et sociale du pays dans un contexte de menaces militaires de la part des États-Unis et du régime sioniste". Selon des médias locaux, ils sont accusés d’avoir travaillé "au bénéfice" des États‑Unis et d’Israël en coordonnant notamment la propagande ennemie. Plusieurs autres dirigeants réformistes ont été convoqués.

En sous-texte, ces arrestation seraient liées à une déclaration publiée en janvier. Dans ce texte, certains des réformateurs appelaient publiquement le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, à démissionner, et proposaient la mise en place d’un conseil de transition. Ce n’était néanmoins pas le cas de la dirigeante du mouvement Azar Mansouri, selon le journal britannique The Guardian. Pour l’analyste de l’International Crisis Group Ali Vaez, qui s’exprime auprès de AP, "après avoir réduit les rues au silence par une cruauté exemplaire, le régime a déplacé son attention vers l’intérieur, fixant désormais son regard sur son opposition loyale".

Négociations nucléaires sous pression militaire

Sur le plan international, l’Iran et les États-Unis ont tenu de nouveaux pourparlers nucléaires la semaine dernière à Oman. Mais ce dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré, lors d’un sommet à Téhéran, que l’Iran maintiendrait sa capacité à enrichir de l’uranium. C’est cette position qui reste un point majeur de désaccord avec le président américain Donald Trump, qui a fait bombarder en juin trois sites nucléaires iraniens, durant la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël.

Ces derniers jours, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient en déployant le porte-avions USS Abraham Lincoln, ainsi que des navires et des avions de combat. Une démonstration de force qui vise à augmenter la pression sur l’Iran et à disposer des capacités militaires nécessaires en cas de décision de frappe. Parallèlement, l’Iran a averti lundi qu’il procéderait à des tirs de "roquettes" de lundi à mardi au-dessus de la province de Semnan, où se situe le port spatial Imam Khomeini.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou doit se rendre à Washington ce 9 février pour convaincre les États-Unis d’inclure dans les négociations avec l’Iran l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, la fin du programme de missiles et la cessation du soutien iranien à ses alliés régionaux.

© via REUTERS

Iran : les mollahs étendent la répression aux réformateurs sur fond de tension avec les États-Unis

9 février 2026 à 16:08

Les forces de sécurité iraniennes ont lancé ce lundi 9 février une campagne d’arrestations visant des figures du mouvement réformateur, rapporte l’agence de presse AP. Cette opération marque un nouvel élargissement de la répression. Elle intervient après l’écrasement sanguinaire de manifestations nationales en janvier, qui ont fait au moins 7 000 de morts (jusqu’à 20 000 selon le rapporteur spécial de l’ONU) et conduit à l’arrestation de plus de 50 000 personnes.

La militante et lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, qui est elle déjà incarcérée mais ne fait pas partie du mouvement réformateur, a aussi reçu une nouvelle condamnation de plus de sept ans de prison, selon AP. Cette décision illustre la volonté des autorités de réduire au silence toute voix critique à l’encontre de la répression sanglante menée par la théocratie iranienne, alors que l’Iran se prépare à de nouvelles discussions nucléaires avec les États-Unis dans un climat tendu : Donald Trump a répété récemment qu’il pourrait lancer une nouvelle attaque contre l’Iran si aucun accord n’était trouvé.

Les réformateurs dans le viseur du pouvoir

Au moins quatre membres du mouvement réformateur ont été arrêtés par le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), selon ses responsables. A commencer par Azar Mansouri, la Dirigeante du Front des réformateurs iraniens qui regroupe plusieurs courants politiques et a joué un rôle clé dans l’élection du président Masoud Pezeshkian, toujours en poste malgré son influence limitée face au guide suprême. Selon le journal Al Jazeera, Javad Emam, porte-parole du Front des réformateurs, a également été arrêté à son domicile, ainsi que Mohsen Aminzadeh, ancien diplomate ayant servi sous le président réformateur Mohammad Khatami. Ebrahim Asgharzadeh aussi : il s’était fait connaître en dirigeant les étudiants ayant pris d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, à l’origine de la crise des otages de 444 jours.

Selon l’agence officielle du régime IRNA, le parquet de Téhéran a confirmé l’arrestation de quatre personnes. Les autorités les accusent d’avoir "organisé et dirigé des activités visant à perturber la situation politique et sociale du pays dans un contexte de menaces militaires de la part des États-Unis et du régime sioniste". Selon des médias locaux, ils sont accusés d’avoir travaillé "au bénéfice" des États‑Unis et d’Israël en coordonnant notamment la propagande ennemie. Plusieurs autres dirigeants réformistes ont été convoqués.

