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Groenland : les menaces douanières de Donald Trump provoquent une crise transatlantique inédite

La menace est concrète désormais. Face au refus du Danemark de céder le Groenland, Donald Trump a annoncé une série de représailles commerciales contre plusieurs pays européens, ouvrant une crise sans précédent dans les relations transatlantiques.

Dans un message publié samedi 17 janvier sur son réseau Truth Social, Donald Trump a ciblé huit pays accusés de jouer "un jeu très dangereux" en affichant leur solidarité avec Copenhague. Ces Etats ont récemment procédé à des déploiements militaires symboliques au Groenland, dans le cadre d'exercices conjoints, afin d'affirmer leur soutien à la souveraineté danoise sur le territoire. "Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. Il s’agit d’une situation très dangereuse pour la sécurité et la survie de notre planète. (...) Il est donc impératif, afin de protéger la paix et la sécurité mondiales, de prendre des mesures énergiques pour que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin rapidement et sans équivoque", écrit Donald Trump.

Affaiblissement durable de l'Otan

Face à cette situation "potentiellement périlleuse" - des Européens qui affirment leur souveraineté - Donald Trump brandit l’arme qu’il privilégie depuis le début de son second mandat : les droits de douane, invoqués jusqu'à présent au nom de la protection de l'industrie américaine, et cette fois assumés comme un levier de pure pression politique. Des droits de douane supplémentaires de 10 % doivent ainsi entrer en vigueur le 1er février prochain, avant d'être portés à 25 % au 1er juin, et maintenus jusqu'à la conclusion d'un accord pour un "achat total et complet" du Groenland par la partie américaine. Ces nouveaux tarifs viendraient s'ajouter aux droits de douane déjà appliqués par les Etats-Unis aux importations européennes et britanniques, accentuant encore la pression économique exercée par Washington.

Donald Trump justifie son initiative par des impératifs douteux de sécurité nationale et mondiale, affirmant que la Chine et la Russie convoitent le Groenland et que seul un contrôle américain permettrait de garantir la stabilité stratégique de la région. Il invoque également le projet de "Dôme d'or", un système de défense antimissiles encore flou, dont l'efficacité maximale nécessiterait, selon lui, l'intégration du territoire groenlandais. Une argumentation largement contestée par les Européens.

La rhétorique de la Maison-Blanche s'est durcie ces dernières semaines et alimente, côté européen, la crainte d'un affaiblissement durable de l'Otan. Qu'on y pense : tout ceci fait suite à un exercice militaire déployé au titre de la solidarité de pays de l'Otan envers un pays de l'Otan menacé par un autre pays de l'Otan... C'est inédit depuis sa création en 1949. Mais pour Donald Trump, la question de l'Alliance se traite de façon plus pragmatique. "Nous avons subventionné le Danemark, tous les pays de l’Union européenne et d’autres pays pendant de nombreuses années en ne leur imposant aucun droit de douane ni aucune autre forme de rémunération", écrit également Donald Trump, estimant que ces pays font preuve d'ingratitude. "Aujourd’hui, après des siècles, il est temps que le Danemark rende la pareille." Qu'il mette en œuvre ses menaces douanières ou non, le "lien transatlantique", fondement de l’Alliance, est brisé.

Répondre ou temporiser ?

Pour les Européens, toute cette affaire du Groenland est le réveil brutal face à une dépendance totale vis-à-vis des Américains, et la prise de conscience de la divergence des intérêts. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui avait jusqu'à présent refusé de se lancer dans une guerre commerciale face aux Etats-Unis, a averti que les droits de douane "mineraient les relations transatlantiques" et risqueraient de déclencher "une dangereuse spirale descendante". "L'exercice militaire danois, pré-coordonné, mené avec des alliés, répond à la nécessité de renforcer la sécurité dans l'Arctique et ne constitue une menace pour personne. L'Europe restera unie, coordonnée et déterminée à défendre sa souveraineté", a-t-elle affirmé. Emmanuel Macron a assuré que l'Union européenne ne se laisserait pas intimider, tandis que plusieurs capitales ont insisté sur la nécessité de défendre la souveraineté européenne de manière unie.

Des concertations se sont immédiatement engagées entre Etats membres. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a indiqué qu'il "coordonne une réponse commune des Etats membres de l'Union européenne sur cette question". Cette perspective ravive les appels, notamment au Parlement européen, à activer l’instrument anti-coercition de l’UE. Cet outil de défense commerciale adopté en 2023 permet aux Vingt-Sept d'engager une série de mesures de rétorsion à l'égard d'un pays tiers, allant jusqu'à restreindre l'accès des entreprises du pays au marché unique. Il n'a encore jamais été déclenché, mais a été conçu précisément pour répondre à ce genre de chantage politique. Ne pas l'employer dans le cas présent pourrait lui faire perdre sa crédibilité.

Mais l'Europe peut être très tentée d'attendre. Car la menace de Donald Trump intervient dans un contexte juridique incertain aux Etats-Unis. Donald Trump fonde son recours aux droits de douane sur une loi de 1977, l'International Emergency Economic Powers Act, dont la constitutionnalité de l'usage extensif est actuellement examinée par la Cour suprême. Une décision est attendue dans les prochaines semaines et pourrait fragiliser l'ensemble de l'édifice tarifaire mis en place par la Maison-Blanche.

© REUTERS

PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une cérémonie organisée pour inaugurer un tronçon routier de 6,4 km reliant l'aéroport de West Palm Beach à son domaine de Mar-a-Lago, baptisé « President Donald J. Trump Boulevard », au domaine de Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, aux États-Unis, le 16 janvier 2026. REUTERS/Kevin Lamarque/Photo d'archive
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Harold Hamm, le milliardaire qui a tout appris à Donald Trump sur le pétrole

Un geste simple suffit parfois à bâtir une amitié. Comme le choix d’une cravate. En 2012, le magnat du pétrole Harold Hamm s’entretient avec le futur président américain Donald Trump. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion de se croiser lors de plusieurs événements à New York, mais toujours brièvement. C’est l’occasion pour Hamm d’expliquer en détail à l’autoproclamé roi de l’immobilier comment de nouvelles techniques de forage pourraient doper la production américaine d’or noir. Donald Trump se montre intéressé. Mais un détail le perturbe : le patron de Continental Resources ne porte pas de cravate. Il embarque donc son interlocuteur vers une boutique de souvenirs, au rez-de-chaussée de la Trump Tower où a lieu la réunion d’affaires, et lui en offre généreusement quelques-unes de sa propre marque. Harold Hamm n’oubliera pas le cadeau. Deux ans plus tard, il pose en couverture du magazine Forbes, la cravate bleu roi de Trump bien apparente. Message reçu 5/5 par le républicain, qui lui envoie une lettre de félicitations pour cette option vestimentaire avisée… et de nouveaux modèles.

Le début d’une relation fructueuse. Présent à la Maison-Blanche la semaine dernière, Harold Hamm arborait cette fois-ci une belle cravate rouge foncé - la couleur préférée du président. Le milliardaire et une douzaine d’autres dirigeants du secteur pétrolier américain se réunissaient autour de Donald Trump pour discuter des possibilités d’investissements au Venezuela, après la capture de Nicolas Maduro. Beaucoup d’entre eux se sont montrés prudents, pour ne pas dire sceptiques, à l’image du patron d’ExxonMobil. Pas Harold Hamm. "Cela m’enthousiasme en tant qu’explorateur", a-t-il déclaré. Un discours d’aventurier, taillé pour plaire au dirigeant des États-Unis. D’autant que Hamm occupe une place particulière dans son entourage. "C’est mon original oil guy, celui qui m’a tant appris sur le pétrole", indiquait Trump lors d’une levée de fonds pendant sa dernière campagne. Rien d’étonnant, donc, à voir ses convictions irriguer la politique énergétique américaine. "Sa vision et ses intérêts correspondent bien à ce que le président privilégie actuellement", confirme Ira Joseph, chercheur principal au Centre sur la politique énergétique mondiale (CGEP) de l’Université Columbia.

Un fils de fermiers sans le sou

Aux yeux de Trump, Harold Hamm incarne une certaine idée du rêve américain. Un authentique self-made-man. Né en 1945 en Oklahoma, il est le treizième enfant d’une famille de métayers. Dans son autobiographie Game Changer (2023, non traduite), Hamm raconte son enfance sans électricité ni eau courante, dans une pauvreté dont il n’a, au début, pas conscience. Pour soutenir ses parents, il commence à travailler très tôt. Dès 16 ans comme pompiste, puis en nettoyant les cuves de pétrole d’une raffinerie. A l’orée de la vingtaine, avec ses maigres économies, il lance sa propre entreprise de services pétroliers. Elle ne compte qu’un seul camion : le sien. Sans diplôme, il apprend la géologie sur le tas, se fie à son instinct et creuse son premier puits en novembre 1971. Premier succès : il produit environ 20 barils par heure. Le second en produira 75, le troisième une centaine. Pour la première fois de sa vie, Harold Hamm n’est plus dans le besoin.

Il deviendra bientôt immensément riche. Car l’homme a une intuition : de nouvelles techniques de forage - horizontales, et non verticales - permettraient de faire jaillir le pétrole d’un sol sur lequel d’autres investisseurs se sont cassé les dents. En 2004, il mise gros sur le champ pétrolifère de Bakken, entre le Dakota du Nord et le Montana. Pari gagnant. Continental Resources ouvre la voie au boom de la fracturation hydraulique et à la révolution du gaz de schiste. Le patron introduit sa société en Bourse quelques années plus tard, arrondissant encore un peu plus sa fortune. Et son influence dans le milieu politique. En 2012, il conseille le républicain Mitt Romney, battu par Barack Obama lors de la présidentielle. Empêtré dans un divorce qui lui coûtera près d’un milliard de dollars, et qui fera les choux gras de la presse américaine, Hamm parvient pourtant, avec l’association professionnelle qu’il a fondée, à mener une intense campagne de lobbying auprès de l’administration démocrate : il la convainc, en 2015, de lever l’embargo sur les exportations de pétrole américain.

"Un homme d’affaires extrêmement habile"

Mais son vrai poulain, dans la perspective de l’échéance de 2016, s’appelle Donald Trump. Le magnat des hydrocarbures, grand pourfendeur des énergies renouvelables, affirme même avoir dirigé le groupe d’experts qui a conçu le premier programme électoral du futur président. Une fois élu, ce dernier lui a proposé le poste de secrétaire à l’Energie. "Hamm a refusé car il ne voulait pas être contraint de céder ses parts dans son entreprise", relate Julia Kane, chercheuse pour Fieldnotes, une organisation qui enquête sur les liens entre l’industrie pétrogazière et le monde politique. Puissant mais discret, le patron de Continental Resources n’a pas besoin d’être en première ligne pour faire avancer ses dossiers. Lors du premier mandat de Trump, il a profité de nombreuses mesures prises par le gouvernement, comme la réduction des règles relatives aux émissions de méthane ou à la protection de certaines espèces menacées. "C’est un homme d’affaires extrêmement habile, ajoute Julia Kane. Tout ce qu’il fait vise un bénéfice financier direct pour son groupe, et lui-même."

Deux éléments vont gripper - temporairement - la machine. La pandémie de Covid-19 précipite les cours du pétrole vers le bas. Comme toutes les entreprises du secteur, Continental Resources subit le choc de plein fouet. Quant à l’élection de Joe Biden, elle réduit le pouvoir d’Harold Hamm à Washington. En parallèle, sa relation avec Trump se gâte. Il prend notamment ses distances après l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. Le critique, mais jamais trop durement. Au Financial Times qui lui demande si le milliardaire new-yorkais devrait se présenter à nouveau en 2024, il répond : "Je ne pense pas." Alors, quand Trump se relance dans la course à la primaire républicaine, Hamm préfère d’abord soutenir ses concurrents, Ron DeSantis puis Nikki Haley. Mais dès lors que sa victoire ne fait plus de doute, il remet tous ses réseaux à son service. Avec encore plus de détermination.

Le tycoon contribue personnellement à sa campagne pour plus de deux millions de dollars. Mieux, il bat le rappel pour les dons auprès d’autres patrons de compagnies pétrolières et gazières. Lors d’un dîner à Mar-a-Lago, sa somptueuse résidence en Floride, Donald Trump demande à la vingtaine de dirigeants présents d’injecter pas moins d’un milliard de dollars dans ses comités de soutien. En échange, il leur promet de revenir sur les réglementations environnementales instaurées par Joe Biden. La somme ne sera pas atteinte, mais le secteur aura grandement financé sa réélection.

"Une équipe de rêve"

Pour Harold Hamm, les bénéfices de ce dîner dépassent de loin la seule dimension financière. Ils lui permettent de placer plusieurs de ses proches à des postes clés. A commencer par Chris Wright, alors PDG de Liberty Energy, une société spécialisée dans la fracturation hydraulique. Hamm racontera lui-même les détails de la soirée au cours d’un congrès en cercle restreint à Houston, en février 2025, dans un enregistrement que L’Express a pu écouter. "[Trump] voulait entendre chacun des participants autour de la table. Lorsque ce fut au tour de Chris, il lui a posé une question, et Chris a répondu avec une précision remarquable, allant droit au but, chiffres à l’appui. Le président a alors dit : 'Wow, vous devriez prendre la tête du Département de l’Énergie. Accepteriez-vous ce poste ?' Chris a regardé sa femme et répondu : 'Je suppose que oui'." Un deal rondement mené.

Le secrétaire à l’Energie n’est pas le seul allié qu’Harold Hamm a réussi à installer à la Maison-Blanche. Doug Burgum, auparavant gouverneur du Dakota du Nord, un Etat dans lequel Continental Resources a de nombreuses activités, a hérité du poste de secrétaire à l’Intérieur, en charge du Conseil national pour la domination énergétique. D’après le média CNBC, le lien entre les deux hommes serait même plus personnel : la famille de Burgum louerait 200 acres de terres agricoles au géant de l’énergie pour qu’il en extraie pétrole et gaz. Elle recevrait ainsi plusieurs dizaines de milliers de dollars de redevances. Dans sa nouvelle mission, Doug Burgum supervise, entre autres, la location de terres fédérales pour le forage pétrolier et gazier… Entre Chris Wright et lui aux manettes, Harold Hamm jubile : "C’est une équipe de rêve."

Expansion à l’étranger

Alors que le secteur pétrolier a déjà tiré profit des mesures prises en un an par la deuxième administration Trump, Hamm ne semble pas rassasié. Il aimerait voir de nouveaux projets de déréglementation aboutir, "comme celui facilitant les procédures d’autorisation pour les forages ou celui limitant les recours judiciaires contre les projets énergétiques", note Julia Kane. Ses objectifs ne sont pas forcément ceux de tous ses concurrents. "Aux Etats-Unis, l’industrie pétrolière et gazière n’est pas un bloc monolithique, explique Ira Joseph, du CGEP. Les majors et les producteurs indépendants, comme Continental Resources, n’ont pas toujours les mêmes priorités." Le poids d’Harold Hamm à Washington a permis aux seconds de gagner petit à petit en influence.

Le milliardaire du Midwest aurait-il la même folie des grandeurs que Donald Trump ? Jusqu’à présent cantonné aux Etats-Unis, il a accéléré l’an dernier le développement de son entreprise à l’étranger. Ce tournant stratégique cache une réalité plus prosaïque : la qualité des réserves américaines se dégrade. Il faut donc croître ailleurs. Outre l’intérêt affiché pour le Venezuela, Continental Resources a annoncé en mars dernier la création d’une coentreprise avec la compagnie nationale turque TPAO pour exploiter du pétrole et du gaz de schiste. Le groupe a aussi acheté en novembre un gisement dans la formation de Vaca Muerta, en Argentine, qu’il vient de compléter par de nouvelles acquisitions dans la même zone.

