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Plus de 900 exécutions entre 1948 et 1997, puis plus rien... Comment la Corée du Sud fait-elle usage de la peine de mort ?

DÉCRYPTAGE - Le parquet sud-coréen a requis la peine capitale mardi 13 janvier contre l’ancien président Yoon Suk-yeol, accusé d’avoir tenté d’instaurer la loi martiale en décembre 2024. Mais le pays est abolitionniste de facto, puisque aucune exécution n’a eu lieu depuis 1998.

© CHUN YOUNG-HAN / AFP

Le tueur en série Kang Ho-soon (au milieu), reconnu coupable en 2009 du meurtre de dix femmes, est l’une des dernières personnes à avoir été condamnées à mort en Corée du Sud.
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Intervention américaine contre l’Iran : quelles sont les options envisagées ?

Des frappes ciblées à une offensive d’envergure, en passant par l’assassinat du guide suprême iranien, plusieurs scénarios sont examinés à Washington alors que le président américain affirmait ce 13 janvier que le soutien aux manifestants était “en route”. Mais la voie diplomatique n’est pas non plus écartée, rapporte la presse étrangère.

© PHOTO ERIC LEE/The New York Times

Le président Donald Trump s’entretenant de l’Iran avec des journalistes à bord d’Air Force One, le dimanche 11 janvier 2026.
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Craignant un retrait américain du Pacifique, Tokyo et Séoul se serrent les coudes

Lors d’un sommet à Nara, dans le centre du Japon, mardi 13 janvier, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, et le président sud-coréen, Lee Jae-myung, ont souligné leur volonté d’approfondir la relation entre les deux capitales. Une “nécessité” imposée par l’imprévisibilité diplomatique de Donald Trump, décrypte la presse des deux pays.

© PHOTO Eugene Hoshiko/POOL/REUTERS

La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi (à droite), et le président sud-coréen, Lee Jae-myung, lors de leur conférence de presse conjointe, à Nara, dans le centre du Japon, mardi 13 janvier.
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La Birmanie a-t-elle commis un génocide contre les Rohingyas ?

Les juges de la Cour internationale de justice de La Haye examinent, jusqu’au 29 janvier, les arguments de la Gambie et de la Birmanie pour déterminer si cette dernière a violé la Convention sur le génocide à l’égard de la minorité rohingya. De façon exceptionnelle, des victimes seront entendues devant cette juridiction.

© PHOTO PIROSCHKA VAN DE WOUW/REUTERS

Le ministre chargé du cabinet du président birman, Ko Ko Hlaing, lors de l’ouverture des audiences devant la Cour internationale de justice (CIJ) examinant les accusations de génocide envers les Rohingyas, minorité musulmane birmane, portées par la Gambie contre la Birmanie, à La Haye, aux Pays-Bas, le 12 janvier 2026.
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Malgré le cessez-le-feu, Israël continue les démolitions à Gaza

D’après “The New York Times”, plus de 2 500 bâtiments ont été détruits par Tsahal dans la bande de Gaza depuis le 10 octobre, parfois au-delà de la ligne de retrait de l’armée israélienne.

© Saher Alghorra/The New York Times

La ville de Gaza, le 24 octobre 2025, peu après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
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Scènes de carnage et contre-manifestations en Iran : le régime veut mater la révolte

Après avoir réprimé à huis clos et dans le sang, vraisemblablement au prix effroyable de milliers de victimes, ce qu’elles considèrent comme un complot “terroriste” ourdi par les États-Unis et Israël, les autorités de la République islamique iranienne ont organisé lundi 12 janvier des rassemblements de masse en soutien au régime.

© Photo Stringer/WANA (West Asia News Agency)/REUTERS

Une manifestation pro-régime à Téhéran, en Iran, le 12 janvier 2026. Photographie fournie par l’agence de presse officielle WANA.
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« Le Bilan du Monde » : 2025, début d’un ordre mondial postoccidental

« Le Monde » publie l’édition 2026 de son hors-série, qui revient sur une année marquée par la montée en puissance d’un ordre alternatif incarné par trois prédateurs, l’Américain Donald Trump, le Chinois Xi Jinping et le Russe Vladimir Poutine.

« Le Bilan du Monde, édition 2026 », hors-série, 220 pages, 18 €.
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Manifestations en Iran

La République islamique d'Iran fait face à l'un de ses plus importants mouvements de contestation depuis sa proclamation en 1979. La répression des manifestations a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation en décembre 2025 selon une ONG. L'Iran a coupé le 8 janvier les accès à internet de sa population, l'empêchant de partager avec le reste du monde des informations sur les manifestations en cours contre le pouvoir. Le président américain Donald Trump a plusieurs fois menacé la République islamique de "frapper très fort" en cas de répression sanglante.

