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Accord UE-Mercosur : pourquoi le dossier n'est pas encore clos

Est-ce réellement la fin de 25 ans de négociations ? Alors que le Comité des représentants permanents des États membres auprès de l’Union européenne (Coreper) a approuvé vendredi dernier la signature de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie), la Commission européenne doit officialiser la mise en œuvre de ce traité controversé ce samedi 17 janvier au Paraguay.

Le texte, qui contient plusieurs mesures visant à faciliter le commerce entre les deux zones, dont la suppression progressive de la quasi-totalité des droits de douane, la protection contre l’imitation de produits européens (roquefort, comté, champagne, etc.), ou encore l’ouverture de nouveaux quotas d’importation en Europe, notamment pour la viande bovine sud-américaine, suscite l’opposition de l’ensemble des forces politiques françaises, de la gauche radicale à l’extrême droite, et le rejet des principaux syndicats agricoles. Depuis plusieurs jours, ces derniers manifestent sur tout le territoire, craignant une arrivée massive de denrées sud-américaines, en particulier de viande bovine, perçue comme une concurrence déloyale pour les filières agricoles nationales du fait de coûts de production plus bas. L'exécutif français, également opposé à cette ouverture du marché, n'est pas parvenu à faire entendre sa voix face à ses partenaires européens, malgré le soutien de la Hongrie, la Pologne, l'Irlande et l'Autriche.

Une bataille qui se poursuit

Au niveau de l'UE, la bataille n'est néanmoins pas achevée. Car le Parlement européen devra lui aussi ratifier l'accord, à une date encore indéterminée. Or son soutien au traité n'est pas garanti, et l'issue du scrutin, bien qu'à la majorité simple, pourrait être serrée, compte tenu des divisions internes à chaque grand groupe. Sur un sujet aussi sensible, les positions dépendent en effet plus de l’origine nationale des eurodéputés que de leur étiquette politique, certains Etats comme l'Allemagne voyant un intérêt économique dans l'accord avec le Mercosur.

"Ça pourrait se jouer à 15 à 20 voix près", sur les 720 que compte le Parlement européen, pronostique ainsi la professeure honoraire en droit européen à l’ULB, Marianne Dony, auprès de la RTBF. Et de souligner : "Avant le traité de Lisbonne, les accords de commerce étaient conclus par le Conseil mais le Parlement n’avait pas son mot à dire au sens formel du terme. Si le Parlement disait non, le Conseil pouvait aller de l’avant. Tandis que maintenant, il faut une approbation parlementaire et pas simplement un avis du Parlement. C’est une grande avancée démocratique du traité de Lisbonne en 2009".

Le Parlement européen pourrait de plus voter une résolution de saisine réclamant l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sur la compatibilité du Mercosur avec les traités européens. 145 eurodéputés de 21 nationalités et cinq groupes différents avaient déjà déposé cette résolution pour une session plénière fin novembre, mais la présidente du Parlement, Roberta Metsola (PPE), ne l’avait pas jugée recevable, car la demande d’approbation du Conseil européen n’avait pas encore été formulée.

Une entrée en vigueur immédiate

Dans tous les cas, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur pourra entrer en vigueur dès sa signature samedi, de manière "immédiate" et "provisoire", avant même la ratification du Parlement européen, a fait savoir la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, sur RMC/BFMTV lundi 12 janvier. Si Paris réclamait un vote des 27 pour garantir que ce traité ne soit pas appliqué provisoirement avant son approbation au Parlement, une déclaration sur le sujet a été retirée de l'ordre du jour par la présidence chypriote du Conseil de l'UE, notamment à la demande de l'Allemagne, selon la France.

Cet échec supplémentaire pourrait peser lourd dans la vie politique française, le Rassemblement national et La France insoumise ayant tous deux annoncé leur intention de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, pour manifester leur opposition à ce traité.

© REUTERS

Des agriculteurs protestent contre l'accord avec le Mercosur, à Athlone en Irlande, le 10 janvier 2026.
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Manifestations en Iran : Donald Trump s'en prend aux partenaires commerciaux de Téhéran

Donald Trump a ressorti son arme favorite, les surtaxes. Le président américain a prévenu lundi 12 janvier que les pays faisant affaire avec l'Iran s'exposeront à des droits de douane de 25 % dans leurs échanges commerciaux avec les Etats-Unis, une annonce effectuée alors que Washington étudie de potentielles mesures à prendre dans le contexte de manifestations sans précédent depuis des années en Iran.

Via son réseau social Truth, le locataire de la Maison-Blanche a déclaré que la mesure prenait effet "immédiatement" et que ces surtaxes douanières s'appliqueraient sur "tous les échanges commerciaux" effectués par les pays visés avec les Etats-Unis. Cette directive est "définitive et sans appel", a-t-il ajouté, sans autres précisions.

Donald Trump a effectué cette annonce alors même que la Cour suprême américaine devrait se prononcer sous peu sur la légalité d'un éventail de droits de douane décidés par le président américain depuis son retour au pouvoir en janvier dernier.

Aucun document officiel n'a été publié par la Maison-Blanche sur son site officiel à propos de la mesure, dont on ne connaît pas le fondement juridique. La présidence américaine n'a pas répondu à une demande de commentaire.

Critiques chinoises

D'après les données les plus récentes de la Banque mondiale, l'Iran a exporté des produits vers 147 partenaires commerciaux en 2022. La Chine, les Emirats arabes unis et l'Inde figurent parmi les principaux importateurs de produits iraniens. L'ambassade de Chine à Washington a critiqué la démarche de Donald Trump, déclarant que Pékin prendrait "toutes les mesures nécessaires" pour protéger ses intérêts et s'opposait à "toutes sanctions unilatérales illicites". "La position de la Chine contre l'imposition indiscriminée de droits de douane est cohérente et claire", a ajouté un porte-parole de l'ambassade sur le réseau social X.

Donald Trump a ordonné en juin dernier de puissants bombardements contre les principaux sites nucléaires iraniens en appui d'une campagne militaire menée par Israël, dont l'Iran est l'ennemi juré dans la région, lors de leur guerre de 12 jours. Il a dit lundi examiner des "options très fortes", y compris militaires, face à la répression violente menée par Téhéran à l'encontre des manifestants.

En dépit des menaces du président américain, Téhéran, qui accuse Etats-Unis et Israël de fomenter la révolte en Iran, a exprimé sa volonté de maintenir ouverts des canaux de communication avec Washington, tout en se disant "préparé à la guerre".

Le mouvement de contestation actuel en Iran représente l'un des principaux défis pour le clergé au pouvoir depuis la Révolution islamique de 1979.

© REUTERS

Donald Trump s'exprime depuis la Maison-Blanche, le 19 décembre 2025.
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David Baverez : "L'Europe a commis l'erreur majeure de négliger la géoéconomie"

"L'année 2026 sera rock-and-roll, mais ce sera celle des démocraties occidentales", s’exclame, enthousiaste, David Baverez en découvrant la dernière Une de l’Express. Style coiffé-décoiffé, lunettes rondes, cet investisseur basé à Hongkong a profité de son escale parisienne pour livrer son analyse sur la place de l'Europe dans un monde qui vit au rythme du duel sino-américain. L'occasion de replonger dans son livre, Bienvenue en économie de guerre, tout juste sorti en format poche chez Perrin.

Sa thèse ? Un basculement mondial de l'économie de paix, tirée par la demande, vers une économie de guerre, qui repose sur le contrôle de l'approvisionnement. Surtout, il constate que les titans chinois et américains ne font pas que s'affronter. Ensemble, ils écrasent l'Europe. Dos au mur, les Vingt-Sept ont encore une chance de sortir de leur inertie s'ils consentent à fournir un effort collectif et à transformer leur pacte social, plaide l'essayiste.

L'Express : Combien de temps cette phase d'économie de guerre, définie par l’offre, pourrait-elle durer ?

David Baverez : L’économie mondiale évolue traditionnellement par cycles d’environ trente ans, structurés en trois décennies - l’émergence d’une révolution technologique, sa diffusion mondiale avec des gains de productivité, puis le recours à l’endettement pour masquer son épuisement. Le cycle 1990-2020 correspond à la dernière période d’économie de paix. Depuis 2022, un nouveau cycle d'économie de guerre s’est ouvert. Nous sommes dans sa première décennie, celle du redémarrage technologique.

Mais l’Europe aborde ce cycle en position de faiblesse par rapport à l'Amérique et la Chine. Elle a commis une erreur majeure d’allocation des ressources en négligeant la géoéconomie – le retour de la géopolitique dans le business – pour privilégier la transition environnementale, et dans une moindre mesure, l’intelligence artificielle (IA). Résultat : elle est dépendante de la Chine sur les technologies vertes, et largement tributaire des États-Unis pour le numérique. L’exemple d’ASML, notre unique joyau technologique européen, offre un exemple frappant : le jour où Donald Trump a tenté d’interdire ses exportations vers la Chine – soit près de 50 % de son chiffre d’affaires - personne au sein de son comité de direction ou de son conseil d’administration ne disposait d’une réelle expertise en géopolitique.

Vous préconisez de troquer le terme de "souveraineté" par celui d’"interdépendance". Quels seraient les atouts que l’Union européenne pourrait faire valoir dans ce paradigme, notamment dans le domaine de l'IA ?

Sur le plan des "pelles et pioches", l’Europe ne sera pas compétitive car elle a un désavantage capitalistique. En revanche, sur les applications concrètes de l’intelligence artificielle, rien ne justifie que les Européens soient moins bien placés. Nous disposons de 450 millions de consommateurs, avec des besoins spécifiques, des services à inventer et des gains de productivité à capter grâce à l’IA.

Mais pour cela, il faut se mettre à travailler : d’abord en développant notre marché intérieur entravé par les barrières intra-européennes. Malheureusement, et cela me fait du mal de l’admettre, J.D. Vance avait raison sur le fond dans son discours de Munich : le problème est d’abord chez nous. Le rapport Draghi n’a été implémenté qu’autour de 15 %. Si on continue à ce rythme, on en a pour sept ans. Pendant ce temps, Donald Trump se débarrasse d'un dictateur en deux heures.

Un manque d'efficacité lié à notre lourdeur bureaucratique ?

Plutôt à l’absence de narratif commun. Soyons réalistes, on ne pourra pas réformer la bureaucratie européenne. Il faut donc la contourner. L’exemple de la Chine lors de son entrée dans l’OMC en 2001 est intéressant : le Premier ministre de l'époque, Zhou Rongji, s’était attaqué à l'inertie des entreprises étatiques du pays, non pas frontalement mais en introduisant de la concurrence privée. Résultat : entre 1998 et 2001, ces "mammouths" étatiques avaient licencié près de 40 millions de personnes.

L’Europe devrait suivre une logique similaire, en imposant une concurrence digitale à Bruxelles. Un 28e Etat digital permettrait la signature des contrats dans le cloud, se référant à la législation de l’État membre la plus favorable. A l’image de ce qui est fait aujourd’hui dans le Delaware, où nombre de sociétés américaines établissent leur siège.

Dans ses communications officielles, la Commission européenne qualifie Pékin à la fois de concurrent et de partenaire. Comment réagit la Chine face à cette ambiguïté ?

Elle répond sous forme de mépris. En juillet dernier, Ursula von der Leyen avait été publiquement insultée à Pékin : la réunion du 50e anniversaire des relations diplomatiques, prévue sur deux jours, avait été écourtée à une seule journée, pour ignorer les différends économiques. En décembre, le président de la République Emmanuel Macron a, lui aussi, subi une humiliation diplomatique, lorsque le président chinois lui a intimé de "choisir le bon côté de l’Histoire".

Le nouvel ambassadeur de Chine en France a résumé l’ambiguïté de la position européenne de "coopération, compétition, confrontation" par une métaphore éloquente : à Paris, dit-il, lorsqu’il arrive à un carrefour, le feu est pour lui à la fois vert, orange et rouge. Il lui est donc difficile de franchir le carrefour.

Est-il toujours pertinent de parler de Piège de Thucydide (NDLR : lorsqu'une puissance dominante veut empêcher une puissance émergente de prendre sa place) à l'heure où la Chine semble prendre l'ascendant grâce à son chantage sur les terres rares et à sa progression technologique ?

Il est urgent de déconstruire le narratif chinois. Les terres rares en provenance de Chine ne représentent annuellement que 200 millions de dollars dans les importations américaines. Certes, la Chine contrôle l’essentiel de leur raffinage, mais il n’implique pas de technologie disruptive. Notre dépendance vient de notre choix de la sous-traitance à la Chine, pour ne pas en supporter le coût écologique. Ce n’est donc pas une fatalité : Solvay a récemment décidé de réactiver à La Rochelle sa ligne de production d’aimants permanents en terres rares. En deux à trois ans, cette dépendance peut être significativement réduite. Mais les terres rares sont "le canari dans la mine" : le véritable risque est que la Chine décide de nous couper les approvisionnements, comme dans la chimie spéciale pharmaceutique ou alimentaire.

Devrions-nous effectuer des transferts technologiques avec la Chine, comme l'a suggéré Emmanuel Macron ?

La principale "technologie" chinoise relève de ses procédés manufacturiers et R&D, difficilement transférables. C'est une manière de travailler très différente de la nôtre, qui rappelle la méthode japonaise Kaizen, consistant à faire des améliorations continues au quotidien.

Le véritable enjeu porte sur la formation : Kissinger, déjà, disait que le plus gros cadeau des Etats-Unis à la Chine était de former ses élites. Avec l'idée qu’elles adopteraient le raisonnement américain. Or cette stratégie n’a pas fonctionné : des milliers d'ingénieurs sont revenus en Chine au service de l'industrie locale. La vraie question est de savoir si la Chine va développer son éducation, sa recherche disruptive, pour réellement se passer des Etats-Unis.

L’énergie est un point central de votre nouvelle doctrine "ESG" - énergie, sécurité, guerre. Vous prédisiez dans votre livre que le projet de gazoduc Power of Siberia 2 avait peu de chances de voir le jour, or il a fait l’objet d’un accord entre la Chine et la Russie en septembre dernier. Qu'est ce qui a changé ?