Officiellement, à 80 ans, Hamm a pris un peu de recul. Sa fille, Shelly Lambertz, lui a succédé l’été dernier à la présidence de l’entreprise. Le fondateur n’est plus "que" président émérite. Mais il demeure, dans les faits, très actif. Que ce soit à la Maison-Blanche, ou il figure - à titre personnel - parmi les donateurs de l’extravagante future salle de bal, ou à l’étranger pour conclure des accords. En fin d’année dernière, il était du déplacement en Argentine pour rencontrer Javier Milei. Le chef d’Etat sud-américain, dira-t-il après coup, lui a laissé la même impression délicieuse que Trump lors de leur premier tête-à-tête. Ne reste plus qu'à trouver une cravate à motif tronçonneuse.

© REUTERS

Le président émérite de Continental Resources, Harold Hamm, lors de la réunion du président américain Donald Trump avec des dirigeants de l'industrie pétrolière à la Maison Blanche, le 9 janvier 2026.
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"Des tactiques incroyablement cruelles" : comment l'administration Trump impose sa loi du silence aux Européens

Imran Ahmed rigolerait presque de la situation, tant elle lui paraît absurde. Le 23 décembre, juste avant Noël, un ami l'a alerté par texto : son nom figure sur une liste d'Européens privés de visa par l'administration Trump, sous l'accusation de "tentative de destruction de la liberté d'expression américaine". Une sanction particulièrement grave pour ce Britannique qui réside aux Etats-Unis depuis cinq ans, désormais menacé d'expulsion. "Personne ne m'a contacté, personne ne m'a informé de cette décision, mais une jeune employée du département d'Etat a tweeté que j'étais désormais sous sanction des Etats-Unis, se pince encore cet ancien conseiller politique de 47 ans. L'ironie, c'est que je refuse d'avoir un compte sur X, je ne suis donc pas officiellement au courant de ma sanction."

Son crime, selon l'administration américaine ? Diriger une ONG, le Center for Countering Digital Hate (CCDH), qui combat la haine en ligne et milite pour une meilleure régulation des réseaux sociaux. Ses équipes ont récemment démontré qu'une adolescente de 13 ans, après avoir ouvert un compte TikTok, ne mettait que 2,6 minutes avant de recevoir des conseils sur l'automutilation. Le CCDH a aussi révélé que ChatGPT était tout à fait enclin à rédiger une lettre de suicide pour un adolescent ou à lui donner des conseils pour se taillader.

Depuis l'annonce des sanctions visant leur fondateur, le travail du CCDH n'a jamais été aussi partagé aux Etats-Unis. "Les gens prennent connaissance de ces sanctions honteuses et ils se demandent ce que le gouvernement tente de leur cacher... Je suis ravi de pouvoir élargir notre audience sur ces sujets cruciaux mais je suis aussi un père et un mari, poursuit Imran Ahmed, avec la voix qui se brise. Ces tactiques de l'administration américaine sont incroyablement cruelles, elles font peser un poids terrible sur des individus qui font juste leur travail."

"Un affront à la liberté d'expression"

Citoyen britannique, Imran Ahmed se retrouve donc privé de visa alors qu'il vit et travaille à Washington, avec sa femme et sa fille, toutes deux américaines. Dès l'annonce de sa sanction, il a porté plainte contre le gouvernement américain : par deux fois, un tribunal de New York a prononcé une mesure d'éloignement contre les autorités américaines, ce qui le protège jusqu'en mars. Mais le directeur du CCDH ne peut pas quitter les Etats-Unis jusqu'à ce que l'affaire soit réglée, un processus qui pourrait s'étendre sur des années, et il redoute une arrestation violente par l'ICE, la police de l'immigration américaine. "Je ne peux plus voir mes équipes au Royaume-Uni ou à Bruxelles, ni voyager pour sensibiliser le public à la régulation des grandes plateformes numériques, détaille Imran Ahmed. Personnellement, je suis comme un chien avec un os, je ne lâche rien et il est difficile de me déstabiliser. Mais je sais que, pour d'autres personnes visées, la situation est extrêmement difficile."

Le 23 décembre, l'administration Trump a, pour la première fois, annoncé des sanctions ciblées contre cinq personnalités du Vieux Continent, dont Thierry Breton. Elles ont en commun de défendre une meilleure régulation des géants du numérique et de lutter contre leurs dérives, comme la désinformation ou la multiplication des violences en ligne. Outre l'ancien commissaire européen français, deux Britanniques et deux Allemandes, tous à la tête d'ONG, ont été privés de visa. Clare Melford, qui dirige le Disinformation Index à Londres, fait partie de cette liste mais ne souhaite pas s'exprimer publiquement. "Les sanctions qui la visent sont un affront à la liberté d'expression et une mesure grave de censure gouvernementale", déplore un de ses proches.

Ces mesures individuelles contre une poignée d'Européens n'ont rien d'anecdotique. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, son administration mène une offensive agressive contre l'encadrement des réseaux sociaux en Europe, dans la lignée du discours du vice-président J.D. Vance à Munich, il y a un an. Dans le viseur, les règlements sur les services numériques (DSA) et sur les marchés numériques (DMA), approuvés par 90 % des députés européens en 2022 et qui ont permis à la Commission d'imposer une amende de 120 millions d'euros à la plateforme X d'Elon Musk début décembre, peu avant l'annonce des sanctions américaines. "Il s'agit de mesures de rétorsion, ni plus ni moins, en particulier contre Thierry Breton qui, même si je ne suis pas membre de son fan-club, continue de porter une parole très claire sur le besoin de souveraineté numérique européenne, estime David Cormand, député européen du groupe Les Verts. Donald Trump utilise ces dispositifs de manière mafieuse en intimidant nos responsables politiques mais aussi juridiques, et notre réponse européenne n'est pour l'instant pas proportionnée."

Un avertissement pour tous ceux qui critiquent l'Amérique Trump

Le département d'Etat américain a prévenu : ces sanctions individuelles ne sont qu'un début. "Nous sommes prêts et déterminés à allonger cette liste [d'Européens sanctionnés], a déclaré Sarah Rogers, sous-secrétaire d'Etat chargée de la diplomatie publique, dans le Times britannique. La liberté d'expression est une priorité de la politique étrangère américaine, tout comme la garantie de la croissance et de l'innovation du secteur technologique américain."

Hommes politiques, médias, universitaires ou magistrats pourraient aussi être ciblés, comme le juge français de la Cour pénale internationale Nicolas Guillou qui, pour avoir soutenu le mandat d'arrêt international contre Benyamin Netanyahou, se retrouve sur la liste noire américaine d'ordinaire réservée aux terroristes et aux mafieux. D'après nos informations, plusieurs équipes de journalistes français se sont vu refuser l'entrée aux Etats-Unis ces derniers jours, malgré des documents en règle.

En face, l'Europe se résigne à... tweeter son indignation. Malgré une condamnation unanime de nos dirigeants, d'Ursula von der Leyen à Emmanuel Macron, aucune mesure n'a encore été prise pour répondre à ces sanctions individuelles. "Les Européens ont été pris de court, juge la politologue germano-américaine Cathryn Clüver Ashbrook. En visant des personnes, les Américains montrent qu'ils sont prêts à aller très loin pour défendre leurs entreprises et leur capitalisme, d'une manière explicite et brutale jamais vue auparavant."

"L'Histoire est faite de petits symboles et de moments où nous ratons le coche : ne pas réagir plus fermement aux sanctions contre Thierry Breton a envoyé un message de faiblesse désastreux à Washington, souligne l'eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann. Il fallait immédiatement sanctionner les dirigeants américains qui ont pris cette décision ou qui l'ont proposée au président, répondre du tac au tac aux Etats-Unis. Ce n'a pas été fait..." Imran Ahmed, lui, n'attend rien des autorités européennes, seulement qu'elles continuent d'appliquer leurs lois encadrant les plateformes. "De toute façon, ce ne sont pas des symboles qui protégeront mon travail et me garderont auprès de ma famille", sourit le Britannique.

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Donald Trump lors d'une cérémonie à Mar-a-Lago, en Floride, le 16 janvier 2026.
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Groenland : Donald Trump menace la France et sept pays européens de nouveaux droits de douane "dès le 1er février"

Le président américain Donald Trump a annoncé samedi qu'il imposerait une série de hausses des droits de douane contre plusieurs alliés européens jusqu'à ce que les Etats-Unis soient autorisés à racheter le Groenland. Sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a déclaré que des droits de douane supplémentaires de 10 % entreraient en vigueur à compter du 1er février sur le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande.

Hormis le Royaume-Uni et la Norvège, qui ne sont pas membres de l’Union européenne, ils s’ajouteraient aux 15 % déjà en vigueur entre l’UE et les États-Unis. Ces tarifs seraient portés à 25 % le 1er juin et resteraient en vigueur tant qu'un accord permettant le rachat du territoire autonome danois par les Etats-Unis ne serait pas signé, a-t-il ajouté.

L’annonce de Trump intervient après que plusieurs pays européens, dont la France, ont envoyé des moyens militaires et diplomatiques au Groenland pour dissuader les États-Unis d’acquérir ce territoire. "Ces pays, qui se livrent à ce jeu extrêmement dangereux, font peser un niveau de risque inacceptable et insoutenable", a écrit Donald Trump sur Truth Social. "Par conséquent, il est impératif que, pour protéger la paix et la sécurité mondiales, des mesures fortes soient prises afin que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin rapidement et sans équivoque."

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Le président américain Donald Trump, à la base aérienne d'Andrews, le 13 janvier 2026
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Qui est Ronald Lauder, le milliardaire qui a soufflé à Donald Trump l'idée d'annexer le Groenland ?

L’homme reste largement inconnu du grand public qui suit jour après jour les annonces provocatrices de Donald Trump sur sa volonté d’acquérir le Groenland. Pourtant, selon la presse anglophone, Ronald Lauder, héritier du groupe de cosmétiques américain Estée Lauder et ami de longue date du président, serait le premier à avoir proposé, dès 2018, que les Etats-Unis rachètent ce territoire de l'Arctique.

La source vient de l'un des proches collaborateurs de Donald Trump. Dans les pages du journal britannique The Guardian, John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, raconte : "Trump m’a fait venir dans le bureau Ovale. Il m’a dit qu’un homme d’affaires très en vue venait de lui suggérer que les États-Unis achètent le Groenland." Plus tard, John Bolton apprend que cet homme d'affaires était Ronald Lauder. "Des bribes d’informations qu’il entend de la part d’amis, il les prend pour des vérités et on ne peut plus faire bouger son opinion", ajoute-t-il.

Amis et soutien financier précieux

Ronald Lauder a rencontré Donald Trump dans les années 1960, lorsqu’ils fréquentaient la même école de commerce prestigieuse. Après avoir travaillé dans l’entreprise familiale, il a servi sous Ronald Reagan au Pentagone, puis comme ambassadeur en Autriche, avant de se présenter sans succès à la mairie de New York en 1989. En mars 2025, selon le magazine Forbes, il a donné 5 millions de dollars à MAGA Inc., un super comité de financement politique soutenant le candidat républicain.

Selon le Guardian, l’intérêt stratégique défendu par Ronald Lauder pour le Groenland coïncide - on peut s'y attendre - avec une montée en puissance de ses propres activités économiques sur l’île. Alors que Donald Trump ravivait ses ambitions territoriales, le milliardaire a publiquement reconnu être impliqué depuis plusieurs années dans des projets d’investissement locaux. "J’ai travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants économiques et gouvernementaux du Groenland pendant des années afin d’y développer des investissements stratégiques", a-t-il affirmé dans une tribune.

"Sous la glace se cache un trésor"

En février 2025, alors que Donald Trump affirmait publiquement son souhait de s'emparer du Groenland, une idée que beaucoup qualifiaient encore de simplement provocatrice, Ronald Lauder a défendu la position du président. "Le concept de Trump sur le Groenland n’a jamais été absurde – il était stratégique", a-t-il écrit, précisant que "sous sa glace et sa roche se trouve un trésor d’éléments de terres rares essentiels à l’IA, à l’armement avancé et aux technologies modernes". Il a encore souligné qu'"à mesure que la glace recule, de nouvelles routes maritimes émergent, remodelant le commerce mondial et la sécurité".

Ses ambitions groenlandaises s’ajoutent à d’autres dossiers géopolitiques sensibles. Selon les informations du Guardian, Ronald Lauder ferait aussi partie d’un consortium intéressé par l’exploitation de minerais en Ukraine. Malgré les démentis officiels de la Maison-Blanche, ces convergences entre décisions politiques et intérêts privés nourrissent les critiques.

Il est loin d’être le seul à être intéressé par le Groenland. Selon le magazine Forbes, quelques mois seulement après que Donald Trump a exprimé son intérêt pour le Groenland, plusieurs milliardaires mondiaux ont commencé à investir sur l’île. Parmi eux, Jeff Bezos, fondateur d’Amazon ; Bill Gates, cofondateur de Microsoft ; Michael Bloomberg, ancien maire de New York et magnat des médias ; Peter Thiel, investisseur et cofondateur de PayPal et Palantir ; et Sam Altman, PDG d’OpenAI. Ces personnalités, leaders dans la tech, la finance et l’industrie, ont ciblé des projets liés aux minéraux rares et aux ressources stratégiques de l’île, renforçant l’attrait géopolitique du Groenland.

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Le président élu des États-Unis, Donald Trump (à gauche), salue le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder (à droite), après leur rencontre au Mar-a-lago Club à Palm Beach, en Floride, aux États-Unis, le 28 décembre 2016. REUTERS/Jonathan Ernst
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Muhoozi Kainerugaba, un "Trump de l’Afrique" aux portes du pouvoir en Ouganda

C’est dans un climat de haute tension, mais avec peu de surprise que les Ougandais ont appris ce 17 janvier la victoire annoncée de Yoweri Museveni à l’élection présidentielle, officialisant un septième mandat pour le chef de l’État au pouvoir depuis près de quarante ans. L’issue de ce scrutin dénué d’enjeux démocratique ravive pourtant une inquiétude plus profonde encore que la perpétuation d’un régime corrompu jusqu’à la moelle : celle de voir émerger, dans son sillage, la figure de son fils et chef des armées, Muhoozi Kainerugaba, général omnipotent aux sorties incontrôlées, surnommé par les Ougandais le "Trump de l’Afrique".

À 51 ans, aîné d’une famille qui se pense investie d’un droit divin à gouverner, Muhoosi est présenté depuis une décennie par les hauts responsables militaires comme le successeur naturel de son père. Ancien chef des forces spéciales puis des forces terrestres, il est nommé en 2024 à la tête de l’ensemble de l’armée ougandaise. Depuis, il s’assure de sa loyauté en multipliant promotions, hausses de salaires et constructions d’hôpitaux militaires.

