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Près des bases militaires en Europe, la discrète offensive immobilière de la Russie
C'est une révélation qui a de quoi faire pâlir plus d'un Européen. On avait déjà connaissance de manoeuvres d'espionnage mises en oeuvre par Moscou. On sait désormais que la Russie envisage de mener des actions de sabotage à travers l'Europe et qu'elle acquiert, dans ce but, des biens situés à proximité de bases militaires. Si ce sont avant tout les pays nordiques qui sont visés, toute l'Europe serait concernée, à en croire le journal britannique The Telegraph. Et la Russie piloterait même certains actes de malveillance directement depuis Paris. Explications.
Ce sont plusieurs acquisitions, par des Russes, de biens immobiliers qui ont éveillé les soupçons des services de renseignement européens. Qu'il s'agisse de chalets isolés, d'appartements urbains, d'écoles abandonnées, d'entrepôts, ou parfois même d'îles, ces sites présentent tous un point commun : leur proximité avec une base militaire ou des infrastructures critiques. Qui rend possible d'y implanter des postes d'écoute ou d'y rassembler du matériel - des drones et explosifs se trouveraient déjà dans certains de ces sites - ... et in fine, d'en faire le point de départ d'opérations de sabotage.
"Zone grise"
Si les actes hostiles attribués à Moscou sont déjà en nette hausse depuis le début de l'invasion de l'Ukraine il y a quatre ans - incendies criminels à Londres et à Varsovie, projets de déraillement ferroviaire -, plusieurs responsables alertent sur une possible envolée de ces pratiques. Selon eux, la Russie envisagerait de tester une stratégie de "zone grise". Autrement dit, mener des actions suffisamment graves pour perturber transports, énergie ou communications en Europe, mais assez ambiguës pour éviter une riposte militaire directe de l’Otan.
"Une campagne de sabotage crée moins facilement un consensus qu’une attaque militaire ouverte", explique un responsable du renseignement. "La dénégation, qu'elle soit plausible ou non, rend l’attribution incertaine et complique le rassemblement d’un front commun".
Précédent finlandais
Alors qu'une île y a été achetée par une société russe en 2018, qui y a installé des infrastructures de surveillance - les forces de sécurité y ont découvert neuf quais, un héliport, des systèmes de surveillance, des bâtiments ressemblant à des casernes et des équipements de communication sophistiqués -, la Finlande a déjà imposé des restrictions pour les achats des ressortissants russes. Suivie dans la foulée par les Etats baltes.
Mais la Finlande est loin d'être un cas isolé. En Norvège, des chalets liés à des figures proches du Kremlin surplombent des bases militaires stratégiques dans l’Arctique. Des propriétés associées à l’Église orthodoxe russe ont également été acquises à proximité d’installations navales et radars en Norvège et en Suède, suscitant des inquiétudes sécuritaires. En Suède, une église construite près d’un aéroport stratégique a été considérée par les services de renseignement comme une plateforme potentielle d’espionnage.
Plus au sud, des acquisitions liées à la Russie ont été signalées près de bases navales en Sicile, en Crète et en Grèce continentale, ainsi qu’à proximité de sites sensibles à Londres, Paris et Genève. A tel point que la directrice du MI6 - l'équivalent britannique de la DGSE - a averti que le Royaume-Uni évoluait désormais "entre la paix et la guerre". Des enquêtes ont notamment été ouvertes sur des achats suspects à proximité du siège du MI6 à Londres et de l’ambassade américaine.
Pas de réponse collective
Mais aucune mesure n'a à ce stade été prise à l'échelle européenne. Les experts dénoncent des failles juridiques persistantes et un manque de coordination entre services de renseignement. "Tant que le contre-espionnage restera strictement national, il aura du mal à répondre à une menace qui, elle, traverse toutes les frontières européennes", résume un responsable de la sécurité britannique dans les colonnes du Telegraph.
Pour échapper aux radars, la Russie privilégierait désormais une approche plus diffuse : des acquisitions modestes mais en plus grand nombre, afin de constituer un réseau clandestin à l’échelle européenne, prêt à être activé en cas de crise majeure. Les experts rappellent d'ailleurs que la Chine poursuit une stratégie comparable, en essayant de se positionner notamment près des centres de données. Mais à la différence de la Chine, la Russie envisagerait de passer à l'acte sur le court terme...
