Royaume-Uni : Keir Starmer sur la sellette, qui pour lui succéder au poste de Premier ministre ?
"Qui pourrait succéder à Sir Keir Starmer au poste de Premier ministre britannique ?", titre d’emblée The Economist. Dix-neuf mois après son arrivée au pouvoir, le travailliste voit sa cote s’effriter et les spéculations enfler à Westminster. Dernier sujet explosif : la nomination, en 2024, de Peter Mandelson comme ambassadeur du Royaume-Uni aux Etats-Unis, dont le nom vient de surgir dans le dossier du pédocriminel Jeffrey Epstein, financier américain condamné pour crimes sexuels et mort en prison en 2019.
Si les répercussions de cette nomination pourraient fragiliser un mandat déjà chancelant, la question se pose de la succession de Keir Starmer à la tête du gouvernement britannique. Spoiler : "Le vivier de talent est limité", tance The Economist. Pour défier Keir Starmer, il suffirait que 81 députés travaillistes soutiennent un autre candidat, qui, s’il obtient au moins 20 % des voix, serait soumis avec Keir Starmer à un vote plus large impliquant environ 250 000 membres et sympathisants du parti.
"Angela Rayner manie le couteau qui pourrait terrasser Keir Starmer"
Parmi les prétendants, on retrouve Angela Rayner, ancienne vice-Première ministre issue de la classe ouvrière et favorite des parieurs pour succéder à Keir Starmer. Seul bémol : elle a démissionné de son poste en septembre 2025 après avoir reconnu un défaut de paiement d’impôt lors de l’achat d’un appartement. Malgré cette controverse, la quadragénaire conserve un capital politique solide, renforcé par une crédibilité populaire et un réseau fort au sein des députés les plus à gauche du parti. Elle patiente donc sur les bancs de l’arrière-ban du Parti travailliste, intervenant rarement mais restant une figure politique scrutée.
Début février 2025, l'ex-aide soignante s’est publiquement démarquée de Keir Starmer lors d’un vote sensible lié à la nomination de Peter Mandelson, convergeant ponctuellement avec les conservateurs. De quoi révéler au grand jour les tensions internes au Labour. "Angela Rayner manie le couteau qui pourrait terrasser Keir Starmer – mais remportera-t-elle la couronne ?", ironisait The Independant. Certains députés estiment toutefois qu’elle pourrait rester en retrait le temps que le fisc britannique conclût son enquête à propos des 40 000 livres sterling de droits de timbre non payés sur l'achat de son appartement, limitant temporairement ses ambitions.
Sur la liste des possibles successeurs de Keir Starmer, Wes Streeting, ministre de la Santé, s’impose également depuis la démission d’Angela Rayner comme une figure de proue de la saga de succession. Wes Streeting a obtenu des résultats jugés satisfaisants à la tête du ministère de la Santé, réduisant le nombre de sites d’implantation pour le NHS et investissant dans l'intelligence artificielle pour améliorer les diagnostics, démontrant sa compétence. De quoi lui donner une crédibilité en termes de gestion publique. "Wes Streeting est celui qui bénéficie du plus grand nombre de soutiens parlementaires prêts à prendre le risque de le soutenir", rapporte The Guardian.
Wes Streeting, Andy Burnham...
Salué pour ces talents de communicant, l'homme politique de 43 ans avait nié toute manœuvre contre l'actuel Premier ministre, à la suite d’informations de presse évoquant une possible tentative de déstabilisation après la présentation du budget le 26 novembre. Contrairement à Angela Rayner, aucun scandale public notable ne ternit son image. Enfin presque, puisque ses relations passées avec Peter Mandelson ont refait surface dans la presse britannique. Par ailleurs son approche plus centriste divise : il est impopulaire auprès de l’aile gauche du parti, notamment à cause de sa politique interdisant au NHS de prescrire des bloqueurs d’hormones aux mineures.
En parallèle, les chances d’Andy Burnham, maire de Manchester depuis 2017, ont récemment diminué après que des alliés de Keir Starmer au sein du Comité exécutif national du parti l’ont empêché de se présenter à une élection partielle. Or, au Royaume-Uni, pour devenir chef du Parti travailliste, il faut en effet être député (MP). Pourtant Andy Burnham avait comme principal atout d'avoir construit une image de figure populaire, notamment lorsqu'il a négocié, durant la pandémie du Covid-19, afin d'obtenir des aides financières pour la ville et la commune voisine.
On peut également citer Ed Miliband, ancien chef du Parti travailliste entre 2010 et 2015, qui a déjà perdu l’élection générale face à David Cameron. Malgré cette défaite passée, il conserve une influence notable, occupant aujourd’hui un rôle clé sur les questions climatiques et énergétiques comme Secrétaire d’État à la Sécurité énergétique et à la Neutralité carbone. Selon The Economist, ses chances dans la course à la succession de Starmer ont récemment doublé, passant de 4 % à 7 %, signe qu’il reste un acteur à ne pas négliger dans le jeu interne du Labour.
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