En sous-texte, ces arrestation seraient liées à une déclaration publiée en janvier. Dans ce texte, certains des réformateurs appelaient publiquement le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, à démissionner, et proposaient la mise en place d’un conseil de transition. Ce n’était néanmoins pas le cas de la dirigeante du mouvement Azar Mansouri, selon le journal britannique The Guardian. Pour l’analyste de l’International Crisis Group Ali Vaez, qui s’exprime auprès de AP, "après avoir réduit les rues au silence par une cruauté exemplaire, le régime a déplacé son attention vers l’intérieur, fixant désormais son regard sur son opposition loyale".

Négociations nucléaires sous pression militaire

Sur le plan international, l’Iran et les États-Unis ont tenu de nouveaux pourparlers nucléaires la semaine dernière à Oman. Mais ce dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré, lors d’un sommet à Téhéran, que l’Iran maintiendrait sa capacité à enrichir de l’uranium. C’est cette position qui reste un point majeur de désaccord avec le président américain Donald Trump, qui a fait bombarder en juin trois sites nucléaires iraniens, durant la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël.

Ces derniers jours, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient en déployant le porte-avions USS Abraham Lincoln, ainsi que des navires et des avions de combat. Une démonstration de force qui vise à augmenter la pression sur l’Iran et à disposer des capacités militaires nécessaires en cas de décision de frappe. Parallèlement, l’Iran a averti lundi qu’il procéderait à des tirs de "roquettes" de lundi à mardi au-dessus de la province de Semnan, où se situe le port spatial Imam Khomeini.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou doit se rendre à Washington ce 9 février pour convaincre les États-Unis d’inclure dans les négociations avec l’Iran l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, la fin du programme de missiles et la cessation du soutien iranien à ses alliés régionaux.

© via REUTERS

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprime lors d'un message télévisé à Téhéran, en Iran, le 9 février 2026.

L'avion "renifleur nucléaire" américain déployé au Royaume-Uni pour surveiller l’Iran

1 février 2026 à 17:11

Les États-Unis l’ont surnommé le "renifleur nucléaire". Un avion de l’US Air Force capable de détecter des signes d’activité nucléaire s’est posé vendredi 30 janvier sur la base américaine de RAF Mildenhall, dans le Suffolk, au Royaume-Uni, selon le journal britannique The Telegraph. Le WC-135R Constant Phoenix est spécialisé dans la détection de particules radioactives dans l’atmosphère, ce qui lui permet d’identifier des traces liées à des essais ou à des incidents nucléaires.

Selon certaines spéculations, s’il venait à être déployé vers des bases américaines au Moyen-Orient, l’appareil pourrait servir à déterminer si l’Iran mène ou non des tests en vue de développer l’arme nucléaire sur son territoire — une pratique interdite par le Traité de non-prolifération de l’arme nucléaire et redoutée par plusieurs membres de la communauté internationale.

Une pression politique et militaire croissante

La présence de ce fleuron stratégique de la flotte américaine sur le sol britannique pour ce qui pourrait n'être qu'une escale intervient alors que les hypothèses d’une frappe américaine contre l’Iran se multiplient ces derniers jours, après les attaques menées en juin dernier contre des installations nucléaires iraniennes. Actuellement du matériel militaire américain continue d’être déployé au Moyen-Orient, et Donald Trump a averti mercredi que "le temps était compté" pour que Téhéran signe un nouvel accord interdisant l’arme nucléaire.

Dans le même temps, l’Union européenne a annoncé le classement des Gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste, une mesure que le Premier ministre britannique Keir Starmer refuse pour l’instant d’adopter. Le régime des mollahs a réagi en classant à son tour les armées européennes comme des groupes terroristes.

Mission de surveillance

En juin dernier, le Constant Phoenix, opéré par le 45e escadron de reconnaissance, avait déjà été déployé depuis les États-Unis vers le Moyen-Orient quelques jours avant le bombardement des sites nucléaires iraniens. L’appareil avait également fait escale au Royaume-Uni en janvier 2022, peu avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, nourrissant depuis les interprétations stratégiques autour de ses déplacements.

Les autorités de défense américaines soulignent toutefois que la présence de l’avion ne signifie pas une action militaire imminente. Placé sous mission des Nations unies, il sert à surveiller le respect des accords internationaux interdisant les essais nucléaires, avec des vols d’échantillonnage menés partout dans le monde. "Il ne cherche pas une arme, il vérifie qu’aucun essai au sol n’a lieu", a expliqué une source au Telegraph.

