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Dans la Libye du maréchal Haftar, les migrants pris au piège

Les arrivées en Crète depuis l’est de la Libye ont quadruplé en 2025, poussant les Européens à se rapprocher des autorités de Benghazi pour contrôler les frontières, après un accord avec leurs rivales de Tripoli en 2017. Arraisonnés au large, les migrants sont systématiquement emprisonnés.

© ADRIENNE SURPRENANT/MYOP POUR « LE MONDE »

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Menace russe : quand un wargame souligne les failles de l'Otan et de l'Europe

Mardi 27 octobre 2026, 6h47. A Berlin, une certaine fébrilité gagne la chancellerie face aux nouvelles préoccupantes venues de l'Est, et notamment de Lituanie, pays membre de l'Otan et de l'Union européenne. Vilnius soupçonne la présence de forces spéciales russes sur son territoire – les jours précédents, des camions venus de Russie sans marques extérieures ont franchi sa frontière ; des milliers de soldats russes y sont par ailleurs massés. Des vidéos falsifiées circulent sur les réseaux sociaux, mettant en cause les soldats d'une brigade de la Bundeswehr présente sur place. Puis le Kremlin, au prétexte d'une crise humanitaire dans l'exclave russe de Kaliningrad, frontalière de la Lituanie, envoie ses troupes s'emparer de Marijampole, ville lituanienne charnière.

Les Etats-Unis n'y voient pas matière à mettre en œuvre l'article 5 de l'Otan, qui stipule la solidarité de chaque pays membre face à une attaque menée contre l'un d'eux, puisqu'il s'agit d'une crise humanitaire ; les autorités allemandes, elles, se perdent en consultation avec les Länder. Les Polonais décrètent la mobilisation générale mais n'envoient pas de troupes en Lituanie, tandis que la brigade allemande présente sur place n'intervient pas, en partie parce que la Russie a utilisé des drones pour poser des mines sur les routes menant à sa base... Avec 15 000 hommes, les Russes ont réussi à s'emparer d'une ville européenne stratégique en quelques jours.

"Nous savions que l'Allemagne hésiterait"

Ce scénario est celui qui est ressorti d'un wargame, une simulation de guerre, lancé par le journal allemand Die Welt en décembre et dont les résultats viennent d'être publiés. Y prenaient part d'anciens décideurs et militaires, des politiciens et des experts, dont Peter Tauber, ancien secrétaire général de la CDU, dans le rôle du chancelier fédéral, et Alexander Gabuev, expert politique, dans celui du président russe. Le point de départ n'a rien d'improbable tant l'exclave de Kaliningrad fait figure de zone névralgique en Europe de l'est.

Dans le Wall Street Journal, le contre-amiral Giedrius Premeneckas, chef d'état-major de la défense lituanienne, a émis des réserves quant à la possibilité d'un tel scénario, estimant que les forces armées lituaniennes – 17 000 soldats en temps de paix et 58 000 après mobilisation – auraient été en mesure à elles seules de faire face à une menace russe limitée à Marijampole. La Russie elle-même aurait fort à perdre, selon le haut-gradé : "L'Otan doit lui dire très clairement que si elle le fait, elle perdra Kaliningrad."

L'un des principaux enseignements du wargame, c'est à quel point Moscou pourrait exploiter les faiblesses de l'Allemagne, la plaque tournante de l'Otan : son fédéralisme, qui oblige les ministères à se coordonner avec les Länder dans son processus de prise de décision, mais aussi la trop grande prudence de ses dirigeants. "La dissuasion ne dépend pas seulement des capacités propres, mais aussi de comment l'ennemi évalue notre volonté, et dans le jeu de guerre, mes "collègues russes" et moi savions que l'Allemagne hésiterait. Et cela suffisait pour gagner", a déclaré Franz-Stefan Gady, analyste militaire basé à Vienne qui jouait le rôle du chef d'état-major russe. Thomas Zimmermann, chef de service au ministère de la Défense allemand, estimait pour sa part qu'un problème majeur de la Bundeswehr résidait dans son empreinte électronique : les trop nombreux signaux envoyés par ses troupes, par radio, par faisceau hertzien ou par satellite, en faisaient une cible pour la Russie, car ils révélaient leurs positions.