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Retraites : les travaux continuent

Aucun pays d'Europe n'échappe au casse-tête du financement des retraites, et il existe presqu'autant de systèmes que d'États. Alors qu'en France, le gouvernement a finalement mis de côté sa réforme, l'Espagne s'apprête à augmenter les pensions, et l'Allemagne apprend aux enfants à épargner - dès l'âge de 6 ans. 

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Incendie de Crans-Montana : mesures de contrainte pour Jessica Moretti, copropriétaire du bar Le Constellation

Alors que l’enquête sur l’incendie du Constellation se poursuit, le tribunal des mesures de contrainte a annoncé avoir imposé, lundi, à Jessica Moretti « des mesures de substitution à la détention provisoire en raison de l’existence d’un risque de fuite ».

© Umit Bektas/REUTERS

Jacques et Jessica Moretti, le couple qui tenait le bar Le Constellation dans la station de ski de Crans-Montana, arrivent au ministère public du canton du Valais à Sion (Suisse) pour y être interrogés, le 9 janvier 2026.
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Les Etats-Unis désignent les Frères musulmans en Egypte, au Liban et en Jordanie comme « organisations terroristes étrangères »

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, avait signé en novembre un décret pour déclencher ce processus de désignation, contre ce mouvement fondé en 1928 qui défend le projet d’un islam politique conservateur.

© KHALIL MAZRAAWI/AFP

Des manifestants brandissent le drapeau des Frères musulmans, lors d’un rassemblement de soutien aux Palestiniens, au lendemain d’un raid israélien meurtrier contre le camp de Jénine, le 27 janvier 2023, à Amman (Jordanie).
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Etats-Unis : les prix restent hauts, malgré les déclarations de Donald Trump sur l’inflation stable

Les chiffres de décembre montrent une hausse des prix à la consommation de 2,7 % sur douze mois, équivalente à celle de novembre. Mais l’inflation alimentaire et énergétique (sauf l’essence) – la plus sensible au quotidien pour les citoyens – est élevée.

© ALEX WONG/Getty Images via AFP

Des supporters de Donald Trump brandissent des pancartes réclamant des prix plus bas, lors d’un discours du président américain dans un casino de Mount Pocono (Pennsylvanie), le 9 décembre 2025.
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Trump s'attaque au patron de la Fed : la mystérieuse apathie de Wall Street

La décision de l’administration Trump, dimanche, d’ouvrir une enquête contre Jerome Powell, patron de la Réserve fédérale, a été perçue comme un coup inédit à l’indépendance de la Banque centrale américaine. Un principe fondamental aux yeux des économistes et des marchés financiers. Pourtant la Bourse américaine n’a presque pas réagi. Une apathie dangereuse ?

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Mohammed VI, les secrets d'un roi : ses séjours parisiens, sa brouille avec Emmanuel Macron, sa vie privée

Bientôt vingt-sept ans de règne et un brouillard toujours aussi épais. Mohammed VI est-il le "roi des pauvres" ou un chef d’Etat fainéant ? Un monarque progressiste ou un autocrate autoritaire ? Gouverne-t-il lui-même en télétravail ou est-il le pantin de ses conseillers ? Dans Mohammed VI, le mystère (Flammarion), une enquête d’exception publiée ce 14 janvier, le journaliste Thierry Oberlé s’emploie à dissiper la brume autour du roi du Maroc. Il révèle que "M6", comme l’appellent les Marocains, souffre d’une maladie chronique, une affection très invalidante et a priori incurable. S’y ajoute une affection plus psychologique, cette éternelle tentation de l’ailleurs qui le pousse à fuir régulièrement les frontières de son pays, parfois plus de six mois par an. Avec une préférence toute particulière pour les séjours parisiens, malgré ses relations exécrables avec Emmanuel Macron.

Ce livre nous immerge aussi dans le bocal du "mahzen", comme on nomme à Rabat la cour du roi, un univers de trahison et de disgrâces. Y surnagent depuis plusieurs années les frères Azaitar, des boxeurs originaires d’Allemagne, dont Thierry Oberlé retrace les liens avec le crime organisé. Au fil d’un chapitre foisonnant, l’auteur brise encore un tabou : la complaisance, voire les complicités royales, avec lesquelles le trafic de drogue prospère depuis la région marocaine du Rif, jusqu’à représenter 80 % du cannabis écoulé en France. Malgré ces usages baroques, il arrive que Mohammed VI ordonne, et l’intendance exécute. Avec quelques succès spectaculaires à son actif : à rebours des principes du droit international, le Royaume a obtenu que l’ONU adoube la marocanité du Sahara occidental, en novembre 2025. En dépit des apparences, le fils a réussi là où son père, le redoutable Hassan II, a toujours échoué. Découvrez des extraits exclusifs du livre.

