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"Personne d'autre ne la possède" : les Etats-Unis ont-ils utilisé une arme sonique secrète au Venezuela ?

Est-ce un élément de communication, un moyen de faire peur et d’impressionner des adversaires, ou bien une arme secrète a-t-elle vraiment été utilisée par les Américains ? Pour la première fois, Donald Trump a indiqué que les Etats-Unis ont employé une arme sonique "secrète" lors de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier. Dans une interview accordée à la chaîne d'information NewsNation mardi, Donald Trump a affirmé que "personne d'autre" ne possédait cette arme qui aurait été utilisée lors de l'opération Absolute Resolve. Le dirigeant s'est cependant montré inhabituellement évasif lorsqu'il s'est agi de donner des détails. "Nous avons des armes dont personne d’autre n’a connaissance. Et, je pense qu’il vaut sans doute mieux ne pas en parler, mais nous avons des armes extraordinaires", a-t-il affirmé, comme le relate The Independant.

Interrogé sur cette prétendue "arme sonique" par le site Web d'information et d'analyse sur la défense The War Zone, le Pentagone s'est lui aussi montré peu loquace. "Afin de préserver la sécurité des opérations, nous ne disposons d'aucune information supplémentaire à communiquer", a répondu un porte-parole du Pentagone.

La Russie s’intéresse de près à cette arme prétendument utilisée. Moscou a déclaré qu'il était nécessaire de clarifier les propos du président américain à ce sujet, rapporte Reuters. Interrogé sur ces déclarations, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que la Russie disposait de services spéciaux chargés de collecter et d'analyser les informations, et que ces services s'acquittaient de leur mission.

"Certains vomissaient du sang"

Les Etats-Unis ont déjà évoqué cette arme par le biais de Karoline Leavitt. Le 10 janvier, sur le réseau social X, la porte-parole de la Maison Blanche a relayé le récit d'une personne présentée comme un membre des forces de sécurité vénézuéliennes impliqué dans la défense du palais présidentiel. "À un moment donné, ils ont lancé quelque chose. Je ne sais pas comment le décrire… C'était comme une onde sonore très intense. J'ai soudain eu l'impression que ma tête explosait de l'intérieur. On a tous commencé à saigner du nez. Certains vomissaient du sang. On est tombés au sol, incapables de bouger", déclarait cet homme dans cette vidéo partagée par Mike Netter, un commentateur politique et militant. L'opération militaire américaine à Caracas a coûté la vie à 32 soldats et agents de renseignement cubains appartenant à la protection de Nicolas Maduro. On ignore cependant si des victimes ont été tuées par cette potentielle arme sonique…et si elle existe.

Comme l'explique Slate, le terme d'arme sonique englobe aussi bien des appareils de contrôle de foule, comme les canons à son LRAD, des haut-parleurs directionnels émettant des sons assourdissants, que des concepts plus expérimentaux utilisant l'infrason ou l'ultrason. Les dispositifs acoustiques à longue portée (LRAD) sont des systèmes conçus pour diffuser des alertes et des avertissements sonores, mais peuvent également émettre des rafales de bruit désorientant, voire douloureux. Ils sont principalement par les forces de l'ordre dans un but de contrôler des foules. Ces dispositifs sonores peuvent provoquer des douleurs, des nausées ou encore une désorientation si leur intensité est suffisante. Pour autant, selon Slate, les symptômes décrits par le soldat vénézuélien, comme les saignements et les vomissements de sang, "semblent peu crédibles".

Autre possibilité : l'utilisation non pas d'une arme acoustique, mais d'une d'arme à énergie dirigée (AED) à travers des lasers ou encore des micro-ondes haute intensité. Ces systèmes existent bien dans les programmes de recherche militaires américains, mais leur usage connu reste défensif et consiste principalement à neutraliser des drones, à brouiller des capteurs ou désactiver des systèmes. L'un des plus célèbres est l'"Active Denial System" (ADS). Celui-ci émet un puissant rayon micro-ondes, généré via des aimants supraconducteurs. Il est destiné à disperser les foules tout en limitant les risques de pertes en vie humaine. Il occasionne une sensation de brûlure désagréable sur la peau des personnes touchées. Bien qu'en théorie non létal, l'ADS, rapidement surnommé "rayon de douleur" par la presse, a toutefois suscité des inquiétudes quant à sa capacité à causer des dommages réels, voire mortels, en cas de surpuissance ou de mauvais réglage de la fréquence. Un prototype a été brièvement déployé en Afghanistan en 2010, mais n'a jamais été utilisé, indique The War Zone. Au moins deux prototypes différents auraient été développés en 2020 et seraient disponibles pour des "tests et une évaluation". Un projet de troisième génération serait prévu.

Par ailleurs, relate ce média spécialisé, l'armée américaine mène depuis une dizaine d'années des recherches publiques sur des systèmes non létaux capables de produire une combinaison d'effets de type ADS, LRAD et éblouissant. Une grande partie de ces travaux porte sur de nouvelles applications du plasma induit par laser. Ce système est capable de projeter des sons étranges et désorientant sur les forces ennemies, et ce, potentiellement de manière secrète ou clandestine.

Le précédent du "syndrome de La Havane"

Rien n'indique à ce stade que les Etats-Unis ont utilisé l'un de ces dispositifs sonores. Les troubles rencontrés par les agents vénézuéliens pourraient avoir d’autres explications. Les blessures décrites sont cohérentes avec le fait d'être heurté par une onde de choc lors d'une explosion, alors que ces explosions étaient nombreuses au cours de l'opération. Être soumis à une explosion pourrait avoir un impact sur la façon dont l'individu pourrait se souvenir de la séquence générale des événements, relève en outre The War Zone.

Les événements au Venezuela décrits rappellent un autre phénomène étrange, baptisé "syndrome de la Havane". Migraines, vertiges, nausées, acouphènes, insomnie, troubles de la vision… à partir de 2016, des diplomates américains en poste à Cuba ont dit être frappés par des troubles étranges. Ces "incidents anormaux de santé", selon la terminologie employée aux Etats-Unis, ont ensuite été signalés ailleurs dans le monde (Chine, Allemagne, Australie, Russie, Autriche) et même à Washington. Au total, plus d'une centaine de diplomates, de membres de la CIA, d'officiers militaires et d’entrepreneurs américains ainsi que plusieurs responsables canadiens ont été affectés par ces maux.

A cette époque, certains pointent du doigt des agents cubains, russes et/ou chinois, mais aucune preuve n'existe. Une évaluation non classifiée des Etats-Unis, publiée en janvier 2025, révèle que "la plupart des IC (NDLR : Intelligence Community, qui regroupe diverses organisations dans le domaine du renseignement) continuent d'évaluer qu'il est 'très improbable' qu'un adversaire étranger soit responsable des événements signalés". Très improbable… mais pas totalement "exclu" pour autant, selon cette évaluation.

Les Etats-Unis semblent en tout cas s'intéresser de près à ces dispositifs. Selon CNN, le gouvernement américain aurait dépensé "plusieurs millions de dollars" pour acquérir à la fin du mandat de Joe Biden un appareil suffisamment petit pour tenir dans un sac à dos, ce qui pourrait expliquer au moins une partie des cas du "syndrome de La Havane", selon des spécialistes. Selon quatre sources anonymes interrogées par CNN, le département de la Défense a passé plus d'un an à tester ce dispositif acquis lors d'une opération secrète. L'appareil produirait des ondes radio pulsées. Un dispositif qui n'est pas entièrement d'origine russe… mais contient des composants russes.

© REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores sont arrivés en détention par hélicoptère avant leur comparution prévue devant le tribunal fédéral de Manhattan, à l'héliport de Westside à New York.
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A Davos, Volodymyr Zelensky s'en prend aux Européens et annonce un accord avec Donald Trump

Dans un discours particulièrement offensif donné à la tribune du Forum économique mondial de Davos en Suisse ce jeudi 22 janvier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a reproché aux Européens de ne pas agir avec plus de force sur la scène mondiale et a appelé à plus de courage de la part de ses partenaires. "Au lieu de devenir une véritable puissance mondiale, l'Europe demeure un kaléidoscope magnifique mais fragmenté de petites et moyennes puissances", a-t-il regretté.

"Au lieu de prendre l'initiative de défendre la liberté dans le monde, surtout lorsque l'attention des Etats-Unis se porte ailleurs, l'Europe semble perdue, tentant de convaincre le président américain de changer", a-t-il lancé, appelant ses partenaires à "agir ensemble" et à "surtout avoir le courage d'agir".

"Sans action maintenant, il n'y a pas de lendemain. Mettons fin à ce "jour sans fin". Car si l’Europe n’est pas perçue comme une force mondiale, si ses actions n’effraient pas les acteurs malveillants, alors l’Europe sera toujours en train de réagir, de rattraper son retard face aux nouveaux dangers et aux nouvelles attaques", a ajouté Volodymyr Zelensky.

Un accord sur les garanties de sécurité trouvé

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a par ailleurs affirmé être parvenu à un accord avec Donald Trump sur les garanties de sécurité pour son pays, si un cessez-le-feu a lieu avec l'Ukraine. "Les garanties de sécurité, c’est prêt (..) le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite, il ira aux Parlements nationaux", a-t-il déclaré en marge du Forum économique mondial de Davos.

Il a cependant ajouté que la question territoriale "n'a pas encore été résolue". "Tout tourne autour de la partie orientale de notre pays. Tout tourne autour des territoires. C’est le problème que nous n’avons pas encore résolu", a-t-il précisé.

Dans ce qu'il a présenté comme un signe positif de progrès dans les pourparlers de paix qui durent depuis longtemps et visent à mettre fin au conflit qui dure depuis quatre ans, Volodymyr Zelensky a déclaré que des négociateurs russes, ukrainiens et américains tiendraient des réunions trilatérales pour la première fois à Abou Dhabi vendredi et samedi.

Il a également indiqué qu'un accord sur la relance économique après la guerre avec la Russie était presque finalisé, un élément clé des propositions soutenues par Kiev visant à contrer un précédent plan de paix américain perçu comme favorisant fortement Moscou. Volodymyr Zelensky est confronté à une crise énergétique nationale à la suite des frappes aériennes russes qui ont privé des millions d'Ukrainiens d'électricité et de chauffage.

© REUTERS

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky participe à la 56e réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026.
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"Conseil de la Paix" : l’embarras du président polonais, grand allié de Donald Trump

"J’aimerais remercier le Polonais Karol Nawrocki. Une personne fantastique [...] Je suis très fier de lui", lance Donald Trump depuis la tribune du Forum économique mondial de Davos, ce jeudi 22 janvier, au moment de lister les noms des chefs d’État invités à assister à l’inauguration de son "Conseil de la paix", une instance censée piloter la reconstruction de Gaza et s’immiscer dans la résolution des conflits mondiaux, quitte à faire de l’ombre à l'ONU. Des phrases qui illustrent la proximité entre le maître de la Maison-Blanche et son homologue polonais, chantre de "la Pologne d’abord" et proche des cercles Maga.

Un président tiraillé

En vérité, la situation est délicate pour Karol Nawrocki, qui a dû être fort contrit de voir Vladimir Poutine et le dictateur biélorusse, Alexandre Loukachenko, conviés à rejoindre, eux aussi, cette nouvelle institution. Deux hommes qui incarnent la menace existentielle qui plane aux portes de la Pologne.

Comment Karol Nawrocki, recherché par la justice russe pour avoir fait retirer des monuments soviétiques dans le nord de la Pologne et dont l'hostilité envers Moscou est devenue un cheval de bataille, pourrait-il s’asseoir à la même table que Vladimir Poutine ? "Si je me retrouvais face à lui lors d’une réunion, je ne manquerais pas de lui dire exactement ce que je pense", a-t-il assuré lors d’un entretien à Telewizja Republika.

Du reste, la posture de Donald Trump sur le dossier ukrainien, et plus récemment sur la question du Groenland, pourrait nuire à Nawrocki : seuls 32,2 % des Polonais portent aujourd’hui un regard positif sur l’action internationale du président américain, tandis qu'une proportion comparable soutient son "Conseil de la paix".

Des doutes dans son propre camp

Un malaise que le chef de l’État polonais s’emploie à dissimuler. À Davos, Karol Nawrocki a multiplié les sourires et les poses aux côtés du président américain. "Notre rencontre a porté sur la confirmation des garanties de sécurité pour la Pologne, ainsi que sur le maintien des 10 000 soldats américains sur notre territoire", confiait-il après un entretien bilatéral en marge du Forum. Depuis son entrée en fonction en août dernier, le président polonais a érigé sa relation avec Washington en pilier de son mandat, y effectuant sa première visite officielle et se voyant associé à des discussions stratégiques sur la paix en Ukraine, tandis que son pays était invité au G20, organisé par les Etats-Unis, à la place de l’Afrique du Sud.

Toutefois, en coulisses, l’épineuse invitation au "Conseil de la paix" fait des remous dans son propre camp. Au point que le chef d’Etat a choisi de consulter son Premier ministre Donald Tusk, malgré leurs relations tumultueuses. Une configuration qui, paradoxalement, peut tourner à l'avantage de Nawrocki. La décision d'intégrer ou non ce "Conseil de la paix" relève en effet du gouvernement. Le président va donc pouvoir faire porter le chameau à son Premier ministre pro-européen… "Je suis conscient de mes obligations constitutionnelles et le président Donald Trump les comprend parfaitement", a-t-il déjà dit. Une tempérance inhabituelle pour celui qui n’a jusqu’ici pas hésité à engager des bras de fer institutionnels sur la conduite de la politique étrangère, en atteste l’impasse persistante sur la nomination des ambassadeurs polonais.

Dans l’attente d’une décision officielle, les spéculations vont bon train. L’ancien président conservateur Andrzej Duda, lui aussi proche de Donald Trump durant son premier mandat, tranche sans ambiguïté : "Personne ne semble s’offusquer qu’au Conseil de sécurité de l'ONU, on siège à la même table que la Russie."

La communauté stratégique se montre plus prudente. "Dans son mode de fonctionnement, le 'Conseil de la Paix' n’apparaît pas comme une organisation multilatérale, mais comme un outil de légitimation de la politique étrangère agressive menée par Donald Trump, prévient Marta Prochwicz-Jazowska, directrice adjointe du bureau varsovien du European Council on Foreign Relations.

Pendant que la Pologne temporise, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a déjà accepté l’invitation. Lui n’a pas perdu de temps pour se positionner dans la course au titre de favori de Donald Trump.

© REUTERS

Poland's President Karol Nawrocki attends the 56th annual World Economic Forum (WEF) meeting in Davos, Switzerland, January 21, 2026. REUTERS/Denis Balibouse
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La Chine plus populaire que les Etats-Unis en Europe ? Les chiffres inattendus du Pew Research Center

Dès son investiture il y a un an jour pour jour, le président américain Donald Trump a jeté son dévolu sur le Groenland, vaste territoire du cercle polaire arctique rattaché au royaume du Danemark. Qu'importe qu'une large majorité de ses 56 000 habitants refuse de passer sous pavillon américain : depuis quelques jours, le commandant en chef des Etats-Unis multiplie les déclarations provocatrices auxquels les Européens répliquent par des cris d'orfraie. La confiance dans l'allié historique du Vieux Continent semble de plus en plus entamée à chaque saillie du président Donald Trump.

Mais cette méfiance à l'égard de Washington n'est pas née avec ses vélléités sur le Groenland. Au printemps dernier, une étude du Pew Research Center, un think tank américain qui produit de nombreuses études chiffrées, démontrait que l'opinion des Européens à l'égard des Etats-Unis était de plus en plus défavorable. Des dix peuples européens interrogés, seuls les Hongrois et les Polonais en ont encore une image positive (respectivement 60 et 55 % d'opinions favorables). A l'inverse, le pays possède une image nettement plus déplorable en Suède (19 %) ou aux Pays-Bas (29 %).

Ces chiffres reflètent une inflexion brutale de la tendance puisque lors du mandat présidentiel de Joe Biden, une majorité de répondants déclarait avoir une image positive des Etats-Unis. "Après l'élection de Joe Biden, environ deux tiers des Européens disaient avoir confiance dans notre pays, souligne Jonathan Schulman, chercheur associé au Pew Research Center et coauteur de l'étude, cette proportion a diminué progressivement jusqu'en 2024, avant d'atteindre son plus bas niveau avec la réélection de Donald Trump."