200 000 soldats russes aguerris mobilisables

De nombreux experts se sont accordés au cours des mois passés pour évoquer une menace russe de plus en plus concrète, ainsi que la possibilité qu'elle s'en prenne à un pays de l'Otan, afin de redevenir la puissance dominante en Europe. "Pour atteindre cet objectif, la Russie n'hésitera pas, si nécessaire, à entrer en conflit militaire direct avec l'Otan", a déclaré Martin Jäger, chef des services secrets allemands, en octobre dernier. Certains se rassurent en observant la lenteur des avancées russes en Ukraine, à l'image du président finlandais Alexander Stubb. "Poutine a échoué dans pratiquement tout ce qu'il a entrepris. Il n'a même pas tenté de s'attaquer à l'Otan parce qu'il ne réussit pas en Ukraine. Il ne faut donc pas surestimer les capacités russes." La Russie recrute quelque 35 000 nouveaux soldats par mois, mais en perd environ 30 000 sur la même durée sur les champs de bataille ukrainiens. Toutefois, certains responsables européens et analystes en matière de sécurité affirment que l'armée russe pourrait mobiliser jusqu'à 200 000 soldats aguerris en se contentant de gérer le front en Ukraine, plutôt que de continuer à attaquer. Et les déplacer à sa guise. A la frontière lituanienne, par exemple.

© Adrien Vautier/Le Pictorium/Maxppp

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Habitat, nourriture, argent : comment survivent les habitants de Gaza ?

Depuis le cessez-le-feu instauré en octobre, un calme précaire règne dans l’enclave palestinienne dévastée par deux années de guerre. Quelques commerces ont rouvert mais les bombardements israéliens n’ont pas totalement cessé à Gaza et la majorité des deux millions d’habitants vivent dans des abris de fortune. Témoignages.

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En Syrie, la France réaffirme sa "priorité absolue" dans la lutte contre le groupe État islamique

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est rendu à Damas jeudi pour y rencontrer son homologue syrien et évoquer la question de la lutte antiterroriste, mais aussi les tensions avec les Kurdes dans le nord du pays, et la crainte d'une escalade entre les États-Unis et l'Iran.

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Syrie : la vidéo d’un massacre accable les Forces démocratiques syriennes

Une vidéo largement diffusée le 22 janvier montre un combattant kurde se filmer devant 21 corps, après l’évacuation d’une prison à Kobané en Syrie. Les Forces démocratiques syriennes reconnaissent l’authenticité des images, mais estiment que les personnes tuées se sont battues. Ce que contredit notre Observateur, sorti de la même prison.

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Un "fichage" des professeurs de gauche ? Ce questionnaire qui fait polémique en Italie

L'affaire révolte une partie du monde enseignant de l'autre côté des Alpes. En Italie, les élèves de plusieurs lycées ont été invités à répondre à une enquête sur leur quotidien en cours, distribuée via des tracts durant le mois de janvier. Un QR code, visible sur ces imprimés, les guidait alors vers une série de questions. Leur contenu, relevant de thématiques politiques, fait aujourd'hui polémique. "Avez-vous un ou plusieurs professeurs de gauche qui diffusent de la propagande en cours ?", interroge ainsi la consultation.

