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Affaire Epstein : ce qu’a dit Hillary Clinton lors de son audition par des élus du Congrès
Bon gré mal gré, elle s'est finalement pliée à l'exercice des questions-réponses. L'ex-secrétaire d'État Hillary Clinton a témoigné jeudi 26 février à Chappaqua, dans l'État de New York (États-Unis) devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. L'audition à huis clos, d'une durée proche de six heures, n'a pas abouti à de fracassantes révélations. Mais elle a donné la possibilité à la démocrate de se défendre sur la nature de sa véritable relation avec le financier américain et de sa compagne et complice, Ghislaine Maxwell. "Je n'avais aucune idée de leurs activités criminelles", a-t-elle assuré dans une déclaration liminaire, publiée sur son compte X. "Je ne me souviens pas avoir un jour rencontré M. Epstein. Je n'ai jamais voyagé à bord de son avion ni visité sa résidence insulaire ou ses bureaux."
Des liens "superficiels" avec Ghislaine Maxwell
Hillary Clinton et son mari Bill ont été appelés à témoigner à plusieurs reprises devant cette commission parlementaire pour évoquer la nature de leur relation avec l'ex-financier américain, retrouvé pendu dans sa cellule en 2019 après avoir été incarcéré pour avoir mis en place un vaste système d'exploitation sexuelle de mineures. L'ancien président a accueilli plusieurs fois Jeffrey Epstein à la Maison-Blanche lors de son mandat. Il a aussi voyagé à plusieurs reprises dans son jet privé et a été photographié plusieurs fois en sa compagnie. Était-il au courant de ses agissements criminels ? Interrogée par CNN en marge de l'audience, Hillary Clinton s'est dit "certaine" de l'inverse. Durant les échanges, elle a d'ailleurs régulièrement renvoyé la parole à son époux, qui doit être auditionné ce vendredi. "Vous devez poser la question à mon mari", a-t-elle ainsi souvent répété.
Lors de sa déposition, l'ex-adversaire de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2016 a évoqué de manière plus précise Ghislaine Maxwell, qui a notamment assisté en 2010 au mariage de sa fille, Chelsea Clinton. "Je connaissais Ghislaine Maxwell de façon superficielle, comme une simple connaissance", a justifié Hillary Clinton, qui a relaté une partie de ses réponses devant la presse à la sortie de son audition. Tout comme son mari, la démocrate a longtemps refusé de se soumettre à ce passage devant le Congrès, estimant que le camp républicain instrumentalisait l'affaire à des fins politiques. Mais, sous la menace de poursuites judiciaires pour "outrage" en cas de refus de comparaître malgré une assignation de la commission, les deux ex-responsables ont finalement acté début février leur venue devant les élus.
"Détourner l’attention des agissements" de Donald Trump
Une participation qui n'a pas empêché Hillary Clinton de dénoncer un "théâtre politique partisan" devant les journalistes. Selon elle, son audition constitue un moyen de ne pas mettre la lumière sur la relation entre Jeffrey Epstein et Donald Trump, qui a longtemps fréquenté l'homme d'affaires pédocriminel dans les années 90. "Vous m’avez contrainte à témoigner, en sachant pertinemment que je ne possède aucune information susceptible de vous aider dans votre enquête, afin de détourner l’attention des agissements du président Trump et de les dissimuler malgré les demandes légitimes de réponses", a-t-elle taclé, toujours dans sa déclaration liminaire. Plus tôt dans la semaine, plusieurs médias américains ont notamment révélé que certains documents concernant Donald Trump avaient été expurgés des dossiers Epstein au moment de leur publication, fin janvier. "Si cette commission voulait sérieusement connaître la vérité sur les crimes d'Epstein, (...) elle demanderait directement à notre président actuel de s'expliquer sous serment sur les dizaines de milliers de fois où il apparaît dans le dossier Epstein", a encore déclaré Hillary Clinton.
Face à la presse, Hillary Clinton s'est entre autres émue des échanges "inhabituels" tenus avec des membres républicains à la fin de la commission. "Ils m’ont interrogée à propos des ovnis et posé des questions au sujet du 'pizzagate', l’une des théories du complot les plus viles et bidon à avoir été propagées sur le web", a déploré la responsable de l'administration Obama. Elle fait référence ici à la théorie conspirationniste diffusée au moment de sa campagne présidentielle, lorsque de nombreux internautes avaient largement relayé l'idée que plusieurs de ses proches étaient à la tête d'un réseau de pédophiles, basé dans une pizzeria proche de la Maison-Blanche. Une rumeur saugrenue, mais qui n'avait pas été loin de déboucher sur un drame. Un homme avait ainsi pénétré le 4 décembre 2016 dans un restaurant de Washington et tiré plusieurs coups de feu. Il voulait "mener sa propre enquête" sur le "pizzagate".