Cette "côte de favorabilité" des Etats-Unis retrouve approximativement le même niveau qu'à la fin du premier mandat de Donald Trump ou qu'à la fin du second mandat de George W. Bush. Pour Jonathan Schulman cependant, "on ne peut pas établir de corrélation directe entre l'interventionnisme ou l'isolationnisme des Etats-Unis. Globalement, les personnes interrogées souhaitent une collaboration étroite avec les Etats-Unis, notamment sur le plan économique. Ils ne font juste pas confiance à Donald Trump pour conduire l'économie mondiale."

Pékin, plus populaire ?

Si on élargit la focale, il est intéressant de souligner que les Etats-Unis jouissent d'une plus grande popularité chez certains de ses alliés historiques comme Israël, le Japon ou encore la Corée du Sud. A l'inverse, les régions dans lesquelles ils enregistrent les moins bons scores sont l'Europe de l'Ouest, ainsi que le Mexique et le Canada. Des alliés historiques que Donald Trump n'a cessé d'aliéner depuis son retour à la Maison-Blanche.

Cette impopularité est d'autant plus remarquable quand on la rapporte à la perception que les peuples interrogés ont de la Chine, autre superpuissance mondiale. Au Mexique, en Grèce ou encore en Espagne, la part de personnes ayant une opinion favorable de Pékin est nettement plus importante que celle ayant une opinion favorable de Washington. Il est encore un peu tôt pour savoir si les événements des dernières semaines ont eu un impact sur l'image que les Européens ont des Etats-Unis. Le Pew Reseach Center nous donne rendez-vous à l'été pour une nouvelle édition de son sondage.

© Mathias Penguilly / L'Express

Les Etats-Unis sont de plus en plus impopulaires depuis la réélection de Donald Trump.
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Le régime castriste en danger ? Comment les Etats-Unis veulent faire tomber le pouvoir cubain

Après la chute de Nicolas Maduro au Venezuela, bientôt celle du régime castriste à Cuba ? Encouragé par le départ du pouvoir du président vénézuélien, Washington cherche cette fois activement à provoquer un changement de régime à Cuba d'ici la fin de l'année 2026, indique le Wall Street Journal (WSJ) dans un article détaillé. Donald Trump et ses soutiens n’ont pas caché leurs ambitions sur cette île ces dernières semaines. Le 11 janvier, sur son réseau Truth social, le président américain a ainsi exhorté Cuba à "accepter un accord" avec les Etats-Unis, sans préciser sa nature, "avant qu'il ne soit trop tard" et que le pays ne se retrouve sans pétrole ni argent vénézuéliens.

Washington n'a pas publiquement menacé d'utiliser la force militaire à Cuba. La Maison-Blanche en-a-t-elle vraiment besoin ? Selon le WSJ, des membres de l'administration Trump estiment en privé que le raid du 3 janvier qui a permis d'exfiltrer Nicolas Maduro vers les Etats-Unis devrait constituer une menace implicite pour La Havane. Ce raid nocturne visant à capturer Nicolas Maduro a bénéficié de la complicité d'un informateur au sein du cercle rapproché du dirigeant vénézuélien, ont indiqué au quotidien américain des responsables de l'administration Trump. Signe de la proximité entre le Venezuela et Cuba, cette opération militaire américaine à Caracas a coûté la vie à 32 soldats et agents de renseignement cubains appartenant à la protection de Nicolas Maduro.

Un Cubain pour succéder au régime castriste… avant Marco Rubio ?

Pour l'île de 9,6 millions d'habitants, l'administration Trump n’envisage pas d’enlèvement. Elle recherche des personnes influentes au sein du gouvernement cubain susceptibles de faciliter un accord visant à chasser le régime communiste du pouvoir d'ici la fin de l'année, selon des sources proches du dossier interrogées par le WSJ. Un responsable américain indique à nos confrères que, lors de rencontres avec des exilés cubains et des organisations de la société civile à Miami et à Washington, les autorités américaines se sont attachées à identifier, au sein du gouvernement actuel, une personne qui sera disposée à négocier… en attendant de confier le pouvoir à Marco Rubio ? Donald Trump a partagé le 10 janvier un message suggérant que son secrétaire d'Etat, né de parents immigrés cubains, pourrait devenir un jour président de Cuba. Le président américain a republié sur Truth Social un message de l'utilisateur Cliff Smith affirmant : "Marco Rubio sera président de Cuba", accompagné d'un émoji rieur, ajoutant en commentaire : "Cela me paraît très bien !".

Actuellement, le régime cubain est toujours dominé par Raúl Castro, 94 ans, le frère cadet de Fidel, tandis que le président Miguel Díaz-Canel, 65 ans, considéré comme un apparatchik, gère les affaires courantes. Renverser le gouvernement en place devrait toutefois être une mission difficile. En près de 70 ans d'existence, le régime castriste n'a jamais été disposé à négocier des changements de son système politique et n'a mis en œuvre que des réformes économiques mineures et sporadiques. "Les Cubains sont bien plus difficiles à convaincre" que les Vénézuéliens, affirme au WSJ Ricardo Zúñiga, ancien membre de l'administration Obama qui a participé aux négociations lors de la brève détente entre les Etats-Unis et Cuba de 2014 à 2017. "Personne ne tenterait de collaborer avec les Etats-Unis."

L'économie cubaine au bord de l'effondrement ?

Les Etats-Unis estiment malgré tout que la période est propice au renversement du régime. L'administration Trump veut en effet croire que l'économie cubaine est au bord de l'effondrement et que le gouvernement n'a jamais été aussi fragile depuis la perte de son allié essentiel. Les évaluations des services de renseignement américains dressent un tableau sombre de l'économie cubaine, minée par des pénuries chroniques de produits de première nécessité et de médicaments, ainsi que par des coupures de courant fréquentes.

Dans la tête de Washington, le changement de régime serait donc facilité aussi bien par le contexte économique que politique, avec la chute de Nicolas Maduro. Le destin de Cuba est depuis longtemps lié à celui du Venezuela : le pétrole vénézuélien subventionné est un pilier de son économie depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez en 1999. Washington fait désormais pression sur la nouvelle présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, pour mettre un terme aux livraisons de pétrole vers Cuba. Washington entend donc affaiblir le régime en coupant cet approvisionnement, indispensable au fonctionnement de l’île. La Havane pourrait ainsi se retrouver à court de pétrole d'ici quelques semaines, paralysant ainsi son économie.

De son côté, le régime cubain, n’entend évidemment pas laisser les clés du pays. "Il n'y a ni reddition ni capitulation possible, pas plus qu'un quelconque accord fondé sur la coercition ou l'intimidation", a déclaré Miguel Díaz-Canel lors d'une récente commémoration des membres des forces de sécurité cubaines tués à Caracas. Face à la montée des tensions avec les Etats-Unis, Cuba a observé une journée nationale de défense dimanche. Les Cubains s'entraînaient à une "guerre de tout le peuple" pour repousser les envahisseurs.

Par le passé, le régime a résisté à des années de pressions américaines intenses, depuis le débarquement de la Baie des Cochons en 1961, soutenu par la CIA, jusqu'à l'embargo sévère imposé en 1962 et qui s'est durci au fil du temps.

© REUTERS/Norlys Perez

Le président cubain Miguel Diaz-Canel brandissant un drapeau cubain avec d'autres manifestants lors d'une marche devant l'ambassade des Etats-Unis pour protester contre Washington.
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Un pétrolier "en provenance de Russie" a été arraisonné par la Marine nationale, annonce Emmanuel Macron

La marine française a intercepté jeudi 22 janvier un pétrolier russe sous sanctions internationales en Méditerranée. "Nous ne tolérerons aucune violation. Ce matin, la Marine nationale française a arraisonné un pétrolier en provenance de Russie, soumis à des sanctions internationales et soupçonné de naviguer sous faux pavillon. L'opération s'est déroulée en haute mer Méditerranée, avec le soutien de plusieurs de nos alliés. Elle a été menée dans le strict respect de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer", déclaré le président français Emmanuel Macron sur X.

"Nous sommes déterminés à faire respecter le droit international et à assurer l'application effective des sanctions. Les activités de la "flotte de l'ombre" contribuent au financement de la guerre d'agression contre l'Ukraine", a-t-il ajouté précisant qu'une enquête judiciaire a été ouverte.

We will not tolerate any violation.

This morning, the French Navy boarded an oil tanker coming from Russia, subject to international sanctions and suspected of flying a false flag.

The operation was conducted on the high seas in the Mediterranean,… pic.twitter.com/zhXVdzPx1r

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 22, 2026

"Menée sur la base de l'article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, cette opération visait à vérifier la nationalité d'un navire soupçonné d'arborer un faux pavillon (...) après la montée à bord de l'équipe de visite, l'examen des documents a confirmé les doutes quant à la régularité du pavillon arboré", a indiqué la préfecture maritime de la Méditerranée dans un communiqué.

Le navire a été dérouté et "est actuellement escorté par des moyens de la Marine nationale vers un point de mouillage pour la poursuite des vérifications", a ajouté la préfecture qui précise que cette action a été menée en coopération avec les alliés de la France dont le Royaume-Uni.

En octobre dernier, la Marine française avait arraisonné au large des côtes bretonnes un pétrolier sous sanctions européens pour son appartenance à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole.

© Etat major des armées / France

La marine nationale française a arraisonné ce jeudi 22 janvier en mer Méditerranée "un navire pétrolier en provenance de Russie".
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Donald Trump - Léon XIV : le duel entre deux Américains que tout oppose

Le pape Léon XIV et le président Donald Trump sont les deux Américains les plus influents du moment sur la scène géopolitique. Ils incarnent des projets antagonistes. Leurs caractères sont aux antipodes. Mais le duel à fleurets mochetés que Robert Francis Prevost mène depuis Rome contre son compatriote de Washington atteste que la brutalité et la coercition ne sont pas le seul avenir des rapports internationaux. Son exemple pourrait devenir une source d’inspiration pour les dirigeants européens qui peinent à gérer les foucades de leur homologue américain.

Le choix de placer un Américain à sa tête, effectué par l’Eglise catholique peu après la réélection du milliardaire, n’est pas une coïncidence. La simultanéité des mandats de Trump et de Prevost reflète le chamboulement d’un monde qui tâtonne pour se chercher une direction. Le premier, tout en excès et en égotisme, préside aux destinées d’une puissance militaire inégalée dans l’Histoire ; il ne croit qu’aux rapports de force ; il se moque que la paix soit juste, du moment qu’elle permet les affaires. Le second, modèle de modération et d’humilité, dirige l’Etat le plus minuscule qui soit ; il incarne un projet moral, soucieux de justice et attentif aux laissés-pour-compte ; la paix ne vaut rien à ses yeux si elle ne respecte pas la dignité de tout être humain.

L’aura de Prevost n’est pas moindre que celle de Trump. Elle s’appuie sur ce que le politologue américain Joseph Nye, décédé l’an dernier, appelait le soft power, l’influence que confèrent l’autorité morale et la capacité de séduction exercée par un idéal civilisationnel. Son moteur est l’exemplarité, plutôt que la carotte et le bâton. Les Etats-Unis ont longtemps disposé d’un soft power de premier plan, fondé sur la démocratie, le capitalisme libéral et le rêve américain popularisé par Hollywood.

Trump a transformé le rêve en cauchemar en maltraitant ses alliés, en piétinant le droit international et en versant de l’huile sur le feu de la polarisation politique. Il n’en a cure, car il ne croit qu’au hard power, la puissance dure. "Nous vivons dans un monde - le monde réel - régi par la force, la puissance et le pouvoir", disait le 6 janvier son conseiller politique Stephen Miller. Trois jours plus tard, Léon XIV lui répondait indirectement en critiquant, devant les ambassadeurs près le Saint-Siège, "une diplomatie qui est fondée sur la force au lieu de promouvoir le dialogue et le consensus".

"Je pense que Dieu est très fier du boulot que j’ai fait"

Sur l’accueil dû aux migrants, sur le respect du droit international et de sa dimension humanitaire, sur la justice sociale, le Pape prend le contre-pied du président. Pour lui, "l’État de droit est le fondement de toute coexistence civile pacifique". Il met le doigt sur les contradictions du mouvement trumpien lorsqu’il dit que l’opposition à l’avortement au nom du respect de la vie humaine, qui est la position de l’Eglise, est incompatible avec l’approbation de la peine de mort et le traitement inhumain des migrants. "Je pense que Dieu est très fier du boulot que j’ai fait", a rétorqué Trump le 20 janvier, premier anniversaire de son retour à la Maison-Blanche. On ignore ce que Dieu en pense mais on suppute que Prevost y voit une fanfaronnade déplacée.

À la fin du XIXe siècle, un autre pape Léon, le treizième du nom, inspirateur de la doctrine sociale de l’Eglise, avait critiqué "l’américanisme", la tendance de ceux qui, à l’époque, voulaient à tout prix adapter le catholicisme à la modernité américaine. Aujourd’hui, c’est contre un tout autre américanisme que le Pape se dresse : celui qui voudrait que l’attachement à une certaine idée de la culture nationale, fondée sur l’identité, l’emporte sur la fidélité à l’Évangile.

Au président américain qui dénigre la "décomposition" de l’Europe, le pape répond en rappelant l’importance de préserver la cohérence de l’Occident. L’alliance transatlantique est à ses yeux "très importante, aujourd’hui et dans l’avenir". Léon XIV et Donald Trump ne se sont encore jamais rencontrés mais ils ont déjà beaucoup à se dire.

© REUTERS

Donald Trump lors du Forum de Davos, le 22 janvier 2026.
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Groenland : pourquoi Donald Trump a renoncé à l'usage de la force

Ce n'est ni le premier ni le dernier revirement de Donald Trump. Mais celui-ci n'a pas fini d'interroger les Européens. Pourquoi le président américain a-t-il finalement renoncé à recourir à la force pour acquérir le Groenland, mettant ainsi fin à plusieurs semaines de chaos politique ? En réalité, cette volte-face est loin d'être de son seul fait. Moult proches conseillers à Washington ont travaillé d'arrache-pied pour l'en dissuader. Idem pour le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, dont les courbettes face à Donald Trump ont manifestement fini par payer. La pression est aussi venue des marchés financiers, qui ont traversé une période de turbulences ces derniers jours. Retour sur les coulisses de ce changement de cap.

Conseillers américains divisés

Tout a commencé à Washington, où l'entourage du président n'a pas réussi à tomber d'accord sur la méthode à adopter, ont confié à Reuters deux sources proches du dossier. Si la plupart des conseillers du président américain ont soutenu son objectif de prendre le contrôle du Groenland, ils sont en revanche restés divisés sur l'approche, oscillant entre encouragements à recourir à la force et appels à la prudence. In fine, les seconds se sont révélés être plus nombreux lors des réunions organisées à Washington, ce qui a pu influencer le renoncement final du président.

Les conseillers de Donald Trump ont indiqué au Wall Street Journal qu’il avait été enhardi par l’opération américaine visant à capturer le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. Mais devant la rhétorique agressive du président, certains d'entre eux se sont inquiétés de voir s'éloigner la perspective d'un accord. Ils ont donc redoublé d'efforts pour présenter des propositions de compromis, qui donneraient entre autres accès à des minerais et à des terrains pour des bases militaires. Options qui semblent avoir été retenues.

Efforts des Européens et de Mark Rutte

Mais ce n'est pas tout : certains leaders européens ont également joué les négociateurs, à l'image de Friedrich Merz, ou encore du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, qui a peu pris position en public mais s'est démené en privé pour multiplier les incitations et les mises en garde à l'égard de Donald Trump, raconte Le Monde.

