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Thierry Oberlé : "Malgré sa maladie, Mohammed VI n’a jamais envisagé d'abdiquer"

Dans Mohammed VI, le mystère (Flammarion), à paraître le 15 janvier, le journaliste Thierry Oberlé ose aborder les sujets les plus tabous du royaume du Maroc. Jusqu’à sa maladie, sa vie privée ou l’imprégnation du trafic de drogue dans le Rif, devenus au fil du temps des clés de lecture indispensables de son règne.

L'Express : Mohammed VI va-t-il lire votre livre ? Autrement dit, se tient-il informé de l’actualité, y compris de ce qui s’écrit sur lui ?

Thierry Oberlé : Mohammed VI a la réputation de ne pas lire. Il regarde la télévision, les chaînes d’information en continu, mais il ne lit ni ouvrages, ni presse écrite. Pour le reste, il se tient informé par des notes et des entretiens avec ses proches. Il est dans l’oralité alors que paradoxalement il parle peu en public.

Ce n’est pas le seul aspect étonnant dans le fonctionnement de ce roi. Vous relatez son désinvestissement progressif des affaires du royaume. Comment l’expliquer ?

Mohammed VI donne l’impression d’être tiraillé. D’un côté, il a été élevé pour exercer le pouvoir. C’est un Alaouite, les Alaouites font leur devoir, c’est ce que son père, son grand-père lui ont appris. Il n’a d’ailleurs jamais envisagé d’abdiquer, malgré ses états d’âme et sa maladie, qui l’affaiblit considérablement. Mais en même temps, il n’exerce pas le pouvoir avec appétit. Il a ce goût d’ailleurs, ce besoin de fuite hors des frontières du royaume. Il s'est toujours aménagé des périodes très longues de voyage à l'étranger. Il aime la plage, les plaisirs de la mer et les plaisirs tout court.

Ses selfies avec des passants alors qu’il est vêtu d’un t-shirt, notamment à Paris, ont fasciné le monde. S’agit-il d’une communication rodée de la part du roi ?

C’est son idée. S’il avait demandé l’avis de ses communicants, ils auraient probablement tenté de le dissuader de se faire prendre en photo en t-shirt avec une feuille de cannabis, comme ça a été le cas pendant des vacances à Zanzibar. Et puis le Maroc est un pays conservateur, ce type de déambulations peut choquer dans la mesure où le roi est censé être le commandeur des croyants. Mais ces clichés correspondent à son mode de vie, à ce que Mohammed VI est profondément. Quand il se rend à Paris, ou à Dubaï, ses villes-mondes fétiches, il fait invariablement les boutiques, du shopping. Il croise du monde, il s’arrête.

Quel est son rapport à Paris, où il se rend fréquemment ?

C’est un amoureux de Paris, davantage d’ailleurs qu’un amoureux de la France. Lors de la seule interview qu’il a donnée, enfant, on lui a demandé quel serait son rêve. Il a répondu : ce serait de marcher seul sur les quais de Seine. La capitale française est pour lui synonyme d’évasion.

Quelles sont les personnes dont il aime s’entourer ?

Mohammed VI a une attirance particulière pour les "people", les musiciens, les sportifs comme Teddy Riner, les chanteurs comme Gim’s, les rappeurs. Il aime aussi côtoyer des personnages qui viennent d’un milieu social différent du sien, par exemple des athlètes qui s’imposent par la sueur, le sang et les tripes, avec un intérêt pour les personnes d’origine maghrébine, souvent marocaines afin de flatter le nationalisme royal. D’où l’émergence, à partir de 2017, des frères Azaitar, ces jeunes combattants sulfureux de MMA maroco-allemands, devenus incontournables au Palais, où ils bousculent les traditions et le savoir-vivre de l’entourage institutionnel. Ils semblent incarner à ses yeux une liberté qu’il n’a jamais trouvée et à laquelle il s’identifie. Ces sportifs se battent dans un octogone, une cage, tandis que lui est, de par son destin, prisonnier d’une cage dorée.

Ce rapprochement coïncide avec le divorce de Mohammed VI d’avec son épouse Lalla Selma, également en 2018. Que sait-on de la vie privée du roi depuis ?

Ce sujet agite beaucoup les réseaux sociaux. Personnellement je ne connais pas sa vie privée, qui lui appartient. Il y a des ragots sur son orientation sexuelle, effectivement, mais pas de témoignage direct. Sur la sexualité du roi du Maroc de façon plus large, Hassan II disposait d’un harem d’une trentaine de femmes. Dans l’imaginaire marocain, subsiste l’idée qu’un roi peut se permettre ce qu’il veut. Sa majesté vit comme elle l’entend.

L’état de santé de Mohammed VI pourrait-il également expliquer son désinvestissement progressif ?

Son dossier médical est le secret le mieux préservé du Maroc. Cela dit ses proches reconnaissent qu'il est malade. Ce qui est clair, c'est qu'il a des problèmes de poumon, une obstruction des voies respiratoires. Il se fatigue rapidement. Il a perdu une cinquantaine de kilos ces dernières années. Lors de la cérémonie annuelle de la bay’a, durant laquelle les dignitaires du royaume lui prêtent allégeance, il a l’interdiction de mettre pied à terre, puisqu’il est l’ombre de Dieu sur terre. Il est longtemps apparu sur un cheval, mais depuis qu’il est malade, il se tient dans une voiture, ce qui est moins fatigant. Il souffre beaucoup. Il n’est pas présent au Maroc actuellement et n’assiste pas à la Coupe Afrique des Nations de football. Officiellement, pour un mal de dos.

Lors de ces périodes loin du Maroc, gouverne-t-il tout de même son pays ?

Étonnamment, oui. Il ne se tient pas au courant de tous les dossiers, tous les jours, et ses conseillers possèdent une large marge de manœuvre. Mais il reste le chef, et peut piquer des colères, se montrer irascible. Il s’intéresse à certains sujets, par exemple le développement des TGV au Maroc mais s’est passionné surtout pour la construction de ses hôtels d’ultra-luxe qu’il suit dans les moindres détails.

Lors des premières années de son règne, on le surnommait "le roi des pauvres". Ce narratif s’est estompé avec les années. Que s’est-il passé ?

Son désinvestissement est allé de pair avec une de ses déceptions personnelles, celle d’avoir échoué dans le développement de l’arrière-pays du Rif, région déshéritée du nord du Maroc, délaissée par son père Hassan II. Dans ses premières années de règne, il a montré une sensibilité réelle aux questions sociales, une fibre caritative qui a permis à ses conseillers de développer effectivement cette mythologie autour du "roi des pauvres". En 2016, le Rif a pourtant été secoué par un soulèvement, un hirak, sur fond de misère. Le roi en a été meurtri. Et à l’automne dernier, les jeunes de la génération Z se sont révoltés en réclamant des "écoles plutôt que des stades".

La fortune colossale du roi et la façon dont elle prospère n’ont-elles pas également brouillé cette image ?

Ce qui est sûr, c’est que la façon dont le roi s’enrichit relève du mélange des genres. La holding royale est le premier producteur agricole du pays, Mohammed VI possède également les supermarchés Marjane, donc il vend ses propres produits à sa population dans ses propres supermarchés. A la fin de l’année, les dividendes sont redistribués à l’actionnaire, c’est-à-dire la holding royale, pas l’Etat marocain. Il y a dix ans, on estimait sa fortune à 6 milliards d’euros, elle atteindrait aujourd’hui les 10 milliards.

Quant au Rif, il est réputé être le grenier à cannabis de l’Europe. Comment le roi se positionne-t-il sur ce dossier sensible ?

Le roi n’a jamais parlé du trafic de drogue. Ce que je crois pouvoir démontrer, grâce à des documents inédits, c’est la complaisance, voire plus, du pouvoir marocain sur cette question. Rien n’est fait pour stopper réellement la production de cannabis car les bénéfices du haschich remplissent trop de poches dans un pays miné par la corruption. Les chiffres sont éloquents : 80 % du cannabis en France vient du Maroc et le Maroc est le premier producteur mondial de cette drogue de moins en moins "douce".

Ce sujet cause-t-il des tensions entre la France et le Maroc ?

Ce qui est assez surprenant, c’est que la France ne semble pas hausser le ton plus que ça. La reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara occidental, en juillet 2024, ne s’est pas accompagnée d’une pression particulière en amont sur la question du narcotrafic, qui a été longtemps un sujet tabou et le reste en partie.

Avec le Sahara occidental, Mohammed VI aura réussi là où son père Hassan II avait échoué.

Sur certains dossiers, Mohammed VI et ses conseillers ont su se comporter en stratège, avec une véritable vision, et le Sahara occidental en fait partie. Il a très tôt opté pour la politique du fait accompli, c'est-à-dire l'occupation de la région disputée et sa transformation en investissant des sommes folles pour défendre et développer ce désert de cailloux. Sa démarche est trumpiste : il a eu le flair de comprendre qu’on entrait dans une époque où le droit international devient une notion en voie de disparition. Il a également réussi à imposer la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental avec des méthodes de diplomatie extrêmement musclées, de type lobbying souterrain mêlant argent et espionnage, en utilisant aussi l’arme des migrants clandestins contre l’Europe.

© EPA/MAXPPP

Le roi du Maroc Mohammed VI photographié à Rabat, en novembre 2023.
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A Londres, une méga-ambassade chinoise sur le point de voir le jour malgré les craintes d'espionnage

Un immense site au cœur des suspicions. Le gouvernement du Premier ministre britannique Keir Starmer doit rendre d'ici au 20 janvier sa décision quant à l'approbation, ou non, de la construction d'une nouvelle "méga-ambassade" chinoise dans l'est de Londres (Royaume-Uni). Longtemps repoussé, ce projet devrait être, d'après la presse britannique, validé dans les prochains jours par le travailliste, avant son voyage en Chine d'ici à la fin du mois. Sur place, il rencontrera le président chinois Xi Jinping, avec qui il a déjà évoqué par le passé ce dossier stratégique. Mais cette construction, en réalité la rénovation du site accueillant autrefois la Monnaie royale britannique, inquiète une grande partie du monde politique outre-Manche. En cause ? La crainte d'un espionnage exacerbé de la part des services secrets chinois.

Des craintes de longue date

Depuis l'annonce de la volonté de Pékin de construire cette nouvelle ambassade, de nombreuses voix s'élèvent contre le projet. La Chine avait déjà tenté, lorsque les conservateurs étaient au pouvoir au 10 Downing Street, de faire approuver l'autorisation pour lancer les travaux. Mais elle s'était heurtée au refus des pouvoirs locaux, dans un contexte d'importantes tensions entre Pékin et Londres. L'arrivée de Keir Starmer comme Premier ministre a rebattu les cartes, ce dernier optant pour une approche plus conciliante vis-à-vis du géant asiatique, qui a redéposé une seconde demande pour faire approuver la construction de l'édifice.

Ce bâtiment inquiète de longue date l'opposition conservatrice. Dominic Cummings, l'ex-principal conseiller de l'ancien Premier ministre Boris Johnson, avait assuré par le passé avoir été prévenu par les services secrets britanniques que la Chine "tentait de construire un centre d'espionnage sous l'ambassade". Des doutes ravivés par la publication, lundi 12 janvier, des plans expurgés des salles souterraines que Pékin prévoit de construire, révélés par le Daily Telegraph. Au total, plus de 200 pièces en sous-sol doivent être aménagées dans ce complexe de plus de 20 000 mètres carrés. Mais un élément attire tout particulièrement l'attention : la présence d'une "chambre secrète", située sur le côté ouest du bâtiment.

Câbles stratégiques à proximité

Le problème ? Cette pièce mystérieuse, dont l'usage n'a pas été précisé par les autorités chinoises, se situe à proximité de câbles de fibre optiques enfouis sous la chaussée de la rue attenante. Or, ce réseau permet la transmission de données financières sensibles vers le quartier d'affaires de la City, situé à deux pas. Surtout, les plans prévoient de casser le mur extérieur de cette "chambre secrète". De quoi rapprocher ce sous-sol du passage de ces câbles, qui servent aussi pour la transmission de messages envoyés par messagerie électronique. Pékin cherche-t-il à capter des données grâce au positionnement de cette salle ? "Cette même pièce secrète est équipée de systèmes d'extraction d'air chaud, ce qui laisse supposer l'installation d'équipements générant de la chaleur, tels que des ordinateurs de pointe utilisés pour l'espionnage", ajoute The Daily Telegraph dans son article.

Aucune preuve d'une telle intention n'a pour le moment été apportée. Mais le fait que les conditions soient réunies pour mettre en place un tel système de surveillance de la part de Pékin interpelle nombre d'élus. La députée conservatrice Alicia Kearns estime ainsi auprès du quotidien britannique qu'une autorisation permettant le début du chantier constituerait "une rampe de lancement pour une guerre économique au cœur même du système nerveux central de nos infrastructures nationales critiques". Dans le camp travailliste, certains parlementaires, comme la présidente de la commission parlementaire du développement international, Sarah Champion, redoutent un scénario similaire. "Tous les briefings de sécurité que j’ai reçus désignent la Chine comme un État hostile au Royaume-Uni", a-t-elle réagi, auprès du Guardian. "Je suis absolument convaincue que ce projet de méga-ambassade ne devrait pas être autorisé".

Aux États-Unis, la Chambre des représentants avait également indiqué en février 2025 ne pas voir d'un bon œil la construction de cette nouvelle ambassade. Celle-ci, pour le comité Chine de l'institution, "suscite d’importantes inquiétudes en matière de sécurité : des interférences et de la surveillance aux risques pour les infrastructures sensibles comme les services financiers de Londres". "Les écoutes téléphoniques illégales sont une pratique ancienne, aussi bien à l'est qu'à l'ouest", note, toujours auprès du Daily Telegraph, le professeur Alan Woodward, en poste à l'université de Surrey. "Quiconque en était capable l'a fait. Le renseignement économique est au cœur de la mission des services de renseignement étrangers. Si j’étais à leur place, avoir ces câbles à ma porte serait une énorme tentation."

Tensions persistantes entre Londres et Pékin

Le gouvernement assure, lui, que l'ensemble des informations liées au projet sont actuellement analysées avant une validation définitive de sa mise en œuvre. "La sécurité nationale est notre priorité absolue et des experts gouvernementaux en matière de sécurité ont été impliqués tout au long du processus jusqu'à présent", a répondu un porte-parole du 10 Downing Street au Daily Telegraph. Les services secrets se veulent également rassurants à propos de cette "méga-ambassade". "Le MI5 possède plus d’un siècle d’expérience dans la gestion des risques pour la sécurité nationale découlant de la présence d’ambassades étrangères sur le sol britannique", a exposé le directeur du renseignement britannique, Ken McCallum, cité dans un autre article du Guardian.

Signe de la sensibilité de la question, la date de la décision a été reportée de début décembre à janvier pour étudier de façon plus précise les tenants et aboutissants de la création de cette nouvelle ambassade. Un choix qui n'a pas plu à Pékin. "Les retards répétés du Royaume-Uni dans l'octroi de son approbation sont totalement injustifiés et les raisons invoquées sont inacceptables", a tempêté Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, interrogé par l'agence AP au moment de cette annonce. Si Keir Starmer affiche son ambition d'améliorer les relations du Royaume-Uni avec la Chine, le Premier ministre travailliste avait aussi suscité l'ire du pays asiatique il y a quelques semaines. Le travailliste avait qualifié Pékin de "réelle menace pour la sécurité nationale", après une alerte du MI-5 cet automne sur plusieurs tentatives d'espionnage chinoises envers les parlementaires britanniques.

© REUTERS

Le Royal Mint Court, site proposé pour la nouvelle ambassade de Chine à Londres.
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Coloniser le Venezuela n’est pas une option, par Manuel Valls

La capture de Nicolas Maduro par les agents anti-drogue de la DEA a sidéré le monde. Le gouvernement américain soutient que l'intervention est légale, en se fondant sur un acte d'accusation formel déposé devant les tribunaux américains. On peut en douter. Mais ne nous trompons pas de débat. Le départ de Maduro est une bonne nouvelle. Il y a une forme d’hypocrisie à invoquer le droit international comme une garantie d’immunité et donc d’impunité.

Successeur médiocre de Hugo Chavez, Maduro a présidé au destin de son pays treize ans durant lesquels le pays a perdu 70 % de son PIB. Il a détruit son industrie pétrolière, appauvri et affamé sa population. Plus de 8 millions de personnes ont quitté le pays, soit un quart des habitants. Il s'agit aujourd'hui de l’un des plus grands exodes de notre époque compromettant la stabilité de toute la région.

Formé par le totalitarisme cubain, allié de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah, Maduro a imposé la terreur et l’arbitraire ; embastillant, torturant, tuant ses opposants ou les forçant à l’exil, truquant les élections. Il faut rappeler enfin que le Venezuela présente des formes avancées de narcoétatisation. Des secteurs des forces armées et de la police gèrent le trafic de drogue en provenance de Colombie, le pouvoir politique garantit l’impunité, l’économie illicite devient plus rentable que l’économie officielle. C’est l’un des principaux nœuds logistiques du trafic mondial de cocaïne. Toute la Caraïbe en subit les conséquences. Les Antilles françaises sont ainsi submergées par la drogue et la violence.

Asphyxier Cuba

La capture de Maduro a également illustré le "corollaire Trump" de la doctrine Monroe (1823), évoqué dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale. Elle vise à légitimer l’exclusivité américaine sur tout le continent qui commencerait au Groenland et se terminerait à la Terre de Feu. De la rhétorique, nous sommes passés aux actes, avec pour but un effet clairement dissuasif sur les dirigeants de la région qui pourraient tenter de renforcer leurs liens avec Pékin et Moscou. Couper l’accès au pétrole vénézuélien à Cuba doit permettre aussi d’asphyxier le régime de La Havane en attendant sa chute éventuelle. Ce qui représenterait un gain politique interne incontestable pour Donald Trump et Marco Rubio.

