En pleine crue, la double peine de ces habitants de Gironde privés d’eau potable

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Le Conseil de la paix voulu par Donald Trump tiendra sa toute première réunion ce jeudi 19 février, à Washington. L'institution, initialement créée pour lancer les pourparlers sur l‘avenir de la bande de Gaza, ambitionne désormais de s'ériger en alternative à l'ONU. Les invitations ont été distribuées aux Européens mais tous n’ont pas été conviés. Si certains feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence. De quoi créer des tensions au sein de l’Union européenne.
Dire que Donald Trump ne fait pas l’unanimité dans l’Union européenne serait un euphémisme. Droits de douane, menaces, moqueries… Et désormais volonté de rivaliser avec les institutions internationales, le président des Etats-Unis en a fait voir de toutes les couleurs aux 27. De quoi pousser certains à refuser la sommation, dont Paris, Londres et Madrid. D'autres, comme La Belgique, le Danemark et le Luxembourg n'ont tout simplement pas reçu le carton d'invitation de Washington.
Pourtant, cela n'empêche pas la Maison-Blanche de compter des admirateurs parmi les pays membres. Fidèle parmi les fidèles, Viktor Orbán n'a pas attendu pour accepter l'invitation, l'annonçant publiquement en janvier lors du Forum économique mondial à Davos. Et s'il restait l'ombre d'un doute sur son adhésion au projet trumpiste, le Premier ministre hongrois l'a balayé en assistant à la très symbolique cérémonie de signature de la charte, donnant officiellement naissance au Conseil. Et le manuscrit donne le ton : avoir "le courage de s'écarter des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué", l'ONU donc.
Un autre pays membre a annoncé son adhésion à l'institution : la Bulgarie. Déclaration qui, contrairement à la Hongrie, a surpris les observateurs. L’ex-premier ministre Rossen Jeliazkov, qui était pourtant déjà démissionnaire, a justifié sa décision, par la place accordée à son pays dans les discussions concernant l'avenir de Gaza. Début janvier, Benyamin Netanyahou a annoncé la nomination du diplomate Nickolay Mladenov, à la tête du Conseil de la paix. Une participation qui est loin d'avoir emballé les Bulgares, à tel point que le Premier ministre démissionnaire a repoussé l'examen de l'adhésion de Sofia au Parlement. Espérant ne pas raviver les tensions, la Bulgarie s'est rétractée et enverra finalement un diplomate de rang inférieur à Washington.
Une attitude proche du ni oui, ni non, que Sofia ne sera pas la seule à adopter. Entre autres, la Commission européenne viendra en "observateur", représentée par la Croate Dubravka Suica, commissaire européenne à la Méditerranée. Bruxelles se méfie toujours du "champ d’application, de la gouvernance et de la compatibilité avec la charte des Nations unies" du Conseil de la paix… Mais pas au point de le boycotter. Une chose est sûre, la commission n'adhérera pas, a insisté un porte-parole de l'exécutif européen. Mais cette mesure de précaution ne suffit pas à contenir les tensions au sein du Parlement européen. Le groupe des socialistes et démocrates, s'inquiète que la présence de Dubravka Suica à Washington puisse nuire à l'engagement de l'UE pour le droit international. Autre objet de tension parmi les 27 : la Commission n'a pas concerté les pays membres avant d'accepter l'invitation, faisant ainsi craindre à certains de paraître désunis devant Washington.
Un autre observateur a répondu par l'affirmative : l'Italie, qui ne dissimule pas sa proximité avec Donald Trump. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, se rendra à Washington. Malgré la polémique qu'a générée cette annonce localement, le ministre persiste et signe devant l'opposition parlementaire : "Il n’existe aucune alternative au plan de paix des Etats-Unis sur Gaza".
Pour d'autres, le non était impossible. La Roumanie, qui n'a pourtant pas officiellement adhéré au Conseil, sera représentée par son président. Bucarest est redevable aux Etat-Unis qui assurent sa sécurité. Sa présence en tant qu'observateur lui permet d'espérer ne froisser ni Washington, ni l'Union européenne.
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La relation belgo-américaine connaît un épisode aussi exceptionnel que turbulent depuis quelques jours. Ce mardi 17 février, l’ambassadeur américain Bill White, fervent soutien de Donald Trump, a été convoqué aux Affaires étrangères après avoir accusé la Belgique d’antisémitisme sur X. Dans un post, il a attaqué Bruxelles après que trois mohels (figure traditionnelle juive) ont été poursuivis en justice pour avoir pratiqué des circoncisions sans médecin, ce qui est interdit en Belgique. Les attaques visaient également le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, que Bill White a accusé d'être "très impoli" : il a "refusé de me serrer la main et d’être pris en photo avec moi", a-t-il écrit.
