Roberto Vannacci, la nouvelle épine radicale dans le pied de Giorgia Meloni
Existe-t-il quelque chose à la droite de l'extrême droite ? Roberto Vannacci en est convaincu. Le député européen, qui le clame depuis des mois, a finalement sauté le pas pour "poursuivre un rêve". Ce mardi 3 février, il a claqué la porte de la Ligue, le parti italien d'extrême droite - dirigé par Matteo Salvini, numéro deux du gouvernement - auquel il doit son siège à Bruxelles. La raison : le mouvement est trop "modéré" aux yeux de celui qui ne dissimule pas son admiration pour Benito Mussolini, ni son attrait pour le fascisme.
Dans son ambition de rassembler, Roberto Vannacci, a lancé son propre parti : Futuro Nazionale (NDLR : Futur National, en français). Si le nom laisse peu de place au doute sur la direction impulsée, un communiqué daté de ce mardi précise ses ambitions. Sur X, il dépeint "sa" droite : "vraie, cohérente, identitaire, forte, fière, convaincue, enthousiaste, pure et contagieuse". Et l'ancien militaire le clame, sa "droite n'est pas pas à la carte... et par-dessus tout elle n'est pas modérée".
Un général limogé, adepte du "grand remplacement"
De quoi faire bondir ses anciens alliés... mais pas de surprise. Depuis plusieurs semaines, alors que la pression montait en interne, l'homme politique s'est attelé à tourmenter ses rangs avec l'idée d'une scission. Le 24 janvier, l'eurodéputé a officiellement déposé le nom Futuro Nazionale, avant fermer la porte sur X : "Les pages récemment apparues sur les réseaux sociaux et les groupes Telegram faisant référence à Futuro Nazionale ne reflètent pas mon opinion ni celle de mes proches". Puis d'ouvrir une fenêtre : "Si je décide d'ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux à ce sujet, je ne manquerai pas de vous en informer".
Une tournure des évènements qui ne surprend pas le politologue italien, Roberto d'Alimonte. "Depuis son élection, Giorgia Meloni se rapproche du centre droit, presque d'un parti modéré, c'est pour cette raison qu'il existe aujourd'hui en Italie un espace pour la droite radicale". Et l'expert de préciser : "Ce qui arrive en Italie aujourd'hui, c'est ce qui est arrivé en France il y a quelques années : quand le Rassemblement national a commencé à se dédiaboliser, Eric Zemmour est apparu".
Et les similitudes ne se cantonnent pas aux calendriers. Avant de faire ses premiers pas dans l'arène politique, Roberto Vannacci s'était improvisé essayiste. Dans Il mondo al contrario - traduisez, Le monde à l’envers - , pamphlet auto-publié devenu best-seller, le général éructe sa tétanie du "grand remplacement", son racisme, son homophobie... Succès en librairie récompensé par un limogeage de l'armée.
Giorgia Meloni dans l'impasse ?
Quant à la déradicalisation de Giorgia Meloni, elle est bien à l'origine de crispations au sein de la coalition gouvernementale. Sur les bancs de la Ligue, on s'agace de son soutien à l'Otan et on lui reproche son aide à l'Ukraine. Fronde dont Roberto Vannacci s'est volontiers emparé, assurant, par exemple, préférer Vladimir Poutine à Volodymyr Zelensky. Mais pour le gouvernement qui s'est déjà donné bien du mal à former sa majorité pas question de se fâcher pour ça. Le 29 janvier, conscient de l'instabilité de son siège, Matteo Salvini s'est envolé à la rescousse de son soldat. "Il y a de la place pour différentes sensibilités au sein de la Ligue. [...] Nous voulons construire et grandir, pas nous battre", avait-il alors plaidé. Moins d'une semaine plus tard, le divorce était acté. Mais le chef de la Ligue l'assure : il n'est pas en "colère", seulement "déçu et amer".
Et le gouvernement a bien des raisons de se faire du souci. Certes, depuis sa naissance Futuro Nazionale ne compte qu'un membre, mais il n'est pas exclu que des élus de la coalition ou de la Ligue le rejoignent dans les jours qui suivent. Ensuite, la coalition a été formée de justesse, et quelques pourcents pourrait faire chavirer les élections législatives de 2027.
Roberto d'Alimonte voit deux issues : "soit Roberto Vannacci va s'essouffler [d'ici aux élections], soit il pourrait représenter 3 ou 4 % des voix. Mais même un tel score poserait un problème à Giorgia Meloni". Et la présidente du conseil n'est pas étrangère à cette situation, elle qui tente de réformer le système électoral en sa faveur. Car dans une Italie particulièrement bipartisane, la femme politique craint et anticipe une union de la gauche, d'autant plus menaçante alors que son clan se déchire.
Giorgia Meloni devra donc trancher : s'allier ou ne pas s'allier avec Futuro Nazionale ? Si laisser Roberto Vannacci filer pourrait mener à la défaite, une alliance avec une droite si radicale serait synonyme de controverse, difficile à assumer avant une élection. Encore faut-il que l'option soit sur la table, car rien ne garantit que le dissident accepte de rentrer au bercail.
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