Malgré les critiques d'Hillary Clinton, le camp trumpiste, lui, assume sa volonté d'avoir fait témoigner l'ex-cheffe de la diplomatie américaine. "Il ne s'agit pas d'une chasse aux sorcières partisane", a promis le représentant républicain du Kentucky et président de la commission James Comer, cité par NBC News. "C'était une motion, une motion bipartite, soutenue par les démocrates, visant à faire entrer les Clinton. Je ne pense donc pas que ce soit injuste envers [eux]." Le président américain, qui affirme être "totalement exonéré" dans l'affaire Epstein, avait demandé en novembre au département américain de la justice d'enquêter sur les liens entre plusieurs personnalités, dont Bill Clinton, et le criminel sexuel. "Epstein était un démocrate et il est le problème des démocrates, pas celui des républicains !", avait-il exhorté sur son réseau Truth Social. "Ne gaspillez pas votre temps avec Trump. J'ai un pays à gouverner !".
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Soixante-cinq kilomètres pour faire vaciller l'Europe. Depuis la fin de la guerre froide, le corridor de Suwalki donne des maux de tête aux militaires du continent. Situé entre l'enclave russe de Kaliningrad et la Biélorussie, ce mince espace est la seule langue de terre reliant les pays baltes à leurs alliés de l'Otan. C'est ici que le journal allemand Die Welt a imaginé, en décembre, un wargame. Ses résultats, publiés au début du mois de février, ont de quoi inquiéter les Européens. Il suffirait à Moscou de quatre jours pour prendre la ville lituanienne de Marijampole.
Le scénario se déroule dans un futur proche. En octobre 2026, un cessez-le-feu a gelé le conflit en Ukraine, permettant à la Russie de garder le contrôle sur les territoires occupés. Après un exercice conjoint entre Moscou et Minsk, plus de 12 000 soldats russes restent positionnés près de la frontière lituanienne. Des incidents éclatent dans la zone, et Vilnius décide de fermer sa frontière. Le Kremlin évoque une "crise humanitaire" à Kaliningrad avant de réclamer un corridor de transit à travers la Lituanie. Le gouvernement lituanien refuse, mais Moscou l'établit par la force. L'article 5 de l'Otan - qui implique que les membres de l'alliance se protègent mutuellement en cas d'agression - est évoqué. Les Etats-Unis refusent de s'engager militairement face à l'argument "humanitaire" évoqué par les Russes. En face, l'Europe hésite. Les Polonais n'envoient aucune troupe de l'autre côté de la frontière. L'Allemagne consulte les Landers, peinant à prendre une décision. Dans ce scénario, Berlin impose des sanctions, mais évite d'abord toute action militaire. Même la brigade allemande présente en Lituanie ne bouge pas d'un pouce. Marijampole tombe aux mains des Russes.
L'exercice est loin d'être une fantaisie. Utilisé depuis des années par les armées, le wargame sert à identifier les faiblesses et les points aveugles des joueurs. Celui de Die Welt a rempli son office. "D'après cette simulation, la prise de décision à Berlin est moins guidée par la lutte directe contre les objectifs fondamentaux de Moscou que par la recherche du consensus, la communication vers l'extérieur et la crainte d'une escalade", constate le journal.
Le constat est d'autant plus inquiétant que le journal n'a pas fait appel à des amateurs. Seize politiciens, militaires et experts allemands et membres de l'Otan ont pris part à l'exercice. Parmi eux, Peter Tauber, ancien secrétaire général de la CDU allemande - jouant le rôle du chancelier fédéral. Mais aussi Alexander Gabuev, directeur du Carnegie Russia Eurasia Center, dans celui du président russe. Il revient sur cette expérience dans un entretien pour L'Express.
L'Express : La simulation à laquelle vous avez participé se déroule dans un futur très proche. Quel est l'intérêt ?
Alexander Gabuev : Nous voulions tester un scénario précis, qui s’inscrit dans un cadre temporel très contraint. Nous imaginions commencer à un moment où la guerre en Ukraine s'est arrêtée, par exemple pendant un cessez-le-feu. Un instant où le conflit mobiliserait moins de ressources humaines qu’aujourd’hui côté russe, et où l'Europe ne se serait pas encore suffisamment remilitarisée pour faire face à Moscou. L'exercice a également été conçu à un instant dans une phase de rupture entre les Etats-Unis et l'Europe provoquée par Donald Trump. Il était très clair, selon nous, que la Russie peut voir cette situation comme une opportunité.