Mark Rutte a également axé sa rhétorique autour des enjeux cruciaux de la sécurité de l'Arctique, selon la porte-parole de l'Otan, n'abordant jamais directement la question de la souveraineté du Groenland. Il a également alerté le président américain sur les risques pour les États-Unis d’une rupture plus profonde au sein de l’Alliance, et fait en sorte de rapprocher au maximum les points de vue américain et danois. Il a par exemple suggéré de transférer la souveraineté de la base dont disposent aujourd'hui les Etats-Unis au Groenland, pour qu'elle passe sous contrôle américain et non danois. "Cela a pu jouer un rôle", confie au Monde un diplomate européen, qui a suivi les négociations.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l'ancien Premier ministre des Pays-Bas est parfois tourné en dérision pour ses flatteries envers celui-ci - il était allé jusqu'à le qualifier de "papa" lors du dernier sommet de l'Otan en juin dernier, et Donald Trump a partagé des messages envoyés par Mark Rutte dans lesquels celui-ci le brossait dans le sens du poil. Mais il semble avoir réussi à "apprivoiser" quelque peu le président américain, et à gagner sa confiance. Interrogé ce jeudi par Reuters sur sa relation avec Donald Trump et sa position d'interlocuteur privilégié, le Néerlandais a répondu : "Je peux seulement vous dire que j'aime ce gars, que je respecte son leadership".

Pression des marchés financiers

Enfin, un autre élément semble avoir inquiété dans l'entourage du président américain. Au-delà des mesures de rétorsion économique que menaçait de prendre l'Union Européenne face aux droits de douane brandis par Donald Trump, ce sont bien les marchés financiers qui ont suscité de vives craintes. Après une forte chute des bourses -à commencer par Wall Street- à la suite des menaces tarifaires liées au Groenland, plusieurs fervents supporters du président, directement liés aux milieux financiers, lui ont demandé d'arrêter la casse.

Les principaux indices boursiers américains ont d'ailleurs fini en hausse mercredi, marquant un apaisement après le changement de ton de Donald Trump. +1.21 % pour le Dow Jones, + 1.16 % pour le S&P 500, et +1,18 % pour le Nasdaq, à forte composante technologique, qui a connu sa meilleure journée en un peu plus d'un mois. A Wall Street, les analystes ont fait état d'un mercredi "TACO" en référence au slogan "Trump Always Chickens Out" (en français, "Trump se dégonfle toujours"), raconte CNN. Mais ils sont bien conscients qu’avec Donald Trump, un revirement peut en cacher un autre.

© REUTERS

Donald Trump et Mark Rutte lors du Forum de Davos, le 21 janvier 2026.
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Un futur accord avec l’Otan sur le Groenland ? Ce que l’on sait de l’annonce de Donald Trump

C'est un soupir de soulagement à Bruxelles... et sur les marchés financiers des deux côtés de l'Atlantique. Donald Trump a annoncé dans la soirée du mercredi 21 janvier, depuis le Forum de Davos, qu'un accord était en vue avec l'Otan sur le Groenland. Il renonce du même coup aux surtaxes douanières de 25 % qu'il avait juré d'imposer à tout pays s'opposant à cette annexion.

Si les contours précis de cet accord restent flous, et que "beaucoup de travail reste encore à faire" selon le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, qui a précisé n'avoir pas encore abordé la question de la souveraineté de l'île avec Donald Trump, le président américain n'a pas tardé à s'en vanter.

"Il s'agit d'un accord à très long-terme. Il place tout le monde dans d'excellentes conditions, en particulier en matière de sécurité et de minerais", a-t-il déclaré. Selon lui, cet accord "pour toujours" permettrait de satisfaire son désir d'accéder aux minerais essentiels de l'île de l'Arctique et de bâtir un "Dôme d'or" antimissiles.

Alors que Donald Trump avait ancré sa rhétorique sur la nécessité d'acquérir le Groenland devant d'hypothétiques menaces russes ou chinoises, la porte-parole de l'Otan a tenu à rassurer, déclarant que sept pays alliés dans l'Arctique travailleraient conjointement pour garantir leur sécurité collective. "Les négociations entre le Danemark, le Groenland et les Etats-Unis iront de l'avant avec l'objectif de s'assurer que la Russie et la Chine n'auront aucun ancrage - économique ou militaire - au Groenland", a-t-elle fait savoir.

Concessions territoriales et accès aux minerais

Un peu plus tard, sur Truth Social, le président américain a levé le doute sur la question du maintien ou non de sanctions douanières : "Sur la base de cette entente, je n'imposerai pas les droits de douane qui devaient entrer en vigueur le 1er février", a-t-il assuré. Le locataire de la Maison-Blanche a aussi indiqué que le vice-président américain J.D. Vance, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio et l'émissaire spécial Steve Witkoff seraient chargés de mener des discussions supplémentaires sur le Groenland. Il a ajouté que des détails seraient communiqués à mesure de l'avancée des discussions.

A en croire le New York Times, qui cite plusieurs hauts responsables de l'Otan, le Danemark pourrait, selon l'accord envisagé, accorder la souveraineté de petites zones du territoire groenlandais à Washington pour y construire des bases militaires. Cette idée, évoquée lors d’une réunion de l'Otan mercredi, serait similaire aux bases britanniques à Chypre, considérées aujourd'hui comme des territoires britanniques.

Le Wall Street Journal, qui cite des responsables européens proches du dossier, rapporte quant à lui que les négociations pourraient inclure le fait d'accorder aux États-Unis un droit de préemption sur les investissements dans les ressources minières du Groenland, sous la forme d'un droit de veto destiné à empêcher la Russie et la Chine d'exploiter les richesses de l'île.

"Totalement absurde"

Réagissant aux annonces de Donald Trump, le Danemark a déclaré que la question du Groenland devait être réglée via des efforts diplomatiques privés plutôt que sur les réseaux sociaux. "Ce qui est crucial pour nous est que nous parvenions à régler cela dans le respect de l'intégrité et de la souveraineté du royaume (du Danemark) et du droit du peuple groenlandais à l'autodétermination", a déclaré le ministre danois des Affaires étrangères à la télévision publique danoise.

La diplomatie groenlandaise s'est quant à elle étranglée devant ces annonces. Ce cadre d'accord est "totalement absurde", a dénoncé Aaja Chemnitz, l’une des deux députées groenlandaises au Parlement danois. "L’Otan n’a absolument aucun mandat pour négocier quoi que ce soit sans nous au Groenland. Rien sur nous, sans nous", a-t-elle martelé sur Facebook dans la nuit de mercredi à jeudi. "Et que l’Otan ait quoi que ce soit à dire sur notre pays et nos minéraux est complètement absurde".

L'Union européenne, qui avait planifié un sommet de crise ce jeudi pour discuter d'une réponse conjointe à Donald Trump, a fait savoir qu'elle maintenait cette réunion malgré le recul soudain du président des Etats-Unis. Mardi, le Parlement européen avait pris une première mesure en riposte à ce dernier : le gel de la ratification de l'accord commercial conclu cet été entre l'UE et Washington, très défavorable aux Européens.

© REUTERS

Le président américain à Davos, le 21 janvier 2026.
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La Pologne, nouveau moteur de l’Europe ? Récit d’une montée en puissance

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Il y a quelques années, si on parlait d’Europe et de la Pologne, on entendait souvent le cliché du "plombier polonais". Désormais, les Européens ne peuvent plus regarder la Pologne avec dédain. Car en trente ans, ce pays aux 38 millions d'habitants s’est métamorphosé, comme l’explique Cyrille Pluyette, rédacteur en chef adjoint du service Monde de L’Express, dans son dernier article. D'abord sur le plan économique : aujourd’hui, c’est elle qui tire l’Europe, avec une hausse du PIB d’environ 3,2 % en 2025 selon les estimations du FMI. Le pays compte également un grand nombre d’entreprises très dynamiques, tandis que le paysage des villes s’est transformé.

La Pologne est aussi l’un des leaders européens sur le plan militaire. Face à la menace russe, elle a investi dans la défense, bien plus que la France par exemple, devenant la plus grande armée de l’Union européenne. Et Varsovie compte aussi peser diplomatiquement. L’influence de la Pologne vient notamment d’une personnalité : Donald Tusk. L’ancien président du Parlement européen a repris son fauteuil de Premier ministre en 2023, et a su garder des oreilles attentives à Bruxelles.

Résultat, c’est tout le centre de gravité de l’Europe qui se redirige vers l’Est. Un dynamisme qui explique pourquoi L’Express consacre cette semaine sa Une au miracle polonais.

Mais l’histoire de la Pologne avec l’Europe est complexe. Dans cet épisode d'Hier à la Une, on vous propose de regarder ce qu'en disait L’Express il y a quelques années.

En 1997, les jeunes Polonais placent leur confiance dans l'Union européenne avant même que le pays l'intègre. Quelques années plus tard, en 2006, l'enthousiasme laisse place, dans une partie de la population, à un regret causé par des fortes inégalités économiques et par un rejet des valeurs culturelles portées, selon eux, par l'Europe.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : INA

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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Le Premier ministre polonais Donald Tusk s'adresse à la presse lors d'un sommet européen à Bruxelles le 18 décembre 2025 REUTERS/Yves Herman/File Photo
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Mistral AI, contrats chinois... Les confidences de la ministre marocaine du Numérique

Octobre 2024. A un peu plus d’un an de la Coupe d’Afrique des nations de football, le Maroc se cherche un nouveau ministre pour mener à bien sa transition vers le numérique et l’intelligence artificielle. Le profil retenu, Amal El Fallah Seghrouchni, directrice de recherche expérimentée, apparaît idéal. "C’est bien simple, le roi s’est entouré de la meilleure", assure un maître de conférences en mathématiques français quand on lui demande les chances de réussite de cette bûcheuse, spécialiste en informatique.

Femme de l’année 2021 selon Berkeley World Business Analytics Award, Amal El Fallah Seghrouchni a laissé une empreinte profonde en quinze ans passés à la Sorbonne. Mais les rouages du monde politique sont bien différents de ceux du monde académique. Modernisation, Coupe du monde 2030, dialogue avec les concurrents africains, partenariats avec la France mais aussi la Chine, rétention des talents, renforcement de l’écosystème start-up… Sur son bureau lustré, siège en cuir et drapeau flamboyant non loin, les dossiers délicats ne manquent pas. Comment s’en sort le Maroc ? L’Afrique arrivera-t-elle à s’accorder, pour faire face aux géants technologiques ? Entretien exclusif.

L’Express : Avant d’être nommée ministre de la Transition Numérique du Maroc, vous avez dirigé des recherches de haut niveau en IA au Maroc et en France. Quels réels progrès ont été accomplis dans ce domaine et quelles limites perdurent ?

Amal El Fallah Seghrouchni : L’intelligence artificielle progresse par paliers. Par le passé, il y a eu la vague des "systèmes experts", avec des succès spectaculaires de l'IA dans des jeux tels que les échecs. Un moment d’inflexion arrive ensuite dans les années 2010 avec l’apprentissage profond et la vision par ordinateur, qui ont permis des avancées significatives dans des systèmes critiques. Le système PARAFE de contrôles automatisés aux frontières dans les aéroports, par exemple. La reconnaissance d’un individu qui entre dans un pays est un sujet sensible. Et les systèmes de reconnaissance faciale fondés sur des indicateurs biométriques fonctionnent aujourd’hui très bien. Les choses se sont accélérées à l’arrivée des grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT. Nous sommes désormais à un nouveau palier. Les LLM sont très gourmands en données et en puissance de calcul. Mais le chinois DeepSeek a montré qu’on pouvait obtenir des performances impressionnantes avec des modèles plus compacts.

Une autre idée qui émerge aujourd’hui, ce sont les agents IA. Un concept qui n’est pas neuf mais que l'on "redécouvre" aujourd'hui, parce que les conditions techniques sont réunies. L’idée est qu’en faisant coopérer plusieurs IA, on peut faire beaucoup plus. Restent les limites inhérentes aux infrastructures. Le deep learning n’est pas "né" en 2010 par magie : c’est aussi parce qu’on a eu des machines beaucoup plus puissantes, et beaucoup plus de données qu’il s’est développé. Mais cela crée des tensions : sur l’énergie, sur les infrastructures, et sur les ressources matérielles. On voit ressurgir la question des métaux rares utilisés dans les puces et dans les infrastructures. Il y a les réponses politiques, comme le CHIPS Act lancé aux États-Unis dans un contexte de compétition technologique. Et il y a les réalités géopolitiques comme la profusion de métaux rares détenus par la Chine ou le fait que 92 % des données européennes soient hébergées dans des clouds américains. La question, au fond, devient : qui peut maîtriser en même temps les données, l’infrastructure et la puissance de calcul ?

Quel nouveau monde cela va-t-il faire émerger ?

Ce qui va émerger, ce sont des niches. Au Maroc et plus généralement en Afrique, nous ne sommes pas compétitifs sur certains maillons, par exemple les métaux rares. En revanche, nous sommes compétitifs sur d’autres leviers : la force de travail, les capacités de terrain, et surtout une donnée encore peu connectée mais qui pourrait l’être. Ce qui nous manque, ce sont des modèles et des capacités de développement de modèles. Les LLM ont été conçus, pour l’essentiel, en dehors de l’Afrique et ils gèrent mal les langues africaines. Or, le langage véhicule une manière de penser. Au niveau mondial, ce qui va se jouer, c’est la distribution et l’exécution des modèles : comment les déployer, les faire tourner, les spécialiser. Il reste beaucoup de choses à inventer. Enfin, l’IA va se croiser avec d’autres disciplines. On va la voir dialoguer avec le quantique, avec d’autres domaines scientifiques. Cela peut produire des modèles et des approches complètement inédites.

Vous avez inauguré le 12 janvier un centre d’excellence en IA. Quels sont les grands axes de la stratégie IA du Maroc ?

Le centre que nous avons inauguré s’appelle "Jazari Root". Il est conçu comme la racine d’un réseau d’instituts connectés, à l’image d’un réseau de neurones, déployé dans les douze régions du pays. Sous les Hautes Orientations fixées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc entend éviter un développement "à deux vitesses" : toutes les régions du Maroc doivent être embarquées dans les dynamiques économiques et sociales. Trop souvent, les acteurs travaillent en silo : l’écosystème start-up d’un côté, les PME de l’autre, les chercheurs dans leur laboratoire, et le marché qui a des besoins mais ne trouve pas toujours des produits exploitables. Or, dans la tech et la deep tech, l’innovation ne se fait pas sans recherche scientifique rigoureuse. Les grandes nations digitales ont bâti leur réputation sur de la recherche de pointe. La question est : comment connecter les chercheurs au marché ? Ce n’est pas évident ; il faut compléter tous les maillons de la chaîne de valeur. D’où l’idée de créer des espaces et des mécanismes qui mettent ensemble l’université, la start-up, la PME tech, le grand groupe, et le marché, avec les financements qui vont avec. On trouve d’ailleurs des réseaux de ce type en France, avec les instituts Carnot, ou en Allemagne, avec les Fraunhofer.

Au Maroc, chaque institut sera spécialisé sur une thématique liée à la région. A Dakhla, un institut autour de l’IA et de la transition énergétique. À Rabat, un institut sur l’IA et l’e-gouvernement. À Marrakech, sur l’IA et la smart city, etc. Sur le plan juridique, JAZARI est structuré pour accueillir des administrations, du privé, des start-ups, des PME, mais aussi des chercheurs, des laboratoires ; et nous allons créer des laboratoires de R&D. Nous avons singé pour la création d’un laboratoire de R&D commun entre Jazari root et le français Mistral AI. Il y en aura d’autres, notamment avec l’UM6P, sur d’autres thématiques. Enfin, à côté des instituts, nous mettons en place des mécanismes de soutien à l’écosystème. Par exemple, notre initiative de "venture building" (VB) dotée de 700 millions de dirhams pour accompagner les start-ups.

Vous parliez de Mistral. Avez-vous signé avec d’autres grandes entreprises européennes ou américaines ?

Oui, nous avons plusieurs discussions en cours, notamment avec CurrentAI, l’intiative lancée par la France en 2025, sur le sujet du traitement de données. Nous échangeons aussi avec différents grands acteurs privés et publics tels qu’OpenAI ou la Commission européenne. Ce n'est pas un hasard : le Maroc est souvent considéré comme la porte vers l'Afrique. Et nous avons de la recherche de très bonne qualité.

La Chine devient-elle un partenaire technologique de plus en plus important pour le Maroc ?

