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© ROLAND SCHLAGER/APA/AFP
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Guerre en Ukraine, le cri de révolte de 11 intellectuels français : "Il faut imposer un cadre humanitaire aux pourparlers avec la Russie"
Depuis février 2022, vous avez placé la France au premier rang des nations européennes soutenant l'Ukraine face à l'agression russe. Votre détermination à défendre l'intégrité territoriale ukrainienne, votre initiative dans la création de la Coalition des Volontaires et votre engagement constant auprès du président Zelensky ont incarné les valeurs européennes de liberté et de résistance à l'oppression. Alors que s'ouvrent des perspectives de négociations, votre rôle est déterminant pour définir les conditions d'une paix juste et durable.
C'est dans cet esprit que nous nous adressons à vous aujourd'hui. Réunis autour de l'appel People First lancé par les Prix Nobel de la paix 2022, l’Ukrainienne Oleksandra Matviichuk et le Russe Oleg Orlov, nous vous demandons de porter au cœur des négociations une exigence fondamentale : la protection et la libération immédiate et sans condition des populations ukrainiennes victimes de la terreur du Kremlin.
16 000 civils ukrainiens portés disparus
Les chiffres documentés par les organisations de défense des droits humains révèlent l'ampleur du drame :
• 19 546 enfants ukrainiens déportés ont été recensés par les autorités ukrainiennes, dont seulement 1954 ont pu être rapatriés. Des centaines de milliers d'autres vivent sous occupation russe, soumis à une russification forcée systématique dès la maternelle, préparés à devenir de futurs soldats contre leur propre patrie.
• Au moins 16 000 civils ukrainiens, et beaucoup plus selon certaines estimations, sont portés disparus et illégalement détenus en Russie. Ils subissent tortures, violences sexuelles, humiliations et traitements inhumains en violation flagrante du droit international. Certains parmi eux sont morts en détention.
• Des milliers de prisonniers de guerre ukrainiens sont torturés, exécutés ou soumis à des conditions de détention terrifiantes qui violent les Conventions de Genève. Leur état de santé est extrêmement préoccupant.
• Les populations des territoires occupés (3 à 3,3 millions de personnes) sont contraintes de prendre la nationalité russe sous peine d'expropriation, de privation des droits sociaux, de déportation ou d'emprisonnement. Même ceux qui prennent la nationalité russe ne sont pas à l’abri : les autorités russes ont commencé à exproprier la population ukrainienne pour la remplacer par des colons russes.
Ces crimes ne sont pas des dérives individuelles, mais s’inscrivent dans un système planifié et supervisé directement par Vladimir Poutine.
En finir avec la russification forcée
C’est pourquoi la Coalition des Volontaires doit imposer un cadre humanitaire aux pourparlers avec la Russie :
- L’accès à tous les captifs et à tous les enfants illégalement déplacés ou déportés, accordé à une délégation internationale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
- Le retour des enfants déportés.
- La libération des civils ukrainiens détenus illégalement en Russie et dans les territoires occupés.
- Le rapatriement des prisonniers de guerre par le biais d’échanges ou par d’autres voies.
- La possibilité pour les Ukrainiens qui le désirent de quitter les territoires occupés.
- La fin de la russification forcée des Ukrainiens dans tous les territoires occupés par la Russie.
Il faut également exclure tout passage sous contrôle russe de territoires qui se trouvent actuellement sous contrôle ukrainien. Car céder des territoires, ce n'est pas tracer des lignes sur une carte, c’est livrer les millions d’Ukrainiens qui y vivent à un système d'oppression totale.
Ce sont les valeurs et l'honneur de l’Europe qui se jouent dans le sort de ces enfants, de ces civils, de ces prisonniers, de ces populations. C'est notre capacité collective à défendre l'humanité contre la barbarie.
Avec notre plus profond respect et notre confiance en votre engagement.
Signataires :
Galia Ackerman, historienne, écrivaine, rédactrice en chef de Desk Russie
Jean-François Bouthors, journaliste, écrivain
Stéphane Courtois, historien
Michel Eltchaninoff, philosophe, essayiste
François Kersaudy, historien
Bernard-Henri Lévy, philosophe, écrivain, cinéaste
Marc Lévy, écrivain
Jonathan Littell, écrivain et cinéaste
Ariane Mnouchkine, metteuse en scène, fondatrice du Théâtre du Soleil
Sylvie Rollet, universitaire, Présidente de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
Nicolas Werth, historien, Président de Mémorial-France.