© REUTERS

Un avion WC-135 Constant Phoenix de l'armée de l'air américaine est ravitaillé en carburant par un avion-citerne dans une photo non datée. U.S. Air Force/Document fourni par REUTERS

Que se passe-t-il entre l’Iran et les Etats-Unis dans le Détroit d’Ormuz ? 

1 février 2026 à 15:54

À compter de ce dimanche 1er février et pour les prochains jours, le détroit d’Ormuz pourrait se transformer en théâtre des intimidations réciproques des États-Unis et de l’Iran. La situation n’est pas évidente à démêler. Vendredi dernier, le commandement miliaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé que les Gardiens de la Révolution - le groupe islamiste au pouvoir à Téhéran - allaient mener dans le détroit stratégique "un exercice naval de tir réel de deux jours". Mettant du même coup en garde contre toute "action dangereuse" à proximité des forces américaines.

Téhéran avait depuis évité tout commentaire. Mais ce dimanche, l’information a été démentie par un officiel iranien. "Il n’y a aucun plan pour que les Gardiens mènent des exercices militaires là-bas et aucun communiqué officiel n’a été publié à ce sujet. Il ne s’agit que de rapports médiatiques, qui sont erronés", a-t-il affirmé à l’agence de presse internationale Reuters.

Menace de fermeture du détroit pétrolier

Ces derniers jours, Téhéran et Washington oscillent entre apaisement et déclarations belliqueuses. En réponse aux agressions américaines, le gouvernement de Téhéran a déclaré qu'il "se défendrait et répondrait comme jamais auparavant" après que le président américain Donald Trump a menacé d'attaquer le pays s'il ne concluait pas un accord sur son programme nucléaire. Le régime des Mollah, qui avait d’abord annoncé des "progrès" dans les négociations, reste "le doigt sur la gâchette", selon les mots du chef de l’armée Amir Hatami.

Téhéran a d’ailleurs rappelé que de "nombreuses" bases américaines dans la région sont à portée de ses missiles. Et a menacé à plusieurs reprises de fermer le détroit d’Ormuz, étroit passage au débouché du golfe Persique par lequel transite un quart du pétrole maritime mondial. La menace est préoccupante : si l'Iran empêchait l'accès aux pétroliers géants qui transportent le pétrole et le gaz du Moyen-Orient vers la Chine, l'Europe, les États-Unis et d'autres grands consommateurs d'énergie, les prix du pétrole monteraient mécaniquement en flèche, déstabilisant l'économie mondiale.

Lignes rouges et escalade des tensions

Fake news ? Quoi qu'il en soit, le Centcom américain a d’ores et déjà fixé des lignes rouges via un communiqué : il ne tolérera ni le "survol de ses navires" ou de "toute installation militaire", ni "les approches de vedettes rapides", ni "le pointage d’armes sur les forces américaines". Un communiqué qui a eu le don d’échauffer encore plus Téhéran. "Opérant au large de nos côtes, l’armée américaine tente désormais de dicter la manière dont nos puissantes forces armées devraient mener des exercices de tir sur leur propre territoire", s’est insurgé sur X le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

Marked in yellow in the Western Hemisphere, you have the United States.

Several oceans away, on the other side of the planet, Iran's borders are marked in yellow.

The little circle in red is the Strait of Hormuz.

Operating off our shores, the US military is now attempting to… pic.twitter.com/3KlHdHSYHc

— Seyed Abbas Araghchi (@araghchi) January 31, 2026

Une flotte américaine de dix navires est déjà déployée, incluant le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln avec trois destroyers et des avions furtifs F-35C. Le président américain a indiqué qu’une seconde "armada" pourrait se diriger vers le détroit. L’Iran "nous parle, et nous verrons bien si nous pouvons faire quelque chose", a affirmé samedi Donald Trump sur la chaîne Fox News. Il a plusieurs fois menacé d’une intervention militaire américaine cette semaine, alors que le régime des Mollahs réprimait les manifestations dans le sang.

© EPA / Maxppp

Des navires dans le détroit d'Ormuz, le 24 juin 2025.

Donald Trump propose Kevin Warsh à la Fed : un test pour l’indépendance monétaire

1 février 2026 à 13:17

Donald Trump espère avoir enfin un allié à la tête de la Réserve fédérale américaine, plus communément appelée la "Fed". Le 30 janvier, le président américain a choisi Kevin Warsh pour diriger l’institution américaine, au terme de plusieurs mois de tractations. Ancien membre du conseil des gouverneurs de la Fed entre 2006 et 2011, le personnage est réputé pour son orthodoxie monétaire.