D’une part, la Chine a attendu que la Russie soit aux abois pour imposer ses conditions. D’autre part, Pékin a procédé à un grand découplage des Etats-Unis : les volumes de GNL sont tombés à zéro, tout comme ceux de soja. Et même s’ils se sont engagés à reprendre ces importations dans le dernier accord, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

© William Furniss

Pour David Baverez, l'erreur majeure de l'Europe a été de négliger la géoéconomie.
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En Iran, le fils du chah Reza Pahlavi de retour ? Pourquoi Benyamin Netanyahou en rêve

On aurait été étonné du contraire : Benyamin Netanyahou suit de "très près" les événements en Iran. Ce dimanche, le Premier ministre israélien a même consacré au soulèvement populaire sa traditionnelle allocation en préambule du conseil des ministres hebdomadaire. "Israël et le monde en entier sont en admiration devant le courage des citoyens iraniens. Israël soutient leur lutte pour la liberté et condamne avec force les massacres de citoyens innocents", a-t-il déclaré. Son ministre des Affaires étrangères et l’ensemble de la classe politique ont réagi à l’unisson. En Israël le régime des mollahs, qui a menacé à maintes reprises d’anéantir l’Etat juif, suscite un rejet unanime.

Du côté des autorités iraniennes, ce soutien explicite aux manifestants ravive les soupçons - plus ou moins sincères - de manipulation de la contestation par les services secrets israéliens, notamment pas le biais de faux comptes sur les réseaux sociaux. "Ils essaient de faire basculer dans la violence ces protestations pacifiques", a accusé le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi. "Israël souhaite que la pression intérieure sur le régime de Téhéran s’intensifie, mais ne peut pas apparaître comme celui qui la mène. Dès qu’Israël "embrasse" publiquement les manifestants, elle offre à Khamenei le prétexte idéal pour transformer des combattants de la liberté en 'agents sionistes'", décrypte Liraz Margalit dans le journal Maariv.

Même sans lui attribuer des manœuvres occultes, Israël a d’évidence joué un rôle primordial dans la déstabilisation du régime iranien. Depuis les massacres du 7 octobre – commis par des terroristes islamistes largement financés et formés par l’Iran -, l’armée israélienne a frappé durement les bras armés de Téhéran : Hamas à Gaza, Hezbollah au sud-Liban, Houtis au Yémen, milices pro-iraniennes en Syrie.

Netanyahou rêve de renouer une alliance ancienne

En juin dernier, Tsahal a franchi un cap en visant directement le territoire iranien. "Lors de la guerre des douze jours, Israël a humilié le régime iranien en contrôlant son espace aérien et en frappant ses infrastructures nucléaires. Ces attaques ont fragilisé le régime et donné de l’espoir aux contestataires. Cela ne veut pas dire pour autant qu’Israël orchestre la révolte", précise Emmanuel Navon, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv.

La chute de la République islamique ferait les affaires d'Israël. En premier lieu, elle soustrairait des mains des mollahs un programme nucléaire très avancé, malgré les sanctions internationales et les frappes israélo-américaines. A Gaza, la fin du régime affaiblirait considérablement le Hamas, dont l’Iran reste le principal financier aux côtés du Qatar. Mais Netanyahou voit plus loin et rêve tout haut de renouer l’alliance qui prévalait avant l’arrivée de l'ayatollah Khomeini au pouvoir, en 1979. A l’époque, les entreprises israéliennes décrochaient des gros marchés publics à Téhéran et les deux pays développaient un programme balistique commun : le projet "Fleur".

Pour rétablir de telles relations avec l’Iran, l’Etat hébreu mise sur un homme : Reza Palhavi. Omniprésent dans les médias depuis le début de la crise, le fils du Shah déchu ambitionne de revenir à Téhéran pour diriger la transition vers un régime démocratique. Très proche de l’influente communauté juive américaine – il vit à Los Angeles -, il entretient de longue date des relations avec les dirigeants israéliens. En avril 2023, Benyamin Netanyahou lui a réservé un accueil quasi-officiel à Jérusalem. A l’issue de l’incontournable visite du mémorial de la Shoah, Yad Vashem, Palhavi avait estimé, face à un régime iranien qui nie l'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, qu'il était de son "devoir d’être ici pour représenter [ses] compatriotes, honorer les victimes de la Shoah et rendre hommage à cette nation et à son peuple".

Durant la guerre des douze jours, l’épouse de Reza Palhavi, Yasmine, a multiplié les marques de soutien à l’Etat hébreu, pourtant à l’initiative de bombardements intensifs sur l’Iran. Elle a notamment relayé sur les réseaux sociaux un graffiti en anglais tagué sur un mur de Téhéran "frappe-les, Israël, les Iraniens sont avec toi". En décembre dernier, Reza Palhavi a même rencontré Yossi Dagan, le représentant des colons de Cisjordanie.

Cette rencontre révèle sa proximité idéologique avec le nationalisme israélien le plus décomplexé. Un positionnement qu’il lui faudrait assumer le moment venu face au peuple iranien. "Il faudra vérifier si Pahlavi jouit d’une réelle légitimité dans l’opinion publique iranienne, prévient Emmanuel Navon. C’est une condition indispensable. A l’époque, c’est la popularité de Khomeini qui lui avait permis de prendre le pouvoir dès son retour d’exil".

© via REUTERS

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Jérusalem, le 22 décembre 2025.
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Au Monopoly de Donald Trump, le Groenland vaut plus cher que le Venezuela

Avec ses sweatshirts à capuche et sa bouille d’étudiant en sciences sociales qu’il était encore il n’y a pas si longtemps, le Premier ministre du Groenland n’a vraiment aucun point commun, à première vue, avec l’ex-dictateur du Venezuela. Âgé de trente-quatre ans, il est pourtant aux commandes du territoire dont Donald Trump a fait sa deuxième cible, après avoir fait enlever Nicolas Maduro et nommé à sa place son ex vice-présidente Delcy Rodriguez, pas plus démocrate que ce dernier, mais programmée pour obéir aux ordres du président américain.

Avant de devenir en mars 2025 le dirigeant de la plus grande île englacée du monde, vaste comme quatre fois la France et peuplée de 57 000 habitants, Jens-Frederik Nielsen a été champion de badminton à 19 reprises, en simple et en double. "Au final, ce qui compte, c’est la victoire", a-t-il déclaré au journal danois Weekendavisen au moment de son élection, comparant son goût du défi et de l’entraînement dans le sport et la politique. Président des Démocrates depuis 2020, un parti pro entreprises et centre droit, il dirige un gouvernement quadripartite sur la base d’un accord de coalition insistant sur la préparation de l’économie à une future indépendance du Groenland, déjà autonome mais toujours sous souveraineté danoise pour les compétences régaliennes.

Bien malgré lui, le jeune Nielsen est devenu le symptôme d’un moment de vérité sur la stratégie trumpienne. En mettant la main sur le Venezuela de Maduro, un tyran qui avait volé l’élection et gouvernait par la terreur, les Etats-Unis pouvaient donner un semblant de légitimité à leur violation colonialiste du droit international. En désignant le Groenland comme sa prochaine cible imminente, Trump ne cherche même plus de faux prétextes : le dirigeant de sa cible n’a rien d’un dictateur, ni d’un criminel narcotrafiquant corrompu, ni même d’un gauchiste anti-américain.

Si des Groenlandais gardent une rancœur contre le Danemark, qui avait imposé une stérilisation aux Inuits dans les années 1960 et 1970, les fantasmes de Trump ont pour effet de les rapprocher de leur ancien colonisateur. Au moment de l’investiture de Trump en janvier 2025, 85 % des Groenlandais se disaient opposés à quitter le Danemark et à rejoindre les Etats-Unis. "Ça suffit maintenant. […] Les propos de Trump sont absolument inacceptables", a déclaré le très populaire Premier ministre Nielsen, d’origine groenlandaise par sa mère et danoise par son père.

Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, lors d'une conférence de presse à Nuuk, le 5 janvier 2026.
Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, lors d'une conférence de presse à Nuuk, le 5 janvier 2026.

Trump doit avancer cette fois un autre argument, et il est direct : le Groenland doit devenir la "propriété" des Etats-Unis, puisqu’il est "nécessaire à leur sécurité" face à la Russie dans l’Arctique. L’argument ne tient pas la route. Si la Russie était une menace, le président l’aurait désignée comme telle dans sa Stratégie de sécurité nationale et ne serait pas si complice avec Vladimir Poutine sur l’Ukraine. Si la sécurité des Etats-Unis était en jeu, il leur suffirait d’augmenter leur présence militaire sur la base dont ils disposent déjà sur l’île - et le Danemark comme le Groenland les y invitent - sans avoir besoin d’un titre de propriété sur le pays. Or ils ont réduit le nombre de soldats.

Nul besoin de se tortiller avec des arguments légaux. La volonté de Trump, comme celle de Poutine, est simplement de poser son drapeau sur un pays voisin qui ne lui appartient pas. Le Groenland est ainsi le premier révélateur concret des objectifs théoriques de Donald Trump, tels qu’il les a exposés dans sa Stratégie de sécurité nationale. Non pas exporter la démocratie dans le monde, comme l’avaient conceptualisé jusqu’en Irak les néoconservateurs de l’administration George Bush junior, mais prendre sa part dans le partage de la planète entre grandes puissances. S’approprier, coloniser et vassaliser les petits et moyens pays destinés à entrer dans sa zone d’influence. Augmenter, littéralement, le territoire des Etats-Unis d’Amérique. "We will expand our territory", a-t-il déclaré.

Une ambition explicite et impérialiste

Cette phrase était passée quasiment inaperçue lors de son discours d’investiture, le 20 janvier 2025. Le président élu avait pourtant été explicite : "Les Etats-Unis se considéreront à nouveau comme une nation en pleine croissance, une nation qui accroît sa richesse, étend son territoire, construit ses villes, élève ses attentes et porte son drapeau vers de nouveaux et magnifiques horizons." Avant même la fameuse Stratégie de sécurité nationale du 5 décembre qui affichait son ambition impérialiste sur la zone américaine et la "donaldisation" de la doctrine Monroe du XIXe siècle, condamnant toute intervention européenne sur "les Amériques", le Groenland était déjà repéré comme l'un des pions à avaler.

La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.
La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.

Cette "doctrine Donroe", rebaptisée à son effigie par Donald lui-même, est moins une vision stratégique qu’une partie de Monopoly. Pour le promoteur immobilier que le président n’a jamais cessé d’être, le monde est un cadastre notarial qui se conquiert de case en case, avec promesses d’immeubles où brillera son nom en lettres d’or comme sur la Trump Tower de la Cinquième avenue. Les achats ne se négocient pas avec des diplomates mais avec des affairistes. Trump l’avait avoué à la journaliste Susan B. Glasser, qui l’avait interrogé en 2021 sur son projet d’acquisition du Groenland et qui rapporte ses propos d’alors dans The New Yorker : "J’ai dit : 'Pourquoi on n’a pas ça ?' Moi, je suis dans l’immobilier. Je mate un coin de rue et je me dis : 'Il faut que je chope ce local, etc.' J’adore les cartes. Je me suis toujours dit : 'Regarde la taille de ce truc, c’est énorme, ça devrait appartenir aux Etats-Unis.' Ce n’est pas très différent d’un deal immobilier."

Au Monopoly trumpien, le Groenland est une case qui vaut cher, plus encore que le Venezuela. Géographiquement, il fait partie de la grande Amérique fantasmée. Géologiquement, son sous-sol est un trésor de terres rares et autres minerais critiques, dont l’appropriation est pour Trump une obsession. Géopolitiquement, il occupe une position stratégique dans l’Arctique, le réchauffement climatique facilitant l’accès aux gisements et ouvrant des routes maritimes au cœur de la compétition avec la Chine.

L’Europe et l’Otan se trouvent confrontés à une agression absolument inédite : les Etats-Unis, pilier dominant et leader stratégique de l’Otan, menacent de s’emparer d’un territoire sous souveraineté du Danemark, pays européen de l’Otan placé sous la protection collective de l’article 5 de l’Alliance atlantique.

Le scénario d’une invasion militaire apparaît le moins probable. Ne serait-ce parce que, comme l’a résumé nettement la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, "alors [l’Otan] s’arrête", et Donald Trump, quoiqu’il fanfaronne, n’y a pas intérêt. Restent ceux de la coercition économique, la libre association ou une double gouvernance américano-danoise. Mais les Européens doivent en tirer les conséquences. À quoi sert un allié puissant s’il n’est plus un allié ? L’Otan doit se réorganiser sans l’Amérique.

© REUTERS

Donald Trump à bord d'Air Force One, le 11 janvier 2026, dans le Maryland.
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Donald Trump et le Groenland : quand la France préservait Saint-Pierre-et-Miquelon du giron des Etats-Unis

Au moment où le président américain Donald Trump promet de s'emparer du Groenland "d'une manière ou d'une autre" (y compris par la voie militaire) et que l'Union européenne et l'Otan, désarçonnées, peinent à accorder leurs violons, un rappel historique attire l'attention en France. Il s'agit de la reprise, en 1941, par les Forces Françaises Libres, de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon (situé en Amérique du Nord), au régime de Vichy, et ce en dépit de la volonté du gouvernement étasunien.

A l'aube du 24 décembre 1941, sous la direction de l'amiral Emile Muselier, les forces gaullistes opèrent, en effet, ce que l'historien Robert Aron appela le "putsch de Saint-Pierre-et-Miquelon". Trois bâtiments des forces navales de la France Libre - l'Aconit, l'Alysse et le Mimosa - débarquent sur l'archipel alors administré par le régime de Vichy, et en prennent le contrôle. Saint-Pierre-et-Miquelon devient le premier territoire repris par la France Libre.

Une initiative assez audacieuse, à en juger par les coordonnées militaires et diplomatiques de l'époque, défavorables au général De Gaulle. "Si près du continent américain, l'archipel était demeuré sous la souveraineté de Vichy, qui entretenait d'ailleurs de bonnes relations diplomatiques avec Washington où, en revanche, on se méfiait fort du général de Gaulle et de sa France libre", analyse Le Monde dans un article paru une quinzaine d'années plus tard.

Rapidement, le camp des Forces Françaises Libres va chercher à déplacer l'affrontement militaire sur le terrain politique : l'amiral Muselier organise, en 24 heures, un plébiscite auprès de la population locale qui s'avère victorieux, asseyant de cette façon sa légitimité. A partir de ce rapport de force, il parvient à tenir tête aux Américains, qui menaçaient d'envahir l'île.

