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En 2026, l'équilibre des forces militaires mondiales reste dominé par des puissances historiques, tout en révélant des évolutions significatives en Europe et en Asie. Le classement annuel de Global Firepower souligne la persistance de l'hégémonie américaine et l'émergence de nouveaux leaders régionaux.


© LOU BENOIST / AFP
C’est l’un des animaux à la longévité la plus longue de la planète. Heureusement pour lui, car il doit attendre plus d’un siècle et demi après sa naissance pour s’accoupler avec l’un de ses congénères. C’est le requin du Groenland.



© Photo CAROL VALADE/AFP

Jeffrey Epstein n’a pas forcé l’entrée de l’élite britannique. Il y a été introduit, accompagné, légitimé. Par des figures mondaines, par un prince, par un pilier du pouvoir politique. Loin d’un réseau occulte, c’est un monde familier : celui de la mondanité comme infrastructure du pouvoir. Annabelle Neilson, cousine du comte de Warwick, figure du Londres huppé des années 1990, en est un exemple. Muse d’Alexander McQueen et de John Galliano, proche de Kate Moss, ex-épouse du baron Nathaniel Rothschild, elle organisait pour Epstein des rendez-vous avec de jeunes femmes de l’aristocratie, sous couvert d’entretiens professionnels.
En août 2010, Neilson écrit à Epstein : "Je vous compose un petit groupe de filles. J’espère qu’au moins une aura toutes les qualités que vous désirez." Lady Alexandra Spencer-Churchill, demi-sœur du duc de Marlborough, figure parmi celles reçues sous prétexte de devenir assistante personnelle. Dans un autre message, Neilson glisse : "Quelques-unes de mes filles, qui seraient parfaites pour le poste mais ont malheureusement dépassé leur date de péremption, auraient toutes abandonné mari et presque enfants pour le job quand je leur ai demandé." Banalisation de l’exploitation sexuelle, langage pseudo-managérial, la frontière morale est inexistante.
Neilson ne se limite pas à l’ombre. Intermédiaire social typique, elle fluidifie échanges et protections entre argent, titres et pouvoir. L’affaire Epstein montre qu'au Royaume-Uni, la mondanité n’est pas un décor. Elle est une mécanique. Comme le montre Eleanor Doughty dans Heirs and Graces (2025), une enquête sur les 796 familles aristocratiques britanniques disposant de titres héréditaires, la haute société britannique agit comme un écosystème autonome, où relations et recommandations privées valent plus que les institutions. La mort de Neilson, d’une crise cardiaque, en 2018, ne permettra pas d’en savoir davantage.
En haut de la chaîne se trouve l’ex-prince Andrew, aujourd’hui déchu de son titre et désormais connu sous le nom de Andrew Mountbatten-Windsor. Fils préféré de la reine Elizabeth II et mouton noir de la famille royale, il fut "envoyé spécial pour le commerce" du gouvernement britannique entre 2001 et 2011. Son rôle consistait à promouvoir les intérêts commerciaux britanniques à l’étranger, rencontrer chefs d’État, investisseurs et grandes entreprises. Les dossiers Epstein révèlent qu’il transmettait à son ami Jeffrey des dossiers sensibles, voire confidentiels, parfois quelques minutes après les avoir reçus. Pour l’historien Andrew Lownie, auteur de Entitled: The Rise and Fall of the House of York (2025), Andrew fait figure d’"idiot utile" et même de "trophée" apportant à Epstein respectabilité, accès aux plus hautes sphères et informations sensibles.
Réduire Andrew à un idiot manipulé revient pourtant à excuser la structure qui l’a produit : un Etat confiant des missions commerciales sensibles à un prince sans véritable responsabilité politique, et qui le laisse évoluer, presque sans contrôle. Lorsque Vincent Cable, ancien ministre du Commerce, a tenté d’obtenir les dossiers sur les activités d’envoyé spécial d’Andrew, le Foreign Office lui a indiqué que les documents officiels concernant le rôle de Prince Andrew resteraient scellés jusqu’en 2065… La police britannique a ouvert une enquête.
Peter Mandelson ne devrait pas bénéficier d’une telle opacité. Son cas a fait monter la crise d’un cran. Des emails le montrent donnant à Epstein un aperçu anticipé d’un plan européen de sauvetage bancaire de 500 milliards d’euros, ou commentant en temps réel les dernières manœuvres pour pousser le Premier ministre Gordon Brown vers la sortie. La police a immédiatement perquisitionné ses propriétés et le Premier ministre Keir Starmer a exigé sa déchéance de la Chambre des Lords.
Mandelson, longtemps surnommé le "Prince des Ténèbres", touche le cœur du monde politique britannique et du Labour Party en particulier. Architecte du New Labour, mentor de Tony Blair et Gordon Brown, il est nommé l’année dernière ambassadeur à Washington par Keir Starmer malgré sa réputation plus que sulfureuse… avant d’être limogé six mois plus tard quand ses relations avec Epstein ont refait surface.
Il incarne cette élite dite "éclairée", persuadée que la proximité du pouvoir justifie tous les angles morts. Mais ses échanges avec Epstein en 2010 traduisent cynisme froid et mépris assumé pour les victimes. L’homme qui vendait le New Labour comme une modernisation responsable, pro‑business mais éthiquement régulée, apparaît soudain comme un colporteur d’informations sensibles auprès d’un prédateur déjà condamné.
Un autre pan des fichiers Epstein, mis en lumière par l'éditorialiste James Marriott, révèle une avalanche d’emails saturés de "big ideas" pompeuses : méditations pseudo‑scientifiques sur la "dark matter of the brain", banalités sur le rôle prétendument "positif" de la religion, jargon de "pattern‑reading" et de "super-forecasting" échangé entre milliardaires, banquiers, princes et investisseurs. Marriott y voit le symptôme d’un capitalisme où la richesse ne s’affiche plus seulement par les biens, mais par le vocabulaire : séminaires à Davos sur "l’avenir de l’humanité", "corporate philosophies", consultations avec "hundreds of moral philosophers" pour lancer une nouvelle technologie. Cette prétention à la profondeur sert aussi de bouclier : si Epstein est un "visionnaire transhumaniste" qui finance la recherche ou discute de "data visualization" avec des ministres, comment voir le réseau de coercition sexuelle et de chantage qui se joue en coulisses ?
Ce que le récit britannique de l’affaire Epstein révèle dépasse la corruption classique : il met à nu une corruption de l’idée même d’élite. Aristo‑rabatteuse, prince‑trophée et "spin doctor" gouvernemental se retrouvent dans le même réseau, non par hasard mais parce qu’ils partagent la conviction intime que leur rang social et leur intelligence supposée les placent au‑dessus des règles qui régissent le reste de la société. Les conséquences sont profondes : effondrement de la confiance, montée du ressentiment, ce carburant idéal pour les populismes. La British Social Attitudes Survey montrait que seuls 12 % des Britanniques faisaient encore confiance à leur gouvernement et leurs élites en 2024 contre 47 % en 1987. Combien seront-ils demain ?
Epstein n’est pas une anomalie. C'est un révélateur. Celui d’un pays qui se raconte moderne mais qui fonctionne selon des réflexes anciens. Plus qu’un scandale sexuel, l’affaire Epstein est un scandale de classe, profondément britannique.
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