À 55 ans, Kevin Warsh coche toutes les cases du banquier central classique : formé à Stanford et Harvard, passé par Wall Street, il fut le plus jeune gouverneur de la Fed de son histoire. Donald Trump s’est félicité de ce parcours dans un long message sur Truth Social, soulignant notamment qu’il "a la tête de l’emploi". Profil connu et expérimenté, Warsh apparaît comme un compromis acceptable après des mois d’incertitude, ce qui explique l’accueil relativement calme des marchés. Le natif de l’Etat de New York n’est pas encore en poste : sa nomination doit être confirmée par le Sénat, elle devrait se faire sans encombre puisque les Républicains y sont majoritaires.

Une indépendance sous surveillance

Selon le Wall Street Journal, Kevin Warsh se prépare depuis plus de dix ans à diriger la Fed, poste qu’il convoitait déjà en 2017. Cette fois, note le Washington Post, il s’apprête à "hériter de l’un des emplois les plus difficiles à mener : piloter la politique monétaire d’une institution pensée pour être indépendante tout en gérant les demandes d’un président qui n’a pas peur de faire publiquement pression sur la Fed pour obtenir des taux plus bas".

La question centrale demeure celle de l’indépendance de la Réserve fédérale. Donald Trump a multiplié ces derniers mois les pressions et attaques contre la banque centrale, critiquant publiquement son actuel président Jerome Powell, fervent opposant aux politiques monétaires trumpistes. Certes, Kevin Warsh ne dispose que d’une voix parmi les douze membres du comité qui fixe les taux, mais il en définira l’orientation générale. Il devra prouver qu’il peut diriger l’institution sans céder aux injonctions politiques, condition essentielle de la crédibilité de la politique monétaire américaine.

Un revirement idéologique qui interroge

Mais un doute émerge déjà. En cause : l’évolution récente de ses positions. Longtemps, Kevin Warsh s’est illustré comme un adversaire résolu de l’inflation, plaidant pour des hausses de taux afin de la contenir. Or récemment, il s'est soudainement rallié à la ligne de Donald Trump, qui tente de son côté de provoquer une baisse des taux d’intérêt pour encourager les entreprises et les particuliers à investir et consommer, au risque d'encourager l'inflation. Dans ce contexte, le virage trumpiste de Kevin Warsh étonne.

Une autre théorie adoptée par le futur président de la Fed alarme d’autant plus les économistes : il affirme désormais que la dérégulation voulue par Donald Trump sera appuyée par un futur boom de productivité lié à l’intelligence artificielle, et que ces facteurs croisés suffiront à contenir la hausse des prix. Un raisonnement jugé fragile par de nombreux spécialistes, pour qui les gains de productivité liés à l’IA restent hypothétiques, et leurs effets sur l’inflation incertains et lointains. En matière de politique monétaire, parier sur des bénéfices futurs pour desserrer dès aujourd’hui les taux s’apparente davantage à un acte de foi qu’à une gestion prudente — et place Kevin Warsh face à sa première épreuve de crédibilité.

© REUTERS

À 55 ans, Kevin Warsh coche toutes les cases du banquier central classique et sa nomination à la tête de la Fed rassure les marchés.

Immigration aux États-Unis : pendant que la justice tergiverse, l’ICE renforce ses pouvoirs

1 février 2026 à 11:46

Des divisions profondes déchirent la justice américaine autour de la police de l’immigration de Donald Trump, l'ICE. Alors que certains magistrats pèsent de tout leur poids pour tenter d’en contenir la violence, d’autres estiment qu’il n’existe pas de fondement légal pour limiter ou stopper la répression menée par la police anti-immigration du Président américain. Une bataille qui se joue désormais à coups d’ordonnances et de mémos juridiques — tandis que l’ICE profite de ces hésitations pour renforcer, sur le terrain, les prérogatives de ses agents.

Dernier épisode en date : samedi 31 janvier, une juge fédérale du Minnesota a rejeté la demande de l’État du Minnesota ainsi que des villes de Minneapolis et de Saint-Paul, qui sollicitaient un blocage temporaire du déploiement de 3 000 agents fédéraux de l’immigration. Ces dernières semaines, cette opération nommée "Metro Surge" a donné lieu au décès de deux citoyens, à des milliers d’arrestations et à des manifestations quotidiennes dans cet État du Midwest. "Une juge donne raison à l’ICE", "Une juge refuse de bloquer les opérations de l’ICE", ont résumé les médias américains après cette décision très attendue.