Le "général twittos"

La comparaison avec Donald Trump tient avant tout à son usage compulsif des réseaux sociaux. Le "général twittos", devenu un phénomène sur X à travers tout le continent, y affiche une brutalité décomplexée, sans aucun égard pour les conséquences diplomatiques. En politique intérieure, il déclarait en 2025 vouloir "pendre" la figure historique Kizza Besigye et "décapiter" Bobi Wine, ancien chanteur devenu opposant emblématique. Après l'enlèvement, en avril dernier, du chef de la sécurité de l’opposant, Muhoozi affirmait le détenir "dans mon sous-sol", publiant la photo d’un homme torse nu, hagard et en sueur. Comme souvent, le message et l’image seront supprimés quelques heures plus tard, sans qu'on n'en connaisse la véracité non.

En politique extérieure, l’enfant terrible affirmait il y a peu et sans raison apparente vouloir "capturer en deux semaines Nairobi", la capitale du Kenya voisin. Des déclarations en décalage avec son rang et souvent publiées tard dans la nuit, qui font le désespoir de son père, le président ougandais Yoweri Musseveni, régulièrement obligé de dépenser un capital diplomatique considérable auprès des dirigeants mondiaux pour rattraper les prises de parole de son fils.

Proximité avec la Russie

Autre trait commun avec Donald Trump : une fascination assumée pour les dirigeants autoritaires ou d’extrême droite. Par le passé, il a couvert d’éloges Abdel Fattah Al-Sissi, le dictateur militaire à la tête de l’Égypte, aurait demandé sa main à Giorgia Meloni en échange de 100 vaches ankolés selon la presse locale, et décrit le président américain comme le "seul homme blanc" qu’il ait "jamais respecté". Mais celui qui a sa dévotion pleine et entière est celui qu’il appelle "notre héros russe". Depuis 2022, il soutient sans réserve l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine et s’est même engagé à envoyer des soldats à Moscou pour défendre la ville contre les "impérialistes" occidentaux.

La Russie lui rend bien sa dévotion : en octobre 2024, le Kremlin a envoyé une délégation du ministère de la Défense remettre au général un "don" de 100 millions de dollars destiné à l’armée ougandaise. Pour certains spécialistes, Muhoozi pourrait même, s’il parvient au pouvoir, servir de porte d’entrée à Moscou dans une Afrique anglophone où l’influence russe reste encore limitée.

Une menace pour toute la région

À Kampala comme à l’étranger, l’hypothèse de l’accession au pouvoir de cet enfant terrible donne des sueurs froides. Car Muhoozi Kainerugaba pourrait peser lourd sur l’avenir de l’Ouganda, dans une région déjà ravagée par les conflits à l’est de la République démocratique du Congo. Très proche du président rwandais Paul Kagame — qu’il qualifie d’"héros" et d’"oncle" — il a participé à réchauffer les relations entre son pays et le Rwanda voisin, et il entretient depuis avec Kigali des liens militaires et stratégiques étroits, partageant des intérêts convergents en matière de sécurité régionale.

Son père était resté relativement neutre sur le dossier de l’invasion de la République démocratique du Congo par le Rwanda. Muhoozi prend lui des positions provocatrices — menaces de prise de la ville congolaise frontalière de Bunia, allusions à une avancée vers la ville de Kisangani aux côtés du M23, ou promesses d’arrestation de gouverneurs congolais. Ces sorties ont suscité protestations officielles et notes diplomatiques de Kinshasa, et ont renforcé l’idée que Kampala et Kigali pourraient agir de concert pour défendre leurs ambitions dans cette région riche en ressources, tandis que les négociations de paix piétinent et que la crise humanitaire s’aggrave.

Lui-même ne doute pas de son destin : "Je serai président de l’Ouganda après mon père. Ceux qui combattent la vérité seront très déçus", écrivait-il dès décembre 2024. Pourtant, l’accumulation de dérapages fait planer le doute sur sa capacité à diriger le pays. Le problème est que son pouvoir, lui, n’a cessé de croître. En plus du commandement des armées, il contrôle désormais la Special Forces Command, une garde présidentielle devenue une quasi-force privée, pilier de son influence politique et militaire. Initialement, Museveni comptait passer la main à son fils lors de l’élection de 2026. Mais l’inaptitude affichée de Muhoozi à se contenir aurait convaincu le président de briguer un nouveau mandat. À 81 ans, l’âge pourrait toutefois contraindre Museveni à lâcher les rênes plus tôt que prévu — ouvrant la voie à une succession aussi redoutée qu’incertaine.

© REUTERS

Le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni, qui dirige les forces terrestres de l'armée ougandaise, observe la scène lors de sa fête d'anniversaire à Entebbe, en Ouganda, le 7 mai 2022. REUTERS/Abubaker Lubowa
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L’Iran face aux sanctions, le grand contournement : "Les cryptos ont détrôné les valises de cash"

Alors que la rue iranienne gronde de nouveau contre le pouvoir, le régime des mollahs joue sa survie sur un terrain inattendu : la blockchain. Récemment, Téhéran a proposé de vendre drones et missiles en échange de cryptoactifs, a révélé le Financial Times. Cette stratégie n'est pas isolée : de la Russie au Venezuela, plusieurs pays convertissent massivement pétrole et ressources en jetons numériques pour contourner les douloureuses sanctions internationales. Le phénomène, qui date déjà de quelques années, est en train de changer d'échelle : selon le dernier rapport de la société spécialisée dans les enquêtes sur les cryptoactifs, Chainalysis, les portefeuilles sous sanctions ont capté pas moins de 154 milliards de dollars en 2025, une explosion de 162 % en un an. Une brèche béante dans l'arsenal occidental que décrypte pour L’Express l'économiste Hélène Rey, professeure à la London Business School et spécialiste en macroéconomie internationale.

L'Express : Dans quelle mesure le développement des actifs numériques permet-il de contourner les sanctions appliquées, notamment, à l’Iran ?

Hélène Rey : Les cryptomonnaies offrent de toute évidence de nouveaux moyens technologiques qui rendent les flux de capitaux qui sont interdits ou sanctionnés plus faciles. Historiquement, quand on voulait faire passer de l'argent illégalement à travers des frontières, les options étaient limitées. Transporter des valises de cash est une opération délicate : c’est lourd, voyant… Ou alors il fallait s'arranger avec des banques peu enclines à faire du "KYC" [NDLR : "Know your customer", procédures permettant de vérifier l’identité d’un client] : des établissements peu supervisés, louches, dans des juridictions peu regardantes. Bien sûr, il y a toujours eu une économie parallèle, des flux financiers cachés. Avec l’avènement des cryptoactifs, le phénomène a pris de l’ampleur : ces réseaux décentralisés permettent de réaliser des transactions de portefeuille à portefeuille complètement sous le radar des autorités. C'est le cas du bitcoin, qui n’est pas régi par une banque centrale, ni supervisé. Il est donc pratique pour éviter des sanctions, pratiquer l'évasion fiscale, faire entrer ou sortir des flux financiers d’un pays où s’exerce un contrôle de capitaux. C’est encore plus vrai avec les stablecoins, ces jetons numériques adossés à une devise, le dollar dans 99 % des cas. Or la plus grande plateforme qui émet ce type de cryptomonnaies, c'est Tether, qui est basée au Salvador. On ne peut pas dire que le KYC soit extrêmement poussé pour les gens qui veulent utiliser des stablecoins de Tether…

Pourquoi ces stablecoins en dollars accentuent-ils le problème ?

Contrairement à des cryptos plus classiques comme le bitcoin, chacun est réputé valoir un dollar. On connaît exactement la valeur de la transaction à un moment donné. Le bitcoin, lui, a une valeur très volatile, entièrement fondée sur l'offre et la demande. Tout le monde ne va pas l’accepter. Les stablecoins permettent en outre de passer facilement de l'écosystème des cryptoactifs à la sphère financière.

Ces compagnies qui émettent des stablecoins s’efforcent-elles d’endiguer leur usage frauduleux ?

Elles sont plus ou moins bien régulées. Après Tether, la plus importante est Circle qui, elle, est basée aux Etats-Unis - et en France. Il existe aussi des stablecoins en euros, émis par la Société Générale par exemple. Celles-ci sont supervisées de façon plus stricte qu’une plateforme située en dehors des juridictions américaine ou européenne. C’est un business très profitable : elles émettent à peu de frais des stablecoins, sorte de dollar virtuel pour leurs clients qui ne perçoivent donc pas de rendement, et empochent les intérêts des actifs au bilan, généralement des bons du Trésor américain. Et plus elles émettent des stablecoins, plus elles génèrent de l'argent, tant que les taux d’intérêt sont positifs. Elles sont donc incitées à rechercher une demande aussi large que possible.

A-t-on une idée de l’ampleur de ces transactions en cryptos qui contournent les sanctions internationales ? Remettent-elles en cause leur efficacité ?

Les sanctions, visiblement, ont de réels impacts. La Russie a du plomb dans l’aile, c’est indéniable. L’économie iranienne est dans un état désastreux. Les autorités utilisent les cryptomonnaies pour échapper aux sanctions dans un certain nombre de domaines mais cherchent à empêcher la population d’y avoir accès, de peur que l'épargne des Iraniens, si tant est qu'il y en ait, parte à l'étranger. Mais par définition, il est très difficile de connaître l’ampleur des transactions illégales qui échappent aux sanctions.

Est-ce justement pour ces populations de pays dont la monnaie s’effondre, où la situation économique est critique, que les cryptoactifs trouvent leur raison d’être ?

Dans un certain nombre de pays, les banques centrales n'arrivent pas à offrir une monnaie stable, par exemple à cause du gouvernement qui demande à la banque centrale d'imprimer de la monnaie faute de ressources budgétaires, créant ainsi une hyperinflation. On a observé ce genre de dérives dans des pays comme l'Argentine, le Zimbabwe ou encore le Venezuela. Dans de telles situations, les populations vont tenter d’accéder à d'autres moyens d'échange et de stockage de leurs richesses, plus robustes, plus stables.

Dans le passé, les gens essayaient d’obtenir du dollar. Quand ce n'était pas possible, ils cherchaient à pratiquer le troc parce que la monnaie locale ne valait absolument rien. Aujourd’hui, accéder à des stablecoins ou d'autres actifs crypto est une façon de ne pas payer une taxe inflationniste très élevée. C’est un moyen de trouver un peu de fiabilité. En macroéconomie, on parle de "second best", de second choix. Le premier, c’est une banque centrale qui assure une monnaie stable pour payer ses achats dans la vie quotidienne et épargner sans subir une hyperinflation. A défaut, il vaut mieux avoir un stablecoin que rien du tout.

N’est-il pas paradoxal de voir que les cryptoactifs – et notamment les stablecoins - dont Donald Trump fait tant la promotion finissent par offrir des portes de sortie aux régimes autoritaires qu'il tente de sanctionner ?

Le président américain n’est pas à un paradoxe près ! Mais il faut reconnaître que la pratique remonte à l’apparition du bitcoin, qui ne tient pas à Donald Trump mais à une idéologie libertarienne issue de la Silicon Valley. Il a été créé au départ pour éviter toute intervention de banque centrale, toute autorité gouvernementale.

Les Etats-Unis ont adopté une régulation, le Genius Act, qui s’applique aux émetteurs basés sur le territoire américain. Les stablecoins en dollars émis par Circle y sont donc soumis : à ce titre, la plateforme doit vérifier qui sont ses clients et appliquer des normes d'antiblanchiment. En Europe, on a la régulation MICA, qui doit aussi éliminer les transactions frauduleuses. Le problème, c'est que tout le monde n'est pas régulé par ce genre de loi et que la traçabilité des flux d’argent n’est pas évidente à contrôler.

© MaxPPP

D'après le Financial Times, l'Iran propose de vendre des drones et des missiles en échange de cryptoactifs.
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Ce projet d'adhésion accélérée de l'Ukraine à l’Union européenne qui inquiète les capitales européennes

La Commission européenne prépare une refonte majeure des règles d’adhésion à l’UE, dans le but de permettre une entrée accélérée de l'Ukraine dans le cadre d’un éventuel accord de paix avec la Russie, selon le Selon le Financial Times, journal financier et politique américain. Le projet, encore en construction, instaurerait un système à deux vitesses, en maintenant la procédure actuelle en place depuis la guerre froide, et en permettant à certains pays de passer par une procédure allégée, partielle ou graduelle. Il inquiète déjà plusieurs capitales européennes, selon sept hauts responsables impliqués dans les discussions et interrogés par le FT sous couvert d’anonymat.

"Élargir le concept de l'élargissement"

Candidate officielle depuis février 2022, l’Ukraine considère l’adhésion à l’UE comme un pilier de son avenir d’après-guerre. L’objectif d’entrée en 2027 figure d’ailleurs dans le plan de paix en 20 points piloté par les États-Unis. Même si jusqu’ici, la majorité des responsables européens estimaient de leur côté que des années de réformes intérieures seraient nécessaires pour respecter les critères actuels d'adhésion.

Mais cette perspective semble évoluer au fur et à mesure que les négociations de paix bloquent, et tracent chaque jour un peu plus clairement les véritables lignent rouges des deux parties. Désormais, "les officiels de la commission comprennent que l'Ukraine de Volodymyr Zelensky ne pourra accepter certains aspects du traité de paix, comme des concessions territoriales à la Russie, qu’en échange d’une perspective crédible d’adhésion", estime le journal. "Des temps extraordinaires appellent des mesures extraordinaires… Nous ne sapons pas l’élargissement. Nous élargissons le concept même de l’élargissement", justifie ainsi un haut diplomate européen informé du projet auprès du FT.

Pas de droit de vote mais des subventions européennes

Plus précisément, le dispositif envisagé permettrait à Kiev d’intégrer l’UE avec des droits limités : absence initiale de droits de vote lors des sommets et conseils ministériels, mais accès progressif au marché unique, aux subventions agricoles et aux fonds de développement, une fois certains objectifs atteints après l’adhésion. Cela romprait avec les règles fixées en 1993, qui exigent l’application complète de l’acquis communautaire avant toute entrée.

L’initiative suscite une forte résistance parmi les États membres et les autres pays candidats, qui, tout en soutenant l'Ukraine dans sa défense contre l'invasion russe, redoutent une dévalorisation de l’adhésion et une fracture durable au sein de l’Union. "C’est un piège tendu par Poutine et Trump, et nous sommes en train d’y tomber", a averti un diplomate européen auprès du FT. D’autres responsables redoutent quant à eux un impact négatif pour des candidats avancés comme le Monténégro ou l’Albanie, et des effets en cascade sur des partenaires proches tels que la Norvège ou le Royaume-Uni. Mastaba Rahman, directeur Europe d’Eurasia Group, estime quant à lui auprès du journal que l’Union européenne n’a d’autre choix que d’accélérer l’adhésion de l’Ukraine, au risque d’ouvrir "une boîte de Pandore de risques politiques et de risques en matière de politiques publiques que personne à Bruxelles ne mesure pleinement".

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La Commission européenne d'Ursula von der Leyen prépare un projet d'adhésion allégée et partielle pour l'Ukraine.
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Gaza : Donald Trump nomme Marco Rubio et Tony Blair à son Conseil de la paix

La Maison-Blanche a annoncé vendredi la composition de certains membres d'un soi-disant "Conseil de la paix" chargé de superviser la gouvernance temporaire de Gaza, sous un cessez-le-feu fragile depuis octobre. Cette présentation intervient deux jours après que Steve Witkoff, son émissaire, a annoncé le lancement de la phase 2 du plan Trump pour Gaza visant à mettre fin à la guerre dans le territoire, après trois mois de fragile cessez-le-feu obtenu le 10 octobre sous la pression de Washington.