Nous travaillons avec tout le monde, mais avec une ligne claire : la souveraineté. La Chine s’intéresse beaucoup à la 5G, à la connectivité, aux infrastructures. Elle a essayé d’entrer sur la 5G par différents moyens. Mais à ce stade, les opérateurs que nous avons retenus sont deux acteurs marocains et un Français. Les Chinois ont des projets très ambitieux. Notre rôle est de veiller à ce qu’ils se fassent en co-construction et dans le respect de notre souveraineté. C’est vrai d’ailleurs pour tous nos partenariats, qu’ils soient Sud-Sud ou triangulaires. Quand nous avons signé, par exemple, pour D4SD (Digital for Sustainable Development, avec les PNUD aux Nations unies), cela a positionné le Maroc comme hub digital arabo-africain. L’idée est de construire des partenariats solides, de pair à pair, sur des projets qui intéressent tout le monde. Trouver des produits, des solutions, des bonnes pratiques qui puissent être déployés dans notre voisinage régional. Comme on le dit souvent en Afrique, "ensemble, on va loin". Et nous voulons le faire en respectant la souveraineté nationale de chacun.

En Europe, la désinformation sur les réseaux sociaux, majoritairement américains, mais aussi chinois avec TikTok, inquiète de plus en plus. Est-ce aussi un sujet au Maroc ?

Oui, une loi est en préparation sur les réseaux sociaux, notamment pour encadrer et sanctionner l’utilisation abusive de l’image ou de la voix d’une personne (deepfakes, usurpations, etc.). Nous entrons dans une phase électorale et nous commençons à voir émerger tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Le projet de loi est encore en discussion. Mais cela va arriver vite. Nous ne voulons pas que la période électorale devienne un moment où certains se permettent tout. Nous rencontrons déjà des difficultés avec la circulation de fausses informations, c’est un sujet très sérieux pour nous.

Dans quels domaines, l’écosystème numérique marocain progresse-t-il le plus vite ?

Nous avançons sur plusieurs fronts : la santé, l’éducation (EdTech), l’agritech et l’agriculture intelligente, avec notamment l’usage de drones et de vision par ordinateur. Il y a aussi des développements intéressants en legaltech. Au ministère, nous – souhaitons créer une direction générale de l’intelligence artificielle qui développe(ra) des outils utiles à l’administration : par exemple, la numérisation de certaines procédures, celle du Bulletin officiel, la navigation dans les textes juridiques. Nous sommes très avancés sur certains de ces sujets. La direction générale de l’IA va également beaucoup travailler sur la Coupe du Monde qui se tiendra chez nous en 2030, mais aussi sur les questions de transition énergétique, de sécurité, d’infrastructures et d’usines X.0. L’idée est de créer des briques IA réutilisables un peu partout. Qu’un outil développé pour l’administration puisse servir à l’agriculture, à la santé, à l’éducation etc.

Concrètement, comment la Coupe du monde 2030 va-t-elle s’appuyer sur l’IA ?

Une personne qui vient de Madrid ou de Lisbonne pour un match au Maroc doit être prise en charge de bout en bout. Un identifiant lui permettra de naviguer de façon très fluide : réserver une chambre d’hôtel, accéder au billet du match, se voir proposer des activités, des restaurants, des trajets. L’objectif est qu'il y ait une prise en charge complète, du départ à l’après-match. En amont, l’IA peut aussi optimiser toute l’organisation : logistique, flux, planification. Et puis il y a le sport lui-même. Walid Regragui, l’entraîneur de l’équipe nationale, explique très bien comment l’entraînement des joueurs s’appuie déjà beaucoup sur l’IA qui propose des scénarios de jeu, des analyses de performances et des suivis. On peut par exemple évaluer assez finement le risque qu'un joueur se blesse en fonction de sa condition et de son planning de match. Enfin, il y a aussi tous les aspects opérationnels : répartition des équipes, sécurité, surveillance, gestion des foules. Sur toutes ces dimensions, l’IA jouera un rôle important.

Le Maroc est un pôle d’outsourcing IT important. Comment cela a-t-il évolué ces dernières années. Et que va changer l'IA à ce niveau ?

Aujourd’hui, l’outsourcing se porte bien au Maroc. Mais nous savons que, si nous ne faisons rien, cela peut évoluer défavorablement : les besoins se déplacent, les compétences attendues deviennent plus pointues. Dès 2024, l’offshoring a généré environ 26 milliards de dirhams de revenus à l’export. Un montant que nous ne pensions atteindre qu’en 2026. Nous avons de très bons ingénieurs et nous avons relancé la circulaire sur l’offshoring pour créer des conditions plus attractives. Les installations sont simples, les procédures rapides. L’enjeu est désormais la montée en gamme. Avec l’IA, les compétences recherchées sont de plus en plus spécialisées. La concurrence existe en Afrique. Le Rwanda, le Kenya et le Nigeria sont des compétiteurs sérieux. Mais nous attirons aussi une population particulière : les nomades digitaux. Par exemple à Taghazout, près d’Agadir, ou à Dakhla. Nous investissons là-bas dans des data centers alimentés par des énergies renouvelables. Ces régions peuvent devenir importantes pour l’Europe, notamment si des contraintes énergétiques se renforcent. Je suis convaincue que l’offshoring au Maroc ira grandissant. Si vous combinez tourisme, énergie, data, et services, cela crée un ensemble d’incitations favorable au développement de l’économie numérique.

Comment l’Afrique se positionne-t-elle sur les technologies de rupture ?

Ce n’est pas simple de parler au nom de toute l’Afrique. Mais, je pense que nous ne sommes pas au niveau dans les semi-conducteurs, ni le quantique, et que l'IA reste notre meilleure carte. Pour moi, c’est plus qu’une technologie : c’est un levier de développement social. En 2020, le magazine Nature montrait qu’une grande partie des objectifs de développement durable (79 % des ODD) pouvaient être accélérés grâce à l’IA. Or, je pense que le développement de l’Afrique passera par la réalisation de ces ODD : lutte contre la pauvreté, contre l’analphabétisme, santé, éducation, développement économique, sécurité alimentaire.

Quels défis faut-il relever en priorité : data centers, investissement, puissance de calcul ?

Pour développer l’IA, il faut d’abord de la R&D : des équipes capables de développer des modèles adaptés à l’Afrique. Il faut aussi des infrastructures, des capteurs pour collecter les données, et de la puissance de calcul. C’est pour cela que nous avons lancé D4SD : pour positionner le Maroc comme hub régional arabo-africain sur l’IA et les sciences des données. Ce hub a pour objectif de déployer des programmes à l’échelle du continent avec deux caractéristiques : être scalables, et répondre à des besoins réels. Et je m’engage, si j'en ai le mandat, à contribuer à la création d’une commission ou d’une agence africaine, à l’image de la commission européenne, pour booster la recherche, le développement et l’innovation à l’échelle arabo-africaine. Nous en discutons avec plusieurs pays. Ce qui a fait la force des programmes européens (ex. Horizon 2020), c’est la capacité à faire travailler ensemble des équipes de pays différents sur des sujets d’intérêt commun.

Comment le Maroc aborde-t-il l’enjeu de la formation des talents ?

Nous avons mis le paquet sur la formation de haut niveau. C’est important pour plusieurs raisons, notamment parce que l’offshoring évolue. Une étude kenyane indique qu’à l’horizon 2032, une partie de la main-d’œuvre en Afrique pourrait devenir plus chère que les robots. Certains pans de l’offshoring vont disparaître, notamment dans l’industrie. Il faut s’y préparer. C’est ce que nous faisons avec le lancement du réseau Jazari institutes lors de la journée "AI made in Morocco".

© Amal El Fallah Seghrouchni

Amal El Fallah Seghrouchni, le 12 janvier à Rabat, à l'annonce du lancement du premier réseau marocain d'instituts spécialisés en IA.
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Le Kremlin renvoie un général connu pour ses assauts brutaux

Il était l'un des généraux favoris du Kremlin, malgré ses méthodes jugées brutales au sein de ses propres troupes. Dans un article publié le 18 janvier, Kyiv Post révèle que Sukhrab Akhmedov, un haut gradé russe, a été relevé de ses fonctions après quatre années à des postes de commandement importants en Ukraine. Originaire du Daghestan et issu d'une famille de militaires, l'homme de 51 ans était notamment connu pour son nombre important de pertes lors des assauts qu'il ordonnait, expliquant son impopularité auprès des combattants russes.

Après avoir suivi un cursus à l'Académie Frounzé de Moscou en 2005, le principal établissement qui forme les officiers de l'armée russe destinés aux plus hauts postes de commandement, Akhmedov avait commandé de 2009 à 2015 la 155e brigade d'infanterie de marine, une unité d'élite russe privilégiée par le Kremlin, basée à Vladivostok. Fin février 2022, c'est aussi lui, entre autres, qui participa à l'offensive principale du Kremlin en Ukraine, en dirigeant un groupe d'assaut amphibie d'élite, comprenant son ancienne unité.

Un commandement autoritaire

Mais très vite, des premiers témoignages font état d'un commandement autoritaire, plus soucieux de plaire aux supérieurs qu'à minimiser le nombre de pertes des troupes. Comme en mars 2022, lorsque la 155e brigade et d'autres unités reçurent l'ordre répété d'attaques infructueuses contre les défenses ukrainiennes robustes autour du village de Moshchun, au nord de Kiev. En novembre de la même année, des fusiliers marins de la 155e brigade, dans une lettre ouverte adressée au gouverneur de l'île de Sakhaline, ont accusé leur ancien commandant de brigade, Akhmedov, de sacrifier des vies humaines lors d'attaques vouées à l'échec.

"Suite à cette offensive "soigneusement" planifiée par des "grands chefs", nous avons perdu environ 300 hommes, tués, blessés ou disparus, en quatre jours. La moitié de notre équipement a été détruite. Et il ne s'agit que des pertes de notre brigade. Le commandement de district, de concert avec Akhmedov, dissimule ces faits et utilise les chiffres officiels (falsifiés) des pertes par crainte d'être tenus responsables", peut-on lire dans la missive.

Une ascension importante

Malgré ces critiques, le général a continué son ascension, au point d'être promu commandant de la 20e armée inter-armées russe en décembre 2022, puis général de division par l'ancien ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, le 17 février 2023. Mais en juin 2023, bis repetita : cette fois, des blogueurs pro-russes critiquent vivement le militaire, après qu'une formation rassemblée pour un discours de "motivation" des troupes a été touchée par des missiles ukrainiens. Kirill Federov, l'un des plus connus (550 000 abonnés sur Telegram), a révélé que l'unité russe était restée en formation à découvert, pendant plus de deux heures, attendant l'arrivée d'Akhmedov et de son entourage, qui étaient en retard. Les services de reconnaissance ukrainiens ont alors repéré la formation et l'ont touchée avec des roquettes d'artillerie chargées de munitions à fragmentation, provoquant 200 victimes, dont environ la moitié ont été tuées, ont rapporté des médias russes et ukrainiens indépendants.

Si Akhmedov a démissionné de son commandement de la 20e armée en mai 2024, il a par la suite été réaffecté au poste de superviseur des forces terrestres et aériennes russes défendant la région de Koursk contre une invasion ukrainienne inattendue. Après plusieurs opérations à succès, le président de la République russe du Daghestan, Sergueï Melikov, a annoncé le 10 juillet 2025 lui remettre la plus haute distinction russe, celle de Héros de la Russie, pour ses exploits militaires exceptionnels et pour être "un commandant de combat qui ne se cache jamais derrière les autres et qui est toujours aux côtés de ses hommes".

Le 22 décembre, une ultime tentative d'assaut blindé massif, ordonnée par Akhmedov, pour reprendre le terrain autour de Dobropillia "à tout prix", se solda néanmoins par un échec retentissant. Selon des rapports de l'armée ukrainienne, 24 véhicules blindés de la 155e brigade et d'autres unités de marine ont été envoyés au combat, mais des drones bombardiers, des mortiers, des mines et de l'artillerie ont anéanti l'attaque, détruisant 15 chars et autres véhicules blindés en moins de deux heures et forçant le reste des soldats russes à battre en retraite. Dans des rapports d'après-bataille publiés le 11 décembre, l'armée ukrainienne a indiqué qu'une centaine de soldats russes, pour la plupart épuisés, s'étaient rendus, dont plus de 50 près du village.

© REUTERS

Des militaires russes passent devant le théâtre Bolchoï sous une épaisse couche de neige à Moscou, en Russie, le 9 janvier 2026.
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Qui sont les têtes pensantes de l'écosystème Trump ?

On pense peu aux hommes de l'ombre du président américain, tant celui-ci accapare la lumière par ses outrances et ses menaces - en témoigne l'épineux dossier du Groenland. Mais alors que le second mandat de Donald Trump a fêté son premier anniversaire le 20 janvier, il est pourtant bon de s'intéresser à quelques têtes pensantes qui façonnent la pensée - et la politique - de ce dirigeant imprévisible.

Il y a d'abord ces néoréactionnaires de la Silicon Valley, des intellectuels férus de technologies et de théories qu'Orwell lui-même n'aurait pas imaginées. A l'image de Curtis Yarvin, ce philosophe qui se revendique des "lumières obscures", antithèse de l'esprit des Lumières du XVIIIè siècle. Informaticien et blogueur californien, régulièrement cité comme une "source d'inspiration" par le vice-président américain J.D. Vance, ce dernier espère le remplacement de la démocratie par une "monarchie" dirigée par un "PDG roi", où les personnes avec moins de 120 de QI n'auraient pas le droit de vote. Il y a vingt ans, l'intellectuel qui a une audience significative chez les libertariens avait également développé la théorie de la "cathédrale" - qui l'a fait connaître - selon laquelle l'ensemble des institutions sociales auraient été noyautées par une pensée libérale et progressiste destinée, sous couvert de démocratie, à asservir le peuple.

Depuis, le philosophe étale sa détestation de la démocratie, arguant par exemple en 2022 que "le destin de la Russie" était "de rétablir l’ordre en Europe", un mois avant que Moscou ne diligente ses chars sur l’Ukraine. La liquidation de l’Ukraine, poursuivait-il, "suggérera à tous les autres Etats clients (…) que Washington ne peut plus garantir leur souveraineté, que ce soit par la diplomatie ou par la force."

Des références bibliques

Autre figure phare de la Silicon Valley soutien de Donald Trump : Pether Thiel. Célèbre pour avoir cofondé la plateforme de paiement en ligne PayPal, ce milliardaire de 57 ans a été lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 l'un de ses seuls soutiens au sein du berceau des géants du numérique, plus habitués à défendre des idées progressistes. Dix ans plus tard, il est le symbole du ralliement éclair des barons de la tech au locataire de la Maison-Blanche, et échange régulièrement avec Donald Trump dont il a financé la campagne. D'après lui, la société américaine se trouverait dans une "stagnation" technologique liée à une aversion au risque, et "l'antéchrist" s'emparerait aujourd'hui du monde en surfant sur l'inquiétude climatique. Dans une autre référence biblique quelque peu lunaire, Thiel écrit que le retour de Trump au pouvoir annonçait une "apocalypse" au sens étymologique, c'est-à-dire la "révélation" de "secrets" (les causes du Covid-19, de la mort de Jeffrey Epstein…) que les institutions de "l’ancien régime" auraient cachés.

Au cœur du pouvoir et non en périphérie, l'on retrouve également Russell Vought, surnommé le "bouledogue de Maga" par la presse américaine. Qualifiée de "personne la plus importante de Trump 2.0" dans une tribune publiée par The New York Times, ce nationaliste chrétien assumé est devenu le directeur du budget de la Maison-Blanche - un poste qu'il occupe toujours - après avoir été des années durant l'assistant parlementaire d'élus républicains puis lobbyiste pour la Heritage Foundation, un cercle de réflexion conservateur à l'origine du "Projet 2025". Ces neuf cents pages de propositions radicales prévoyaient notamment le remplacement de dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux, et affirmaient que le président devait avoir un pouvoir absolu sur le pouvoir exécutif. Sa vision a en partie été appliquée lors du premier mandat de Donald Trump avec la suppression de nombreux postes dans l'administration, ainsi que de régulations environnementales jugées trop contraignantes pour les entreprises.