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Droits de douane de Donald Trump : tout comprendre aux nouvelles surtaxes entrées en vigueur ce mardi
C'est reparti pour un tour ? Depuis ce mardi 24 février, les Etats-Unis ont imposé une nouvelle taxe mondiale de 10 % à tous les pays, et ce pour une durée de 150 jours. Quelques jours après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump s'est engagé dans une guerre commerciale... à coups de droits de douane. Dans un dernier retournement de situation, la Cour suprême américaine a invalidé vendredi 20 février une série de droits de douane décidés par la Maison-Blanche, après des mois de négociations avec le monde entier. Contrairement à ce qu'affirmait Washington, le pays n'était pas en situation d'urgence nationale, rendant ainsi l'invocation de la loi IEEPA (NDLR : International Emergency Economic Powers Act) illégale.
Quels nouveaux tarifs ?
Privé de son levier d’urgence nationale, le président américain a immédiatement activé une autre base juridique, se fondant cette fois sur la section 122 de la loi sur le commerce de 1974. Une première : cette disposition n'ayant jamais été utilisée pour fixer des taxes. Elle permet au chef de l'Etat de réduire les importations en imposant des droits de douane jusqu'à 15 % pour rééquilibrer les échanges entre les Etats-Unis et leurs partenaires économiques dès lors qu'un déséquilibre marqué de la balance des paiements est démontré. Cette taxe peut être appliquée pendant une période maximale de 150 jours, soit jusqu'au 24 juillet. Après avoir annoncé ce week-end qu'ils seraient de 15 %, les nouveaux droits de douane de Donald Trump entrent finalement en vigueur ce mardi à 10 %.
Cette taxe vient s'ajouter aux droits de douane déjà en vigueur avant les augmentations invalidées par la cour suprême. En moyenne, l'UE était taxée à hauteur de 4,8 %. Mais pour certains produits, taxés plus sévèrement, les tarifs s'envolent. Entre autres, les fromages européens, dont les droits de douane étaient fixés à 14,8 % en 2024, frôlent désormais les 30 %.
Des pays sortent-ils gagnants ?
Oui. C'est le cas des pays auxquels Donald Trump a voulu imposer les tarifs les plus sévères pendant sa guerre commerciale de 2025. 50 % pour le Brésil, 39 % pour la Suisse, 30 % pour le Canada, 25 % pour le Mexique... Tous sont moins pénalisés qu'anticipé par cette décision. L'Asie du Sud-Est, est également gagnante. L'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Cambodge, avaient tous écopé de droits de douane de 19 % l'année précédente.
Le titre de plus grand gagnant revient à la Chine qui a vu ses droits de douane culminer jusqu'à 145 %, avant que Pékin et Washington ne conviennent d'une "trêve commerciale" fixée à 30 %.
Quant aux alliés de la Maison-Blanche, épargnés en 2025, ils passent du côté des perdants. Par exemple, l'Argentine de Javier Milei, fidèle parmi les fidèles, s'en était tirée avec 10 % de droits de douane. A partir d'aujourd'hui, le pays devra également additionner cette nouvelle taxe à ses tarifs de 2024.
Que deviennent les accords conclus avec Washington ?
A Bruxelles, c'est l'incertitude qui règne. Depuis la décision de la Cour suprême, le Parlement européen a suspendu la ratification de l’accord de Turnberry. Cette négociation a permis au 27, taxés à hauteur de 25 % début 2025, de réduire la sanction à 15 %. "Un deal est un deal", s'est agacé la Commission européenne dimanche 22 février, déjà inquiète des conséquences qu'aurait cette nouvelle réglementation sur l’économie européenne. Et le Vieux Continent a de quoi se faire du souci. Si, pour l'heure, toutes les marchandises ne sont pas pénalisées, la taxe de 15 % que Donald Trump menace de dégainer mettrait en danger l'ensemble des secteurs européens. Mais le gel de Turnberry désavantage aussi les Américains. Pour obtenir une baisse des droits de douane, l'Union s'était engagée à supprimer ses taxes sur de nombreux produits américains.
Même son de cloche au Japon qui a déclaré avoir demandé aux Etats-Unis de garantir que son traitement dans le cadre d'un nouveau régime tarifaire serait aussi favorable que dans l'accord existant. La Grande-Bretagne et Taïwan ont également manifesté leur préférence pour le maintien de leurs accords.