L’affaire n’a cessé de monter dans les tours depuis. Convoqué aux Affaires étrangères, Bill White a reçu un rappel ferme : "Toute ingérence dans nos institutions démocratiques franchit une ligne qui ne peut être franchie", a insisté la haute fonctionnaire Theodora Gentzis, soulignant ensuite que "le dialogue doit être fondé sur le respect de nos institutions et de notre souveraineté". Malgré cette convocation suivie d’un effort apparent pour apaiser la situation, Bill White a continué de menacer Conner Rousseau, président du parti Vooruit, en exigeant des excuses pour une vidéo partagée il y a trois semaines sur Instagram et critique envers la police anti-immigration ICE.
Quelques jours plus tôt, en Pologne, un autre diplomate américain créait la controverse. Le 5 février, Thomas Rose, ambassadeur à Varsovie depuis novembre 2025, a annoncé rompre tout contact avec Wlodzimierz Czarzasty, président de la Chambre basse polonaise, après que celui-ci a déclaré, lors d’une conférence de presse, "Il ne le mérite pas", en parlant de Donald Trump pour le prix Nobel de la paix. Sur X, l’ambassadeur trumpiste a qualifié ces propos d’"insultes scandaleuses", nuisant "sérieusement" aux "excellentes relations avec le premier ministre Donald Tusk et son gouvernement".
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a précisé que la diplomatie polonaise était "en contact régulier avec Thomas Rose, ainsi qu’avec les autorités américaines", tandis que la Maison-Blanche est restée silencieuse. L’incident a renforcé le débat public, avec 44 % des Polonais approuvant la décision de Czarzasty de ne pas soutenir Trump.
La France n’a pas été épargnée par le style diplomatique à la Maga. En août 2025 déjà, le Quai d’Orsay avait convoqué l’ambassadeur américain, Charles Kushner, après que celui-ci avait accusé Paris de ne rien faire face à la montée de l’antisémitisme. Comme en Belgique et en Pologne, les autorités françaises avaient jugé ces interventions publiques "inédites et insultantes", rappelant que la Convention de Vienne impose aux diplomates de respecter les lois et affaires intérieures de l’État accréditaire.

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La Maison-Blanche y voit la fin de "l'anarchie" et du "désordre". Depuis 2024, les statistiques du crime ont chuté aux Etats-Unis, au point d'atteindre des seuils historiques, selon le dernier rapport de la Major Cities Chiefs Association (MCCA ), relayé il y a quelques jours par le média Axios.
D'après ce rapport, élaboré grâce aux données de 67 des plus grands services de police du pays, il y a eu 19,3 % d'homicides de moins en 2025 que l'année précédente dans les villes étudiées. Le nombre de meurtres a ainsi baissé de 31,4 % à Baltimore (Maryland), 47,1 % à Denver (Colorado), et même 58,3 % à Orlando, en Floride. Au total, il y a eu 5 452 homicides dans ces 67 juridictions en 2025. Selon la même étude, l'ensemble des crimes violents ont décliné cette année : de 19,8 % pour les vols, de 9,7 % pour les agressions à main armée, et de 8,8 % pour les viols.
Ces nouvelles statistiques confirment la dynamique constatée par les études précédentes. A la fin du mois de janvier, le Council on criminal justice - Conseil sur la justice criminelle -, un groupe de réflexion américain spécialiste du domaine, notait déjà une diminution des homicides dans 31 villes sur 35 étudiées. Sur un autre échantillon de 40 villes, le groupe de réflexion observait une baisse dans 11 catégories de crimes sur 13 au total. Le CCJ anticipait alors que, une fois publiés dans leur entièreté, les chiffres des homicides de 2025 seraient au plus bas depuis 1900. La publication des statistiques définitives par le FBI, attendue prochainement, doit venir confirmer ce record.
Washington en tout cas n'hésite pas à se féliciter. A en croire sa communication - fanfaronnante - Donald Trump serait à remercier. La Maison-Blanche a ainsi salué sur son site Internet "une nouvelle confirmation retentissante de l'engagement indéfectible du président [...] à rétablir l'ordre public". Ou encore, en référence au déploiement de la Garde Nationale et de l'ICE, la police de l'immigration, dans de nombreuses villes - le plus souvent démocrates : "Les actions décisives du président Trump ont inversé la tendance, sauvé d’innombrables vies et ramené la paix dans des communautés longtemps abandonnées par les politiciens démocrates qui privilégiaient les criminels aux dépens des citoyens".