Roi en télétravail

Le roi a toujours eu le goût de l’ailleurs, du lointain. Dès le début de son règne, il voyage, emmenant avec lui sa cour et ses amis. Ses déplacements sont secrets au point que des collaborateurs le rejoindraient avec de vrais faux passeports. "Mohammed VI, qui accumule autant de titres royaux, a-t-il le droit de s’absenter si souvent et pendant si longtemps sans même annoncer la date de son voyage et sa durée ?", interrogeait le journaliste marocain Ali Anouzla dans un éditorial publié en juin 2013 sur le site d’information Lakome. Est-ce cette interrogation qui lui a valu un bref séjour en prison et la fermeture de son journal officiellement accusé d’avoir diffusé une vidéo d’Al-Qaïda au Maghreb islamique ? À partir de 2015, la tendance au voyage s’accentue. En 2017 et 2018, Mohammed VI passe plus de la moitié de son temps loin de son pays.

"Le roi est un hédoniste, confie un de ses fidèles, il aime les plaisirs de l’existence." Cela signifie-t-il qu’il est peu studieux ? Les avis divergent. Adepte avant l’heure du télétravail, il gouvernerait au quotidien par téléphone. En 2018, année quasi sabbatique, il est absent presque toute l’année. Oublié le distanciel ! Ses collaborateurs insistent sur son implication dans les grands dossiers et son acuité intellectuelle. "Il s’intéresse aux sujets prioritaires comme à des sujets a priori secondaires, avec une patience pointilleuse, en leur accordant une importance identique", indique l’un d’eux.

"Il est beaucoup dans l’évitement et sa concentration sur son immense charge est séquentielle", commente un ancien diplomate français à Rabat. Mohammed VI dédaigne la politique marocaine mais se passionne pour le développement des lignes TGV. Il surveille dans ses moindres détails le chantier de construction du Royal Mansour de Marrakech. Durant les travaux, il fait installer des caméras sur place et des écrans de contrôle chez lui. S’il voit un maçon peu absorbé par sa tâche, il signale le tire-au-flanc.

Le secret de sa fortune

Il y a une dizaine d’années, le magazine Forbes classait Mohammed VI au cinquième rang des grandes fortunes d’Afrique et en tête de la liste des rois les plus riches du continent. Le redéploiement des avoirs du souverain entamé depuis le début de son règne avait, semble-t-il, permis de faire fructifier sa fortune dans des proportions massives. Sur le plan mondial, il occupait la septième position dans le top 10 des têtes couronnées. Mohammed VI réussissait le tour de force d’être aussi riche que l’émir du Qatar, sans pétrole mais grâce à des montages financiers. En 2014, sa fortune était estimée à 2,5 milliards de dollars.

En 2015, elle avait plus que doublé en passant à 5,7 milliards de dollars. Forbes expliquait ce bond en avant par de "nouvelles informations sur la valeur des actifs de la SNI, la holding royale". Depuis, la SNI devenue Al Mada est sortie de la Bourse de Casablanca. La holding royale n’a plus l’obligation de rendre publics ses résultats et elle se garde bien de se prêter à l’exercice de transparence. La fiche du roi dans le "Who’s Who" de Forbes, dont le classement est une référence, n’est plus réactualisée faute d’informations. Il faut examiner les comptes société par société pour y voir clair.

Mohammed VI, l'homme le plus riche du Maroc
Mohammed VI, l'homme le plus riche du Maroc

Avant la dissolution de la SNI dans Al Mada, un dernier bilan financier émanant du conseil d’administration de la société avait été repris par l’agence officielle MAP. On y apprenait que la SNI/Al Mada, qui est détenue majoritairement par la famille royale, avait réalisé en 2017 un résultat net de 4,65 milliards de dirhams (420 millions d’euros), en hausse de 5,12 % par rapport à l’exercice précédent, selon les états financiers consolidés du groupe. En 2020, l’hebdomadaire Jeune Afrique plaçait Al Mada à la 37e place de son classement des 500 plus grandes entreprises d’Afrique sur la base de ses comptes de 2018. Le fonds d’investissement a depuis disparu de sa liste.