Pourfendeur du wokisme

Stephen Miller, aussi, est une figure phare de l'écosystème Trump. Sur son profil Twitter, l’influent chef de cabinet adjoint de l’administration américaine défend la police américaine de l’immigration et des douanes (l'ICE), pourfend le wokisme et republie des photos de supposés immigrés ayant commis des délits et des extraits de Fox News. Orateur connu pour sa brutalité verbale et son ton criard, il émerge sur la scène médiatique comme l’idéologue en chef du trumpisme, jouant un rôle central dans la définition des priorités politiques du président. Selon Reuters, sous sa direction, l’administration Trump a ainsi doublé les arrestations liées à l’immigration, repoussé les limites légales des expulsions, interdit l’entrée aux voyageurs de 19 pays, tenté de restreindre le droit du sol et aidé les républicains à faire adopter un projet de dépenses allouant environ 170 milliards de dollars à la répression migratoire.

On lui doit également "les diatribes du gouvernement contre les universités, les cabinets d’avocats et même les musées", liste The Wall Street Journal, qui précise que celui-ci a "écrit ou amendé chaque décret que Trump a signé." Enfin, lorsque l'on évoque la politique de Donald Trump, impossible de faire l'impasse sur J.D. Vance, l'emblématique vice-président américain qui se situe au carrefour des grands courants idéologiques du trumpisme, observe encore The Wall Street Journal : catholique converti, mais aussi ex-investisseur proche des techno-réactionnaires de la Silicon Valley. En février dernier, à Munich, ce dernier avait notamment sidéré l'Europe en prononçant un discours dans lequel il s’en prenait au modèle même de la démocratie européenne.

© AL DRAGO/POOL/EPA/MAXPPP

(De gauche à droite). Stephen Miller, chef adjoint de cabinet de la Maison-Blanche chargé de la politique, Terry Cole, administrateur de la Drug Enforcement Administration (DEA), Pam Bondi, procureure générale des États-Unis, le vice-président américain J.D. Vance, le président américain Donald Trump, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense des États-Unis, Kristi Noem, secrétaire du Department of Homeland Security (DHS), et Gadyaces Serralta, directeur de l’US Marshals Service, lors de la signature d’un décret présidentiel dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington (DC), États-Unis, le 25 août 2025.
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A Davos, Donald Trump précise ses velléités sur le Groenland : "Je veux juste un bout de banquise"

Le président américain Donald Trump a pris la parole pendant plus d'une heure ce mercredi 21 janvier, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, et a, sans surprise, attaqué l'Europe. "J'aime l'Europe et je veux qu'elle aille bien mais l'Europe ne va pas dans la bonne direction", a-t-il asséné, au lendemain de la décision des députés européens de geler la ratification de l'accord commercial conclu avec les Etats-Unis en juillet dernier.

Seuls les Etats-Unis peuvent "sécuriser le Groenland"

Au coeur des tensions, la résistance des Européens face à la volonté de Donald Trump de mettre la main sur le Groenland, territoire arctique sous souveraineté du Danemark, pays membre de l'Union européenne et de l'Otan. Le président américain a réaffirmé que seuls les Etats-Unis sont en mesure de défendre le Groenland. "Aucune nation ni aucun groupe de nations n'est en mesure de sécuriser le Groenland, à l'exception des Etats-Unis", a-t-il déclaré, demandant des "négociations immédiates" sur le sujet et excluant, pour la première fois officiellement, d'utiliser la force pour y parvenir. "On pensait que j'utiliserais la force, mais je n'en ai pas besoin. Je ne veux pas utiliser la force. Je n'utiliserai pas la force", a-t-il répété.

Donald Trump a accusé le Danemark de faire preuve d'"ingratitude", allant même jusqu'à minimiser l'importance de sa demande : "Nous voulons juste un petit bout de banquise, pour protéger le monde, et ils ne veulent pas nous le donner." Et ce ne serait pas "une menace à l'encontre de l'Otan" mais au contraire, "cela renforcerait la sécurité de l'Alliance", dénonçant dans le même temps la façon dont les Américains sont "traités" par l'Otan. "On donne tellement et on obtient si peu en retour", a-t-il lancé.

Donald Trump tacle Emmanuel Macron

Le président américain a ensuite évoqué sa relation avec Emmanuel Macron, affirmant qu'il l'"aime beaucoup" même si c'est "difficile à croire". "Je l'ai écouté hier avec ses belles lunettes de soleil. Que s'est-il passé ?", a-t-il ironisé avant d'affirmer l'avoir "vu faire le dur à cuire".

Donald Trump a évoqué une discussion téléphonique avec le président français au sujet du prix des médicaments. Selon cette histoire, racontée maintes fois, Emmanuel Macron aurait cédé aux pressions du président américain et aurait accepté d'augmenter les prix des médicaments en France afin que ces derniers baissent outre-Atlantique.

Mardi, pendant sa prise de parole à Davos, Emmanuel Macron avait dénoncé l'attitude des Etats-Unis. "Nous passons à un monde sans loi, un monde où règne la loi du plus fort", appelant l'Europe à utiliser "ses outils très puissants" quand elle "n'est pas respectée". Une référence à l'instrument "anti-coercition" que Paris pousse à activer, mécanisme juridique européen qui permettrait de riposter lorsqu'un pays extérieur tente d'imposer ses choix politiques ou stratégiques par des pressions économiques.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump prend la parole lors du 56e Forum économique mondial (FEM), à Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026.
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Le "facteur en chef" et la chimiste visionnaire : deux visages d’une Pologne en mutation

D’un geste machinal, il oriente le QR code affiché sur son téléphone vers le détecteur placé au centre de la consigne automatique. Un bip discret, un déclic, et le casier s’ouvre. Moins de deux secondes pour récupérer le colis. "Cela fait partie de ces petites choses qui ont changé notre quotidien", glisse Sebastian, un habitant de Varsovie de 26 ans. Le jeune homme peine à se souvenir de l’époque où recevoir une commande signifiait composer avec des horaires contraignants, attendre un livreur ou faire la queue au bureau de poste.

En Pologne, ces installations, sortes de murs remplis de casiers, sont visibles à tous les coins de rue. Une sur deux appartient au pionnier national InPost, présent sur ce segment depuis 2009. Baptisées "Paczkomaty", le terme est entré dans le langage courant. Le jaune d’InPost est d’autant plus présent à la période des fêtes que ses camions de livraison quadrillent les rues polonaises.

Rafal Brzoska, le roi incontesté de la logistique

Ce succès fulgurant est signé Rafal Brzoska. Crâne rasé, sourire à fossettes, posture assurée : le milliardaire dégage une énergie contagieuse. A tel point qu’en Pologne, difficile de dire qui de la marque ou de son fondateur est le plus connu. "Comprendre les besoins des utilisateurs, s’inspirer de ce qui fonctionne à l’étranger et s’entourer de talents, voilà mon credo", résume ce dandy adepte des costumes soignés et des couleurs audacieuses. Une recette à l’origine de la croissance spectaculaire d’InPost depuis 2018, soutenue par la crise du Covid et l’explosion du commerce en ligne.

Son ascension se joue se joue bien au-delà des frontières nationales. Début 2021, InPost a fait une entrée remarquée à la Bourse d’Amsterdam. La même année, InPost a racheté le français Mondial Relay pour 650 millions d’euros. "Nous installons cent nouvelles consignes automatiques par semaine en France", explique-t-il.

Son principal enjeu à présent est d’intégrer l’intelligence artificielle à son activité. "Nous devons être en tête des options de livraison recommandées par l’IA aux consommateurs européens", martèle le chef d’entreprise. Selon Brzoska, InPost approche de son moment "Apple 1997", ce tournant où Steve Jobs a transformé une marque en écosystème intégré. C’est ce modèle que sa société veut reproduire, fort de ses 80 millions d’utilisateurs et de sa présence sur neuf marchés internationaux. "Nous avons une plateforme d'e-commerce, un programme de fidélité, une application de paiement et un partenariat avec la start-up polonaise d’IA Bielik", énumère-t-il. Un ensemble de services censé faire de la livraison InPost le choix par défaut au moment du paiement.

Mais l'influence de ce patron dépasse largement le secteur de la logistique. Membre depuis 2021 du club fermé des dix plus grandes fortunes polonaises, ses fonds d’investissement prennent des parts dans des entreprises stratégiques, tandis qu’à titre privé, il a misé sur une quarantaine de start-up. "Si nous, entrepreneurs polonais, n’investissons pas dans nos entreprises, comment convaincre les capitaux étrangers que nos solutions sont les meilleures ?", interroge Brzoska.

L'homme s'intéresse aussi aux médias : il a créé une nouvelle revue économique digitale, XYZ. Quant à son épouse, Omenaa Mensah, ancienne présentatrice de télévision vedette, et fille d’une Polonaise et d’un Ghanéen, elle vient de lancer la version polonaise du magazine GQ. Leur mariage en 2019 a fait pleinement entrer l’entrepreneur dans le monde du show-business. Omenaa Mensah, une philanthrope engagée pour l’Afrique - et la seule à pouvoir faire de l'ombre à son mari dans les dîners -, l’a encouragé à créer sa fondation. Lui qui a grandi dans une région rurale du sud soutient désormais les jeunes talents aux ressources financières limitées. Leur gala de charité commun est devenu incontournable.

La réussite s'est pourtant fait attendre. "J’ai frôlé la faillite", rappelle Brzoska. Car au début des années 2010, InPost, qui concentre son activité sur la distribution du courrier, se frotte à la Poste polonaise, soutenue par l’Etat. S’ensuit une bataille économique et judiciaire, qui contraint la société d’engager une restructuration douloureuse en 2016. C’est en se concentrant sur la livraison de paquets plus volumineux qu’InPost décollera.

Cet épisode douloureux a nourri l’obsession de Brzoska pour la simplification administrative. En 2025, il accepte la mission qui lui confie le Premier ministre Donald Tusk : proposer un plan choc pour réduire la bureaucratie. En quelques semaines, il réunit une équipe d’experts et lance une plateforme participative permettant aux citoyens de soumettre leurs idées de réforme. 500 idées sont transmises au gouvernement, 120 adoptées, et 200 encore à l’étude. "Nous avons dépassé la polarisation politique en nous concentrant sur les problèmes concrets des ménages et des micro-entrepreneurs", se félicite-t-il, convaincu que l’initiative mériterait d’être portée à Bruxelles.

Surnommé le "facteur en chef de la Pologne", Brzoska est un véritable phénomène de société. La politique ? "Hors de question", balaie ce féru de golf. Il faut dire que l'entrepreneur a de quoi faire, à l'heure où les rumeurs sur un potentiel rachat d'InPost agitent la presse locale. Une certitude : il n'a pas fini de faire parler de lui.

Agnieszka Gajewicz-Skretna, la chercheuse qui lutte contre les effets néfastes des substances chimiques grâce à l'IA

Absorbés par leurs écrans, les doigts virevoltant sur les claviers, des élèves en master de chimie ont délaissé l’odeur des solvants, le cliquetis du verre et les blouses blanches pour s’immerger dans le monde des algorithmes. Entre les rangées d’ordinateurs, leur professeure, Agnieszka Gajewicz-Skretna, déambule et murmure, ici et là, quelques conseils. Ils écoutent religieusement cette chercheuse de l’Ecole Polytechnique de Gdansk, dans le nord de la Pologne, qui s’est imposée comme l’un des visages montants de la chimioinformatique.

Sa spécialité ? Elaborer des modèles capables de prédire si une substance est sûre pour l’être humain, l’environnement et la biodiversité, bien avant sa mise sur le marché. "L’objectif est d’éviter de reproduire les fiascos sanitaires de l’amiante ou des Pfas [ces matières chimiques destinées à rendre par exemple les poêles antiadhésives]", explique-t-elle, tout en insistant sur la portée économique et bioéthique de sa recherche. "Il s’agit de réduire le recours aux tests en laboratoire, souvent longs, coûteux et réalisés sur des organismes vivants", précise-t-elle. Applicables à la santé, à la cosmétique ou à la construction, les potentialités de sa discipline sont démultipliées par l’essor de l’intelligence artificielle. Une "révolution" comparable selon elle à l’arrivée du microscope électronique ou du séquençage de l’ADN.

L’une de ses priorités : comprendre l’évolution chimique des microplastiques dans le temps. "Nous ingérons chaque semaine l’équivalent d’une carte bancaire en plastique", alerte la chercheuse. A terme, il s’agit d’imaginer des matériaux capables de neutraliser ces particules.

Agnieszka Gajewicz-Skretna
Agnieszka Gajewicz-Skretna

Dans son petit bureau, les distinctions débordent de l’étagère. En 2018, elle fait partie des quinze femmes retenues par l'Unesco et L’Oréal pour leurs recherches susceptibles de changer le monde. L’année suivante, elle est lauréate d’une bourse nationale pour jeunes scientifiques d’exception, puis, en 2020, du Prix polonais du Développement intelligent. Elle figure aussi parmi les 2 % de scientifiques les plus cités au monde dans des publications spécialisées. "C’est une chercheuse brillante et infatigable", témoigne Jerzy Leszczynski, de la Jackson State University, son mentor.

Après des années à l’Université de Gdansk, son alma mater, elle a rejoint cet été la Polytechnique voisine. "Nous cherchions un profil pouvant combler un fossé sur le marché : entre des programmeurs peu familiers de la chimie et des chimistes exploitant insuffisamment les données" résume Jacek Czub, chef du département de physique chimique de la Polytechnique.

Agnieszka Gajewicz-Skretna s’est toujours caractérisée par son aplomb. "Lors de sa soutenance, elle a pris ses distances avec certains articles de son propre directeur de thèse et s’est mise à dialoguer avec le jury d’égal à égal" se souvient Piotr Stepnowski, aujourd’hui recteur de l’Université de Gdansk.

S’ensuivent un postdoctorat au Japon, puis des séjours de recherche en Allemagne et aux Etats-Unis. Malgré les sirènes de l’étranger, dans un contexte où la Pologne lutte toujours contre la fuite des cerveaux, Agnieszka Gajewicz-Skretna fait le choix de rester dans son pays. "Nous avons parmi les meilleurs programmeurs en IA", relève-t-elle. Les dirigeants universitaires locaux abondent : dans la chimie avancée, la Pologne peut jouer dans la cour des grands.

Rester contribue aussi à donner confiance à la nouvelle génération polonaise. "Sans elle, je n’aurais jamais osé postuler pour une bourse outre-Atlantique, que j’ai obtenue", confie sa doctorante. Au-delà des couloirs de la faculté, on la croise dans des initiatives promouvant la place des femmes dans les sciences. Avec un horizon ambitieux : "J’aimerais un jour pouvoir affirmer que chaque produit en rayon a été évalué par nos modèles de prédiction".

© ©Anna Liminowicz

Rafal Brzoska
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Donald Trump - Emmanuel Macron : le bras de fer entre le "tyran de cour d’école" et "sa cible préférée" vu de l’étranger

C'est une "relation tumultueuse, marquée par des hauts et des bas depuis des années", décrit le New York Times, à propos des présidents français et américain. Depuis la publication d'un SMS envoyé par Emmanuel Macron à Donald Trump le 19 janvier, dans lequel le premier confie au second ne pas comprendre "ce qu'il fait au Groenland", "la tension entre la France et les Etats-Unis […] augmente de jour en jour", appuie le quotidien espagnol El País. Peu avant la publication de ce message, dont l'authenticité a été confirmée par l'entourage du président français, le locataire de la Maison-Blanche avait en effet menacé d'imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et les champagnes français, une mesure supposément destinée à convaincre Emmanuel Macron de rejoindre le "Conseil de la paix" dont il était à l'initiative.

