En Géorgie, le régime mène une purge interne

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© DESSIN DE RUBEN L. OPPENHEIMER, PAYS-BAS.

© Dessin de Niels Bo Bojesen paru dans “Jyllands-Posten”, Danemark.
Le pape Léon XIV et le président Donald Trump sont les deux Américains les plus influents du moment sur la scène géopolitique. Ils incarnent des projets antagonistes. Leurs caractères sont aux antipodes. Mais le duel à fleurets mochetés que Robert Francis Prevost mène depuis Rome contre son compatriote de Washington atteste que la brutalité et la coercition ne sont pas le seul avenir des rapports internationaux. Son exemple pourrait devenir une source d’inspiration pour les dirigeants européens qui peinent à gérer les foucades de leur homologue américain.
Le choix de placer un Américain à sa tête, effectué par l’Eglise catholique peu après la réélection du milliardaire, n’est pas une coïncidence. La simultanéité des mandats de Trump et de Prevost reflète le chamboulement d’un monde qui tâtonne pour se chercher une direction. Le premier, tout en excès et en égotisme, préside aux destinées d’une puissance militaire inégalée dans l’Histoire ; il ne croit qu’aux rapports de force ; il se moque que la paix soit juste, du moment qu’elle permet les affaires. Le second, modèle de modération et d’humilité, dirige l’Etat le plus minuscule qui soit ; il incarne un projet moral, soucieux de justice et attentif aux laissés-pour-compte ; la paix ne vaut rien à ses yeux si elle ne respecte pas la dignité de tout être humain.
L’aura de Prevost n’est pas moindre que celle de Trump. Elle s’appuie sur ce que le politologue américain Joseph Nye, décédé l’an dernier, appelait le soft power, l’influence que confèrent l’autorité morale et la capacité de séduction exercée par un idéal civilisationnel. Son moteur est l’exemplarité, plutôt que la carotte et le bâton. Les Etats-Unis ont longtemps disposé d’un soft power de premier plan, fondé sur la démocratie, le capitalisme libéral et le rêve américain popularisé par Hollywood.
Trump a transformé le rêve en cauchemar en maltraitant ses alliés, en piétinant le droit international et en versant de l’huile sur le feu de la polarisation politique. Il n’en a cure, car il ne croit qu’au hard power, la puissance dure. "Nous vivons dans un monde - le monde réel - régi par la force, la puissance et le pouvoir", disait le 6 janvier son conseiller politique Stephen Miller. Trois jours plus tard, Léon XIV lui répondait indirectement en critiquant, devant les ambassadeurs près le Saint-Siège, "une diplomatie qui est fondée sur la force au lieu de promouvoir le dialogue et le consensus".
Sur l’accueil dû aux migrants, sur le respect du droit international et de sa dimension humanitaire, sur la justice sociale, le Pape prend le contre-pied du président. Pour lui, "l’État de droit est le fondement de toute coexistence civile pacifique". Il met le doigt sur les contradictions du mouvement trumpien lorsqu’il dit que l’opposition à l’avortement au nom du respect de la vie humaine, qui est la position de l’Eglise, est incompatible avec l’approbation de la peine de mort et le traitement inhumain des migrants. "Je pense que Dieu est très fier du boulot que j’ai fait", a rétorqué Trump le 20 janvier, premier anniversaire de son retour à la Maison-Blanche. On ignore ce que Dieu en pense mais on suppute que Prevost y voit une fanfaronnade déplacée.
À la fin du XIXe siècle, un autre pape Léon, le treizième du nom, inspirateur de la doctrine sociale de l’Eglise, avait critiqué "l’américanisme", la tendance de ceux qui, à l’époque, voulaient à tout prix adapter le catholicisme à la modernité américaine. Aujourd’hui, c’est contre un tout autre américanisme que le Pape se dresse : celui qui voudrait que l’attachement à une certaine idée de la culture nationale, fondée sur l’identité, l’emporte sur la fidélité à l’Évangile.
Au président américain qui dénigre la "décomposition" de l’Europe, le pape répond en rappelant l’importance de préserver la cohérence de l’Occident. L’alliance transatlantique est à ses yeux "très importante, aujourd’hui et dans l’avenir". Léon XIV et Donald Trump ne se sont encore jamais rencontrés mais ils ont déjà beaucoup à se dire.
