Sepideh Farsi : "les frappes sur l'Iran illustrent la faillite de la communauté internationale"
Le président américain Donald Trump a accueilli samedi en Floride des dirigeants latino-américains pour lancer une nouvelle coalition contre les cartels de la drogue, tout en adoptant un ton dédaigneux envers la région, déclarant aux responsables que leurs pays avaient permis aux gangs de s'emparer de territoires et plaisantant sur le fait qu'il n'avait pas le temps d'apprendre leurs langues.
Lors de ce sommet baptisé "Bouclier des Amériques", organisé dans son complexe du Trump National Doral Golf à Miami, Donald Trump a signé une proclamation officialisant cette coalition régionale. Douze dirigeants d’Amérique latine et des Caraïbes ont participé à cette rencontre, dont le président argentin Javier Milei et le président salvadorien Nayib Bukele.
Donald Trump a présenté cette initiative comme une campagne offensive destinée à "éradiquer les cartels criminels qui infestent notre région", les citant comme l'une des principales raisons de l'intensification de l'engagement américain en Amérique latine, notamment à travers une campagne de pression contre le Venezuela qui a abouti à la capture du président Nicolas Maduro en janvier. Dans un discours de plus de trente minutes, il a accusé les gouvernements de la région d’avoir laissé "de vastes portions de territoire de l’hémisphère occidental tomber sous le contrôle direct de gangs transnationaux".
Donald Trump a laissé entendre que Washington pourrait recourir à des frappes ciblées contre les chefs de cartels si ses partenaires en faisaient la demande. "Nous utiliserons des missiles. Vous voulez qu’on utilise un missile ?", a-t-il lancé en évoquant la criminalité organisée, ajoutant que ces armes étaient "extrêmement précises".
Le président américain a par ailleurs multiplié les déclarations offensives sur Cuba, affirmant que le régime communiste "vivait ses derniers moments". Il a répété que des responsables cubains étaient déjà en discussion avec lui et avec le secrétaire d’État Marco Rubio.
Donald Trump s'est efforcé de constituer une coalition de partenaires régionaux autour d'une approche plus énergique de la lutte contre les cartels de la drogue et le crime organisé. L'événement de samedi lui a également permis d'afficher sa fermeté au niveau national, alors que la guerre avec l'Iran s'intensifie et menace de faire grimper les prix mondiaux du pétrole et du gaz.
Plus tôt dans la journée, Donald Trump a déclaré que l'Iran serait "durement touché" samedi et qu'il envisageait d'étendre les zones et les groupes de personnes visés, sans fournir de détails.
Parmi les participants au sommet figuraient le président argentin Javier Milei, le président élu du Chili José Antonio Kast et le président salvadorien Nayib Bukele, dont la répression des gangs, critiquée par les groupes de défense des droits de l'homme, est devenue un modèle pour certaines parties de la droite latino-américaine. Des personnalités politiques de toute la région ont visité la vaste "méga-prison" de Nayib Bukele, où les États-Unis ont expulsé l'an dernier plus de 200 Vénézuéliens sans procès.
Étaient également présents le président hondurien Nasry Asfura, qui a remporté de justesse une élection contestée avec le soutien de Donald Trump, et le président équatorien Daniel Noboa, qui a repris certains aspects du programme économique de Trump et a récemment annoncé des opérations conjointes avec les États-Unis dans le cadre d'une répression militaire contre le trafic de drogue.
Nombre de ces dirigeants partagent la vision intransigeante du milliardaire américain sur la criminalité et l'immigration, privilégiant la répression aux solutions sociales et le secteur privé à l'État. Leur ascension témoigne d'un virage à droite plus général dans certaines régions d'Amérique latine, à l'heure où cette région est tiraillée entre Washington et Pékin.
Au-delà de la lutte contre le narcotrafic, Washington cherche également à renforcer son influence dans la région face à Pékin. Sans mentionner directement la Chine, Donald Trump a averti que les États-Unis ne permettraient pas à une "influence étrangère hostile" de s’implanter dans l’hémisphère occidental, évoquant notamment l’importance stratégique du canal de Panama. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine ont atteint environ 518 milliards de dollars en 2024, tandis que Pékin a accordé plus de 120 milliards de dollars de prêts aux gouvernements de la région, selon Ryan Berg du Centre d’études stratégiques et internationales.
L’influence croissante de la Chine — des installations de suivi par satellite en Argentine au port péruvien soutenu par la Chine en passant par le soutien économique au Venezuela — inquiète depuis longtemps les responsables américains. En réponse, l'administration Trump a fait pression sur les gouvernements de toute la région pour limiter le rôle de Pékin dans les ports, les projets énergétiques et autres infrastructures stratégiques.
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