↩ Accueil

Vue lecture

Manifestations en Iran: "L'environnement a complètement changé", observe Gilles Kepel, professeur émérite des universités et spécialiste du Moyen-Orient

Depuis le 28 décembre dernier, l'Iran est confronté à une vague de contestation, qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique en place depuis 1979. Réprimé par le régime, le mouvement se concentre à Téhéran et au moins 192 personnes sont mortes aux mains des autorités. Alors que les États-Unis ont mis en garde l'Iran sur cette répression, la République islamique a prévenu qu'elle ripostera en cas d'attaque.

  •  

Manifestations en Iran: "Ce régime est fini [...] il n'a plus aucun prestige", déclare Bernard Guetta, député européen (Renew)

Depuis le 28 décembre dernier, l'Iran est confronté à une vague de contestation, qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique en place depuis 1979. Réprimé par le régime, le mouvement se concentre à Téhéran et au moins 192 personnes sont mortes aux mains des autorités. Alors que les États-Unis ont mis en garde l'Iran sur cette répression, la République islamique a prévenu qu'elle ripostera en cas d'attaque.

  •  

Iran : à Paris, plus de deux mille personnes se sont rassemblées en soutien au fils de l’ancien chah, Reza Pahlavi

Le mouvement de contestation en Iran a gagné de nombreuses autres villes, des Iraniens réclamant désormais ouvertement la fin de la République islamique proclamée en 1979. L’ONG Iran Human Rights confirme, depuis le début des manifestations, la mort d’au moins 192 manifestants.

© KIRAN RIDLEY, KIRAN RIDLEY/AFP

  •  

Manifestations en Iran: les équipes militaires de Donald Trump ont présenté plusieurs options au président

Depuis le 28 décembre dernier, l'Iran est confronté à une vague de contestation, qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique en place depuis 1979. Réprimé par le régime, le mouvement se concentre à Téhéran et au moins 192 personnes sont mortes aux mains des autorités. Alors que les États-Unis ont mis en garde l'Iran sur cette répression, la République islamique a prévenu qu'elle ripostera en cas d'attaque.

  •  

Manifestations en Iran: "C'est au peuple iranien de faire sa révolution", explique Chirinne Ardakani, avocate de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023

Depuis le 28 décembre dernier, l'Iran est confronté à une vague de contestation, qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique en place depuis 1979. Réprimé par le régime, le mouvement se concentre à Téhéran et au moins 192 personnes sont mortes aux mains des autorités. Alors que les États-Unis ont mis en garde l'Iran sur cette répression, la République islamique a prévenu qu'elle ripostera en cas d'attaque.

  •  

"Je suis très inquiet, la situation est grave, la répression est violente": Mahmoud Moradkhani, neveu de l'ayatollah Ali Khamenei, réagit à ce qu'il se passe en Iran sur BFMTV

Depuis le 28 décembre dernier, l'Iran est confronté à une vague de contestation, qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique en place depuis 1979. Réprimé par le régime, le mouvement se concentre à Téhéran et au moins 192 personnes sont mortes aux mains des autorités. Alors que les États-Unis ont mis en garde l'Iran sur cette répression, la République islamique a prévenu qu'elle ripostera en cas d'attaque.

  •  

Drame de Crans-Montana: les propriétaires du bar donnent leur version des faits à la justice suisse

Dix jours après l'incendie mortel du bar « Le Constellation » à Crans-Montana, en Suisse, l'enquête se poursuit afin de mieux comprendre les circonstances de ce drame qui a fait 40 morts. Les propriétaires français de l'établissement ont été auditionnés vendredi 9 janvier par les enquêteurs du ministère public du Valais. Plusieurs médias ont pu accéder aux procès verbaux de ces auditions qui permettent de prendre connaissance de la version des deux gérants sur cette tragique nuit du Nouvel An.

