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« Le pétrole n’est pas une sorte de trésor souterrain que l’on peut “prendre” »

C’est une illusion de croire que la sécurité économique des Etats-Unis puisse découler de la conquête territoriale du Venezuela, analyse Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique, en s’appuyant sur le livre « Oilcraft », de l’Américain Robert Vitalis.

© MARYORIN MENDEZ / AFP

Une raffinerie de pétrole, à Puerto Cabello, au Venezuela, le 11 janvier 2026.
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En Thaïlande, un accident de train causé par l’effondrement d’une grue fait au moins 22 morts

Des dizaines de personnes ont aussi été blessées dans ce train, qui circulait entre la capitale, Bangkok, et la province d’Ubon Ratchathani. Les opérations de secours ont été temporairement interrompues en raison d’une « fuite de produits chimiques », a fait savoir la police locale.

© AP

Sur le lieu de l’accident après l’effondrement d’une grue sur un train de passagers dans la province de Nakhon Ratchasima, en Thaïlande, le 14 janvier 2026.
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En Corée du Sud, la peine de mort requise contre Yoon Suk Yeol, pour sa déclaration de loi martiale

Pour les procureurs, l’ex-président conservateur sud-coréen est coupable d’avoir mené une insurrection « dans le but de rester au pouvoir en s’arrogeant les pouvoirs judiciaire et législatif ». Le verdict est attendu le 19 février.

© Lee Jin-man / AP

Yoon Suk Yeol, lors de la procédure de sa destitution en tant que président, à la Cour consitutionnelle, à Séoul, le 11 février 2025.
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Comment les États-Unis renouent avec l’impérialisme en Amérique latine

Vous êtes en terminale ou en première spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) ? La Lettre de l’éduc est pour vous. Chaque semaine, Benjamin Daubeuf, professeur agrégé d’histoire-géographie, vous conseille la lecture d’un article d’actualité qui résonne avec votre programme. Cette semaine, une analyse du changement d’attitude de Washington à l’égard du reste du continent américain.

© “Courrier international”

La Lettre de l’éduc, révisez les programmes d’histoire-géographie avec “Courrier international”, par Benjamin Daubeuf.
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«Ce n’est pas le Venezuela» : pourquoi les États-Unis n’ont pas intérêt à frapper les cartels sur le sol mexicain

DÉCRYPTAGE - Dans le sillage de l’intervention américaine contre le Venezuela, Donald Trump a menacé de poursuivre les frappes au sol contre les cartels de drogue, mentionnant ouvertement le Mexique. Pourtant, tout indique que Washington aurait beaucoup à perdre à s’aliéner son partenaire mexicain.

© Jose Luis Gonzalez / REUTERS

Un policier monte la garde sur les lieux où des restes humains ont été découverts dans la banlieue de Ciudad Juarez, au Mexique, le 9 janvier 2026.
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400.000 dollars sur la chute de Maduro : avec Polymarket, Shayne Coplan flambe avec l’avenir du monde

Le fondateur de la plate-forme de paris en ligne Polymarket a su transformer l’incertitude géopolitique en produit dérivé financier. Un marché à la croisée du jeu d’argent et de l’information, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars, sur lequel les régulateurs et les juristes s’interrogent encore.

© Matthew Reeves/BFA.com/Shutterst

Shayne Coplan.
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Bruno Tertrais : "Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre l'Iran et la Russie"

L'Iran n'est pas le membre le plus important de ce que certains ont appelé "l'axe anti-occidental", explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, le noyau dur du "quatuor" étant constitué par la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Devant la crise à laquelle est confronté le régime des mollahs, "Pékin et Moscou attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux", souligne l'auteur de La Guerre des mondes. Le retour de la géopolitique et le choc des empires (Ed. de l'Observatoire - nouvelle édition, Alpha, 2025). Entretien.

L'Express : Comment la Chine et la Russie regardent-elles la crise en Iran ?

