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Désormais moteur de l'Union européenne, la Pologne n'est pas pressée d'adopter l'euro

Lors de son adhésion dans l'Union européenne en 2004, la Pologne ne pouvait pas se permettre d'intégrer la zone euro. 22 ans plus tard, alors que le pays s'est mué en moteur de la construction européenne, il ne le souhaite plus. Dans un entretien accordé au Financial Times lundi 26 janvier, le ministre des Finances polonais Andrzej Domanski a refroidi les dirigeants européens en annonçant ce qui se profilait ces derniers mois. "Notre économie se porte maintenant clairement mieux que la plupart de celles qui ont l'euro, a estimé le ministre polonais. Nous avons de plus en plus de données, de recherches et d'arguments pour conserver le zloty polonais."

En avril 2024, l'ancien conférencier en économie, entré au gouvernement en fin 2023, s'était déjà exprimé contre une entrée de la Pologne dans la zone euro. Un sondage de United Surveys pour Wirtualna Polska, également publié au même moment, a affirmé que 66,8 % des Polonais préféreraient conserver le zloty et que près de la moitié d'entre eux y étaient "définitivement opposés". Seuls un peu plus d'un quart des polonais étaient en faveur d'un passage à l'euro.

Une décision économique, pas politique

Moins d'un mois après l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro, la position polonaise marque un coup dans le développement européen. D'autant plus que l'économie du pays est en pleine croissance depuis le retour de Donald Tusk au pouvoir en octobre 2023. S'il militait pour un passage à l'euro en 2008, l'ancien président du Conseil européen voit désormais le zloty monter en flèche, passant de 0,2231 euro par zloty le 16 octobre 2023, jour de l'élection de Tusk, à 0,238 le 27 janvier 2026. Le cours est même monté jusqu'à 0,2421 fin février 2025.

"Il y a deux ans, j'étais un peu inquiet que la Pologne ne soit laissée pour compte dans une UE à deux niveaux et en dehors de la zone euro, mais aujourd'hui, la Pologne est clairement au premier niveau économique, et je ne vois aucune raison forte d'abandonner notre propre monnaie", ajoute Andrzej Domanski, qui assure que cette position pour la monnaie polonaise est uniquement économique et non politique.

Pourtant, les pays européens sont tenus d'intégrer la zone euro dès qu'ils cochent les critères nécessaires comme la stabilité des prix, du taux de change, la viabilité des finances publiques et plusieurs critères juridiques. Des points que remplit désormais la Pologne. Mais le ministre des Finances les balaie d'un coup de main, estimant que cette décision est politique et reste dans la main de Varsovie.

Poids lourd de l'économie européenne

Sixième puissance européenne, la Pologne dépasse désormais les 1 000 milliards de PIB selon les chiffres du FMI. Pour l'OCDE, le pays devrait même connaître une croissance de 3,4 % cette année, la plus haute prévision des 27 de l'UE. Seul point noir pour la Pologne : son déficit, à hauteur de 6,8 % l'année dernière, qui dépasse largement les 3 % demandés par l'Union européenne. Un chiffre qui devrait baisser à 6,3 % en 2026 selon les prévisions de la Commission européenne. Selon Andrzej Domanski, cette baisse du déficit est permise notamment par un marché du travail fort et l'un des taux de chômage les plus bas de l'Union européenne.

Alors que les relations entre le gouvernement polonais et la banque centrale étaient compliqués depuis le retour de Donald Tusk aux affaires en 2023, les relations se sont normalisées, affirme le ministre des Finances. Le Premier ministre Tusk avait accusé le président de la Banque nationale de Pologne, Adam Glapinski, un allié du PiS, le parti d'opposition, de mal gérer l'institution et de politiser la politique monétaire, menaçant même de porter l'homme de 75 ans devant les tribunaux. "En tant que ministre des Finances, je traite très, très au sérieux l'indépendance de la banque centrale", avance Andrzej Domanski, qui a rencontré Glapinski deux fois dans l'année.

Exemple danois ?

Après l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro, six pays européens restent désormais à sa porte. Si des critères économiques peuvent justifier cette situation pour certains pays comme la Hongrie, le cas du Danemark est un précédent qui peut intéresser les Polonais. Le pays nordique avait signé une clause d'exemption en 1992 lors de la signature du traité de Maastricht. Sans signer d'accord, la Suède avait pu justifier leur souhait de conserver la couronne suédoise au nom de l'indépendance monétaire et la souveraineté monétaire.

Sans rejoindre la zone euro, la Pologne n'en perd pas pour autant son ambition. Invité comme observateur par Donald Trump pour assister à la réunion du G20 à Miami, le gouvernement polonais y cherche désormais une place permanente.

© OLIVIER MATTHYS/EPA/MaxPPP

Dans un entretien accordé au "Financial Times" lundi, le ministre des Finances polonais Andrzej Domanski a pris ses distances avec l'entrée de son pays dans la zone euro.
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Que vient faire l'ICE, la police américaine de l'immigration, aux JO de Milan-Cortina ?

Tenues kakis sur le dos, armes en main, les agents fédéraux anti-immigration de l'ICE sont devenus le symbole de la militarisation de la police aux Etats-Unis depuis plusieurs semaines. A l'origine de la mort de deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, en moins de trois semaines, cette police fédérale est largement décriée pour ses actions violentes, en faveur de la politique anti-immigration de Donald Trump. Désormais, ils sont au cœur d'une polémique outre-Atlantique. Alors que la rumeur enflait depuis quelques jours, elle a été officialisée ce mardi 27 janvier : l'ICE sera présente aux Jeux olympiques de Milan-Cortina qui s'ouvrent le 6 février prochain.

L'information, dévoilée par une enquête d'Il Fatto Quotidiano avait pourtant été démentie dans un premier temps par le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi : "La présence de l'ICE à Milano-Cortina est une polémique pour rien. (...) Mais je tiens à préciser : l'ICE, en tant que tel, n'opérera jamais en Italie." D'autant que la question de l'immigration est au cœur du programme de la première ministre italienne Giorgia Meloni, qui n'a pas caché sa proximité avec Donald Trump ces dernières années. "Pour l’instant, rien de tel ne nous a été signalé, et même si c’était le cas, la coordination de la sécurité resterait entièrement sous contrôle italien", a complété le ministre de l'Intérieur.

"ils ne doivent pas mettre les pieds dans notre pays"

Il n'en a pas fallu moins pour l'opposition de gauche de s'opposer à cette présence, à commencer par le maire de Milan, Giuseppe Sala. "Il est clair qu'ils ne sont pas les bienvenus à Milan, il n'y a aucun doute", a affirmé l'édile au micro de la radio RTL 102.5 ce mardi 27 janvier, dénonçant cette "milice qui tue" et "entre chez les gens en s'autodélivrant l'autorisation". "Je me demande, pouvons-nous dire non à Trump pour une fois ?", s'est agacé Sala. "Ils sont une milice violente et non préparée, ils ne doivent pas mettre les pieds dans notre pays", a surenchérit l'ancien ministre de Matteo Renzi, Carlo Calenda. Une pétition de l'Azione Milano contre la présence de l'ICE aux JO d'hiver a dépassé les 16 000 signatures.

