Au Venezuela, questions autour de la démission du procureur de la République, pilier du régime chaviste
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L'objectif est d'améliorer la sécurité d'un des plus importants carrefours commerciaux de l'Europe. Le port d'Anvers, en Belgique, se dotera à partir de 2027 d'un tout nouveau système de lutte contre les menaces venues du ciel. "Un système de défense aérienne sera installé dans le port", a confirmé le Premier ministre belge, Bart De Wever, lors d'un déplacement sur les lieux mercredi 25 février. "Il s’agit d’un système Nasams qui a déjà été commandé." Ce modèle de fabrication norvégienne, qui fonctionne avec des missiles sol-air, participera à protéger le site flamand, qui ne possède pour le moment pas de telle installation. À l'automne dernier, le ministre belge de la Défense, Theo Francken, avait annoncé que Bruxelles avait trouvé un accord avec les Pays-Bas pour certains de ces systèmes antiaériens.
Peu de détails, tels que le futur emplacement précis de cet appareil, ont filtré pour l'instant dans les médias. Une chose est certaine : pour la Belgique, mais aussi l'Union européenne, la mise en place de ce système dans le port d'Anvers était devenue urgente ces derniers mois. Comme de nombreuses autres infrastructures (bases militaires, aéroports...) du pays, le site portuaire a été survolé en novembre par deux engins inconnus. "On a vu les drones, mais nos systèmes de radars ne les ont pas détectés, en raison des technologies utilisées", expliquait à l'AFP quelques jours après l'incident Jacques Vandermeiren, à la tête du complexe anversois. "On est très vulnérables, c'est inquiétant."
Des lacunes jusque-là préoccupantes, au regard de l'importance stratégique du port d'Anvers, le deuxième du Vieux Continent en matière de transport de marchandises derrière celui de Rotterdam (Pays-Bas). Un blocage du lieu, par exemple en raison de la menace de drones, entraînerait des difficultés d'acheminement dans toute l'Europe, en particulier dans le Benelux. Surtout, le manque à gagner pour l'économie belge pourrait vite grimper en flèche. "Il y a beaucoup d’entreprises belges qui font leurs importations de matières premières et leurs exportations de produits finis par ce port", détaille, auprès de la RTBF, Thierry Vanelslander, professeur en économie des transports à l’Université d’Anvers. Selon lui, les activités du port d'Anvers représentent environ 5 % de la valeur ajoutée belge. Un oléoduc, approvisionnant en kérosène de nombreux aéroports civils et militaires de l'ouest de l'Europe, relie par ailleurs le port d'Anvers à Marseille, en France.
Avions, hélicoptères... Le système Nasams est capable d'abattre de gros appareils, tout comme certains drones militaires, comme le modèle iranien Shahed. En revanche, ce modèle est moins pertinent pour cibler des engins volants de taille plus réduite, à l'instar de ceux remarqués un peu partout en Europe à la fin de l'année 2025. "Les missiles du système de défense aérienne coûtent facilement un million d'euros pièce", développe auprès du site néerlandais NU.nl Patrick Bolder, analyste au Centre d'études stratégiques de La Haye (HCSS). "On ne les utiliserait pas contre un petit drone. De plus, ces petits drones volant à basse altitude sont quasiment impossibles à atteindre avec un tel missile. Et puis, on ne veut pas de débris dans un port." Si l'arrivée de ce système de défense est une bonne nouvelle d'un point de vue défensif, il n'écarterait donc pas pour autant l'ensemble des menaces aériennes pesant sur le site d'Anvers.
Dans tous les cas, la Belgique gagnera en autonomie en matière de lutte antiaérienne grâce à ce Nasams. Pour faire face aux multiples incursions de drones cet automne, Bruxelles n'avait pas hésité à demander de l'aide à ses voisins européens pour l'aider à affronter ces menaces. Le Royaume-Uni, l'Allemagne, mais également la France, avaient répondu à l'appel du gouvernement belge. Une équipe spécialisée dans la lutte antidrones avait alors été envoyée sur le territoire belge. Ce nouveau système demandera que de nombreux militaires soient formés à son utilisation. "Il faudra environ 100 à 120 soldats pour le faire fonctionner", a ainsi souligné l'ex-colonel belge Roger Houlsen, cité par le média flamand Het Laatste Nieuws. En décembre, le ministère belge de la Défense avait indiqué que les soldats belges seraient désormais familiarisés à de nouveaux systèmes de lutte antidrones, un domaine dans lequel la Belgique connaît un certain retard en Europe.

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Une analyse loin d'être partagée par les spécialistes. Mardi 24 février, lors de son traditionnel discours sur l'État de l'Union, Donald Trump a mentionné les tensions actuelles entre les États-Unis et l'Iran. Les deux pays négocient depuis plusieurs semaines sur le sujet du nucléaire iranien pour éviter une nouvelle escalade militaire dans la région, moins d'un an après les frappes américaines sur trois sites militaires du régime des mollahs. Au-delà du crucial enjeu atomique, un autre aspect de la défense iranienne semble particulièrement inquiéter le locataire de la Maison-Blanche : les capacités balistiques de Téhéran. Durant sa prise de parole au Congrès, Donald Trump a ainsi affirmé que l'Iran était en train de développer des missiles à longue portée susceptibles d'atteindre "bientôt" le territoire américain. Problème : aucune donnée factuelle ne permet en l'état d'appuyer une telle affirmation.