Parmi les noms figurent le secrétaire d'État américain Marco Rubio, l'envoyé spécial du président Donald Trump, Steve Witkoff, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et le gendre du président américain, Jared Kushner. Donald Trump s'est auto-nommé président de cette instance présentée comme un "founding executive board" (conseil d'administration fondateur), conformément à un plan dévoilé par la Maison-Blanche en octobre.

Israël et le groupe militant palestinien Hamas ont approuvé le plan de Donald Trump, qui prévoit la création d'un organe technocratique palestinien supervisé par un conseil international chargé de contrôler la gouvernance de Gaza pendant une période de transition.

La présence britannique critiquée

De nombreux experts et défenseurs des droits humains ont déclaré que la direction par Donald Trump d'un conseil chargé de superviser la gouvernance d'un territoire étranger ressemblait à une structure coloniale, tandis que l'implication de Tony Blair a été critiquée l'année dernière en raison de son rôle dans la guerre en Irak et de l'histoire de l'impérialisme britannique au Moyen-Orient.

La Maison-Blanche n'a pas précisé les responsabilités de chaque membre du conseil. Aucun Palestinien ne figure sur la liste. Le conseil d'administration comprendra également Marc Rowan, dirigeant de fonds de capital-investissement et milliardaire, Ajay Banga, président de la Banque mondiale, et Robert Gabriel, conseiller de Donald Trump, a indiqué la Maison-Blanche, ajoutant que Nickolay Mladenov, ancien envoyé spécial de l'ONU pour le Moyen-Orient, sera le haut représentant de Gaza.

Le général de division Jasper Jeffers, commandant des forces spéciales américaines, a été nommé commandant de la Force internationale de stabilisation, a poursuivi la Maison-Blanche. Une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée à la mi-novembre, autorisait cette force et les pays partenaires à la mettre en place à Gaza. D'autres membres devraient être annoncés dans les semaines à venir.

La Maison Blanche a également nommé un "Conseil exécutif de Gaza" de 11 membres qui comprendra le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, la coordinatrice spéciale des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Sigrid Kaag, la ministre des Émirats arabes unis pour la coopération internationale, Reem Al-Hashimy, et le milliardaire israélo-chypriote Yakir Gabay, ainsi que certains membres du conseil exécutif. Ce conseil supplémentaire apportera son soutien au bureau du haut représentant de Gaza Nickolay Mladenov et à l'organe technocratique palestinien, dont les détails ont été annoncés cette semaine.

Israël et le Hamas s'accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu à Gaza, où plus de 450 Palestiniens, dont plus de 100 enfants, et trois soldats israéliens auraient été tués pendant la trêve. L'offensive israélienne contre Gaza depuis octobre 2023 a fait des dizaines de milliers de morts, provoqué une crise alimentaire et contraint la totalité de la population gazaouie à se déplacer. Israël justifie ses actions par la légitime défense, affirmant avoir agi après une attaque menée fin 2023 par des militants du Hamas qui ont tué 1 200 personnes et pris plus de 250 otages.

© REUTERS

PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump est interviewé par Steve Holland (non visible sur la photo), correspondant de Reuters à la Maison Blanche, lors d'une interview exclusive dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 14 janvier 2026. REUTERS/Evelyn Hockstein/Photo d'archive
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"Face aux massacres en Iran, il faut agir" : l’appel d'intellectuels à Emmanuel Macron

Monsieur le président de la République,

Au moment où nous écrivons ces mots, se déroule en Iran un massacre à huis clos. Depuis quinze jours, des millions d’Iraniens manifestent partout dans le pays pour demander une chose simple : la fin totale de la République islamique. Ce régime corrompu, barbare et terroriste leur répond en les plongeant dans le noir et en les mitraillant à l’arme automatique. Les cadavres s’empilent devant les morgues qui ne peuvent plus les contenir. Les camions mortuaires quittent les prisons à l’aube car ordre a été donné d’exécuter les prisonniers pour faire de la place.

La politique de normalisation et d’apaisement avec l’une des pires barbaries de notre temps a conduit à la situation actuelle. La France et l’Union européenne ont le pouvoir de faire cesser ce bain de sang. La politique étrangère de la France ne saurait être une simple gestion d’intérêts ; elle doit être l’expression de nos valeurs. S’abriter derrière la complexité des équilibres régionaux pour justifier l’immobilisme est une faute morale et un contresens juridique. La France et l’Union européenne ont les moyens d’isoler ce régime. Par le droit international, elles en ont le pouvoir. Et elles en ont le devoir par leur propre histoire.

L’heure n’est plus aux condamnations de principe, mais à la mise en œuvre de la panoplie juridique et diplomatique dont la France et l’Union européenne disposent depuis longtemps et qu’elles ont systématiquement refusé de mettre en œuvre malgré les supplications des Iraniens de la diaspora et des parlementaires européens et français qui les ont soutenus.

Nous appelons donc solennellement le gouvernement français et l’Union européenne à engager, sans délai, trois actions décisives :

1. La qualification terroriste du Corps des gardiens de la révolution

Il est impératif que la France porte, au sein du Conseil de l’Union européenne, l’inscription du CGRI sur la liste des organisations terroristes (conformément àla position commune 2001/931/PESC). Cette qualification n’est pas une simple étiquette politique ; elle est la reconnaissance juridique d’une structure dont les méthodes – assassinats, tortures et répression de masse - répondent point par point aux critères de la criminalité de masse organisée, qualifiable en crime contre l’humanité, et non en simple violence d’Etat". Maintenir cette entité hors du champ terroriste est une fiction juridique que nous ne pouvons plus entretenir.

2. La rupture de la bienveillance diplomatique

La Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques offre aux Etats souverains les moyens d’exprimer leur réprobation face à l’indignité. La France doit procéder à la fermeture immédiate de l’ambassade de la République islamique d’Iran à Paris ainsi que de l’ensemble de ses représentations consulaires. En déclarant les agents de ce régime persona non grata et en expulsant leurs représentants, la France signifierait qu’elle ne reconnaît plus la légitimité d’un pouvoir qui assassine sa jeunesse.

3. L’asphyxie financière des responsables du massacre

Le droit financier offre des leviers de sanction d’une efficacité chirurgicale. Nous demandons le gel immédiat et exhaustif des avoirs détenus sur le territoire français par les membres du CGRI et les hauts dignitaires du régime. L’Etat français doit traquer chaque actif, chaque investissement, chaque compte bancaire qui, directement ou indirectement, alimente la machine de répression. Que le patrimoine des oppresseurs soit mis sous séquestre au nom de la justice que les victimes ne peuvent pas obtenir chez elles.

Monsieur le président,

L’inaction est un choix. Ce que la France fait aujourd’hui sera inscrit dans l’Histoire et jugé pendant des générations.

Ce n’est pas un simple événement auquel nous assistons, mais à un tournant historique. Et il ne s’agit pas uniquement de l’Iran. Il s’agit de la crédibilité du système international des droits de l’Homme et de ceux qui prétendent le défendre.

L’Histoire posera une question simple : qu’avons-nous fait pour empêcher l’un des plus grands massacres de civils du XXIe siècle ?

* Les signataires (par ordre alphabétique) :

  1. Saeid ABEDI
  2. Sina ABEDI
  3. Farzaneh ADIBNAZARI
  4. Engareh ALIREZAI
  5. Paul AMAR
  6. Shahab AMOPOUR
  7. Ariana ASKARI
  8. Aurélie ASSOULINE
  9. Banafsheh AZAR
  10. Bita AZIMI
  11. Philippe AZOUAOU
  12. Carmen BADER
  13. Banafsheh BAHRAMIAN
  14. Marc BARANI
  15. Firouzeh BAYANI
  16. Touradj BAYANI
  17. Hamidreza BAZYAR
  18. Marie-Yvonne BENJAMIN
  19. Sandrine BERESSI
  20. Aude BOISART
  21. Yves BOMATI
  22. Hélène BORNSTEIN
  23. Ali BOROUMAND
  24. Martina BOUCHE
  25. David-Hervé BOUTIN
  26. Antoine BRASSENS
  27. Natacha BRITSCH
  28. Pascal BRUCKNER
  29. Laure CAILLE
  30. Joel CARON
  31. Victor CIOCAN
  32. Philip COHEN
  33. Marie-Hélène COHEN-GUILLEMINET
  34. Didier DALIN
  35. Pascale DAVID
  36. Michèle DAYAN
  37. André DE BUSSY
  38. Hirbod DEHGHANI
  39. Hilda DEHGHANI-SCHMIT
  40. Ladan DIRICKX
  41. Julien ELBAZ
  42. Mozhgan ERFANI
  43. Alain EZAMI
  44. Jila EZAMI
  45. Cyrus FARAHMAND
  46. Lara FATIMI
  47. Michel FAYAD
  48. Jan-Marc FERLY
  49. Aurelie FILIPETTI
  50. Behnaz FOROOMADI
  51. Cécile FRICKER-LEHANNEUR
  52. Diane GALLIOT
  53. Farokh GAMARI
  54. Marcel GAUCHET
  55. Nader GHADIN
  56. Faissnet GHAMANY
  57. Mathias GOLSHANI
  58. François GRUSON
  59. Jean-Christophe GUERRINI
  60. Thierry GUILLEMINET
  61. Hélène HAFEZI
  62. Leila HARANDI
  63. Romain HARANG
  64. Maryam HASHEMI
  65. Alexis HELLOT
  66. Patrick HENRIET
  67. Mandana ILLAMI
  68. Jenia JIANPOUR
  69. Déborah JOURNO
  70. Sophie JUGE
  71. Rachel KAHN
  72. Asma KASSI LAHLOU
  73. Zohreh KHOOGAR
  74. Sara KIANPOUR
  75. Mélodie LABRO
  76. Alain LAHANA
  77. Chervin LAPORTE
  78. Marie-Pierre LAZARD
  79. Viktor LAZLO
  80. Martin LEGROS
  81. Valeh MAGNIN
  82. Parsa MAHMOODIFAR
  83. Marc MAIDENBERG
  84. Sophie MAKARIOU
  85. Julie MAMOU-MANI
  86. Ehsan MANOOCHEHRI
  87. Gabriel MARTINEZ-GROS
  88. Maxime MEGRET-MERGER
  89. Radu MIHAILEANU
  90. Mehnoush MODONPOUR
  91. Marzieh MOHEBBI
  92. Yosra MOJTAHEDI
  93. Mahyar MONSHIPOUR KERMANI
  94. Jean Aria MOUY
  95. Matthias MOUY
  96. Mojgan MOUY
  97. Richard MOUY
  98. Valérie MOVALLALI
  99. Elodie MULON
  100. Anousha NAZARI
  101. David NITLICH
  102. Fatemeh NOEPARAST
  103. Lilas PAKZAD
  104. Reza PARVIZI
  105. Maxime PEREZ
  106. Alexandra PERQUIN
  107. Delphine PESTRE
  108. Marie-Aimée PEYRON
  109. Aurélie PIRILLO
  110. Gilles PLATRET
  111. Abdollah RAFIIAN
  112. Raphael CHANTOISEAU
  113. Faraj Alexandre RIFAI
  114. Simone RODAN-BENZAQUEN
  115. Gérard SABATER
  116. Sahand SABER
  117. Shaparak SALEH
  118. Kian SERESHGI
  119. Navid SERESHGI
  120. Armand SHAHBAZI
  121. Mahnoush SHAHBAZI
  122. Shirine SOHEILI
  123. Annie SUGIER
  124. Pierre TERDJMAN
  125. Azadeh THIRIEZ-ARJANGI
  126. Michèle TISSEYRE
  127. Yasmine VALIPOUR
  128. Michèle VIANES
  129. Patrick VUITTENEZ
  130. Marie-Christine WASSILIEFF
  131. David-Xavier WEISS
  132. Caroline YADAN
  133. Sonya ZADIG
  134. Zohreh ZAHRAI
  135. Suzanne ZIAI
  136. Arlette ZILBERG
  137. Nathalie ZYSERMAN

Pour signer cette tribune, cliquez ici

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Des voitures brûlent dans une rue lors d'une manifestation à Téhéran, en Iran, le 8 janvier 2026.
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Immigration : la sulfureuse directive "retour" qui divise le Parlement européen

Que Bruno Retailleau se rassure : il n’est pas le seul à tweeter sur un coup de tête. Il y a trois mois, Marine Le Pen lâchait également une petite bombe. Mercredi 1er octobre, les rapporteurs de chaque groupe du Parlement européen sont réunis pour discuter du règlement retour, qui prévoit de durcir les règles en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière, lorsqu’ils reçoivent, à 10h59, une notification sur leurs téléphones. "La Commission européenne prépare un nouveau coup d’État juridique, vitupère sur X la cheffe de file nationaliste. Le Rassemblement national s’opposera sans faiblir à ce projet mortifère."

Dans la salle, la Néerlandaise Marieke Ehlers, rapporteure pour le groupe Patriots for Europe (PfE) - présidé par Jordan Bardella - accuse le coup. "Son visage s’est décomposé", raconte un participant. Et pour cause. Voilà des mois que l’eurodéputée négocie avec ses collègues français du RN, dont l'ex-patron de Frontex, Fabrice Leggeri, qui saluait encore dans la presse, le 23 septembre, "un pas dans la bonne direction". Le parti à la flamme, qui prétend "changer l’Europe de l’intérieur", semble, sur un sujet constitutif de son identité, y renoncer. "Il y a deux lignes au RN. Une partie des eurodéputés de PfE veulent participer à la discussion tandis qu’une autre ne veut, d’entrée de jeu, pas en entendre parler, relève un élu au cœur des discussions. Manifestement, la position prise par Paris n’avait pas été concertée."

L’enjeu du texte présenté en mars 2025 par la Commission européenne est clair : il s’agit de fixer des règles européennes communes en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. "Ce texte peut changer totalement la donne sur la question politique majeure de la lutte contre l’immigration illégale, en sortant de l’impuissance sur le sujet des OQTF", résume François-Xavier Bellamy, eurodéputé LR et rapporteur pour le groupe PPE, soulignant au passage la différence majeure entre une "directive", qui doit être transposée par États, et un règlement, qui s’applique à tous les États membres dès son adoption. Bruno Retailleau l’a bien compris, s’en saisissant dès son entrée au gouvernement. "On m’avait dit que je n’arriverai pas à faire bouger les choses. Or, c’est l’une des choses les plus importantes que j’ai faites à Beauvau", revendique-t-il aujourd’hui auprès de L’Express. Rien n’est encore fait, pourtant. Si le texte a été adopté à l’automne par le Conseil de l'Union européenne sous la présidence danoise, il faut encore trouver une majorité au Parlement européen, où l’on espère un vote à la fin du mois de février.

"On entre dans le dur"

Il y a au moins trois points chauds. "La directive retour protégeait plutôt les droits des migrants. L’accent était mis sur les retours volontaires, très rares, plutôt que sur l’éloignement forcé. Le texte présenté par la Commission permet de renverser l’ordre de priorité", explique François-Xavier Bellamy. De fait, en 2024, selon la Cour des comptes, moins d’1,5 % des personnes sous le coup d’une OQTF quittaient volontairement le territoire. Ensuite, pour faire face au problème de renvoi des étrangers en situation irrégulière - le taux moyen d’éloignement ne dépasse pas 20 % au niveau européen - le texte rédigé par le commissaire autrichien Magnus Brunner (PPE) ouvre la voie à la création de "centres de retour". Dans l’attente de leur rapatriement, les migrants seraient envoyés dans des pays tiers dits "sûrs" - des discussions sont en cours avec la Tunisie, par exemple. Enfin, la droite européenne entend limiter le nombre de recours possibles pour une personne visée par une mesure d’éloignement.