Superviser un processus de transition démocratique est une chose ; coloniser le pays sous ce prétexte en est une autre. Trump est resté dans l’ambiguïté et il donne le sentiment d’agir sans principes, comme un prédateur, avec un seul objectif, mettre la main sur le pétrole vénézuélien.

Depuis son élection en 2024, le Venezuela a un président légitime, Edmundo Gonzalez et une dirigeante morale, la courageuse Maria Corina Machado, Prix Nobel de la paix. Il leur appartient de mener la transition démocratique. Elle impose le dialogue avec tous, mais miser sur une quelconque forme de "chavisme réformateur" apparaît très risqué. La nouvelle présidente Delcy Rodriguez est un pilier du régime totalitaire et corrompu.

C’est aussi le moment pour la communauté internationale d’agir, et cela devrait l’être avant tout pour l’Europe et notamment pour la France et l’Espagne, si liées par leur histoire au Venezuela. Elles comptent paradoxalement avec des gauches – de Jean-Luc Mélenchon à Pablo Iglesias – complices de la dictature criminelle. En ce sens, leur défense fervente du modèle chaviste ou castriste – la tyrannie sous le soleil au rythme de la salsa – n’est pas surprenante, mais elle porte à son comble la honte de tout esprit démocratique.

Grande dose de naïveté

Lorsqu’on ne réagit pas à temps, alors il ne suffit pas d’invoquer un "droit international" angélique et peu crédible car inefficace. Il faut une grande dose de naïveté ou de cynisme pour croire que les démocraties peuvent tenir tête aux tyrans sans recours à la force. L’Europe doit exiger, en s’appuyant notamment sur les résolutions de l’Organisation des Etats américains, la mise en œuvre d’une transition démocratique, la libération de tous les détenus politiques, le retour des exilés, la levée des sanctions qui pèsent sur les responsables de l’opposition et la tenue d’élections libres.

Aucune des incertitudes évoquées ne saurait toutefois nous empêcher de célébrer avec la plus grande joie la chute d'un tyran qui a fait honte au monde. Mais tout reste à écrire et seul le peuple vénézuélien, souverain, peut tenir la plume.

* Manuel Valls, ex-Premier ministre de François Hollande, ex-ministre des Outre-mer sous Emmanuel Macron

© Kate Copeland

Manuel Valls
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Manifestations en Iran : l’effroyable répression menée par le régime

Une violence extrême exercée contre la population iranienne. Près de trois semaines après le début de la contestation contre le régime des mollahs en Iran, la répression contre les manifestants ne se tarit pas. Les ONG de défense des droits de l'homme, basées à l'étranger, fournissent des éléments tous plus inquiétants les uns que les autres sur les tueries organisées par la République islamique pour faire cesser les protestataires. Elle qualifie désormais ces derniers de "terroristes armés", qui agiraient à la solde de pays ennemis, comme les États-Unis ou Israël. "Aucune indulgence ne sera accordée" envers eux, a prévenu, lundi 12 janvier, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei.

Un bilan humain conséquent, mais encore flou

Téhéran ayant coupé l'accès à Internet à sa population au plus fort des manifestations, l'ampleur du bilan humain lié à la répression du régime demeure difficile à appréhender. Selon les premiers chiffres communiqués par les ONG, il se compte probablement en milliers de victimes. Ces structures tentent de vérifier leurs informations en recoupant les témoignages qui leur proviennent difficilement du pays. L'une d'entre elles, Iran Human Rights, a ainsi dénombré au moins 734 morts depuis le début des manifestations. Basée aux États-Unis, l'ONG HRANA fait de son côté état ce mercredi 14 janvier d'au moins 2 571 morts, dont 2 403 manifestants. D'après elle, 12 enfants et 9 civils sans lien avec la contestation font partie des victimes. Deux sources au sein du régime iranien, interrogées par le New York Times, quantifient par ailleurs le total de personnes tuées ces dernières semaines à environ 3 000 morts.

Un autre bilan, à prendre pour le moment avec plus de prudence, évoque même jusqu'à 12 000 morts dans le pays. Ce chiffre a été publié par Iran International, un site web de l'opposition iranienne, proche du fils du dernier chah d'Iran, Reza Pahlavi, prétendant autoproclamé au pouvoir à Téhéran en cas de chute de la République islamique. D'après cette source, les journées des 8 et 9 janvier, lorsque l'accès au web était déjà coupé par les autorités en Iran, ont été les plus meurtrières. "L'assassinat a été perpétré sur ordre direct du Guide suprême Ali Khamenei", précise le site. "D'après les informations reçues, les personnes tuées ont principalement été abattues par les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique et du Bassidj", les paramilitaires dévoués au régime.

Morgue saturée et hôpitaux débordés

De multiples témoignages publiés dans la presse internationale corroborent le scénario de massacres de grande ampleur ces derniers jours. En dépit des restrictions de connexion, de nombreuses images et vidéos montrent par exemple la violence des forces de sécurité iraniennes, prêtes à tirer à balles réelles sur la foule de contestataires. D'autres donnent à voir des scènes terribles, avec des proches venant se recueillir sur les dépouilles de manifestants morts durant les rassemblements. Le Monde a par exemple authentifié des vidéos d'une morgue du sud de Téhéran, la capitale, complètement saturée par le nombre de cadavres à gérer. Sur les images, des dizaines – peut-être des centaines – de sacs mortuaires sont posés à même le sol. Ce genre de séquence a été relayé par la télévision d'État iranienne, comme un avertissement lancé à la population qui hésiterait à descendre dans la rue pour rejoindre la contestation.

Dans les hôpitaux, les blessés affluent. Les soignants sont débordés par l'afflux interminable de nouveaux patients, souvent touchés par balles. "Des cadavres et des blessés – hommes, femmes et enfants – arrivent dans des camions, des ambulances et des voitures particulières", explique au Daily Telegraph un médecin en poste près de Téhéran. "Les gens transportent leurs proches ensanglantés sur leurs épaules. Notre personnel est épuisé. Je n'ai pas dormi depuis des jours. Certains de mes collègues se sont effondrés. Nous manquons de tout. Il y a des rivières de sang dans les hôpitaux ici."

Blessures oculaires par balles

D'après l'ONG HRANA, les manifestants sont aussi parfois emmenés de force en détention par les autorités, sans même avoir le temps de faire soigner leurs blessures. "Les familles qui viennent récupérer les corps des personnes tuées sont contraintes à des aveux humiliants : elles doivent dire que ce sont les 'terroristes' qui les ont tués", précise Saeed, un homme d'affaires iranien, auprès du New York Times. Autre élément faisant état de la monstruosité des actes commis par le régime : le nombre important de blessures par balles relevé au niveau des yeux. Un ophtalmologue de la région de Téhéran a indiqué au Guardian avoir décompté plus de 400 blessures oculaires par balles dans son seul hôpital. Lors du mouvement "Femme, vie, liberté" en 2022, précédente contestation d'ampleur contre la République islamique, les forces de sécurité avaient été accusées par les ONG de défense des droits de l'homme de viser volontairement le visage des manifestants.

La répression s'effectue aussi au travers de multiples arrestations dans le pays. D'après le département d'État américain, "plus de 10 600 manifestants" ont été interpellés par le régime iranien et ses soutiens. Des condamnations à mort devraient rapidement être appliquées. Washington assure qu'Erfan Soltani, un jeune homme de 26 ans, doit ainsi être exécuté ce mercredi – une première depuis le début du mouvement protestataire. "S’ils les pendent, vous allez voir certaines choses… Nous prendrons des mesures très fortes", a de nouveau menacé le président américain Donald Trump, mardi, lors d'un entretien sur CBS News. Sur son réseau Truth Social, le milliardaire républicain a exhorté mardi les Iraniens à "continuer de protester". "N'oubliez pas de mentionner les noms des assassins et des bourreaux. Ils paieront cher", a-t-il poursuivi. Et d'ajouter : "L'aide est en route !"

Malgré ces déclarations, Donald Trump n'a pas – encore ? –franchi le pas d'une intervention militaire visant le régime iranien ou ses figures, comme l'ayatollah Ali Khamenei. Au sein du pouvoir, difficile de voir pour le moment une quelconque scission s'opérer face à la rue. Même des personnalités ayant appelé par le passé à moderniser le pays, notamment après les manifestations de 2022 déjà réprimées dans le sang, font front commun derrière la position du guide suprême iranien. C'est entre autres le cas de Massoud Pezeshkian, l'actuel président iranien, et d'Hassan Khomeini, l'influent petit-fils de l'ex-ayatollah Khomeini, rapporte le Wall Street Journal. Des positions qui s'expliquent, selon le quotidien économique, par la peur de tomber en même temps que la République islamique.

© via REUTERS

Des membres de la police iranienne à Téhéran, le 12 janvier 2026.
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Raphaël Glucksmann : "Je ne supporte plus les lamentations sur la faiblesse de l'Europe"

Un œil sur son projet de réforme des retraites, l'autre sur les listes des municipales, la tête à Bruxelles et le cœur à Téhéran. Venezuela, Iran, Groenland... En ce début d'année géopolitique volcanique, Raphaël Glucksmann a reçu L'Express dans ses bureaux parisiens pour encourager les Européens à prendre conscience de leur puissance et répondre enfin aux menaces territoriales de Donald Trump, à la prédation industrielle chinoise ou à la guerre sans fin de Vladimir Poutine. "Dans ce monde, la faiblesse est une invitation à l’agression", assure le député européen et probable candidat du centre gauche à la prochaine présidentielle, exaspéré par les hésitations des dirigeants de notre continent.

L'Express : Le 3 janvier, les forces américaines ont enlevé Nicolas Maduro à Caracas. Le monde est-il, cette nuit-là, entré dans une nouvelle ère ?

Raphaël Glucksmann : Je ne verserai pas une larme pour Maduro, dictateur corrompu et violent. Mais oui, le monde bascule dans une ère où le président des États-Unis ne reconnaît comme limite à son pouvoir que sa propre volonté. Le Venezuela n'est qu'une étape. Ce qui est fascinant, c'est la rapidité avec laquelle Donald Trump a lui-même embrayé sur la suite, à commencer par le Groenland. Nous sommes face à une administration américaine qui ne fait plus la différence entre un adversaire autocratique comme le Venezuela et le Danemark, démocratie alliée.

C’est un séisme pour les Européens qui voient depuis 80 ans les États-Unis comme les garants ultimes de leur sécurité. Les pays européens, sauf la France partiellement, ont délégué des pans massifs de leur souveraineté à Washington et aujourd’hui, ils se retrouvent à devoir préparer des plans de riposte à une attaque américaine contre le Danemark ! Nous ne nous en sortirons pas par des courbettes diplomatiques ou des pirouettes rhétoriques, mais par l'affirmation de l'indépendance et de la souveraineté de l'Europe. Nous avons basculé dans un monde où des prédateurs vont transformer notre continent en champ de bataille si nous ne prouvons pas rapidement que l'Europe peut - et surtout veut - être forte.

Que doit faire l’Europe pour survivre à cette nouvelle ère ?

Elle doit d’abord montrer que toute atteinte à sa souveraineté aura des conséquences lourdes et qu’elle ne se contentera pas de communiqués appelant au respect du droit international. Je ne supporte plus nos lamentations sur notre faiblesse. La faiblesse n’est pas une fatalité, c’est un choix. Nous avons des leviers. L’Union européenne est la première puissance commerciale du monde.

Si les États-Unis cherchent à s’emparer du Groenland, nous devrons avoir un plan de rétorsion, mettre en œuvre l'instrument anti-coercition [NDLR : arme de dissuasion économique créée par l’UE en 2023], ce qui permettrait d'exclure des entreprises américaines des marchés publics européens et de bloquer des exportations stratégiques pour Washington, appliquer enfin le règlement sur les services numériques (DSA) et imposer des amendes aux grandes plateformes numériques, ainsi qu'une préférence européenne stricte pour les équipements militaires. De telles mesures ébranleraient l'économie américaine. Nous devons nous y préparer très vite - et le faire savoir - pour dissuader Trump de passer à l’acte.

Donald Trump et le drapeau du Groenland.
Donald Trump et le drapeau du Groenland.

Ce président américain ne respecte que les rapports de force. Montrons que nous n’avons pas peur et il hésitera. Les mots américains ont une conséquence, comme les mots chinois et les mots russes. Il n'y a que les mots européens qui semblent n’en avoir aucune. Prouvons que nos mots sont lestés de mesures prêtes en cas d’agression et nous serons à nouveau crédibles.

La conséquence serait une guerre commerciale avec les Américains. L'Europe y est-elle prête ?

Les Américains sont convaincus qu’une offensive contre la Chine ou la Russie aura des conséquences désastreuses. Inversement, Russes et Chinois pensent la même chose des Etats-Unis. L'Europe projette au contraire une telle image de mollesse et de faiblesse qu’elle laisse croire à ses adversaires potentiels qu'il n’y aura pas de prix à payer s’ils s’en prennent à elles. Dans ce monde, la faiblesse est une invitation à l’agression.

Nous sommes dans des relations d’interdépendance avec les États-Unis ou la Chine, mais nous ne voyons que notre dépendance. Pourquoi ? Parce que nous n'avons pas la volonté d'assumer le moindre conflit. Prenons l'exemple de notre dépendance à l'égard des grandes plateformes numériques. À long terme, c'est une catastrophe pour l'Europe. Mais elles sont elles-mêmes dépendantes du marché européen et, si l’on décide de les sanctionner, elles seront mises à mal. Le problème, c’est que nous préférons fermer les yeux en espérant que l'orage passe. Or l’orage ne passera pas tout seul.

La grande question est de savoir si nous sommes capables de nous tenir debout dans cette tempête, de défendre nos intérêts et nos principes. Il ne s’agit plus d’exporter notre modèle ailleurs, mais de le préserver chez nous. Dans les années 2000, nous nous posions la question de savoir si nous devions exporter la démocratie au bout du monde. Vingt ans plus tard, des soldats nord-coréens se battent sur le continent européen, en Ukraine. Vous mesurez l’ampleur du bouleversement en si peu de temps ? Pour préserver nos démocraties, nous devons montrer que nous sommes prêts à payer le prix de la liberté. C'est la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel. Qu’est-ce qui fait, dans l'affrontement de deux consciences, que l’une d’elles devient le maître, l'autre l’esclave ? Une seule chose : la volonté. Avons-nous cette volonté ?

Encore faut-il convaincre les Français que notre intérêt vital et stratégique se trouve à Nuuk, au Groenland…

Aujourd’hui, nous sommes face à des adversaires pour lesquels Nuuk ou Donetsk ne sont que des tests et qui font de l’Union européenne en soi leur cible. En tant que Français, notre intérêt vital est-il la liberté et la paix en Europe ? La réponse est oui. Autrement, notre pays n'aura que deux destins possibles : devenir un terrain d’affrontement pour prédateurs ou, au mieux, un lieu de villégiature pour tycoons américains, oligarques russes, émirs qataris et dignitaires du Parti communiste chinois.

Or, la France s'est toujours vécue comme un pays au destin singulier et libre. Pour renouer avec ce destin, la seule voie est de devenir la locomotive de l'affirmation de la puissance européenne. Si les Américains s'emparent du Groenland, si Elon Musk est autorisé à influencer nos élections avec sa plateforme X, si TikTok peut agir en France comme elle a agi en Roumanie - en faisant monter un candidat prorusse de 2 % à 25 % et en faussant les règles du jeu démocratique -, si Vladimir Poutine est autorisé à envahir l'Estonie ou à s’emparer de la Lettonie, alors notre sécurité, notre souveraineté, notre liberté sont directement menacées.

L'Union européenne possède-t-elle les structures et la gouvernance pour répondre à ces menaces ?

Il y a deux facteurs : le courage politique et les structures, la gouvernance. Nous avons d’abord besoin de dirigeants assez courageux pour utiliser les leviers dont ils disposent déjà : Ursula von der Leyen a le pouvoir aujourd’hui de mettre des amendes à Elon Musk et elle peut bannir TikTok, nos gouvernements ont le pouvoir d’aider plus l’Ukraine, la Commission a le pouvoir de contrer la stratégie chinoise d’éradication de nos productions dans les secteurs stratégiques. Ils ne le font pas par absence de courage.

Mais, au-delà, il y a un problème structurel dans l’organisation de l’Union qui produit l’inaction. Nous devons vite assumer des sauts fédéraux : les décisions stratégiques doivent passer à la majorité qualifiée, pour qu’aucun Viktor Orban, aucun cheval de Troie de Poutine ou Trump ne puisse plus bloquer l’Europe. L'horizon du siècle à venir nous a été donné par un poète français, Victor Hugo, qui parlait des États-Unis d'Europe. Il nous faut une grande déclaration d’indépendance européenne !

L’heure du choix est venue. Nous pouvons décider que la nation seule est la solution. Dans ce cas, nous finirons en larbins de Trump, de Poutine, de Xi Jinping et de leurs héritiers. Ou nous pouvons œuvrer à l'émergence d'une véritable puissance démocratique européenne. Mais l’entre-deux implosera, il faut trancher.

Comment construire les Etats-Unis d'Europe avec des nationalistes comme Viktor Orban, Robert Fico ou Giorgia Meloni ?

Il faudra faire sans ceux qui ne veulent pas faire. Que chacun choisisse. Trump et Poutine nous placent face à nos responsabilités, ils peuvent rester dans l'Histoire comme ceux qui auront convaincu les Européens de faire réellement l'Europe. Mais ça dépend de nous.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le 7 novembre 2025 à la Maison-Blanche
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le 7 novembre 2025 à la Maison-Blanche

Depuis son discours de la Sorbonne en 2017, Emmanuel Macron défend l'idée de souveraineté et de défense européenne. Si lui n'a pas réussi, que pensez-vous pouvoir faire ?

Emmanuel Macron avait raison dans son discours de la Sorbonne, comme il avait raison de dire que la France devait passer en économie de guerre en juin 2022. Que s'est-il passé derrière ? Pas grand-chose. Chez Renault, ils sont prêts, il manque juste les commandes de l'État. Trop de théâtre, trop de mots qui ne se transforment pas en politiques et sont oubliés une fois qu’on les prononce.