Le premier gouvernement de la France Libre

L'événement ne tient pas du hasard. Territoire français depuis plus ou moins le XVIIIe siècle, l'archipel situé dans l'Atlantique nord représente à la fois une porte d'entrée sur le continent américain et un enjeu de sécurité maritime, en raison du point de passage des câbles de communication transatlantiques.

Alors que le gouvernement de Vichy contrôle le territoire, les Alliés canadiens, britanniques et américains craignent que les forces de l'Axe ne s'en servent comme un point d'appui pour espionner leurs mouvements, et envisagent d'intervenir à Saint-Pierre. "Craignant d'abord que les îles soient neutralisées par le haut commissaire de Vichy, puis qu'elles ne soient tout simplement occupées par les alliés et échappent à la souveraineté française, le général de Gaulle a donné l'ordre à l'amiral Muselier de s'en saisir", poursuit Le Monde.

Une attitude immédiatement dénoncée par les Etats-Unis, qui viennent tout juste de rejoindre les alliés dans la séquence de l'attaque de Pearl Harbor, et ne supportent pas d'être contestés dans leur propre zone d'influence par des Européens - dans le prolongement de la doctrine Monroe, théorisée au début du XXe siècle. Washington condamne l’action des "so-called Free French ships" et menace de restaurer la souveraineté du régime de Vichy sur le territoire, avec l'aide militaire du Canada.

Bataille de l'opinion

"L’effet boomerang est immédiat : une partie de la presse américaine se retourne. Dans un éditorial publié dans The Nation, Freda Kirchwey accuse le secrétaire d’Etat de poursuivre avec un entêtement ridicule sa politique de complaisance vis-à-vis de Vichy, et voit dans la répudiation de la France libre à Saint-Pierre-et-Miquelon […] le symbole le plus effrayant de la déchéance morale des Etats-Unis", cite dans la revue Le Grand Continent l'essayiste Raphaël Llorca.

Charles de Gaulle vient de réussir à utiliser la légitimité démocratique comme arme diplomatique. Il prévient que si les navires américains pénètrent dans les eaux territoriales, la France Libre tirera. "De Gaulle fixe alors un principe : on peut être dépendant militairement sans être soluble diplomatiquement. Il ne "marchande" rien (...) : indépendamment du reste, il accepte l’idée d’une friction avec Washington, parce qu’il juge que céder ici, c’est préparer d’autres renoncements", poursuit l'expert associé à la fondation Jean Jaurès.

Le gaullisme (courant politique qui refusait historiquement la vassalisation de la France vis-à-vis des Etats-Unis, et défendait le développement d'une défense indépendante), était ainsi parvenu à l'époque à s'imposer, en déplaçant la bataille sur le terrain de l'opinion publique. En usant du même registre idéologique que les Etats-Unis, à savoir un discours en faveur de la défense de la démocratie et de la souveraineté des peuples, il se protégeait d'une intervention militaire impopulaire outre-Atlantique.

Aujourd'hui, certains estiment que mettre en échec les velléités impériales de Donald Trump envers le Groenland passerait par le pousser à mettre quasiment à exécution ses menaces, exposant ainsi l'hypocrisie de celui qui se rêve en "faiseur de paix" et lorgne sur le prix Nobel. Cela dit, si les Forces Françaises Libres étaient prêtes à jouer un coup de poker dans le contexte mondial de la guerre, il n'est pas dit que l'Union européenne soit prête à risquer une confrontation directe avec l'Oncle Sam.

© THIERRY SUZAN/MAXPPP

En 1941, la France Libre récupéra le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon au régime de Vichy, en dépit de la volonté du gouvernement américain.
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Négociations avec le Royaume-Uni : l’UE veut assurer ses arrières avec une "clause Farage"

Les relations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni pourraient-elles se refroidir ? Alors que le pays a entamé des démarches pour se rapprocher de Bruxelles depuis l'arrivée au pouvoir du travailliste Keir Starmer en 2024, le retour sur le devant de la scène du leader du parti d'extrême droite Reform UK, Nigel Farage, fait craindre un revirement. Au point que les 27 exigent que tout futur gouvernement britannique verse une importante compensation financière s'il devait se retirer de l'accord de "réinitialisation" post-Brexit, visant à alléger les contraintes administratives sur les échanges de produits alimentaires, dont le résultat pourrait être une augmentation des exportations agroalimentaires britanniques vers l'UE de 22 %, selon une étude des universités d'Aston et de Bristol de 2024.

Ce projet de texte, fortement voulu par les organisations professionnelles et industrielles, exige que le Royaume-Uni "s’aligne de manière dynamique et applique simultanément" toutes les législations européennes régissant les produits animaux et végétaux. Pour le sécuriser, la "clause Farage", qui interviendrait dans le cas où celui-ci devient Premier ministre, stipule que la partie qui se retire unilatéralement de l'accord devra verser une indemnisation couvrant les coûts de mise en place "des infrastructures et équipements, du recrutement et de la formation initiaux, nécessaires à l'établissement des contrôles frontaliers", rapporte le Financial Times.

Cette "mesure de sécurité [vise] à assurer la stabilité et à dissuader Farage et ses alliés", précise au journal anglais un diplomate, ajoutant que Bruxelles souhaite signer un accord qui perdurerait au-delà de la législature britannique actuelle, qui s'achève en 2029. "L'UE souhaite un accord à long terme et pas seulement jusqu'en 2029, en cas de changement de majorité lors des prochaines élections", a-t-il indiqué.

Une atteinte à la souveraineté

Du côté de Reform UK et des conservateurs, une telle clause représente au contraire une atteinte à la souveraineté juridique du Royaume-Uni, et ces derniers ont déjà promis de l'abroger. "Aucun parlement ne peut lier son successeur, nous n'honorerons aucune clause. Si Starmer signe cet accord, ce sera une atteinte à la démocratie", a déclaré Nigel Farage, accusant son rival de "brader [la] souveraineté parlementaire". La cheffe des conservateurs, Kemi Badenoch, rejette elle aussi tout accord "impliquant une influence de la Cour de justice de l’Union européenne". Selon eux, ce rapprochement avec l'UE est une trahison des résultats de 2016 en faveur de la sortie de l'organisation supranationale, bien que l’accord n’envisage nullement un retour du Royaume-Uni dans le marché unique.

"Les clauses de sortie sont un élément fondamental de tout accord commercial international. Prétendre que ces clauses juridiques de routine constituent une atteinte à la démocratie est franchement exaspérant", clarifie un responsable travailliste auprès du Financial Times, expliquant que dans tous les cas, "les négociations détaillées avec Bruxelles sur les modalités précises de l'accord n'avaient pas encore débuté".

Après avoir caracolé en tête des sondages l'année dernière, la dynamique de Nigel Farage semble toutefois s'essouffler. Fin décembre, Reform UK recueillait 25 % des intentions de vote, soit son niveau le plus faible depuis plus de six mois après avoir atteint un pic à 32 % en septembre, selon un sondage réalisé par YouGov, rapporté par The Independent. Les travaillistes et les conservateurs se redressent légèrement (20 % et 19 % des intentions de vote), mais restent en grande difficulté.

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Le chef du parti britannique Reform UK, Nigel Farage, s'exprime lors d'un rassemblement à Londres, le 9 janvier 2026
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Iran : ces options "très fortes" dont dispose Donald Trump pour une intervention

Il s'est dit "prêt à intervenir", et a affirmé que les États-Unis "ouvriraient le feu" si les autorités tiraient sur les manifestants. Alors que des mobilisations secouent l'Iran depuis deux semaines, le président américain Donald Trump envisage de faire pression sur le pays, et étudie plusieurs réponses militaires "très fortes" qui lui seront proposées ce mardi 13 janvier, lors d'une réunion avec de hauts responsables de l'administration.

Selon le Wall Street Journal, différents scénarios sont possibles : le déploiement d'armes cybernétiques secrètes contre des sites militaires et civils iraniens, l'imposition de nouvelles sanctions contre des personnalités du régime ou des secteurs de l'économie iranienne, ou encore des frappes militaires. Une autre option évoquée est la mise en place en Iran de terminaux Starlink, le service Internet par satellite d'Elon Musk, permettant aux manifestants de contourner la récente coupure d'internet dans le pays - Donald Trump devrait bientôt rencontrer Elon Musk pour en discuter, a-t-il fait savoir ce dimanche 11 janvier.

Les dangers d'une intervention

Si le secrétaire d'Etat Marco Rubio et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou se sont entretenus samedi des manifestations et d'autres sujets relatifs au Moyen-Orient, comme la guerre à Gaza, certains responsables de l'administration craignent toutefois qu'une riposte américaine n'exacerbe les tensions dans la région, risquant de provoquer une confrontation directe entre les États-Unis, l'Iran et, éventuellement, Israël. L'administration est également consciente qu'une action plus symbolique, nuisant au régime sans pour autant le dégrader, pourrait démoraliser les manifestants qui croient au soutien de Washington.

Dans le cas d'une frappe militaire contre l'Iran, le sénateur démocrate Mark Warner met en garde : "L'histoire a démontré les dangers d'une intervention américaine", a-t-il affirmé sur "Fox News Sunday", précisant que le renversement du gouvernement iranien en 1953, orchestré par les États-Unis, avait déclenché une série d'événements ayant progressivement conduit à l'avènement du régime islamique iranien à la fin des années 1970. Pour lui toujours, une attaque contre l'Iran risquerait d'unir les Iraniens contre les États-Unis "d'une manière que le régime n'a pas su faire jusqu'à présent". "Je ne suis pas certain que bombarder l'Iran produise l'effet escompté. Au lieu de déstabiliser le régime, une attaque militaire contre l'Iran pourrait galvaniser la population contre un ennemi extérieur", a appuyé le sénateur républicain Rand Paul, sur le plateau de "This Week" d'ABC News.

L'Iran "préparé pour la guerre"

D'après d'autres responsables américains cités par CNN, des frappes pourraient avoir pour conséquence d'inciter l'Iran à riposter par la force militaire. "Si les États-Unis entreprennent une action militaire contre l'Iran ou les territoires occupés, les bases militaires et navales américaines seront considérées comme des cibles légitimes", a d'ailleurs prévenu Mohammad Baqer Qalibaf, le président du Parlement iranien.

En réponse, Donald Trump s'est montré menaçant : "Si l'Iran riposte à une attaque américaine en ciblant les troupes américaines dans la région, nous les frapperons à un niveau jamais atteint auparavant", a-t-il notamment déclaré. Pour l'heure, le Pentagone n'a déployé aucune force en prévision d'éventuelles frappes militaires, mais dans le cas où elles auraient lieu, les États-Unis devront en plus songer à protéger leurs forces dans la région. Le pays a récemment transféré le porte-avions USS Gerald R. Ford et son groupe aéronaval de la Méditerranée vers l'Amérique latine, ne laissant aucun porte-avions au Moyen-Orient ni en Europe.

La semaine dernière, le vice-président J.D. Vance a déclaré que l'Iran pourrait encore se montrer disposé à négocier avec les États-Unis au sujet de son programme nucléaire, signe que Washington privilégie néanmoins une solution diplomatique à la crise actuelle plutôt qu'une solution militaire. "La chose la plus judicieuse qu'ils auraient dû faire, et c'était vrai il y a deux mois, c'est d'entamer de véritables négociations avec les États-Unis sur ce que nous attendons de leur programme nucléaire", a-t-il expliqué aux journalistes lors d'un point presse à la Maison-Blanche. L'Iran, justement, s'est dit "prêt à des négociations", à condition qu'elles soient "équitables, avec des droits égaux et fondées sur le respect mutuel", a précisé lundi le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Le pays "ne cherche pas la guerre, mais est tout à fait préparé pour", a-t-il ajouté.

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Donald Trump menace Téhéran de venir en aide aux protestataires en cas de répression trop brutale.
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Iran : le soulèvement qui menace le régime des mollahs

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Des personnes en deuil portent des cercueils lors d'une procession funéraire pour des membres des forces de sécurité et des civils tués lors des manifestations, dimanche 11 janvier 2026. à Téhéran, en Iran.
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Manifestations en Iran : Reza Pahlavi, le fils du chah déchu qui attend son heure

"Je me prépare (…) à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche." Depuis le début des mobilisations contre la vie chère en Iran, qui ont pris progressivement une tournure politique appelant à la chute du régime, Reza Pahlavi multiplie les messages de soutien aux opposants sur X. Âgé de 65 ans, le fils du dernier chah d'Iran, renversé par la révolution islamique en 1979, est depuis exilé aux Etats-Unis, et détient le titre symbolique de souverain successeur, non reconnu par le régime iranien en place.

"C'est la bataille finale, Pahlavi reviendra !", ont scandé certains manifestants, démontrant la popularité croissante de celui qui se fait appeler prince lors de ses interventions publiques. "Aux yeux de nombreux Iraniens, notamment les jeunes, qui appellent à la fin du régime militaro-politique et ses pratiques rétrogrades, Reza Pahlavi incarne la modernité, la laïcité, et la possibilité pour l’Iran de renouer avec la communauté internationale", témoigne ainsi une ex-partisane du mouvement réformiste, auprès du Figaro.

Il faut dire que son nom revient sans cesse au gré des périodes de tensions qui agitent le pays. En 2009, lorsque des manifestations éclatent après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad, Reza Pahlavi appelle par exemple "les forces de l'ordre à la désobéissance civile et à la neutralité" (un appel réitéré ce dimanche 11 janvier). En 2013, il crée également le Conseil national iranien pour des élections libres, un mouvement installé à Paris qui se donne pour objectif de regrouper les minorités ethniques, des religieux, des monarchistes et des républicains unis dans le même but de renverser le régime, mais dont les divisions internes ont fortement réduit l'influence, rappelle la BBC. En 2022 enfin, Reza Pahlavi a soutenu le mouvement Femme, Vie, Liberté, ces Iraniennes descendues dans les rues après la mort de Mahsa Amini, arrêtée et tuée par la police des mœurs pour un voile mal porté.

Une figure qui divise

S'il rejette l'usage de la violence et appelle à un référendum pour décider de la future organisation politique de son pays, Reza Pahlavi ne fait néanmoins pas consensus. Bien que son nom évoque le progressisme de son père (droit de vote des femmes en 1963, modernisation de l’industrie), il est également associé à l’extrême violence exercée par la Savak, la police politique d’alors – des années sombres que le prince héritier s’est toujours gardé de dénoncer. En outre, la proximité de Reza Pahlavi avec l’entourage de Benyamin Netanyahou - avec lequel il s’affiche en photo sur sa page X en 2023 - fait grincer des dents. Selon une enquête conjointe du quotidien israélien Haaretz et TheMarker, appuyée par les recherches de Citizen Lab, un centre de recherche de l’Université de Toronto, une vaste opération d’influence israélienne en langue persane aurait été orchestrée et financée par Israël dès juin dernier, pour présenter le fils du chah comme la figure légitime d’un futur Iran.