Autant de mesures qui crispent la gauche. "On entre dans le dur", glisse-t-on dans l’entourage de la négociatrice pour les écologistes, Mélissa Camara. "Les négociations seront très difficiles parce que les écologistes ne sont pas sur la même ligne que les socialistes français, qui ne sont eux-mêmes pas sur la ligne des sociaux-démocrates danois, souligne un bon connaisseur du Parlement européen. Et au RN, à la fin, lorsqu’il faudra appuyer sur le bouton, Marine Le Pen tranchera, comme toujours." N’a-t-elle pas déjà tranché ?

© REUTERS

La présidente du parti d'extrême droite français, Marine Le Pen, arrive à la réunion du parti Patriots for Europe (PfE) à Bruxelles, en Belgique, le 17 décembre 2025.
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Aaron David Miller, ex-conseiller du département d'Etat : "Avec l’Iran, Trump s’est mis dans une situation très délicate"

Après avoir montré les muscles, Donald Trump est-il en train de se déballonner ? Si depuis le début du mouvement de révolte en Iran le 28 décembre dernier, le locataire de la Maison-Blanche n’a cessé d'étriller la République islamique, le président américain a soudainement tempéré ses ardeurs le 14 janvier. "Nous avons été informés par des sources très importantes de l'autre côté, et elles ont dit que les tueries ont pris fin", a-t-il déclaré de manière surprenante depuis la Maison-Blanche, ajoutant avoir ouï dire que les exécutions prévues de manifestants n'auraient finalement "pas lieu".

Une volte-face qui interroge alors que, quelques jours plus tôt, le président américain affirmait vouloir agir "de manière très forte" et assurait que "l’aide était en route". "S’il ne réagit pas de manière significative, sa propre crédibilité, ainsi que celle des États-Unis, seront sérieusement atteintes", jauge Aaron David Miller, ancien conseiller Moyen-Orient de six secrétaires d'État américains (de George Schultz à Colin Powell), et aujourd’hui chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace, à Washington. Interview.

L’Express : Donald Trump est-il en train de faire marche arrière en Iran ?

Aaron David Miller : Non, je pense qu'il gagne du temps en attendant que les forces armées américaines soient déployées pour lui permettre d'envisager toutes les options. À ce moment-là, une décision cruciale devra être prise. S'agira-t-il d'une frappe ponctuelle, conçue pour tenir sa promesse d'aider les manifestants, ou d'une campagne d'envergure visant à affaiblir le régime iranien ? C’est difficile à dire pour le moment. Je ne suis pas certain qu’il veuille fondamentalement frapper l’Iran, mais je crois que si le régime poursuit sa répression, il n’aura probablement pas le choix. La décision finale dépendra de la situation sur le terrain.

Est-ce à dire qu’une action américaine est imminente ?

La manière dont Donald Trump a parlé de l’Iran ces derniers jours a atteint une virulence jamais vue chez aucun de ses prédécesseurs, républicains ou démocrates. Il s’est montré incendiaire, en affirmant vouloir "frapper très fort", ou en assurant aux manifestants que "l'aide arrive". Il a ainsi encouragé ces derniers à descendre dans les rues, dans un contexte où le bilan des morts ne cesse de s’alourdir et pourrait même dépasser les 10 000 victimes selon certaines sources.

Est-il moralement acceptable d'encourager une population à prendre de tels risques, en faisant croire que des secours arrivent, si finalement rien ne se passe ? Donald Trump s’est mis dans une situation très délicate. S’il ne réagit pas de manière significative, sa propre crédibilité, ainsi que celle des États-Unis, seront sérieusement atteintes. De plus, s’il décide de frapper l’Iran, mais que cela n’a pas l’effet escompté, il sera perçu comme faible.

Des frappes américaines pourraient-elles suffire à faire tomber le régime ?

Je ne le crois pas. Un régime ne change pas par la seule force aérienne, mais lorsque les pouvoirs répressifs s’effondrent ou sont renversés. Dans le cas de l'Irak et de l'Afghanistan, ce sont des forces terrestres qui les ont renversés. Or, les États-Unis ne sont en aucun cas prêts à en déployer en Iran pour faire tomber le pouvoir. Des frappes aériennes pourraient certes l’affaiblir et semer la confusion, mais je doute qu’elles suffisent à faire basculer le rapport de force avec les manifestants. A l'heure actuelle, l’ensemble des forces de sécurité sont dans les rues, et tirent sans discernement dans la foule à l’arme automatique. Rien ne laisse présager que le régime soit en train de fléchir. Dès lors, que pourraient faire les États-Unis pour modifier significativement ce rapport de force ? C'est une question à laquelle il est très difficile de répondre pour l’instant.

Quelles seraient les autres options de Donald Trump ?

Parmi l'éventail des réponses possibles, il y a celle des cyberattaques visant à perturber les communications du régime iranien. Cela permettrait de déstabiliser la coordination des forces de sécurité. Il serait également possible de frapper directement certaines de ces unités, comme les Gardiens de la révolution ou les Bassidj, une milice composée exclusivement de volontaires. Cela représente environ un million de personnes chargées de la sécurité et réparties partout dans le pays.

Sur le plan économique, le ciblage des infrastructures liées à la production de pétrole constitue un autre moyen de pression – comme le terminal d'exportation de l'île de Kharg. Il serait aussi possible d’imposer un blocus maritime pour empêcher l'Iran d'exporter son or noir. Enfin, la dernière option serait d’apporter un soutien aux manifestants. Par exemple en leur fournissant un meilleur accès au réseau Starlink, pour contourner la coupure d’Internet dans le pays et faciliter les communications au sein de la population. Soutenir clandestinement l’opposition permettrait à celle-ci de mieux s’organiser.

En cas de frappes américaines, quelles sont les capacités de riposte de l'Iran ?

Ses options sont plus limitées que jamais. Son soi-disant "axe de la résistance" a été anéanti ces dernières années. Le Hamas est militairement exsangue et incapable de fournir aux Iraniens le moindre moyen de pression. Le Hezbollah a été tellement affaibli par les Israéliens – tant au niveau de sa direction que de son arsenal de missiles – qu'il ne représente plus une menace de frappes contre Israël. Les milices pro-iraniennes en Irak et en Syrie restent une option, mais elles n’ont pas la capacité de causer de lourds dégâts.

Pour l’Iran, l’option la plus efficace serait une frappe contre le Qatar ou sur les champs pétroliers saoudiens, comme en septembre 2019, lorsqu’ils ont mis hors service environ 5 % de la production mondiale pendant quelques semaines. Des frappes de missiles balistiques contre Israël sont aussi envisageables. En juin, les Iraniens ont lancé 500 drones et missiles balistiques, tuant 25 Israéliens et causant des dégâts matériels. Les bases américaines d'Al-Dhafra, aux Émirats arabes unis, et d'Al-Udeid, au Qatar, pourraient également être ciblées. Ce sont les seules options, mais elles ne sont pas bonnes et provoqueraient une riposte américaine massive.

À l'instar de l'intervention américaine au Venezuela, une action visant à éliminer le Guide suprême Ali Khamenei serait-elle envisageable ?

J’en doute. Car il y a tout de même une différence entre arrêter Maduro et sa femme, inculpés en 2020, et les ramener aux États-Unis pour les juger, et le fait d’éliminer un dirigeant. Et même en supposant que les États-Unis, ou Israël, se lancent dans une telle opération, cela changera-t-il réellement les choses ? Même en cas d’effondrement du régime, les Gardiens de la révolution et l'appareil sécuritaire conserveront une part importante de leurs ressources et de leur pouvoir.

Nombreux sont les analystes à considérer que s’il devait y avoir une transition, il ne s’agirait probablement pas d’un changement fondamental de la nature du régime. Cela pourrait se limiter à un renforcement du pouvoir du Corps des gardiens de la révolution, ou de l’armée, désormais libérés du pouvoir des religieux. Ce qui ne transformerait pas l’Iran en un État plus docile, et encore moins en un État plus démocratique.

Il n’est donc pas garanti que l’Iran se transforme en démocratie en cas d’effondrement du régime…

Actuellement, personne ne peut prédire avec exactitude la nature de cette transition, ni qui, au final, contrôlera l'Iran. Mais dans un pays de 92 millions d’habitants dominé depuis 47 ans par les mollahs, il est difficile d'imaginer une transition rapide et facile vers un gouvernement stable. A l’inverse, il est plus probable d’assister à une période d'instabilité prolongée. L’une des difficultés est que les manifestants manquent d’un leader. Aucune personnalité n'a su fédérer des soutiens capables de tirer profit de la faiblesse du régime pour créer une alternative. La plupart des précédents présidents iraniens ont ainsi été marginalisés ou réduits au silence. Il y a certes Reza Pahlavi, le fils du chah, âgé de 65 ans, qui, paraît-il, gagne en crédibilité en tant que figure de transition dans le pays. Mais il n'a aucune influence sur le terrain. Il ne contrôle ni les armes, ni le pétrole, ni les médias. C'est pourtant ainsi que se déroulent généralement les transitions. Il est donc très difficile de prédire avec certitude ce qui se passerait si ce régime venait à s'effondrer.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump, à la base aérienne d'Andrews, le 13 janvier 2026
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Russie : comment une femme attire des étrangers pour qu'ils combattent en Ukraine

Ils pensaient fuir la précarité, et se retrouvent piégés sur le front. Une enquête de BBC Eye donne la parole à des hommes attirés par la promesse d’une vie meilleure et enrôlés dans la guerre menée par la Russie en Ukraine. L’investigation britannique met en lumière le rôle de Polina Alexandrovna Azarnykh, ancienne enseignante de 40 ans, qui utilise une chaîne Telegram pour recruter de jeunes hommes, majoritairement issus de pays pauvres. Elle est devenue "l'un des recruteurs les plus importants" de l'armée russe, explique Habib, un Syrien qui a servi dans l'armée russe et travaillé avec elle.

Dans des vidéos au ton rassurant, la quadragénaire fait la promotion de "contrats d’un an" de "service militaire". À la clé : des salaires attractifs et la promesse d’une naturalisation russe. Une offre présentée comme une opportunité, mais qui conduit, pour nombre de recrues, directement sur les lignes de front. Suivie par près de 21 000 abonnés, Polina Alexandrovna Azarnykh invite régulièrement les candidats à l’engagement à lui transmettre une copie numérisée de leur passeport. Elle diffuse ensuite des lettres d’invitation officielles, parfois accompagnées de listes nominatives des hommes concernés.

La BBC a recensé près de 500 situations dans lesquelles elle aurait délivré des documents dits "d’invitation", ouvrant la voie à une entrée en Russie en vue d’un engagement militaire. Ces documents concernaient des hommes, pour la plupart originaires de Syrie, d’Égypte et du Yémen, qui lui auraient transmis les informations figurant sur leur passeport afin de s’enrôler. Mais plusieurs recrues, ainsi que des proches, ont expliqué à la BBC avoir été induits en erreur.

Envoyé au combat après 10 jours d'entraînement

D’après leurs récits, l'ancienne enseignante leur aurait laissé croire qu’ils ne seraient pas envoyés au combat, sans mentionner l’impossibilité de quitter l’armée à l’issue d’un an de service. Si Polina Alexandrovna Azarnykh conteste l’ensemble de ces accusations, la BBC rapporte que douze familles disent avoir perdu tout contact avec de jeunes hommes, recrutés selon elles par l'intermédiaire de la mise en cause.

Parmi les témoignages recueillis figure celui d’Omar, anonymisé. Ce Syrien de 26 ans, ouvrier du bâtiment, a été déployé près de neuf mois sur la ligne de front en Ukraine. Joint par la BBC depuis ce pays, il affirme avoir été dupé. Selon lui, Polina Alexandrovna Azarnykh lui avait assuré qu’en échange de 3 000 dollars, elle lui garantirait un poste loin des affrontements. Mais, raconte-t-il, après seulement dix jours d’entraînement, il a été envoyé au combat. Refusant alors de verser la somme exigée, il affirme qu’elle a fini par brûler son passeport. C'est ce que montre d'ailleurs une vidéo publiée sur le site.

Une prime de 5 000 dollars

Dans son article, la BBC retrace le parcours du vingtenaire : en mars 2024, Omar se retrouvait sans le sou à l'aéroport de Moscou avec 14 autres Syriens. Ils venaient d'être victimes d'une arnaque : un recruteur leur avait proposé ce qu'ils pensaient être un travail civil consistant à surveiller des installations pétrolières en Russie. Ils se sont envolés pour Moscou, avant de découvrir que les postes n'existaient pas. À la recherche d’une issue, raconte Omar, l’un des membres du groupe est tombé sur la chaîne Telegram d’Azarnykh et lui a envoyé un message. Sur place son interlocutrice leur a proposé des contrats d’un an avec l’armée russe, assortis d’un salaire mensuel d’environ 2 500 dollars et d’une prime à la signature de 5 000 dollars.

Selon plusieurs journalistes, des individus comme Polina Alexandrovna Azarnykh font partie d'un réseau de recruteurs informels. La chercheuse Katerina Stepanenko explique à la BBC que "le Kremlin a d'abord utilisé des entités plus importantes telles que le groupe militaire privé Wagner et le système pénitentiaire pour le recrutement, mais que depuis 2024, il s'appuie également sur des acteurs locaux et des entreprises plus petites." A noter que depuis la publication de l'article, Omar a finalement obtenu la nationalité russe et a lui aussi réussi à rentrer en Syrie. Deux des Syriens avec lesquels il a servi sont décédés, d'après leurs familles.

© REUTERS

Des militaires russes passent devant le théâtre Bolchoï sous une épaisse couche de neige à Moscou, en Russie, le 9 janvier 2026.
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Législatives en Hongrie : Viktor Orban intensifie sa campagne anti-Ukraine

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui se prépare à des élections difficiles en avril, a déclaré ce vendredi 16 janvier qu'il allait lancer une "pétition nationale" pour obtenir le soutien de la population à sa politique consistant à rejeter toute aide financière européenne à l'Ukraine voisine, qui lutte contre une invasion russe depuis février 2022.

Alors que le conflit ne montre aucun signe de fin et que l'économie hongroise stagne, Viktor Orban a présenté les élections à venir comme un choix entre la guerre et la paix, dépeignant l'Ukraine comme indigne de soutien, et son gouvernement comme le seul rempart contre la guerre et ses répercussions économiques.

Depuis l'année dernière, les panneaux électoraux du parti Fidesz de Viktor Orban cherchent à associer le chef de l'opposition, Peter Magyar, à Bruxelles et à l'Ukraine, suggérant que voter pour son parti Tisza signifie voter pour les chars et la guerre.

La campagne de Viktor Orban cible principalement les électeurs ruraux et fait écho à ses précédentes campagnes anti-migrants, alors que la plupart des sondages montrent que le Fidesz est devancé par Tisza.

"Pressions de Bruxelles"

Les détails de la "pétition" sont flous à ce stade, mais il semble selon Reuters qu'il s'agirait d'un référendum informel, sous la forme d'un bulletin de vote envoyé aux citoyens. "Tout le monde recevra cette pétition nationale et aura la possibilité de dire 'non' et de dire, avec le gouvernement, que nous ne paierons pas", a déclaré Viktor Orban à la radio d'État ce vendredi, accusant l'opposition d'être pro-ukrainienne.

