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Iran : il faut que le régime des mollahs tombe, par Manuel Valls

En 1979, au nom d’un romantisme révolutionnaire toujours faux, une partie de l’intelligentsia de gauche a cru voir dans Khomeini et le renversement du shah la possibilité qu'émerge en Iran un régime anti-colonialiste et anti-impérialiste. Là où se mettait en place une contre-révolution théocratique et totalitaire. Elle a encensé l’alliance avec les islamistes, persuadée qu’ils n’étaient qu’une force transitoire. Lourde erreur. L’islam politique ne fut pas un compagnon de route mais le cœur du projet.

La République islamique, forte aussi de la passivité des puissances occidentales, s’est construite méthodiquement, éliminant ses alliés d’hier, écrasant la gauche, les démocrates, prenant le contrôle des institutions, verrouillant l’État autour du religieux et de la violence. En 1989, tandis que le mur de Berlin s’effondrait et que l’histoire semblait s’ouvrir à la démocratie, Téhéran lançait la fatwa contre Salman Rushdie. Un acte fondateur de l’islamisme mondialisé, proclamant que la loi religieuse pouvait frapper partout, au-dessus des États et des libertés. Depuis, l’Iran n’a cessé de perfectionner ce modèle, mêlant vision apocalyptique et antisémitisme, répression interne et projection idéologique externe, jusqu’à devenir l’un des pôles centraux de l’islamisme contemporain.

Cette stratégie s’est étendue par le recours systématique à des proxys armés, permettant au régime d’exporter la violence et de déstabiliser des États. L’Iran finance et arme le Hezbollah au Liban, les milices chiites irakiennes, les Houthis au Yémen, le Hamas et d’autres groupes palestiniens. Jusqu’au bout, il a soutenu le régime sanguinaire de Bachar el-Assad. Ses réseaux ont été impliqués dans des attaques contre les Occidentaux dans la région (enlèvements, attentats contre des cibles françaises et américaines au Liban), mais aussi bien au-delà. L’Iran a commandité une série d’attentats à la bombe à Paris en 1985-86, l’assassinat d’opposants iraniens partout dans le monde jusqu’à aujourd’hui encore. Le régime islamique soutient Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine et il cherche toujours à posséder l’arme atomique pour détruire Israël et menacer l’Occident.

Si nous voulons un Moyen-Orient stable et un monde plus sûr, alors la chute du régime iranien doit être une priorité stratégique. Difficile, complexe, risqué. Mais l’affaiblissement actuel du régime des mollahs est aussi la conséquence directe de la guerre menée par Israël et les États-Unis en juin dernier. Sa chute serait un coup fatal porté à l’islamisme.

Les Iraniens paient leur soulèvement au prix du sang. Les vidéos macabres qui nous arrivent au compte-goutte font état de l’horreur d’un régime qui massacre son peuple, sa jeunesse, les femmes depuis des années mais dont la répression ce dernier mois dépasse l’imaginable. Plus de 30 000 morts en quarante-huit heures. Les snipers ont tiré sur les manifestants, dans des dizaines de villes du pays, pour tuer. Les milices du régime se sont précipitées dans les hôpitaux pour empêcher les soins ou achever les blessés, s’en prenant aux médecins eux-mêmes.

Accentuer la pression sur Téhéran

De nombreux Iraniens appellent une intervention extérieure, terrible mais nécessaire face à une pieuvre que les quarante-sept années de pouvoir ont formée contre toute résistance intérieure. Une partie de la diaspora iranienne assure que le lendemain ne sera pas le chaos de l’Irak ou de la Libye pour ce peuple vieux de trois mille ans, éduqué, cultivé, se battant pour accéder à la liberté, formant une nation constituée.

De fait, le régime iranien n’a cessé de prospérer sur nos renoncements, nos aveuglements, notre difficulté à nommer l’ennemi. Il a survécu, s’est renforcé, et a diffusé un islamisme politique qui tue les siens et sème la terreur dans le monde. Ce n’est pas d’une nouvelle négociation sur le nucléaire dont on a besoin, elle permettra uniquement au régime de gagner du temps. Il faut le faire tomber. L’inscription tardive mais bienvenue des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes par l’Union européenne n’est qu’un premier pas. Ils sont officiellement un danger pour la sécurité européenne. Il faut accentuer la pression.

La fin de la République islamique d’Iran n’aboutirait pas seulement à un changement de régime d’une portée historique pour le peuple iranien. Elle serait aussi, face à la violence et l’obscurantisme, un choc salutaire, géopolitique et idéologique majeur pour le Moyen-Orient et le monde.

© via REUTERS

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