La France avait une opportunité historique le 24 février 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine, de prendre la tête de la résistance européenne à Poutine et donc de s’affirmer comme leader de l’Union. Elle ne l’a pas saisie. Mais l’opportunité est toujours là. La question première pour les Européens est plus que jamais la sécurité et la défense. Or, nous avons un atout extraordinaire en France, hérité de l'Histoire : nous sommes la seule puissance nucléaire européenne indépendante des États-Unis et nous avons l'industrie de défense la plus indépendante du continent. Nous avons les bases de ce qui sera le terreau de la nouvelle construction européenne. Notre problème, c'est la crédibilité de notre parole. Un président français doit montrer aux Polonais, aux Baltes aux Allemands que sa parole a de la valeur, que ses mots sont lestés et lourds, que la France est forte et fiable. C’est ce qu’Emmanuel Macron n’a pas su montrer par inconstance. Ce sera la première mission du prochain président.

L'administration américaine veut aider les partis populistes à remporter les prochaines élections en Europe. Sommes-nous capables de contrer ces ingérences ?

Steve Bannon a raison lorsqu’il prédit que l'élection d'un président RN enterrerait toute possibilité d'émergence d'une puissance européenne. L'ensemble des Européens, tout comme Poutine et Trump, auront les yeux rivés sur la France en 2027. Poutine sait qu'il peut gagner à Paris sa guerre contre l'Union européenne alors qu'il est bloqué dans le Donbass par l’héroïsme des Ukrainiens. Il va donc s’ingérer massivement dans nos élections. La nouveauté, c'est que l'on a désormais un pouvoir américain qui partage son objectif politique – la victoire de l’extrême droite chez nous - avec des instruments incroyables comme les grandes plateformes numériques. En 2027, nous aurons donc à affronter le RN, mais aussi Poutine et Trump qui le soutiendront.

Pour les contrer, il nous faut des mesures fortes prouvant que nous sommes sérieux sur la défense de notre souveraineté et de notre démocratie : par exemple le bannissement de TikTok et une amende record contre Musk, suivie par une surveillance quotidienne des plateformes et de leurs algorithmes, enverraient un message fort. Et il faudra dénoncer toute ingérence en temps réel. La culture des services de sécurité consiste traditionnellement à ne pas communiquer. Mais désormais la communication est au cœur de la sécurité.

Le Rassemblement national s'est présenté comme un parti patriote et a réussi à capter l’aspiration à la fierté nationale. L’enjeu sera de montrer qu'il ne s'agit que de patriotes de pacotille manipulés par des puissances étrangères et de leur reprendre des mains le drapeau français.

Comment s’opposer à Trump quand l’Europe a besoin de lui en Ukraine ?

C’est l'objection la plus réaliste à une affirmation d’indépendance face aux États-Unis. Mais faisons-nous tout ce qui est en notre pouvoir, en Europe, pour aider l'Ukraine, notre première ligne de défense ? La réponse est non. Alors faisons-le, saisissons les avoirs publics russes gelés, fournissons plus d’armes, arraisonnons les tankers illégaux de la flotte fantôme russe, et nous pourrons suppléer progressivement au retrait en cours des Américains. Sinon, à force d'acheter le maintien d’un soutien hypothétique à coups de concessions, nous allons finir par tout perdre.

Il faut dire aux Européens, légitimement désemparés par ce début d'année, qu’ils ne sont pas sans pouvoir, que nous avons encore notre destin dans les mains. Certes, nous pouvons décider que la liberté est trop coûteuse, devenir des courtisans de Poutine, de Trump ou de Xi et négocier le poids de nos chaînes, en espérant qu'elles soient molletonnées… Mais une autre voie existe encore. Elle demande du courage et des efforts, mais c’est la seule voie qui soit à la fois réaliste et digne : la voie de la souveraineté.

Vous suivez de près la situation en Iran. Croyez-vous à la chute du régime ?

Je n'y ai jamais autant cru. Des couches sociales jusqu’ici absentes des précédentes révoltes sont au cœur de l’insurrection. Le régime iranien n'a jamais été aussi proche de l'effondrement, ce qui changerait beaucoup de choses dans le monde, y compris pour la Russie face à l'Europe. Il ne reste aux mollahs que la violence brute et ils ne manqueront d’en user jusqu’au bout. Les cadavres s’empilent. Et que faisons-nous pour aider ce peuple dont le seul crime est de vouloir vivre libre ? Des communiqués creux, comme d’habitude.

Au Parlement européen, nous exigeons que les Gardiens de la Révolution soient placés sur la liste des organisations terroristes de l'UE depuis des années, ce n'est pas fait alors qu'ils ont commis des attentats en Europe. Que nos dirigeants le fassent sans délai ! Traquons leurs réseaux et leur argent. Cela peut contribuer à susciter les défections nécessaires à la chute du régime. Assister passivement au massacre des révolutionnaires iraniens trahirait nos principes et nos intérêts.

© S. GEUFROI/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Raphaël Glucksmann ,député européen et coprésident de Place publique.
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Bruno Tertrais : "Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre l'Iran et la Russie"

L'Iran n'est pas le membre le plus important de ce que certains ont appelé "l'axe anti-occidental", explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, le noyau dur du "quatuor" étant constitué par la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Devant la crise à laquelle est confronté le régime des mollahs, "Pékin et Moscou attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux", souligne l'auteur de La Guerre des mondes. Le retour de la géopolitique et le choc des empires (Ed. de l'Observatoire - nouvelle édition, Alpha, 2025). Entretien.

L'Express : Comment la Chine et la Russie regardent-elles la crise en Iran ?

Bruno Tertrais : Je ne pense pas que la Chine s'inquiète de la possibilité qu'un régime différent arrive au pouvoir. En revanche, une période de chaos prolongé en Iran pourrait mettre hors-jeu l'un de ses principaux fournisseurs de pétrole, plus important que le Venezuela. Pour la Russie, c’est différent. Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre Téhéran et Moscou, qui n’a pas d’alliance formelle avec l’Iran. Cela dit, la position stratégique et géographique de l’Iran la rend particulièrement importante pour Moscou, y compris du point de vue de l'influence de l'islam chiite sur le Caucase et l'Asie centrale. Ce sont surtout ces considérations qui préoccupent la Chine et la Russie, plutôt que des considérations de grande stratégie anti-occidentale.

Dans quelle mesure la chute du régime de Téhéran affaiblirait-elle ce que certains appellent l'axe anti-occidental ?

Ce n'est pas un axe, mais plutôt une sorte de "quatuor" de pays anti-occidentaux. Seuls deux d’entre eux sont formellement alliés : la Corée du Nord et la Russie. Et il n'y a quasiment aucune coopération à quatre, sauf dans le domaine des drones - à l’image de ces Nord-coréens qui, à Kazan, fabriquent des drones avec des pièces détachées chinoises sur des modèles iraniens. En réalité, cette "amicale" anti-Occident est surtout constituée de la Russie, la Chine et la Corée du Nord, trois pays mitoyens dont les habitudes de coopération datent d’avant la révolution iranienne. Ce sont eux, le noyau dur. D’ailleurs, le Guide suprême iranien n’était pas à Pékin, en septembre dernier, aux côtés de Kim Jong-un, de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Remarque importante : l'opération américaine au Venezuela a montré - comme c’était déjà le cas après les bombardements de juin dernier sur l'Iran - que les performances des systèmes de défense antiaérienne, des intercepteurs russes et des radars chinois sont très mauvaises. Constat qui, au passage, risque de renforcer encore la paranoïa de ces régimes…

Êtes-vous surpris par le silence de Pékin et de Moscou vis-à-vis des événements en Iran ?

Non. Et je serai même étonné qu'il y ait des réactions fortes de la part de ces pays qui attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux.

Cette attitude doit en tout cas faire prendre conscience au régime iranien qu’il est bien seul, après l'affaiblissement du Hezbollah et la chute de Bachar al-Assad…

La guerre des Douze jours [avec Israël, en juin dernier], qui a révélé la faiblesse des défenses iraniennes, a beaucoup choqué le régime. L’Iran est un pays blessé qui se referme sur lui-même, et dont la première motivation aujourd’hui est de préserver le régime envers et contre tout, d’où la violence actuelle envers les manifestants. Sans doute le gel prévisible des circuits financiers avec le Venezuela complique-t-il la situation iranienne…

Peut-on, selon vous, imaginer un accord "à la vénézuélienne" entre l'administration Trump et Téhéran ? À savoir, décapiter le régime, sans le faire tomber ?

Cela me paraît fantasmagorique. Je n'imagine pas de négociation formelle entre ce régime et les Etats-Unis. Comment imaginer que les Gardiens de la Révolution négocient le départ de Khamenei avec Washington ? Cela ne veut pas dire qu’il faut exclure un scénario où le régime tente une sorte de perestroïka. Mais il n’a pas besoin des États-Unis pour ça.

La question nucléaire peut-elle, avec le durcissement du régime, revenir au premier plan ?

Non, je ne le pense pas. En revanche, si le régime s'effondre et que c’est le chaos, l’inquiétude pourrait monter concernant l’avenir de ce qu’il reste du programme nucléaire iranien, des infrastructures, de la matière et des scientifiques. On pourrait alors imaginer que les Israéliens – et sans doute aussi les Américains – mènent des opérations conjointes pour contrôler certaines installations.

Quelles seraient les conséquences d’une chute du régime pour l'Arabie saoudite ?

Les régimes autoritaires n'aiment pas le chaos, ni chez eux, ni autour d'eux. Je ne suis donc pas certain que l'Arabie saoudite se réjouisse d'un scénario de chaos en Iran, tout comme la Chine ou la Russie. Imaginons maintenant un scénario dans lequel les Gardiens de la révolution récupèrent le pouvoir au détriment des autorités religieuses, et où l'équilibre entre les deux soit rompu au bénéfice des premiers, l'Arabie saoudite serait alors débarrassée d'un problème qui existe depuis 1979, à savoir la contestation permanente par le régime iranien du statut du roi de l'Arabie saoudite comme "gardien des deux mosquées". Évoquons aussi l'aspect pétrolier : si la production et la distribution de pétrole sont très sévèrement perturbées pendant cette période de chaos, cela aura un impact fort sur l’Arabie saoudite qui, comme les autres monarchies du Golfe, veut d’abord la sécurité du trafic maritime pour exporter les hydrocarbures. Maintenant, imaginons deux variantes de ce scénario. Dans le cas de la stabilisation d'un régime iranien qui ne serait plus une théocratie mais une république autoritaire, l'Arabie saoudite pourrait saluer l'avènement d'un régime qui lui serait moins hostile. Entre régimes autoritaires mais non concurrents sur les plans politique et idéologique, de chaque côté du Golfe, on peut très bien imaginer qu'ils arrivent à s’entendre.

Second cas, qui n'est pas le schéma actuel, mais pourrait le devenir dans quelques années : l'Iran devient une sorte de "nouvelle Turquie", c'est-à-dire un pays qui accepte une occidentalisation partielle et se développe dans un cadre relativement autoritaire, avec une dimension religieuse qui n'aurait pas disparu. Ce scénario pourrait devenir un problème pour l'Arabie saoudite, car l’Iran deviendrait dans les faits une sorte de concurrent, un nouveau régime autoritaire moderne au Moyen-Orient avec une élite et une classe moyenne extrêmement éduquée.

© Sputnik/Sergei Karpukhin/Pool via REUTERS

Le président russe Vladimir Poutine rencontre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi au Kremlin à Moscou, le 23 juin 2025.
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Maria Corina Machado à Washington : ce message envoyé par Donald Trump, par Margarita Cadenas

Jeudi 15 janvier, Maria Corina Machado sera reçue à Washington par Donald Trump. Ce simple fait dit plus que n’importe quel communiqué diplomatique. Dans un Venezuela fracturé, ruiné et militarisé, cette rencontre marque l’irruption d’une autre légitimité face au chaos du pouvoir chaviste-maduriste.

Lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado n’est pas une opposante de salon. Elle incarne pour des millions de Vénézuéliens une promesse rare : celle d’une transition démocratique réelle après vingt-cinq ans de confiscation du pouvoir. Son autorité ne vient ni d’un décret ni d’une faction, mais d’un fait politique incontestable : l’opposition a revendiqué la victoire à l’élection présidentielle de 2024, preuves à l’appui, tandis que Nicolas Maduro n’a jamais présenté les siennes.

Ce n’est donc pas seulement une femme politique qui arrive à Washington, mais la représentante d’un pays qui refuse de se résigner. Elle n’est pas une dissidente exilée : elle porte le message d’une majorité qui réclame la reconnaissance de sa victoire et la fin d’un régime accusé de corruption, de narcotrafic et de fraude électorale.

Le paradoxe est que cette reconnaissance pourrait intervenir alors que le pouvoir réel à Caracas est tout sauf stable. Depuis l’arrestation de Maduro, Delcy Rodriguez a été installée comme présidente par intérim, adossée à l’armée et aux structures du régime. Pour une partie de la communauté internationale, elle représente une solution de continuité : capable d’assurer l’ordre, de maintenir les contrats et de gérer le pétrole.

Mais pour une large part de la société vénézuélienne, Delcy Rodriguez incarne aussi la répression, les prisonniers politiques et le système de prédation du chavisme-madurisme. La contradiction est brutale : comment reconstruire un pays détruit en confiant la transition à ceux qui l’ont participé à sa ruine ?

C’est ici que le Venezuela ressemble à un véritable panier de crabes. Delcy Rodriguez n’est pas seule : son frère Jorge contrôle l’appareil politique, Diosdado Cabello incarne la ligne dure du chavisme, Vladimir Padrino tient l’institution militaire. Chacun défend son territoire, ses réseaux, ses protections. Aucun n’a intérêt à une rupture totale, et tous craignent qu’une démocratie réelle implique aussi la justice, se méfiant constamment les uns des autres.

Dans ce jeu de forces claniques, la visite de Maria Corina Machado agit comme un révélateur. En la recevant, Donald Trump ne se contente pas d’écouter une opposante : il reconnaît une légitimité alternative à celle de l’appareil du régime. Il envoie un message aux marchés, aux diplomates, aux forces vives : le Venezuela de demain n’est pas condamné à être une simple continuité du chavisme sous un autre nom.

La tension est palpable. Trump parle de stabilité, d’investissements, de pétrole, de reconstruction. Machado parle de démocratie, de droits et de vérité électorale. L’un voit l’avenir comme un espace économique à sécuriser ; l’autre comme un espace politique à libérer. Les deux ne sont pas incompatibles, mais ne coïncident pas naturellement.

La rencontre de Washington ne règle rien. Elle ne ferme aucun chapitre. Mais elle ouvre une brèche. Elle rappelle qu’au milieu du panier de crabes du pouvoir vénézuélien, il existe encore une force plus redoutable que toutes les factions réunies : la légitimité populaire.

Le vrai défi n’est plus seulement de faire tomber les figures du passé, mais de construire une transition qui ne soit ni vengeance ni recyclage. Une transition qui permette à un pays ruiné de se relever sans renoncer à la justice, à la prospérité et à la liberté.

C’est, au fond, ce que Maria Corina Machado vient chercher à Washington : la reconnaissance d’un peuple qui refuse d’être remplacé par ses geôliers.

*Margarita Cadenas est réalisatrice et documentariste franco-vénézuélienne. Son travail porte notamment sur le Venezuela, l’Amazonie et les enjeux politiques et sociaux contemporains.

© REUTERS

Maria Corina Machado , lauréate du prix Nobel de la paix et figure de l'opposition vénézuélienne, s'exprime lors d'une conférence de presse à Oslo, en Norvège, le 11 décembre 2025.
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En cas de conflit face aux Etats-Unis, le Danemark peut‑il faire décoller ses F-35 ?

En cas de conflit avec les Etats-Unis, le Danemark pourrait-il utiliser ses propres armes contre la première puissance militaire mondiale ? Les F-35, avions furtifs de pointe développés par l’entreprise américaine Lockheed Martin, équipent aujourd’hui les armées du Danemark, de l’Italie ou encore de l’Allemagne. L’Europe reste fortement dépendante de cette technologie américaine, une tendance accentuée depuis la guerre en Ukraine, qui a poussé plusieurs pays à moderniser en urgence leur flotte aérienne.

Alors que l’administration Trump multiplie les déclarations agressives sur le Groenland, évoquant ouvertement une possible annexion de ce territoire autonome appartenant au Danemark, la question de la capacité des États-Unis à limiter l’emploi opérationnel des F-35 refait surface. Le Danemark dispose actuellement de 15 avions de chasse opérationnels. La livraison de 27 appareils supplémentaires est attendue au cours de l’année 2026.

Pas de "kill switch", mais des capacités potentiellement limitées

On ne le sait pas avec une certitude absolue — et c’est justement là toute la nuance du débat — mais plusieurs éléments techniques, politiques et industriels convergents permettent d’affirmer qu’il n’existe très probablement pas de "kill switch" au sens d’un bouton secret permettant aux Etats-Unis de clouer un F-35 au sol à distance.

Les Etats-Unis ne peuvent donc pas empêcher physiquement un F-35 de décoller. En revanche, plusieurs fonctions clés de ces avions dépendent de logiciels et de serveurs contrôlés par Washington, auxquels l’appareil doit se connecter régulièrement pour rester pleinement opérationnel. Selon Xavier Tytelman, consultant défense interrogé par franceinfo : "Le logiciel se connecte au seul serveur mondial, qui se situe au Texas. Tout passe par les Etats-Unis. Les Etats-Unis gardent un contrôle sur la chaîne logistique dans tous les cas".

Certaines capacités, notamment liées au système d’armement, pourraient aussi être partiellement inhibées. Dans un entretien au journal allemand Augsburger Allgemeine, Michael Schoellhorn, directeur général d’Airbus Defence and Space, avertit ainsi : "Les Danois, avec leurs avions américains F-35, se rendent compte que ce n’est peut-être pas une si bonne idée, s’ils devaient un jour avoir l’idée de défendre le Groenland. Ils n’arriveraient même pas jusque-là".

