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Ali Larijani, dirigeant pragmatique et fidèle soutien de Khamenei, nouvel homme fort de l'Iran
Il a longtemps été l'homme pragmatique du régime des mollahs, celui ouvert aux discussions et aux négociations. Pourtant, lundi, c'est sa voix qui s'est violemment opposée aux États-Unis de Donald Trump. "L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Ali Larijani dans une série de publications sur X. Accusant Donald Trump d'avoir "plongé la région dans le chaos" et de faire "une fois de plus payer le prix de son culte de la personnalité aux soldats et à leurs familles américaines", il a fermé la porte à toute négociation avec les États-Unis.
Trump's wishful thinking has dragged the whole region into an unnecessarily war and now he is rightly worried about more American casualties. It is indeed very sad that he is sacrificing American treasure and blood to advance Netanyahu's illegitimate expansionist ambitions. https://t.co/b11I6cNb6I
— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026
Après l'assassinat d'Ali Khamenei dans un bombardement américain et de plusieurs dizaines de dignitaires iraniens, Ali Larijani est la nouvelle figure du régime des mollahs, en attendant qu'un nouveau chef d'État soit désigné. Fidèle proche de l'ayatollah, il avait été choisi par le chef de l'État lui-même pour prendre son relais s'il venait à mourir. Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale jusque-là, il était alors chargé de la protection de la République islamique face aux attaques militaires. Donald Trump pourrait s'appuyer sur lui pour préparer la suite du régime.
Une position fragilisée
Né dans l'une des plus grandes familles cléricales du pays à Amol, dans la province de Mazandaran, au nord de Téhéran, à une vingtaine de kilomètres de la mer Caspienne, Ali Larijani entreprend des études de mathématiques et de philosophie continentale, avant d'être diplômé du séminaire de Qom, comme Khamenei. Ancien président du Parlement iranien entre 2008 et 2020, passé notamment par la tête de la radio et de la télévision d'État entre 1994 et 2004, l'homme de 67 ans commence sa carrière auprès des Gardiens de la révolution, dont il a été commandant.
S'il est l'un des personnages les plus puissants de l'Iran depuis son retour aux affaires en 2025, en étant nommé à la tête du Conseil suprême de la sécurité nationale, poste qu'il avait déjà occupé entre 2004 et 2007, sa place politique avait été fragilisée ces dernières années par le Conseil des gardiens. Fort de son expérience de président du Parlement iranien, qu'il a exercée pendant douze ans, il avait pourtant vu sa candidature à la présidentielle disqualifiée à deux reprises, en 2021 et en 2024. Si le Conseil des gardiens n'a jamais donné de justification, la présence de sa fille aux États-Unis, sa proximité avec l'ancien président Hassan Rouhani ou encore sa position en faveur de l'accord sur le nucléaire de 2015 sont des hypothèses.
Alors que les futurs dirigeants potentiels pour l'Iran sont peu nombreux, son profil ressort particulièrement, et pour cause : chargé de superviser les négociations nucléaires avec les États-Unis, interrompues par le bombardement américain samedi, il est un fidèle de l'ayatollah, et plus largement, du régime des mollahs. Conservateur dans ses positions, attaché aux valeurs idéologiques de la révolution de 1979, il a pourtant l'image d'un homme politique pragmatique, n'hésitant pas à épouser des positions plus modérées pour faire avancer certaines négociations.
Une opposition interne ?
Mais face aux États-Unis et à Israël, les choses risquent de se compliquer. S'il a déjà annoncé son refus catégorique de négocier avec les États-Unis, il est même visé par des sanctions de Washington pour son rôle dans la répression sanglante des mouvements de manifestation dans le pays en janvier dernier. Mais son positionnement pragmatique pourrait justement permettre de faire avancer les sujets épineux. Le mois dernier, il n'hésitait pas à considérer la question des négociations sur le nucléaire "résolue" à la télévision d'État d'Oman. "Si la préoccupation des Américains est que l'Iran ne devrait pas s'orienter vers l'acquisition d'une arme nucléaire, cela peut être abordé", avançait-il par la même occasion.
Finalement, la plus grande opposition que pourrait rencontrer Ali Larijani pourrait être au sein même du pays. Ne pouvant prendre la succession d'Ali Khamenei, n'ayant pas les références de clerc supérieur pour le poste de Guide suprême, il pourrait se voir opposé aux Gardiens de la révolution, véritable État dans l'État, qui l'ont longtemps considéré comme un adversaire politique. Il pourrait aussi se voir mis de côté par le triumvirat intérimaire, qui a pris la suite de Khamenei le temps d'assurer la transition, composé du président Massoud Pezeshkian, de l'ayatollah Ali Reza Arafi, dignitaire religieux chiite, et du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï. Un trio dominé par des clercs adeptes de la ligne dure, aux yeux desquels Ali Larijani pourrait être vu comme un modéré.
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