Conséquence : certains manifestants se méfient de ce "héros" autodéclaré, au point de scander "ni chah, ni mollah" dans les rues de la capitale. "La question des circonstances de son retour interroge. Si c'est à la faveur d'une intervention étrangère, il pourrait être perçu comme un personnage importé", souligne aussi l'historien Jonathan Piron pour France 24, alors que Donald Trump a menacé de "frapper très fort" le régime iranien, que l'armée américaine a déjà bombardé fin juin 2025. Vendredi, le locataire de la Maison-Blanche a d'ailleurs déclaré qu'il n'était "pas certain qu'il soit approprié" de rencontrer le fils du dernier chah d'Iran, démontrant que le soutien de Washington n'était pas acquis. Il "n'a pas, à proprement parler, les qualités qui plaisent à Trump. Il est plutôt intellectuel et manque du charisme nécessaire pour séduire quelqu'un comme Trump", subodore le politologue Arash Azizi, cité par CNN.

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Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d'Iran, participe à une conférence de presse sur la situation en Iran et la nécessité de soutenir les Iraniens, à Paris, en France, le 23 juin 2025.
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Etats-Unis : mis sous pression par Donald Trump, le président de la Fed menacé de poursuites pénales

La pression auquel il fait face monte encore d'un cran. Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a déclaré dimanche 11 janvier que l'administration du président Donald Trump l'avait menacé de poursuites pénales en lien avec l'une des auditions qu'il a effectuées l'été dernier devant le Congrès, à propos des rénovations du siège de la banque centrale.

Régulièrement visé par des critiques de Donald Trump, qui lui reproche depuis son retour au pouvoir en janvier dernier de ne pas baisser suffisamment les taux d'intérêt, Jerome Powell a dénoncé un "prétexte" destiné à accentuer la pression sur la Fed pour qu'elle réponde aux demandes du président américain.

Il a fait savoir que la Réserve fédérale avait reçu vendredi des convocations du département de la Justice pour témoigner devant un grand jury, une étape préalable à de possibles inculpations et qui constitue une escalade significative dans les tensions entre Donald Trump et Jerome Powell.

Réagissant au communiqué diffusé dimanche soir par le patron de la Fed, le sénateur républicain Thom Tillis, membre de la commission sénatoriale des Banques, a déclaré que la menace d'inculpation soulevait des questions sur l'"indépendance et la crédibilité" du département de la Justice. Thom Tillis a ajouté sur le réseau social X qu'il s'opposerait à de quelconques candidats nominés par Donald Trump pour siéger à la Fed "tant que cette question juridique ne sera pas complètement réglée". La commission sénatoriale des Banques a notamment pour mission d'examiner les candidatures proposées pour les postes à la Réserve fédérale, dont sa présidence.

"Démarche sans précédent"

Jerome Powell a été nommé à la tête de la Fed en 2018 par Donald Trump, lors du premier mandat présidentiel de ce dernier, avant d'être confirmé à son poste par Joe Biden. Son mandat actuel doit prendre fin en mai prochain.

"J'ai un profond respect pour la règle de droit et l'imputabilité dans notre démocratie", a dit Jerome Powell dans le communiqué. "Mais cette démarche sans précédent doit être regardée dans le contexte plus large des menaces et des pressions de l'administration" à propos des taux d'intérêt. "Cette nouvelle menace ne concerne pas mon audition en juin dernier, ni les rénovations des bâtiments de la Réserve fédérale", a-t-il ajouté. "Ce sont des prétextes", a-t-il poursuivi, y voyant la "conséquence" de la politique monétaire de la Fed. Celle-ci, a-t-il dit, est fixée pour "servir le public, pas pour suivre les préférences du président".

Donald Trump a nié avoir connaissance des mesures prises par le département de la Justice. "Je ne sais rien du tout à propos de cela", a-t-il déclaré dimanche soir à la chaîne de télévision NBC News. "Mais (Powell) n'est pas très bon à la Fed, et il n'est pas très bon pour construire des bâtiments".

Un porte-parole du département de la Justice a décliné une demande de commentaire, se contentant de déclarer que la ministre fédérale de la Justice avait demandé aux procureurs du pays d'enquêter en priorité sur toute malversation qui concernerait l'argent des contribuables.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump presse la Fed de réduire nettement les taux d'intérêt, reprochant à la banque centrale de nuire à l'économie et évoquant à plusieurs reprises l'hypothèse de limoger Jerome Powell, bien qu'un locataire de la Maison-Blanche n'a pas autorité pour prendre une telle décision uniquement en raison d'un désaccord sur la politique monétaire.

Le président américain a également tenté en août de limoger une gouverneure de la Réserve fédérale, Lisa Cook, une mesure bloquée par une juge fédérale. L'affaire a été transmise à la Cour suprême américaine.

La présidence de Donald Trump "touche le fond"

L'indépendance des banques centrales, tout du moins pour fixer les taux d'intérêt afin de contrôler l'inflation, est considérée comme un pilier d'une politique économique solide, protégeant les responsables monétaires face à de quelconques considérations politiques à court terme et leur permettant de se focaliser sur des objectifs à long terme.

Aux yeux de Peter Conti-Brown, historien spécialiste de la Fed à l'université de Pennsylvanie, la présidence de Donald Trump "touche le fond" avec l'enquête ouverte contre Jerome Powell. "Le Congrès n'a pas conçu la Fed pour qu'elle reflète les fluctuations quotidiennes du président, et comme la Fed a repoussé les efforts du président Trump (...), il jette tout le poids du droit pénal américain" contre le patron de la Fed, a-t-il dit.

La Maison-Blanche a multiplié depuis l'an dernier les critiques contre le projet de rénovation du siège de la Fed, situé à Washington, dont le coût est estimé à 2,5 milliards de dollars. Certains analystes ont estimé à l'époque que l'administration Trump cherchait ainsi à faire pression pour obtenir de la Fed des taux d'intérêt plus bas - en vain, Jerome Powell détaillant même les raisonnements de la banque centrale sur le site internet de celle-ci et transmettant des lettres explicatives à des membres de l'administration.

En juin dernier, dans le cadre d'auditions annuelles devant le Congrès sur la politique monétaire, Jerome Powell a été interrogé sur les travaux de rénovation, qu'il a décrits comme nécessaires en raison d'infrastructures obsolètes. Donald Trump a effectué le mois suivant une rare visite présidentielle au siège de la Fed, lors de laquelle Jerome Powell lui a servi de guide.

Jerome Powell, qui s'est globalement gardé de répondre aux multiples critiques et menaces de Donald Trump, a de nouveau promis dimanche de "continuer à faire le travail pour lequel le Sénat" l'a nommé. Si son mandat de président de la Fed prend fin en mai, il est en droit de rester au conseil des gouverneurs jusqu'au 31 janvier 2028, ce qui, le cas échéant, empêcherait Donald Trump de nommer un gouverneur à la place de Jerome Powell avant son ultime année à la Maison-Blanche.

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Le président de la Fed Jerome Powell s'exprime dans une vidéo, le 11 janvier 2026.
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Aide à mourir : un débat qui divise nos voisins européens

Le débat français sur la fin de vie dure depuis vingt-cinq ans, et il n'est pas près d’être clos. Amendée par l’Assemblée le 27 mai 2025, la proposition de loi sur le "droit à l’aide à mourir" sera examinée à partir du 20 janvier par le Sénat. Et les échanges promettent d’être animés, tant le sujet divise.

À huis clos, ce 7 janvier, la Commission des affaires sociales de la chambre haute en a fortement atténué l’esprit. Plutôt qu’accorder au patient un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie, les sénateurs se sont prononcés pour un dispositif "d’assistance médicale à mourir" pour les seules personnes en "phase terminale". Ce qui en restreint la portée à "ceux qui vont mourir" et non à "ceux qui veulent mourir", comme le résument les co-rapporteurs LR, Christine Bonfanti-Dossat et Alain Milon. Le vote aura lieu le 28 janvier, avant que le texte ne revienne à l’Assemblée en deuxième lecture. L’occasion de se rendre compte que, chez nos voisins aussi, ce sujet clivant et douloureux suscite des débats.

En Espagne, un fragile consensus

Depuis 2021, la "Ley Organica" autorise l’euthanasie et le suicide assisté. L’épilogue d’un long combat politique et philosophique, porté depuis 2002 par les partis de gauche et des organisations civiles. Mais le pays reste traversé par une profonde fracture éthique, du fait de l'opposition de certains mouvements chrétiens, pour qui cette loi viole l’article 15 de la Constitution, garantissant le droit à la vie. Si "l’aide à mourir" se développe lentement (334 euthanasies en 2023, sur 766 demandes), le débat est loin d’être clos.

En Belgique, une législation soutenue par la société

En Belgique, la mort par euthanasie représentait 3 décès sur 100 en 2023. Votée en 2002, la loi indique que le patient doit être capable de discernement, souffrir d'une pathologie incurable, et un double avis médical reste obligatoire. Depuis 2014, l’euthanasie est autorisée pour les mineurs dans des situations médicales sans issue. Une législation soutenue par la majorité, et qui incite certains Français à franchir la frontière : 106 y ont été euthanasiés en 2024, selon l’Autorité belge de contrôle, soit deux fois plus qu'en 2022.

De plus en plus d'euthanasies sont pratiquées chaque année outre-Quiévrain.
De plus en plus d'euthanasies sont pratiquées chaque année outre-Quiévrain.

Aux Pays-Bas, un système précurseur et très encadré

En devenant le premier pays du monde à légaliser l'euthanasie, en 2001, les Pays-Bas ont suscité des débats dans le monde entier. Pour que sa demande soit acceptée, un patient doit remplir des conditions draconiennes, dites "critères de minutie". Son cas doit notamment être examiné par une commission composée d’un médecin, d’un expert en éthique et d’un juriste. Depuis février 2024, les enfants de moins de 12 ans souffrant de maladies incurables, et dont la mort est imminente, y sont éligibles.

En Allemagne, un sujet douloureux, qui ravive l'Histoire

En Allemagne, le mot "euthanasie" évoque une époque sombre, celle du régime nazi et de son programme d’extermination de masse. Pour cette raison, l’Allemagne refuse toute forme d’euthanasie active. En 2015, la Cour de Karlsruhe a toutefois stipulé qu’un patient avait le droit de mourir de manière autonome, même avec l'aide de tiers (suicide assisté). Un millier d’Allemands y ont recours chaque année. Le Bundestag a lancé des consultations, qui pourraient donner lieu, à terme, à une réforme de l'euthanasie.

La Pologne, un pays encore très religieux

Dans ce pays où l’influence de l’Église catholique reste forte, l’euthanasie est illégale et le restera sans doute encore longtemps. Si les rares sondages semblent indiquer que la population polonaise est partagée sur la question, le droit à l’aide à mourir n’est pas très présent dans le débat public. Dans la pratique médicale, un patient atteint d’un mal incurable a la possibilité de refuser la poursuite d’un traitement qui lui est administré, si celui-ci n’a aucun effet.

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Les débats sur l'aide à mourir ne concernent pas que la France, loin de là.
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Donald Trump, aux racines de sa matrice économique : enquête sur un ovni idéologique

En apparence, rien ne semble relier Donald Trump à Friedrich Nietzsche. Le premier, qui s'est longtemps vanté de n'avoir jamais rien lu d'autre que la Bible, ne s'est sans doute jamais plongé dans le dédale des écrits du second. Et pourtant, en multipliant les coups d’éclat, le président américain épouse, jusqu’à l’incarner, l’une des obsessions du philosophe de la fin du XIXe siècle. Une quête monomaniaque, impulsive, aveugle, de puissance, qui pousse Donald Trump à piétiner les règles communes, balayer les normes installées et dynamiter l’ordre établi d’un "vieux monde" dont il faudrait libérer les esprits et les peuples. Une forme de "transvaluation des valeurs", comme le théorisa le penseur allemand, il y a plus d'un siècle et demi.

La séquence de ce début d’année est un condensé du logiciel trumpien. Une copie nietzschéenne. Une intervention militaire au Venezuela au mépris du droit et des règles internationales, la destitution d'un président-dictateur et la mainmise sur les ressources pétrolières du pays. Puis, à peine rassasié d’or noir vénézuélien, une offensive commerciale sur le Groenland et ses ressources naturelles et un accord arraché à 140 pays pour exempter les multinationales américaines du taux mondial minimal d’imposition de 15 % prévu dans un traité international signé sous l’égide de l’OCDE en 2021. Dans la foulée, Trump annonce le retrait immédiat des Etats-Unis de 66 organisations internationales, principalement rattachées aux Nations unies.

Alors que le président américain va fêter dans quelques jours la première année de son retour à la Maison-Blanche, l’Europe assiste, tétanisée, à la destruction d’une architecture économique et géopolitique qu’elle n’a cessé de porter. "Les États-Unis ne défendent plus les valeurs démocratiques et le respect du droit international qu’ils proclamaient jadis. Ils ont adopté la logique des autocraties qu’ils prétendent combattre : la force prime le droit, les sphères d’influence l’emportent sur la souveraineté, la puissance justifie l’action", décortique Alicia Garcia-Herrero, la cheffe économiste de Natixis à Hongkong.

On ne combat que ce que l'on connaît. Comment, alors, qualifier la doctrine économique du locataire de la Maison-Blanche ? Les optimistes - ou naïfs - se rassurent en répétant que Trump n’a aucune colonne vertébrale et qu’il se bornerait à mettre en musique "l'art du deal" qu'il a lui-même théorisé. Pire : qu'il changerait d'avis comme de chapeau texan.

Donald Trump, un ovni idéologique

Une versatilité brocardée au début de l'été dernier par l'acronyme Taco, "Trump always chickens out", que l'on pourrait traduire en français par "Trump finit toujours pas se dégonfler". "Ceux qui croient au Taco ont tort. Certes, en matière de droits de douane, Trump a revu une partie de sa copie initiale, mais en bout de course, les tarifs ont augmenté partout. Vis-à-vis du bloc européen, ils étaient en moyenne de 1,2 % avant son élection. Ils grimpent aujourd'hui à 15 %", relève l'économiste suisse John Plassard, de la banque genevoise Cité Gestion.

