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Pourquoi l'Algérie se tourne de plus en plus vers la Russie pour sa défense
Le suspense n'aura pas duré très longtemps. Il aura fallu trois mois au total pour que les rumeurs soient confirmées. En novembre dernier, la Russie révélait avoir livré deux avions Su-57 à un client dont l'identité n'était alors pas officiellement révélée. Les regards se tournaient vers l'Algérie, sans pour autant en être sûrs. Deux vidéos amateurs diffusées dimanche viennent lever le doute : deux appareils, que les experts aéronautiques arrivent facilement à identifier comme correspondant aux modèles russes, ont été aperçus dans le ciel algérien, à proximité de l’aéroport d’Oum el Bouaghi, dans le nord-est du pays.
Atout de poids pour Alger
L’Algérie devient ainsi officiellement le premier pays d’Afrique et du monde arabe à posséder un avion aussi moderne, doté d'une rare autonomie stratégique. Le Su-57 "Felon" est un appareil ultramoderne développé dans les années 2010 et dit de cinquième génération, comme le F-35 américain. Chasseur polyvalent capable de combattre dans les airs mais aussi de mener des frappes terrestres et maritimes, le Su-57 intègre la furtivité, la supermanœuvrabilité, la supercroisière, l’avionique intégrée et une grande capacité de charge utile. Il représente en quelque sorte le fleuron de l’aéronautique militaire russe.
Cette livraison fait suite à un contrat conclu en 2021 entre l'Algérie et la Russie pour 14 chasseurs Su-57E "Felon". Six devaient être livrés en 2025, six autres en 2026, puis les deux derniers en 2027, étaie La Voix du Nord. L'Algérie serait désormais le tout premier client export du redoutable appareil russe de cinquième génération, à en croire certains documents confidentiels dévoilés au grand public en octobre. Les 300 pages de documents piratés ne détaillent pas le montant du contrat, mais selon les estimations du secteur, chaque unité pourrait valoir près de 140 millions de dollars, portant la transaction totale à plusieurs milliards.
Liens historiques avec Moscou
Derrière cette transaction spectaculaire se cache en réalité une continuité historique. Depuis l’indépendance, l’Algérie entretient des liens étroits avec la Russie, autrefois l’Union soviétique, qui avait alors contribué à son développement industriel et universitaire. Les échanges militaires n’ont jamais cessé : des officiers algériens ont été formés en URSS, et la majorité des équipements de défense du pays restent d’origine russe. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, entre 2020 et 2024, Moscou a représenté près de 48 % des importations d’armes algériennes.
Dans le cas des livraisons de Su-57E, se pose toutefois la question de la capacité de la Russie à tenir ce calendrier, compte tenu des difficultés de production liées à la guerre en Ukraine. Reste aussi à intégrer cet appareil au sein du dispositif algérien. "L’Algérie achète une image de modernité, mais elle achète surtout une dépendance industrielle, observe le site Avion-chasse (...). Si le soutien est irrégulier, si les pièces manquent, si les mises à jour sont lentes, l’avion devient un totem coûteux, impressionnant au défilé, mais moins décisif en crise."
Risque de sanctions américaines
Outre les livraisons russes, l'Algérie a également dévoilé cette semaine ses premiers avions chasseurs à ses couleurs: des Su-35, cette fois. Une montée en puissance surveillée de près par les États-Unis. Début février, Robert Palladino, chef du Bureau des affaires du Proche-Orient du département d’État américain, avait affirmé devant la commission des affaires étrangères du Sénat américain être prêt à envisager des sanctions CAATSA contre l’Algérie.
Signée en 2017 par Donald Trump, la loi CAATSA impose des sanctions à l’égard des entités effectuant des transactions avec les services de défense du gouvernement russe. Ces lourdes sanctions peuvent prendre plusieurs formes et ont sérieusement handicapé la Turquie après son achat du système russe de missiles sol-air S-400. L’Égypte a de son côté renoncé à acheter des Su-57 par peur de représailles.

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