"Tout le monde a besoin de nous": Donald Trump dit "examiner un candidat au poste de Premier ministre" en Irak
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Un an après le discours très critique du vice-président américain, J.D. Vance, Emmanuel Macron a cherché à souligner vendredi 13 février l'importance de l'Europe sur la scène mondiale, lors de son intervention à la Conférence de Munich sur la sécurité. "L’Europe se réarme, mais nous devons maintenant aller plus loin. L’Europe doit apprendre à devenir une puissance géopolitique", a-t-il déclaré.
"Là où certains voient des menaces, je vois de la force. Une Europe plus forte sera une meilleure amie pour nos alliés, notamment les Etats-Unis", a-t-il lancé, ajoutant que l'Europe avait été "vilipendée comme un concept vieillissant, lent et fragmenté, marginalisé par l’histoire" et présentée comme "un continent répressif" et "une société en proie à des migrations barbares". "Rien de tout cela n’est exact. Chacun devrait s'inspirer de nous, au lieu de nous critiquer ou de chercher à nous diviser", a-t-il affirmé, sans préciser l'origine de ces critiques.
"C’est le moment idéal pour faire preuve d’audace. C’est le moment idéal pour une Europe forte", a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la journée, le chancelier allemand Friedrich Merz avait ouvert la Conférence de Munich sur la sécurité en critiquant la réorientation rapide de la politique étrangère américaine opérée par Donald Trump, tout en appelant Washington à "réparer et raviver la confiance" dans une nouvelle ère dangereuse marquée par les rivalités entre grandes puissances. "L'ordre international fondé sur les droits et les règles est en train d'être détruit", a-t-il lancé. Et d'ajouter : "Cet ordre, si imparfait qu'il fût même dans ses meilleurs moments, n'existe plus sous cette forme."
L'Europe fait face à une multitude de menaces, de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine aux fortes turbulences du commerce mondial. "A l'ère de la rivalité entre grandes puissances, même les Etats‑Unis ne seront pas suffisamment puissants pour agir seuls. Chers amis, faire partie de l'Otan n'est pas seulement l'avantage compétitif de l'Europe. C'est aussi l'avantage compétitif des Etats‑Unis", a jugé Friedrich Merz.
Le chancelier allemand a également reproché à l'Europe de ne pas en faire assez pour renforcer sa sécurité. Dans ce domaine, les pays européens se reposent depuis longtemps sur les Etats-Unis, notamment sur leur vaste arsenal nucléaire. Et l'Allemagne est toujours privée du droit de développer une arme nucléaire en vertu d'accords internationaux. La France est la seule puissance nucléaire de l'Union européenne, depuis la sortie du Royaume-Uni, à la posséder.

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C'est un "trafic humain" de "chair à canon". Depuis 2023, le Kremlin recrute des hommes en Afrique, souvent de manière trompeuse, pour garnir sa ligne de front en Ukraine. Des civils propulsés combattants, sans formation ni expérience, envoyés vers une mort quasi certaine. Ils pensaient devenir "serveurs, mécaniciens, charpentiers" mais 22 % d'entre eux sont décédés. Un business bien rodé pour exploiter la misère économique et le désespoir.
Il y a "des jeunes hommes qui cherchent un meilleur avenir" et "des recrues attirées par la possibilité de faire des études supérieures", rapporte Vincent Gaudio, co-fondateur d'INPACT. Selon l'enquête du collectif qui gère le projet "All Eyes On Wagner", plus de 300 de ces civils sont morts.
L’Express : Votre enquête parle de 1 417 combattants africains dont plus de 300 morts. Comment êtes-vous arrivé à ce chiffre, et pensez-vous qu’il est représentatif de l’ampleur du phénomène ?
Vincent Gaudio : Nous avons reçu cette liste telle quelle, rédigée en cyrillique, de la part du collectif ukrainien "Je veux vivre". Elle est notamment basée sur des registres de prisonniers. Il est possible que le chiffre exact soit plus important, nous ne sommes pas en mesure de le confirmer ou de l’infirmer. En revanche, d’autres personnes ont travaillé sur le sujet, et elles avaient d’autres chiffres. L’IFRI, par exemple, parle de 4 000 personnes. Mais cette liste nous a permis d’établir qu’on était face à une population assez jeune, exclusivement masculine, et qui venait d’un peu tous les pays. Dans ce document, il y avait un onglet recensant les morts au combat. On a pu faire le parallèle entre la liste initiale des recrutés et ceux qui étaient décédés.
Et le taux de mortalité parmi ces recrues est très important : 22 %, sans compter les blessés et les disparus. Comment l'interpréter ? Cela a-t-il un rapport avec leurs unités d'affectation ?
Il y a une cinématique globale. Une fois arrivés en Russie, les plus chanceux ont trois semaines de formation, mais globalement, il y a très peu d'entraînement. Ensuite, ils sont envoyés dans les unités combattantes sur la ligne de front, et notamment les plus dures de l'Ukraine. Il n'y a aucun poste de cadre, exclusivement de combattant. La grande majorité est engagée dans les vagues d’assauts successives qui cherchent à fragiliser la ligne de défense ukrainienne. D'autres son enrôlés dans la milice Wagner.
Donc on peut parler de chair à canon...
Oui, la volonté manifeste des Russes est de gagner de la masse grâce à ces recrutements. Grosso modo, ils ne sont pas voués à autre chose qu'à faire du volume. Nous avons eu accès à un fichier qui recense le "nombre de mois engagés avant le décès". C'est assez variable mais les délais restent très très courts. Un mois et deux semaines pour le plus court, 19 mois pour le plus long.
Comment sont ciblés ces hommes ? La Russie est-elle à la recherche d'un profil particulier ?
Nous avons identifié plusieurs profils. Il y a les jeunes hommes [NDLR : les plus jeunes ont 18 ans] qui cherchent un meilleur avenir, et à qui on propose des sommes assez conséquentes par rapport au niveau de vie dans leur pays. On a aussi vu qu’il y avait des recrues qui étaient attirées par la possibilité de faire des études supérieures dans des domaines très techniques : les nanotechnologies, la micromécanique, l’informatique… Nous avons pu les identifier grâce à leurs réseaux sociaux, notamment parce qu’ils étaient intégrés dans l’industrie de défense russe. Eux ne vont pas au combat. Moscou utilise leurs compétences techniques.
Et enfin, il y a un dernier profil, qui est très marqué chez les Camerounais : des individus qui ont déjà une expérience militaire qu'ils souhaitent monétiser. Ils étaient dans les unités qui combattaient l’ISWAP ou Boko Haram et, plutôt que de gagner 200 dollars chez eux, ont fait le choix de partir en Russie et essayer de gagner 2 000 dollars. Il y a une comparaison qui peut être faite avec le mercenariat.
Dans votre enquête, vous mentionnez le cas d’un combattant qui semblait motivé politiquement, mais aussi de personnes qui sont appâtées par des offres trompeuses. Comment se passe le recrutement ?
Il y a eu des distributions de prospectus pour le recrutement, donc certains savent très bien qu'ils partent pour s'engager dans l'armée russe mais ce cas est minoritaire. On a aussi vu des petites annonces pour des emplois sous-qualifiés de serveurs, mécaniciens, charpentiers. Sauf qu'une fois en Russie, on leur fait signer un contrat en cyrillique et ils se retrouvent dans un centre de formation militaire.
Il y a aussi ceux à qui on a dit "tu vas être étudiant" ou même ceux qui étaient vraiment étudiants confrontés à des difficultés de renouvellement de visa à qui on a dit : "Ecoute, soit on t’expulse, soit tu prends un contrat avec l’armée russe". Il y a aussi une infime partie de gens qui ont été recrutés après leur arrestation pour des délits mineurs. Le désespoir économique est un levier. La Russie a des difficultés à recruter et un besoin de maintenir le front tel qu'il est. Leur seule solution, c'est de gagner en volume. Il y a une petite part de volontaires mais les autres ne sont pas conscients qu'ils tombent dans un piège.
Qui est à l'origine de ces offres ?
Il existe plusieurs cas. D'abord, des offres très artisanales, faites par des entrepreneurs russes ou biélorusses. Il y a aussi des Africains installés en Russie qui sont devenus entrepreneurs dans ce business-là. Ils proposent à la fois de s'occuper de toutes les démarches administratives et réalisent un marketing d'influence en ligne, sur les réseaux sociaux, à destination de leurs compatriotes restés au pays.