© via REUTERS
Les revenus pétroliers de la Russie, moteur de sa machine de guerre, sont en chute libre
Alors que la Russie et l’Ukraine ont récemment repris leurs négociations pour aboutir à un accord de paix à Abu Dhabi, l’économie russe montre de sérieuses difficultés, sous l’effet conjugué de la chute des prix du pétrole, des nouvelles sanctions occidentales et d’un effort de guerre de plus en plus coûteux. Selon le ministère russe des Finances, les recettes pétrolières et gazières de la Russie ont reculé de près de 25 % l’an dernier, privant le Kremlin de sa principale source de financement du conflit. Le Financial Times estime de son côté que les seuls revenus énergétiques du pays ont chuté d’environ 20 % en 2025.
Si les pressions budgétaires sont peu susceptibles de modifier les objectifs militaires de Poutine, elles commencent à se faire sentir. "Le déficit budgétaire est clairement un sujet important pour Poutine en ce moment", estime Janis Kluge, expert de la Russie à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, cité par le quotidien économique britannique. Car la population russe devra supporter une part croissante du coût d’une guerre dont les dépenses dépassent déjà 170 milliards de dollars par an. Or, le dirigeant russe s’est toujours enorgueilli de la stabilité qu’il a apportée à une économie russe en chute libre après l’effondrement de l’Union soviétique, en réduisant la dette, en rationalisant la fiscalité et en maîtrisant l’inflation.
De nouvelles sanctions occidentales
Plusieurs raisons expliquent ces difficultés. Le pétrole, d'abord, représente depuis longtemps une part plus importante des recettes énergétiques que le gaz, un écart encore accentué par la perte du marché gazier européen en 2022, rendant les finances russes plus vulnérables aux variations des cours. Problème : les prix ont justement reculé depuis avril dernier, après que l’Opep a décidé d’augmenter progressivement sa production après des années de restrictions. En outre, l’industrie pétrolière russe a récemment été touchée par de nouvelles sanctions occidentales et par une application plus stricte des mesures existantes. En octobre 2025, le président Donald Trump a par exemple imposé des sanctions contre les deux plus grandes compagnies pétrolières russes, Rosneft (publique) et Lukoil (privée), réduisant considérablement leur capacité à vendre du brut.
A cela s'ajoute un renforcement de la lutte contre la "flotte fantôme" de pétroliers utilisée pour contourner les sanctions. Rien que ce mois-ci, l’armée américaine a saisi dans l’Atlantique Nord un pavillon russe qui transportait du pétrole vénézuélien, tandis que la marine française a également intercepté en Méditerranée un tanker soupçonné d’utiliser un faux pavillon pour dissimuler son appartenance à une flotte russe. Dans un contexte de surabondance mondiale, les acheteurs disposent surtout de nombreuses alternatives au pétrole russe, pouvant s’en détourner totalement, ou exiger des rabais nettement plus élevés pour compenser les risques liés aux sanctions, explique Sergueï Vakoulenko, expert énergétique au Carnegie Endowment for International Peace, cité par le New York Times.
Un recours à l'endettement
Pour pallier cette situation compliquée, le Kremlin a de plus en plus recours à l’endettement et à des hausses d’impôts. D'après le média américain, les taxes ont été relevées non seulement pour les grandes entreprises, mais aussi pour les petites structures comme les boulangeries et les commerces, suscitant un mécontentement inhabituel chez les entrepreneurs. Le gouvernement a aussi interdit temporairement les exportations de produits pétroliers, en raison des frappes ukrainiennes menées par des drones depuis novembre contre des raffineries russes, engendrant des pénuries de carburant dans plusieurs régions.
Paradoxalement, la situation est aggravée par un rouble fort. Selon le New York Times, la monnaie russe s’est appréciée d’environ 45 % face au dollar en 2025, réduisant les recettes budgétaires en roubles pour chaque baril exporté. Le Financial Times précise que le rouble est actuellement 17 % au-dessus du taux retenu dans le budget, ce qui pourrait entraîner un manque à gagner allant jusqu’à 3 000 milliards de roubles si les prix bas persistent.
© via REUTERS
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