Le Premier ministre d'extrême droite a déclaré, sans apporter la moindre preuve, que l'Union européenne était prête à faire pression sur la Hongrie pour qu'elle envoie ses jeunes combattre en Ukraine. "Et il y a lieu de craindre, à juste titre, que les forces pro-ukrainiennes cèdent aux pressions de Bruxelles", a-t-il ajouté.

Peter Magyar a de son côté affirmé que Tisza soutenait la paix en Ukraine, rejetait l'idée de la conscription et ne soutiendrait aucune escalade du conflit.

Soutien de l'extrême droite européenne

Dans une vidéo de campagne publiée cette semaine, plusieurs dirigeants d'extrême droite, parmi lesquels Giorgia Meloni, Marine Le Pen ou encore Alice Weidel, apportent leur soutien à Viktor Orban, saluant notamment la politique qu'il mène vis-à-vis de Kiev. Le Premier ministre hongrois "se bat pour la paix en Ukraine", assure ainsi la cheffe de l'AfD, tandis que l'Italien Matteo Salvini déclare : "Si vous voulez la paix, votez pour le Fidesz".

La Commission européenne a présenté mercredi sa proposition de prêter 90 milliards d'euros à l'Ukraine. En décembre, lorsque le plan a été finalisé, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont donné leur accord à condition de ne pas être affectées financièrement.

Un sondage réalisé en décembre par Policy Solutions et Zavecz Research a révélé une opposition croissante en Hongrie à l'aide financière européenne à destination de l'Ukraine. En 2023, 57 % des personnes interrogées y étaient favorables et 41 % y étaient opposées ; l'année dernière, elles n'étaient plus que 36 % à y être favorables, contre 63 % qui y étaient opposés.

© REUTERS

Le Premier ministre hongrois lors d'une conférence de presse, le 5 janvier 2026.
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Manifestations en Iran : frappe ou désescalade ? Donald Trump face à un dilemme

À l’issue d’une réunion nocturne dans la "Situation Room", mardi 13 janvier, l’hypothèse d’une escalade américaine semblait imminente. Selon CNN, le président Donald Trump aurait été profondément marqué par la diffusion de vidéos d’anciennes exécutions ordonnées par le régime iranien. Le locataire de la Maison-Blanche assurait alors aux Iraniens que "l'aide était en route", tandis que des soldats de la base américaine au Qatar étaient évacués pour anticiper les représailles. À Washington, beaucoup pensaient donc voir se rejouer le scénario du mois de juin, lorsque les États-Unis avaient mené des frappes aériennes contre trois sites nucléaires pour tenter d’entraver le programme nucléaire de Téhéran.

Alors que l’option militaire semblait sérieusement envisagée, Donald Trump a finalement calmé le jeu. Mercredi 14 janvier, il a affirmé avoir reçu des informations émanant de "sources très importantes de l’autre côté", selon lesquelles l’Iran aurait cessé de tuer des manifestants et renoncé à lancer de nouvelles exécutions — un signal qui, de toute évidence, a suffi à le satisfaire. 800 exécutions prévues la veille auraient été annulées, a précisé la Maison-Blanche jeudi. "Bonne nouvelle", a commenté Donald Trump sur les réseaux sociaux, ajoutant : "Espérons que cela continue !". Des déclarations laissant entendre que le président américain écarte, au moins provisoirement, l’hypothèse d’une frappe contre l’Iran.

Une posture attentiste encouragée par plusieurs alliés régionaux de Washington, inquiets des conséquences d’une frappe américaine. Un haut responsable américain a ainsi confié jeudi au New York Times que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait demandé à Donald Trump de différer tout projet d’attaque contre l’Iran.

D’après CNN, les autorités israéliennes doutent en effet d’un effondrement rapide du régime iranien sans une campagne militaire prolongée. Autre sujet de préoccupation, selon la chaîne : "L’état du système de défense antimissile israélien — déjà fortement sollicité lors du précédent affrontement israélo-iranien — nourrissait également de sérieuses inquiétudes quant à la capacité du pays à encaisser de nouvelles représailles".

Toutes les options sur la table

Le Qatar, l’Arabie saoudite, Oman et l’Égypte — tous partenaires stratégiques de Washington — ont eux aussi exhorté l’administration Donald Trump à renoncer à une attaque contre l’Iran, a confié un responsable d’un pays arabe du Golfe. Cette prudence s’explique aussi par un réchauffement notable des relations entre Téhéran et ses voisins, comme le souligne The Guardian. L’an dernier, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’est ainsi rendu à Bahreïn — une première pour un chef de la diplomatie iranienne depuis 2010 — et a multiplié les déplacements en Égypte, avec quatre visites au Caire visant à rétablir des relations rompues de longue date. Riyad et Téhéran sont par ailleurs engagés sur la voie d’une normalisation progressive depuis près de trois ans.

Dans les coulisses de la Maison-Blanche, certains responsables américains s’interrogent toutefois sur la sincérité de cette désescalade, redoutant une manœuvre de diversion de la part de Donald Trump. Ils rappellent notamment les allégations volontairement floues du président en juin 2025, quelques jours seulement avant qu’il n’ordonne des frappes iraniennes. Jeudi, la Maison-Blanche a d’ailleurs maintenu l’ambiguïté, affirmant que toutes les options — y compris militaires — restaient sur la table.

D’autant que des signaux contradictoires continuent d’alimenter le doute. Profitant de cette accalmie apparente, le Pentagone a engagé l’acheminement en urgence de nouveaux armements et équipements de défense vers la région. Le porte-avions Abraham Lincoln et une partie de son groupe d’escorte font ainsi route vers le Moyen-Orient depuis la mer de Chine méridionale — un transit d’environ une semaine, selon deux responsables américains cités par le New York Times, qui ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité des questions opérationnelles.

"Trump est un homme d'action"

"En réalité, seul le président Trump sait ce qu'il va faire, et un cercle très restreint de conseillers est informé de sa décision", a précisé la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, lors d'un point de presse. Un haut responsable américain a ajouté mercredi soir que sa décision d'ordonner une attaque dépendrait des actions que les services de sécurité iraniens entreprendront face aux manifestations. "Le président Trump est un homme d'action, pas un beau parleur comme on le voit aux Nations unies", a appuyé Mike Waltz, le représentant américain auprès de l'ONU, lors d'une réunion du Conseil de sécurité.

De son côté, l’ambassadeur adjoint de l’Iran auprès des Nations unies, Gholamhossein Darzi, a de nouveau mis en garde le Conseil de sécurité : "Tout acte d’agression, direct ou indirect, se verra répondre de manière décisive, proportionnée et conforme au droit. Il ne s’agit pas d’une menace, mais d’un constat de la réalité juridique." Selon l’organisation Human Rights Activists in Iran (HRANA), plus de 2 500 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations. Alors que la répression sanglante se poursuit dans le pays des mollahs, les regards restent une nouvelle fois braqués sur le président américain. Comme le résume CNN : "La suite dépend de Donald Trump."

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Face à la répression sanglante du régime iranien, Donald Trump joue pour l'instant la désescalade. Pour combien de temps ?
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Venezuela : face à Donald Trump, l’opération séduction de Maria Corina Machado

Donald Trump sourit, un énorme cadre doré serré entre les mains. À ses côtés, Maria Corina Machado, tailleur blanc immaculé, joue son va-tout. La scène, immortalisée par la Maison-Blanche, résume à elle seule un nouvel épisode de théâtre politique. Jeudi 15 janvier, l’opposante vénézuélienne a remis au président américain sa médaille du prix Nobel de la paix. Un geste hautement symbolique, destiné à peser sur les orientations de Washington quant à l’avenir politique du Venezuela, après le kidnapping de son président Nicolas Maduro. Selon un responsable de la Maison-Blanche, Donald Trump n’aurait en tout cas aucune intention de se séparer du prix.

Dans un message publié jeudi soir sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé à affluer. Donald Trump s’est félicité du geste : "Maria m’a remis son prix Nobel de la paix pour le travail que j’ai accompli. Un magnifique signe de respect mutuel. Merci Maria !". De son côté, la principale intéressée a salué une rencontre "excellente" et présenté ce don comme la reconnaissance de l’engagement du président américain en faveur, selon elle, de la liberté du peuple vénézuélien. Le message joint à la médaille évoquait "un leadership exceptionnel pour la promotion de la paix par la force" et décrivait cette offrande comme un "symbole personnel de gratitude au nom du peuple vénézuélien".

Cette opération de séduction intervient après le refus du président américain de soutenir Maria Corina Machado comme alternative à Nicolas Maduro. The Washington Post y voit de fait "une offre de paix destinée à gagner les faveurs d’un Trump méfiant". Le geste n’a rien d’anodin. L'ex-magnat de l'immobilier avait publiquement fait campagne pour l’obtention du prix Nobel de la paix avant que Maria Corina Machado ne le reçoive le mois dernier, et n’avait pas caché son amertume face à ce qu’il considérait comme un camouflet. En lui offrant sa médaille, l’opposante vénézuélienne touche donc un point sensible.

"Aucune promesse de soutien"

Réfugiée hors du Venezuela depuis décembre après une fuite spectaculaire par la mer, Maria Corina Machado avance désormais ses pions avec prudence. Face aux représentants du pouvoir chaviste, elle cherche à s’imposer comme une interlocutrice crédible capable de peser, à terme, sur la gouvernance du pays. Jeudi, la quinquagénaire a ainsi rencontré plus d’une douzaine de sénateurs républicains et démocrates au Capitole, où elle bénéficie traditionnellement d’un accueil plus favorable. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a toutefois tempéré cet enthousiasme : si Donald Trump se dit "heureux" de l’avoir rencontrée, il juge toujours, de manière "réaliste", qu’elle ne dispose pas, à ce stade, du soutien nécessaire pour diriger le pays à court terme.

Offrir son Nobel de la paix ne lui a visiblement pas ouvert les portes espérées. "En échange, elle est repartie avec un sac de cadeaux, mais sans la moindre promesse de soutien", raille CNN. Une déconvenue qui en dit long sur les limites de l’opération de charme. Le Washington Post enfonce le clou : "La rencontre s’est tenue à huis clos — une rareté pour Donald Trump, coutumier des mises en scène diplomatiques. Cette discrétion inhabituelle pourrait moins traduire un appui à Maria Corina Machado qu’un signal adressé au pouvoir en place à Caracas, suggérant la volonté de Washington de préserver, voire de consolider, ses canaux avec le gouvernement vénézuélien actuel".

La veille de son entrevue avec Maria Corina Machado, Donald Trump s'est ainsi entretenu par téléphone avec Delcy Rodriguez, leur première conversation directe connue, et tous deux ont fait part de leurs impressions positives – un revirement de situation surprenant "compte tenu des échanges virulents qu'ils avaient eus par le passé", note le Washington Post. "Nous avons eu une excellente conversation aujourd'hui, et c'est une personne formidable " a déclaré le président américain aux journalistes dans le bureau Ovale mercredi.

Ni partage, ni transfert

Alors que la mise en scène diplomatique de Maria Corina Machado n’a manifestement pas produit les effets escomptés à Washington, elle a en revanche provoqué des remous à Oslo. Les tentatives de rapprochement avec Donald Trump ont suscité une franche désapprobation en Norvège, où le prix Nobel de la paix est perçu à la fois comme une distinction d’exception, lourdement chargée de symboles, et comme "l’un des principaux instruments de soft power du pays", rapporte The New York Times.

Toujours dans le quotidien américain, Lena Lindgren, chroniqueuse à l’hebdomadaire Morgenbladet, souligne les limites du pouvoir de l’institution : "Un comité Nobel ne peut jamais empêcher les lauréats du prix Nobel de la paix de commettre des actes contraires à l’esprit du prix". Avant d’ajouter : "La nouveauté, c’est que le prix est désormais instrumentalisé à des fins politiques, voire belliqueuses."

Le 9 janvier dernier, le comité du prix Nobel avait rappelé que l'attribution d'un prix était définitive, et que la récompense ne pouvait être ni révoquée, ni partagée ni transférée. Ce jeudi, le Centre Nobel de la paix, musée situé à Oslo, n'a pas manqué de réagir aux derniers événements, en faisant remarquer sur X qu'"une médaille peut changer de mains, mais pas le titre d’un lauréat."

© via REUTERS

La dirigeante de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado a remis son prix Nobel de la paix à Donald Trump lors d'une rencontre dans le bureau Ovale, jeudi 15 janvier.
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Le "service clandestin" de la DGSE dévoilé, le fiasco du Scaf franco-allemand

La CIA noyaute l'entourage du président vénézuélien,le Mossad israélien piège les bipeurs du Hezbollah, les espions de Poutine payent des petites mains pour dessiner des étoiles de David dans Paris... Si vous ne vous intéressez pas au monde de la défense et de l'espionnage, c'est lui qui s'intéressera à vous. Retrouvez, chaque semaine, notre sélection d'indiscrets exclusifs en France... et notre revue de presse des nouvelles les plus saillantes en Europe.

Scaf : blocage entre Paris et Berlin

"On n’a pas avancé d’un millimètre", reconnaît une source proche du dossier du Scaf, le système de combat aérien du futur, qui implique la France, l’Allemagne et l’Espagne. Alors que les désaccords entre Dassault et Airbus ne sont pas résolus, le sujet avait été évité lors du sommet franco-allemand de Toulon en août, et la rencontre entre les ministres Catherine Vautrin, Boris Pistorius et Margarita Robles, en décembre, n’a débouché sur rien. Lors de l’annonce du Scaf, en 2017, on prévoyait un premier vol du démonstrateur de l’avion en 2026. On n’a pas encore vu le moindre rivet de tôle.

Crouzet raconte le vrai Bureau des légendes

Le Bureau des légendes de la DGSE existe vraiment, Vincent Crouzet y a travaillé. Dans Le jour où je suis devenu espion (L’Observatoire), à paraître le 5 février, l’ex-agent secret, désormais auteur de polars à succès, relate pour la première fois son parcours au sein du renseignement français. Le "service clandestin" qu’il intègre n’a aucun lien avec le boulevard Mortier, il ne figure sur aucun organigramme. Sous la couverture d’un commercial, puis d’un consultant, - il se prétendra même agent du footballeur Lilian Thuram – Crouzet sillonnera l’Afrique à partir de l’Angola.

Les Européens contre-attaquent

Le think tank Europanova, présidé par le chef d’entreprise Guillaume Klossa, réunit son conclave annuel à Bruxelles, du 15 au 17 janvier. 50 responsables débattront de la puissance européenne, avant de transmettre leurs préconisations à António Costa, le président du Conseil européen. Andrius Kubilius, le commissaire européen à la Défense, est attendu. Europanova compte parmi ses administrateurs Cédric Villani (vice-président), le lobbyiste Paul Boury ou l’ex-député (LR) Victor Habert-Dassault, membre de la famille Dassault.

Et notre revue de presse vue d'Europe...