Les "Trumponomics" ne se résumeraient donc pas à une succession de décisions irrationnelles et inconsistantes. "Son corpus économique est le reflet de l'hétérogénéité de son électorat. Il a été élu par les laissés-pour-compte de la mondialisation, grâce aux milliards des techno-libertariens de la Silicon Valley et l'appui du noyau dur des républicains pur jus. Le résultat, c'est une politique qui ne ressemble à aucune autre", avoue Antoine Bouet, le directeur du Cepii, le Centre d'études prospectives et d'informations internationales.

Pour décrire cet ovni idéologique, commençons par ce qu'il n'est pas. Rien à voir avec un libéralisme chimiquement pur. La main de Trump sur le fonctionnement de l'économie et le cours des affaires est partout. "Surtout, le président s'assoit sur le droit alors que le respect de la règle de droit est la pierre angulaire du libéralisme économique", détaille Eric Monnet, historien de l'économie et professeur à l'EHESS.

Rien à voir non plus avec la version 2.0 d'un keynésianisme d'Etat. Certes, sa grande loi budgétaire votée de justesse au début de l'été - le "One Big Beautiful Bill" – a les atours d'une relance budgétaire massive. Mais elle promeut surtout la baisse des impôts sur les entreprises et les plus riches, et la réduction des transferts sociaux. "C'est une relance pro business destinée à soutenir l'offre", analyse Jonathan Hartley, chercheur à l'université Stanford en Californie.

Rien à voir, enfin, avec un néo-reaganisme. "Si Trump fait du Reagan lorsqu'il abaisse les taux d'imposition des entreprises et dérégule massivement des pans entiers de l'économie, le laisser-faire de l'ancien président républicain n'est pas vraiment de son goût. Sa politique est finalement très éloignée de la révolution néolibérale anglo-saxonne des années 1980", poursuit Jonathan Hartley.

"Yes we CANE"

Alors, comment qualifier la ligne trumpienne ? On se souvient du "Yes we can", le slogan de campagne de Barack Obama. Trump, lui, a inventé le "Yes we CANE", pour Capitalisme Autoritaire Népotique d'Etat.

"Si l'on veut comprendre les racines du trumpisme, il faut faire de l'archéologie économique. Remonter aux XVIIe et XVIIIe siècle l'âge d'or du mercantilisme, avant les débuts de la macroéconomie classique", souligne Eric Monnet. Une doctrine qui justifiait le colonialisme et faisait de la capacité d'un pays à imposer ses normes, ses lois et ses routes commerciales, l'instrument de sa puissance. A cette aune, le commerce international est forcément un jeu à somme nulle où il n'y a que des perdants et des gagnants. "En affirmant que les raisons du déficit commercial américain sont liées aux pratiques déloyales de ses partenaires, Trump a remis au goût du jour le mercantilisme", poursuit Eric Monnet. Un système où les très grandes entreprises privées, à qui l'Etat accorde des quasi-monopoles en contrepartie de généreux subsides, mènent la danse. Comme si les géants américains de la tech étaient devenus les dignes héritiers de la Compagnie des Indes.

Un monde, enfin, où l'Etat s'immisce dans la vie des affaires et dont le colbertisme français fut la meilleure illustration. "Quatre siècles plus tard, le gouvernement américain n'a eu de cesse, en 2025, d'influer sur le fonctionnement des entreprises en multipliant les prises de participation au capital de sociétés qui n'avaient pas besoin qu'il vole à leur secours. L'Amérique de Trump est devenue socialiste", s'enflamme Tad DeHaven, analyste politique au Cato Institute, un think tank libertarien de Washington. En contrepartie du rachat du géant US Steel par le japonais Nippon Steel, l'Etat américain s'est arrogé une "golden share" au capital de l'aciériste, avec un droit de véto sur toutes les décisions de la direction. De même, le gouvernement fédéral s'est invité au capital de nombreuses compagnies minières et producteurs de terres rares, comme MP Material, Lithium America, Vulcan ou Trilogy Metal. Il a forcé la main du géant des semi-conducteurs Intel pour prendre 10 % de l'entreprise, devenant ainsi son premier actionnaire. Début décembre, enfin, il a accepté que Nvidia, la star américaine des puces, vende à nouveau ses trésors technologiques à la Chine. Mais à la condition expresse qu'elle lui reverse 25 % des futurs profits réalisés dans l'empire du Milieu. Une trentaine d'autres "deals" seraient dans les tuyaux d'après la Maison-Blanche.

"Cette imbrication étroite entre profits publics et privés légitimise les conflits d'intérêts, voire la corruption," estime Eric Monnet. Un capitalisme de connivences et de copinage prend ainsi ses quartiers à Washington. Car si le chantre de l'America First est obnubilé par la notion de puissance, c'est d'abord au profit de son clan et de son propre porte-monnaie.

Le trumpisme survivra-t-il à Trump ?

Au gré de ses visites d'Etat, de mirifiques contrats tombent dans l'escarcelle de ses entreprises. En mai dernier, alors que le Vietnam négociait ferme les droits de douane imposés par l'administration américaine, le Premier ministre du pays, Pham Minh Chinh, inaugurait un gigantesque programme immobilier, près de Hanoï, dans l'orbite de la galaxie Trump. Le mois dernier, le Parlement serbe a donné son feu vert pour faire table rase d'un bâtiment emblématique bombardé par l'Otan et remplacé prochainement... par une tour Trump. Et que dire des juteuses affaires des fils du président, Eric et Donald junior, dans les stablecoins – ces crypto-devises indexées au dollar - dont leur père a considérablement assoupli la réglementation pour assurer leur essor.

Combien de temps les "Trumponomics" vont-ils électriser la planète. Dit autrement, le trumpisme survivra-t-il à Trump ? Pour l'heure, l'échec annoncé n'a pas eu lieu dans le pays. La croissance a même accéléré au troisième trimestre 2025. "La locomotive américaine devrait finir l'année sur un rythme voisin de 3 %", projette Raphaël Gallardo, le chef économiste de Carmignac. L'inflation a peu déraillé, malgré la hausse des droits de douane. A défaut de créer beaucoup d'emplois, comme le montrent les chiffres du chômage, cette dynamique du PIB repose néanmoins sur un levier unique : le boom de l'intelligence artificielle qui tire largement l'économie, de la construction des data centers à celle des centrales électriques jusqu'à la fabrication des puces électroniques. Sans cette révolution de l'IA, l'activité serait chancelante.

Le problème, c'est qu'une partie de l'électorat Maga, et notamment la classe ouvrière des grandes régions industrielles, ne s'y retrouve pas. De fait, si la Bourse caracole, la confiance des ménages a fortement chuté. Les garde-fous, notamment institutionnels, sont affaiblis et les grands groupes, à l'unisson, jouent opportunément le jeu trumpien. "Les entreprises achètent sa politique car la croissance tient. Si elle vacille, elles lui demanderont immédiatement des comptes. Le business est le dernier contre-pouvoir ", veut croire Yann Coatanlem, économiste et directeur d'une start-up dans la finance à New York.

Le tic-tac serait donc enclenché ? Sébastien Laye, un économiste franco-américain, aujourd'hui conseiller du parti républicain, ne croit guère à la contrainte du sablier. "A la fin de ce second mandat, le "reset" de la politique américaine sera terminé et le régime de l'après-guerre froide, qui ne correspondait plus aux intérêts économiques de l'Amérique, définitivement enterré. Les successeurs de Trump, même s'ils sont démocrates, ne pourront plus le remettre en cause." Il suffira alors à J.D. Vance, le vice-président, ou Marco Rubio, le secrétaire d'Etat, de se glisser dans les mocassins de leur mentor.

© REUTERS

Donald Trump voit dans la capacité d'un pays à imposer ses normes, ses lois et ses routes commerciales, l'instrument de sa puissance.
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Manifestations en Iran : le régime menace de riposter à toute intervention américaine

L'Iran a menacé ce dimanche 11 janvier Israël et les bases américaines au Moyen-Orient de représailles en cas d'intervention des Etats-Unis contre la République islamique en soutien des manifestants qui défient le régime depuis deux semaines, alors que le bilan dépasse 500 morts, selon une organisation des droits humains basée aux États-Unis. Le président américain Donald Trump a plusieurs fois menacé ces derniers jours Téhéran de venir en aide aux protestataires en cas de répression trop brutale. "L'Iran veut la liberté" et "les Etats-Unis sont prêts à l'aider", a-t-il écrit samedi sur son réseau Truth Social.

Selon le Wall Street Journal, Donald Trump sera informé mardi par ses services de renseignement de la situation sur le terrain et des "options spécifiques" lui seront présentées pour y répondre. La possibilité d'une intervention américaine a été évoquée lors d'un appel téléphonique entre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, selon une source israélienne ayant assisté à la conversation, et Israël s'est placé en "état d'alerte maximale" face à cette possibilité de frappes américaines, ont indiqué trois sources israéliennes.

Israël n'a pour l'heure manifesté publiquement aucune volonté d'intervenir. Dans une interview publiée vendredi par The Economist, Benyamin Netanyahou a déclaré qu'une attaque iranienne contre son pays aurait des conséquences terribles. A propos des manifestations, il a ajouté : "Pour le reste, je pense que nous devons observer ce qui se passe à l'intérieur de l'Iran." Ce dimanche, le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a averti qu'"en cas d'attaque contre l'Iran, les territoires occupés [Israël] et les bases et navires américains seront nos cibles légitimes", mettant en garde les Etats-Unis contre toute "erreur de calcul".

Le bilan de la répression s'alourdit

Les trois sources israéliennes n'ont pas précisé en quoi consistait "l'état d'alerte maximal" en Israël et aucun commentaire officiel n'a pu être obtenu du gouvernement ou de l'armée. Israël et l'Iran se sont affrontés pendant douze jours en juin dernier et les Etats-Unis sont intervenus au côté de l'Etat hébreu en bombardant les installations nucléaires iraniennes. L'Iran a riposté en tirant des missiles sur la base américaine d'al Oudeïd au Qatar, sans faire de victimes et après avoir prévenu Washington de l'imminence des frappes.

La République islamique est aujourd'hui confrontée à sa plus importante vague de contestation depuis le mouvement "Femme, vie, liberté" de 2022-2023, provoqué par la mort en détention de l'étudiante Mahsa Amini après son arrestation par la police des moeurs pour port d'un voile non conforme. Les manifestations, lancées le 28 décembre dernier par les commerçants du bazar de Téhéran protestant contre une inflation galopante et la chute du rial, ont pris une tournure politique et se sont étendues à de nombreuses villes de province.

Téhéran accuse les Etats-Unis et Israël de fomenter la révolte. Dans une interview télévisée, le président Massoud Pezeshkian a déclaré que les deux grands ennemis de la République islamique avaient envoyé des "terroristes" qui ont "incendié des mosquées (...), attaqué des banques et des biens publics". "Familles, je vous demande de ne pas autoriser vos jeunes enfants à rejoindre les émeutiers et les terroristes", a-t-il ajouté, tout en assurant que son gouvernement était prêt à écouter les doléances de la population et à s'attaquer aux problèmes économiques.

© UPI/MAXPPP

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, prononce un discours à Téhéran, en Iran, le vendredi 9 janvier 2026.
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Au Venezuela, l'Hélicoïde de Caracas : du centre commercial au centre de torture

Relégué dans l'oubli, l'architecte vénézuélien Jorge Romero Gutiérrez (1924-1997) doit se retourner dans sa tombe. Son grand œuvre, l'Hélicoïde de Caracas, conçu dans les années cinquante pour devenir le plus grand centre commercial d'Amérique latine, est devenu, sous Nicolas Maduro, le plus ignoble et célèbre centre de torture du continent latino-américain. Il est spécialement dédié à la persécution des opposants politiques qui étaient encore au nombre de 806 au moment du Nouvel An.

Toutefois, après l'arrestation de l'ex-président et son transfert à New York à la suite du raid de l'armée américaine, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a commencé à en libérer un peu plus d'une dizaine, soit environ 1 % du total. Parmi eux : l'avocate, militante des droits humains et spécialiste des questions militaires Rocio San Miguel.

En forme de tour de Babel, l'Hélicoïde raconte la vertigineuse descente aux enfers d'un pays qui figurait parmi les dix les plus riches du monde dans les années 1950 à 1970, avant de sombrer dans la pauvreté extrême en raison du pillage de l'industrie pétrolière et de l'économie tout entière voulue par la klepto-dictature en place depuis un quart de siècle. D'une audace architecturale folle, l'immense bâtiment hélicoïdal conçu sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1948-1958) est ceinturé par une rampe automobile en forme de spirale longue de 4 kilomètres qui dessert douze étages. Ce chef-d’œuvre d'architecture brutaliste devait à l'origine abriter 130 boutiques, des bureaux, un centre de conférences, un hôtel cinq étoiles, un club privé, un cinéma multiplexe, une piscine, un gymnase, un terrain de bowling, des restaurants, une discothèque, sans oublier un héliport. Une exposition au MoMA de New York avait même été consacrée à ce projet futuriste, contemporain de la construction de Brasilia, au Brésil.

"C'était l'époque où les Colombiens, nos voisins, regardaient le Venezuela comme une Californie", raconte Ben Ami Fihman, ancien directeur de journal et figure de Caracas qui a dû fuir son pays sous Hugo Chavez en 2007. Pour les architectes, le pays en plein boom pétrolier est alors un eldorado. "Les bâtisseurs tournent le dos à l'architecture ancienne pour célébrer le modernisme, poursuit Ben Ami Fihman. Partout, l'école vénézuélienne d'architecture bâtit en béton armé. Sortent de terre des autoroutes, des viaducs, des tunnels à travers les montagnes, des tours jumelles à Caracas, des hôtels de luxe (le Tamanaco), une splendide université classée au patrimoine mondial de l'Unesco et, bien sûr, l'Hélicoïde, censé devenir notre pyramide d'Égypte." Au lieu de cela, l'édifice devient bientôt un "éléphant blanc". Car d'inauguration, il n'y aura jamais…

L'Helicoïde de Caracas, promis à devenir un centre commercial à Caracas au début des années 1960.
L'Helicoïde de Caracas, promis à devenir un centre commercial à Caracas au début des années 1960.