Le scénario a pour décor le corridor de Suwalki, un classique du genre. Depuis des années, de multiples wargames imaginent une invasion russe dans la région. En quoi celui de Die Welt était-il différent ?
Nous avons imaginé une incursion russe sur le territoire lituanien, du côté du corridor de Suwalki. A l'inverse des wargames habituels, où l'invasion se concentre en Pologne, nous l'avons faite se produire de l'autre côté. Dans cette configuration, j'ai été surpris de voir la supériorité tactique et opérationnelle écrasante de la Russie sur l'Europe - notamment grâce aux drones.
Dans l'exercice, l'Allemagne, la Pologne et la Lituanie se sont révélées incapables d'arrêter l'opération mise en place dans le corridor. La stratégie du Kremlin était simple : éliminer avec des drones tous ceux qui étaient à cet endroit, sans quitter le territoire russe. Ce point est capital. Dans la guerre actuelle, Moscou n'a plus besoin de mettre un pied sur un territoire de l'Otan pour déclencher des hostilités, ni pour commencer à établir un contrôle opérationnel.
En quoi la ville de Marijampole est-elle stratégique pour les Russes ? Est-elle un objectif de conquête ?
En démarrant l'opération, le but de Moscou n'est pas de conquérir plus de territoires, mais de lancer une négociation. Il cherche à peser davantage sur l’architecture de sécurité européenne. Ces objectifs ressemblent à ceux que Vladimir Poutine a formulé le 21 décembre 2025, après les discussions entre Russes et Américains à Miami. Dans notre scénario, le dirigeant russe commencerait les négociations en position de force. Il serait parvenu à démontrer que l'article 5 - la clause d'assistance mutuelle de l'Otan - est dénué de sens, car tous les membres de l'alliance ne bénéficient pas d'une protection égale. Que vaut exactement la défense otannienne si Moscou peut prendre une ville lituanienne sans que les Etats-Unis ne réagissent ? Si les plus petits acteurs sont laissés seuls ?
Dans ce scénario, vous ne déployez pas une stratégie de "conquête" de territoire. Moscou préfère s'orienter vers une solution diplomatique. Pourquoi ?
Après avoir pris le contrôle du corridor, nous avons choisi de sécuriser l'accès de la Pologne à la Lituanie. Notre but était de signaler que nous n'étions pas intéressés par une escalade avec Varsovie, et de décourager toute volonté européenne d'envoyer des renforts dans cette zone. Nous avons ensuite libéré de nombreux civils. Ces signaux ont ouvert la voie à des pourparlers immédiats pour trouver une solution diplomatique avec l'administration Trump - tout en conservant la maîtrise de Marijampole. Nous cherchions des moyens de lui assurer une victoire diplomatique en amont de la réunion de l'Otan prévue dans l'exercice, et nous étions sur le point d'y parvenir… Mais le wargame ne durait que quatre jours, et nous n'en avons pas eu le temps.
La leçon est claire : une fois que les Etats-Unis se retirent de la scène, de nombreux mécanismes de l'Otan sont paralysés. Le commandement suprême des forces alliées de l'Otan est un général américain. S'il décide de ne pas activer la clause de défense, personne ne le fera. A ce moment-là, l'infrastructure de commandement et de contrôle ne pourra pas être pleinement utilisée. Nos homologues allemands peinaient à identifier des options sans les Américains. Comment contrôler les mouvements de troupes ? Comment coordonner les opérations ? Sans parler du nucléaire, même au stade conventionnel, la situation devient vite ingérable si les Etats-Unis ne s'engagent pas. La dépendance vis-à-vis de Washington est vraiment un élément crucial. Je suis sorti de cet exercice beaucoup plus inquiet que je n'y étais entré.
La Russie invoque un prétexte humanitaire pour lancer son attaque. Vos adversaires allemands ont-ils été surpris ?
Le schéma est récurrent côté russe : la raison invoquée à chaque invasion est une protection de la population. Ce n'est pas une surprise. Mais les joueurs allemands ont été surpris de constater que les Russes puissent utiliser un prétexte humanitaire comme bouclier. Les militaires russes sont entrés dans le corridor de Suwalki aux côtés de membres d'ONG comme la Croix Rouge. Cela a posé un dilemme moral à l'Otan : expulser les troupes impliquait de tuer des civils russes et des habitants locaux.
Moscou a, de plus, presque immédiatement proposé aux Etats-Unis la voie de la désescalade. Nous leur avons assuré ne pas être là pour occuper le territoire, ni prétendre à une quelconque souveraineté, mais pour résoudre un problème humanitaire précis. En Allemagne, ces arguments ont trouvé un terrain très fertile. Pourquoi risquer une troisième guerre mondiale avec la Russie dans ce contexte ? Nous ne parlons, après tout, que d'un minuscule bout du territoire lituanien. Si les Russes sont prêts à le libérer, à l'évacuer, et ensuite rentrer chez eux, pourquoi risquer l'apocalypse ?