On a pu aussi identifier que certaines annonces renvoyaient vers des sites Internet gérés par les services russes. C'est difficilement quantifiable, mais on sait que ça existe. D'ailleurs, à la suite de la publication du rapport, les sites qu'on avait identifiés ont disparu... Puis recréés avec des adresses différentes. Il y a un trafic humain évident qui s'est mis en place.
Avec 361 départs, l’Egypte est le pays le plus concerné du continent par ce phénomène. Comment l'expliquer ?
On pense que la cause principale, c'est d'abord la situation en Egypte. Les grandes difficultés économiques, le manque de perspectives professionnelles... Ce sont avant tout des gens portés par la volonté de gagner leur vie ailleurs.
Ensuite, il y a un vrai travail de marketing. Nous avons trouvé des annonces rédigées en arabe, qui reprennent des visuels très masculins, guerriers, qui parlent à une certaine part de la jeunesse et les salaires proposés sont très attractifs [NDLR : le salaire mensuel minimum égyptien était de 128 dollars en 2024, selon le gouvernement local tandis que certaines campagnes de recrutement proposent un salaire mensuel de 2 500 dollars].
Ces recrutements ont commencé en 2023, le phénomène prend-il de l'ampleur ?
On constate que c'est exponentiel. Peut-être que ça va diminuer désormais, face aux réactions qui peuvent être attendues de la part des pays africains concernés.
Y a-t-il des revenants du front ?
Il y en a dans quelques pays. Jusqu'à présent ils avaient une posture assez discrète, mais certains commencent à prendre la parole, notamment au Kenya et au Cameroun. On commence aussi à avoir des témoignages de familles à la recherche d'informations sur leurs parents partis en Russie. Il y a une prise de conscience.
Et comment réagissent les pays concernés ?
Le Kenya a annoncé demander prochainement des comptes à la Russie. Au Cameroun, le sujet est très suivi : ils craignent énormément le retour de ces hommes, qui auraient une expérience du combat et qui resteraient en marge de la société. Mais, le vrai impact, le vrai challenge pour tous ces pays, ce sont les mesures qu’ils peuvent mettre en place. Des choses assez simples, comme démanteler les différentes agences de recrutement, ce qui serait le plus facile mais ne stoppera rien. Ou exiger des explications via des canaux diplomatiques, mais je ne suis pas convaincu qu’il y ait une réelle réponse de la part de la Russie… Cette situation risque surtout d’interroger ces pays sur leur propre gouvernance à l'égard de leur jeunesse, mais ça ne bousculera pas réellement le modèle. On n'empêchera pas les gens de chercher un avenir ailleurs. Le sujet caché, c'est celui-là.
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Article original publié sur AlloCiné


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