Un an avant la fin du chantier, les travaux sont en effet interrompus en raison de problèmes financiers. Abandonné en 1961, utilisé comme hangar, puis comme camp de réfugiés où s'entassent pendant trois ans 10 000 déplacés après un glissement de terrain dans les environs de Caracas en 1979, l'Hélicoïde est ensuite récupéré par le ministère de l'Intérieur en 1985, qui y installe les services de renseignement. Sous Hugo Chavez et Nicolas Maduro, ceux-ci se transforment en véritable police politique sous le nom de Service bolivarien de rensignement, ou SEBIN. "Chargée de la persécution des civils considérés par le régime comme une menace, cette police secrète est placée directement sous la responsabilité de la vice-présidence, c'est-à-dire Delcy Rodriguez, qui vient de succéder à Nicolas Maduro et connaissait parfaitement l'existence et le fonctionnement de ces ténèbres", explique l'avocat Alfredo Romero, à la tête de l'ONG Foro Penal, qui a défendu 19 000 détenus politiques depuis une décennie.

Malgré les apparences, la prison de l'Hélicoïde est assez petite. Elle n'occupe en réalité qu'une partie du rez-de-chaussée et du sous-sol où des pièces conçues pour abriter des bureaux servent de cellules collectives (une vingtaine de prisonniers dans des espaces de cinq mètres par trois), de chambre de torture ou de "mitard" pour l'isolement. Dans le reste du bâtiment se trouvent les locaux de la redoutable SEBIN, une école de formation de policiers, un stand de tir, une armurerie, des garages pour les blindés anti-émeutes et des espaces vacants. Le centre de détention lui-même n'abrite qu'une centaine de prisonniers, mais ce sont les plus importants aux yeux de la dictature. Il y a là des activistes, des journalistes, des dirigeants syndicaux, des leaders communaux, des élus, des collaborateurs de l'opposante et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, etc. Tous ces prisonniers de conscience ont été victimes de traitements inhumains.

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, prononce un discours lors de la cérémonie « Promotions et décorations pour les héros et les martyrs », en l'honneur des militaires et des agents de sécurité vénézuéliens et cubains morts lors d'une opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, à Caracas, au Venezuela, le 8 janvier 2026.
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, prononce un discours lors de la cérémonie « Promotions et décorations pour les héros et les martyrs », en l'honneur des militaires et des agents de sécurité vénézuéliens et cubains morts lors d'une opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, à Caracas, au Venezuela, le 8 janvier 2026.

Alors que la torture a officiellement disparu d'Amérique latine depuis la fin des dictatures des généraux Jorge Rafael Videla en Argentine (1976-1982) et Augusto Pinochet au Chili (1973-1990), elle a été remise au goût du jour et encouragée par Hugo Chavez et Nicolas Maduro au Venezuela. Selon l'ONG Foro International, plus de 38 000 personnes ont été tortuées depuis le début du chavisme au Venezuela. "Toutes les méthodes employées en Argentine et au Chili ont cours dans notre pays, de la même manière ou en pire", reprend l'avocat Alfredo Romero avant d'énumérer les différents supplices : tabassage avec coups de pied dans les côtes et de poings dans la figure ; asphyxie à l'aide de sacs en plastique ; "waterboarding" (tête plongée dans l'eau) ; arrachage des ongles à l'aide de pinces à épiler ; arrachage des cheveux ; viols sur les hommes et sur les femmes ; simulation d'exécution ; suspension à des potences par les poignets avec les talons décollés du sol pendant des heures ou des jours ; électrochocs, y compris sur les testicules ; découpage de la plante des pieds avec des lames de rasoir, simulation d'exécution, etc.

Le régime chaviste pratique la "torture blanche"

Ainsi, l'Hélicoïde de Caracas est l'équivalent des tristement célèbres Écoles mécaniques de la Marine (ESMA) de Buenos Aires et de la Villa Grimaldi de Santiago du Chili dans les années 1970-1980. Mais il n'est pas l'unique centre de torture vénézuélien. "On supplicie aussi au pénitencier El Rodeo, en banlieue de la capitale, à la prison militaire de Ramo Verde, également en banlieue, et dans divers lieux clandestins, surtout dans des villas privées [NDLR : comme c'était le cas, sous la junte argentine, par exemple à l'intérieur du terrible garage Olimpo de Buenos Aires]", ajoute l'avocat de l'ONG Foro Penal. Encore faut-il ajouter à cette liste non exhaustive – car on torture dans toutes les prisons – la "Tumba" (la tombe), un "goulag" de 17 cellules enterré à cinq mètres sous terre à la verticale de la place Venezuela, en centre-ville de la capitale : les détenus y sont "enterrés vivants" et exposés à la lumière blanche perpétuelle sans ventilation naturelle.

"Il existe toutefois une différence entre le Venezuela et l'Argentine ou le Chili, c'est que les tortionnaires vénézuéliens ont été formés par les Cubains, qui ont eux-mêmes été entraînés par la Stasi est-allemande et le KGB soviétique", précise Elizabeth Burgos, historienne et experte du populisme latino-américain. "Ils pratiquent la torture blanche, qui est plus scientifique et ne laisse pas de trace apparente. À l'instar de la 'Tumba', on place les prisonniers dans des cellules aux murs blancs avec la lumière allumée 24 heures sur 24. On les expose aussi au grand froid puis à de grandes chaleurs. Il s'agit de les briser psychologiquement et de les désorienter, comme cela se pratique toujours actuellement à la Villa Marista, le centre d'interrogatoire de La Havane. Les conséquences sont terribles: hallucinations, anxiété extrême, dépression, attaques de panique, suicides."

"Certains gardiens étaient des Cubains, reconnaissables à leur accent"

Emprisonné pendant deux ans dans l'Hélicoïde de 2014 à 2016, le député Rosmit Mantilla, élu du parti d'opposition Voluntad Popular (centre gauche), a été épargné par les tabassages grâce à la médiatisation de son cas par Amnesty International, l'ONU, etc. Cependant, les tortures psychologiques auxquelles il a été soumis sont, selon lui, tout aussi "cruelles". Il raconte : "La spécialité d'un des gardiens, un certain Richard Centeno surnommé 'commissaire Pachuco', consistait à me lire des passages de l'Apocalypse de la Bible d'un ton doucereux et d'interrompre la lecture pour me montrer des photos de mes proches, par exemple de ma sœur enceinte, et de m'annoncer qu'ils allaient les tuer à cause de mes activités politiques. Comme je suis ouvertement homosexuel, mes gardiens me disaient aussi qu'ils allaient me violer avant de m'exécuter. Autre exemple : chaque matin, nous étions réveillés par des coups de marteaux frappés contre la porte métallique de nos cellules en nous annonçant que, si les 'yankees' attaquaient le régime, nous serions attaqués à notre tour, à titre de représailles."

Le député de centre gauche Rosmit Mantilla a passé deux ans dans les geoles de la dictature vénézuélienne, dans l'Hélicoïde, de 2014 à 2016.
Le député de centre gauche Rosmit Mantilla a passé deux ans dans les geoles de la dictature vénézuélienne, dans l'Hélicoïde, de 2014 à 2016.

Aujourd'hui réfugié politique en France, Rosmit Mantilla se souvient aussi que chaque nouvel arrivant à l'Hélicoïde subissait un traitement de choc pendant deux semaines. "En guise de bienvenue, chaque nouveau détenu était passé à tabac et placé à l'isolement dans une cellule allumée jour et nuit. Très vite, il perdait la notion du temps et ne savait plus s'il était une heure de l'après-midi ou du matin." Les autres détenus, eux, entendaient les insupportables cris de douleur du martyr, au point qu'ils décidaient d'augmenter le volume de leur radio ou de leur télévision pour couvrir le son de cette souffrance horrible.

La torture, une politique d'Etat systématique

Après quinze jours de traitements atroces, le nouveau venu, dans un état déplorable, rejoignait les autres détenus dans une cellule collective. Là, les conditions étaient à peine meilleures. Un exemple, cité par l'ex-député : "Une fois par jour, nous étions emmenés dans les douches et aux W-C. pour nous laver et noussoulager. Or ll n'y a pas assez de temps pour faire les deux. Il fallait choisir. Et si vous êtiez en train de faire vos besoins au-delà du temps imparti, les gardiens vous interrompaient à coups de barre de fer pendant que vous étiez assis sur les toilettes..."

A l'époqaue, Rosmit Mantilla, qui a été journaliste, profite de sa détention pour mener l'enquête auprès des détenus et des gardiens. Sa conclusion: la pratique de la torture correspond à une politique d'État systématique, répondant toujours à la même procédure et aux mêmes déroulés. Il découvre aussi que nombre des bourreaux sont analphabètes et que certains sont des Cubains, facilement reconnaissables à leur accent caractéristique. À l'adresse de la gauche européenne que Rosmit Mantilla juge complaisante vis-à-vis de la dictature de Caracas (toujours en place), l'ex-prisonnier dit ceci : "Les Européens de gauche ont une vision romantisée de la soi-disant révolution bolivarienne. Eux ont appris le marxisme dans les amphis de la Sorbonne. Moi, j'ai appris la signification du mot "révolution" à l'Hélicoïde, le prison infestée de rats si chère à Nicolas Maduro et Delcy Rodriguez."

© Photomanifiesto/Shutterstock

L'Hélicoïde de Caracas.
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Marco Rubio prochain dirigeant de Cuba ? Donald Trump fait pression pour un accord avec La Havane "avant qu'il ne soit trop tard"

Donald Trump a relancé, ce week-end, la pression américaine sur Cuba. Dimanche, le président des Etats-Unis a "vivement recommandé" à Cuba de parvenir à un accord avec les Etats-Unis "avant qu'il ne soit trop tard". "Il n'y aura plus d'argent ou de pétrole vers Cuba. Zéro !", a-t-il publié sur sa plateforme Truth Social. Le président américain a justifié cette menace par la fin du soutien vénézuélien à l'île après la capture, début janvier, du président Nicolas Maduro lors d'une opération nocturne à Caracas.

Depuis cette intervention spectaculaire, Washington fait pression sur la nouvelle présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, pour mettre un terme aux livraisons de pétrole vers Cuba. Le Venezuela était jusqu'alors le principal fournisseur énergétique de l'île. Entre janvier et novembre de l'an dernier, Caracas a livré en moyenne 27 000 barils de pétrole par jour, couvrant environ la moitié de ses besoins, selon des données d'expédition maritime et des documents de la compagnie pétrolière nationale PDVSA cités par Reuters. Désormais, le pétrole vénézuélien est vendu aux Etats-Unis.

Une économie fragilisée

Dans ce contexte de tension, Donald Trump a également partagé dimanche un message suggérant que son secrétaire d'Etat, Marco Rubio, né de parents immigrés cubains, pourrait devenir un jour président de Cuba. Le président américain a republié sur Truth Social un message de l'utilisateur Cliff Smith affirmant : "Marco Rubio sera président de Cuba", accompagné d'un émoji rieur, ajoutant en commentaire : "Cela me paraît très bien !", rapporte l'AFP.

Les services de renseignement américains dressent un tableau préoccupant de la situation économique et politique cubaine. Selon des informations rapportées par Reuters, les évaluations confidentielles évoquent une économie fragilisée par les sanctions commerciales, les coupures d'électricité et les difficultés dans les secteurs clés comme l'agriculture et le tourisme. Elles ne confirment toutefois pas clairement l'affirmation de Donald Trump selon laquelle l'île serait "prête à tomber".

Cuba, cible prioritaire de Washington

Cette nouvelle escalade verbale s’inscrit dans une longue histoire d’ingérences américaines en Amérique latine. Après le Venezuela, Cuba apparaît désormais comme une nouvelle cible prioritaire sur les radars de l’administration Trump, alors que l’île reste fortement dépendante de ses approvisionnements énergétiques extérieurs. A La Havane, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a rejeté les accusations américaines. Il a affirmé que Cuba n'avait reçu "aucune compensation" pour les services de sécurité fournis à un autre pays et rappelé que l'île avait le droit d'importer du carburant "de tout pays disposé à l'exporter", selon un message publié sur X. Il a également accusé les Etats-Unis d'agir de manière "criminelle" et de menacer la paix mondiale.

© REUTERS

Le secrétaire d'État Marco Rubio, lors d'une conférence de presse à Washington (États-Unis), le 19 décembre 2025.
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L'opération de Donald Trump sur le pétrole vénézuélien met l'Opep sous pression

L'opération américaine au Venezuela n'a pas fini de bouleverser l'ordre mondial, géopolitique et commercial. Après avoir enlevé et emprisonné le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier dernier, Donald Trump a répété ces derniers jours sa volonté de vouloir s'emparer du pétrole du pays, qui détient les plus importantes réserves stratégiques du monde (18 %).

Vendredi, le locataire de la Maison-Blanche promettait ainsi sur son réseau Truth social l'investissement de 100 milliards de dollars de la part des grandes compagnies pétrolière, qu'il s'apprêtait à rencontrer quelques heures plus tard dans le bureau Ovale. De quoi bouleverser le marché mondial du pétrole, au premier rang desquels l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont le Venezuela est l'un des membres fondateurs.

Déséquilibre de l'offre et baisse des prix

Selon les plus récentes analyses de l'Opep, Caracas disposerait des plus grandes réserves mondiales de pétrole brut, avec près de 300 milliards de barils, devant l'Arabie saoudite (267 milliards de barils) et l'Iran (208 milliards de barils pour l'Iran). Toutefois, faute d'investissements massifs et dans un contexte de crise économique, la production de l'or noir par le pays reste jusqu'à présent relativement faible. A peine un million de barils par jour, quand 105 millions sont quotidiennement produits par le reste des pays exportateurs. Ce qui explique la relative stabilité du marché depuis l'attaque du 3 janvier.

Mais vu le potentiel du pays en matière de ressources pétrolières, Donald Trump a annoncé dès la capture de Nicolas Maduro que les entreprises pétrolières américaines allaient "dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays".

Derrière cette OPA, Donald Trump voudrait mettre en marche son plan, de longue date, pour établir un prix du baril fixé autour de 50 dollars (alors qu'il oscille actuellement autour des 60 dollars), raconte le journal économique The Wall Street Journal, auprès de qui plusieurs sources proches du dossier ont rapporté "l'initiative radicale" du président pour réhabiliter et commercialiser le brut vénézuélien. Or, si le projet de Donald Trump devait aller au bout, les États-Unis et leur force de frappe industrielle se retrouveraient bel et bien aux manettes de la production de la manne pétrolière la plus importante de la planète. Selon plusieurs analystes, interrogés par le Wall Street Journal, la relance de l'industrie vénézuélienne et l'augmentation de la production de barils, même modeste, pourraient bien déséquilibrer l'offre, déjà excédentaire depuis plusieurs années. Et de fait, faire baisser les prix et la rentabilité pour les pays membres de l'Opep.

