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De l'Iran au Venezuela : bienvenue dans l'ère de la CIA "made in Trump"

2 mars 2026 à 20:00

Pour éliminer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, les informations de la CIA ont encore une fois été décisives. Selon les informations du New York Times, l'agence de renseignement américaine traquait l'ayatollah depuis des mois et savait qu'une réunion entre les dirigeants iraniens allait avoir lieu samedi 28 février à Téhéran. L'infiltration de la CIA ne s'est pas arrêtée là puisque l'agence américaine aurait également pu transmettre une photo de l'ayatollah au président américain pour confirmer son décès.

Malgré ce nouveau succès, une menace plane sur l’agence de renseignements la plus puissante au monde. Son nom ? Donald Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2025, le président américain organise une purge d’envergure au sein de ses services de renseignements. L'objectif : détruire les carrières des personnes qui ont enquêté sur ses liaisons avec la Russie lors de la campagne de 2016. "La purge va même encore plus loin, précise Tim Weiner, journaliste américain, auteur de La Mission (Robert Laffont), vainqueur du prix Pulitzer en 1988. Si vous voulez un poste élevé au sein de la CIA, vous devez essentiellement prêter allégeance, non pas à la Constitution, mais à Donald Trump lui-même." Un an après le début de cette purge, difficile de savoir précisément combien de personnes sont parties. Certaines sources évoquent un chiffre avoisinant les 1 200 personnes.

D’autres changements surviennent rapidement. Notamment sur le recrutement des agents. Depuis les années 1980, la CIA avait pour habitude de recruter des agents de différentes ethnies pour faciliter les infiltrations à l’étranger. Mais l’administration Trump a aboli le DEI, le programme en faveur de la diversité, l’équité et l'inclusion. "Envoyer des espions exclusivement blancs, en Chine, au Pakistan ou en Somalie, est une mauvaise idée, explique Tim Weiner. Les espions veulent se fondre dans la masse. Ils veulent connaître la langue, l'histoire et la culture des pays qu'ils espionnent. Autrefois, la diversité était l'un des superpouvoirs de la CIA." Enfin, un troisième bouleversement s’est joué au fil des mois au sein de l’agence, dont l’aboutissement s'est illustré... le 3 janvier 2026.

L'opération Maduro

L’enlèvement de Nicolas Maduro raconte quelque chose de ce qu’est devenue la CIA sous Donald Trump. Une agence qu’il a voulu remodeler pour l’adapter à ses priorités. A travers la "Doctrine Monroe", rebaptisée "Donroe" par le président Trump, Washington s'autorise à s’immiscer dans les affaires de ses voisins latino-américains. Et sur le plan tactique, l’opération "Absolute Revolve" est un véritable succès. En plus de ces sources humaines infiltrées à Caracas, la CIA aurait communiqué plusieurs renseignements essentiels à la capture du président vénézuélien. En interne, l’opération symbolise bien la fracture qui s’est progressivement ouverte à la CIA : avec d’un côté, les analystes qui travaillent dans les bureaux, et de l’autre, les officiers de terrain, considérés comme des héros par la nouvelle administration.

La CIA serait donc entrée dans une nouvelle phase de politisation à outrance. Pourtant ce n’est pas si nouveau… Fondée en 1947 dans le cadre du National Security Act, l’agence est dès le début utilisée contre l’Union soviétique pendant la guerre froide. Depuis sa création, "la CIA est un instrument de la politique étrangère américaine, raconte Tim Weiner. Elle fait ce que le président lui dit de faire. Elle lui appartient." Aujourd’hui, la question est donc de savoir où placer le curseur entre la compétence et la loyauté. Entre purge au sein du renseignement, dérive autoritaire et politisation des institutions, Donald Trump prend le risque de fragiliser considérablement la plus célèbre des agences de renseignement.

> Retrouvez toutes nos explications dans notre nouveau format vidéo, en tête de cet article, et sur tous nos réseaux sociaux.