Une argumentation "trop fragile"

La juge a refusé de trancher sur le fonds. Le 12 janvier, les autorités locales de cet Etat démocrate avaient saisi la justice, estimant que l’opération violait leur souveraineté, protégée par le 10ᵉ amendement de la Constitution. Mais sans se prononcer sur "la légalité en elle-même" de l’opération, la juge Katherine Menendez, nommée par Joe Biden, a jugé l’argumentation "trop fragile" et estimé que les plaignants n’avaient pas rempli les conditions techniques permettant d’obtenir une injonction d’urgence. "Les plaignants n’ont fourni aucun critère permettant de déterminer à quel moment une action légale des forces de l’ordre devient une réquisition illégale, se contentant d’affirmer que les excès de l’opération Metro Surge sont si extrêmes que cette montée en puissance dépasse nécessairement une limite qui doit bien exister", a-t-elle justifié.

Avant de reconnaître que l’opération "a eu, et continuera probablement d’avoir, des conséquences profondes, voire déchirantes" pour les habitants du Minnesota, rapporte la chaîne MS Now. Deux semaines plus tôt, la même magistrate avait pourtant tenté de limiter les méthodes de l’ICE dans l’État, interdisant notamment les détentions arbitraires dans des véhicules et l’usage de gaz lacrymogène contre les manifestants anti-ICE, après la mort de Renee Nicole Good, tuée par balle dans sa voiture lors d’une intervention.

Des décisions contradictoires dans les tribunaux fédéraux

Ces dernières semaines, les décisions judiciaires se succèdent et alimentent la bataille autour de la légalité des décisions de Donald Trump. Toujours au Minnesota, le juge fédéral John Tunheim a ainsi interdit mercredi dernier à l’administration d’extrême droite de placer en détention des réfugiés dépourvus de statut de résident permanent mais vivant légalement dans l’État. Selon lui, le gouvernement fédéral peut poursuivre "l’application légale des lois sur l’immigration", mais doit le faire "sans arrêter ni détenir" des personnes admises légalement sur le territoire.

Plus au sud, un verdict très attendu est venu illustrer les excès du système. Un juge fédéral du Texas a ordonné la libération "dès que possible" — et au plus tard le 3 février — de Liam Conejo Ramos, cinq ans, et de son père Adrian, demandeurs d’asile arrêtés par l’ICE au Minnesota avant d’être transférés au centre de détention de Dilley, au Texas. L’enfant avait été interpellé à son domicile, à son retour de l’école maternelle, tandis que son père se trouvait dans l’allée.

Fred Biery, juge fédéral de 78 ans nommé par Bill Clinton, a également interdit leur transfert. Dans une "décision cinglante de trois pages", souligne Politico, il accuse l’administration Trump d’anarchie et d’inhumanité, allant jusqu’à comparer le président à un "aspirant roi autoritaire" contre lequel les pères fondateurs avaient mis en garde. "L’observation du comportement humain confirme que, chez certains d’entre nous, la soif perfide de pouvoir sans limites et le recours à la cruauté pour l’assouvir sont dénués de toute humanité", écrit-il, avant de conclure : "et au diable l’État de droit !"

Pendant ce temps, l’ICE élargit ses pouvoirs

Alors que la justice fédérale hésite et se contredit, l’administration Trump, elle, avance sans détour. Selon le New York Times du 30 janvier, les agents de l’ICE ont appris cette semaine, via un mémo interne, qu’ils disposent désormais d’un pouvoir élargi pour procéder à des arrestations sans mandat judiciaire. Ce changement autorise notamment les agents de rang inférieur à mener des opérations en arrêtant les personnes qu’ils soupçonnent d'être en situation irrégulière, au lieu d’opérations ciblées où ils se présentent avec un mandat pour interpeller une personne précise.

Ce durcissement intervient alors que des milliers d’agents de l’immigration masqués ont été déployés dans des villes à travers tout le pays. Une semaine avant la diffusion du mémo, il avait été révélé que Todd M. Lyons, directeur par intérim de l’agence, avait publié dès le mois de mai des directives autorisant les agents à pénétrer dans des domiciles avec un simple mandat administratif — et non judiciaire. Et la veille de cette note, Donald Trump affirmait vouloir "désamorcer un peu" la situation à Minneapolis, après que des agents y ont abattu mortellement deux personnes lors des opérations de répression.

© REUTERS

Des agents fédéraux de l'ICE arrêtent une personne à Minneapolis, le 14 janvier 2026.
❌