Depuis leur arrivée au pouvoir à quelques mois d'intervalle en 2017, les deux hommes ont néanmoins connu de fréquents désaccords, "exacerbés, du côté de Trump, par des insultes, des menaces et des railleries publiques", poursuit le quotidien américain. Le journal donne l'exemple de ce jour où Emmanuel Macron avait jugé que l’Otan était en état de "mort cérébrale", dans un entretien à l’hebdomadaire anglais The Economist, en 2019. En retour, Donald Trump avait qualifié cette remarque de "très odieuse", affirmant qu'elle était "très dangereuse" pour la France. Autre cas plus récent : en juin dernier, lorsque Emmanuel Macron avait révélé que Donald Trump avait quitté prématurément un sommet du G7 pour travailler sur un cessez-le-feu irano-israélien, le président américain s'était emporté sur les réseaux sociaux. "Que ce soit intentionnel ou non, Emmanuel se trompe toujours", écrivait-il.

Emmanuel Macron "a essayé de faire le dur à cuire"

Pour Le Temps, Donald Trump a un "véritable comportement de tyran de cour d’école", et son homologue français est "devenu sa cible préférée malgré leur prétendue amitié". Une référence aux formules polies que s'adressent régulièrement les deux présidents - "mon ami", un "chic type que j’aime beaucoup" -, encore exprimées ce mercredi 21 janvier, au forum de Davos. "J’ai écouté le discours [de Macron] avec ses très belles lunettes de soleil. (...) Il a essayé de faire le dur à cuire", a jugé le locataire de la Maison-Blanche, tout en assurant "aimer beaucoup" Emmanuel Macron. Selon le quotidien suisse, l'illusion de cette "bromance" ne tient cependant plus. "Les faits imposent désormais l’évidence que ce petit jeu s’est fait aux dépens du Français. [C'est] une mauvaise nouvelle pour tous les Européens", annonce le média.

Il faut dire qu'Emmanuel Macron a "longtemps été identifié comme le bad cop de la diplomatie européenne", le président français cherchant coûte que coûte à "favoriser son industrie militaire dans l’effort de réarmement européen", écrit encore le quotidien. Quoi qu'il en soit, "l'époque faste" où les couples Trump et Macron avaient dîné ensemble à la tour Eiffel le 14 juillet 2017, après que le président américain a été l'invité d'honneur du défilé militaire, est "révolue", analyse également CNN. Lundi, lorsqu'un journaliste a demandé à Donald Trump sa réaction au refus d'Emmanuel Macron de siéger à son "Conseil de la Paix", ce dernier a "immédiatement porté un coup bas", rappelle le média américain. "Et bien, personne ne veut de lui, parce qu'il va bientôt quitter ses fonctions", a en effet déclaré le président américain.

Des points de vue opposés

"Sur le papier, Macron et Trump semblaient voués à s'affronter, compte tenu de leurs points de vue opposés sur le commerce, l'immigration et le changement climatique", résume le New York Times. Tout en rappelant que malgré leurs désaccords, les dirigeants ont toujours continué à dialoguer, du fait de leurs deux points communs : "Tous deux aiment beaucoup parler et tous deux ont bâti leur politique étrangère sur des relations directes et personnelles avec d'autres dirigeants", développe le journal.

D'ailleurs, la proposition de dîner qu'Emmanuel Macron a adressé à Trump dans son SMS pour aborder la situation au Groenland "pourrait être un moyen de gagner le cœur de Trump", car "les Européens ont remarqué que le faste et les cérémonies mettent le président américain de bonne humeur", décortique Politico. Dans une analyse qui pourrait prêter à sourire, le média américain affirme qu'Emmanuel Macron a développé "un don pour la diplomatie du dîner", ayant par exemple invité à plusieurs reprises le président hongrois Viktor Orban à dîner à Paris, dans le but d'aplanir les différends. "Les résultats, cependant, sont mitigés", conclut Politico.

© REUTERS/Al Drago/File Phot

Donald Trump et Emmanuel Macron, au siège de l'ONU, à New York, le 23 septembre 2025.
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Après un an de mandat, Donald Trump a-t-il tenu ses promesses de campagne ?

Une première année de mandat, en attendant encore trois autres. Le 20 janvier 2025, Donald Trump redevenait président des Etats-Unis lors d'une cérémonie d'investiture à l'intérieur du Capitole. Un an après son retour à la Maison-Blanche, certains de ses électeurs déchantent. Le président est confronté à une baisse de popularité : selon un sondage CNN/SRRS, une majorité d’Américains juge que Donald Trump se trompe de priorités et qu'il n'agit pas assez contre l'augmentation du coût de la vie. C'était pourtant l'une des promesses du milliardaire lors de sa campagne. Tour d'horizon de ses différents engagements.

Pouvoir d'achat

Le président avait fait du pouvoir d'achat son sujet de campagne privilégié en fixant des attentes très hautes. "À partir du jour où je prêterai serment, je ferai rapidement baisser les prix et nous rendrons l'Amérique à nouveau abordable", avait déclaré Donald Trump. Le candidat avait promis que "les revenus grimperaient" et que "l'inflation disparaîtrait". Mais l'inflation n'a pas ralenti de manière significative depuis le début de son second mandat. Les derniers chiffres, pour décembre 2025, s'établissent à 2,7 % sur un an, un rythme stable par rapport à novembre 2025. Ces chiffres sont légèrement inférieurs par rapport à décembre 2024, sous Joe Biden (2,9 %). Ils restent largement supérieurs à l'objectif annuel de 2 % fixé par la Réserve fédérale.

La hausse des dépenses courantes a été continue, parfois même significative sur un an, selon les chiffres du Bureau des statistiques du travail, le principal organisme de collecte de données économiques pour le gouvernement fédéral. Ainsi, entre décembre 2024 et décembre 2025, l'Indice des prix à la consommation a augmenté fortement pour le fioul (+ 7,4 %), l'électricité (+ 6,7 %) ou encore les services hospitaliers (+ 6,6 %). L'inflation alimentaire est également supérieure à la moyenne (+ 3,1 %), notamment pour la viande, le poisson et les œufs, qui coûtent en moyenne 3,9 % plus cher qu'avant l'arrivée de Donald Trump au pouvoir.

Résultat : d'après le sondage cité plus haut, 55 % des Américains estiment que les politiques de l'ex-magnat de l'immobilier ont aggravé la situation économique du pays, contre 32 % qui pensent qu’elles les ont améliorées.

Droits de douane

Donald Trump entend générer de la richesse pour les Américains moyens grâce aux droits de douane. Il a promis que des "sommes colossales" allaient "affluer dans les caisses de l'Etat, provenant de sources étrangères". "Au lieu de taxer nos citoyens pour enrichir d’autres pays, nous imposerons des droits de douane et des taxes aux pays étrangers pour enrichir nos citoyens", a-t-il déclaré lors de son discours d'investiture.

Fidèle à sa parole, Donald Trump a notamment annoncé la mise en place pour le 1er février 2025 de droits de douane de 25 % sur les importations venant du Canada et du Mexique et de 10 % supplémentaires sur les importations venant de Chine. L'Union européenne a elle aussi été dans son viseur. Mais les Etats concernés ne se sont pas laissés pas faire et ont répondu eux aussi par des droits de douane. Sous la pression, le président américain a parfois rétropédalé. Ses surtaxes restent cependant aujourd'hui son arme favorite, qu'il continue de brandir régulièrement.

Si l'administration Trump estime que ces nouveaux droits de douane ont généré 200 milliards de dollars de recettes supplémentaires en 2025, ce sont en fin de compte les importateurs et les consommateurs américains qui les supportent. Une nouvelle étude publiée lundi par l'Institut de Kiel conclut ainsi que la quasi-totalité de la facture (96 %) a été payée par les Américains. Ces surtaxes contribuent également à un taux d'inflation obstinément élevé.

Par ailleurs, alors que Donald Trump avait promis que ses droits de douane permettraient aux usines de "redémarrer en trombe", le boom industriel promis est un échec jusqu'ici. Seuls 55 000 emplois ont été créés en moyenne chaque mois en 2025, contre 192 000 durant les deux dernières années de la mandature Biden. Selon Business Insider, les Etats-Unis ont connu en 2025 leur plus faible croissance de l'emploi hors période de récession depuis 2003.

Justice

Lors de son discours d’investiture, Donald Trump avait promis que "plus jamais l'immense pouvoir de l'Etat ne [serait] instrumentalisé pour persécuter des opposants politiques". Son administration a pourtant fait exactement le contraire. Le ministère de la Justice a cherché à poursuivre les personnalités qui ont critiqué le locataire de la Maison-Blanche, notamment l'ancien directeur du FBI, James Comey, et la procureure générale de New York, Letitia James. Comme il l'avait dit, Donald Trump a en revanche accordé des grâces générales à plus de 1 000 personnes qui avaient pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 dans le but de contester les résultats de l’élection de 2020, qu’il a perdue. Certains de ces émeutiers avaient violemment agressé des policiers.

Immigration

Lors de sa campagne électorale, Donald Trump s'était engagé à réformer le droit du sol. Mais des actions en justice menées par des Etats et des associations de défense des droits civiques bloquent cette promesse. Le président américain avait aussi promis de "stopper immédiatement toute entrée illégale", voulant de plus "entamer le processus de renvoi de millions d'étrangers criminels vers leurs pays d'origine", en lançant "la plus grande opération d'expulsion" de l'histoire des Etats-Unis dès son premier jour de mandat, affirmant que son administration se concentrerait sur l'expulsion des "pires criminels". Le 20 janvier 2025, dès son retour dans le bureau Ovale, Donald Trump a de fait signé des décrets annulant la politique de Joe Biden en matière d'immigration.

En décembre, le Département de la Sécurité intérieure a indiqué que l'administration Trump avait procédé à plus de 622 000 expulsions en 2025 et qu'environ 1,9 million de personnes avaient choisi de quitter le pays volontairement. Ces chiffres dépassent nettement le nombre d'expulsions effectuées par ses prédécesseurs Barack Obama et Joe Biden durant leur première année de mandat, relève la chaîne MS NOW. Toutefois, note Sky News, les publications de l'ICE, la police de l'immigration décriée, font état d'un chiffre bien inférieur, autour de 352 375. La situation est floue car il n'existe pas de définition précise de l'expulsion, et les Etats-Unis utilisent plusieurs critères différents pour les personnes quittant le territoire - volontairement ou non - dont certains ne sont pas publiés régulièrement, précise la chaîne d’information anglaise.

Contrairement aux affirmations de Donald Trump, cette vaste opération d'expulsion ne s'est pas limitée aux "pires criminels" : des données non publiques de l'ICE ont montré que la majorité des personnes détenues n'avaient pas de casier judiciaire.

Dès son entrée en fonction, le président américain a décrété l'état d'urgence nationale à la frontière sud et y a déployé des milliers de soldats pour la sécuriser. Un budget colossal de 75 milliards de dollars a été alloué à l'application des lois sur l'immigration, dont un budget sans précédent pour l'ICE, dont l'activité a explosé. Le nombre d'interpellations à la frontière mexicaine est pourtant à son plus bas niveau depuis des années, relève Sky News, passant de 96 033 personnes en décembre 2024 à seulement 11 710 en février 2025, premier mois complet de sa présidence. Depuis, ce nombre se maintient autour de 10 000 par mois, selon les données du Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis.

Guerre en Ukraine

Sur le plan extérieur, Donald Trump a mis les bouchées doubles pour tenter de résoudre des conflits. Le président américain avait promis à de nombreuses reprises de mettre fin à la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine "dans les 24 heures" suivant son entrée en fonction. Pourtant, un an après le début de son second mandat, cette guerre fait toujours rage. Interrogé en juin dernier par un journaliste sur ce calendrier, Donald Trump a concédé que "c'est plus difficile que ce que l'on imagine".

En décembre dernier, le président américain a proposé un plan de paix qui exigerait de l'Ukraine qu'elle cède du territoire et renonce à son adhésion à l'Otan. Le 28 décembre, Donald Trump a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride pour tenter de conclure un accord, mais, depuis, des détails restent à finaliser et la Russie de Vladimir Poutine continue de frapper régulièrement l'Ukraine.

Les autres conflits

En arrivant au pouvoir, Donald Trump avait fait une promesse : "Mon plus grand héritage sera celui d’un artisan de paix et d’unificateur". Le président américain, qui n'a de cesse de vouloir obtenir le prix Nobel de la Paix, a affirmé avoir mis fin à huit guerres, soit, comme il l'a déclaré en octobre, "en moyenne une par mois". De fait, il a permis la conclusion d'un accord de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Il a également été à la manœuvre sur le dossier de la guerre entre Israël et le Hamas. Il a annoncé le 29 septembre 2025 un plan de paix pour Gaza tenant en 20 points, avec deux phases, dont la deuxième, en cours, est difficilement atteignable.

L'année 2026 ne commence pas sous le signe de la paix. Dans la foulée de l'intervention américaine au Venezuela, où le président déchu Nicolas Maduro a été capturé, Donald Trump a menacé d'intervention - y compris militaire - plusieurs Etats d'Amérique latine, notamment Cuba et la Colombie. Il lorgne également sur le Groenland, une prise de contrôle de ce territoire autonome du Danemark auquel s'opposent vivement les Européens.

Le second mandat de Donald Trump se révèle ainsi particulièrement interventionniste, et non isolationniste, afin, officiellement, de protéger les intérêts américains, conformément à la devise "America first". Depuis son retour au pouvoir, l'armée américaine a déjà mené presque autant de frappes aériennes (672 au total) que pendant toute la présidence de Joe Biden (694 en quatre ans), selon un décompte de l'ONG Acled dévoilé le 14 janvier. D'après ce dernier, ces actions ont dans l'ensemble causé la mort de plus de 1 000 personnes, dont des civils.

© REUTERS

Donald Trump s'exprime face à la presse, un an après son retour au pouvoir, le 20 janvier 2026 à Washington.
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Au Canada, l’idée d’une invasion américaine n’est plus exclue par l’armée

Face aux menaces de plus en plus pressantes et à l’imprévisibilité de Donald Trump, les Forces armées canadiennes ont modélisé un scénario hypothétique d’invasion militaire américaine… ainsi que la possible réponse militaire du Canada, révèle le journal canadien The Globe and Mail. Une première en un siècle.

Le Canada, membre fondateur de l’Otan et partenaire des États-Unis pour la défense aérienne continentale, explore ce scénario alors que Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises l’idée que le pays puisse devenir le 51e État des Etats-Unis. Selon des responsables américains cités par la chaîne NBC, le locataire de la Maison-Blanche s'est récemment montré de plus préoccupé par la vulnérabilité du Canada face aux adversaires des États-Unis dans l’Arctique, notamment la Russie et la Chine, critiquant en privé le faible niveau de dépenses de défense d'Ottawa. Des propos qui s’inscrivent dans sa stratégie plus large de consolidation de l’hémisphère occidental.

Techniques non conventionnelles inspirées d’Afghanistan

Le modèle développé par l’armée canadienne, conceptuel et théorique, ne constitue pas un plan militaire opérationnel, précise bien le Globe and Mail, mais permet plutôt d’évaluer les risques et d’explorer les stratégies. Les responsables militaires envisagent ainsi une attaque venant du sud, avec des forces américaines capables de surmonter rapidement les positions stratégiques canadiennes sur terre et en mer, en l'espace d'une semaine, voire en deux jours seulement. Selon le journal, le Canada ne possède pas les effectifs ni l’équipement nécessaires pour repousser une invasion classique. Le modèle prévoit donc une guerre non conventionnelle, où des groupes armés irréguliers ou des civils organisés utiliseraient embuscades, sabotages, frappes de drones et attaques éclair.

Selon le haut fonctionnaire canadien qui s’exprime anonymement dans les pages du quotidien, "le modèle inclut les tactiques utilisées par les moudjahidines afghans dans leurs attaques éclair contre les soldats russes durant la guerre soviéto-afghane (1979-1989)". Des tactiques qui ont déjà été reprises par les Talibans contre les forces américaines et alliées, y compris les Canadiens, en Afghanistan. L’objectif : infliger de lourdes pertes aux forces occupantes américaines.

Identifier les signes annonciateurs

Le modèle généré par l’armée canadienne identifie sur le papier les signes avant coureur d’un tel scénario, et propose un plan pratique de préparation. L’hypothèse part ainsi du principe que le Canada aurait au maximum trois mois pour se préparer à une invasion terrestre et maritime. La rupture des accords de défense aérienne de NORAD serait le premier signe que les ordres d’attaque ont été donnés. La création d’une force de réserve volontaire de plus de 400 000 personnes serait alors déclenchée pour soutenir l’armée régulière.