© REUTERS

De l'Iran au Venezuela : bienvenue dans l'ère de la CIA "made in Trump"

2 mars 2026 à 20:00

Pour éliminer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, les informations de la CIA ont encore une fois été décisives. Selon les informations du New York Times, l'agence de renseignement américaine traquait l'ayatollah depuis des mois et savait qu'une réunion entre les dirigeants iraniens allait avoir lieu samedi 28 février à Téhéran. L'infiltration de la CIA ne s'est pas arrêtée là puisque l'agence américaine aurait également pu transmettre une photo de l'ayatollah au président américain pour confirmer son décès.

Malgré ce nouveau succès, une menace plane sur l’agence de renseignements la plus puissante au monde. Son nom ? Donald Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2025, le président américain organise une purge d’envergure au sein de ses services de renseignements. L'objectif : détruire les carrières des personnes qui ont enquêté sur ses liaisons avec la Russie lors de la campagne de 2016. "La purge va même encore plus loin, précise Tim Weiner, journaliste américain, auteur de La Mission (Robert Laffont), vainqueur du prix Pulitzer en 1988. Si vous voulez un poste élevé au sein de la CIA, vous devez essentiellement prêter allégeance, non pas à la Constitution, mais à Donald Trump lui-même." Un an après le début de cette purge, difficile de savoir précisément combien de personnes sont parties. Certaines sources évoquent un chiffre avoisinant les 1 200 personnes.

D’autres changements surviennent rapidement. Notamment sur le recrutement des agents. Depuis les années 1980, la CIA avait pour habitude de recruter des agents de différentes ethnies pour faciliter les infiltrations à l’étranger. Mais l’administration Trump a aboli le DEI, le programme en faveur de la diversité, l’équité et l'inclusion. "Envoyer des espions exclusivement blancs, en Chine, au Pakistan ou en Somalie, est une mauvaise idée, explique Tim Weiner. Les espions veulent se fondre dans la masse. Ils veulent connaître la langue, l'histoire et la culture des pays qu'ils espionnent. Autrefois, la diversité était l'un des superpouvoirs de la CIA." Enfin, un troisième bouleversement s’est joué au fil des mois au sein de l’agence, dont l’aboutissement s'est illustré... le 3 janvier 2026.

L'opération Maduro

L’enlèvement de Nicolas Maduro raconte quelque chose de ce qu’est devenue la CIA sous Donald Trump. Une agence qu’il a voulu remodeler pour l’adapter à ses priorités. A travers la "Doctrine Monroe", rebaptisée "Donroe" par le président Trump, Washington s'autorise à s’immiscer dans les affaires de ses voisins latino-américains. Et sur le plan tactique, l’opération "Absolute Revolve" est un véritable succès. En plus de ces sources humaines infiltrées à Caracas, la CIA aurait communiqué plusieurs renseignements essentiels à la capture du président vénézuélien. En interne, l’opération symbolise bien la fracture qui s’est progressivement ouverte à la CIA : avec d’un côté, les analystes qui travaillent dans les bureaux, et de l’autre, les officiers de terrain, considérés comme des héros par la nouvelle administration.

La CIA serait donc entrée dans une nouvelle phase de politisation à outrance. Pourtant ce n’est pas si nouveau… Fondée en 1947 dans le cadre du National Security Act, l’agence est dès le début utilisée contre l’Union soviétique pendant la guerre froide. Depuis sa création, "la CIA est un instrument de la politique étrangère américaine, raconte Tim Weiner. Elle fait ce que le président lui dit de faire. Elle lui appartient." Aujourd’hui, la question est donc de savoir où placer le curseur entre la compétence et la loyauté. Entre purge au sein du renseignement, dérive autoritaire et politisation des institutions, Donald Trump prend le risque de fragiliser considérablement la plus célèbre des agences de renseignement.

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© REUTERS

Donald Trump à son arrivée au Texas, le 27 février 2026.
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