Affaire Epstein : six noms de personnalités occultés sans explication par le ministère de la justice américain, dénoncent des parlementaires

© HEATHER DIEHL / AFP

© HEATHER DIEHL / AFP

© SAUL LOEB/AFP

© JESUS VERDUGO/AFP

© ANWAR AMRO/AFP

© ERIC PIERMONT/AFP
© Mohamad Torokman/REUTERS

© Albert Lores pour Le Figaro

© Akasbashi/SIPA
C’était en janvier 2025, quelques heures avant que le Liban ne vote pour élire son nouveau Premier ministre. L’appel d’un supposé Prince fait alors tout basculer, relate le Financial Times (FT) dans un article. Un groupe de parlementaires, rapporte le journal britannique, reçoivent alors un coup de téléphone. Au bout du fil, un mystérieux Prince saoudien met en garde le bloc politique majoritaire contre Nabi Mikati, actuellement en poste à la tête du gouvernement et qui pourrait de nouveau rafler de nombreuses voix. "Instruction de la cour royale saoudienne", se contente-t-il de justifier auprès des députés, dont l'un avait déjà échangé avec lui par le passé.
Selon le journal américain, cette intervention surprise aurait contribué à influencer le vote du parti en faveur de Nawaf Salam, élu Premier ministre en janvier 2025, même si Salam aurait remporté l’élection indépendamment de ce contact. Une manoeuvre menée par un "prince" dénué de sang royal… nommé Moustafa al-Hasian, mécanicien libanais d’une quarantaine d’années issue de la région nord d'Akkar, qui agissait sous la direction du cheikh sunnite influent Khaldoun Oraymet, selon des officiels et des avocats.
Pendant plusieurs mois, celui qui se faisait appeler "Abu Omar" a trompé des responsables politiques libanais. Selon les informations du quotidien britannique un candidat parlementaire, persuadé par Abu Omar, aurait offert puis repris une voiture à un proche du cheikh, tandis qu’un autre sollicita son aide pour faire gagner des médailles équestres à son fils en Arabie saoudite. L’arnaque culminant avec l’intervention du faux Prince dans l’élection du Premier ministre. Les messages consultés par le FT suggèrent qu’il aurait également tenté de faire pression sur d’autres factions parlementaires avant le vote.
Comment un mécanicien a-t-il pu convaincre l’élite libanaise de son statut royal ? Le stratagème reposait en grande partie sur le carnet d’adresse du cheik Khaldoun Oraymet, qui a gravi les échelons de l’institution sunnite libanaise pour construire un vaste réseau de contacts allant des membres du gouvernement aux hommes d’affaires du Golfe, mettait en relation les responsables puissants et les nouveaux politiciens avec Abu Omar par téléphone, selon des responsables de la sécurité, des politiciens et des avocats. Le faux prince saoudien s’adressait ensuite aux responsables politiciens via un numéro britannique — et jamais en personne — en suggérant parfois de rencontrer ou de soutenir certaines personnes.
La question du motif du duo reste encore flou, bien que les observateurs suggèrent que les escrocs semblaient motivés à la fois par le gain financier et par un pur désir de pouvoir. L’avocat d’un candidat parlementaire trompé a déclaré qu’Abu Omar suggérait à son client de "prendre soin" du cheik Oraymet, y compris par des dons à des organisations affiliées, sans jamais demande d’argent pour lui même.
Au Liban, la supercherie a été révélée par épisodes depuis le mois de décembre, déclenchant un mélange de stupeur gênée et de comédie chez le grand public, face à une classe politique si facilement triomphe et si prompt à suivre accepter l’ingérence d’un acteur étranger en suivant ses directive sans les questionner. Auprès du FT, Sami Atallah, fondateur du think-tank The Policy Initiative basé à Beyrouth estime que "le cas Abu Omar illustre à quel point l’élite politique s’est rendue aux décisions des puissances étrangères : ils feraient n’importe quoi rien qu’en entendant l’accent saoudien".
Pour d’autres observateurs, ce stratagème a exploité avec brio le système politique confessionnel libanais, dans lequel des factions rivales, y compris sunnites, chiites et chrétiens, cherchent des parrains étrangers pour asseoir leur autorité au pays. "La plupart de l’élite politique se targue d’être soutenue par des États étrangers comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou les États-Unis, et elle utilise ce soutien pour imposer ou renforcer son pouvoir", explique auprès du journal Imad Salamey, politologue à l’Université libano-américaine. L’Arabie saoudite a notamment été un soutien crucial de certains des politiciens sunnites les plus puissants du Liban.
Les deux hommes sont actuellement détenus par les autorités libanaises et ont été inculpés le mois dernier pour fraude, chantage, usurpation d’identité et atteinte aux relations libano-saoudiennes, selon leurs avocats et les médias d’État. De nombreux politiciens ont été convoqués pour témoigner dans le cadre d’une enquête judiciaire en cours sur l’arnaque. Un autre cheikh a été inculpé pour faux témoignage. L’affaire n’a pas encore été jugée et il reste incertain si d’autres personnes étaient impliquées.
© REUTERS
"Si vous êtes un oiseau, vous préférez mourir en chantant plutôt que de rester silencieux", déclarait courageusement Jimmy Lai, avant son arrestation en août 2020. Pour avoir été fidèle jusqu’au bout à ses convictions, l’ex-magnat de la presse, risque de finir sa vie en "cage".
Figure la plus emblématique de la défense de la démocratie à Hongkong, le milliardaire de 78 ans, qui avait participé aux manifestations monstres de 2019 et était déjà emprisonné depuis cinq ans, vient d’être condamné à une peine de vingt ans ferme par un tribunal de l’ex-colonie britannique. Motif invoqué ? Collusion avec des puissances étrangères et publication séditieuse.
Cette sentence d’une sévérité inouïe, la plus lourde prononcée depuis l’instauration par Pékin d’une loi sur la sécurité nationale à l'été 2020, acte symboliquement la mort de la liberté de la presse, ainsi que de toute forme de démocratie et de justice indépendante dans le territoire semi-autonome.
Le régime chinois avait déjà prouvé son caractère impitoyable en laissant mourir en détention le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo en 2017. Le sacrifice de Jimmy Lai, à la santé fragile, a le même objectif : effrayer, pour dissuader toute velléité de s'opposer au Parti communiste.
Hongkong, qui bénéficiait encore il y a quelques années de véritables libertés, est désormais aussi muselée que n’importe quelle ville chinoise. Comme Jimmy Lai, Joshua Wong, héros de la "révolution des parapluies" de 2014, et des dizaines d'autres militants pro démocratie croupissent derrière les barreaux. Ne les oublions pas.
© REUTERS