Mais quelle forme prendra la présence de l'ICE aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina ? Alors que leur présence a été rendue officielle, l'organisation est désormais plus claire. L'ICE sera présente en Italie par le biais de son service d'enquête Homeland Security Investigations (HSI). "Aux Jeux olympiques, le service de sécurité intérieure de l'ICE soutiendra le service de sécurité diplomatique du département d'Etat américain et le pays hôte afin d'évaluer et d'atténuer les risques liés aux organisations criminelles transnationales", a précisé le porte-parole de la police anti-immigration. Elle devrait notamment être chargée de la sécurité du vice-président J.D. Vance et du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui seront tous les deux présents à la cérémonie d'ouverture le 6 février. Une hypothèse qui avait été avancée par le président de la région Lombardie Attilio Fontana, lundi 26 février, alors même que l'information n'avait pas été officialisée. L'élu de la Lega de Matteo Salvini avait été obligé de rétropédaler par communiqué, indiquant qu’il n’avait finalement aucune information sur leur présence.

Bureau au coeur de Rome

A l'instar de ce qui s'était fait pour les JO de Paris en 2024, de nombreuses forces de l'ordre étrangères seront présentes en Italie lors des Jeux olympiques. Mais l'annonce de l'ICE tombe au mauvais moment. Ces dernières semaines, le président américain s'est fait remarquer par ses nombreuses attaques envers les pays européens pour leur refus de céder le Groenland aux Etats-Unis. Les images des exactions commises sont diffusées sur les chaines d'information et les réseaux sociaux. Forcément, les craintes d'ingérences américaines sur le sol italien inquiètent en Italie, d'autant que le Homeland Security Investigations est déjà présent à Roma, selon Il Fatto Quotidiano. L'agence aurait un bureau au sein de l'ambassade italienne et ce, depuis 2003. Une situation normale puisque 90 annexes de Washington sont installées dans plus de 50 pays mais qui renforce la polémique en Italie.

© REUTERS

La police anti-immigration dans le quartier de Cicero à Chicago lors d'une descente visant les immigrants, le 22 octobre 2025.
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Mort d'Alex Pretti à Minneapolis : aux Etats-Unis, l'introuvable loi sur l'immigration

Deux Américains tués par la police en deux semaines, à quelques rues de là où, sous Trump I, George Floyd, un Afro-Américain, avait trouvé la mort, étouffé par un bad cop : cela commence à faire beaucoup pour une seule ville, la très démocrate Minneapolis, dans le Minnesota (nord du pays). Cette fois-ci, les victimes sont blanches et le président, après avoir déclaré ouverte la chasse aux immigrants illégaux, tente d'apaiser la situation. Il a téléphoné au maire de la ville et au gouverneur de l'État – échanges qualifiés de "very good" sur son réseau Truth Social. Le président a aussi envoyé sur place son conseiller chargé de l'immigration, Tom Homan, un homme "sévère mais juste", dit-il, qui doit maintenant jouer les conciliateurs. Mettons...

Ce moment tragique masque une réalité plus ancienne. Depuis au moins deux décennies, les élus américains sont incapables de s'accorder sur une politique de l'immigration que tous les experts jugent pourtant hautement nécessaire. "George W. Bush et Barack Obama avaient tenté de faire voter des lois sans jamais parvenir à un accord bipartisan au Congrès ; Donald Trump I s'est contenté d'annoncer la construction d'un mur à la frontière du Mexique ; Joe Biden n'a même pas fait semblant de tenter quelque chose", regrette l'américaniste Françoise Coste. Certes, les Républicains, à commencer par le mouvement du Tea Party (sous Obama), sont les premiers responsables de ce blocage. Mais la gauche du Parti démocrate, en s'opposant à toute fermeté, a contribué à tuer les débats.

Un temps chargée du dossier, la vice-présidente Kamala Harris s'est désintéressée de la question, trop piégeuse politiquement. Résultat, entre 8 et 12 millions de personnes seraient entrées illégalement dans le pays depuis plus de quinze ans. "Puisque le Congrès ne parvient pas à légiférer sur le sujet, celui-ci est en train de se déporter dans la rue où les agents du Service d'immigration et de douanes (ICE), couverts par une impunité révoltante, ont carte blanche et la gâchette facile", analyse Françoise Coste.

Pour Donald Trump, c'est tout bénéfice. À ses adeptes, il donne l'illusion d'agir contre l'immigration tout en visant une ville démocrate dans un État dirigé par Tim Walz, le colistier de Kamala Harris. Ce faisant, il évite – hypocrisie ultime – de cibler les géants de l'agrobusiness, premiers employeurs de travailleurs clandestins du pays et dont les résultats économiques permettent de financer mouvement Maga... anti-immigration. Les démocrates, eux, n'ont toujours pas de réponse. En manifestant contre les excès de la police, ils continuent de donner l'impression de défendre le principe des frontières ouvertes. C'est le piège.

© REUTERS

Des agents fédéraux de l'ICE arrêtent une personne à Minneapolis, le 14 janvier 2026.
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Guerre en Ukraine : les garanties de sécurité américaines conditionnées à la cession du Donbass ?

Volodymyr Zelensky face à un choix crucial. Le président ukrainien acceptera-t-il de céder le Donbass à la Russie ? Le Financial Times rapporte ce mardi 27 janvier que Washington exercerait actuellement une forte pression sur Kiev pour contraindre l'Ukraine à laisser à Moscou le contrôle des deux oblats de Donetsk et de Louhansk. Les forces du Kremlin sont déjà présentes sur 90 % de ces deux territoires aujourd'hui. Vladimir Poutine avance régulièrement le fait de posséder leur totalité comme un des éléments sur lesquels il ne reculera pas dans le cadre de négociations de paix avec les Ukrainiens. L'administration Trump ne cherche d'ailleurs pas particulièrement à dissuader le président russe d'une telle ambition.

La position américaine saluée par le Kremlin

En tout cas, le pouvoir ukrainien risque d'être forcé de faire évoluer sa position sur ce point. Certes, Volodymyr Zelensky a toujours fait du respect de la souveraineté de son pays une ligne rouge dans les négociations pour mettre fin à la guerre. Mais désormais, il a aussi inexorablement besoin du soutien américain à long terme. Dimanche, le dirigeant a affirmé qu'un accord sur des garanties de sécurité conclues avec les États-Unis était "prêt à 100 %" à être paraphé par les deux pays. Mais, d'après le FT, Donald Trump conditionne la signature de ce texte à un traité de paix entre l'Ukraine et la Russie, qui comprendrait la cession du Donbass. Huit sources différentes ont confirmé ce rapport de force au prestigieux journal britannique.