Le Danemark veut rompre sa dépendance

Au Danemark, plusieurs responsables politiques expriment désormais leurs doutes, voire leurs regrets, quant à la dépendance du pays à l’armement américain. "En tant que l’un des décideurs à l’origine de l’achat des F-35 par le Danemark, je le regrette […] acheter des armes américaines est un risque pour la sécurité", a reconnu dès le mois de mars Rasmus Jarlov, président de la commission de la Défense danoise, redoutant que Washington puisse utiliser ces systèmes comme levier politique.

I dont know if there is a kill switch in the F35’s or not. We obviously can not take your word for it.

As one of the decision makers behind Denmark’s purchase of F35’s, I regret it.

The USA can certainly disable the planes by simple stopping the supply of spare parts. They… https://t.co/rDucWMUXDz

— Rasmus Jarlov (@RasmusJarlov) March 19, 2025

Plus largement, l’Union européenne a récemment affiché sa volonté de renforcer ses capacités militaires afin de réduire sa dépendance aux Etats-Unis de Donald Trump. Le plan "Réarmer l’Europe", annoncé en mars 2025, prévoit jusqu’à 800 milliards d’euros pour moderniser les forces armées du continent. Mais même si l’industrie européenne dispose d’alternatives crédibles, les experts soulignent qu’il faudrait une montée en puissance industrielle massive et très rapide des grands acteurs européens, notamment français, pour espérer rattraper le retard accumulé face aux Etats-Unis.

© via REUTERS

S'il n'existe pas de 'killswitch" pour désactiver les F-35 à distance, ces derniers doivent régulièrement se connecter à des serveurs américaines pour rester opérationnels.
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Comment Donald Trump tente de manipuler le déroulement des élections de mi-mandat

Donald Trump utilise actuellement tous les leviers à sa disposition pour influencer le déroulement des élections de mi-mandat de 2026, ces scrutins qui ont lieu tous les deux ans pour renouveler une partie du Congrès américain. Et, selon le Washington Post, pour semer le doute sur leur légitimité en cas de défaite de son parti. Craignant qu’un Congrès contrôlé par les démocrates puisse le placer sous enquête ou le destituer, le président cherche à modifier des règles et pratiques et normes électorales établies à son avantage.

Des informations qui s'appuient selon le quotidien américain sur des documents officiels, des décrets présidentiels, des communiqués de l’administration, ainsi que sur des entretiens avec plus de trois dizaines de responsables électoraux et d’experts menés au cours de l’année.

  • Redessiner les circonscriptions

Selon l’illustre journal d’enquête américain, Donald Trump a récemment fait pression sur des dirigeants républicains dans plusieurs Etats pour tenter de redessiner les circonscriptions de la Chambre des Représentants. La loi prévoit normalement un redécoupage tous les dix ans, or, nous nous situons actuellement au milieu d’une décennie. Ce redécoupage pourrait permettre de créer des zones électorales où ses partisans sont majoritaires, augmentant les chances que les Républicains remportent plus de sièges à la Chambre. Pour l’heure selon le WP, neuf circonscriptions ont déjà été modifiées par des élus Républicains dans l’Ohio, le Missouri, la Caroline du Nord et le Texas, et la même choses est envisagée en Floride.

  • Limiter le vote par correspondance

En parallèle, Donald Trump s’en prend au vote par correspondance, promettant de "diriger un mouvement" pour y mettre fin. Il envisagerait selon le journal de le supprimer par un décret présidentiel, bien que la Constitution confie aux Etats la responsabilité des élections et précise que toute tentative de suppression se heurterait à la justice. Limiter ou supprimer le vote par correspondance pourrait là aussi avantager les Républicains en réduisant la participation des électeurs, notamment les démocrates et les personnes âgées ou absentes, qui utilisent souvent ce mode de vote.

  • Machines de vote et données personnelles

L'enquête du Washington Post révèle que le président américain a tenté de créer de nouvelles règles pour les machines de vote, en dépit du fait qu'aucune machine existante ne respecte ces critères. Sans oublier de critiquer leur fiabilité sur les réseaux sociaux, laissant entendre qu’elles pourraient fausser les résultats. L’administration Trump aurait même cherché à obtenir l’accès à certains équipements de vote dans le Colorado et le Missouri.

Le journal ajoute que "le ministère de la Justice cherche actuellement à obtenir la liste des électeurs inscrits d’au moins 40 Etats, et dans de nombreux cas, il a pris la rare décision de demander que ces registres incluent des informations personnelles telles que les dates de naissance des électeurs et des portions de leur numéro de sécurité sociale". Ces démarches inquiètent les experts et les défenseurs des droits civiques, car elles pourraient entraîner des erreurs dans les listes, décourager certains électeurs ou être utilisées pour contester les résultats.

  • Pressions indirectes via la présence policière

Ces derniers mois, le dirigeant d'extrême droite a intensifié les patrouilles de l’ICE (police de l'immigration) à travers le pays, et a déployé ou tenté de déployer des troupes de la Garde nationale dans plusieurs villes dirigées par des démocrates, faisant craindre une forme d’intimidation pour les électeurs. Si la loi fédérale l'interdit, la simple présence visible d’une force importante peut décourager certaines personnes de voter tout en mobilisant les partisans de Trump.

  • Recensement et preuve de citoyenneté

Toujours selon les informations du quotidien américain, Donald Trump a proposé de réaliser un recensement avant l’échéance prévue en excluant les immigrants en situation irrégulière. Ce recensement anticipé pourrait modifier la répartition des sièges au Congrès et le nombre de votes électoraux attribués à chaque Etat, ce qui influence indirectement les élections législatives et présidentielles.

  • Une administration peuplée de partisans de la fraude électorale de 2020

Plus largement, l’effort principal de Trump pour accroître son influence sur les élections passe par les nominations qu’il a effectuées depuis le début de l’année. Dès son retour du pouvoir en janvier 2025, le président ultra-conservateur s’est effectivement appliqué à placer à des postes clefs des personnalités politiques qui continuent de répéter que l’élection présidentielle de 2020 lui a été "volée". Parmi eux figurent Pam Bondi (avocate générale des USA), Kash Patel (directeur du FBI), Harmeet K. Dhillon (assistant du procureur général) , Ed Martin (avocat de la présidence) et Gregg Phillips (impliqué dans la surveillance des processus électoraux).

Ces personnes utilisent leur pouvoir pour mener des enquêtes, engager des procès et demander l’accès aux machines de vote, même si la loi des Etats limite strictement qui peut manipuler ou contrôler ce matériel. En pratique, cela signifie que l’administration peut surveiller, contester ou mettre sous pression certains comtés et Etats, ce qui crée un climat d’incertitude et peut influencer la confiance des électeurs dans le processus. Une dynamique qui, selon le WP, "pourrait rendre les élections de mi-mandat plus vulnérables aux cyberattaques, aux attaques physiques sur les bureaux de vote et aux tentatives de saper les résultats électoraux".

© REUTERS

Selon le "Washington Post", Donald Trump fait pression sur des dirigeants républicains pour tenter de faire redessiner les circonscriptions électorales à l'avantage des Républicains... Et donc au sien.
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Donald Trump exhorte les Iraniens à poursuivre les manifestations contre le gouvernement

Le président américain Donald Trump a exhorté, mardi 13 janvier, les Iraniens à poursuivre leurs manifestations contre leur gouvernement, promettant que "l'aide" arrivait. "Patriotes iraniens, CONTINUEZ DE PROTESTER – REPRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS !!!... L'AIDE EST EN ROUTE", a-t-il écrit sur son réseau social Truth Social, ajoutant qu'il avait "annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les massacres insensés de manifestants ne s'arrêtaient pas".

Paris, Rome, Berlin, et d'autres capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la répression "inacceptable" menée par les autorités iraniennes. "Ces jours-ci, des hommes et des femmes à travers tout l'Iran combattent dans les rues et sur les places publiques, et paient un prix très élevé", a déclaré le ministre italien Antonio Tajani à la chambre basse du Parlement.

Au moins 2 000 morts

Selon l'ONG Hrana, basée aux Etats-Unis, la répression a fait au moins 2 000 mots, dont 1 850 manifestants. Une estimation confirmée par un responsable iranien, une reconnaissance rare de la part des autorités. S'exprimant auprès de Reuters, un autre responsable iranien a affirmé que des individus, qu'il a qualifiés de terroristes, étaient responsables de la mort de manifestants et de membres des forces de sécurité. Ce responsable, qui a requis l'anonymat, n'a pas précisé l'identité des victimes.

Donald Trump avait auparavant affirmé que des frappes aériennes pourraient être menées si le pays continuait de tuer des manifestants. Le président américain a également annoncé l'instauration de droits de douane de 25 % sur les importations en provenance de tout pays commerçant avec l'Iran. Téhéran n'a pas encore réagi publiquement à cette annonce mais la Chine a rapidement critiqué cette mesure. L'Iran, déjà soumis à de lourdes sanctions américaines, exporte une grande partie de son pétrole vers la Chine, la Turquie, l'Irak, les Emirats arabes unis et l'Inde.

La Russie condamne "l'ingérence extérieure"

Ce message du président américain intervient quelques heures seulement après que les Iraniens ont pu passer des appels vers l'étranger, pour la première fois depuis six jours. Le blocage d'Internet avait ralenti la diffusion d'informations hors du pays et masqué la gravité de la répression des manifestations antigouvernementales, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a indiqué que les services téléphoniques avaient été rétablis, mais que les connexions Internet avec l'Iran restaient instables.

Ces manifestations, déclenchées par une situation économique désastreuse, constituent le plus grand défi interne auquel les dirigeants religieux iraniens ont été confrontés depuis au moins trois ans. L'ayatollah Ali Khamenei, au pouvoir depuis plus de 36 ans, s'est exprimé vendredi dernier, accusant les manifestants d'être des "saboteurs" et des "vandales" contre qui "la République islamique d'Iran ne reculera pas".

De son côté, la Russie a condamné ce qu'elle a qualifié d'"ingérence extérieure subversive" dans la politique intérieure iranienne, déclarant que les menaces américaines de nouvelles frappes militaires contre le pays étaient "catégoriquement inacceptables". "Ceux qui envisagent d’utiliser des troubles d’origine extérieure comme prétexte pour réitérer l’agression commise contre l’Iran en juin 2025 doivent être conscients des conséquences désastreuses de telles actions pour la situation au Moyen-Orient et pour la sécurité internationale", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Malgré ces manifestations, qui surviennent à un moment particulièrement vulnérable pour les autorités en raison de l'ampleur des problèmes économiques et des années de pressions extérieures, il n'y a pour l'instant aucun signe de fracture au sein de l'élite sécuritaire susceptible de mettre fin au système clérical au pouvoir depuis la révolution islamique de 1979. Toutefois, soulignant l'incertitude internationale quant à l'avenir de l'Iran , qui est l'une des puissances dominantes du Moyen-Orient depuis des décennies, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu'il pensait que le gouvernement allait tomber. "Je suppose que nous assistons actuellement aux derniers jours et aux dernières semaines de ce régime", a-t-il déclaré, ajoutant que si celui-ci avait dû se maintenir au pouvoir par la violence, "il est effectivement arrivé à son terme".

© REUTERS

Le président Trump a appelé mardi 13 janvier 2026 les Iraniens à poursuivre leurs manifestations contre leur gouvernement.
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Mohammed VI, les secrets d'un roi : ses séjours parisiens, sa brouille avec Emmanuel Macron, sa vie privée

Bientôt vingt-sept ans de règne et un brouillard toujours aussi épais. Mohammed VI est-il le "roi des pauvres" ou un chef d’Etat fainéant ? Un monarque progressiste ou un autocrate autoritaire ? Gouverne-t-il lui-même en télétravail ou est-il le pantin de ses conseillers ? Dans Mohammed VI, le mystère (Flammarion), une enquête d’exception publiée ce 14 janvier, le journaliste Thierry Oberlé s’emploie à dissiper la brume autour du roi du Maroc. Il révèle que "M6", comme l’appellent les Marocains, souffre d’une maladie chronique, une affection très invalidante et a priori incurable. S’y ajoute une affection plus psychologique, cette éternelle tentation de l’ailleurs qui le pousse à fuir régulièrement les frontières de son pays, parfois plus de six mois par an. Avec une préférence toute particulière pour les séjours parisiens, malgré ses relations exécrables avec Emmanuel Macron.

Ce livre nous immerge aussi dans le bocal du "mahzen", comme on nomme à Rabat la cour du roi, un univers de trahison et de disgrâces. Y surnagent depuis plusieurs années les frères Azaitar, des boxeurs originaires d’Allemagne, dont Thierry Oberlé retrace les liens avec le crime organisé. Au fil d’un chapitre foisonnant, l’auteur brise encore un tabou : la complaisance, voire les complicités royales, avec lesquelles le trafic de drogue prospère depuis la région marocaine du Rif, jusqu’à représenter 80 % du cannabis écoulé en France. Malgré ces usages baroques, il arrive que Mohammed VI ordonne, et l’intendance exécute. Avec quelques succès spectaculaires à son actif : à rebours des principes du droit international, le Royaume a obtenu que l’ONU adoube la marocanité du Sahara occidental, en novembre 2025. En dépit des apparences, le fils a réussi là où son père, le redoutable Hassan II, a toujours échoué. Découvrez des extraits exclusifs du livre.

Roi en télétravail

Le roi a toujours eu le goût de l’ailleurs, du lointain. Dès le début de son règne, il voyage, emmenant avec lui sa cour et ses amis. Ses déplacements sont secrets au point que des collaborateurs le rejoindraient avec de vrais faux passeports. "Mohammed VI, qui accumule autant de titres royaux, a-t-il le droit de s’absenter si souvent et pendant si longtemps sans même annoncer la date de son voyage et sa durée ?", interrogeait le journaliste marocain Ali Anouzla dans un éditorial publié en juin 2013 sur le site d’information Lakome. Est-ce cette interrogation qui lui a valu un bref séjour en prison et la fermeture de son journal officiellement accusé d’avoir diffusé une vidéo d’Al-Qaïda au Maghreb islamique ? À partir de 2015, la tendance au voyage s’accentue. En 2017 et 2018, Mohammed VI passe plus de la moitié de son temps loin de son pays.

"Le roi est un hédoniste, confie un de ses fidèles, il aime les plaisirs de l’existence." Cela signifie-t-il qu’il est peu studieux ? Les avis divergent. Adepte avant l’heure du télétravail, il gouvernerait au quotidien par téléphone. En 2018, année quasi sabbatique, il est absent presque toute l’année. Oublié le distanciel ! Ses collaborateurs insistent sur son implication dans les grands dossiers et son acuité intellectuelle. "Il s’intéresse aux sujets prioritaires comme à des sujets a priori secondaires, avec une patience pointilleuse, en leur accordant une importance identique", indique l’un d’eux.

"Il est beaucoup dans l’évitement et sa concentration sur son immense charge est séquentielle", commente un ancien diplomate français à Rabat. Mohammed VI dédaigne la politique marocaine mais se passionne pour le développement des lignes TGV. Il surveille dans ses moindres détails le chantier de construction du Royal Mansour de Marrakech. Durant les travaux, il fait installer des caméras sur place et des écrans de contrôle chez lui. S’il voit un maçon peu absorbé par sa tâche, il signale le tire-au-flanc.

Le secret de sa fortune

Il y a une dizaine d’années, le magazine Forbes classait Mohammed VI au cinquième rang des grandes fortunes d’Afrique et en tête de la liste des rois les plus riches du continent. Le redéploiement des avoirs du souverain entamé depuis le début de son règne avait, semble-t-il, permis de faire fructifier sa fortune dans des proportions massives. Sur le plan mondial, il occupait la septième position dans le top 10 des têtes couronnées. Mohammed VI réussissait le tour de force d’être aussi riche que l’émir du Qatar, sans pétrole mais grâce à des montages financiers. En 2014, sa fortune était estimée à 2,5 milliards de dollars.

En 2015, elle avait plus que doublé en passant à 5,7 milliards de dollars. Forbes expliquait ce bond en avant par de "nouvelles informations sur la valeur des actifs de la SNI, la holding royale". Depuis, la SNI devenue Al Mada est sortie de la Bourse de Casablanca. La holding royale n’a plus l’obligation de rendre publics ses résultats et elle se garde bien de se prêter à l’exercice de transparence. La fiche du roi dans le "Who’s Who" de Forbes, dont le classement est une référence, n’est plus réactualisée faute d’informations. Il faut examiner les comptes société par société pour y voir clair.

Mohammed VI, l'homme le plus riche du Maroc
Mohammed VI, l'homme le plus riche du Maroc

Avant la dissolution de la SNI dans Al Mada, un dernier bilan financier émanant du conseil d’administration de la société avait été repris par l’agence officielle MAP. On y apprenait que la SNI/Al Mada, qui est détenue majoritairement par la famille royale, avait réalisé en 2017 un résultat net de 4,65 milliards de dirhams (420 millions d’euros), en hausse de 5,12 % par rapport à l’exercice précédent, selon les états financiers consolidés du groupe. En 2020, l’hebdomadaire Jeune Afrique plaçait Al Mada à la 37e place de son classement des 500 plus grandes entreprises d’Afrique sur la base de ses comptes de 2018. Le fonds d’investissement a depuis disparu de sa liste.

En dépit des écrans de fumée, il est certain que la fortune de Mohammed VI s’est accrue ces dernières années – même pendant le Covid-19 –, grâce à la bonne santé de ses entreprises, au rachat de sociétés agglomérées au groupe, aux investissements dans l’immobilier et bien sûr aux dividendes versés à la famille royale. Selon la lettre confidentielle Africa Intelligence, l’assemblée générale d’Al Mada avait proposé de verser en 2022 la coquette somme de 305 millions d’euros à ses heureux actionnaires royaux, malgré des résultats en forte baisse. La fortune de Mohammed VI pourrait aujourd’hui dépasser les 10 milliards de dollars.