Bruno Tertrais : Je ne pense pas que la Chine s'inquiète de la possibilité qu'un régime différent arrive au pouvoir. En revanche, une période de chaos prolongé en Iran pourrait mettre hors-jeu l'un de ses principaux fournisseurs de pétrole, plus important que le Venezuela. Pour la Russie, c’est différent. Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre Téhéran et Moscou, qui n’a pas d’alliance formelle avec l’Iran. Cela dit, la position stratégique et géographique de l’Iran la rend particulièrement importante pour Moscou, y compris du point de vue de l'influence de l'islam chiite sur le Caucase et l'Asie centrale. Ce sont surtout ces considérations qui préoccupent la Chine et la Russie, plutôt que des considérations de grande stratégie anti-occidentale.

Dans quelle mesure la chute du régime de Téhéran affaiblirait-elle ce que certains appellent l'axe anti-occidental ?

Ce n'est pas un axe, mais plutôt une sorte de "quatuor" de pays anti-occidentaux. Seuls deux d’entre eux sont formellement alliés : la Corée du Nord et la Russie. Et il n'y a quasiment aucune coopération à quatre, sauf dans le domaine des drones - à l’image de ces Nord-coréens qui, à Kazan, fabriquent des drones avec des pièces détachées chinoises sur des modèles iraniens. En réalité, cette "amicale" anti-Occident est surtout constituée de la Russie, la Chine et la Corée du Nord, trois pays mitoyens dont les habitudes de coopération datent d’avant la révolution iranienne. Ce sont eux, le noyau dur. D’ailleurs, le Guide suprême iranien n’était pas à Pékin, en septembre dernier, aux côtés de Kim Jong-un, de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Remarque importante : l'opération américaine au Venezuela a montré - comme c’était déjà le cas après les bombardements de juin dernier sur l'Iran - que les performances des systèmes de défense antiaérienne, des intercepteurs russes et des radars chinois sont très mauvaises. Constat qui, au passage, risque de renforcer encore la paranoïa de ces régimes…

Êtes-vous surpris par la prudence de Pékin et de Moscou vis-à-vis des événements en Iran ?

Non. Et je serai même étonné qu'il y ait des réactions fortes de la part de ces pays qui attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux.

Cette attitude doit en tout cas faire prendre conscience au régime iranien qu’il est bien seul, après l'affaiblissement du Hezbollah et la chute de Bachar al-Assad…

La guerre des Douze jours [avec Israël, en juin dernier], qui a révélé la faiblesse des défenses iraniennes, a beaucoup choqué le régime. L’Iran est un pays blessé qui se referme sur lui-même, et dont la première motivation aujourd’hui est de préserver le régime envers et contre tout, d’où la violence actuelle envers les manifestants. Sans doute le gel prévisible des circuits financiers avec le Venezuela complique-t-il la situation iranienne…

Peut-on, selon vous, imaginer un accord "à la vénézuélienne" entre l'administration Trump et Téhéran ? À savoir, décapiter le régime, sans le faire tomber ?

Cela me paraît fantasmagorique. Je n'imagine pas de négociation formelle entre ce régime et les Etats-Unis. Comment imaginer que les Gardiens de la Révolution négocient le départ de Khamenei avec Washington ? Cela ne veut pas dire qu’il faut exclure un scénario où le régime tente une sorte de perestroïka. Mais il n’a pas besoin des États-Unis pour ça.

La question nucléaire peut-elle, avec le durcissement du régime, revenir au premier plan ?

Non, je ne le pense pas. En revanche, si le régime s'effondre et que c’est le chaos, l’inquiétude pourrait monter concernant l’avenir de ce qu’il reste du programme nucléaire iranien, des infrastructures, de la matière et des scientifiques. On pourrait alors imaginer que les Israéliens – et sans doute aussi les Américains – mènent des opérations conjointes pour contrôler certaines installations.

Quelles seraient les conséquences d’une chute du régime pour l'Arabie saoudite ?