L'information est rapidement arrivée jusqu'au Kremlin. "Le retrait du Donbass est la voie vers la paix pour l'Ukraine", a réagi l'envoyé spécial de Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, sur le réseau social X, ce mardi. Ce nouvel épisode intervient après une nouvelle session de négociations entre les deux puissances belligérantes et des responsables américains à Abou Dhabi (Émirats arabes unis), ce week-end. Une réunion qui s'est tenue dans "un esprit constructif", selon le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Lundi, Volodymyr Zelensky a par ailleurs indiqué que "des préparatifs" étaient en cours pour de nouveaux échanges tripartites cette semaine.

Des armes en plus pour Kiev si le Donbass est cédé ?

Le Financial Times souligne qu'un autre point a été avancé auprès de Kiev par Washington dans les pourparlers des dernières semaines. Selon deux personnes proches du dossier, les États-Unis seraient prêts, en cas d'accord de paix comprenant la cession du Donbass, à fournir à l'Ukraine davantage d'armes une fois la guerre terminée. L'offre présentée par l'administration Trump prévoit par ailleurs une "riposte militaire coordonnée en cas d'attaque prolongée" de l'Ukraine après la signature d'un traité de paix, souligne le quotidien économique. Mais, rappelle la même source, Washington s'impatiente de plus en plus face à la lenteur des négociations, alors que Donald Trump avait promis de régler la guerre ukrainienne "en 24 heures" à son retour à la Maison-Blanche.

En marge d'une rencontre outre-Atlantique entre le milliardaire républicain et le président ukrainien organisée en décembre, plusieurs responsables américains avaient déjà mis une certaine pression sur Kiev, arguant que la proposition formulée par Washington "ne restera[it] pas indéfiniment sur la table". Pour aller vite, Donald Trump est-il donc prêt à accéder à l'une des exigences territoriales les plus importantes pour Moscou, quitte à mettre le couteau sous la gorge à son partenaire ukrainien ? "C'est totalement faux : le seul rôle des États-Unis dans le processus de paix est de réunir les deux parties pour parvenir à un accord", a balayé d'un revers de main Anna Kelly, porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, toujours auprès du FT.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump reçoit son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago (États-Unis), le 28 décembre 2025.
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"Le pari de L'Express sur l'Europe est judicieux" : nos lecteurs commentent notre nouvelle formule

Groenland : Trump isolé

​Sylvio Le Blanc, Montréal (Canada)

Le président états-unien Donald Trump a déclaré qu’il s’emparerait du Groenland "d’une manière ou d’une autre", et que s’il ne le faisait pas, "la Russie ou la Chine le feraient". Or, selon des experts et de hauts responsables, cette crainte est infondée. "Zebigbos" souhaite en réalité s’emparer des ressources de cette île. Problème : le prétexte invoqué – la sécurité nationale – ne passe pas auprès de ses concitoyens ni auprès des Etats membres de l’Otan, car les Etats-Unis peuvent pleinement garantir leur propre sécurité et celle du Groenland sans posséder l’île. Espérons que la perspective des élections de mi-mandat prévues en novembre tempérera les ardeurs expansionnistes du président. (S’emparer du Groenland, mais à quel prix ?, L’Express du 15 janvier.)

Déficit : la France creuse encore…

Jacques Canier, Colombes (Hauts-de-Seine)

Je souhaite apporter mon soutien à vos excellents chroniqueurs, et notamment au professeur Denys de Béchillon et à Nicolas Bouzou, qui dénoncent de la persistance du déni de responsabilité collective à propos de la funeste "boule de neige" des déficits publics et de notre endettement subséquent. Dérives ardemment entretenues par divers partis politiques ou syndicats, mais aussi une partie de la presse, avec un résultat très clair : en France, si on touche le fond, on creuse encore... (En 2027, le président sera impopulaire ou ne sera pas, par Nicolas Bouzou, L’Express du 15 janvier.)

Les éleveurs et leurs "collègues"

Armand Garonne, Pruniers-en-Sologne (Loir-et-Cher)

Bravo à Gérald Bronner pour sa fine perception de la relation si particulière qu'entretient l'éleveur avec ses bêtes. Pour rédiger mon essai Allo Paris ? Ici La Terre, j’ai moi-même rencontré une éleveuse qui nomme ses vaches "mes collègues". Heureusement que certains "Parisiens" comme vous tentent de faire comprendre ces nuances. (Les éleveurs ont-ils vraiment de l’affection pour leurs vaches ?, L’Express du 24 décembre.)

Europe : un pari judicieux…

​​​​Guylaine Remeur, Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes)

Le "pari de l'Europe" va contribuer à nous éclairer, nous humbles citoyens et lecteurs. Je me suis précipitée sur ce nouveau numéro, riche d'articles, de points de vue, d'explications... Ces éclairages politiques, scientifiques et diplomatiques nous aident à comprendre l'Europe d'aujourd’hui. Pourquoi les politiques publiques de nos voisins fonctionnent-elles mieux que chez nous ? Vos analyses nous invitent à nous interroger, à réfléchir, à comparer et peut-être à changer nos points de vue. Oui, nos visions diffèrent, mais, sans compromis et sans réforme, le reste du monde ne nous attendra pas. Votre initiative est inspirante, responsable, utile, judicieuse. Bravo !

… des articles fiables…

Dominique Meyer, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)

Fidèle abonnée à votre magazine, je constate avec plaisir que, malgré le changement de présentation, vos articles restent sérieux, documentés et fiables. J'encourage tous les membres de votre hebdomadaire à continuer dans cette voie, la seule qui permette de lutter contre la désinformation.

… une mise en page réussie…

René Hurstel, Rossfeld (Bas-Rhin)

Permettez-moi de vous remercier pour la nouvelle présentation de L’Express, aussi agréable à lire qu’enrichissante sur le plan intellectuel.

… mais un modèle institutionnel à revoir

René Andron, Marseille (Bouches-du-Rhône)

L'orientation annoncée de la ligne éditoriale de L'Express vers l'Europe est certes louable, mais bien insuffisante. En effet, pour que l'Europe existe dans le nouvel ordre mondial, il aurait fallu qu'elle soit d'ores et déjà beaucoup plus intégrée, avec un modèle institutionnel de type confédéral, et une gouvernance supra nationale, disposant des pouvoirs nécessaires pour déployer les plans et stratégies utiles pour conserver son rang, son rôle et sa sécurité. Nous en sommes loin.

© FORUM/MAXPPP

13 December 2015. Warsaw, Poland. Anti government demonstration near the house of Jaroslaw Kaczynski - leader of ruling party Low and Justice (PiS). Jaroslaw Kaczynski is known as unformal leader of Poland since he had chosed the candidates for presidential and PM offices. The demonstration took place in the 34 anniversary of martial low in Poland. Photo: Krystian Maj/FORUM (MaxPPP TagID: maxnewsfrthree680559.jpg) [Photo via MaxPPP]
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Pourquoi Gabriel Zucman devrait lire "Retour de l’URSS" d’André Gide : l'édito d'Eric Chol

Fin décembre, une tribune publiée dans un grand journal du soir a suscité quelques remous chez les économistes. L’auteur en question, Gabriel Zucman, fait pourtant figure de grand "loser" de l’année écoulée : en dépit d’une opération de communication sans précédent, l’ancien élève de Thomas Piketty n’a pas réussi à convaincre nos députés d’adopter sa proposition de taxe antiriches : celle-ci est restée lettre morte, et tant mieux pour l’économie française, comme nous avons eu l’occasion de le montrer.