Tabou de la drogue

Face aux défis de la culture et du trafic la position du Makhzen consiste à "ne pas troubler les réseaux existants tout en contrôlant leur évolution", écrit l’anthropologue Khalid Mouna, dans son livre tiré de sa thèse Le Bled du kif : économie et pouvoir chez les Ketama du Rif. "La gestion de l’économie du kif en tant que dossier sensible relève de l’autorité du Palais royal. Les acteurs politiques acceptent la règle du jeu et laissent les relais monarchiques gérer ce type de situation", explique le chercheur. Le propos date de 2010, il est toujours d’actualité.

"En 2006, j’avais écrit une lettre au roi pour dénoncer le trafic qui se déroulait dans la lagune de Nador en toute impunité et au vu de tous", me racontait, dix ans plus tard, Chakib Al Khayari, un militant associatif défenseur des paysans rifains. "J’ai écopé d’une peine de trois ans d’emprisonnement pour avoir dit, à la suite du démantèlement d’un réseau, que les arrestations avaient épargné les gros poissons et les détenteurs de postes sensibles", ajoutait-il. Avant de conclure, dans un sourire amer : "Au moins, en prison, j’étais à l’abri des représailles des grands trafiquants." La justice marocaine avait estimé que ses déclarations étaient dénuées de tout fondement, qu’elles portaient atteinte aux "efforts déployés dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue" et qu’il avait "perçu des fonds de parties étrangères". Il n’est pas bon, au Maroc, d’être un lanceur d’alerte dénonçant l’existence de complicités à haut niveau au sein d’institutions étatiques : Chakib Al Khayari avait, selon ses termes, "brisé un tabou" en affirmant que "les barons avaient trouvé leur place au Parlement". Les islamistes du PJD, au gouvernement de 2011 à 2021, ne disaient pas autre chose quand ils étaient au pouvoir. Pour eux, le rival du PAM était "le parti des trafiquants". En 2015, durant la campagne des régionales, le Premier ministre Abdelilah Benkirane affirmait quant à lui que "l’argent utilisé par le PAM" durant les élections était "issu de la poudre que l’on connaît tous". Le parti a toujours réfuté.

Mais le ver était dans le fruit du parti du roi dès sa naissance, en 2008. Initié par Fouad Ali El Himma, le conseiller politique du monarque, le PAM s’est appuyé à sa fondation sur une solide base rifaine. Il a rallié, dans la région d’Al Hoceïma, Saïd Chaou. Né en 1967, ce cousin d’Ilyas El Omari, dirigeant du PAM, a émigré aux Pays-Bas dans les années 1980 pour gagner sa vie dans le commerce de stupéfiants. Il avait pignon sur rue à Roosendaal, dans le Brabant, près de la frontière belge, une localité où les consommateurs et les dealers français venaient s’approvisionner en cannabis dans les coffee-shops, en toute légalité à l’époque. Il rentre riche au pays avec des ambitions. L’"enfant prodigue" du Rif est élu député en 2007 sous les couleurs d’un micro-parti, Al Ahd, qui obtient une demi-douzaine d’élus au Parlement. Sa formation est absorbée l’année suivante par le PAM dont l’objectif est de gagner les prochaines échéances électorales. Ilyas El Omari le présente, selon le média en ligne Le Desk, "comme un digne fils de la diaspora rifaine revenu au pays pour investir". En 2010, Chaou prend la poudre d’escampette et rentre à Roosendaal. Il est lâché par ses amis politiques et déchu de son siège de député.

Refuge parisien

Seuls les membres du premier cercle connaissent sa destination. Lorsqu’il est en déplacement privé, Mohammed VI disparaît des radars. Il se trouve à Paris, à New York ou ailleurs. Lorsque l’escapade est française, la DGSE est en général informée par Rabat pour assurer sa sécurité, et ce, même pendant les périodes de mésentente. En 2022, Mohammed VI a passé quatre mois pratiquement ininterrompus en France, de juin à début octobre, en dépit de ses clashs avec Emmanuel Macron. Il en allait de même durant la brouille avec François Hollande. Le séjour le rapprochait de ses sœurs, Lalla Meryem et Lalla Hasna, également propriétaires de pied-à-terre dans la capitale et parisiennes d’adoption. (…)

De ses voyages anonymes dans sa ville de cœur, il reste sur les réseaux sociaux une vidéo qui ne l’est pas. Prise sur le vif par le passager d’une voiture, étonné de voir le roi, elle montre le souverain en virée nocturne avec des proches, dont un combattant d’arts martiaux hispano-marocain, avançant sur un trottoir, le regard désorienté. Devenue virale, la séquence a fait jaser. Rien de tel en cette fin d’été 2023. Depuis trois ans, il n’est plus contraint de descendre au Ritz, place Vendôme, ou au Crillon, place de la Concorde, où il avait ses habitudes. Il est propriétaire d’un hôtel particulier près de la tour Eiffel, du côté du Champ-de-Mars, acquis pendant la période du Covid. Un modeste investissement de 80 millions d’euros dont il souhaite, selon un familier du Palais, faire profiter son fils qui, à la différence de son père et de son défunt grand-père, n’éprouve pas une attirance particulière pour la Ville Lumière et plus généralement pour la culture française.

Brouille avec Macron

Emmanuel Macron est furieux. Sa colère contre le roi du Maroc ne retombe pas depuis qu’il a appris que l’un de ses smartphones personnels serait ciblé par un logiciel espion. L’Élysée a été prévenu par le consortium de journalistes internationaux Forbidden Stories, qui révèle le 18 juillet 2021 le listing d’un utilisateur étatique du logiciel espion israélien Pegasus. Le président est en bonne compagnie. Les enquêteurs du "projet Pegasus" ont repéré dans le registre les coordonnées de personnalités, notamment politiques, dont l’ex-locataire de Matignon Édouard Philippe et 14 ministres – de Gérald Darmanin à Jean-Yves Le Drian. Dans la majorité des cas inspectés par le laboratoire d’analyses d’Amnesty International, la preuve d’une présence du virus est établie. L’existence de cette liste signifie qu’un client du logiciel espion vendu à des États par la firme israélienne NSO a au mieux envisagé une infection, au pire infiltré les téléphones. Le Maroc est suspecté. Aux côtés des personnalités françaises apparaissent en effet les numéros d’appel de centaines de Marocains. Ce sont des opposants, des journalistes, des avocats et même des membres de la famille royale. L’analyse de la liste montre que les commanditaires de cet espionnage de masse s’intéressent à l’actualité hexagonale, marocaine ainsi qu’algérienne. (…)

Le mouchard Pegasus est vicieux : il incruste ses virus vite et bien pour accéder aux messageries, aux données, aux sons et aux images de n’importe quel téléphone. Il prend le contrôle de l’appareil pour siphonner un ordinateur connecté. Emmanuel Macron utilise fréquemment le 06 visé par ce logiciel espion, vendu à des États par NSO Group, une firme de la "start-up nation" israélienne, et ce avec l’assentiment de son gouvernement. La vérification du smartphone n’apaise pas l’état d’esprit de "Jupiter", selon un ambassadeur qui suit l’affaire depuis le Proche-Orient.

Le président appelle Mohammed VI. La conversation est brève et tendue. Il demande au roi si le royaume l’a espionné. Mohammed VI est catégorique : il ne l’a jamais fait et aucun ordre n’a été transmis dans ce sens, il en donne sa parole. "Je ne vous crois pas !", répond, glacial, le président français. L’appel s’interrompt. "Macron a été très, très maladroit. Il a manqué de respect au roi du Maroc, ce que je sais de sources très sûres", croit savoir l’écrivain franco-marocain, ami du Palais, Tahar Ben Jelloun. (…)

Emmanuel Macron n’a pas d’atomes crochus avec Mohammed VI, ni de liens privés avec son royaume. Et, pour sa part, Mohammed VI ne peut être que dans la retenue face à un président à la personnalité aussi jupitérienne que celle de son père. Le Maroc n’est pas pour Emmanuel Macron un jardin méridional où l’on prend ses aises, séduit par le charme de l’hôte. (…) À Rabat, l’ambassadeur de France est en quarantaine et ses collaborateurs s’ennuient. "Emmanuel Macron ne calcule pas le roi. Il ne le comprend pas et cela ne le dérange pas outre mesure. Il éprouve à son égard une forme d’indifférence", raconte un conseiller spécial d’Emmanuel Macron. Lors d’une réunion, informé des récriminations adressées par Mohammed VI, le président se lâche : "Mais qu’est-ce qu’il a, ce mec ?", s’agace-t-il.

© Diego Mallo

Le journaliste Thierry Oberlé publie "Mohammed VI, le mystère" (Flammarion).
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L’Iran sous tension : les scénarios de la contestation qui met le régime à l’épreuve

Il y a ces médecins à qui l’on ordonne de ne pas soigner les blessés - au torse, au cou, aux yeux -, affluant en masse dans les hôpitaux ; ces hommes et femmes qui n’hésitent plus à brûler des photos du Guide suprême ; et ces dizaines, voire centaines, de sacs mortuaires qui s’entassent au centre médico-légal Kahrizak de Téhéran. Des manifestants abattus froidement par les services de sécurité iraniens.

Entre deux coupures d’Internet et quelques brèves discussions grâce au réseau Starlink, des témoignages glaçants affluent des 31 provinces du pays. Brutalité abjecte d’un régime islamiste aux abois face au courage inouï de la population iranienne qui, jour après jour, descend dans la rue au péril de sa vie. Les chiffres du bain de sang sont effroyables : plus de 2400 morts et 18 000 manifestants arrêtés (et donc menacés d'exécution) au 14 janvier depuis le 28 décembre, selon l'ONG Hrana, basée aux Etats-Unis. Une hécatombe.

Même si la brutale répression réduit les chances d’une chute immédiate du pouvoir, l’hypothèse d’un basculement prochain de la République islamique demeure entière.
Même si la brutale répression réduit les chances d’une chute immédiate du pouvoir, l’hypothèse d’un basculement prochain de la République islamique demeure entière.

Quarante-sept ans après l’instauration de la République islamique, le régime des mollahs reste une machine à réprimer implacablement son peuple. Mais telle une vague qui revient chaque fois plus forte, les Iraniens continuent de se lever face à un régime liberticide, corrompu et inapte. Ils ont lancé le mouvement "vert" de 2009 contre la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad, les protestations contre la hausse des prix du carburant en 2019, la révolution "Femme, Vie, Liberté" en 2022, après la mort de Mahsa Ahmini pour un voile mal ajusté. Aujourd’hui, encore, tout un peuple revient à la charge, dépassant ses peurs, pour en finir avec ce régime honni. Nul ne peut prédire si ce mouvement sera, comme les précédents, fauché par les balles.

Un Iranien sur trois vit sous le seuil de pauvreté

"Je suis dévasté… Ce black-out numérique et les rares nouvelles, sombres et sanglantes, venant d'Iran me tuent à petit feu", témoigne Maziar, un ingénieur de 31 ans qui, avant de rejoindre l'Allemagne, a participé à tous les mouvements de colère de ces dernières années. Cette fois, l’étincelle est venue des bazars, qui ont baissé le rideau face à l’hyperinflation. Un coup dur pour les mollahs, tant ce cœur battant de l’économie, soutien stratégique du régime, avait été l’épicentre de la chute du chah en 1979. Presque cinq décennies plus tard, un Iranien sur trois vit sous le seuil de pauvreté. "La République islamique n’a pas tenu ses promesses. Elle s’est montrée incapable d’assurer la protection sociale des Iraniens, résume Riccardo Alcaro, directeur de recherche à l'Istituto Affari Internazionali, à Rome. Son projet d'organisation de l'économie et de la société est un échec total."

Décrié depuis longtemps, le pouvoir théocratique a perdu toute crédibilité. Jamais le régime des mollahs, menacé à l’intérieur et à l’extérieur du pays, n’aura paru aussi en danger. "Sa situation est fragile. Chaque vague de protestations a ajouté une couche supplémentaire à cette crise de légitimité”, souligne Raz Zimmt, directeur du programme Iran à l’Institut national d’études de sécurité (INSS) de l’université de Tel-Aviv.

Aux motifs économiques, tels que les pénuries d’eau, d’aliments et les coupures électriques, se sont ajoutées des revendications politiques. La jeunesse, très mobilisée, ne voit aucun avenir dans l’Iran exsangue de Khamenei. Une scène, filmée par un téléphone portable lors de la "journée de l’étudiant" le 7 décembre dernier, illustre cet incroyable souffle de liberté qui la traverse depuis plusieurs années. Un jeune homme lit d’une voix ferme, à l’émotion contenue, le discours qu’il a préparé, face à Saïd Jalili, un proche d’Ali Khamenei, venu à l’université de la capitale s’exprimer devant une salle remplie d’élèves. "Vous, dont les mains et chaque souffle, chaque respiration portent l’odeur du sang, vous inondez les rues de vos forces répressives [...] Vous tuez et vous tuez. Mais vous ne savez pas que la voix de la liberté ne s’éteindra pas. [...] Alors tuez-nous. Peut-être viendra-t-il un jour où mon Iran, ma belle patrie, du fait de votre incurie et de vos politiques insensées, n’aura plus d’air pour respirer ni d’eau pour étancher sa soif. Mais même ce jour-là, la voix sera. La plume sera." Tout est résumé dans les mots poignants de cet étudiant d’un courage fou, dont le sort reste inconnu… Le désespoir est tel, en Iran, qu’il est plus fort que la mort.

Ce sont encore les étudiants qui, face aux miliciens bassidjis, ont scandé le 30 décembre "Mort au principe du Velayate Faqih !", le concept théologique qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique. Au sein de la population, l’une des moins religieuses de la région, les aspirations pour une société plus séculière ne cessent de grandir. "On voit dans les cortèges un impressionnant rejet de l’islam. Des femmes et des hommes affirment ne pas être musulmans, mais persans, et se réclament de Cyrus le Grand [fondateur du premier grand empire iranien, vers 550 avant J.-C.] et de Xerxès [roi de l’empire achéménide, au Ve siècle avant notre ère]. C'est l'affirmation d’une identité iranienne fondée sur le zoroastrisme [religion dominante en Iran avant l’islam] et l’héritage de la Perse antique", constate Bernard Haykel, professeur d’études du Proche-Orient à l’université de Princeton.

Des secousses externes

A cette vague de contestations se sont greffées toute une série de secousses externes. Depuis la chute de son allié Bachar al-Assad en Syrie, en décembre 2024, le pouvoir enchaîne les catastrophes géopolitiques. Israël a décapité le Hezbollah et affaibli le Hamas, ses bras armés dans la région. Téhéran ne s’est jamais vraiment remis de la "guerre des douze jours" qui, en juin dernier, a vu Israël frapper des sites stratégiques iraniens, éliminer des hauts cadres du régime, et les Etats-Unis bombarder des installations nucléaires. Les deux piliers stratégiques de Téhéran ont été ébranlés : son programme nucléaire et son influence régionale.

Et voilà que Donald Trump menace ouvertement le régime iranien de représailles en cas de violences sur les manifestants. Si l’envoi de troupes au sol paraît exclu, le récent coup de force américain au Venezuela, l’allié de l’Iran en Amérique latine, et la capture de Nicolas Maduro ont déclenché un vent de panique à Téhéran. Les Etats-Unis pourraient-ils reproduire l’opération chirurgicale menée en Amérique latine à 11 000 kilomètres de là, au cœur des montagnes de l’Alborz, en mêlant frappes ciblées et enlèvement du Guide suprême ? Certains médias iraniens pro régime affirment - sans confirmation à ce stade - que les Etats-Unis ont déjà déployé la 101e division aéroportée à la frontière. Reste qu'une offensive contre ce pays difficile d'accès serait autrement plus compliquée que dans les Caraïbes. "Quand bien même ils captureraient l’ayatollah Khamenei, cela ne signifierait pas la chute immédiate du régime, qui pourrait mener des représailles dans toute la région, même avec des alliés diminués", tempère Ali Vaez, directeur du projet Iran de l’International Crisis Group. A l’inverse du clan Assad, le système iranien ne dépend pas d’un seul homme. Après les éliminations ciblées menées par le Mossad israélien en juin dernier, le Guide suprême, déjà très âgé (87 ans) et malade, aurait déjà choisi plusieurs dignitaires religieux comme successeurs potentiels.

Des appels à la défection

Si la brutale répression a réduit les chances d’une chute à court terme du pouvoir, l’hypothèse d’un basculement demeure entière dans les semaines ou les mois qui viennent. Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, il ne fait guère de doute qu'il "vit ses derniers jours et semaines". Depuis plusieurs jours, des appels à la défection visant les Gardiens de la révolution circulent abondamment sur les réseaux, sans que l’on sache s’ils se traduisent dans les faits. "Il existe trois grandes conditions pour transformer cette vague de protestation en changement politique. La première, une participation très importante des manifestants ; la deuxième, l'existence d'une forme de coalition entre différentes couches de la société iranienne (les jeunes, les commerçants, les travailleurs, les enseignants, la classe moyenne), énumère le chercheur Raz Zimmt. Et la troisième, la seule qui manque vraiment, c'est l'apparition de divisions au sein de l'élite politique, en particulier parmi les Gardiens de la révolution, les forces de l'ordre et les miliciens des bassidji, qui se manifesteraient par des défections ou par une répression moins sévère".

"Face à une révolte, le régime se ressoude. Les forces ultraconservatrices, les Gardiens de la révolution et tout l'entourage de Khamenei se rassemblent pour la défense de leur pouvoir et de leurs intérêts économiques", complète Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le centre d’étude Etopia. En exerçant une pression maximale sur Téhéran - déjà étranglé par les sanctions américaines -, Donald Trump espère faire émerger une ligne plus modérée et conciliante avec les intérêts américains. Par ricochet, il perturbe deux grands partenaires de l’Iran : la Russie et surtout la Chine, de loin le premier acheteur de pétrole iranien. Deux superpuissances qui pâtiraient déjà des droits de douane à 25 % que le président américain a annoncés le 12 janvier contre les pays commerçant avec l’Iran.