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Ce n'est ni le premier ni le dernier revirement de Donald Trump. Mais celui-ci n'a pas fini d'interroger les Européens. Pourquoi le président américain a-t-il finalement renoncé à recourir à la force pour acquérir le Groenland, mettant ainsi fin à plusieurs semaines de chaos politique ? En réalité, cette volte-face est loin d'être de son seul fait. Moult proches conseillers à Washington ont travaillé d'arrache-pied pour l'en dissuader. Idem pour le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, dont les courbettes face à Donald Trump ont manifestement fini par payer. La pression est aussi venue des marchés financiers, qui ont traversé une période de turbulences ces derniers jours. Retour sur les coulisses de ce changement de cap.
Tout a commencé à Washington, où l'entourage du président n'a pas réussi à tomber d'accord sur la méthode à adopter, ont confié à Reuters deux sources proches du dossier. Si la plupart des conseillers du président américain ont soutenu son objectif de prendre le contrôle du Groenland, ils sont en revanche restés divisés sur l'approche, oscillant entre encouragements à recourir à la force et appels à la prudence. In fine, les seconds se sont révélés être plus nombreux lors des réunions organisées à Washington, ce qui a pu influencer le renoncement final du président.
Les conseillers de Donald Trump ont indiqué au Wall Street Journal qu’il avait été enhardi par l’opération américaine visant à capturer le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. Mais devant la rhétorique agressive du président, certains d'entre eux se sont inquiétés de voir s'éloigner la perspective d'un accord. Ils ont donc redoublé d'efforts pour présenter des propositions de compromis, qui donneraient entre autres accès à des minerais et à des terrains pour des bases militaires. Options qui semblent avoir été retenues.
Mais ce n'est pas tout : certains leaders européens ont également joué les négociateurs, à l'image de Friedrich Merz, ou encore du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, qui a peu pris position en public mais s'est démené en privé pour multiplier les incitations et les mises en garde à l'égard de Donald Trump, raconte Le Monde.
Mark Rutte a également axé sa rhétorique autour des enjeux cruciaux de la sécurité de l'Arctique, selon la porte-parole de l'Otan, n'abordant jamais directement la question de la souveraineté du Groenland. Il a également alerté le président américain sur les risques pour les États-Unis d’une rupture plus profonde au sein de l’Alliance, et fait en sorte de rapprocher au maximum les points de vue américain et danois. Il a par exemple suggéré de transférer la souveraineté de la base dont disposent aujourd'hui les Etats-Unis au Groenland, pour qu'elle passe sous contrôle américain et non danois. "Cela a pu jouer un rôle", confie au Monde un diplomate européen, qui a suivi les négociations.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l'ancien Premier ministre des Pays-Bas est parfois tourné en dérision pour ses flatteries envers celui-ci - il était allé jusqu'à le qualifier de "papa" lors du dernier sommet de l'Otan en juin dernier, et Donald Trump a partagé des messages envoyés par Mark Rutte dans lesquels celui-ci le brossait dans le sens du poil. Mais il semble avoir réussi à "apprivoiser" quelque peu le président américain, et à gagner sa confiance. Interrogé ce jeudi par Reuters sur sa relation avec Donald Trump et sa position d'interlocuteur privilégié, le Néerlandais a répondu : "Je peux seulement vous dire que j'aime ce gars, que je respecte son leadership".
Enfin, un autre élément semble avoir inquiété dans l'entourage du président américain. Au-delà des mesures de rétorsion économique que menaçait de prendre l'Union Européenne face aux droits de douane brandis par Donald Trump, ce sont bien les marchés financiers qui ont suscité de vives craintes. Après une forte chute des bourses -à commencer par Wall Street- à la suite des menaces tarifaires liées au Groenland, plusieurs fervents supporters du président, directement liés aux milieux financiers, lui ont demandé d'arrêter la casse.
Les principaux indices boursiers américains ont d'ailleurs fini en hausse mercredi, marquant un apaisement après le changement de ton de Donald Trump. +1.21 % pour le Dow Jones, + 1.16 % pour le S&P 500, et +1,18 % pour le Nasdaq, à forte composante technologique, qui a connu sa meilleure journée en un peu plus d'un mois. A Wall Street, les analystes ont fait état d'un mercredi "TACO" en référence au slogan "Trump Always Chickens Out" (en français, "Trump se dégonfle toujours"), raconte CNN. Mais ils sont bien conscients qu’avec Donald Trump, un revirement peut en cacher un autre.
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