La sortie a laissé circonspects la plupart des experts militaires, peu convaincus par l'imminence d'un danger de la sorte. D'après eux, l'Iran n'est aujourd'hui pas en mesure de fabriquer rapidement des missiles balistiques si puissants et capables de pénétrer à l'intérieur des frontières américaines. L'an dernier, une note de la Defence Intelligence Agency, une des agences de renseignement militaire américaines, estimait que le pays du Moyen-Orient ne pourrait concevoir de telles munitions qu'à une échéance de dix ans, soit d'ici à 2035. Pour deux sources au fait du dossier interrogées par Reuters, ce bilan fait en 2025 est toujours valable aujourd'hui. Une des personnes questionnées par l'agence de presse a par ailleurs indiqué que l'Iran mettrait au minimum huit ans pour créer "quelque chose qui soit réellement au niveau d'un missile intercontinental et opérationnel".
Dans ce scénario particulièrement optimiste du point de vue iranien, Téhéran devrait par ailleurs compter sur l'aide d'autres puissances, comme la Chine ou la Corée du Nord, pour parvenir à ce résultat. Ces différents experts, tous cités anonymement, concèdent toutefois qu'ils n'ont peut-être pas connaissance de dernières remontées d'informations classifiées sur le sujet. Donald Trump dispose-t-il donc d'éléments supplémentaires pour justifier une telle saillie ? Le New York Times relaie les prises de position de trois autres sources proches du dossier, estimant que le président américain aurait volontairement exagéré la menace balistique iranienne. Une autre possibilité redoutée par les services secrets, précise l'un d'entre eux, est que des hauts conseillers du gouvernement aient eux-mêmes transmis des renseignements plus alarmistes que la réalité à l'administration américaine.
Après la sortie de Donald Trump, la Maison-Blanche n'a en tout cas pas vraiment cherché à tempérer le constat du républicain sur le sujet. "Le président Trump a tout à fait raison de souligner la grave préoccupation que représente l'Iran, un pays qui scande 'Mort à l'Amérique' et qui possède des missiles balistiques intercontinentaux", a réagi dans la foulée Anna Kelly, une de ses porte-parole à Washington. Mercredi, le secrétaire d'État Marco Rubio a de son côté davantage nuancé la situation, en marge d'un déplacement dans les Caraïbes. Pour lui, le régime iranien est "en passe de pouvoir un jour développer des armes capables d'atteindre le continent américain", a-t-il déclaré.
Il est vrai que Téhéran possède une force de frappe balistique bien réelle. Mais, selon les analystes, celle-ci se limite à des missiles de courte et de moyenne portée. L'Iran détiendrait environ 2 000 munitions de ce type. Si beaucoup ont été utilisées lors de la "guerre de 12 jours" contre Israël en juin dernier, les stocks iraniens auraient depuis été reconstitués. En revanche, les sites de production de ces technologies auraient été parfois lourdement endommagés par ce conflit. L'État hébreu, à portée de tir de ces missiles, s'inquiète de longue date de cette problématique et espère de Washington une fermeté à cet égard dans les négociations avec Téhéran. Or, l'ayatollah Khamenei et ses soutiens au pouvoir ont fixé comme ligne rouge dans les pourparlers de ne pas toucher à l'arsenal balistique iranien, qu'ils considèrent comme légitime car relevant de la sécurité nationale de leur pays.
Tout comme il nie vouloir accéder à l'arme atomique – malgré les preuves d'enrichissement d'uranium à des taux très élevés –, l'Iran assure ne pas souhaiter produire de missiles intercontinentaux. "Nous ne développons pas de missiles à longue portée", a soutenu mercredi le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi sur India Today TV. "Nous avons volontairement limité leur portée à moins de 2 000 kilomètres. Nous ne voulons pas qu'ils constituent une menace mondiale. Nous ne les avons que pour nous défendre. Nos missiles ont un effet dissuasif." Ces conditions impliquent tout de même que ces missiles peuvent toucher des bases américaines au Moyen-Orient, mais aussi des alliés aux États-Unis, en particulier en Europe. L'intransigeance de Téhéran sur cet enjeu a été dénoncée par Marco Rubio. "Il est (...) important de se rappeler que l'Iran refuse de parler de ses missiles balistiques à nous ou à quiconque, et c'est un gros problème", a-t-il déploré mercredi.
Alors que d'importants moyens militaires américains sont déployés au Moyen-Orient, Donald Trump ne prépare-t-il pas tout simplement l'opinion à un nouveau conflit face à l'Iran en tenant de tels propos ? Dans son article, le New York Times fait un parallèle avec les arguments trompeurs employés par George W. Bush pour justifier l'invasion américaine de l'Irak, en 2003.
Affaiblie après sa confrontation militaire avec Israël, les frappes américaines sur ses sites militaires et le récent mouvement de contestation du pouvoir réprimé dans le sang, la République islamique semble en tout cas vouloir éviter à tout prix le scénario d'une nouvelle guerre. Jeudi soir, Abbas Araghchi a fait état de "très bons progrès" dans les discussions avec les émissaires américains sur le sujet du nucléaire iranien. "Il a été décidé que le prochain cycle de négociations se tiendrait très bientôt, peut-être dans moins d’une semaine", a-t-il ainsi indiqué à la télévision d'État iranienne.
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