Des entreprises moins enthousiastes

Déjà mardi, le président américain avait annoncé un accord avec Caracas visant à raffiner et à vendre près de 50 millions de barils de pétrole vénézuélien jusqu'à présent bloqués en raison du blocus américain. D'après certains observateurs cités dans la presse américaine, dont The New York Times et le Wall Street Journal, l'accord entre Caracas et Washington pourrait conduire à la production de 2 millions de barils supplémentaires par jour.

Quant à l'engagement des grandes holdings américaines au Venezuela pour moderniser et relancer les forages de l'or noir sur place, il semble que la retenue soit de mise. Après la rencontre vendredi des dirigeants des grandes compagnies pétrolières occidentales avec le président américain, ce dernier a une nouvelle fois répété qu'il souhaite que les majors du secteur investissent au moins 100 milliards de dollars "pour reconstruire les infrastructures nécessaires". Et de prévenir : "nous allons décider quelles compagnies pétrolières seront autorisées à intervenir, lesquelles nous laisserons entrer ".

Mais face à la détermination du président américain, plusieurs géants du secteur, dont certains ont déjà été établis au Venezuela avant d'être chassés par le régime de Nicolas Maduro, demanderaient des garanties à Washington. C'est ce qu'a laissé entendre le PDG d'ExxonMobil, Darren Woods. "Nos actifs ont été saisis à deux reprises dans ce pays, vous pouvez donc imaginer que pour y revenir une troisième fois, des changements assez importants seraient nécessaires", a-t-il suggéré lors d'une conférence de presse faisant suite à la rencontre, estimant qu'il était "impossible d'y investir" en l'état. De quoi laisser le marché souffler encore quelques mois.

© REUTERS

Un ouvrier pétrolier marche à côté d'appareils de forage dans un puits exploité par la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA, dans la ceinture pétrolière riche en pétrole de l'Orénoque, près de Morichal, dans l'État de Monagas, le 16 avril 2015.
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Iran : pourquoi la coupure d'Internet risque de durer longtemps

Depuis 72 heures, l'Iran est coupée du monde. En proie à des manifestations d'ampleur depuis le 28 décembre dernier, d'abord contre la vie chère puis rapidement contre le régime des Mollahs tout entier, les autorités ont brutalement coupé tous les signaux Internet. La répression, sanglante, durant laquelle au moins 116 personnes sont mortes et 2 600 ont été arrêtées selon l’organisation basée aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency, ne doit pas être filmée. Le monde ne doit pas voir.

Samedi, les gardiens de la révolution ont qualifié les manifestants de "terroristes" et ont déclaré que "préserver les acquis de la révolution islamique et maintenir la sécurité et la survie du régime constituent une ligne rouge".

"Pire coupure de l'histoire de l'Iran"

À la suite du black-out d'Internet imposé par les autorités dans la nuit de jeudi à vendredi, "90 % du trafic Internet vers l’Iran s’est arrêté", explique Amir Rashidi, expert iranien des droits numériques, auprès du journal britannique The Guardian. En l'espace de quelques heures, les appels internationaux vers le pays ont été bloqués et les téléphones mobiles iraniens mis hors service. Amir Rashidi et d'autres experts évoquent une "coupure d’une précision glaçante".

Même les connexions via le puissant réseau satellitaire Internet de Starlink semblent avoir été coupées. Lors des manifestations de 2022 après la mort de Mahsa Amini et au commencement du mouvement "Femme, vie, liberté", le réseau avait pourtant été une bouée de sauvetage pour les Iraniens. "Il s'agit du pire arrêt d'Internet de l'histoire de l'Iran", dénonce Ali Tehrani, directeur des opérations pour Psiphon, un outil anti-censure open source largement utilisé en Iran, auprès du média en exil Iran International. Tandis que selon Amin Sabeti, expert en cybersécurité cité par le média, la panne d'électricité, qui a commencé jeudi soir a non seulement coupé l'accès à Internet mondial dans une grande partie du pays mais aussi perturbé les services en ligne nationaux, qui étaient pourtant restés partiellement disponibles lors des répressions précédentes. "Il n’y a pas de réseau sur les téléphones. Il n’y a pas d’antenne. C’est comme si vous viviez au milieu de nulle part, sans aucune antenne-relais", poursuit Amir Rashidi dans The Guardian.

D'une redoutable précision

Dans ce black-out généralisé, le guide suprême de l'Iran Ali Khamenei, a pourtant pu continuer à poster des messages sur le réseau social X. Il a posté au moins 15 publications depuis vendredi, dans lesquelles il critique vivement le président américain Donald Trump et ses actions au Venezuela.

Le président des États-Unis a déclaré que si le gouvernement iranien faisait ceci ou cela, il se rangerait du côté des émeutiers. Les émeutiers ont placé leurs espoirs en lui. S’il est si compétent, qu’il gère donc son propre pays.

— Ayatollah Khamenei (@fr_Khamenei) January 11, 2026

"C'est ce qui rend cette panne d'électricité différente des précédents blocages d'Internet en Iran", souligne Doug Madory, expert en systèmes Internet auprès du Guardian. "Elle est plus vaste, mais semble également plus affinée, ce qui signifie potentiellement que Téhéran sera en mesure de le maintenir plus longtemps", poursuit le spécialiste.

Pour fonctionner de la sorte, le gouvernement iranien pourrait avoir mis certains sites sur liste blanche (soit l'autorisation spécifique à accéder à Internet pour un petit nombre), dont X, permettant à certains responsables et institutions de continuer à accéder à Internet. Une méthode qui pourrait faire durer la coupure Internet pour la majorité des Iraniens. "Tout cela suggère que l'Iran a développé des outils plus précis pour censurer Internet, poursuit Doug Madory. Si le système des listes blanches fonctionne comme prévu, cela peut leur permettre d'opérer dans une sorte d'état dégradé pendant une période prolongée." Selon plusieurs experts, l'Iran travaille à la sophistication des coupures Internet depuis des années, tout comme la Chine ou encore l'Inde.

© via REUTERS

Le guide suprême iranien Ali Khamenei s'exprime lors d'un évènement religieux à Téhéran (Iran), le 3 janvier 2026.
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Les Etats-Unis ont mené des frappes "à grande échelle" contre l’Etat islamique en Syrie

Le commandement central des États-Unis pour le Moyen-Orient (CentCom) a annoncé, samedi 10 janvier, avoir mené des frappes "à grande échelle" contre plusieurs cibles de l’organisation État islamique (EI) à travers la Syrie. Dans un message publié sur X, le CentCom précise que ces opérations ont été conduites "en collaboration avec des forces partenaires", sans identifier ces dernières. L’action intervient en représailles à une attaque survenue en décembre dans la région de Palmyre, qui avait coûté la vie à deux militaires et un interprète américains. "Notre message reste clair : si vous vous en prenez à nos combattants, nous vous trouverons et nous vous tuerons où que vous soyez dans le monde", a rappelé le CentCom. Le communiqué ne précisait pas si des personnes avaient été tuées lors des frappes.

https://t.co/cfTSJ2Nety

— U.S. Central Command (@CENTCOM) January 10, 2026

Selon l'AFP, la Jordanie a indiqué dimanche avoir participé aux frappes, menées dans le cadre de la coalition internationale, "pour neutraliser les capacités des groupes terroristes et les empêcher de se réorganiser ou d’utiliser ces zones pour lancer des attaques menaçant la sécurité régionale".

"De très lourdes représailles"

Ces frappes font suite à une première série d’attaques américaines en Syrie, déclenchées en décembre après l’assassinat de trois ressortissants américains. Washington avait alors frappé "plus de 70 cibles" dans les régions de Homs, Deir Ezzor et Raqa, tuant au moins cinq membres de l’EI, dont le chef d’une cellule de drones, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le président Donald Trump avait qualifié ces raids de "très lourdes représailles" contre des bastions de l’EI. L’attaque du 13 décembre avait été menée par un membre des forces de sécurité syriennes visé pour ses "idées islamistes extrémistes" ; Washington l’a imputée au groupe djihadiste, qui ne l’a pas revendiquée.

Parallèlement, le Royaume-Uni et la France ont mené début janvier des frappes conjointes contre des positions de l’EI près de Palmyre, dans le cadre de l’opération "Inherent Resolve" (OIR), la coalition internationale antidjihadiste coordonnée par les Etats-Unis. Selon Londres, une installation souterraine utilisée comme dépôt d’armes et d’explosifs a été détruite grâce à des bombes guidées. Les forces françaises ont confirmé avoir participé à ces raids pour "empêcher la résurgence de Daech", sans fournir davantage de détails.

Depuis sa défaite face à la coalition internationale en 2019, l’EI continue de mener sporadiquement des attaques depuis le vaste désert syrien. La région de Palmyre, ancien bastion du groupe djihadiste et site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, reste régulièrement ciblée par les opérations de la coalition internationale, qui cherche à empêcher toute reprise de contrôle par l’organisation. Avec le retour au pouvoir de Donald Trump et sa volonté de réduire la présence américaine à l’étranger, le Pentagone avait annoncé en avril 2025 une diminution de moitié des effectifs militaires américains en Syrie, dont le total actuel n’est pas officiellement connu.

© via REUTERS

Des soldats américains rattachés à la Garde nationale de l'Iowa signent des systèmes de munitions GBU-31 dans la zone de responsabilité du Commandement central américain le 18 décembre 2025, alors que l'armée américaine lançait des frappes à grande échelle contre des dizaines de cibles de l'État islamique en Syrie en représailles à une attaque contre du personnel américain, ont déclaré des responsables américains. Photo de l'armée de l'air américaine/Document fourni par REUTERS
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Israël en alerte maximale face au risque d'une intervention américaine en Iran

Israël est en état d'alerte maximale face à la possibilité d'une intervention américaine en Iran. Les sources, présentes lors de consultations de tenues de sécurité par Israël durant le week-end, n'ont pas précisé ce que signifiait, en pratique, "l'état d'alerte maximale".

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a évoqué la possibilité d'une intervention américaine en Iran lors d'un appel téléphonique avec le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio samedi, a déclaré une source israélienne présente lors de la conversation.

116 morts lors des manifestations

Le président américain Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises ces derniers jours que les États-Unis étaient prêts à intervenir pour défendre les manifestants en Iran en cas de répression violente des autorités de Téhéran. Encore samedi, il déclarait sur sa plateforme Truth Social que l'Iran "aspirait à la liberté" et que les Etats-Unis "se tenaient prêts à aider", menaçant de "frapper très fort" l'Iran en cas de répression trop meurtrière. Le New York Times affirme d'ailleurs que le président américain a été briefé ces derniers jours sur les options dont il dispose concernant d'éventuelles frappes, y compris visant des cibles civiles.

L'Iran, qui a connu une guerre de 12 jours avec Israël l'année dernière et dont les installations nucléaires ont été bombardées par les États-Unis en juin, connaît actuellement ses plus importantes manifestations antigouvernementales depuis des années. Le bilan des morts s'élève désormais à 116, selon l'organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis.

L'Iran a averti dimanche le président Donald Trump que toute attaque américaine entraînerait une riposte de Téhéran contre Israël et les bases militaires américaines régionales en tant que "cibles légitimes", a déclaré le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, au Parlement. L'armée iranienne a assuré qu'elle protégerait "les intérêts nationaux" contre un "ennemi cherchant à perturber l'ordre et la paix".

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une session plénière de la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. REUTERS/Ronen Zvulun
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Appel inattendu avec Donald Trump : comment la Colombie a évité l’escalade militaire américaine

Un "malade" gérant "des usines de cocaïne" qui expédiraient de la drogue aux Etats-Unis. Voilà comment Donald Trump qualifiait le président colombien Gustavo Petro le 3 janvier dans un contexte de tensions entre Washington et Bogota à la suite de l'opération militaire américaine au Venezuela contre Nicolas Maduro. Interrogé sur la possibilité d'une opération militaire américaine dirigée cette fois contre la Colombie, Donald Trump avait répondu : "Ça me paraît une bonne idée."

Les menaces de Donald Trump semblent avoir été prises au sérieux par l'ancien guérillero Gustavo Petro. Moins d'une semaine après ce regain de tensions entre Washington et Caracas, le changement de ton est notable après un appel téléphonique entre les deux dirigeants, mercredi le 7 janvier. Donald Trump a annoncé vendredi qu’il rencontrera son homologue colombien à la Maison-Blanche début février. "Je suis certain que cela se passera très bien pour la Colombie et les Etats-Unis, mais il faut absolument empêcher l'entrée de cocaïne et d'autres drogues aux Etats-Unis", a écrit Donald Trump sur les réseaux sociaux. "Cela a été un grand honneur de parler avec le président de la Colombie, qui m'a téléphoné pour m'expliquer la situation en matière de drogues et concernant d'autres désaccords que nous avons eus. J'ai apprécié le fait qu'il m'appelle et le ton qu'il a employé et j'ai hâte de le rencontrer dans un avenir proche."

De son côté, Gustavo Petro a déclaré que cet échange "amical" était "historique". Dans un entretien accordé à El Pais, le président colombien de gauche a indiqué que, lors de cette conversation, Donald Trump lui a "confié qu'il envisageait de commettre des actes répréhensibles en Colombie". "Le message était clair : ils préparaient déjà quelque chose, ils planifiaient une opération militaire", raconte Gustavo Petro au quotidien espagnol.

Des attaques sur les réseaux sociaux pendant un an

L'appel cordial entre les deux hommes est une rupture avec l'approche adoptée par les deux dirigeants depuis près d'un an, consistant à utiliser les réseaux sociaux pour s'attaquer mutuellement, souvent par des publications sarcastiques et acerbes, à leurs politiques et personnalités respectives. Ce changement de ton inattendu pourrait modifier le cours des événements dans une région devenue instable après l’enlèvement du président vénézuélien par les Etats-Unis.