Qu’importe : l’auteur de l’essai Les milliardaires ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil, 2025) est vite remonté sur son cheval, pour batailler contre une "idée à la mode", une "antienne", un "refrain", selon ses mots, qui consisterait à peindre en noir une Europe à la remorque des Etats-Unis.

On a trop dit, ici dans les colonnes de L’Express, notre foi dans les forces de ce continent européen pour ne pas risquer de se faire taxer de décliniste par le premier idéologue venu quand il s’agit de lever le voile sur la réalité européenne. Car c’est bien de cela dont il s’agit.

Dans l’ère de post-vérité dans laquelle nous vivons, la comparaison trompeuse entre l’économie européenne et celle des Etats-Unis à laquelle se livre Gabriel Zucman ne serait pas grave si elle n’introduisait pas un grand méchant doute. Or c’est précisément son objectif : mettre en pièces les soubassements du rapport Draghi, le fameux document de l’ancien patron de la Banque centrale européenne, qui pose avec clarté les raisons du décrochage européen à l’œuvre et les solutions pour en sortir.

Les contre-vérités de Gabriel Zucman

Hostile aux solutions présentées, Zucman estime qu’il est plus habile d’attaquer le diagnostic, en évoquant le mythe d’une "sclérose européenne, face à un supposé eldorado américain". Gare à la FAKE NEWS ! Et c’est précisément pour démonter ce mensonge - car c’en est un - que nous donnons dans L’Express la parole à un des meilleurs experts : Antoine Levy, qui enseigne à l’université de Berkeley. Avant lui, plusieurs économistes ont commencé à mettre en pièces la démonstration du directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, parmi lesquels François Bourguignon, Philippe Aghion ou Xavier Jaravel.

Cette fois-ci, Antoine Levy va plus loin, en démasquant les contre-vérités de Gabriel Zucman. Mais celui qui passe pour "la rock star de l’économie" préfère vivre dans ses mirages. A l’inverse d’un André Gide, dont le voyage en URSS au milieu des années 1930 dessilla les yeux face à la réalité soviétique. "Le mensonge, fût-ce celui du silence, peut paraître opportun, et opportune la persévérance dans le mensonge, mais il fait à l'ennemi trop beau jeu, et la vérité, fût-elle douloureuse, ne peut blesser que pour guérir", écrit-il. (Retour de l'URSS, Payot).

Chez Gide, il y avait une part d’anticonformisme, impossible à trouver dans l’alignement idéologique de nos nouveaux propagandistes.

© L'Express

Eric Chol
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"C'est un petit Napoléon" : Gregory Bovino, le visage glaçant de la police de l'immigration de Donald Trump

Sa longue veste verte, sa mâchoire carrée et ses déclarations tonitruantes sont désormais bien connues des Américains. Depuis la mise en place par Donald Trump d'une sévère politique anti-immigration aux États-Unis, Gregory Bovino est devenu un visage omniprésent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Commandant "itinérant" de l'ICE, la police chargée d'arrêter les étrangers clandestins, le responsable a supervisé les principales opérations ordonnées par l'administration américaine dans plusieurs villes du pays. Los Angeles, Charlotte, Chicago... Le policier se déplace sur l'ensemble du territoire américain pour commander ses hommes, aux méthodes plus que musclées. Ces derniers jours, Gregory Bovino a mené les opérations à Minneapolis, dans le Minnesota.

Mais, avec deux Américains tués en quelques jours par des agents sous ses ordres dans la ville, son image à Washington semble enfin s'écorner. Le président américain, qui défendait jusque-là coûte que coûte les pratiques de l'ICE sur le terrain, a adopté depuis ce week-end un ton plus conciliant à l'égard des critiques. À quelques mois des élections de mi-mandat, pas question pour Donald Trump de s'empêtrer dans une crise commençant même à choquer une partie de son propre camp. Résultat : Gregory Bovino devrait faire les frais de cette approche – un peu – moins radicale de Donald Trump. Selon Reuters et The Atlantic, le policier devrait être démis de ses fonctions, puis retourner à son précédent poste de patrouilleur en chef à El Centro, en Californie, pour surveiller la frontière mexicaine. Cependant, le département de la Sécurité intérieure dément pour le moment toute rétrogradation.

Fasciné par la police aux frontières

Une chose est sûre : le rôle de l'ultramédiatique Gregory Bovino dans les violences de l'ICE à Minneapolis est loin d'être anodin. Au lieu de tenir un discours d'apaisement, le policier n'a cessé de mettre de l'huile sur le feu, tout en justifiant sans réserve les coups de feu ayant conduit à la mort de Renee Good, début janvier, et à celle d'Alex Pretti, samedi. Dans la première affaire, il avait "tiré son chapeau" à l'auteur du tir, évoquant un "environnement difficile". Dans la seconde, il a accusé l'infirmier de 37 ans tué lors d'une manifestation ce week-end d'avoir souhaité "massacrer les forces de l'ordre". "Le fait que [les policiers] soient hautement entraînés a empêché toute fusillade spécifique contre les forces de l'ordre, donc bravo à nos forces de l'ordre de l'avoir neutralisé avant qu'il ne puisse passer à l'acte", a-t-il félicité, lors d'une émission diffusée sur CNN.

Jusqu'au-boutiste assumé, Greg Bovino est loin d'avoir laissé uniquement des bons souvenirs aux connaissances qui l'ont côtoyé lors de ses expériences passées. Dans un long article fouillé, le Chicago Sun-Times est revenu sur les traces de cet homme fasciné par la police aux frontières. D'après cet article, basé sur de nombreuses sources, il serait passionné par ce monde sécuritaire depuis son enfance. Le visionnage du film The Border, dans lequel Jack Nicholson et Harvey Keitel incarnent des agents aux frontières, l'aurait à la fois émerveillé et révolté. Séduit par la profession mise en avant dans le long-métrage, il aurait en revanche détesté l'image médiocre renvoyée par les personnages tout au cours de l'intrigue. Un sentiment qui l'aurait ensuite poussé à vouloir rejoindre lui-même la police aux frontières. Son ambition : faire honneur aux couleurs vertes de l'uniforme de ce service.

Au même moment, le jeune Gregory Bovino fait face à une enfance cabossée. En 1981, son père est condamné à de la prison pour avoir tué, ivre, une jeune femme de 26 ans alors qu'il était au volant d'un camion. L'homme doit vendre son bar, puis divorce de son épouse. Malgré cet épisode difficile, Gregory Bovino reste attaché à sa région de Caroline du Nord, où il réalise une partie de ses études. Après une maîtrise, il rejoint la police en 1996 et touche du doigt son rêve de devenir un patrouilleur aux frontières. Il rejoint l'unité tant espérée, puis est envoyé dans différents États américains, mais aussi à l'étranger. Petit à petit, au fil de responsabilités toujours plus importantes, il gravit les échelons. En 2020, le voilà nommé responsable de la police aux frontières du secteur d'El Centro, où il affirme diriger environ 900 policiers.