Malgré ce scénario, les experts estiment globalement qu’une invasion américaine du Canada reste hautement improbable… Mais aussi que le renforcement militaire est crucial. Gaëlle Rivard Piché, de la Conference of Defence Associations, affirme ainsi qu’une "signalisation claire à notre voisin du sud que nous voulons et que nous sommes capables de nous défendre jouera un rôle de dissuasion". Aisha Ahmad, politologue à l’Université de Toronto, ajoute quant à elle que "plus le Canada pourra adopter cette approche de défense intérieure, moins il est probable que tous ces scénarios horribles se produisent". Les experts recommandent ainsi de renforcer la présence militaire dans le nord et près de la frontière américaine, et de prévoir des tactiques d’insurrection adaptées à la défense d’un territoire vaste face à un adversaire technologiquement supérieur.

Selon The Globe and Mail, les alliés européens, le Royaume-Uni, la France, le Japon et la Corée du Sud pourraient être sollicités pour défendre la souveraineté canadienne si la menace devenait sérieuse. Dans les pages du Globe and Mail, le major-général retraité David Fraser prévient les Etats-Unis : "si vous vous en prenez au Canada, vous allez avoir le monde entier sur le dos, encore plus qu’avec le Groenland. Les gens se soucient de ce qui arrive au Canada, contrairement au Venezuela".

© MAXPPP

Un soldat canadien lors d'un exercice militaire en Lettonie, le 27 septembre 2020.
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Jeremy Corbyn - Jean-Luc Mélenchon : les dégâts du populisme de gauche, par Catherine Fieschi

Levons d’emblée toute ambiguïté. Il ne s’agit évidemment pas d’établir une symétrie morale ou politique entre extrême droite et extrême gauche. La première est aujourd’hui aux portes du pouvoir – ou déjà installée – dans plusieurs pays européens, souvent adossée à l’écosystème idéologique du trumpisme. Ce n’est pas le cas de la seconde. Mais celle-ci participe pleinement à la dynamique de polarisation affective et narrative qui fragilise nos démocraties libérales. N’en déplaise aux âmes sensibles : il n’existe pas de "bon" populisme.

A ce titre, le Royaume-Uni constitue un cas d’école. Brexit ou non, le pays demeure profondément européen dans ses pathologies politiques. Certes, l’Italie a payé cher l’amateurisme idéologique du mouvement Cinq Etoiles. Mais s’il fallait décerner une palme d’or du populisme de gauche autodestructeur, Londres l’emporterait sans peine.

Le visage de cette débâcle a un visage : Jeremy Corbyn, 76 ans aujourd’hui, ancien leader du Parti travailliste entre 2015 et 2020 – qu’il l’a depuis exclu. Son nom restera celui du principal artisan de l’affaiblissement durable du Labour. Certes, les travaillistes sont revenus au pouvoir. Mais sur un mode essentiellement défensif, encore embarrassés des ambiguïtés idéologiques et des fractures organisationnelles héritées de la séquence corbyniste. Eurosceptique de longue date, Corbyn s’est soigneusement tenu à l’écart de la bataille référendaire sur l’Union européenne, contribuant par inertie idéologique – plus que par calcul stratégique – à la victoire du Leave. A cela s’est ajoutée la tolérance, parfois la rationalisation, d’un antisémitisme diffus qui a plongé le parti dans une crise morale profonde. Le tout sous les acclamations d’une base militante jeune, fervente et étonnamment indulgente.

La comparaison avec Jean-Luc Mélenchon s’impose presque mécaniquement. Tous deux ont rompu avec la social-démocratie pour bâtir des formations intégralement structurées autour de leur personne. Tous deux ont fait d’une allégeance profondément sectaire (plutôt qu’intelligemment pluraliste) aux populations musulmanes le cœur de leur programme. Mais Mélenchon demeure un autoritaire plus talentueux. Il a pour lui une formation politique solide, passée par le lambertisme – courant trotskyste notoirement obsédé par le contrôle organisationnel, la discipline militante et la conquête des appareils. On en retrouve les traces : verrouillage interne, culte du chef, purges symboliques et mépris affiché pour toute délibération collective authentique.

N’est pas trotskyste qui veut

Corbyn partage la même allergie à la démocratie interne et la même conviction d’être un guide éclairé. Mais sans les qualités requises pour ce rôle. Indécis chronique, médiocre intellectuellement, piètre orateur et plutôt paresseux, il incarne une version molle, presque dépressive du populisme de gauche. N’est pas trotskyste qui veut : pour faire ce métier, il faut être aussi impitoyable que mégalomane.

La création récente de son nouveau parti, cofondé avec la députée Zarah Sultana, relève dès lors de la farce politique. A peine annoncé, le mouvement est miné par des querelles internes entre ses deux figures fondatrices — Corbyn allant jusqu’à démentir la création du parti en réaction à l’annonce de Sultana, affirmant ne pas l’avoir "autorisée". S’ensuivent des désaccords publics sur la gouvernance et les modalités de décision.

Clou du spectacle : Zarah Sultana boycottant la conférence de lancement… de son propre parti (si, si). Le tout accompagné d’une communication tonitruante mêlant proclamations propalestiniennes et dénonciations d’un pouvoir masculin oppressif – incarné, ironie suprême, par son propre cofondateur. A cela s’ajoutent désormais des soupçons d’irrégularités financières liés à la gestion opaque des cotisations.

Faut-il s’en amuser ? Non, les dégâts sont réels. Chaque aventure populiste avortée laisse un électorat un peu plus désabusé, des institutions un peu plus fragilisées et un champ politique toujours plus polarisé. Le populisme de gauche ne conquiert peut-être pas le pouvoir. Mais il tend à rendre chaque alternative démocratique crédible un peu plus improbable.

Catherine Fieschi est chercheuse au centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence

© PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

L'ancien leader travailliste Jeremy Corbyn, le 30 novembre 2025 à Liverpool.
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"L’Europe va devoir adopter les méthodes brutales de Trump" : l'escalade avec les Etats-Unis vue de l'étranger

L’Europe attendait l’attaque, sans vraiment savoir d’où viendrait le premier coup. L’annonce par le président américain de nouveaux droits de douane si l’Europe refuse de lui céder le Groenland, samedi 17 janvier, marque le retour de la guerre commerciale, désormais motivée par l’une des obsessions de Donald Trump. Quelques jours plus tôt, les alliés de l’Otan avaient envoyé leurs troupes pour un "exercice militaire" au Groenland, démonstration de force symbolique dont l’efficacité avait été critiquée. Au final, le premier mouvement de Donald Trump n’est pas militaire. Mais il provoque la sidération aux quatre coins du globe. Pour la presse internationale, qui commente largement cette escalade inédite, il sous-entend tout de même le risque d’un affrontement violent.

En Espagne, El País s’insurge de ce tournant historique des Etats-Unis. Alors que l'Otan a été bâtie pour se protéger des agressions extérieures, "les barbares sont à l’intérieur" écrit le journal, jugeant que l’allié américain remet en cause l’architecture de sécurité européenne construite depuis la Seconde Guerre mondiale. Le dossier groenlandais franchit "toutes les lignes rouges", estime le quotidien, et révèle l’échec de la stratégie d’apaisement menée jusqu’ici par l’Union européenne.

En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne qu’au lieu d’isoler le Danemark, l’initiative du président américain a transformé le dossier en "affaire européenne", tandis que le quotidien italien Corriere della Sera met en garde contre des droits de douane cumulés allant jusqu’à 35-40 %, des niveaux jugés incompatibles avec les marges de l’industrie européenne qui pourrait perdre durablement des parts de marché.

Au nord, on semble regretter d’avoir montré les dents : en Finlande, le Helsingin Sanomat souligne le caractère disproportionné des mesures américaines, rappelant que les pays européens visés par les droits de douane de Donald Trump n’ont envoyé au Groenland que des contingents très limités, parfois de quelques soldats seulement. Le quotidien met en garde contre une "spirale dangereuse", estimant que l’imposition de sanctions économiques entre pays alliés pourrait créer des tensions inédites au sein de l’Otan.

Le dilemme impossible

Pour le Wall Street Journal, l’Europe se retrouve désormais face à un allié historique devenu menace : "L’effondrement de la confiance dans les États-Unis au cours de l’année écoulée, tant parmi le public européen que chez ses dirigeants, force le continent à réexaminer sa dépendance — de la sécurité au commerce — envers l’Amérique sous une administration Trump imprévisible", décrypte le journal.

Le New York Times va plus loin, en racontant le basculement de l’Europe dans une crise stratégique majeure ayant débuté au moment ou Donald Trump, avec un message publié sur les réseaux sociaux, a "anéanti des mois de progrès dans les négociations commerciales" et placé l’Europe sur une "trajectoire de collision" avec Washington. Avec "peu de marge de manœuvre ou de négociation", les Européens découvrent les limites de leur dépendance militaire à Washington et envisagent, à contrecœur, l’arme ultime de la riposte commerciale. Comme le résume crûment un expert, l’Europe est désormais sommée de choisir : "Soit nous menons une guerre commerciale, soit nous risquons une vraie guerre", avertit Jacob Funk Kirkegaard.

Concrètement, les 27 disposent d’une arme de poids pour répondre à la menace américaine. "Le 'bazooka commercial' européen pourrait être utilisé pour imposer des restrictions aux grandes entreprises technologiques américaines ou à d’autres prestataires de services très présents sur le continent", écrit le NYT. Mais son activation ferait brutalement monter les tensions transatlantiques. "L’Europe a passé l’année écoulée à éviter une telle escalade, et ce pour une raison précise : le continent demeure fortement dépendant des États-Unis pour la protection de l’Otan et pour le soutien face à la Russie dans la guerre en Ukraine". L’Europe sera ainsi condamnée à défendre sa souveraineté politique tout en ménageant un allié instable.

L'épreuve révèle les divisions européennes

C’est précisément ce dilemme impossible qui fait remonter brutalement les divisions profondes de l’Europe. Plus qu’un affront diplomatique, la menace de Donald Trump "confronte l’Union européenne à une épreuve de résistance : celle de savoir si elle est capable de répondre comme une force unie lorsque sa souveraineté est mise en cause" écrit l’agence Bloomberg. Entre partisans du dialogue et tenants de la fermeté, les Européens doutent désormais du socle même de la relation transatlantique. "Soit nous restons unis, soit nous serons divisés. Si nous sommes divisés, c’est la fin d’une époque. Quatre-vingts ans d’atlantisme touchent réellement à leur fin", a averti le Premier ministre belge Bart De Wever, avant d’ajouter qu’il ne considérait plus les Etats-Unis comme un allié.

Dans un entretien accordé au quotidien polonais Gazeta Wyborcza, un ancien chef de la sécurité nationale polonaise estime que l’ordre international mis en place après 1945 est "en train de s’effondrer". Selon lui, "tant qu’il existe une chance de sauver l’Otan, il faut le faire". Pour d’autres, la tentation de temporiser face à Trump ne ferait qu’aggraver la crise : "L’apaisement est toujours un signe de faiblesse. L’Europe ne peut pas se permettre d’être faible — ni face à ses ennemis, ni face à ses alliés", a notamment tranché le Premier ministre polonais Donald Tusk, résumant l’angoisse d’un continent pris entre la peur de l’escalade et celle de sa propre désintégration.

L’Europe doit se résoudre aux "méthodes brutales"

Face à la folie trumpienne, la BBC souligne que l’approche "softly-softly" (l'approche douce, en français) envers Donald Trump a tout d’un coup "dépassé sa date de péremption". Pour la chaîne nationale britannique, les Européens prennent conscience qu’ils doivent désormais combiner dialogue et riposte économique crédible pour préserver leur autorité et leur crédibilité. "Trump force les Européens à se forger une colonne vertébrale", conclut Niclas Poitiers, économiste au think tank Bruegel auprès de la BBC.

Depuis les Etats-Unis, CNN juge également que la crise du Groenland force l’Europe à envisager une posture beaucoup plus ferme face aux États-Unis et à dépasser les méthodes diplomatiques habituelles. "L’Europe devra peut-être adopter les méthodes brutales de Trump pour sauver le Groenland", titre le média progressiste américain. Celui-ci encourage l’Europe à répliquer, seule solution pour espérer ne pas vivre de chantage constant sous le reste du règne Trump. "Donald Trump semble ne respecter que ceux qui lui résistent. L’Union européenne ne manque pas d’armes, à condition qu’elle décide enfin de les utiliser".

© REUTERS

Avec Donald Trump au pouvoir, l'Europe se retrouve confrontée à un allié historique devenu menace.
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"Le Mage du Kremlin" : quand L’Express interviewait le vrai idéologue de Vladimir Poutine

Ceci n’est pas une critique cinématographique. Toutefois, L’Express vous recommande vivement d’aller voir Le Mage du Kremlin, en salle ce mercredi. Adapté du formidable roman éponyme de Giuliano da Empoli, le long-métrage réalisé par Olivier Assayas retrace la conquête du pouvoir russe par Vladimir Poutine (incarné par Jude Law), et racontée par son éminence grise, "le Mage" (Paul Dano).

Les lecteurs de L’Express connaissent bien ce personnage féru de rap et de rock gothique, longtemps surnommé le "Machiavel russe". De son vrai nom Vladislav Sourkov, ce conseiller de l’ombre nous avait accordé en mars dernier un entretien exclusif. Une prise de parole rare - la seule, en fait, depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, en février 2022 -, qui met en lumière, de façon très crue, les ambitions dévorantes de Moscou. "Nous nous étendrons dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra et que nous en aurons la force", assène, dans cette interview, celui qui, dans les années 2000, a largement contribué à créer le "poutinisme" et ses fameux concepts de verticale du pouvoir et de démocratie souveraine - un euphémisme pour désigner un système autoritaire -, avant de tomber en disgrâce en 2020.

Il se révèle prophétique

Volontiers cynique – "à l’avenir, il faudra à l’Europe de la volonté et une généreuse dose de bon vieil autoritarisme" -, Sourkov se révèle parfois prophétique, alors même que Donald Trump, tout juste revenu au pouvoir, n’a pas encore lancé sa croisade antieuropéenne. "Les europoutinistes et les eurotrumpistes se renforcent", se félicite-t-il. Ils pourront peut-être "revitaliser l’Europe". Le président américain ne dirait pas mieux, alors que les réseaux Maga ("Make America great again") s’activent pour prendre pied sur notre continent et y soutenir les mouvements d’extrême droite, notamment en France, cible privilégiée à l’approche de la présidentielle de 2027. Des ingérences qui, d’une certaine manière, en rappellent d’autres, venues de l’est cette fois…

Dans les deux cas, la même volonté d’écraser cette Europe qui se veut garante de la démocratie et de l’État de droit. "Il est évident qu’idéologiquement, Trump est plus proche de Poutine que de Macron", conclut Sourkov qui, aujourd'hui, apprécie certainement à sa juste valeur l’indulgence coupable du président américain pour Vladimir Poutine et sa guerre totale. Et son acharnement brutal sur les Européens, dont même lui n'aurait sans doute jamais osé rêver.

© EPA/MAXPPP

Vladislav Sourkov, vice-Premier ministre russe et chef de cabinet du gouvernement, participe à une réunion sur la mise en œuvre des décrets présidentiels présidée par le président russe Vladimir Poutine au Kremlin à Moscou, en Russie.
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Liban : la mystérieuse intermédiaire derrière les explosions de bipeurs du Hezbollah

Les espions font souvent basculer l’Histoire. Dans l’ombre, depuis des siècles et partout sur la planète, certaines opérations ont défini le monde tel que nous le connaissons. Vous écoutez "Nid d’espions", le podcast de L’Express consacré au renseignement. Tous les mercredis, Charlotte Baris, accompagnée d'Etienne Girard, directeur adjoint de la rédaction et spécialiste des questions d’espionnage, ouvre un dossier secret-défense, dans lequel le rôle des espions a tout changé.

Il est 15h30 au Liban, ce mardi 17 septembre 2024. A la caisse d’une boutique, dans la rue, sur le marché, dans des appartements : au même moment, des milliers de bipeurs explosent à travers tout le pays. La panique règne et les hôpitaux sont rapidement surchargés. Les blessés qui affluent sont principalement touchés aux mains, au ventre ou en haut de la cuisse.