En dépit des écrans de fumée, il est certain que la fortune de Mohammed VI s’est accrue ces dernières années – même pendant le Covid-19 –, grâce à la bonne santé de ses entreprises, au rachat de sociétés agglomérées au groupe, aux investissements dans l’immobilier et bien sûr aux dividendes versés à la famille royale. Selon la lettre confidentielle Africa Intelligence, l’assemblée générale d’Al Mada avait proposé de verser en 2022 la coquette somme de 305 millions d’euros à ses heureux actionnaires royaux, malgré des résultats en forte baisse. La fortune de Mohammed VI pourrait aujourd’hui dépasser les 10 milliards de dollars.

Tabou de la drogue

Face aux défis de la culture et du trafic la position du Makhzen consiste à "ne pas troubler les réseaux existants tout en contrôlant leur évolution", écrit l’anthropologue Khalid Mouna, dans son livre tiré de sa thèse Le Bled du kif : économie et pouvoir chez les Ketama du Rif. "La gestion de l’économie du kif en tant que dossier sensible relève de l’autorité du Palais royal. Les acteurs politiques acceptent la règle du jeu et laissent les relais monarchiques gérer ce type de situation", explique le chercheur. Le propos date de 2010, il est toujours d’actualité.

"En 2006, j’avais écrit une lettre au roi pour dénoncer le trafic qui se déroulait dans la lagune de Nador en toute impunité et au vu de tous", me racontait, dix ans plus tard, Chakib Al Khayari, un militant associatif défenseur des paysans rifains. "J’ai écopé d’une peine de trois ans d’emprisonnement pour avoir dit, à la suite du démantèlement d’un réseau, que les arrestations avaient épargné les gros poissons et les détenteurs de postes sensibles", ajoutait-il. Avant de conclure, dans un sourire amer : "Au moins, en prison, j’étais à l’abri des représailles des grands trafiquants." La justice marocaine avait estimé que ses déclarations étaient dénuées de tout fondement, qu’elles portaient atteinte aux "efforts déployés dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue" et qu’il avait "perçu des fonds de parties étrangères". Il n’est pas bon, au Maroc, d’être un lanceur d’alerte dénonçant l’existence de complicités à haut niveau au sein d’institutions étatiques : Chakib Al Khayari avait, selon ses termes, "brisé un tabou" en affirmant que "les barons avaient trouvé leur place au Parlement". Les islamistes du PJD, au gouvernement de 2011 à 2021, ne disaient pas autre chose quand ils étaient au pouvoir. Pour eux, le rival du PAM était "le parti des trafiquants". En 2015, durant la campagne des régionales, le Premier ministre Abdelilah Benkirane affirmait quant à lui que "l’argent utilisé par le PAM" durant les élections était "issu de la poudre que l’on connaît tous". Le parti a toujours réfuté.

Mais le ver était dans le fruit du parti du roi dès sa naissance, en 2008. Initié par Fouad Ali El Himma, le conseiller politique du monarque, le PAM s’est appuyé à sa fondation sur une solide base rifaine. Il a rallié, dans la région d’Al Hoceïma, Saïd Chaou. Né en 1967, ce cousin d’Ilyas El Omari, dirigeant du PAM, a émigré aux Pays-Bas dans les années 1980 pour gagner sa vie dans le commerce de stupéfiants. Il avait pignon sur rue à Roosendaal, dans le Brabant, près de la frontière belge, une localité où les consommateurs et les dealers français venaient s’approvisionner en cannabis dans les coffee-shops, en toute légalité à l’époque. Il rentre riche au pays avec des ambitions. L’"enfant prodigue" du Rif est élu député en 2007 sous les couleurs d’un micro-parti, Al Ahd, qui obtient une demi-douzaine d’élus au Parlement. Sa formation est absorbée l’année suivante par le PAM dont l’objectif est de gagner les prochaines échéances électorales. Ilyas El Omari le présente, selon le média en ligne Le Desk, "comme un digne fils de la diaspora rifaine revenu au pays pour investir". En 2010, Chaou prend la poudre d’escampette et rentre à Roosendaal. Il est lâché par ses amis politiques et déchu de son siège de député.

Refuge parisien

Seuls les membres du premier cercle connaissent sa destination. Lorsqu’il est en déplacement privé, Mohammed VI disparaît des radars. Il se trouve à Paris, à New York ou ailleurs. Lorsque l’escapade est française, la DGSE est en général informée par Rabat pour assurer sa sécurité, et ce, même pendant les périodes de mésentente. En 2022, Mohammed VI a passé quatre mois pratiquement ininterrompus en France, de juin à début octobre, en dépit de ses clashs avec Emmanuel Macron. Il en allait de même durant la brouille avec François Hollande. Le séjour le rapprochait de ses sœurs, Lalla Meryem et Lalla Hasna, également propriétaires de pied-à-terre dans la capitale et parisiennes d’adoption. (…)