Issu d'une famille... d'immigrés

La frontière mexicaine devient le lieu de prédilection de Gregory Bovino pour développer ses méthodes pour le moins rudes. Avec ses hommes, il traque les migrants venus du Mexique pour les empêcher d'entrer sur le territoire américain. "C'est un petit Napoléon qui veut vous faire croire qu'il est un héros, l'homme le plus moral et le plus compétent au monde, et que tout autour de vous est dangereux", décrit auprès du Chicago Sun-Times Jenn Budd, une ancienne agente de patrouille qui l’a connu. "Mais c'est lui qui va vous sauver. Tout ça n'est qu'une mise en scène pour lui." Cette ex-policière décrit une brigade à l'atmosphère sexiste, où plusieurs femmes ont déposé des signalements pour des agressions sexuelles et des viols.

Selon elle, certains migrants étaient par ailleurs frappés par des agents. "Ici, la pratique courante consiste à porter de fausses accusations contre les personnes que l'on vient de tabasser", déplore l'ex-professionnelle. Pourtant, à la lumière de son histoire familiale, le sort réservé par Gregory Bovino aux immigrés qu'il pourchasse a de quoi interpeller. En effet, ses ancêtres étaient eux-mêmes des immigrés italiens, qui ont rejoint les États-Unis dans les années 20 en quête d'une vie meilleure. À l'époque, leur arrivée dans le pays avait été compliquée par la loi Johnson-Reed de 1924, restreignant grandement la possibilité pour les étrangers de venir résider outre-Atlantique. Un texte eugéniste et raciste, aujourd'hui cité par certains trumpistes... pour justifier l'actuelle politique anti-immigration dans le pays.

Qu'importent ses racines familiales, Gregory Bovino a poussé à l'extrême les méthodes employées par les policiers de l'ICE sous sa responsabilité. Pour freiner les contestations dans la rue, il promeut ce qu'il appelle des "opérations de destruction massives". "Elles sont très rapides et très agressives", explique dans un podcast de CNN la journaliste du New York Times Lulu Garcia-Navarro, qui a travaillé sur le sujet. "[Les policiers] brisent des vitres, entrent et arrêtent des gens. Gregory Bovino justifie ces tactiques par la volonté de ne pas mettre ses agents en danger et d'empêcher que des manifestations ne dégénèrent." Le principal intéressé, lui, nie toute brutalité gratuite. "Nos agents agissent toujours dans le respect de la loi, de l'éthique et de la morale", assurait-il en octobre dernier, toujours sur CNN.

Au vu des dernières évolutions de la situation, cette vision semble avoir atteint ses limites. Gregory Gavino pouvait jusqu'ici compter sur le soutien sans faille de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, pas en reste en matière de dérapages incontrôlés et de saillies polémiques. Mais, d'après deux sources citées par The Atlantic, elle aussi serait actuellement sur la sellette à cause des violences à Minneapolis. L'ICE est en effet placé sous la responsabilité de son département. Coutumier des publications provocantes sur les réseaux sociaux, Gregory Bovino avait comparé son action à la tête de la police de l'immigration à Minneapolis comme à celle de Dark Vador, le méchant de la saga Star Wars. En substituant, bien entendu, la "guerre des étoiles" à la "guerre des frontières" menée à tous crins sur le territoire américain.

© REUTERS/Evelyn Hockstein/File Photo

Gregory Bovino, commandant "itinérant" de l'ICE, participe à une opération des forces de l'ordre à Minneapolis (États-Unis), le 21 janvier 2026.
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Mort d'Alex Pretti à Minneapolis : Donald Trump tente de jouer l'apaisement après la bavure de l'ICE

Le Wall Street Journal y voit "un revirement spectaculaire sur une politique qui est au cœur de l'identité politique de Donald Trump" : dans une volonté apparente d'apaiser les tensions provoquées par la mort par balles d'un deuxième citoyen américain en l'espace de deux semaines, à Minneapolis, dans le cadre d'opérations de la police fédérale de l'immigration (ICE), le locataire de la Maison-Blanche a adopté lundi 26 janvier un ton conciliant, à l'issue d'un échange téléphonique privé avec le gouverneur du Minnesota.

Autre signal du changement de cap que semble amorcer le président républicain, un cadre de la police fédérale de l'immigration, Gregory Bovino, considéré comme le visage de la brutalité décomplexée de l'ICE, va quitter le Minnesota, de même que certains agents qui y étaient déployés, a déclaré un représentant de haut rang de l'administration Trump. Gregory Bovino est la cible de vives critiques de la part de démocrates et d'activistes des droits civiques.

Tom Homan, fait "tsar des frontières" par Donald Trump à son retour au pouvoir il y a un an, va être chargé de superviser les opérations dans le Minnesota, a également précisé ce représentant. Donald Trump avait annoncé plus tôt dans la journée que Tom Homan allait être dépêché dans l'Etat du Midwest.

D'après une autre personne au fait de la question, Gregory Bovino a été démis de son rôle de "commandant spécial" des opérations anti-immigration et va retrouver ses fonctions de chef des patrouilles des douanes dans un poste californien à la frontière avec le Mexique. Il est attendu qu'il prenne sa retraite prochainement, a ajouté cette source. L'information de la mise en retrait de Gregory Bovino a été rapportée en premier lieu par The Atlantic, citant un représentant du département de la Sécurité intérieure (DHS), auquel sont rattachées la police aux frontières et les troupes anti-immigration. Une porte-parole du DHS a toutefois démenti cette information. "Le chef Gregory Bovino n'a PAS été relevé de ses fonctions", a écrit Tricia McLaughlin sur le réseau social X.

Discussions "productives"

Plus tôt, Donald Trump a dit être "sur la même longueur d'onde" que le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, lequel avait fustigé les agents de l'ICE. Les services de Tim Walz ont décrit comme "productif" l'entretien téléphonique entre ce dernier et Donald Trump qui, selon eux, a promis de réduire le nombre d'agents de l'ICE déployés dans le Minnesota.

Ils ont également rapporté que le président avait accepté de demander au DHS de garantir que les autorités locales puissent mener leur propre enquête sur la mort d'Alex Pretti, infirmier de 37 ans abattu samedi par un agent de l'ICE alors qu'il était au sol lors d'une confrontation entre l'ICE et des manifestants.

Donald Trump s'est également entretenu lundi par téléphone avec le maire de Minneapolis, Jacob Frey, écrivant sur son réseau social Truth que "beaucoup de progrès" allaient découler de cette discussion. Jacob Frey a déclaré avoir convenu avec le président américain que "la situation actuelle ne peut pas continuer", ajoutant que certains agents fédéraux devraient quitter la ville à compter de mardi.