  •  

Au Venezuela, l'Hélicoïde de Caracas : du centre commercial au centre de torture

Relégué dans l'oubli, l'architecte vénézuélien Jorge Romero Gutiérrez (1924-1997) doit se retourner dans sa tombe. Son grand œuvre, l'Hélicoïde de Caracas, conçu dans les années cinquante pour devenir le plus grand centre commercial d'Amérique latine, est devenu, sous Nicolas Maduro, le plus ignoble et célèbre centre de torture du continent latino-américain. Il est spécialement dédié à la persécution des opposants politiques qui étaient encore au nombre de 806 au moment du Nouvel An.

Toutefois, après l'arrestation de l'ex-président et son transfert à New York à la suite du raid de l'armée américaine, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a commencé à en libérer quelques dizaines. Parmi eux : l'avocate, militante des droits humains et spécialiste des questions militaires Rocio San Miguel.

En forme de tour de Babel, l'Hélicoïde raconte la vertigineuse descente aux enfers d'un pays qui figurait parmi les dix les plus riches du monde dans les années 1950 à 1970, avant de sombrer dans la pauvreté extrême en raison du pillage de l'industrie pétrolière et de l'économie tout entière voulue par la klepto-dictature en place depuis un quart de siècle. D'une audace architecturale folle, l'immense bâtiment hélicoïdal conçu sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1948-1958) est ceinturé par une rampe automobile de spirale longue de 4 kilomètres qui dessert douze étages. Ce chef-d’œuvre d'architecture brutaliste devait à l'origine abriter 130 boutiques, des bureaux, un centre de conférences, un hôtel cinq étoiles, un club privé, un cinéma multiplexe, une piscine, un gymnase, un terrain de bowling, des restaurants, une discothèque, sans oublier un héliport. Une exposition au MoMA de New York avait même été consacrée à ce projet futuriste, contemporain de la construction de Brasilia, au Brésil.

"C'était l'époque où les Colombiens, nos voisins, regardaient le Venezuela comme une Californie", raconte Ben Ami Fihman, ancien directeur de journal et figure de Caracas qui a dû fuir son pays sous Hugo Chavez en 2007. Pour les architectes, le pays en plein boom pétrolier est alors un eldorado. "Les bâtisseurs tournent le dos à l'architecture coloniale pour célébrer le modernisme, poursuit Ben Ami Fishman. Partout, l'école vénézuélienne d'architecture bâtit en béton armé. Sortent de terre des autoroutes, des viaducs, des tunnels à travers les montagnes, des tours jumelles à Caracas, des hôtels de luxe (le Tamanaco), une splendide université classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et, bien sûr, l'Hélicoïde, censé devenir notre pyramide d'Égypte." Au lieu de cela, l'édifice devient bientôt un "éléphant blanc". Car d'inauguration, il n'y aura jamais…

L'Helocide de Caracas, promis à devenir un centre commercial à Caracas au début des années 1960.
L'Helocide de Caracas, promis à devenir un centre commercial à Caracas au début des années 1960.

Un an avant la fin du chantier, les travaux sont en effet interrompus en raison de problèmes financiers. Abandonné en 1961, utilisé comme hangar, puis comme camp de réfugiés où s'entassent pendant trois ans 10 000 déplacés après un glissement de terrain dans les environs de Caracas en 1979, l'Hélicoïde est ensuite récupéré par le ministère de l'Intérieur en 1985, qui y installe les services de renseignement. Sous Hugo Chavez et Nicolas Maduro, ceux-ci se transforment en véritable police politique sous le nom de Service bolivarien d'Intelligence, ou SEBIN. "Chargée de la persécution des civils considérés par le régime comme une menace, cette police secrète est placée directement sous la responsabilité de la vice-présidence, c'est-à-dire sous Delcy Rodriguez, qui vient de succéder à Nicolás Maduro et connaissait parfaitement l'existence et le fonctionnement de ces ténèbres", explique l'avocat Alfredo Romero, à la tête de l'ONG Foro Penal, qui a défendu 19 000 détenus politiques depuis une décennie.