Les régimes autoritaires n'aiment pas le chaos, ni chez eux, ni autour d'eux. Je ne suis donc pas certain que l'Arabie saoudite se réjouisse d'un scénario de chaos en Iran, tout comme la Chine ou la Russie. Imaginons maintenant un scénario dans lequel les Gardiens de la révolution récupèrent le pouvoir au détriment des autorités religieuses, et où l'équilibre entre les deux soit rompu au bénéfice des premiers, l'Arabie saoudite serait alors débarrassée d'un problème qui existe depuis 1979, à savoir la contestation permanente par le régime iranien du statut du roi de l'Arabie saoudite comme "gardien des deux mosquées". Évoquons aussi l'aspect pétrolier : si la production et la distribution de pétrole sont très sévèrement perturbées pendant cette période de chaos, cela aura un impact fort sur l’Arabie saoudite qui, comme les autres monarchies du Golfe, veut d’abord la sécurité du trafic maritime pour exporter les hydrocarbures. Maintenant, imaginons deux variantes de ce scénario. Dans le cas de la stabilisation d'un régime iranien qui ne serait plus une théocratie mais une république autoritaire, l'Arabie saoudite pourrait saluer l'avènement d'un régime qui lui serait moins hostile. Entre régimes autoritaires mais non concurrents sur les plans politique et idéologique, de chaque côté du Golfe, on peut très bien imaginer qu'ils arrivent à s’entendre.

Second cas, qui n'est pas le schéma actuel, mais pourrait le devenir dans quelques années : l'Iran devient une sorte de "nouvelle Turquie", c'est-à-dire un pays qui accepte une occidentalisation partielle et se développe dans un cadre relativement autoritaire, avec une dimension religieuse qui n'aurait pas disparu. Ce scénario pourrait devenir un problème pour l'Arabie saoudite, car l’Iran deviendrait dans les faits une sorte de concurrent, un nouveau régime autoritaire moderne au Moyen-Orient avec une élite et une classe moyenne extrêmement éduquée.

© Sputnik/Sergei Karpukhin/Pool via REUTERS

Le président russe Vladimir Poutine rencontre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi au Kremlin à Moscou, le 23 juin 2025.
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EN DIRECT, guerre en Ukraine : la Russie poursuit ses frappes sur des infrastructures énergétiques ukrainiennes

Plus de 45 000 abonnés de Kryvy Rih, dans l’oblast de Dnipro, ont été privés de courant pendant plusieurs heures dans la nuit de mardi à mercredi, après des attaques de drones. L’électricité a été rétablie en matinée et aucune victime n’est à déplorer.

© Danyil Bashakov / AP

Tetiana Tatarenko éclaire son chemin à l’aide d’une lampe torche alors qu’elle se rend chez son voisin pendant une coupure d’électricité causée par les attaques aériennes régulières de la Russie contre les infrastructures énergétiques du pays à Kiev, le 13 janvier 2026.
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En Cisjordanie, l’université palestinienne de Birzeit toujours sous le choc, une semaine après les tirs de l’armée israélienne contre des étudiants

Les soldats sont intervenus, le 6 janvier, lors d’un rassemblement en solidarité avec les prisonniers palestiniens lors duquel le film « La voix de Hind Rajab » devait être diffusé. Une douzaine de personnes ont été blessées.

© Laurence Geai/MYOP pour « Le Monde »

L’université de Birzeit (Cisjordanie), le 11 janvier 2026. L'armée israélienne était arrivée jusqu’à ce rond-point, sur le campus, pour une opération en plein jour, le 6 janvier 2026.
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Maria Corina Machado à Washington : ce message envoyé par Donald Trump, par Margarita Cadenas

Jeudi 15 janvier, Maria Corina Machado sera reçue à Washington par Donald Trump. Ce simple fait dit plus que n’importe quel communiqué diplomatique. Dans un Venezuela fracturé, ruiné et militarisé, cette rencontre marque l’irruption d’une autre légitimité face au chaos du pouvoir chaviste-maduriste.

Lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado n’est pas une opposante de salon. Elle incarne pour des millions de Vénézuéliens une promesse rare : celle d’une transition démocratique réelle après vingt-cinq ans de confiscation du pouvoir. Son autorité ne vient ni d’un décret ni d’une faction, mais d’un fait politique incontestable : l’opposition a revendiqué la victoire à l’élection présidentielle de 2024, preuves à l’appui, tandis que Nicolas Maduro n’a jamais présenté les siennes.