Jusqu'ici, Donald Trump avait apporté un soutien total aux troupes fédérales de lutte contre l'immigration, qualifiant les deux victimes - Renee Good et Alex Pretti - de "terroristes intérieurs" en dépit de vidéos accablantes pour les agents de l'ICE.

Critiques et inquiétudes dans le camp républicain

Tim Walz, ancien candidat à la vice-présidence américaine au côté de Kamala Harris en 2024, n'a eu de cesse de fustiger, comme d'autres responsables démocrates, la politique ultra-répressive et brutale de Donald Trump en matière d'immigration, accusant les agents de l'ICE de semer le chaos et de mettre en péril la sécurité publique dans les villes où ils se déploient massivement.

Au cours d'une audience qui s'est tenue lundi, le bureau du procureur général du Minnesota a demandé à une juge de bloquer le déploiement de quelque 3 000 agents fédéraux à Minneapolis, mais celle-ci n'a pas semblé très réceptive à ses arguments, disant juger difficile d'établir que la Maison-Blanche a commis un "abus de pouvoir" en ayant recours à l'ICE.

L'un des principaux candidats républicains au poste de gouverneur, Chris Madel, a en revanche pris dans la journée ses distances avec l'administration Trump, annonçant renoncer à sa candidature parce que la répression est allée trop loin et a rendu l'élection ingagnable pour un républicain. "Je ne peux pas soutenir les représailles déclarées des républicains nationaux contre les citoyens de notre État, et je ne peux pas non plus me considérer comme membre d'un parti qui le ferait", a-t-il déclaré.

Selon un récent sondage Reuters, près de quatre électeurs républicains sur dix critiquent désormais la politique musclée de Donald Trump en matière d'immigration. Le Wall Street Journal rapporte que le changement de ton du président est survenu après que des élus républicains et d'autres alliés ont exprimé leurs inquiétudes quant à la perte du soutien populaire à son principal thème de campagne, les scènes chaotiques de Minneapolis étant de plus en plus perçues comme un handicap politique. Lors d'un appel téléphonique avec Donald Trump, l'influent sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham l'aurait ainsi prévenu que les images passant en boucle à la télévision éclipsaient le succès d'autres aspects de son programme anti-immigration.

À Washington, les sénateurs démocrates ont annoncé qu'ils s'opposeraient à un projet de loi de financement du ministère de la Sécurité intérieure, qui supervise l'ICE, ce qui augmente la probabilité d'un nouveau "shutdown" gouvernemental à partir de dimanche. Les élus républicains ont approuvé l'an dernier une augmentation massive du budget consacré à la lutte contre l'immigration, mais certains d'entre eux exigent désormais des réponses de la part de l'administration Trump.

© REUTERS

Des affrontements entre l'ICE et des manifestants, le 24 janvier 2026 à Minneapolis.
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En Iran, le régime veut dissimuler les massacres : "Le sang n’a pas le temps de se répandre sur le sol"

Depuis plusieurs jours, des miliciens vêtus de noir et masqués sillonnent les rues iraniennes à moto ou en pick-up, à la manière des terroristes de Daech et du Hamas. Ils installent des barrages routiers, confisquent les téléphones des passants et les fouillent à la recherche de signes de participation aux manifestations, les 8 et 9 janvier derniers. Ces actes témoignent des efforts du gouvernement iranien pour détruire les preuves et dissimuler les conséquences d’un massacre dont on peine encore à mesurer l’ampleur pour cause du black-out. Combien de manifestants ont été abattus par les forces de l’ordre à Téhéran et dans les autres villes du pays ? 3117, d’après le bilan diffusé par les autorités iraniennes, le 21 janvier. Mais ce chiffre serait largement sous-estimé, selon l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, et deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé cités par le Time. Tous deux avancent des estimations terrifiantes, comprises entre 25 000 et 30 000 morts.

Comment le savoir ? Trouver des témoins oculaires reste difficile, alors que l'accès à Internet reste extrêmement limité et que la terreur instaurée par la République islamique empêche la population, notamment les proches des victimes, de parler. Les services de sécurité diffusent des avertissements stipulant que toute collaboration avec les médias étrangers constitue un crime et que les citoyens qui envoient des vidéos ou des photos des événements à ces médias étrangers seront arrêtés.

Dans la propagande initiale de la République islamique, les manifestants étaient qualifiés d'"émeutiers", mais après la répression armée, Ali Khamenei, le guide suprême, les a traités de "terroristes" dans un discours visant à légitimer le meurtre de civils, à l’instar de l’ancien dirigeant syrien, Bachar el-Assad. À cet égard, la propagation d’histoires de "Corans et de livres religieux brûlés" par les manifestants fait partie de la propagande gouvernementale.

Des cours d'école comme bases temporaires

Mardi, le président de la Commission nationale de sécurité du Parlement a annoncé des chiffres préliminaires sur l'étendue des dégâts causés par les récentes manifestations. Il a déclaré que 250 écoles, 300 mosquées et 90 écoles religieuses avaient été attaquées et endommagées par les manifestants.

Pourquoi attaquer ces bâtiments ? Il y a une raison. Samedi 10 janvier, j’ai personnellement vu des gaz lacrymogènes tirés du toit de l’école religieuse Al-Ghadir, un immeuble de 12 étages situé rue Madani à Téhéran. Des officiers postés sur le toit dirigeaient les forces de l’ordre dans la rue par radio et menaçaient les manifestants avec un faisceau laser. De nombreuses vidéos publiées par des citoyens montrent des tirs provenant du toit de bâtiments gouvernementaux et de commissariats. Un témoin oculaire et des proches de deux victimes m'ont indiqué que celles-ci avaient été abattues d'une balle dans la tête alors même qu’elles ne participaient à aucun rassemblement : une jeune fille tuée devant chez elle et une femme médecin abattue en quittant son cabinet.

Nous savons également, grâce à des rapports et des images de manifestations précédentes, que les forces de l'ordre et de sécurité, telles que les Gardiens de la révolution et les Bassidj [NDLR : une force paramilitaire iranienne qui dépend des Gardiens de la Révolution] utilisent systématiquement les cours d'école et les mosquées comme bases temporaires. Un témoin habitant le village olympique de Téhéran [NDLR : quartier de Téhéran qui abritait les jeux asiatiques en 1974] affirme avoir vu des femmes préparer de la nourriture pour les forces de répression dans la mosquée de leur quartier, car on leur avait dit que les manifestants brûlaient des Corans et que leur but était de détruire l'islam. Un avocat, citant le directeur d'un immeuble administratif situé sur la place Vali Asr, à Téhéran, rapporte qu’il a vu des tireurs d'élite du corps Ansar Allah postés sur le toit qui surplombe la place.