Le deal que Washington a passé avec l'Inde risque aussi d'être suspendu. Pour échapper aux 50% de droits de douane que Washington lui avait imposés, New Delhi avait plié devant de nombreuses exigences américaines, dont la suppression de ses droits de douane et de ses barrières non tarifaires sur les marchandises américaines. L'Inde se serait également engagée à acheter américain à hauteur de plus de 500 milliards de dollars. Une clause de cet accord, qui autorise les deux parties à revoir leurs engagements en cas de modification des barrières tarifaires, pourrait permettre à New Delhi de se rétracter.
"Tous les pays qui voudraient jouer avec la décision ridicule de la Cour suprême, en particulier ceux qui ont plumé les Etats-Unis pendant des années, ou même des décennies, seraient confrontés à un droit de douane beaucoup plus élevé, et pire que tous ceux qu'ils ont récemment acceptés" a fustigé Donald Trump sur Truth Social, conscient des dangers qui pèsent sur ses accords arrachés.
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Guerre en Ukraine : nos analyses, décryptages et entretiens

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Droits de douane : les juges, dernier rempart face au populisme ? Par Eric Chol
Donald Trump, qui pensait avoir façonné à sa main la Cour Suprême, s’est pris un vent qu’il a peu apprécié, au point de traiter les sages américains d’"antipatriotiques" et de "déloyaux". Qu’ont-ils donc fait de si terrible ? Ils ont jeté à la poubelle la quasi-totalité du dispositif sur les droits de douane, son chef-d’œuvre politique depuis son retour à la Maison-Blanche. Et même si depuis l’annonce, le 20 février, de ce désaveu cinglant, le président américain a trouvé la parade en exhibant un nouvel arsenal de sanctions, la décision des juges apporte la preuve éclatante de l’efficacité des contre-pouvoirs américains.
Dans un pays où l’ensemble des institutions, des tribunaux à la police en passant par la réserve fédérale, ne cesse d’être chahuté par le pouvoir populiste, la digue juridique n’a pas cédé. "Ce pays a connu deux cent cinquante ans de pratique ininterrompue de la démocratie : dix années de Trump ne vont pas tout renverser", veut croire Laurence Nardon, responsable du programme Amérique à l’Ifri.
Et en France ?
L’exemple américain, inscrit dans une longue tradition de primauté du pouvoir judiciaire, nous renvoie au débat sur la robustesse des contre-pouvoirs français. Après tout, si un apprenti dictateur était élu demain à l’Elysée, comment être certain qu’il n’aurait pas tout loisir pour faire sauter les verrous institutionnels en place ?
Une partie de la réponse figure dans les textes fondateurs de la Ve république, et la jurisprudence, où l’on trouve des garde-fous juridiques solides. "A moins de provoquer une révision de la Constitution, ce qui suppose l’obtention d’une très large majorité parlementaire, beaucoup des éléments du fonctionnement de la vie démocratique sont protégés par des règles et des procédures juridiques", explique le juriste Denys de Béchillon, chroniqueur à L’Express.
En clair, face à la soif d’abrogations et de chamboule-tout d’un nouveau pouvoir populiste, "le pays pourrait compter sur les garanties juridictionnelles que forment le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat ou l’existence d’une justice indépendante, tous constitutionnellement protégés", poursuit Denys de Béchillon. Mais il nuance : "Voilà pour la théorie. Car s’il y a bien une résistance juridique, celle-ci est loin d’être inoxydable".
Dans la pratique, que se passerait-il, en effet, si, une fois au pouvoir, un Jordan Bardella, une Marine Le Pen ou un Jean-Luc Mélenchon réclamaient, au nom du peuple, un référendum sur l’immigration ou une révision de la Constitution ? On peut toujours expliquer que le Conseil constitutionnel serait juridiquement armé pour les empêcher. Mais face à une contestation frontale des institutions, les neuf juges de l’aile Montpensier du Palais-Royal garderaient-ils longtemps leur courage, comme leurs collègues américains ? C’est pourtant la clé, si l’on veut préserver une institution encore très jeune (68 ans) comparée à la Cour Suprême. N’oublions pas les mots de Michel Debré, le père de la Ve République, lorsqu’il songeait dès 1945 à créer un Conseil constitutionnel, "pour protéger les principes fondamentaux de tout régime libéral" ("refaire la loi", 1945).
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