Qu'importe, le FBI ne se prive pas de célébrer le bilan présidentiel lui aussi - avec un tacle à la presse au passage : "Les acrobaties médiatiques ne peuvent masquer la réalité : cette administration a rétabli l'ordre public", écrivait sur X le patron de l'agence fédérale, Kash Patel, le 22 janvier.
Axios just reported the lowest murder rate since 1900, down 20% from 2024, and somehow forgot to mention President Trump or the historic results of this FBI.
— FBI Director Kash Patel (@FBIDirectorKash) January 22, 2026
Nearly 200% more arrests. Violent gangs crushed. Fugitives hunted down.
Media gymnastics can’t hide the reality that… pic.twitter.com/48s9JPtXcw
Pourtant, les experts sont bien plus nuancés dans leur interprétation des chiffres. Certes, le président des Etats-Unis n'est, peut-être, pas entièrement dénué de mérite. Dans les colonnes du Time, le directeur du Council for criminal justice, Adam Gelb, le concède : la présence accrue d'agents fédéraux dans les rues américaines a pu contribuer à la baisse de la criminalité. Mais l'analyste tempère. Attribuer ces statistiques à la politique du président est un exercice périlleux : "Même si nous disposions de bonnes recherches sur [l'impact que peut avoir] la dissuasion générale, elles ne s'appliqueraient pas nécessairement ici, étant donné la nature sans précédent du déploiement" de la Garde Nationale et de l'ICE.
Patrick Sharkey, professeur de sociologie à l'université de Princeton, dresse un constat bien plus tranché. "Il serait ridicule de prétendre que la présence fédérale dans les villes a joué un rôle quelconque", affirme-t-il auprès du Time, soulignant que les statistiques du crime baissent en réalité depuis 2023. Quant à la Garde Nationale et l'ICE, elles ne sont déployées que depuis six mois. Une analyse bien éloignée de celle de la Maison-Blanche, qui applaudit le "résultat direct de l'approche agressive et pragmatique du président Trump en matière de sécurité publique".
Présence accrue des caméras de surveillance, évolution des technologies utilisées par les forces de l'ordre, diminution de la consommation de drogues et d'alcool dans le pays... En réalité, de nombreux facteurs peuvent expliquer le déclin de la criminalité aux Etats-Unis, détaille Adam Gelb.
Mais selon les experts interrogés par le Time, le paramètre le plus important de cette dynamique serait le Covid-19. Ou plutôt sa fin. Car si la courbe du crime chute depuis trois ans, c'est notamment parce qu'elle s'était envolée pendant la pandémie. En 2020, les homicides avaient augmenté de 31 % par rapport à l'année précédente. Pour 100 000 habitants, 6,7 homicides étaient alors enregistrés, contre 5,1 en 2019.
Une augmentation qui s'explique par le confinement, selon Alexis Piquero, ancien directeur du Bureau of Justice Statistics - l'organisme gouvernemental de statistiques pour la justice criminelle. "Lorsque le Covid a frappé et que le monde s'est arrêté, nous avons pratiquement coupé les vivres en matière de stratégies de prévention et d'intervention", explique celui qui a été nommé par le président Joe Biden. Cette période s'est accompagnée de suppression d'emplois dans les administrations locales, dont faisaient partie des enseignants, des conseillers, et des agents de police locaux. Une baisse d'effectif qui a nui à la prévention de la criminalité.
Aujourd'hui, alors que les homicides sont au plus bas, le nombre de postes au sein de ces administrations a dépassé son niveau d’avant la pandémie. Un mérite que Patrick Sharkey attribue à l'American Rescue Plan Act, une aide pour les localités de plus d'un milliard de dollars, débloquée en 2021 par Joe Biden. Ces fonds permettent aux communes de mettre en place des initiatives de lutte et de prévention contre la criminalité à une échelle ultra-locale, les rendant d'autant plus efficaces.
Une autre caractéristique de l'American Rescue Plan Act permet d'expliquer son rôle dans la baisse du crime aux Etats-Unis : il est universel. "Tout le monde a reçu l'argent", souligne John Roman, spécialiste du sujet à l'université de Chicago. "Et c'est vraiment l'indice clé qui explique pourquoi ce sont probablement ces fonds qui sont à l'origine du déclin", a-t-il déclaré au journal The Hill. Plus que Donald Trump, merci Joe Biden ?
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