Dans les mots de l’horreur, ceux qui resteront gravés à jamais dans l’imaginaire collectif, figurera certainement celui de "Kahrizak". Une morgue, située dans le sud de la capitale, où les jeunes manifestants, fauchés par les balles, ont été emmenés, après la tuerie. "Le sang des jeunes n’a pas eu le temps de se répandre sur le sol", déclare Mohammad, venu de Mashhad à Téhéran pour retrouver son cousin Mehdi, âgé de 21 ans. Trois jours plus tard, son corps a été retrouvé dans l'un des hangars médico-légaux de Kahrizak. Des images choquantes des corps des dépouilles de manifestants entassés dans ce centre gouvernemental ont été diffusées. Mais ceux qui, comme Mohammad, ont vécu cette atmosphère apocalyptique, livrent des témoignages encore plus glaçants. "Les hangars de Kahrizak n'étaient pas un lieu approprié pour entreposer des corps. La température n'y était pas froide et l'odeur de sang était insoutenable. Les macchabées étaient empilés les uns sur les autres, et pour sortir ceux du bas, il fallait jeter ceux du haut. Nos semelles étaient collées par le sang qui coulait sur le sol." Dans le corps de Mehdi étaient logées quatre balles : une dans l'épaule, une dans le flanc et deux dans la jambe. Mohammad affirme que la balle qui s’est logée sous la poitrine avait manifestement été tirée à bout portant, car sa peau portait des marques de brûlure. Mardi 20 janvier, le journal Hammihan a été fermé pour avoir publié des articles sur le centre médico-légal de Kahrizak et sur l'attaque militaire contre trois hôpitaux à Téhéran et dans les villes environnantes.

Un de ces articles citait le frère d'un manifestant tué, qui avait été transporté à l'hôpital Sattari de Téhéran après avoir été blessé, mais que sa famille l'avait trouvé sans vie, une balle logée sous le nombril. Le scénographe et comédien Ahmad Abbasi a également appelé sa famille, le soir du 8 janvier, pour les informer qu'il avait été blessé et qu'il était hospitalisé, mais celle-ci l’a retrouvé mort. C’est à Karaj [NDLR : 30 kilomètres à l’ouest de la capitale] que j'ai entendu parler pour la première fois, de ces tirs à bout portant sur des manifestants blessés. Le personnel médical d’un hôpital de la ville (Qasem Soleimani) aurait ainsi déclaré que les Gardiens de la révolution avaient tiré sur les blessés. La situation a pris une tournure grave lorsque des images de corps ont révélé la présence de tubes respiratoires, de sondes urinaires ou d'électrodes de monitoring cardiaque. Et ce, alors que certaines de ces victimes avaient été tuées d'une balle dans la tête ou le cœur. Selon les experts, le fait que ce matériel médical n’ait pas été retiré ne peut être attribué à de la négligence ou de la précipitation. Il est plus probable que ces victimes aient été tuées pendant leur prise en charge. Plus tard, un groupe de médecins iraniens a déclaré dans un communiqué que l'examen des images révélait de graves violations des principes fondamentaux de la médecine et des droits humains.

Un déluge de balles

D'autres cas de manifestants tués pendant ou après leur arrestation sont signalés. Babak, 45 ans, touché à la tête par un tir de fusil de chasse, confirme les récits du massacre du bazar de Rasht [NDLR : dans le nord-ouest]. Lorsque le vieux bazar a pris feu et que les manifestants ont été contraints de se diriger vers les forces de l'ordre, ils ont été accueillis par un déluge de balles, raconte-t-il : "Les gens levaient les mains comme des prisonniers de guerre. Beaucoup ont été tués." Saideh, une enseignante de Téhéran, pleure également un adolescent de sa famille, transféré à la caserne de la place Sepah, à Qazvin, après son arrestation. Bien qu’il ait réussi à appeler sa famille depuis la cour, il est mort quelques heures plus tard : "Ils l'ont étranglé ! Comment ont-ils pu emmener ce garçon plein de vie, libre comme l'air, et annoncer le lendemain matin qu'il était mort ?"

Mais l'une des choses les plus troublantes que l'on entend constamment en Iran ces jours-ci est l'argent demandé aux familles des victimes en échange de la restitution des corps. Beaucoup affirment avoir été extorquées de 400 millions à 1 milliard de tomans [NDLR : entre 3100 et 7820 euros]. Ainsi, la famille de l'acteur de théâtre Ahmad Abbasi, tué le 8 janvier, a vu le médecin légiste exiger 1 milliard de tomans pour récupérer le corps. Un témoin oculaire, interrogé au cimetière Behesht-e Sakineh de Karaj, m'a expliqué pourquoi il y avait différents tarifs : "On dit que cela dépend du nombre de balles reçues par la victime, et que pour chaque balle, nous devons payer 250 millions de tomans à l'État [NDLR : 1957 euros]. Le reste correspond aux frais de la morgue et de la médecine légale. Il semble que le prix soit fixé en fonction de la situation des familles."

La République islamique percevait autrefois cette somme, surnommée "argent des balles", auprès des familles des victimes lors de la restitution des corps de personnes exécutées pour raison politique. Mais aujourd'hui, ce sont les citoyens ordinaires qui sont confrontés à cette situation horrible. J'ai entendu dire qu'au moins deux familles ont refusé de payer pour le corps de leur enfant et que le gouvernement a été contraint de le leur remettre. Mohammad, venu de Mashhad à Téhéran pour récupérer le corps de son cousin, affirme qu'en "négociant", il est parvenu à descendre à 400 millions de tomans. Un avocat a également confirmé que le corps d'"Ali Dehghan", frère de la militante politique Masoumeh Dehghan, a été remis gratuitement, car depuis le 12 janvier, les autorités ont ordonné qu’aucun paiement ne soit exigé, même pour l’inhumation des victimes : "Après la diffusion de la vidéo sur la morgue de Kahrizak, les forces de sécurité ont reçu l’ordre d’enterrer tous les corps, même ceux des personnes non identifiées. Le gouvernement veut étouffer l’affaire au plus vite, faire disparaître les preuves."

Un témoin des manifestations à Karaj a déclaré : "les Bassidj et leurs alliés en civil tentaient d’enlever les blessés pour les empêcher de tomber entre les mains de la population. Ils leur tiraient dessus et les emmenaient afin d’extorquer de l’argent aux familles et les faire taire. Ils savaient exactement ce qu’il en était." Les corps des défunts étaient ensuite remis sans ménagement, au prix d'insultes et d'humiliations infligées aux familles, qui devaient promettre de vivre leur deuil en privé, d'inhumer les corps dans des cimetières situés hors de Téhéran ou des capitales provinciales et de ne parler à aucun média. Voilà ce que je peux dire aujourd’hui de ce qui constitue, à mes yeux, l’un des plus grands crimes contre l'humanité qui ait jamais eu lieu. Et dont l’horreur nous apparaît chaque jour un peu plus.

*Journaliste pour des médias iraniens en exil, l'auteur, qui vit en Iran, a été emprisonné par le passé. Il fait partie de ces activistes qui documentent les crimes contre l'humanité commis par le régime.