Ce n’est donc pas seulement une femme politique qui arrive à Washington, mais la représentante d’un pays qui refuse de se résigner. Elle n’est pas une dissidente exilée : elle porte le message d’une majorité qui réclame la reconnaissance de sa victoire et la fin d’un régime accusé de corruption, de narcotrafic et de fraude électorale.

Le paradoxe est que cette reconnaissance pourrait intervenir alors que le pouvoir réel à Caracas est tout sauf stable. Depuis l’arrestation de Maduro, Delcy Rodriguez a été installée comme présidente par intérim, adossée à l’armée et aux structures du régime. Pour une partie de la communauté internationale, elle représente une solution de continuité : capable d’assurer l’ordre, de maintenir les contrats et de gérer le pétrole.

Mais pour une large part de la société vénézuélienne, Delcy Rodriguez incarne aussi la répression, les prisonniers politiques et le système de prédation du chavisme-madurisme. La contradiction est brutale : comment reconstruire un pays détruit en confiant la transition à ceux qui l’ont participé à sa ruine ?

C’est ici que le Venezuela ressemble à un véritable panier de crabes. Delcy Rodriguez n’est pas seule : son frère Jorge contrôle l’appareil politique, Diosdado Cabello incarne la ligne dure du chavisme, Vladimir Padrino tient l’institution militaire. Chacun défend son territoire, ses réseaux, ses protections. Aucun n’a intérêt à une rupture totale, et tous craignent qu’une démocratie réelle implique aussi la justice, se méfiant constamment les uns des autres.

Dans ce jeu de forces claniques, la visite de Maria Corina Machado agit comme un révélateur. En la recevant, Donald Trump ne se contente pas d’écouter une opposante : il reconnaît une légitimité alternative à celle de l’appareil du régime. Il envoie un message aux marchés, aux diplomates, aux forces vives : le Venezuela de demain n’est pas condamné à être une simple continuité du chavisme sous un autre nom.

La tension est palpable. Trump parle de stabilité, d’investissements, de pétrole, de reconstruction. Machado parle de démocratie, de droits et de vérité électorale. L’un voit l’avenir comme un espace économique à sécuriser ; l’autre comme un espace politique à libérer. Les deux ne sont pas incompatibles, mais ne coïncident pas naturellement.

La rencontre de Washington ne règle rien. Elle ne ferme aucun chapitre. Mais elle ouvre une brèche. Elle rappelle qu’au milieu du panier de crabes du pouvoir vénézuélien, il existe encore une force plus redoutable que toutes les factions réunies : la légitimité populaire.

Le vrai défi n’est plus seulement de faire tomber les figures du passé, mais de construire une transition qui ne soit ni vengeance ni recyclage. Une transition qui permette à un pays ruiné de se relever sans renoncer à la justice, à la prospérité et à la liberté.

C’est, au fond, ce que Maria Corina Machado vient chercher à Washington : la reconnaissance d’un peuple qui refuse d’être remplacé par ses geôliers.

*Margarita Cadenas est réalisatrice et documentariste franco-vénézuélienne. Son travail porte notamment sur le Venezuela, l’Amazonie et les enjeux politiques et sociaux contemporains.

© REUTERS

Maria Corina Machado , lauréate du prix Nobel de la paix et figure de l'opposition vénézuélienne, s'exprime lors d'une conférence de presse à Oslo, en Norvège, le 11 décembre 2025.
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EN DIRECT, Iran : la répression du mouvement de contestation a fait plus de 2 500 morts, selon l’organisation de ​défense ‌des droits humains HRANA

Selon l’ONG, qui fait état de « morts confirmées », 2 403 manifestants et neuf civils qui ne prenaient pas part aux manifestations ont été tués. Par ailleurs, l’organisation rapporte que 147 membres des forces de sécurité et soutiens du gouvernement ont également été tués.

© AP

Lors d’une manifestation antirégime, à Téhéran, le 9 janvier 2026.
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