Dans ce contexte, Téhéran cherche à garder le canal ouvert avec Washington, via l’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff. Certains conseillers de la Maison-Blanche plaident pour privilégier la voie diplomatique face à la ligne interventionniste qui a prévalu depuis la réélection de Donald Trump. Une rencontre entre officiels iraniens et américains pourrait même avoir lieu. Enivré par son succès au Venezuela, le président américain poursuivra-t-il sur sa lancée ? "Il reste convaincu, comme les dirigeants de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et d’Israël, que le régime iranien est le plus dangereux et menaçant de la région", note Bernard Haykel. S’il décide d’écarter l’option militaire, d’autres solutions - non létales - restent à sa disposition, comme l'imposition de nouvelles sanctions contre des personnalités du régime ou des cyberattaques afin de court-circuiter le black-out imposé aux Iraniens.

Pour l’heure, rien ne semble pouvoir apaiser la colère de la population. Les mesures prises par le régime - une aide à hauteur de 6 euros par mois et par personne durant quatre mois, alors que le salaire moyen s’élève à 170 euros - n’ont rien changé. "C’est comme mettre un pansement sur un cancer, résume Raz Zimmt, de l’INSS. La seule véritable solution serait un changement radical de politique. Mais au vu des discours de Khamenei, il est clair qu'il n'a aucune intention de changer de cap".

Au sein des cortèges, certains manifestants réclament le retour de Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d'Iran, seule option crédible selon eux, alors qu’il n’existe aucune opposition libre et structurée dans ce pays de plus 90 millions d’habitants. Benyamin Netanyahou rêve de le voir conduire la transition démocratique en Iran. Mais sa légitimité, très relative, reste encore à prouver.

Cette révolution sera-t-elle la bonne ? Sans aide extérieure et face à des tireurs sans pitié, les manifestants risquent de s’épuiser. Le régime ne fera alors que repousser sa fin. "Même si, dans quelques jours, le régime vient à bout des manifestations, ce ne sera qu'une question de temps avant qu'une nouvelle vague n'éclate, car aucun problème fondamental n'aura été résolu", résume Raz Zimmt, pour qui le régime devra, quoi qu'il arrive, se transformer. "Il est probable qu'après la mort de Khamenei, ou même avant, nous assistions à un changement radical dans le mode de gouvernement de l'Iran - et que des révisions constitutionnelles transforment par exemple la République islamique en une sorte de régime autoritaire militaire avec un Guide suprême beaucoup plus faible et un président plus fort issu des rangs des gardiens de la révolution."

Maziar, cet Iranien exilé en Allemagne ne s’en satisferait pas. Il lance un appel aux responsables politiques occidentaux : "Vous devez stopper le régime islamique en Iran. C'est un massacre, ils chassent des gens désarmés dans les rues. Vous devriez expulser leurs ambassadeurs et rappeler les vôtres. Cette dictature doit prendre fin le plus vite possible. Entendez notre voix, sauvez notre nation."

© EPA

es policiers anti-émeutes iraniens montent la garde tandis que des étudiants manifestent devant l'ambassade britannique à Téhéran, en Iran, le 14 janvier 2026.
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Projet Nightfall : le plan de Londres pour offrir un missile longue portée à l’Ukraine

Le concours à l’armement est lancé. Le Royaume-Uni a annoncé le 11 janvier le déclenchement du Project Nightfall, un programme sous forme de compétition destiné à développer le plus rapidement possible des missiles balistiques à longue portée pour l’Ukraine. Une nouvelle arme puissante qui devra "renforcer la puissance de feu de Kyiv face à la machine de guerre de Vladimir Poutine", selon un communiqué du ministère britannique de la Défense.

Selon le cahier des charges britannique, les missiles de pointe développés pourront atteindre des cibles situées à plus de 500 kilomètres. Ils seront dotés d’une ogive conventionnelle de 200 kilos et conçus pour "fonctionner sur des champs de bataille à haut risque présentant de fortes interférences électromagnétiques". Leur coût maximal est fixé à 800 000 livres sterling par unité, soit environ 920 000 euros, un montant relativement limité pour ce type d’armement.

Combler le manque de missiles longue portée

Propulsés par fusée et lancés sur une trajectoire haute avant de retomber sur leur cible, les missiles balistiques atteignent des vitesses très élevées et sont difficiles à intercepter. La Russie y recourt largement contre l’Ukraine. Côté ukrainien, les seuls missiles balistiques utilisés jusqu’à présent sont les ATACMS fournis par les Etats-Unis, d’une portée maximale de 300 kilomètres, mais dont les stocks sont désormais très limités.

Le projet Nightfall vise précisément à combler ce déficit. L’objectif est d’aider Kyiv à frapper des cibles militaires et énergétiques russes en profondeur, tout en réduisant la dépendance aux armements américains, devenus à la fois rares et politiquement incertains selon plusieurs analystes occidentaux.

Une réponse à l’escalade russe

L’annonce britannique intervient quelques jours après l’utilisation par la Russie de son nouveau missile hypersonique Oreshnik contre l’Ukraine. Le 10 janvier, ce missile a touché une ville située à une centaine de kilomètres de la frontière polonaise, pays membre de l’Otan. Les dirigeants européens ont dénoncé une "escalade manifeste" et une tentative "d’instiller la peur".

"Une Europe sûre a besoin d’une Ukraine forte", a déclaré Luke Pollard, ministre britannique de la défense. Selon lui, ces nouveaux missiles à longue portée "maintiendront l’Ukraine dans la lutte" et offriront à Moscou "un nouveau sujet d’inquiétude".

Pas déployés en 2026

Trois équipes industrielles doivent être sélectionnées d’ici mars 2026 pour produire des prototypes. Un budget de développement de 12 millions de dollars est prévu afin de livrer les trois premiers missiles, avec des tirs d’essai annoncés dans un délai de douze mois.

En parallèle, l’Ukraine poursuit le développement de son propre missile balistique, le Sapsan, d’une portée d’environ 300 kilomètres et doté d’une charge militaire importante. Selon plusieurs experts, ce missile pourrait arriver plus rapidement sur le champ de bataille que Nightfall, lequel ne devrait pas être produit en volumes suffisants pour peser significativement sur le conflit dès 2026.

© Jonathan Brady/PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

Le Premier ministre Keir Starmer accueille le président ukrainien Volodymyr Zelensky au 10 Downing Street, à Londres, le 8 décembre 2025.
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Donald Trump veut acheter le Groenland, mais à quel prix ?

Dans le jeu Risk, le Groenland fait figure de territoire clé, point d’accès au continent de l’Amérique du Nord auquel il appartient. Dessinée en jaune sur le plateau du jeu de société, l’île gelée contemple l’Islande, en couleur bleue, et rattachée, elle, à l’Europe. Enfant, Donald Trump était-il un expert du jeu baptisé "Conquête du monde" à sa création en 1957 ? Il dit ne pas exclure la voie militaire pour s’emparer de ce territoire grand comme 4 fois la France mais peuplé de seulement 57 000 habitants, même si, admet la Maison-Blanche, toutes les options sont sur la table, à commencer par celle du rachat. Dans l’esprit du magnat immobilier de New York, rien de plus normal que ce type de "deal" : Ne projetait-il pas, il y a quelques mois, de transformer la bande de Gaza en "Riviera du Moyen Orient" ?

Surtout, Donald Trump a de la suite dans les idées : en 2019, lors de son premier mandat présidentiel en 2019, il songeait déjà à s’emparer du Groenland. Il n’était d’ailleurs pas le premier à convoiter la plus grande île non continentale du monde : en 1868, un secrétaire d’Etat américain en avait proposé 5,5 millions de dollars, avant qu’en 1946, Harry S. Truman, président des Etats-Unis revoit l’offre à la hausse (100 millions de dollars). Elle fut refusée, et encore aujourd’hui, le Danemark, qui contrôle le Groenland, répète que l’étendue arctique n’est pas à vendre.

Qu’importe : dans le monde de Trump, tout s’achète et tout se vend. Mais à quel prix ? Faut-il calculer la valeur du Groenland en fonction de ses kilomètres carrés ? Ou de ses richesses (terres rares, gaz, pétrole, nickel …) ? Et comment valoriser son emplacement stratégique, à moins de 800 kilomètres du pôle Nord, et au croisement des routes maritimes de demain ? Jouant avec ces différents critères, les financiers ont abouti à un prix oscillant entre 12 et 77 milliards de dollars. Soit un chèque de 220 000 jusqu’à 1,36 million de dollars pour chaque habitant du Groenland… Une somme à comparer avec celle que toucheraient les Français si notre pays était vendu. Avec un patrimoine économique national estimé à près de 20 000 milliards d’euros, la vente du pays permettrait à chaque Français d’encaisser 292 000 euros... Bingo ? En réalité, le montant pourrait même être bien plus élevé, en y intégrant "la cote émotionnelle". Il faut lire à ce sujet la fable politique de Pascal Manoukian, "A la découpe" (éd. RioBravo) dans laquelle un candidat à la présidentielle envisage de brader le pays et redistribuer l’argent à tous les Français : il inclue dans son évaluation "un quotient d’irrationalité de 100, identique à celui de la Joconde", décrit l’auteur… Mais peut-on vraiment vendre un pays ? Sur les terres glacées du Groenland, les délires de Washington n’amusent guère les inuits. "Ne fatiguons pas la seule bouche que nous avons pour en parler", dit un proverbe local.

© REUTERS/Kevin Lamarque

Le président américain Donald Trump s'adresse aux républicains de la Chambre des représentants, le 6 janvier 2026.
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En Iran, la révolution en cours est un espoir pour l’Europe

L’Europe est dépourvue de stratégie face à la République islamique d’Iran. Après avoir misé pendant deux décennies sur un accord nucléaire qui s’est avéré une illusion, elle assiste impuissante à l’écrasement sanglant du soulèvement de la jeunesse. Ses principaux dirigeants, le français Macron, l’allemand Merz et le britannique Starmer, ont attendu le douzième jour des manifestations commencées le 28 décembre à Téhéran pour dénoncer la répression orchestrée par le tyran Khamenei. Et à ce jour, leur fermeté verbale ne s’est traduite par aucune action.

Pourtant, tout condamne le régime clérical, réactionnaire et illégitime des mollahs, qui dénie à sa population, depuis 47 ans, les libertés les plus élémentaires, et d’abord la liberté d’expression. Il gouverne par la force, la corruption et le népotisme. Il soumet les femmes, embastille et torture les opposants, quand il ne les exécute pas. Non content de piétiner les droits humains de son peuple et de quelques autres parmi ses voisins, il menace directement l’Europe, avec qui il dit être "en guerre totale" : l’expression a été employée par le président Massoud Pezeshkian, figure "pragmatique" de la caste régnante, dans une interview publiée à Téhéran au premier jour des manifestations.

Âme du radicalisme islamiste, la République islamique d’Iran exporte le terrorisme, via ses zélotes que sont le Hezbollah, le Hamas, le Djihad islamique ou les Houthis yéménites. Il poursuit un programme nucléaire militaire clandestin et développe des missiles balistiques capables de cibler Paris ou Berlin. Il met en danger dans le Golfe la liberté de circulation des pétroliers qui approvisionnent l’Europe. Et pour couronner le tout, il est devenu partie prenante d’un conflit qui met en péril la sécurité de tout le Vieux Continent, depuis qu’il fournit à la Russie en guerre contre l’Ukraine drones et missiles en abondance.

Une complaisance aux racines profondes

La complaisance des Européens vis-à-vis du régime théocratique de Téhéran a des racines profondes. Tout commence à la prise du pouvoir par l’ayatollah Khomeyni, en 1979, à qui la France a donné asile avant de le convoyer obligeamment jusqu’à Téhéran dans un avion spécialement affrété. A l’époque, nombreux sont les intellectuels et politiques européens qui voient le vieil imam comme le chef de file d’un mouvement progressiste, au motif qu’il se dépeint comme anti-impérialiste et anti-américain. La confusion persiste aujourd’hui dans les esprits d’une bonne partie de la gauche européenne, qui préfère garder le silence plutôt qu’être taxée d’islamophobie en condamnant le régime oppresseur. Tout, plutôt que de s’afficher dans le même camp qu’Israël en prenant fait et cause pour les aspirations à la liberté des jeunes Iraniens !

Longtemps Paris, Bruxelles et Berlin ont considéré que l’Iran n’était guère plus qu’une menace régionale qu’il fallait contenir par le dialogue et encourager à la modération en comptant sur la frange prétendument pragmatique du régime. En 2015, la signature du traité sur le nucléaire militaire fut célébrée comme le triomphe de cette stratégie. Il a fallu le soutien actif de Téhéran à l’agression de Vladimir Poutine, à partir de 2022, pour que l’Europe prenne enfin la mesure du péril. L’an dernier, elle a restauré toutes les sanctions visant la République islamique, pour non-respect de l’accord nucléaire. Mais depuis cet aveu d’échec de la voie diplomatique, elle reste indécise. Même le corps des Gardiens de la révolution, le bras armé du régime, n’est toujours pas identifié par l’UE et ses Etats membres pour ce qu’il est : une organisation terroriste.

L’enjeu des événements en cours en Iran est pourtant primordial. De même que la révolution islamique de 1979 avait eu un impact qui avait largement débordé les frontières de la Perse, la fin du régime des mollahs serait un événement géopolitique d’une magnitude immense, en portant un coup sévère et peut-être décisif à l’islam politique. Ce n’est pas seulement le Proche-Orient qui en bénéficierait, mais aussi toute l’Europe.

© REUTERS

Un manifestant brandit le "V" de la victoire, lors d'une manifestation de soutien aux Iraniens, le 11 janvier 2026 à Berlin.
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Accord UE-Mercosur : pourquoi le dossier n'est pas encore clos

Est-ce réellement la fin de 25 ans de négociations ? Alors que le Comité des représentants permanents des États membres auprès de l’Union européenne (Coreper) a approuvé vendredi dernier la signature de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie), la Commission européenne doit officialiser la mise en œuvre de ce traité controversé ce samedi 17 janvier au Paraguay.

Le texte, qui contient plusieurs mesures visant à faciliter le commerce entre les deux zones, dont la suppression progressive de la quasi-totalité des droits de douane, la protection contre l’imitation de produits européens (roquefort, comté, champagne, etc.), ou encore l’ouverture de nouveaux quotas d’importation en Europe, notamment pour la viande bovine sud-américaine, suscite l’opposition de l’ensemble des forces politiques françaises, de la gauche radicale à l’extrême droite, et le rejet des principaux syndicats agricoles. Depuis plusieurs jours, ces derniers manifestent sur tout le territoire, craignant une arrivée massive de denrées sud-américaines, en particulier de viande bovine, perçue comme une concurrence déloyale pour les filières agricoles nationales du fait de coûts de production plus bas. L'exécutif français, également opposé à cette ouverture du marché, n'est pas parvenu à faire entendre sa voix face à ses partenaires européens, malgré le soutien de la Hongrie, la Pologne, l'Irlande et l'Autriche.

Une bataille qui se poursuit

Au niveau de l'UE, la bataille n'est néanmoins pas achevée. Car le Parlement européen devra lui aussi ratifier l'accord, à une date encore indéterminée. Or son soutien au traité n'est pas garanti, et l'issue du scrutin, bien qu'à la majorité simple, pourrait être serrée, compte tenu des divisions internes à chaque grand groupe. Sur un sujet aussi sensible, les positions dépendent en effet plus de l’origine nationale des eurodéputés que de leur étiquette politique, certains Etats comme l'Allemagne voyant un intérêt économique dans l'accord avec le Mercosur.

"Ça pourrait se jouer à 15 à 20 voix près", sur les 720 que compte le Parlement européen, pronostique ainsi la professeure honoraire en droit européen à l’ULB, Marianne Dony, auprès de la RTBF. Et de souligner : "Avant le traité de Lisbonne, les accords de commerce étaient conclus par le Conseil mais le Parlement n’avait pas son mot à dire au sens formel du terme. Si le Parlement disait non, le Conseil pouvait aller de l’avant. Tandis que maintenant, il faut une approbation parlementaire et pas simplement un avis du Parlement. C’est une grande avancée démocratique du traité de Lisbonne en 2009".

Le Parlement européen pourrait de plus voter une résolution de saisine réclamant l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sur la compatibilité du Mercosur avec les traités européens. 145 eurodéputés de 21 nationalités et cinq groupes différents avaient déjà déposé cette résolution pour une session plénière fin novembre, mais la présidente du Parlement, Roberta Metsola (PPE), ne l’avait pas jugée recevable, car la demande d’approbation du Conseil européen n’avait pas encore été formulée.

Une entrée en vigueur immédiate

Dans tous les cas, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur pourra entrer en vigueur dès sa signature samedi, de manière "immédiate" et "provisoire", avant même la ratification du Parlement européen, a fait savoir la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, sur RMC/BFMTV lundi 12 janvier. Si Paris réclamait un vote des 27 pour garantir que ce traité ne soit pas appliqué provisoirement avant son approbation au Parlement, une déclaration sur le sujet a été retirée de l'ordre du jour par la présidence chypriote du Conseil de l'UE, notamment à la demande de l'Allemagne, selon la France.

Cet échec supplémentaire pourrait peser lourd dans la vie politique française, le Rassemblement national et La France insoumise ayant tous deux annoncé leur intention de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, pour manifester leur opposition à ce traité.

© REUTERS

Des agriculteurs protestent contre l'accord avec le Mercosur, à Athlone en Irlande, le 10 janvier 2026.
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Manifestations en Iran : Donald Trump s'en prend aux partenaires commerciaux de Téhéran

Donald Trump a ressorti son arme favorite, les surtaxes. Le président américain a prévenu lundi 12 janvier que les pays faisant affaire avec l'Iran s'exposeront à des droits de douane de 25 % dans leurs échanges commerciaux avec les Etats-Unis, une annonce effectuée alors que Washington étudie de potentielles mesures à prendre dans le contexte de manifestations sans précédent depuis des années en Iran.