Entrisme. Le nombre d’investisseurs américains au Groenland a doublé entre 2024 et 2025. A la manœuvre, un petit groupe de proches de Donald Trump et de cadres du Parti républicain. On y dénombre Ronald Lauder, un milliardaire qui aurait soufflé au président américain l’idée d’acquérir le territoire danois, Josette Sheeran, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires économiques sous George W. Bush ou Drew Horn, conseiller du vice-président Mike Pence puis du directeur du renseignement national lors de la première présidence Trump. (Jyllands-Posten, Aarhus, 7 janvier)

Cyberdéfense. L’Allemagne et Israël ont signé un accord de cyberdéfense, annonce Alexander Dobrindt, le ministre de l’Intérieur allemand. Berlin a été touchée par une panne de courant géante début janvier, revendiquée par un groupuscule d’extrême gauche. (Der Spiegel, Hambourg, 11 janvier)

Disparition. L’oligarque russe Vladislav Baumgertner, 56 ans, est porté disparu depuis le 7 janvier à Chypre. En 2013, cet ex-associé de Dmitri Rybolovlev, le président du club de football de l'AS Monaco, avait été emprisonné par le KGB, le renseignement biélorusse, conséquence d’un règlement de comptes entre Minsk et Moscou. Ce 14 janvier, un corps a été retrouvé sur une plage de la région d'Avdimou, soupçonné d'être celui de Baumgertner. Alexei Panov, un diplomate russe de 41 ans, soupçonné d'être un agent du GRU selon The Guardian, est lui décédé ce 8 janvier dans l'ambassade de Russie à Limassol. (O Phileléftheros, Limassol).

Espion. Le renseignement intérieur révèle qu’un citoyen letton a été mis en examen pour espionnage au profit de la Russie, en août 2025. Il a transmis de nombreuses informations sur des installations de l’armée et de l’Otan. (Latvijas sabiedriskais medijs, Riga, 8 janvier)

© IP3 PRESS/MAXPPP

Le logo de la DGSE.
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Manifestations en Iran : l’avenir de l’Europe se joue aussi au Moyen-Orient

Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous. Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.

Combien de personnes ont été tuées depuis la fin du mois de décembre ? A quoi ressemblent vraiment les manifestations ? Et surtout, que va devenir le régime ? Depuis plusieurs semaines, les questions se multiplient en Iran alors que la population a pris la rue. D’abord rassemblés pour protester contre leurs difficultés économiques, les Iraniens tentent désormais de se dresser face au régime des mollahs.

Pour répondre à la contestation, le gouvernement réprime violemment ses opposants ou coupe les accès à internet. Quand Donald Trump a menacé d’intervenir, la réaction des Européens, elle, s’est fait attendre. Dans un premier temps plutôt silencieux, les principaux dirigeants ont condamné le régime de l’ayatollah Khamenei au bout de plusieurs jours.

Pourtant, l’Europe ne doit pas ignorer ce qui se joue en ce moment en Iran... car l’avenir du régime de Téhéran est crucial aussi pour le Vieux Continent. Cette semaine, l’actualité qui a donc retenu notre attention c’est la réaction de l’Europe face aux manifestations iraniennes. Et pour en décrypter les enjeux, Luc de Barochez, spécialiste des questions européennes et auteur de la chronique Erasme dans L'Express, est dans cet épisode de "La semaine européenne".

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : Le Monde

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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Pour aller plus loin 

L’Iran sous tension : les scénarios de la contestation qui met le régime à l’épreuve

"En Iran, les cinq conditions d'une révolution sont réunies" : l'analyse décapante de Jack Goldstone

Iran : la révolution en cours peut-elle enfin faire tomber le régime ?, par Anne Rosencher

© MICHAEL BUHOLZER/EPA/MaxPPP

En Europe, des rassemblements ont eu lieu en soutien aux manifestations massives en Iran contre le gouvernement, comme ici à Zurich, en Suisse, le 13 janvier 2026.
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Donald Trump : son rêve d'acquérir le Groenland analysé par la presse américaine

Voilà plus d'une semaine que Donald Trump s'imagine prendre le contrôle du Groenland. Après avoir émis cette idée quelques mois après son élection et le début de son second mandat, le président américain a relancé la machine, rêvant de faire du territoire autonome, sous contrôle danois, le 51e Etat américain, multipliant les déclarations provocantes, voire belliqueuses.

Et pourtant, le président américain peine à embarquer le peuple américain derrière lui, selon le Time. "Les Américains ne souhaitent absolument pas conquérir le Groenland, affirme le magazine centenaire, chiffre à l'appui. Ils ne sont même pas convaincus par l’achat de ce territoire semi-autonome qui fait partie du Danemark et, surtout, qui n’est pas à vendre." Selon un sondage Reuters-Ipsos, seulement 17 % des Américains souhaitent une intervention au Groenland. Alors que, sans surprise, seuls 2 % des démocrates sont en faveur d'un contrôle américain du Groenland, les républicains peinent à être convaincus (40 %).

Pour Politico, le président américain n'est pas vraiment plus populaire chez les habitants du territoire d'Arctique. Les nombreux ultimatums de Donald Trump renforcent l'opposition, souligne le média en ligne, qui remarque le même rejet chez les indépendantistes. D'autant que le mépris de Donald Trump envers les groenlandais et sa fâcheuse tendance à penser que l'argent peut les acheter facilement n'aide en rien. "En affichant si clairement cette conviction, Trump semble susciter un ressentiment plus profond chez les Groenlandais — et une nouvelle résistance à un éventuel rapprochement avec les Etats-Unis", analyse le pure player.

"Pulsions néo-impérialistes"

Peu importe pour le milliardaire. "Il a pour habitude de s'emparer d'une idée et de la mettre en œuvre avec détermination, comptant souvent sur le soutien inconditionnel de sa base électorale pour compenser son influence néfaste auprès des démocrates", estime le Time, pour qui le kidnapping de Nicolas Maduro le 3 janvier dernier lors d'une opération militaire américaine montre bien que Donald Trump ne répond pas aux règles du droit international. Pour le Washington Post, cet épisode marque un tournant dans le fonctionnement de l'administration Trump, qui agit selon "des pulsions néo-impérialistes héritées d'il y a plus d'un siècle".

Comme de nombreux titres de presse américains, CNN reconnaît l'intérêt stratégique du Groenland. "Mais le défaut du raisonnement de Trump est que rien ne l'empêche de renforcer sa présence au Groenland s'il estime que la sécurité nationale des Etats-Unis est menacée", estime le média, alors que le pays a déjà une base militaire sur le territoire danois et pourrait très bien y consolider sa présence dans le cadre des accords de l'Otan. "Rien n'empêche M. Trump de renforcer la position américaine au Groenland, notamment par l'exploitation minière afin de réduire la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine", estime de son côté le Wall Street Journal, considérant qu'un accord avec le Danemark pourrait très bien aller dans ce sens. D'autant que la fonte des glaces en Arctique ouvre les voies navigables selon le Washington Post, facilitant l'accès à "d'immenses gisements de terres rares, ainsi que d'autres ressources naturelles".

Au détriment de l'Otan

Mais Donald Trump gagne-t-il réellement à ouvrir la voie à une invasion américaine du Groenland par la force ? Pour le quotidien de Washington, cette nouvelle lubie trumpienne ne peut qu'affaiblir un Otan déjà en difficulté et laisser de la place aux ambitions chinoises ou russes : "Saboter délibérément l'alliance encouragerait une Russie revancharde et ravirait la Chine, ainsi que l'Iran et les successeurs de Maduro qui dirigent actuellement le Venezuela." Même son de cloche au Wall Street Journal, qui estime que cette querelle entre les Etats-Unis et l'Europe offre à Vladimir Poutine un moyen de diviser les deux principaux alliés et financiers de l'Ukraine. "Les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping se réjouissent certainement de nous voir nous disputer, estime la députée danoise Ida Auken dans une tribune dans le New York Times. Cela ne renforce la sécurité de personne. Au contraire."

Mais la volonté de Donald Trump de récupérer de nouveaux territoires semble être intimement liée à une obsession croissante pour son héritage matériel" pour CNN, qui compare ses ambitions expansionnistes à la création d'une immense salle de bal à l'est de la Maison-Blanche ou l'inscription de son nom sur le Kennedy Center à Washington, au-dessus de celui du président assassiné. "Trump rêverait sans doute d'entrer dans l'histoire aux côtés du président Thomas Jefferson, qui acheta la Louisiane en 1803 pour 15 millions de dollars", estime le média américain, qui parierait presque sur le fait qu'il ne donne son nom à ce nouveau territoire : "La prochaine conquête américaine pourrait devenir Trumpland".

© REUTERS

Donald Trump lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 22 octobre 2025.
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Au Groenland, l’Europe peut-elle faire peur à Trump ?

L’Europe n’a pas les moyens d’empêcher les Etats-Unis de s’emparer du Groenland par la force. Mais elle peut faire en sorte qu’une opération militaire coûte cher à l’Amérique, en lui faisant perdre ce qui lui reste de prestige et d’autorité aux yeux des peuples européens. C’est ce que huit nations européennes ont décidé de faire aux côtés du Danemark, en dépêchant d’urgence cette semaine de petits contingents militaires sur l’île arctique.

Jamais dans l’histoire de l’Otan, vieille de 76 ans, un pays membre n’en a attaqué un autre. Même pendant les périodes de tension bilatérale les plus vives, dans les années 1970 et 1980, la Grèce et la Turquie ne se sont pas fait la guerre. Si Donald Trump décidait d’envoyer l’armée américaine occuper Nuuk, la capitale du Groenland - une hypothèse qu’il a refusé à plusieurs reprises d’exclure - il briserait un tabou.

Les détachements de reconnaissance déployés par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, la Finlande et l’Estonie sous couvert d’un exercice militaire de longue durée, "Endurance arctique", aux côtés des militaires danois, sont uniquement symboliques, même en y incluant les renforts dont le président Emmanuel Macron a annoncé l’envoi prochain. Ils n’auraient pas les moyens de résister à une agression américaine. Mais leur présence permet d'afficher la détermination européenne face à la volonté de prédation de Donald Trump.

En obligeant les Etats-Unis, s’ils mettaient leur menace d’annexion à exécution, à agresser non pas seulement le royaume du Danemark, mais aussi une force multinationale européenne, si petite soit-elle, la coalition pro-Groenland accroît l’enjeu politique pour Washington. Car un tel acte détruirait la crédibilité de l’alliance militaire transatlantique qui, depuis 1949, garantit l’engagement américain à défendre la paix en Europe et donne en échange aux Etats-Unis la haute main sur la sécurité du Vieux Continent.

La faute de l’Europe

Pour éviter toute provocation à l’égard de Donald Trump, les pays concernés ont affirmé que leur décision d’organiser des manœuvres militaires était motivée par le souci de se préparer à contrer la menace russo-chinoise sur l’Arctique. Cela ne trompe personne pourtant. Car si Pékin et Moscou ont bien des visées à long terme sur la région, la seule menace qui pèse immédiatement sur ce territoire grand comme quatre fois la France n’est pas russe et chinoise mais bien américaine.

La Fédération de Russie a manifesté son mécontentement en jugeant "inacceptable" que les activités russes et chinoises servent de prétexte à l’escalade autour du Groenland. Un tel affichage, cependant, cache mal la satisfaction discrète de Moscou. Le Kremlin ne peut que se réjouir de voir l’Alliance atlantique se fracturer et l’attention des Européens se détourner de la guerre en Ukraine, où l’armée russe continue de s’en prendre aux populations civiles en bombardant les installations énergétiques en plein hiver.

La mobilisation européenne autour du Danemark reste très mesurée. En outre, il est regrettable qu’elle soit aussi tardive, étant donné que Donald Trump avait affiché son objectif d’annexer le Groenland dès son premier mandat, et réaffirmé sa volonté avec force peu après sa réélection en novembre 2024. De tous les dirigeants européens, seul Emmanuel Macron s’est rendu à Nuuk l’an dernier en compagnie de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, pour exprimer sa solidarité concrète. Pourtant, mieux vaut tard que jamais ; la mobilisation européenne, même tardive, même limitée, vaut mieux que la résignation.

L’amorce de négociation entamée le 14 janvier à Washington par les ministres des Affaires étrangères du Danemark et du Groenland n’a rien donné. A Copenhague, Mette Frederiksen a acté un "désaccord fondamental" avec l’Amérique. Donald Trump de son côté a placé la barre très haut en soulignant que toute situation où les Etats-Unis ne contrôleraient pas le Groenland serait à ses yeux "inacceptable".

Le président américain a raison sur un point : le Groenland - qui pour sa part n’aspire qu’à l’indépendance - est un enjeu stratégique majeur. C’est la faute de l’Europe d’avoir tant tardé à le comprendre. Ce n’est pas qu’une question de positionnement géographique, à mi-chemin de la Russie et de l’Amérique. Depuis un demi-siècle, l’Arctique s’est réchauffé près de quatre fois plus vite que le reste de la planète : en devenant plus accessible, la région gagne en importance géopolitique. De nouvelles routes commerciales s’ouvrent, qui devraient à terme permettre aux navires chinois de rallier Shanghai à Rotterdam en 15 jours, deux fois plus vite que via le canal de Suez. L’accès aux ressources du sous-sol sera lui aussi facilité. Il n’est pas garanti que la mobilisation européenne dissuade Donald Trump. Mais quelle que soit son issue, le bras de fer euroaméricain qui vient de s’engager laissera des traces profondes.

© via REUTERS

Emmanuel Macron lors de sa visite dans une base militaire à Istres, le 15 janvier 2026.
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Ukraine : Mykhaïlo Fedorov, un geek spécialiste des drones à la tête du ministère de la Défense

Son nom avait été proposé à la surprise générale, le 2 janvier dernier, par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Après un vote positif de la Rada, le parlement ukrainien, mercredi 14 janvier, c'est désormais officiel : Mykhaïlo Fedorov, jusqu'ici vice-Premier ministre et ministre de la Transformation numérique, a été nommé à la tête du ministère de la Défense. Peu connu du grand public, l'homme de 34 ans est pourtant le seul membre du gouvernement à avoir survécu à tous les remaniements gouvernementaux depuis l'élection de Volodymyr Zelensky en 2019. Nommé six mois auparavant, en juillet 2025, son prédécesseur à la Défense Denys Chmyhal a été déplacé au poste de vice-Premier ministre et ministre de l'Énergie.

Si la nomination du jeune entrepreneur a pu étonner, elle est parfaitement logique pour le président ukrainien : "Mykhaïlo est profondément impliqué dans les questions liées à la ligne de drones et travaille très efficacement à la numérisation des services et des processus publics, a détaillé Volodymyr Zelensky dans son message quotidien le 2 janvier dernier. Avec toute notre armée, le commandement de l'armée, les producteurs d'armes nationales et les partenaires ukrainiens, nous devons mettre en œuvre des changements dans le secteur de la défense qui seront utiles."

Fondateur d'une entreprise de stratégie marketing des réseaux sociaux, SMM Studio, et diplômé de l'université de Zapirijia, sa région de naissance, Mykhaïlo Fedorov est un ovni au sein de l'exécutif ukrainien. "Je me sens comme une start-up au sein du gouvernement", confiait-il lui-même en 2023 dans un entretien accordé au média indépendant ukrainien Liga.net, admettant ne pas se considérer comme un politicien. Alors que son nom circulait pour prendre potentiellement la tête du gouvernement, il rejetait déjà l'option : "Je ne veux pas être le Premier ministre. J'espère que cela n'arrivera jamais."