De ses voyages anonymes dans sa ville de cœur, il reste sur les réseaux sociaux une vidéo qui ne l’est pas. Prise sur le vif par le passager d’une voiture, étonné de voir le roi, elle montre le souverain en virée nocturne avec des proches, dont un combattant d’arts martiaux hispano-marocain, avançant sur un trottoir, le regard désorienté. Devenue virale, la séquence a fait jaser. Rien de tel en cette fin d’été 2023. Depuis trois ans, il n’est plus contraint de descendre au Ritz, place Vendôme, ou au Crillon, place de la Concorde, où il avait ses habitudes. Il est propriétaire d’un hôtel particulier près de la tour Eiffel, du côté du Champ-de-Mars, acquis pendant la période du Covid. Un modeste investissement de 80 millions d’euros dont il souhaite, selon un familier du Palais, faire profiter son fils qui, à la différence de son père et de son défunt grand-père, n’éprouve pas une attirance particulière pour la Ville Lumière et plus généralement pour la culture française.

Brouille avec Macron

Emmanuel Macron est furieux. Sa colère contre le roi du Maroc ne retombe pas depuis qu’il a appris que l’un de ses smartphones personnels serait ciblé par un logiciel espion. L’Élysée a été prévenu par le consortium de journalistes internationaux Forbidden Stories, qui révèle le 18 juillet 2021 le listing d’un utilisateur étatique du logiciel espion israélien Pegasus. Le président est en bonne compagnie. Les enquêteurs du "projet Pegasus" ont repéré dans le registre les coordonnées de personnalités, notamment politiques, dont l’ex-locataire de Matignon Édouard Philippe et 14 ministres – de Gérald Darmanin à Jean-Yves Le Drian. Dans la majorité des cas inspectés par le laboratoire d’analyses d’Amnesty International, la preuve d’une présence du virus est établie. L’existence de cette liste signifie qu’un client du logiciel espion vendu à des États par la firme israélienne NSO a au mieux envisagé une infection, au pire infiltré les téléphones. Le Maroc est suspecté. Aux côtés des personnalités françaises apparaissent en effet les numéros d’appel de centaines de Marocains. Ce sont des opposants, des journalistes, des avocats et même des membres de la famille royale. L’analyse de la liste montre que les commanditaires de cet espionnage de masse s’intéressent à l’actualité hexagonale, marocaine ainsi qu’algérienne. (…)

Le mouchard Pegasus est vicieux : il incruste ses virus vite et bien pour accéder aux messageries, aux données, aux sons et aux images de n’importe quel téléphone. Il prend le contrôle de l’appareil pour siphonner un ordinateur connecté. Emmanuel Macron utilise fréquemment le 06 visé par ce logiciel espion, vendu à des États par NSO Group, une firme de la "start-up nation" israélienne, et ce avec l’assentiment de son gouvernement. La vérification du smartphone n’apaise pas l’état d’esprit de "Jupiter", selon un ambassadeur qui suit l’affaire depuis le Proche-Orient.

Le président appelle Mohammed VI. La conversation est brève et tendue. Il demande au roi si le royaume l’a espionné. Mohammed VI est catégorique : il ne l’a jamais fait et aucun ordre n’a été transmis dans ce sens, il en donne sa parole. "Je ne vous crois pas !", répond, glacial, le président français. L’appel s’interrompt. "Macron a été très, très maladroit. Il a manqué de respect au roi du Maroc, ce que je sais de sources très sûres", croit savoir l’écrivain franco-marocain, ami du Palais, Tahar Ben Jelloun. (…)

Emmanuel Macron n’a pas d’atomes crochus avec Mohammed VI, ni de liens privés avec son royaume. Et, pour sa part, Mohammed VI ne peut être que dans la retenue face à un président à la personnalité aussi jupitérienne que celle de son père. Le Maroc n’est pas pour Emmanuel Macron un jardin méridional où l’on prend ses aises, séduit par le charme de l’hôte. (…) À Rabat, l’ambassadeur de France est en quarantaine et ses collaborateurs s’ennuient. "Emmanuel Macron ne calcule pas le roi. Il ne le comprend pas et cela ne le dérange pas outre mesure. Il éprouve à son égard une forme d’indifférence", raconte un conseiller spécial d’Emmanuel Macron. Lors d’une réunion, informé des récriminations adressées par Mohammed VI, le président se lâche : "Mais qu’est-ce qu’il a, ce mec ?", s’agace-t-il.

© Diego Mallo

Le journaliste Thierry Oberlé publie "Mohammed VI, le mystère" (Flammarion).
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