Via son réseau social Truth, le locataire de la Maison-Blanche a déclaré que la mesure prenait effet "immédiatement" et que ces surtaxes douanières s'appliqueraient sur "tous les échanges commerciaux" effectués par les pays visés avec les Etats-Unis. Cette directive est "définitive et sans appel", a-t-il ajouté, sans autres précisions.

Donald Trump a effectué cette annonce alors même que la Cour suprême américaine devrait se prononcer sous peu sur la légalité d'un éventail de droits de douane décidés par le président américain depuis son retour au pouvoir en janvier dernier.

Aucun document officiel n'a été publié par la Maison-Blanche sur son site officiel à propos de la mesure, dont on ne connaît pas le fondement juridique. La présidence américaine n'a pas répondu à une demande de commentaire.

Critiques chinoises

D'après les données les plus récentes de la Banque mondiale, l'Iran a exporté des produits vers 147 partenaires commerciaux en 2022. La Chine, les Emirats arabes unis et l'Inde figurent parmi les principaux importateurs de produits iraniens. L'ambassade de Chine à Washington a critiqué la démarche de Donald Trump, déclarant que Pékin prendrait "toutes les mesures nécessaires" pour protéger ses intérêts et s'opposait à "toutes sanctions unilatérales illicites". "La position de la Chine contre l'imposition indiscriminée de droits de douane est cohérente et claire", a ajouté un porte-parole de l'ambassade sur le réseau social X.

Donald Trump a ordonné en juin dernier de puissants bombardements contre les principaux sites nucléaires iraniens en appui d'une campagne militaire menée par Israël, dont l'Iran est l'ennemi juré dans la région, lors de leur guerre de 12 jours. Il a dit lundi examiner des "options très fortes", y compris militaires, face à la répression violente menée par Téhéran à l'encontre des manifestants.

En dépit des menaces du président américain, Téhéran, qui accuse Etats-Unis et Israël de fomenter la révolte en Iran, a exprimé sa volonté de maintenir ouverts des canaux de communication avec Washington, tout en se disant "préparé à la guerre".

Le mouvement de contestation actuel en Iran représente l'un des principaux défis pour le clergé au pouvoir depuis la Révolution islamique de 1979.

© REUTERS

Donald Trump s'exprime depuis la Maison-Blanche, le 19 décembre 2025.
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David Baverez : "L'Europe a commis l'erreur majeure de négliger la géoéconomie"

"L'année 2026 sera rock-and-roll, mais ce sera celle des démocraties occidentales", s’exclame, enthousiaste, David Baverez en découvrant la dernière Une de l’Express. Style coiffé-décoiffé, lunettes rondes, cet investisseur basé à Hongkong a profité de son escale parisienne pour livrer son analyse sur la place de l'Europe dans un monde qui vit au rythme du duel sino-américain. L'occasion de replonger dans son livre, Bienvenue en économie de guerre, tout juste sorti en format poche chez Perrin.

Sa thèse ? Un basculement mondial de l'économie de paix, tirée par la demande, vers une économie de guerre, qui repose sur le contrôle de l'approvisionnement. Surtout, il constate que les titans chinois et américains ne font pas que s'affronter. Ensemble, ils écrasent l'Europe. Dos au mur, les Vingt-Sept ont encore une chance de sortir de leur inertie s'ils consentent à fournir un effort collectif et à transformer leur pacte social, plaide l'essayiste.

L'Express : Combien de temps cette phase d'économie de guerre, définie par l’offre, pourrait-elle durer ?

David Baverez : L’économie mondiale évolue traditionnellement par cycles d’environ trente ans, structurés en trois décennies - l’émergence d’une révolution technologique, sa diffusion mondiale avec des gains de productivité, puis le recours à l’endettement pour masquer son épuisement. Le cycle 1990-2020 correspond à la dernière période d’économie de paix. Depuis 2022, un nouveau cycle d'économie de guerre s’est ouvert. Nous sommes dans sa première décennie, celle du redémarrage technologique.

Mais l’Europe aborde ce cycle en position de faiblesse par rapport à l'Amérique et la Chine. Elle a commis une erreur majeure d’allocation des ressources en négligeant la géoéconomie – le retour de la géopolitique dans le business – pour privilégier la transition environnementale, et dans une moindre mesure, l’intelligence artificielle (IA). Résultat : elle est dépendante de la Chine sur les technologies vertes, et largement tributaire des États-Unis pour le numérique. L’exemple d’ASML, notre unique joyau technologique européen, offre un exemple frappant : le jour où Donald Trump a tenté d’interdire ses exportations vers la Chine – soit près de 50 % de son chiffre d’affaires - personne au sein de son comité de direction ou de son conseil d’administration ne disposait d’une réelle expertise en géopolitique.

Vous préconisez de troquer le terme de "souveraineté" par celui d’"interdépendance". Quels seraient les atouts que l’Union européenne pourrait faire valoir dans ce paradigme, notamment dans le domaine de l'IA ?

Sur le plan des "pelles et pioches", l’Europe ne sera pas compétitive car elle a un désavantage capitalistique. En revanche, sur les applications concrètes de l’intelligence artificielle, rien ne justifie que les Européens soient moins bien placés. Nous disposons de 450 millions de consommateurs, avec des besoins spécifiques, des services à inventer et des gains de productivité à capter grâce à l’IA.

Mais pour cela, il faut se mettre à travailler : d’abord en développant notre marché intérieur entravé par les barrières intra-européennes. Malheureusement, et cela me fait du mal de l’admettre, J.D. Vance avait raison sur le fond dans son discours de Munich : le problème est d’abord chez nous. Le rapport Draghi n’a été implémenté qu’autour de 15 %. Si on continue à ce rythme, on en a pour sept ans. Pendant ce temps, Donald Trump se débarrasse d'un dictateur en deux heures.

Un manque d'efficacité lié à notre lourdeur bureaucratique ?

Plutôt à l’absence de narratif commun. Soyons réalistes, on ne pourra pas réformer la bureaucratie européenne. Il faut donc la contourner. L’exemple de la Chine lors de son entrée dans l’OMC en 2001 est intéressant : le Premier ministre de l'époque, Zhou Rongji, s’était attaqué à l'inertie des entreprises étatiques du pays, non pas frontalement mais en introduisant de la concurrence privée. Résultat : entre 1998 et 2001, ces "mammouths" étatiques avaient licencié près de 40 millions de personnes.

L’Europe devrait suivre une logique similaire, en imposant une concurrence digitale à Bruxelles. Un 28e Etat digital permettrait la signature des contrats dans le cloud, se référant à la législation de l’État membre la plus favorable. A l’image de ce qui est fait aujourd’hui dans le Delaware, où nombre de sociétés américaines établissent leur siège.

Dans ses communications officielles, la Commission européenne qualifie Pékin à la fois de concurrent et de partenaire. Comment réagit la Chine face à cette ambiguïté ?

Elle répond sous forme de mépris. En juillet dernier, Ursula von der Leyen avait été publiquement insultée à Pékin : la réunion du 50e anniversaire des relations diplomatiques, prévue sur deux jours, avait été écourtée à une seule journée, pour ignorer les différends économiques. En décembre, le président de la République Emmanuel Macron a, lui aussi, subi une humiliation diplomatique, lorsque le président chinois lui a intimé de "choisir le bon côté de l’Histoire".

Le nouvel ambassadeur de Chine en France a résumé l’ambiguïté de la position européenne de "coopération, compétition, confrontation" par une métaphore éloquente : à Paris, dit-il, lorsqu’il arrive à un carrefour, le feu est pour lui à la fois vert, orange et rouge. Il lui est donc difficile de franchir le carrefour.

Est-il toujours pertinent de parler de Piège de Thucydide (NDLR : lorsqu'une puissance dominante veut empêcher une puissance émergente de prendre sa place) à l'heure où la Chine semble prendre l'ascendant grâce à son chantage sur les terres rares et à sa progression technologique ?

Il est urgent de déconstruire le narratif chinois. Les terres rares en provenance de Chine ne représentent annuellement que 200 millions de dollars dans les importations américaines. Certes, la Chine contrôle l’essentiel de leur raffinage, mais il n’implique pas de technologie disruptive. Notre dépendance vient de notre choix de la sous-traitance à la Chine, pour ne pas en supporter le coût écologique. Ce n’est donc pas une fatalité : Solvay a récemment décidé de réactiver à La Rochelle sa ligne de production d’aimants permanents en terres rares. En deux à trois ans, cette dépendance peut être significativement réduite. Mais les terres rares sont "le canari dans la mine" : le véritable risque est que la Chine décide de nous couper les approvisionnements, comme dans la chimie spéciale pharmaceutique ou alimentaire.

Devrions-nous effectuer des transferts technologiques avec la Chine, comme l'a suggéré Emmanuel Macron ?

La principale "technologie" chinoise relève de ses procédés manufacturiers et R&D, difficilement transférables. C'est une manière de travailler très différente de la nôtre, qui rappelle la méthode japonaise Kaizen, consistant à faire des améliorations continues au quotidien.

Le véritable enjeu porte sur la formation : Kissinger, déjà, disait que le plus gros cadeau des Etats-Unis à la Chine était de former ses élites. Avec l'idée qu’elles adopteraient le raisonnement américain. Or cette stratégie n’a pas fonctionné : des milliers d'ingénieurs sont revenus en Chine au service de l'industrie locale. La vraie question est de savoir si la Chine va développer son éducation, sa recherche disruptive, pour réellement se passer des Etats-Unis.

L’énergie est un point central de votre nouvelle doctrine "ESG" - énergie, sécurité, guerre. Vous prédisiez dans votre livre que le projet de gazoduc Power of Siberia 2 avait peu de chances de voir le jour, or il a fait l’objet d’un accord entre la Chine et la Russie en septembre dernier. Qu'est ce qui a changé ?

D’une part, la Chine a attendu que la Russie soit aux abois pour imposer ses conditions. D’autre part, Pékin a procédé à un grand découplage des Etats-Unis : les volumes de GNL sont tombés à zéro, tout comme ceux de soja. Et même s’ils se sont engagés à reprendre ces importations dans le dernier accord, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

© William Furniss

Pour David Baverez, l'erreur majeure de l'Europe a été de négliger la géoéconomie.
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En Iran, le fils du chah Reza Pahlavi de retour ? Pourquoi Benyamin Netanyahou en rêve

On aurait été étonné du contraire : Benyamin Netanyahou suit de "très près" les événements en Iran. Ce dimanche, le Premier ministre israélien a même consacré au soulèvement populaire sa traditionnelle allocation en préambule du conseil des ministres hebdomadaire. "Israël et le monde en entier sont en admiration devant le courage des citoyens iraniens. Israël soutient leur lutte pour la liberté et condamne avec force les massacres de citoyens innocents", a-t-il déclaré. Son ministre des Affaires étrangères et l’ensemble de la classe politique ont réagi à l’unisson. En Israël le régime des mollahs, qui a menacé à maintes reprises d’anéantir l’Etat juif, suscite un rejet unanime.

Du côté des autorités iraniennes, ce soutien explicite aux manifestants ravive les soupçons - plus ou moins sincères - de manipulation de la contestation par les services secrets israéliens, notamment pas le biais de faux comptes sur les réseaux sociaux. "Ils essaient de faire basculer dans la violence ces protestations pacifiques", a accusé le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi. "Israël souhaite que la pression intérieure sur le régime de Téhéran s’intensifie, mais ne peut pas apparaître comme celui qui la mène. Dès qu’Israël "embrasse" publiquement les manifestants, elle offre à Khamenei le prétexte idéal pour transformer des combattants de la liberté en 'agents sionistes'", décrypte Liraz Margalit dans le journal Maariv.

Même sans lui attribuer des manœuvres occultes, Israël a d’évidence joué un rôle primordial dans la déstabilisation du régime iranien. Depuis les massacres du 7 octobre – commis par des terroristes islamistes largement financés et formés par l’Iran -, l’armée israélienne a frappé durement les bras armés de Téhéran : Hamas à Gaza, Hezbollah au sud-Liban, Houtis au Yémen, milices pro-iraniennes en Syrie.

Netanyahou rêve de renouer une alliance ancienne

En juin dernier, Tsahal a franchi un cap en visant directement le territoire iranien. "Lors de la guerre des douze jours, Israël a humilié le régime iranien en contrôlant son espace aérien et en frappant ses infrastructures nucléaires. Ces attaques ont fragilisé le régime et donné de l’espoir aux contestataires. Cela ne veut pas dire pour autant qu’Israël orchestre la révolte", précise Emmanuel Navon, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv.

La chute de la République islamique ferait les affaires d'Israël. En premier lieu, elle soustrairait des mains des mollahs un programme nucléaire très avancé, malgré les sanctions internationales et les frappes israélo-américaines. A Gaza, la fin du régime affaiblirait considérablement le Hamas, dont l’Iran reste le principal financier aux côtés du Qatar. Mais Netanyahou voit plus loin et rêve tout haut de renouer l’alliance qui prévalait avant l’arrivée de l'ayatollah Khomeini au pouvoir, en 1979. A l’époque, les entreprises israéliennes décrochaient des gros marchés publics à Téhéran et les deux pays développaient un programme balistique commun : le projet "Fleur".

Pour rétablir de telles relations avec l’Iran, l’Etat hébreu mise sur un homme : Reza Palhavi. Omniprésent dans les médias depuis le début de la crise, le fils du Shah déchu ambitionne de revenir à Téhéran pour diriger la transition vers un régime démocratique. Très proche de l’influente communauté juive américaine – il vit à Los Angeles -, il entretient de longue date des relations avec les dirigeants israéliens. En avril 2023, Benyamin Netanyahou lui a réservé un accueil quasi-officiel à Jérusalem. A l’issue de l’incontournable visite du mémorial de la Shoah, Yad Vashem, Palhavi avait estimé, face à un régime iranien qui nie l'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, qu'il était de son "devoir d’être ici pour représenter [ses] compatriotes, honorer les victimes de la Shoah et rendre hommage à cette nation et à son peuple".

Durant la guerre des douze jours, l’épouse de Reza Palhavi, Yasmine, a multiplié les marques de soutien à l’Etat hébreu, pourtant à l’initiative de bombardements intensifs sur l’Iran. Elle a notamment relayé sur les réseaux sociaux un graffiti en anglais tagué sur un mur de Téhéran "frappe-les, Israël, les Iraniens sont avec toi". En décembre dernier, Reza Palhavi a même rencontré Yossi Dagan, le représentant des colons de Cisjordanie.

Cette rencontre révèle sa proximité idéologique avec le nationalisme israélien le plus décomplexé. Un positionnement qu’il lui faudrait assumer le moment venu face au peuple iranien. "Il faudra vérifier si Pahlavi jouit d’une réelle légitimité dans l’opinion publique iranienne, prévient Emmanuel Navon. C’est une condition indispensable. A l’époque, c’est la popularité de Khomeini qui lui avait permis de prendre le pouvoir dès son retour d’exil".

© via REUTERS

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Jérusalem, le 22 décembre 2025.
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Au Monopoly de Donald Trump, le Groenland vaut plus cher que le Venezuela

Avec ses sweatshirts à capuche et sa bouille d’étudiant en sciences sociales qu’il était encore il n’y a pas si longtemps, le Premier ministre du Groenland n’a vraiment aucun point commun, à première vue, avec l’ex-dictateur du Venezuela. Âgé de trente-quatre ans, il est pourtant aux commandes du territoire dont Donald Trump a fait sa deuxième cible, après avoir fait enlever Nicolas Maduro et nommé à sa place son ex vice-présidente Delcy Rodriguez, pas plus démocrate que ce dernier, mais programmée pour obéir aux ordres du président américain.

Avant de devenir en mars 2025 le dirigeant de la plus grande île englacée du monde, vaste comme quatre fois la France et peuplée de 57 000 habitants, Jens-Frederik Nielsen a été champion de badminton à 19 reprises, en simple et en double. "Au final, ce qui compte, c’est la victoire", a-t-il déclaré au journal danois Weekendavisen au moment de son élection, comparant son goût du défi et de l’entraînement dans le sport et la politique. Président des Démocrates depuis 2020, un parti pro entreprises et centre droit, il dirige un gouvernement quadripartite sur la base d’un accord de coalition insistant sur la préparation de l’économie à une future indépendance du Groenland, déjà autonome mais toujours sous souveraineté danoise pour les compétences régaliennes.

Bien malgré lui, le jeune Nielsen est devenu le symptôme d’un moment de vérité sur la stratégie trumpienne. En mettant la main sur le Venezuela de Maduro, un tyran qui avait volé l’élection et gouvernait par la terreur, les Etats-Unis pouvaient donner un semblant de légitimité à leur violation colonialiste du droit international. En désignant le Groenland comme sa prochaine cible imminente, Trump ne cherche même plus de faux prétextes : le dirigeant de sa cible n’a rien d’un dictateur, ni d’un criminel narcotrafiquant corrompu, ni même d’un gauchiste anti-américain.

Si des Groenlandais gardent une rancœur contre le Danemark, qui avait imposé une stérilisation aux Inuits dans les années 1960 et 1970, les fantasmes de Trump ont pour effet de les rapprocher de leur ancien colonisateur. Au moment de l’investiture de Trump en janvier 2025, 85 % des Groenlandais se disaient opposés à quitter le Danemark et à rejoindre les Etats-Unis. "Ça suffit maintenant. […] Les propos de Trump sont absolument inacceptables", a déclaré le très populaire Premier ministre Nielsen, d’origine groenlandaise par sa mère et danoise par son père.

Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, lors d'une conférence de presse à Nuuk, le 5 janvier 2026.
Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, lors d'une conférence de presse à Nuuk, le 5 janvier 2026.