Si tel est le cas, ce serait grâce à cet appel téléphonique organisé à la hâte par des membres des deux gouvernements. Dans une interview accordée au New York Times jeudi, Gustavo Petro a précisé avoir parlé pendant la majeure partie des 55 minutes de l'appel, ne laissant à Donald Trump la parole que pendant les 15 dernières minutes. Gustavo Petro a déclaré qu'aucune exigence ni proposition concrète de collaboration n'avait été formulée, ce qui viendrait plus tard, peut-être lors de la visite à la Maison-Blanche en février.

Comme le mentionne le New York Times, cet échange soulève la possibilité que Gustavo Petro, à l'instar des dirigeants de gauche au Brésil et au Mexique, puisse éviter les sanctions brandies par Washington, telles qu'une action militaire unilatérale ou des droits de douane supplémentaires, et trouver un juste milieu entre satisfaire aux exigences de Donald Trump et rester fidèle à ses convictions. Gustavo Petro, dont le mandat arrive à échéance, quittera ses fonctions cette année, et les élections sont prévues en mai et juin prochain.

"Il voulait se concentrer sur un sujet précis : le narcotrafic"

Le président colombien a clairement indiqué qu'il ne dissimulerait pas ses convictions pour apaiser Donald Trump et qu'il chercherait à défendre son point de vue par le dialogue. Dans l'interview accordée au quotidien américain, Gustavo Petro a précisé qu'il comptait toujours interroger Donald Trump sur son soutien aux énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables. Il a également qualifié de "fasciste" le service américain de l'immigration et des douanes (ICE), dont les agents ont été impliqués dans une fusillade mortelle cette semaine au Minnesota, tuant une femme de 37 ans.

Le sujet sur lequel les deux dirigeants semblaient s'accorder était la nécessité de lutter activement contre la production et le trafic de drogue, a indiqué Gustavo Petro. "Il n'a pas parlé du Venezuela, ni d'aucun sujet international. Il voulait se concentrer sur un sujet précis : le narcotrafic", a déclaré le président colombien à propos de son homologue américain, qui s'est entretenu avec lui en présence de plusieurs responsables, dont le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Comme le note le quotidien américain, la position de Gustavo Petro sur la question semble s'être durcie. Deux éléments semblent accréditer cette ligne. D’abord, la suspension des pourparlers de paix avec l'ELN, un groupe révolutionnaire colombien devenu narco-guérilla qui s'est de plus en plus heurté aux forces gouvernementales et aux groupes rivaux, notamment le long de la frontière avec le Venezuela, et qui a été cité dans l'acte d'accusation du gouvernement américain contre Nicolas Maduro. Gustavo Petro a déclaré que, le week-end dernier, il avait demandé à son conseil de sécurité d'autoriser une intensification des opérations militaires contre ce groupe. Gustavo Petro a également réaffirmé à Donald Trump que les saisies de cocaïne atteignent un niveau record. Le taux de croissance de la culture de la coca en Colombie a ralenti, mais il reste à des niveaux historiques, tout comme la production de cocaïne.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump s'est entretenu par téléphone avec le président colombien Gustavo Petro le 7 janvier 2026.
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Cette négociation secrète entre le Vatican et les États-Unis pour offrir une porte de sortie à Nicolas Maduro

Le Vatican est une puissance spirituelle… mais aussi diplomatique. Vendredi 9 janvier, le pape Léon XIV, premier pape américain, a dénoncé le recours à la force militaire pour atteindre des objectifs diplomatiques lors d'un discours annuel de politique étrangère. "Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous a été remplacée par une diplomatie de la force", a déploré le souverain pontife, élu en mai dernier, devant 184 ambassadeurs accrédités au Vatican.

Faisant référence à la capture, le week-end dernier, du président vénézuélien Nicolas Maduro par le président américain Donald Trump, le pape a appelé les gouvernements du monde à respecter la volonté du peuple vénézuélien à l'avenir et à sauvegarder ses droits humains et civils. En décembre dernier, Léon XIV, qui a critiqué certaines politiques de Donald Trump par le passé, avait exhorté le président américain à ne pas évincer Nicolas Maduro en recourant à la force militaire. "Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération", avait déclaré le souverain pontife. Le Washington Post révèle que le Vatican a même négocié avec les Etats-Unis afin d’offrir une porte de sortie à Nicolas Maduro avant sa capture par Washington.

Dans une enquête publiée vendredi 9 janvier, le quotidien américain dévoile les contours d’une réunion tenue la veille de Noël au Vatican, et jusqu'alors passée sous silence. Le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican et médiateur diplomatique de longue date, a convoqué en urgence Brian Burch, ambassadeur des Etats-Unis près le Saint-Siège - cette entité juridique qui représente l’Église catholique à l’ONU - pour obtenir des précisions sur les projets américains au Venezuela, selon des documents gouvernementaux obtenus par le Washington Post. Pietro Parolin aurait demandé si les États-Unis ne ciblaient que les trafiquants de drogue, ou si l'administration Trump cherchait également à changer de régime. Selon ces documents, Pietro Parolin a concédé que Nicolas Maduro devait partir, mais le Vatican a exhorté les Etats-Unis à lui offrir une porte de sortie.

Moscou prêt à accorder l'asile à Nicolas Maduro

Toujours selon ces documents, lors de cette conversation avec Brian Burch le 24 décembre dernier, le cardinal italien, figure influente du pays, a déclaré que la Russie était prête à accorder l'asile à Nicolas Maduro. Le Venezuela représente un point d'appui important pour la Russie en Amérique latine. Moscou a notamment accordé des prêts considérables à Caracas pour l'aider à surmonter les sanctions américaines. La Russie demeure par ailleurs un acteur majeur de l'industrie pétrolière vénézuélienne.

Pietro Parolin a également imploré les Américains de faire preuve de patience pour amener le dirigeant autoritaire à accepter cette offre. "Ce qui a été proposé à Nicolas Maduro, c'est qu'il puisse partir et profiter de son argent", a déclaré une personne au fait de l'offre russe à nos confrères américains. "L'une des conditions était que Vladimir Poutine garantisse sa sécurité."

Pietro Parolin a suggéré que les Etats-Unis pourraient fixer une date limite pour le départ de Nicolas Maduro du pays et donner des assurances à sa famille. Le cardinal a en outre exprimé sa "très grande perplexité face au manque de clarté de la stratégie américaine au Venezuela", toujours d’après ces documents. Il a appelé à la patience et à la retenue. Mais la Maison-Blanche avait fini d'attendre et la suite de l'histoire est connue : une semaine après cette réunion secrète au Vatican, Nicolas Maduro et sa femme étaient ainsi arrêtés par les forces spéciales américaines lors d'un raid qui a fait environ 75 morts et transférés à New York pour y être jugés pour trafic de drogue.

La longue tradition de médiation du Vatican

Comme le précise le Washington Post, la réunion tenue secrètement au Vatican s'inscrivait dans une série de tentatives infructueuses - menées par les Américains et leurs intermédiaires, les Russes, les Qataris, les Turcs, l'Église catholique et d'autres - pour désamorcer une crise diplomatique grandissante et trouver un refuge pour Nicolas Maduro.

Le Vatican joue depuis longtemps un rôle crucial dans les négociations internationales avec Caracas. Il y a dix ans, le Saint-Siège a tenté, sans succès, de parvenir à un accord entre Nicolas Maduro et l'opposition divisée. Plus récemment, le Vatican a cherché à instaurer un dialogue avec le gouvernement vénézuélien par l'intermédiaire de ses hauts dignitaires ecclésiastiques sur place.

Pietro Parolin, autrefois nonce apostolique (agent diplomatique du Saint-Siège) à Caracas, porte un intérêt particulier au Venezuela. Il a également servi d'intermédiaire auprès de l'administration Trump sur les dossiers ukrainien et russe, selon une source proche des négociations interrogée par le quotidien américain.

Un pape américain en conflit ouvert avec Donald Trump

En tant que chef d'une communauté mondiale de 1,4 milliard de catholiques, Léon XIV occupe une position d'influence rare, lui permettant de contester la politique de Donald Trump. Le président américain se doit donc d'agir avec une prudence inhabituelle lorsqu'il le confronte, relève Politico. Donald Trump, qui a l'habitude de fustiger ses détracteurs avec des invectives, s'est montré exceptionnellement mesuré face aux critiques du pape, notamment parce qu'il compte un grand nombre de catholiques parmi son électorat.

Les proches de Donald Trump, eux, n'hésitent pas à le critiquer. Les conservateurs catholiques proches du milliardaire l'ont dénoncé comme "pape marxiste woke"," "laïc", "mondialiste" et même "apostat", rappelle Politico. De son côté, le pape ne semble pas rechercher activement la confrontation avec Donald Trump. "Il évitera toute attaque personnelle", a déclaré un responsable du Vatican à Politico. "Il s'appuiera sur l'enseignement de l'Église, non pas en réaction à Donald Trump, mais comme il le dirait de toute façon."

La question migratoire est devenue le principal champ de bataille entre le pape et les conservateurs américains ces derniers mois. Le souverain pontife s’inscrit en faux contre la rhétorique déshumanisante et la violence dont sont victimes les personnes visées par la politique d'expulsion de Donald Trump. Léon XIV a lancé un appel public pour que les migrants aux Etats-Unis soient traités avec humanité et dignité. Sa détermination à défendre ce qu'il considère comme des principes moraux non négociables, notamment la protection des plus faibles, se heurte toutefois de plus en plus aux fondements du trumpisme.

© REUTERS

Le président américain Nicolas Maduro arrive le 5 janvier 2026 au tribunal de Manhattan, à New York (États-Unis), pour comparaître devant un juge américain.
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"Isolement de la France", "une plaie pour Macron"... Le raté français sur le Mercosur vu d'Europe

Vingt-cinq ans de négociations pour l'adopter. Les États membres de l'Union européenne (UE) ont approuvé vendredi 9 janvier la signature de l'accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur malgré l'opposition de plusieurs pays, dont la France. Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l'UE.

Ces autorisations ouvrent la voie à la signature de l'accord par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le Marché commun du Sud, qui regroupe l'Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, à Asuncion. La cérémonie de signature de cet accord, le plus important signé par l'UE en matière d'allègement douanier puisqu'il supprimerait quatre milliards d'euros de surtaxes sur les exportations, aura lieu ce 17 janvier.

L'Italie longtemps hésitante

L'accord a été arraché par la Commission européenne, notamment grâce au soutien de l'Italie, resté longtemps incertain, qui a fini par céder après la promesse faite par Ursula von der Leyen d'une avance sur 45 milliards d'euros d'aides de la politique agricole commune (PAC) débloquée en 2028 - plus tôt que prévu. "Un geste particulièrement destiné à l'Italie, qui menaçait de faire pencher la balance contre le Mercosur et qui est désormais convaincue", indique le quotidien suisse Le Temps. Emmanuel Macron a également salué cette annonce, sans pour autant se laisser convaincre de pencher en faveur du "oui".

Privée du soutien de l'Italie, la France n'était plus en mesure de bloquer l'approbation du texte. Bien que la Pologne, la Hongrie, l'Irlande et l'Autriche aient également voté contre, les opposants au Mercosur n'arrivaient plus à atteindre le seuil de la minorité de blocage qui nécessite de représenter au moins 35 % de la population européenne. Au moins 15 pays représentant 65 % de la population totale du bloc européen ont voté pour.

Un moment qui "restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron"

Pour Le Temps et bien d'autres, l'opposition publique du président français sur le sujet "isole la France". "Les diplomates français se plaignent que (la présidente italienne du Conseil des ministres, NDLR) Giorgia Meloni revendique le succès comme le sien, car ils auraient été ceux qui auraient travaillé avec la Commission pour des mesures en faveur de l'agriculture", indique Il Foglio. Selon le quotidien italien milanais, qui a interrogé "plusieurs sources", Emmanuel Macron s'était pourtant "convaincu qu'il n'y avait plus de raison de s'opposer au Mercosur", conscient "à quel point la signature sur le Mercosur est importante économiquement et géopolitiquement pour une UE qui a besoin d'une stratégie de diversification devant Donald Trump". Mais confronté à la colère de ses agriculteurs "qui bénéficient d'un fort soutien dans la population", selon le quotidien allemand Tageszeitung, Emmanuel Macron était "contraint de voter 'non' contre ses convictions, d'accepter d'être mis en minorité dans l'UE et de subir des critiques en France pour son isolement et sa défaite", estime Il Foglio. "L'alternative était de voter 'oui', d'enflammer la protestation agricole, de provoquer la chute du gouvernement Lecornu et d'être accusé de trahir la France", ajoute le quotidien milanais.

"Face à l'impopularité profonde de l'accord en France, Emmanuel Macron se retrouve dans la position délicate de devoir s'y opposer tout en défendant les concessions obtenues", estime également Politico Europe. "L'incapacité de la France à stopper le Mercosur restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron", juge ce média. "L'échec du président français, fervent europhile, à empêcher la conclusion de l'accord est un constat humiliant du déclin de l'influence de Paris au sein de l'UE, où la France a longtemps été réputée pour son exceptionnalisme et son droit de veto." En outre, analyse Politico, "l'incapacité de la France à bloquer l'accord commercial UE-Mercosur vendredi permet aux partis d'opposition d'enfoncer le clou face à un Emmanuel Macron déjà fragilisé pour le reste de son mandat".

Un vote crucial du Parlement européen

Le Parlement européen devra toutefois se prononcer à majorité simple sur l'accord avec le Mercosur avant qu'il n'entre en vigueur. Le soutien du Parlement sur les questions de libre-échange "ne sera pas chose aisée", rappelle El Pais. "Cela pourrait même déclencher une nouvelle motion de censure contre le gouvernement d'Ursula von der Leyen, cette fois-ci de la part du groupe d'extrême droite Patriots", relève le quotidien espagnol.

"Le scrutin pourrait être très serré : dans l’assemblée, les considérations idéologiques se superposent aux sensibilités nationales", indique également Le Soir, précisant qu'une "fronde monte déjà". Ainsi, quelque 150 députés européens issus de plusieurs groupes politiques, soit un cinquième du Parlement, appellent déjà l'assemblée à saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), constate le quotidien belge. "Si cette résolution devait être votée et la Cour saisie, cela suspendrait la ratification par les eurodéputés", selon le quotidien belge. "L'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire", affirmait laconiquement jeudi Emmanuel Macron par le biais d'un communiqué de l'Elysée.

© via REUTERS

La France va voter contre l'accord commercial entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur, a déclaré jeudi 8 janvier 2026 Emmanuel Macron.
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