Le bilan est lourd : 12 morts, dont deux enfants, et 2 750 blessés. Les victimes appartiennent en majorité au Hezbollah, une organisation politique et paramilitaire chiite libanaise.

Très vite, les cadres du mouvement accusent Israël. Car l’Etat hébreu est de longue date en guerre contre le Hezbollah, et le conflit s’est accentué depuis les attaques du 7 octobre perpétrées par le Hamas, allié de l’organisation libanaise. Une organisation qui communique désormais essentiellement par bipeurs, jugés plus sûrs et plus difficiles à pirater que les téléphones.

Quelques semaines plus tard, en novembre, Israël reconnaît avoir autorisé l’attaque, qui lui a permis d’éliminer mais aussi d’identifier un grand nombre de membres du Hezbollah. Le Mossad, le service secret israélien, serait derrière ce coup inédit et aurait installé des explosifs dans les petits boîtiers. Leur déclenchement aurait été précédé d’un signal sonore envoyé simultanément sur les terminaux afin que les cibles se saisissent de leur appareil.

L’opération fait basculer le Proche-Orient : elle démontre également une organisation impressionnante, menée sans doute sur plusieurs années. Au cœur de cette affaire, on trouve un personnage clé, une Italo-Hongroise rapidement identifiée. Mais est-elle une espionne, liée au Mossad, ou un simple intermédiaire ?

Dans cet épisode de "Nid d'espions", Etienne Girard et Charlotte Baris vous racontent le parcours de Cristiana Barsony-Arcidiacono.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris et Etienne Girard, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : NBC News, NYTimes, AP, The Economic Times

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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Pour aller plus loin :

"Le Mossad a des années-lumière d'avance..." : entretien décapant avec l'ex-espion de la CIA Robert Baer

Mossad - DGSE, nos révélations : entre rendez-vous secrets à Paris et informateurs à Gaza

"C'est un nid d'espions" : le Lutetia, ce palace parisien devenu un QG discret du Mossad

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Des partisans du Hezbollah brandissent des portraits de leur ancien chef, Hassan Nasrallah, et de son dirigeant actuel, Naïm Qassem, lors d'un rassemblement à Beyrouth, au Liban, le 27 septembre 2025.
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Accord commercial UE–Etats-Unis : les conséquences du gel décidé par le Parlement européen

La guerre commerciale est-elle relancée et va-t-elle se transformer en duel ? Le Parlement européen a décidé de geler ce mardi 20 janvier la ratification de l’accord commercial conclu avec les Etats-Unis en juillet dernier, marquant un tournant politique dans les relations transatlantiques. Une décision explicitement présentée comme une première réponse aux pressions exercées par Donald Trump pour s'emparer du Groenland, territoire arctique sous souveraineté du Danemark, pays membre de l'Union européenne et de l'Otan.

Ces derniers jours, le président américain a brandi la menace de sanctions économiques pour faire plier les Européens, évoquant une surtaxe de 10 % à partir du 1er février, susceptible de grimper à 25 % au 1er juin, et conditionnant sa levée à la "vente totale du Groenland".

Ce gel empêche de facto l'entrée en vigueur de l'accord, qui prévoyait notamment l'instauration de droits de douane de 15 % sur les exportations européennes vers les Etats-Unis, tout en supprimant les droits de douane sur les produits américains exportés vers l'Union européenne. En l'absence de ratification par le Parlement, aucune de ces dispositions ne peut donc s'appliquer.

L'Europe riposte

"Notre réponse sera ferme, unie et proportionnelle", a martelé Ursula von der Leyen lors de son discours à la tribune du Forum économique mondial de Davos. La France semble même vouloir aller plus loin. "La France ne se soumet à aucun chantage. Elle assume de dire NON. Elle soutient la suspension de l'accord commercial avec les Etats-Unis voulue par le Parlement européen. Si toutefois la coercition se confirmait, l'Europe en tirerait toutes les conséquences. La Commission s'y prépare. Elle dispose de moyens très puissants pour le faire", a déclaré Jean-Noël Barrot lors de la séance des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale. "Non à la menace de droits de douane brandie comme un chantage pour obtenir des concessions injustifiables", a poursuivi le ministre.

La France ne se soumet à aucun chantage. Elle assume de dire NON. Elle soutient la suspension de l'accord commercial avec les Etats-Unis voulue par le Parlement européen. Si toutefois la coercition se confirmait, l'Europe en tirerait toutes les conséquences. La Commission s'y… pic.twitter.com/kdJCwjgVbT

— Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) January 20, 2026

Au-delà de l'accord lui-même, c'est la méthode qui est contestée. En gelant la ratification, le Parlement européen entend refuser tout accord perçu comme déséquilibré ou obtenu sous la contrainte. Le message est clair : l'Union européenne ne validera pas un compromis commercial conclu dans un climat de chantage économique. Mardi matin, Donald Trump a proféré de nouvelles menaces envers les pays européens, en visant spécifiquement la France, évoquant une taxe "de 200 %" sur les vins et champagnes, si Emmanuel Macron refuse de rejoindre son "Conseil de la paix".

L'Union européenne envisage désormais une riposte plus structurée. Selon le Wall Street Journal, l'UE pourrait décider d'appliquer des droits de douane sur plus de 93 milliards d'euros de produits américains dès le 6 février. De son côté, Paris pousse pour l'activation de l'instrument "anti-coercition", un mécanisme juridique européen permettant de riposter lorsqu'un pays extérieur tente d'imposer ses choix politiques ou stratégiques par des pressions économiques.

Pour Emmanuel Macron, la situation actuelle justifie l'utilisation de cet arsenal. "Nous passons à un monde sans loi, un monde où règne la loi du plus fort", a-t-il estimé en ouverture de son discours au Forum économique mondial, à Davos, ce mardi, appelant l'Europe à utiliser "ses outils très puissants" quand elle "n'est pas respectée". Une situation "folle", a-t-il jugé, dans laquelle l'Union européenne pourrait être contrainte de s'en servir pour la première fois... contre les Etats-Unis.

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Le président américain Donald Trump s'adresse aux républicains de la Chambre des représentants lors de leur séminaire annuel de réflexion sur les enjeux politiques, au Kennedy Center, rebaptisé Trump-Kennedy Center, à Washington, D.C., le 6 janvier 2026.
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"Il avait une tête d’agent russe" : l’ENA, nid d’espions de Vladimir Poutine

La candidature de trop. Le 10 mars 2025, cinq médias européens, dont Le Monde, le quotidien belge De Morgen et l’ONG EU Observer, révèlent les noms de vingt espions russes récemment expulsés de Belgique. Parmi eux, un nom attire particulièrement l’attention. Dmitry Iordanidi est présélectionné pour être nommé chef de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération (OSCE) en Serbie. Ultime provocation de Moscou qui justifiera une exception à l’usage diplomatique selon lequel ces affaires se règlent discrètement, sans "griller" le patronyme des agents secrets.

Selon ces cinq médias, Iordanidi, 55 ans, n’est pas seulement ce diplomate un rien terne qu’on peut observer aux côtés de Vladimir Poutine lors d’un entretien avec le président serbe Tomislav Nikolic, en 2013. Jusqu’en 2023, il était l’un des deux représentants les plus importants à Bruxelles du SVR, le renseignement extérieur, l’équivalent russe de la DGSE. Une des pièces maîtresses de l’espionnage du Kremlin en Europe. Avant son séjour belge, ce pur produit de l’administration russe avait occupé plusieurs postes en Europe, à l’ambassade de Russie à Belgrade ou à la mission de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine. Drôle d’animal que ce Dmitry Iordanidi, capable de s’inscrire sur des sites de rencontres, à Bruxelles, avec un pseudonyme synonyme de "gras du cadavre".

Telle n’était pas sa seule singularité. Entre 1999 et 2001, il a suivi une scolarité en tant qu’étudiant étranger à l’Ecole nationale d’administration (ENA), dans la promotion Nelson Mandela, en compagnie de Laurent Wauquiez ou de Philippe Gustin, actuel directeur de cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu. Parmi ses ex-camarades, nombreux sont ceux qui ne se souviennent plus de lui – ou feignent de l’avoir oublié. Quelques-uns se rappellent tout de même d’un étudiant "discret", voire "introverti", comme le signale Falihery Ramakavelo, ex-militaire malgache, aujourd’hui directeur d’une école d’enseignement supérieur à Antananarivo. "C’était quelqu'un de très agréable et cultivé, qui ne se mettait pas en avant", évoque Tytti Yli-Viikari, ex-directrice de la Cour des comptes en Finlande. L’intéressé n’était en tout cas pas considéré comme particulièrement liant. "C’était quelqu’un de réglo, mais pas spécialement ouvert, moins qu’un autre étudiant russe de la promotion, par exemple. Il avait un style de fonctionnaire classique, avec un manteau en loden, ce n’était pas le genre qui saute d’un hélicoptère pour faire exploser un pipeline", détaille un haut fonctionnaire allemand.

Un autre "diplomate" russe bien connu du contre-espionnage européen présente un profil étrangement similaire. En juillet 2022, le think tank américain Robert Lansing Institute dévoile le nom de huit diplomates russes récemment expulsés de Bruxelles, accusés d’avoir espionné l’Otan en Belgique. Parmi eux, Dmitry Kirizliev… étudiant à l’ENA dans la promotion Romain Gary, entre 2003 et 2005. Il a pu y croiser Edouard Geffray, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, ou le polémiste d’extrême droite Jean Messiha. Lui aussi a gravité dans les capitales du Vieux Continent, à Paris comme deuxième secrétaire à l’ambassade dès 2001, puis, officiellement, au département de la coopération européenne du ministère des Affaires étrangères russe.

"L'œil de Moscou"

Même CV, mais pas la même personnalité. Au sein de sa promotion, Kirizliev, né en 1970, a laissé un souvenir différent du taciturne Iordanidi. "Cela ne m’étonne pas !", nous répond un membre du corps préfectoral quand on l’informe de ce CV d’espion. Un haut fonctionnaire d’un pays du continent américain le décrit comme un "poutiniste" : "Il défendait les positions russes avec beaucoup de vigueur". Un ex-cadre de Bercy se souvient aussi d’un regard plein de malice sur les soupçons qu’il suscitait : "Je me souviens d’un garçon plutôt affable, avec certes une tête d’agent russe comme on peut en voir dans les films d’espionnage, mais dont il se moquait avec humour, puisqu’il aimait lui-même à se surnommer l’œil de Moscou'."

Quelques années auparavant, un autre Russe a montré la voie. 1991, l’Union soviétique s’apprête à s’effondrer. L’ENA décide alors d’ouvrir son cursus international à deux étudiants moscovites. Dont Sergueï Jirnov. Ce journaliste francophone passe pour inoffensif, il fait en réalité partie de la filière des espions clandestins du KGB. "C’est moi qui ai parlé de l’ENA à mes supérieurs. Je leur ai expliqué que c’est l’endroit où se fabrique l’élite française, où on peut approcher des hauts fonctionnaires en début de carrière. Idéal pour s’infiltrer en France, mais aussi à l’étranger, grâce à la carte de visite. Ils ont tout de suite adoré", nous raconte Jirnov.

Le général Drozdov, son chef, le charge de faire des fiches sur chacun des étudiants. État civil, hobbies, idéologie… "Je me rappelle avoir décrit l’Autrichienne Karin Kneissl comme facilement recrutable idéologiquement. Je pense que ma fiche a été utilisée", affirme Sergueï Jirnov. Cette journaliste devient ministre des Affaires étrangères d’un gouvernement autrichien d’extrême droite entre 2017 et 2019, une période pendant laquelle Vladimir Poutine se rend à son mariage. En 2023, elle s’installe en Russie où elle dirige un "observatoire géopolitique" à l’université de Saint-Pétersbourg.

L’espionnage est longtemps resté un sujet tabou à l’ENA, où l’accueil des étudiants étrangers est avant tout vu comme un vecteur d’influence française. Au point qu’un jour, Sergueï Jirnov arrive en cours de sport avec un t-shirt siglé "KGB", ce que tout le monde prend pour un trait d’humour. Dans Je ne pouvais rien dire (L’Archipel), Paul-Louis Voger (un pseudonyme), ex-officier du contre-espionnage, relate sa surprise en constatant en 2003, un peu par hasard, qu’aucune enquête de sécurité n’est menée sur ces élèves : "Mes collègues reconnaissent que, débordés par le suivi local du terrorisme, ils n’ont pas le temps de s’en occuper". Parmi les stagiaires en préfecture automatiquement habilités secret-défense, à l’époque, le policier français remarque le nom d’un certain "Dmitry K.", c’est-à-dire Dmitry Kirizliev. "Il est fiché par les Belges et par notre division A4 comme officier sous couverture SVR !", découvre Voger, qui fait changer son niveau d’accès.

L'ombre de l'espionnage chinois

"La culture de contre-ingérence est historiquement très faible en France", constate Jérôme Poirot, énarque (promotion Averroès, 1998-2000) et coordonnateur adjoint du renseignement à l’Elysée entre 2009 et 2015. "Dans ma promotion, il y avait deux étudiants chinois qui photocopiaient tout", se souvient-il. Lorsque Nathalie Loiseau devient directrice de l’Ena, en 2012, les candidats russes se font plus rares, à l’inverse des Chinois qui "investissaient fortement dans leurs relations avec les élèves africains, appelés à devenir les futures élites de leur pays", témoigne l’ex-ministre : "Je les sélectionnais moi-même en me rendant à Pékin et leur disait de se tenir à carreau, qu’au moindre comportement suspect ils reprendraient l’avion".

Contrairement à la filière française de l'ENA, le recrutement des étudiants étrangers ne fait pas l'objet d'un concours mais d'une procédure beaucoup plus souple. "Les ambassades proposent des candidats, puis la direction de l'école, le directeur en dernier ressort, tranche", détaille Patrick Gérard, directeur de l'Ena entre 2017 et 2021, qui ne cache pas avoir parfois écarté des dossiers sur le conseil de services de renseignement.

Depuis les oukazes du général de Gaulle - ordonnant par exemple que l'admission d'étudiants allemands figure dans le traité de réconciliation franco-allemand de 1963 - , le "cycle international long", comme on appelle, en interne, ce programme d'élèves étrangers, est utilisé comme un élément d'influence politique. D'où l'afflux d'étudiants russes à chaque réchauffement des relations avec le Kremlin, ou l'émergence d'une filière sud-américaine depuis une dizaine d'années. Même au risque d'inviter une taupe dans le temple de l'élite française.

Le principe est simple : les élèves français et leurs homologues étrangers doivent se mélanger dans une logique de réseautage à long terme. Quand Emmanuel Macron investit l'Elysée, en 2017, le Liban ou la Turquie placent à la tête de leur ambassade parisienne... deux camarades de promotion à l'ENA du président de la République. Lorsqu'il devient directeur de l'ENA, Patrick Gérard décide de sensibiliser davantage les étudiants aux impératifs de sécurité nationale. En janvier 2018, le directeur de la DGSE, Bernard Emié, donne une conférence à l'ENA... lorsqu'un étudiant chinois, pourtant pas convié, tente de pénétrer dans l'établissement. Il est éconduit.

Découvrira-t-on, dans quelques années, un nouveau nid d’espions russes à l’INSP (le nouveau nom de l’ENA), ou plutôt un essaim d’agent chinois ? Il arrive en tout cas que le renseignement français tente lui aussi de tirer profit de ces échanges. Dans 44 ans à la DGSE (Talent), l’ex-espion Richard Volange raconte comment il a tenté de retourner un étudiant russe à l’ENA, ex-interprète de Vladimir Poutine, en 2001. Sous la légende d’un consultant pour des groupes pétroliers, il l’invite au restaurant, lui fait écrire des rapports sur la politique russe contre rémunération. Mais la tentative de recrutement s’achève brusquement… en raison d’une plainte de la DST, désireuse de récupérer le dossier. Les querelles de services, autre spécificité française.

© Emmanuel Polanco

Depuis de nombreuses années, des espions russes ont ciblé l'ENA.
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