Dès que ces discussions ont eu lieu, les Européens se sont retrouvés en position de faiblesse. L'administration américaine ne cessait de leur mettre la pression pour ne pas escalader les choses avec la Russie.
L'exercice a fait beaucoup parler. Le contre-amiral Giedrus Premeneckas, chef d'état-major des armées lituaniennes, a assuré que les effectifs militaires - 17 000 en temps de paix, 58 000 soldats lors d'une mobilisation immédiate - pourraient assurer la défense du territoire. N'avez-vous pas été trop pessimiste ?
Cet exercice ne reprend pas strictement les critères des wargames militaires, conçus pour aider à la planification. Ces derniers détaillent beaucoup plus finement les mouvements de troupes. À ce niveau de détail, d’autres acteurs auraient été intégrés (Français, Britanniques…). Cette simulation était concentrée sur la réaction politique allemande.
Le but était de comprendre comment Berlin réagirait dans ce type de situation. La question s'est révélée très clivante. Leur équipe s'efforçait de maintenir l'adhésion de la population à une action de l'Allemagne dans le conflit. Ils cherchaient à obtenir le soutien populaire - ce qui s'est avéré très difficile. Les joueurs incarnant les dirigeants allemands ne cherchaient même pas à entrer en guerre contre les Russes, mais avaient besoin de l'accord du Bundestag pour avoir un mandat de négociation. Il leur a fallu environ 64 heures pour l'obtenir. Avec leurs hésitations, les Allemands ont perdu quatre jours. Pendant ce temps, les Russes se sont retranchés bien plus profondément dans le corridor. Ils ont infiltré la bulle de défense aérienne autour de la zone. Plus le temps passait, plus le coût de l'opération nécessaire pour les faire partir devenait supérieur à ce qui aurait initialement été le cas. C'était le coeur du calcul russe dans ce scénario : faire hésiter le plus longtemps possible les Européens pour que le prix d'une intervention militaire leur paraisse démesuré par rapport à son intérêt réel.
D'autres limites à ce scénario ont néanmoins été évoquées, comme celles de l'absence des services de renseignement. Dans la vie réelle, leur contribution aurait alerté beaucoup plus tôt les autorités allemandes et lituaniennes…
Nous avons déjà vu ce que donnait ce type de scénario il y a quatre ans, dans notre réalité. Les services de renseignement américains ont partagé des alertes sur les mouvements de troupes russes près de la frontière ukrainienne aux Européens. Ce n'a pas empêché la direction de la DGSE de ne pas y croire, parce que, objectivement, cette opération russe n'avait aucun sens.
Les décideurs rationnels projettent souvent leurs propres logiques sur les services russes. La sous-estimation du risque existe de manière importante, même quand les informations existent. Ensuite, l'évolution des technologies militaires permet de dissimuler plus facilement des mouvements de drones que ceux des chars. Ils sont aussi beaucoup plus rapides à déployer.
Nous avons évoqué l'article 5 de l'Otan. Mais la Lituanie est aussi un pays de l'Union européenne. La clause de défense mutuelle existant entre les pays de l'UE a-t-elle été sur la table ?
Les Allemands en ont beaucoup parlé dans leurs négociations. Nous ne le savions pas pendant le wargame - nous n'assistions pas à leurs concertations, et je ne peux vous en parler qu'à posteriori. Mais son activation restait politiquement difficile. Le déclenchement de l'article 42-7 nécessite un consensus au sein de l'Union européenne. Certains pays à l'est de l'Europe - la Hongrie, la Slovaquie - se sont prononcés contre. Dans la vie réelle, aujourd'hui, l'Union européenne ne peut pas adopter un nouveau paquet de sanctions contre la Russie car ces deux pays s'y opposent. Notre scénario n'est donc pas si éloigné de la réalité.
Les Européens n'ont donc pas changé depuis février 2022 et l'invasion russe en Ukraine ?
Les Européens sont désormais beaucoup plus réceptifs aux menaces russes, quel que soit le pays. Ce scénario est inquiétant, mais il a été imaginé pour attirer l'attention sur des menaces peu prises en considération. Il sert d'avertissement, et je suppose que le gouvernement allemand y réfléchit désormais très sérieusement. Si ce type de situation arrive, nous sommes déjà prévenus. D'autres scénarios restent à tester, avec différentes variables : la manière dont la situation en Ukraine évolue, et, surtout, l'issue de la prochaine présidentielle américaine.
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