"Plus de robots signifie moins de pertes"

En quelques années, Mykhaïlo Fedorov s'est imposé comme le négociateur-clé avec les géants de la Tech. Dès le début de l'invasion russe en Ukraine, il s'était fait remarquer en interpellant sur les réseaux sociaux, une à une, les multinationales pour qu'elles cessent leurs activités avec la Russie. "Nos messages sur Twitter ne sont que la pointe émergée de l'iceberg. En parallèle, mon équipe passe son temps à échanger par mail, SMS, Zoom avec des entreprises et à organiser des réunions avec elles, confiait-il à L'Express en août 2022. La plupart des entreprises ont rejoint notre démarche en imposant des sanctions, en quittant le marché russe et en cessant de mettre à jour leurs équipements sur place." C'est ainsi que l'Ukraine a pu bénéficier des terminaux Starlink d'Elon Musk, contournant les coupures internets sur les zones de front.

Acteur central de la transformation numérique de l'armée ukrainienne depuis le début de la guerre, le trentenaire est notamment au cœur de l'utilisation des drones, principales réussites de l'armée ukrainienne, pour repérer et éliminer les troupes russes. Un programme de 400 unités de dronistes qui a atteint un nouveau sommet en septembre dernier lorsque l'Ukraine a envoyé ses premiers drones fait-maison Shmavic sur le front. Si le drone n'est pas entièrement fabriqué en Ukraine, il permet tout de même de réduire la dépendance au fabricant chinois de drones DJI. En parallèle, Mykhaïlo Fedorov a coordonné un contingent de dizaines de milliers de hackeurs volontaires qui s'attaquent aux services informatiques russes. À la tête du ministère de la Défense, il compte bien poursuivre ses efforts de modernisation. "Plus de robots signifie moins de pertes, plus de technologie signifie moins de décès. La vie des héros ukrainiens est de la plus haute valeur", a-t-il déclaré mercredi aux élus de la Rada.

Défi budgétaire et humain

Autre innovation du ministre-geek : l'application Diia. Lancée en 2020, elle permet aux Ukrainiens d'avoir accès aux services gouvernementaux directement via leur smartphone, notamment pour lutter contre la bureaucratie. Généralisée pendant le Covid-19, Diia est désormais utilisée comme un outil militaire : les citoyens ukrainiens peuvent y alerter l'armée de la présence de troupes russes, de drones ou d'objets explosifs. Cette application à tout faire permet également "de faire des dons à l'armée en quelques clics, d'obtenir des documents numériques pour les personnes qui ont dû fuir leur maison sans leurs papiers, ou de bénéficier d'aides financières publiques via une application", comme le détaillait L'Express en 2022.

Mais le jeune politicien ne pourra pas se reposer sur ses compétences numériques pour réussir à la tête du portefeuille de la Défense. Face à l'agression de la Russie, Mykhaïlo Fedorov est conscient qu'il devra faire face à un défi budgétaire et humain. "Le ministère de la Défense arrive entre mes mains avec un déficit de 300 milliards de dollars [6,7 millions de dollars, NDLR], deux millions d'Ukrainiens qui sont recherchés [pour avoir échappé à la mobilisation, NDLR] et 200 000 qui sont absents". Selon le Kyiv Post, le nouvel homme-fort du gouvernement a annoncé un audit approfondi de son ministère pour améliorer sa gestion financière. Il a également promis des réformes sur la formation et le recrutement des troupes, pour réduire les pertes sur le champ de bataille. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) évalue les pertes ukrainiennes entre 60 000 et 100 000 soldats en 2025.

© REUTERS

Le nouveau ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, au Parlement le 14 janvier 2026.
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Pas de frappe préventive l'un contre l'autre : cet étonnant accord secret passé entre l'Iran et Israël

C'est un accord noué avant le mouvement de protestation massif qui secoue l'Iran, marqué par une violente répression du régime. Il peut paraître à première vue surprenant, tant les tensions sont fortes entre Israël et l'Iran. Ces deux Etats rivaux se sont secrètement entendus par l'intermédiaire de la Russie, rapporte le Washington Post mercredi 14 janvier. Ils ont échangé des messages, via un intermédiaire russe, affirmant qu'ils ne lanceraient pas d'attaque préventive l'un contre l'autre, indique le célèbre quotidien américain.

Fin décembre, soit quelques jours avant le début des manifestations en Iran, des responsables israéliens ont informé les dirigeants iraniens, via la Russie, qu'ils ne lanceraient pas de frappes contre l'Iran si Israël n'était pas attaqué en premier. Téhéran a répondu - toujours par l'intermédiaire de Moscou, qui cherche à renforcer sa position auprès de Donald Trump afin d'obtenir des concessions dans les négociations sur la guerre en Ukraine - qu'il s'abstiendrait également de toute attaque préventive, selon des diplomates et des responsables régionaux informés de ces échanges sollicités par le quotidien américain. La semaine dernière, la chaîne de télévision publique israélienne KAN a rapporté que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait récemment demandé au président russe Vladimir Poutine de transmettre à l'Iran le message qu'Israël n'avait pas l'intention de l'attaquer.

Un "bon accord" pour Téhéran ?

Les responsables iraniens ont réagi positivement à l'initiative israélienne. Ils restaient toutefois méfiants quant aux intentions d'Israël, selon deux sources proches du dossier. L'Iran estimait que même si les assurances israéliennes étaient sincères, elles laissaient planer le doute quant à la possibilité que l'armée américaine lance des attaques contre l'Iran dans le cadre d'une campagne coordonnée par les deux alliés, tandis qu'Israël concentrerait ses forces exclusivement sur le Hezbollah, ont précisé ces mêmes sources.

Néanmoins, "pour l'Iran, c'était un bon accord" impliquant de rester à l'écart de tout affrontement entre Israël et le Hezbollah, la milice libanaise pro-iranienne, a déclaré un haut responsable de la région sous couvert d’anonymat. Les responsables américains ont indiqué au Washington Post que le soutien substantiel de l'Iran au Hezbollah a de toute façon déjà diminué, surtout depuis que Téhéran est confronté à des troubles intérieurs majeurs.

Le souvenir de la guerre des Douze jours

L'hostilité entre les deux ennemis jurés du Moyen-Orient, qui s'étaient affrontés lors d'un conflit de douze jours en juin, est connue. A ce moment-là, Israël avait lancé une attaque surprise d'envergure contre l'Iran alors même que des négociations nucléaires étaient en cours entre Washington et Téhéran. Plusieurs mois après cette guerre, les contacts entre Israël et l’Iran reflètent la volonté d'Israël d'éviter d'être perçu comme un facteur d'escalade des tensions avec l'Iran ou comme le fer de lance de nouvelles attaques contre ce pays, au moment même où l'Etat hébreu préparait une importante campagne militaire contre le Hezbollah, d'après des diplomates et des responsables régionaux. Ces assurances privées contrastent avec la rhétorique publique d’Israël à la fin de l’année dernière, lorsque ses responsables ont ouvertement évoqué la possibilité de mener de nouvelles frappes contre l'Iran afin de freiner ce qu’ils décrivaient alors comme le renouvellement rapide des stocks de missiles balistiques du pays.

Les violentes manifestations qui secouent l'Iran ces dernières semaines, mettant à l'épreuve le pouvoir du gouvernement, vont-elles modifier les calculs d'Israël et de l'Iran ? Les deux Etats ennemis respecteront-ils toujours leur accord privé ? Impossible de le savoir à ce stade. Après avoir menacé d'intervenir militairement en Iran, Donald Trump a semblé opérer un revirement mercredi, assurant que "les tueries prenaient fin" en Iran et que le régime des mollahs n'avait "pas prévu" d'exécuter des manifestants. Toute frappe militaire américaine pourrait en tout cas inciter l'Iran à riposter contre Israël, selon les analystes.

Un "silence" israélien intéressé

L'Etat hébreu observe avec un œil attentif et intéressé la contestation. "Israël suit de près la situation en Iran", a déclaré dimanche Benyamin Netanyahou. "Le peuple d’Israël et le monde entier sont en admiration devant le courage immense des citoyens iraniens", a-t-il dit, condamnant les "massacres de masse contre des civils" et espérant que l'Iran sera "bientôt délivré du joug de la tyrannie". Aucune menace contre le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, n'a cependant été proférée.

En dehors de quelques déclarations, comme celles-ci, les dirigeants israéliens sont apparus quelque peu en retrait. Israël semble ainsi attendre de voir comment évoluera le mouvement de protestation, et laisse au président américain le temps de décider d'une éventuelle action. "La consigne générale est de garder le silence", a déclaré un responsable israélien à CNN. Ce silence peut notamment s'expliquer par le fait que si Israël s'impliquait maintenant, il donnerait à Téhéran exactement ce dont il a le plus besoin : la possibilité de détourner l'attention des problèmes internes actuels et de la reporter sur un adversaire étranger, qui plus est son ennemi juré.

© REUTERS

Israël et l'Iran sont deux ennemis jurés qui s'affrontent au Moyen-Orient.
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Groenland : ce que l'on sait de l'exercice militaire européen à laquelle la France participe

C'est la première action concrète depuis les menaces de Donald Trump. Plusieurs pays européens, dont la France, ont annoncé mercredi 14 janvier l'envoi cette semaine de soldats au Groenland pour prendre part à une mission conjointe. "À la demande du Danemark, j'ai décidé que la France participera aux exercices conjoints organisés par le Danemark au Groenland, l'Opération Endurance Arctique", a annoncé Emmanuel Macron sur le réseau social X. "De premiers éléments militaires français sont d'ores et déjà en chemin. D'autres suivront."

Le déploiement militaire français comprend un nombre non précisé à ce stade de membres d'unités de montagne aguerries aux climats froids. Selon les premiers éléments communiqués par le ministère des armées au Monde, il s'agit seulement d'un déploiement de troupes dans le cadre de ce qui est qualifié "d'exercice interallié". Cet entraînement est caractéristique des entraînements au "grand froid" que la France, comme d'autres pays, ont relancé depuis le début de la guerre en Ukraine, en 2022. Le président français doit apporter des précisions ce jeudi matin lors d'un Conseil de défense, en partie consacré au Groenland, mais aussi à la situation en Iran, qui a été convoqué en urgence à 8h à l'Élysée.

La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.
La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.

Des "divergences fondamentales" constatées lors d'une réunion

Un peu plus tôt, mercredi, Donald Trump avait répété que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland, disant ne pas pouvoir compter sur le Danemark pour protéger l'île. Le "Groenland est très important pour la sécurité nationale, y compris celle du Danemark", a-t-il dit. "Et le problème", a-t-il poursuivi devant les journalistes, "c'est qu'il n'y a rien que le Danemark puisse faire si la Russie ou la Chine veulent occuper le Groenland". "Mais nous, on peut tout faire. Vous l'avez constaté la semaine dernière avec le Venezuela", a ajouté le président américain dans le bureau Ovale.

Celui-ci s'exprimait devant les journalistes après la tenue, plus tôt dans la journée à la Maison-Blanche, d'une réunion entre représentants de haut rang américains, danois et groenlandais lors de laquelle des "divergences fondamentales" ont été constatées. Le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen, la représentante du Groenland Vivian Motzfeldt, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio et le vice-président américain J.D. Vance participaient à cette réunion. A l'issue des discussions, qui ont duré moins de deux heures, le premier a souligné que l'administration Trump n'avait pas changé d'avis concernant la nécessité d'acquérir le Groenland : "Il est clair que le président (Trump) a ce souhait de conquérir le Groenland."

Présence militaire renforcée

En amont des discussions à la Maison-Blanche, Nuuk et Copenhague ont déclaré avoir commencé à renforcer leur présence militaire au Groenland et autour de l'île, en coopération étroite avec des alliés de l'Otan, afin de réaliser leur promesse d'accroître la défense de l'Arctique. Selon le ministère danois de la Défense, un éventail d'exercices militaires sont prévus dans ce cadre tout au long de l'année 2026. "La sécurité en Arctique est d'une importance capitale pour le Royaume et nos alliés arctiques. Il est donc essentiel que nous renforcions, en étroite coopération avec nos alliés, notre capacité d'intervention dans la région", a déclaré Troels Lund Poulsen.

Dans un communiqué, le ministère danois de la Défense a précisé que des aéronefs, des moyens navals et des troupes danoises supplémentaires seraient déployés immédiatement au Groenland et dans ses environs dans le cadre d'exercices et d'entraînements intensifiés. Ce déploiement comprendra "l'accueil de forces alliées, la mise en œuvre d'avions de chasse et des missions de sécurité maritime", a ajouté le ministère.

Allemagne, Suède… Le soutien de pays européens

A Berlin, un porte-parole du gouvernement a fait savoir à Reuters que l'Allemagne enverrait ce jeudi des soldats de reconnaissance au Groenland, confirmant une information de Bild.

"L'objectif est d'examiner les conditions-cadres en vue d'éventuelles contributions militaires destinées à soutenir le Danemark dans la garantie de la sécurité dans la région, par exemple dans le domaine des capacités de surveillance maritime", a déclaré le ministère de la Défense allemand dans un communiqué. Selon ce ministère, une équipe de reconnaissance de 13 soldats sera déployée au Groenland, pour des exercices se déroulant jusqu'à samedi.

La Norvège et la Suède ont effectué des annonces similaires. Des militaires suédois doivent être dépêchés au Groenland, à la demande du Danemark, afin de "préparer les prochaines étapes dans le cadre de l’exercice danois 'Operation Arctic Endurance'", a développé le Premier ministre Ulf Kristersson sur X. Pour sa part, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réitéré le soutien de l'UE au Groenland. "Nous respectons les souhaits et les intérêts des Groenlandais, et ils peuvent compter sur nous", a-t-elle affirmé lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Le nombre de troupes envoyées s’annonce toutefois relativement modeste à ce stade. Comme le précise Le Monde, les Norvégiens ont annoncé l’envoi de seulement deux officiers. Ce type de déploiement en milieu polaire reste en effet très exigeant : l'envoi d’hommes et de matériels dans un environnement aussi extrême que le Groenland est un défi pour les armées, en raison du froid et de la nuit polaire.

© REUTERS

Donald Trump a redit mercredi qu'il souhaitait s'emparer du Groenland.
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En Iran, ces révolutions avortées : comment l’espoir démocratique a été brisé

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Depuis 1979 et la Révolution islamique, les protestations sont de plus en plus courantes en Iran. La plus récente, qui aura marqué l’opinion publique, date de 2022. Cet automne-là, les Iraniens se rendent régulièrement dans la rue pour s’opposer au régime des mollahs. Les opposants au régime qui scandent "Femme, Vie, Liberté" sont violemment réprimés durant ces quelques semaines. L’espoir de voir le pays changer s’effondre à nouveau.

Les nouvelles mobilisations qui durent depuis la fin du mois de décembre pourraient-elles inverser la tendance ? C’est ce qu’espèrent nombre d’Iraniens et ce sont ces scénarios que l’on peut lire dans le nouveau numéro de L’Express. D’abord descendus dans la rue fin décembre pour protester contre leurs difficultés économiques, les manifestants tentent désormais de se dresser face au régime des mollahs.

Un changement de régime, c’est un espoir qui parcourt l’Iran depuis des décennies. Un espoir qui est souvent passé par les urnes, et qui semble aujourd’hui révolu. Dans cet épisode d'"Hier à la Une", on vous propose de regarder ce qu'en disait L’Express il y a quelques années.

D'abord en 1997, lors des élections qui ont lieu dix-huit ans après la Révolution islamique. Les jeunes qui votent pour la première vont jouer un rôle clé. Puis en 2009, trente ans après l'instauration du régime des mollahs.

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Des Iraniens expatriés manifestent à Francfort en Allemagne contre l'élection contestée du President Mahmoud Ahmadinejad, le 16 juin 2009. Ils soutiennent les manifestants réprimés en Iran.
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