Malgré les apparences, la prison de l'Hélicoïde est assez petite. Elle n'occupe en réalité qu'une partie du rez-de-chaussée et du sous-sol où des pièces conçues pour abriter des bureaux servent de cellules collectives (une vingtaine de prisonniers dans des espaces de cinq mètres par trois), de chambre de torture ou de "mitard" pour l'isolement. Dans le reste du bâtiment se trouvent les locaux de la redoutable SEBIN, une école de formation de policiers, un stand de tir, une armurerie, des garages pour les blindés anti-émeutes et des espaces vacants. Le centre de détention lui-même n'abrite qu'une centaine de prisonniers, mais ce sont les plus importants aux yeux de la dictature. Il y a là des activistes, des journalistes, des dirigeants syndicaux, des leaders communaux, des élus, des collaborateurs de l'opposante Maria Corina Machado, etc. Tous ces prisonniers de conscience ont été victimes de traitements inhumains.

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, prononce un discours lors de la cérémonie « Promotions et décorations pour les héros et les martyrs », en l'honneur des militaires et des agents de sécurité vénézuéliens et cubains morts lors d'une opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, à Caracas, au Venezuela, le 8 janvier 2026. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, prononce un discours lors de la cérémonie « Promotions et décorations pour les héros et les martyrs », en l'honneur des militaires et des agents de sécurité vénézuéliens et cubains morts lors d'une opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, à Caracas, au Venezuela, le 8 janvier 2026. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria

Alors que la torture a officiellement disparu d'Amérique latine depuis la fin des dictatures des généraux Jorge Rafael Videla en Argentine (1976-1982) et Augusto Pinochet au Chili (1973-1990), elle a été remise au goût du jour et encouragée par Hugo Chavez et Nicolas Maduro au Venezuela. "Toutes les méthodes employées en Argentine et au Chili ont cours dans notre pays, de la même manière ou en pire", reprend l'avocat Alfredo Romero avant d'énumérer les différents supplices : tabassage avec coups de pied dans les côtes et de poings dans la figure ; asphyxie à l'aide de sacs en plastique ; "waterboarding" (tête plongée dans l'eau) ; arrachage des ongles à l'aide de pinces à épiler ; arrachage des cheveux ; viols sur les hommes et sur les femmes ; simulation d'exécution ; suspension à des potences par les poignets avec les talons décollés du sol pendant des heures ou des jours ; électrochocs, y compris sur les testicules ; découpage de la plante des pieds avec des lames de rasoir, simulation d'exécution, etc, selon l'avocat.

Le régime chaviste pratique la "torture blanche"

Ainsi, l'Hélicoïde de Caracas est l'équivalent des tristement célèbres Écoles mécaniques de la Marine (ESMA) de Buenos Aires et de la Villa Grimaldi de Santiago du Chili dans les années 1970-1980. Mais il n'est pas l'unique centre de torture vénézuélien. "On supplicie aussi au pénitencier El Rodeo, en banlieue de la capitale, à la prison militaire de Ramo Verde, également en banlieue, et dans divers lieux clandestins, surtout dans des villas privées [NDLR : comme c'était le cas, sous la junte argentine, par exemple à l'intérieur du terrible garage Olimpo de Buenos Aires]", ajoute l'avocat de l'ONG Foro Penal. Encore faut-il ajouter à cette liste non exhaustive – car on torture dans toutes les prisons – la tristement célèbre "Tumba" (la tombe), un "goulag" de 17 cellules enterré à cinq mètres sous terre à la verticale de la place Venezuela, en centre-ville de la capitale : les détenus y sont "enterrés vivants" et exposés à la lumière blanche perpétuelle sans ventilation naturelle.

"Il existe toutefois une différence entre le Venezuela et l'Argentine ou le Chili, c'est que les tortionnaires vénézuéliens ont été formés par les Cubains, qui ont eux-mêmes été entraînés par la Stasi est-allemande et le KGB soviétique", précise Elizabeth Burgos, historienne et experte du populisme latino-américain. "Ils pratiquent donc couramment la torture blanche, qui est plus scientifique et ne laisse pas de trace apparente. À l'instar de la 'Tumba', on place les prisonniers dans des cellules aux murs blancs avec la lumière allumée 24 heures sur 24. On les expose aussi au grand froid puis à des périodes de grande chaleur. Il s'agit de casser psychologiquement les individus et de les désorienter, comme cela se pratique toujours à la Villa Marista, le centre d'interrogatoire de La Havane. Cela provoque chez les victimes des hallucinations, de l'anxiété extrême, des dépressions, des attaques de panique et des suicides", ajoute-t-elle.