Trump doit avancer cette fois un autre argument, et il est direct : le Groenland doit devenir la "propriété" des Etats-Unis, puisqu’il est "nécessaire à leur sécurité" face à la Russie dans l’Arctique. L’argument ne tient pas la route. Si la Russie était une menace, le président l’aurait désignée comme telle dans sa Stratégie de sécurité nationale et ne serait pas si complice avec Vladimir Poutine sur l’Ukraine. Si la sécurité des Etats-Unis était en jeu, il leur suffirait d’augmenter leur présence militaire sur la base dont ils disposent déjà sur l’île - et le Danemark comme le Groenland les y invitent - sans avoir besoin d’un titre de propriété sur le pays. Or ils ont réduit le nombre de soldats.

Nul besoin de se tortiller avec des arguments légaux. La volonté de Trump, comme celle de Poutine, est simplement de poser son drapeau sur un pays voisin qui ne lui appartient pas. Le Groenland est ainsi le premier révélateur concret des objectifs théoriques de Donald Trump, tels qu’il les a exposés dans sa Stratégie de sécurité nationale. Non pas exporter la démocratie dans le monde, comme l’avaient conceptualisé jusqu’en Irak les néoconservateurs de l’administration George Bush junior, mais prendre sa part dans le partage de la planète entre grandes puissances. S’approprier, coloniser et vassaliser les petits et moyens pays destinés à entrer dans sa zone d’influence. Augmenter, littéralement, le territoire des Etats-Unis d’Amérique. "We will expand our territory", a-t-il déclaré.

Une ambition explicite et impérialiste

Cette phrase était passée quasiment inaperçue lors de son discours d’investiture, le 20 janvier 2025. Le président élu avait pourtant été explicite : "Les Etats-Unis se considéreront à nouveau comme une nation en pleine croissance, une nation qui accroît sa richesse, étend son territoire, construit ses villes, élève ses attentes et porte son drapeau vers de nouveaux et magnifiques horizons." Avant même la fameuse Stratégie de sécurité nationale du 5 décembre qui affichait son ambition impérialiste sur la zone américaine et la "donaldisation" de la doctrine Monroe du XIXe siècle, condamnant toute intervention européenne sur "les Amériques", le Groenland était déjà repéré comme l'un des pions à avaler.

La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.
La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.

Cette "doctrine Donroe", rebaptisée à son effigie par Donald lui-même, est moins une vision stratégique qu’une partie de Monopoly. Pour le promoteur immobilier que le président n’a jamais cessé d’être, le monde est un cadastre notarial qui se conquiert de case en case, avec promesses d’immeubles où brillera son nom en lettres d’or comme sur la Trump Tower de la Cinquième avenue. Les achats ne se négocient pas avec des diplomates mais avec des affairistes. Trump l’avait avoué à la journaliste Susan B. Glasser, qui l’avait interrogé en 2021 sur son projet d’acquisition du Groenland et qui rapporte ses propos d’alors dans The New Yorker : "J’ai dit : 'Pourquoi on n’a pas ça ?' Moi, je suis dans l’immobilier. Je mate un coin de rue et je me dis : 'Il faut que je chope ce local, etc.' J’adore les cartes. Je me suis toujours dit : 'Regarde la taille de ce truc, c’est énorme, ça devrait appartenir aux Etats-Unis.' Ce n’est pas très différent d’un deal immobilier."

Au Monopoly trumpien, le Groenland est une case qui vaut cher, plus encore que le Venezuela. Géographiquement, il fait partie de la grande Amérique fantasmée. Géologiquement, son sous-sol est un trésor de terres rares et autres minerais critiques, dont l’appropriation est pour Trump une obsession. Géopolitiquement, il occupe une position stratégique dans l’Arctique, le réchauffement climatique facilitant l’accès aux gisements et ouvrant des routes maritimes au cœur de la compétition avec la Chine.

L’Europe et l’Otan se trouvent confrontés à une agression absolument inédite : les Etats-Unis, pilier dominant et leader stratégique de l’Otan, menacent de s’emparer d’un territoire sous souveraineté du Danemark, pays européen de l’Otan placé sous la protection collective de l’article 5 de l’Alliance atlantique.

Le scénario d’une invasion militaire apparaît le moins probable. Ne serait-ce parce que, comme l’a résumé nettement la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, "alors [l’Otan] s’arrête", et Donald Trump, quoiqu’il fanfaronne, n’y a pas intérêt. Restent ceux de la coercition économique, la libre association ou une double gouvernance américano-danoise. Mais les Européens doivent en tirer les conséquences. À quoi sert un allié puissant s’il n’est plus un allié ? L’Otan doit se réorganiser sans l’Amérique.

© REUTERS

Donald Trump à bord d'Air Force One, le 11 janvier 2026, dans le Maryland.
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Donald Trump et le Groenland : quand la France préservait Saint-Pierre-et-Miquelon du giron des Etats-Unis

Au moment où le président américain Donald Trump promet de s'emparer du Groenland "d'une manière ou d'une autre" (y compris par la voie militaire) et que l'Union européenne et l'Otan, désarçonnées, peinent à accorder leurs violons, un rappel historique attire l'attention en France. Il s'agit de la reprise, en 1941, par les Forces Françaises Libres, de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon (situé en Amérique du Nord), au régime de Vichy, et ce en dépit de la volonté du gouvernement étasunien.

A l'aube du 24 décembre 1941, sous la direction de l'amiral Emile Muselier, les forces gaullistes opèrent, en effet, ce que l'historien Robert Aron appela le "putsch de Saint-Pierre-et-Miquelon". Trois bâtiments des forces navales de la France Libre - l'Aconit, l'Alysse et le Mimosa - débarquent sur l'archipel alors administré par le régime de Vichy, et en prennent le contrôle. Saint-Pierre-et-Miquelon devient le premier territoire repris par la France Libre.

Une initiative assez audacieuse, à en juger par les coordonnées militaires et diplomatiques de l'époque, défavorables au général De Gaulle. "Si près du continent américain, l'archipel était demeuré sous la souveraineté de Vichy, qui entretenait d'ailleurs de bonnes relations diplomatiques avec Washington où, en revanche, on se méfiait fort du général de Gaulle et de sa France libre", analyse Le Monde dans un article paru une quinzaine d'années plus tard.

Rapidement, le camp des Forces Françaises Libres va chercher à déplacer l'affrontement militaire sur le terrain politique : l'amiral Muselier organise, en 24 heures, un plébiscite auprès de la population locale qui s'avère victorieux, asseyant de cette façon sa légitimité. A partir de ce rapport de force, il parvient à tenir tête aux Américains, qui menaçaient d'envahir l'île.

Le premier gouvernement de la France Libre

L'événement ne tient pas du hasard. Territoire français depuis plus ou moins le XVIIIe siècle, l'archipel situé dans l'Atlantique nord représente à la fois une porte d'entrée sur le continent américain et un enjeu de sécurité maritime, en raison du point de passage des câbles de communication transatlantiques.

Alors que le gouvernement de Vichy contrôle le territoire, les Alliés canadiens, britanniques et américains craignent que les forces de l'Axe ne s'en servent comme un point d'appui pour espionner leurs mouvements, et envisagent d'intervenir à Saint-Pierre. "Craignant d'abord que les îles soient neutralisées par le haut commissaire de Vichy, puis qu'elles ne soient tout simplement occupées par les alliés et échappent à la souveraineté française, le général de Gaulle a donné l'ordre à l'amiral Muselier de s'en saisir", poursuit Le Monde.

Une attitude immédiatement dénoncée par les Etats-Unis, qui viennent tout juste de rejoindre les alliés dans la séquence de l'attaque de Pearl Harbor, et ne supportent pas d'être contestés dans leur propre zone d'influence par des Européens - dans le prolongement de la doctrine Monroe, théorisée au début du XXe siècle. Washington condamne l’action des "so-called Free French ships" et menace de restaurer la souveraineté du régime de Vichy sur le territoire, avec l'aide militaire du Canada.

Bataille de l'opinion

"L’effet boomerang est immédiat : une partie de la presse américaine se retourne. Dans un éditorial publié dans The Nation, Freda Kirchwey accuse le secrétaire d’Etat de poursuivre avec un entêtement ridicule sa politique de complaisance vis-à-vis de Vichy, et voit dans la répudiation de la France libre à Saint-Pierre-et-Miquelon […] le symbole le plus effrayant de la déchéance morale des Etats-Unis", cite dans la revue Le Grand Continent l'essayiste Raphaël Llorca.

Charles de Gaulle vient de réussir à utiliser la légitimité démocratique comme arme diplomatique. Il prévient que si les navires américains pénètrent dans les eaux territoriales, la France Libre tirera. "De Gaulle fixe alors un principe : on peut être dépendant militairement sans être soluble diplomatiquement. Il ne "marchande" rien (...) : indépendamment du reste, il accepte l’idée d’une friction avec Washington, parce qu’il juge que céder ici, c’est préparer d’autres renoncements", poursuit l'expert associé à la fondation Jean Jaurès.

Le gaullisme (courant politique qui refusait historiquement la vassalisation de la France vis-à-vis des Etats-Unis, et défendait le développement d'une défense indépendante), était ainsi parvenu à l'époque à s'imposer, en déplaçant la bataille sur le terrain de l'opinion publique. En usant du même registre idéologique que les Etats-Unis, à savoir un discours en faveur de la défense de la démocratie et de la souveraineté des peuples, il se protégeait d'une intervention militaire impopulaire outre-Atlantique.

Aujourd'hui, certains estiment que mettre en échec les velléités impériales de Donald Trump envers le Groenland passerait par le pousser à mettre quasiment à exécution ses menaces, exposant ainsi l'hypocrisie de celui qui se rêve en "faiseur de paix" et lorgne sur le prix Nobel. Cela dit, si les Forces Françaises Libres étaient prêtes à jouer un coup de poker dans le contexte mondial de la guerre, il n'est pas dit que l'Union européenne soit prête à risquer une confrontation directe avec l'Oncle Sam.

© THIERRY SUZAN/MAXPPP

En 1941, la France Libre récupéra le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon au régime de Vichy, en dépit de la volonté du gouvernement américain.
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Négociations avec le Royaume-Uni : l’UE veut assurer ses arrières avec une "clause Farage"

Les relations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni pourraient-elles se refroidir ? Alors que le pays a entamé des démarches pour se rapprocher de Bruxelles depuis l'arrivée au pouvoir du travailliste Keir Starmer en 2024, le retour sur le devant de la scène du leader du parti d'extrême droite Reform UK, Nigel Farage, fait craindre un revirement. Au point que les 27 exigent que tout futur gouvernement britannique verse une importante compensation financière s'il devait se retirer de l'accord de "réinitialisation" post-Brexit, visant à alléger les contraintes administratives sur les échanges de produits alimentaires, dont le résultat pourrait être une augmentation des exportations agroalimentaires britanniques vers l'UE de 22 %, selon une étude des universités d'Aston et de Bristol de 2024.

Ce projet de texte, fortement voulu par les organisations professionnelles et industrielles, exige que le Royaume-Uni "s’aligne de manière dynamique et applique simultanément" toutes les législations européennes régissant les produits animaux et végétaux. Pour le sécuriser, la "clause Farage", qui interviendrait dans le cas où celui-ci devient Premier ministre, stipule que la partie qui se retire unilatéralement de l'accord devra verser une indemnisation couvrant les coûts de mise en place "des infrastructures et équipements, du recrutement et de la formation initiaux, nécessaires à l'établissement des contrôles frontaliers", rapporte le Financial Times.

Cette "mesure de sécurité [vise] à assurer la stabilité et à dissuader Farage et ses alliés", précise au journal anglais un diplomate, ajoutant que Bruxelles souhaite signer un accord qui perdurerait au-delà de la législature britannique actuelle, qui s'achève en 2029. "L'UE souhaite un accord à long terme et pas seulement jusqu'en 2029, en cas de changement de majorité lors des prochaines élections", a-t-il indiqué.

Une atteinte à la souveraineté

Du côté de Reform UK et des conservateurs, une telle clause représente au contraire une atteinte à la souveraineté juridique du Royaume-Uni, et ces derniers ont déjà promis de l'abroger. "Aucun parlement ne peut lier son successeur, nous n'honorerons aucune clause. Si Starmer signe cet accord, ce sera une atteinte à la démocratie", a déclaré Nigel Farage, accusant son rival de "brader [la] souveraineté parlementaire". La cheffe des conservateurs, Kemi Badenoch, rejette elle aussi tout accord "impliquant une influence de la Cour de justice de l’Union européenne". Selon eux, ce rapprochement avec l'UE est une trahison des résultats de 2016 en faveur de la sortie de l'organisation supranationale, bien que l’accord n’envisage nullement un retour du Royaume-Uni dans le marché unique.

"Les clauses de sortie sont un élément fondamental de tout accord commercial international. Prétendre que ces clauses juridiques de routine constituent une atteinte à la démocratie est franchement exaspérant", clarifie un responsable travailliste auprès du Financial Times, expliquant que dans tous les cas, "les négociations détaillées avec Bruxelles sur les modalités précises de l'accord n'avaient pas encore débuté".

Après avoir caracolé en tête des sondages l'année dernière, la dynamique de Nigel Farage semble toutefois s'essouffler. Fin décembre, Reform UK recueillait 25 % des intentions de vote, soit son niveau le plus faible depuis plus de six mois après avoir atteint un pic à 32 % en septembre, selon un sondage réalisé par YouGov, rapporté par The Independent. Les travaillistes et les conservateurs se redressent légèrement (20 % et 19 % des intentions de vote), mais restent en grande difficulté.

© REUTERS

Le chef du parti britannique Reform UK, Nigel Farage, s'exprime lors d'un rassemblement à Londres, le 9 janvier 2026
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Iran : ces options "très fortes" dont dispose Donald Trump pour une intervention

Il s'est dit "prêt à intervenir", et a affirmé que les États-Unis "ouvriraient le feu" si les autorités tiraient sur les manifestants. Alors que des mobilisations secouent l'Iran depuis deux semaines, le président américain Donald Trump envisage de faire pression sur le pays, et étudie plusieurs réponses militaires "très fortes" qui lui seront proposées ce mardi 13 janvier, lors d'une réunion avec de hauts responsables de l'administration.

Selon le Wall Street Journal, différents scénarios sont possibles : le déploiement d'armes cybernétiques secrètes contre des sites militaires et civils iraniens, l'imposition de nouvelles sanctions contre des personnalités du régime ou des secteurs de l'économie iranienne, ou encore des frappes militaires. Une autre option évoquée est la mise en place en Iran de terminaux Starlink, le service Internet par satellite d'Elon Musk, permettant aux manifestants de contourner la récente coupure d'internet dans le pays - Donald Trump devrait bientôt rencontrer Elon Musk pour en discuter, a-t-il fait savoir ce dimanche 11 janvier.

Les dangers d'une intervention

Si le secrétaire d'Etat Marco Rubio et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou se sont entretenus samedi des manifestations et d'autres sujets relatifs au Moyen-Orient, comme la guerre à Gaza, certains responsables de l'administration craignent toutefois qu'une riposte américaine n'exacerbe les tensions dans la région, risquant de provoquer une confrontation directe entre les États-Unis, l'Iran et, éventuellement, Israël. L'administration est également consciente qu'une action plus symbolique, nuisant au régime sans pour autant le dégrader, pourrait démoraliser les manifestants qui croient au soutien de Washington.

Dans le cas d'une frappe militaire contre l'Iran, le sénateur démocrate Mark Warner met en garde : "L'histoire a démontré les dangers d'une intervention américaine", a-t-il affirmé sur "Fox News Sunday", précisant que le renversement du gouvernement iranien en 1953, orchestré par les États-Unis, avait déclenché une série d'événements ayant progressivement conduit à l'avènement du régime islamique iranien à la fin des années 1970. Pour lui toujours, une attaque contre l'Iran risquerait d'unir les Iraniens contre les États-Unis "d'une manière que le régime n'a pas su faire jusqu'à présent". "Je ne suis pas certain que bombarder l'Iran produise l'effet escompté. Au lieu de déstabiliser le régime, une attaque militaire contre l'Iran pourrait galvaniser la population contre un ennemi extérieur", a appuyé le sénateur républicain Rand Paul, sur le plateau de "This Week" d'ABC News.

L'Iran "préparé pour la guerre"

D'après d'autres responsables américains cités par CNN, des frappes pourraient avoir pour conséquence d'inciter l'Iran à riposter par la force militaire. "Si les États-Unis entreprennent une action militaire contre l'Iran ou les territoires occupés, les bases militaires et navales américaines seront considérées comme des cibles légitimes", a d'ailleurs prévenu Mohammad Baqer Qalibaf, le président du Parlement iranien.

En réponse, Donald Trump s'est montré menaçant : "Si l'Iran riposte à une attaque américaine en ciblant les troupes américaines dans la région, nous les frapperons à un niveau jamais atteint auparavant", a-t-il notamment déclaré. Pour l'heure, le Pentagone n'a déployé aucune force en prévision d'éventuelles frappes militaires, mais dans le cas où elles auraient lieu, les États-Unis devront en plus songer à protéger leurs forces dans la région. Le pays a récemment transféré le porte-avions USS Gerald R. Ford et son groupe aéronaval de la Méditerranée vers l'Amérique latine, ne laissant aucun porte-avions au Moyen-Orient ni en Europe.

La semaine dernière, le vice-président J.D. Vance a déclaré que l'Iran pourrait encore se montrer disposé à négocier avec les États-Unis au sujet de son programme nucléaire, signe que Washington privilégie néanmoins une solution diplomatique à la crise actuelle plutôt qu'une solution militaire. "La chose la plus judicieuse qu'ils auraient dû faire, et c'était vrai il y a deux mois, c'est d'entamer de véritables négociations avec les États-Unis sur ce que nous attendons de leur programme nucléaire", a-t-il expliqué aux journalistes lors d'un point presse à la Maison-Blanche. L'Iran, justement, s'est dit "prêt à des négociations", à condition qu'elles soient "équitables, avec des droits égaux et fondées sur le respect mutuel", a précisé lundi le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Le pays "ne cherche pas la guerre, mais est tout à fait préparé pour", a-t-il ajouté.

© REUTERS

Donald Trump menace Téhéran de venir en aide aux protestataires en cas de répression trop brutale.
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