EN DIRECT, Groenland : des avions d’une force militaire américano-canadienne doivent « bientôt arriver » au Groenland

© OLIVIER LABAN-MATTEI/MYOP POUR « LE MONDE »

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Le salut du Groenland viendra-t-il de l'article 42.7 du traité sur l'Union européenne (TUE) ? Faute de pouvoir activer l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord, qui ne s'applique qu'aux agressions extérieures mais ne prévoit rien en cas d'attaque entre alliés, les Européens pourraient en revanche recourir à un autre mécanisme, moins connu du grand public, mais dont le commissaire européen chargé de la défense et de l'espace, Andrius Kubilius, a rappelé lundi l'existence. Conformément à cet article, chaque Etat membre a l'obligation d'aider tout autre membre qui subirait une agression armée sur son territoire.
L'article 42.7 du TUE dispose d'ailleurs d'un point fort : pour entrer en vigueur, il n'a besoin d'être activé que par un seul Etat membre, comme le détaille Tim Haesebrouck, professeur de politique internationale à l'université de Gand, auprès de la cellule de fact-checking d'Euronews. Une fois invoquée, les autres Etats membres ont une obligation d'aide et d'assistance "par tous les moyens en leur pouvoir" envers le pays l'ayant déclenché. Autrement dit, envers le Danemark, le cas échéant. Mais chaque membre peut décider librement de la manière dont il souhaite porter assistance au pays agressé : aide économique, politique ou militaire.
Jusqu'à présent, il n'a été utilisé qu'une seule fois, en 2015, à la demande de la France, à la suite des attentats terroristes perpétrés par l'Etat islamique. Cela avait permis à Paris de redéployer une partie de ses troupes hors d'Afrique pour patrouiller dans les rues françaises, tandis que certains pays de l'UE comme l'Allemagne envoyaient leurs soldats dans des pays comme le Mali.
Seul hic majeur : un flou juridique pourrait venir compliquer la mise en oeuvre de cet article dans le cas du Groenland. Comme l'île a quitté la Communauté économique européenne (le précurseur de l'UE) en 1985 et est désormais catégorisée "territoire d'outre-mer", la plupart des lois de l'UE - y compris les dispositions relatives à la défense - ne s'appliquent pas à elle dans leur intégralité. Difficile donc de savoir si cet article est pertinent dans le cas du Groenland, d'autant qu'à ce jour, aucun territoire européen au statut similaire n'a fait l'objet d'une menace d'agression.
Autre limitation : si tant est qu'il s'applique au Groenland, cet article ne constitue pas une garantie automatique de défense militaire. Le soutien militaire n'est en clair qu'une option parmi d'autres disponible dans la clause. Et si les Européens la choisissaient, ils risqueraient fort de ne pas faire le poids face aux Américains. "Les Etats-Unis auraient toujours une position dominante dans l'escalade, ce qui signifie qu'à chaque étape de l'escalade, les Etats-Unis pourraient simplement passer à un niveau supérieur et être sûrs de gagner", détaille Tim Haesebrouck.
En revanche, deux autres types d'aide pourraient être adéquats pour faire plier les Etats-Unis : l'aide politique au Groenland et les pressions économiques envers Washington. Mais les obligations des pays restant indéfinies, le Danemark pourrait en pratique se heurter à la "réalité politique" de certaines capitales de l'UE, met en garde Politico. Certains chefs de gouvernement, à l'image du hongrois Viktor Orban ayant récemment affiché sa proximité avec Washington, pourraient en réalité ne prendre que peu d'engagements concrets pour apporter leur aide.
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