"Certains gardiens étaient des Cubains, reconnaissables à leur accent"

Emprisonné pendant deux ans dans l'Hélicoïde de 2014 à 2016, le député Rosmit Mantilla, élu du parti d'opposition Voluntad Popular (centre gauche), a été épargné par les tabassages grâce à la médiatisation de son cas par Amnesty International, l'ONU, etc. Cependant, les tortures psychologiques auxquelles il a été soumis sont, selon lui, tout aussi "cruelles". Il raconte : "La spécialité d'un des gardiens, un certain Richard Centeno surnommé 'commissaire Pachuco' et qui avait une bonne tête, consistait à me lire des passages de l'Apocalypse de la Bible d'un ton doucereux et d'interrompre la lecture pour me montrer des photos de mes proches, par exemple de ma sœur enceinte, et de m'annoncer qu'ils allaient la tuer à cause de moi et mes activités politiques. Comme je suis ouvertement homosexuel, mes gardiens me disaient aussi qu'ils allaient me violer avant de m'exécuter. Autre exemple : chaque matin, nous étions réveillés par des coups de marteaux frappés contre la porte métallique de nos cellules en nous annonçant que, si les 'yankees' attaquaient le régime, nous serions attaqués à notre tour, à titre de représailles."

Le député de centre gauche Rosmit Mantilla a passé deux ans dans les geoles de la dictature vénézuélienne, dans l'Hélicoïde, de 2014 à 2016.
Le député de centre gauche Rosmit Mantilla a passé deux ans dans les geoles de la dictature vénézuélienne, dans l'Hélicoïde, de 2014 à 2016.

Aujourd'hui réfugié politique en France, Rosmit Mantilla se souvient aussi que chaque nouvel arrivant à l'Hélicoïde subit un traitement de choc pendant deux semaines. "En guise de bienvenue, chaque nouveau détenu était passé à tabac et placé à l'isolement dans une cellule allumée jour et nuit. Très vite, il perdait la notion du temps et ne savait plus s'il était une heure de l'après-midi ou du matin." Les autres détenus, eux, entendent les insupportables cris de douleur du martyr, au point qu'ils décident parfois d'augmenter le volume de leur radio ou de leur télévision, s'ils en possèdent une.

La torture, une politique d'Etat systématique

Après quinze jours de traitements atroces, le nouveau venu, dans un état déplorable, rejoint les autres détenus dans une cellule collective. Là, les conditions sont à peine meilleures. Un exemple, cité par l'ex-député : une fois par jour, les prisonniers sont emmenés dans les douches et aux W.-C. pour se laver et se soulager. "Il n'y a pas assez de temps pour faire les deux, témoigne encore Rosmit Mantilla. Il faut choisir. Et si vous êtes en train de faire vos besoins au-delà du temps imparti, les gardiens vous interrompent à coups de barre de fer pendant que vous êtes assis sur les toilettes..."

Ancien journaliste, Rosmit Mantilla a profité de sa détention pour mener l'enquête auprès des détenus et des gardiens. Il est arrivé à la conclusion que la pratique de la torture correspond à une politique d'État systématique, répondant toujours à la même procédure et aux mêmes déroulés. Il a aussi découvert que nombre des bourreaux étaient analphabètes et que certains étaient des Cubains, facilement reconnaissables à leur accent caractéristique. Voilà à quoi a abouti un quart de siècle de "socialisme du XXIe siècle", selon la formule chaviste, sous l'égide notamment de l'actuelle dirigeante par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez. À l'adresse de la gauche européenne que Rosmit Mantilla juge complaisante vis-à-vis de la dictature de Caracas (toujours en place), l'ex-prisonnier dit ceci : "Les Européens de gauche ont une vision romantisée de la soi-disant révolution bolivarienne. Eux ont appris le marxisme dans les amphis de la Sorbonne. Moi, j'ai appris ce qu'était une révolution derrière les murs de l'Hélicoïde..."

© Photomanifiesto/Shutterstock

  •  
❌