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Donald Trump va-t-il frapper l'Iran ? Les scénarios possibles d'une attaque

Deux semaines après avoir promis aux manifestants iraniens que "l’aide est en route", Donald Trump s’apprête-t-il à attaquer Téhéran ? L’arrivée du porte-avions USS Abraham Lincoln et de son escorte au large des côtes iraniennes en début de semaine rend le scénario plus crédible que jamais. Le locataire de la Maison-Blanche avait déjà menacé de "frapper très fortement" le régime en début de mois, avant de reculer brusquement au prétexte d’une pause de la répression en interne. "A ce moment-là, les Américains ne disposaient pas dans la région des forces nécessaires à la conduite d’une opération de grande ampleur, relève David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut français d’analyse stratégique. Mais ils y ont aujourd’hui déployé un dispositif militaire inédit depuis l’invasion de l’Irak en 2003."

Outre son groupe aéronaval, Washington a dépêché sur place une douzaine de chasseurs F-15E, plusieurs avions-cargos et ravitailleurs, ainsi que des systèmes anti-aériens Patriot et THAAD, afin de renforcer la protection du ciel en cas de menace. Exploitant cette spectaculaire démonstration de force, le président américain a pressé l’Iran, ce mercredi 28 janvier, de conclure un accord sur les armes nucléaires, au risque d’une "attaque bien pire" que les frappes américaines de juin dernier. Pour l’instant, rien n’indique toutefois qu’une issue diplomatique soit atteignable à court terme. Après avoir estimé que des "discussions ne pourront avoir lieu que lorsqu'il n'y aura plus de menaces ni d'exigences excessives", la République islamique a promis de riposter "comme jamais" à toute attaque américaine.

Blocus ou frappes aériennes

Quelle que soit la décision finale du président républicain, le déploiement de son armada lui offre de nombreuses options. "Un blocus maritime pourrait d’abord être envisagé pour mettre un coup d’arrêt aux exportations de pétrole iranien contournant les sanctions, jauge David Rigoulet-Roze. Cela accentuerait la pression sur le régime en tarissant complètement ses maigres ressources financières." Malgré la pression occidentale, Téhéran a exporté plus de 46 milliards de dollars de pétrole brut en 2024, principalement vers la Chine. La disparition de cette manne dégraderait encore des finances déjà au bord du gouffre. Depuis le début du mois, la monnaie iranienne a perdu 5 % de sa valeur, atteignant même son plus bas historique ce mardi 27 janvier, avec 1,5 million de rials pour un dollar.

Les moyens colossaux déployés par Washington ouvrent en parallèle la voie à des options plus agressives. Les trois destroyers de classe Arleigh-Burke accompagnant le porte-avions Abraham Lincoln sont tous dotés de missiles de croisière Tomahawk - déjà employés par Washington pour bombarder l'Iran en juin. "Une nouvelle campagne aérienne contre ce qui reste du programme nucléaire, ou les capacités balistiques du régime, font partie des possibilités, analyse Behnam Ben Taleblu, chercheur principal à la Foundation for Defense of Democracies (FDD) à Washington. Cela pourrait s'accompagner de frappes contre les élites politico-militaires et l’appareil répressif." Parmi les cibles potentielles : les bases du Corps des gardiens de la révolution et des Bassidjis, une milice chargée de la sécurité intérieure du pays, ou encore le Conseil suprême de sécurité nationale, qui supervise l'action des forces armées. Une telle opération s’étalerait vraisemblablement sur plusieurs semaines, contrairement aux frappes ciblées contre les installations nucléaires iraniennes lors de la "guerre des 12 jours".

Décapiter le régime

Une action contre le guide suprême Ali Khamenei est-elle possible ? En juin, Trump affirmait savoir "exactement" où il se trouve, mais ne pas vouloir l'éliminer "pour l'instant". "Vu le succès de Trump contre Nicolas Maduro au Venezuela et sa préférence pour une action militaire ciblée et décisive, je suis certain que l'idée d'une décapitation du régime l'intéresse, analyse Behnam Ben Taleblu, chercheur à la FDD. Le problème est qu’il n’est pas assuré que cela suffise à faire basculer le pouvoir du côté des manifestants." En l’absence d’alternative crédible au sein de l’opposition, rien ne garantit en effet l’émergence d’un successeur non moins extrémiste. "Personne ne sait qui prendrait le dessus", a résumé le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio devant le Sénat ce mercredi 28 janvier. Face au risque d’une attaque américaine, le guide suprême aurait été transféré dans un bunker souterrain fortifié à Téhéran, selon une information du site d'opposition Iran International.

En dépit de la force de frappe américaine, se pose la question de la capacité de riposte iranienne. Le régime a d'ores et déjà déclaré qu'il considérerait toute attaque comme une "guerre totale", suggérant des représailles massives en cas d'agression américaine. Après les frappes de juin contre ses sites nucléaires, l'Iran s'était limité à quelques salves de missiles et drones contre la base d'Al-Udeid - la plus importante des forces américaines au Moyen-Orient. Les bombardements pourraient cette fois être d'une tout autre ampleur. "L’Iran conserve une force de frappe redoutable et il est fort probable qu’il cherchera à riposter avec ses missiles balistiques", prévient Behnam Ben Taleblu, de la FDD.

Son arsenal compterait environ 3 000 engins - de quoi tenter de saturer les défenses antiaériennes américaines. "Même si les Etats-Unis et Israël disposent de moyens d’interception, il est possible que certains projectiles parviennent à passer au travers", pointe Behnam Ben Taleblu. L’autre incertitude concerne les répercussions d’un conflit sur la navigation dans le golfe Persique, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Autant de risques que devra avoir en tête le président américain au moment de prendre sa décision.

© REUTERS

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