Une formulation qui interpelle nombre d'acteurs du monde éducatif dans le pays, alors que la liberté d'enseignement est inscrite dans la Constitution italienne. Si l'épisode fait autant réagir, c'est avant tout en raison de son origine. En effet, ces tracts ont été élaborés par l'Azione Studentesca, une organisation étudiante d'extrême droite, aujourd'hui proche de Fratelli d'Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

L'opposition de gauche indignée

Syndicats, professeurs, opposition politique... Après la révélation de ce questionnaire, la presse italienne s'est fait l'écho de nombreuses critiques contre la démarche des militants qui l'ont diffusé dans plusieurs lycées du pays. "Profiler les enseignants de gauche est du fascisme : Giorgia Meloni devrait prendre ses distances", a ainsi tonné le chef de file du Parti démocrate (centre gauche) au Sénat, Francesco Boccia, selon des propos rapportés par Avvenire. "Ce que sont en train de faire les jeunes de Fratelli d’Italia nous rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire", s'est pour sa part indigné dans le Corriere della Sera le député AVS (gauche) Angelo Bonelli.

Les détracteurs de l'enquête réalisée auprès des élèves pointent le nombre de précisions demandées dans ce questionnaire pour faire remonter les cas de professeurs "de gauche" qui diffuseraient de "la propagande politique" en classe. Pour eux, la méthode employée pourrait s'apparenter à une forme de "fichage" politique. Certes, aucun nom précis d'enseignant incriminé n'est exigé par l'Azione Studentesca. En revanche, les lycéens sont invités à renseigner la ville et l'établissement où évoluent les professionnels concernés. Ils ont aussi la possibilité d'expliquer en détail la façon dont ils estiment que leurs professeurs diffuseraient des idées de gauche lors de ses heures de cours. Tant d'éléments, qui, assemblés, pourraient faciliter une identification de certains d'entre eux.

"Je ne me suis jamais livré à de la propagande politique"

En réaction à cette enquête, plusieurs responsables politiques ont déposé plainte dans la région du Frioul-Vénétie Julienne pour engager des poursuites en justice dans cette affaire. La secrétaire générale de Cisl Scuola, l'un des principaux syndicats enseignants en Italie, a également annoncé son souhait de saisir les tribunaux, qualifiant la situation d'"extrêmement grave". "Nous sommes une fois de plus contraints de réfuter ces accusations mensongères", a répondu Riccardo Ponzio, le président de l'organisation de jeunesse, dans un communiqué. "En réalité, aucun nom ni prénom n'est apparu dans les réponses à une question concernant la propagande de professeurs de gauche dans les établissements scolaires, question qui faisait partie d'un questionnaire anonyme plus large sur l'état de l'éducation en Italie."

Dans la ville de Pordenone, où les tracts en question ont été relayés, la polémique a conduit les enseignants à se justifier sur leur manière de donner cours. "Je suis très critique envers le gouvernement Meloni", a développé, auprès du média local Pordenone Today, Paolo Venti, un des professeurs ayant dénoncé l'initiative de l'Azione Studentesca. "Quand je m'exprime, je m'exprime en tant qu'homme de gauche, avec mes propres idées, mes propres analyses. (...) J'ai donc abordé des sujets politiques en classe, car il n'y a pas d'autre solution, mais je ne me suis jamais livré à de la propagande politique, car je n'ai jamais cherché à convaincre qui que ce soit." L'enseignant affirme ainsi que des nombreux élèves "de droite" et en désaccord avec ses opinions quittent régulièrement sa salle de classe. "Je n'ai jamais cherché à les faire changer d'avis", jure-t-il.

Confronté à ce débat éruptif, le gouvernement a choisi d'afficher un certain détachement à l'égard du dossier. Giorgia Meloni, directement pointée du doigt par certains opposants politiques, n'a pas réagi à ces mises en cause. "D'après les informations dont nous disposons pour le moment, il s'agit d'une initiative indépendante menée par plusieurs élèves, qui auraient réalisé une sorte de sondage anonyme", a tenté de dédramatiser la sous-secrétaire à l'Éducation, Paola Frassinetti, auprès du Corriere della Sera. "Compte tenu de l'anonymat, il ne s'agit ni d'un fichage ni d'une mise à l'écart, mais plutôt d'une initiative similaire à d'autres, reflétant des sensibilités et des positions politiques différentes." Le ministère de l'Éducation a toutefois ouvert une enquête sur le sujet.

© REUTERS/Vincenzo Livieri

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