© via REUTERS

Des personnes assistent aux funérailles des forces de sécurité tuées lors des manifestations qui ont éclaté à Téhéran, en Iran, le 14 janvier 2026
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Mort d'Alex Pretti, tué par des agents de l'ICE à Minneapolis : ce que révèlent les vidéos des témoins

Samedi, dix coups de feu ont retenti en marge d'une manifestation contre l'ICE, la police de l'immigration, à Minneapolis aux Etats-Unis. Il est un peu plus de 9 heures du matin. Les agents de l'ICE viennent d'abattre un manifestant, Alex Pretti, 37 ans, en pleine rue.

Les circonstances précises de la mort de l'infirmier restent à déterminer, mais de nombreuses vidéos prises sous différents angles et filmées par d'autres manifestants circulent sur les réseaux sociaux. Plusieurs d'entre elles ont été authentifiées par des médias américains et mettent à mal la version du commandant chef de la police de l'immigration qui a indiqué qu'Alex Pretti représentait un danger. Récit.

Perturber les opérations de l'ICE avec un sifflet

Avant l'altercation avec l'ICE, Alex Pretti, vêtu d'un manteau kaki, fait partie des habitants qui filment, téléphone en main, les agents de la police de l'immigration dans leurs arrestations aléatoires à l'encontre de supposés migrants (de nombreux étrangers sont les cibles de ces arrestations mais ils sont nombreux à être en règle pour travailler sur le sol américain). Posté au milieu de la route muni d'un sifflet, Alex Pretti, avec d'autres manifestants, tente alors de perturber les opérations de l'ICE. Une première vidéo, filmée à partir d'une voiture passante, montre Alex Pretti dans la rue, parlant aux officiers et les filmant avec son téléphone. Il ne tient pas d'arme à feu dans l'une ou l'autre main. Quelques secondes plus tard, une autre vidéo montre Alex Pretti parler avec des policiers de l'ICE, sans que le dialogue ne puisse être retranscrit. Derrière lui, une personne est violemment poussée à terre par un agent de la police fédérale. L'infirmier semble alors s'interposer. Il est aspergé de gaz lacrymogène. Il ne tient toujours pas d'arme à feu.

Dans la foulée, le manifestant est plaqué au sol par trois agents portant des gilets siglés "police". Pendant les 10 secondes suivantes, Alex Pretti oppose une légère résistance, son corps n'étant pas complètement plaqué au sol. Trois agents le retiennent, leurs mains sur son dos, tandis que deux autres sont postés à côté. Les coups pleuvent.

Retrait d'une arme et coups de feu assourdissants

Une vidéo décortiquée par le Washington Post, montre ensuite un homme vêtu d'une veste grise et de gants, les mains vides avant d'arriver sur la scène, retirer du dos d'Alex Pretti ce qui semble être un pistolet. Dans au moins deux vidéos authentifiées par le quotidien, l'agent se retourne et commence à s'éloigner en tenant l'arme, la pointant vers le sol. Le pistolet est clairement visible dans sa main. Il quitte la scène. Presque instantanément, un autre agent, debout au-dessus d'Alex Pretti dégaine son pistolet. Un premier coup de feu retentit. Puis neuf autres. Dix seront tirés au total, devant des témoins sidérés. Selon une vidéo analysée par CNN, au moins deux policiers, arme en main, pourraient être les auteurs de ces tirs. Pendant au moins 24 secondes après les coups de feu, le corps inerte du militant ne sera pas approché. Puis, deux policiers s'approchent, semblant fouiller le militant. Ce n'est qu'une minute après qu'une assistance médicale sera demandée.

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Les vidéos de la mort d’Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, abattu par des agents de la ICE samedi 24 janvier, semblent contredire la version du gouvernement. Que s’est-il vraiment passé ? L’Express fait le point. 🔗 Lien en bio #new #newsattiktok #apprendreavectiktok #sinformersurtiktok

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Dans leur version, les officiers de la police de l'immigration ont déclaré qu'Alex Pretti portait un pistolet automatique sur lui, pour lequel il possédait un permis. "Un individu s'est approché des agents de la patrouille des frontières avec un pistolet automatique de 9 mm. Les agents ont tenté de le désarmer, mais il a opposé une violente résistance", a justifié Gregory Bovino, commandant de la police aux frontières américaines. Une "violente résistance" que les différentes vidéos étudiées ne permettent pas de confirmer. En outre, si les vidéos montrent que le manifestant portait bien une arme à sa ceinture en bas du dos, elles démontrent qu'il ne l'a jamais eue en main lors de son altercation avec l'ICE. Interrogée par la chaîne CNN sur le retrait de l'arme par un policier avant la mort du militant, la police fédérale a répété sa version initiale.

Selon des informations de la chaîne publique NBC News, des vidéos auraient également été enregistrées par plusieurs agents de l'ICE portant des caméras sur eux. Lors d'une conférence de presse lundi après-midi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a de son côté déclaré que la mort d'Alex Pretti fait l'objet d'investigations du FBI et du département d'Etat – les agents de l'ICE identifiés étant interrogés. La mort d'Alex Pretti intervient deux semaines après celle de Renee Good, dans des conditions similaires.

© REUTERS/Tim Evans

Des agents fédéraux repoussent les badauds près du lieu où Alex Pretti a été abattu par des agents fédéraux qui tentaient de l'arrêter, à Minneapolis, Minnesota, États-Unis, le 24 janvier 2026.
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En Iran, 18 jours sans Internet : un black-out qui met en péril tout un pan de l'économie

Des familles sans nouvelles de leurs proches, des parents coupés de leurs enfants, des personnes qui s'inquiètent du sort d'amis d'activistes... Depuis le 8 janvier, une avalanche de messages demeure encore sans réponse sur les téléphones iraniens. Même si l'on note une légère reprise des connexions ces derniers jours, la population iranienne reste encore plongée dans un black-out numérique quasi complet.

Comme il l’a déjà fait par le passé, le régime iranien a décidé de couper l’accès au réseau alors que les manifestations, démarrées le 28 décembre, prenaient de l’ampleur. A mesure que le voile numérique se lève progressivement sur l'Iran, l'ampleur du massacre grandit : au moins 5 400 manifestants ont été tués selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), qui dit enquêter sur près de 17 000 autres décès possibles. Ce week-end, le magazine américain Time a avancé le nombre de 30 000 victimes en s’appuyant sur des sources au sein du ministère iranien de la Santé.

Tandis que les familles à l’étranger en sont réduites à guetter la moindre bribe d’information, le blocage d'Internet fait d'autres victimes : les acteurs économiques dont les revenus dépendent de leur activité en ligne. Dans un pays où plus de 80 % de la population est connectée, la plupart de ces d'entrepreneurs passent par les réseaux sociaux, notamment Instagram, WhatsApp ou Telegram, pour réaliser leurs transactions.

Un rapport du Centre de statistiques de l’Iran, datant de 2021, indiquait que l'emploi de 11 millions d'Iraniens dépendait des réseaux sociaux, pour vendre des vêtements ou des produits d’artisanat par exemple. Et ce, alors que l'accès aux géants du web - quasiment tous Américains - est systématiquement entravé. Après la vague de colère provoquée par la mort en détention de Mahsa Amini en septembre 2022, le régime avait suspendu pendant près de deux ans l’accès à Instagram et à WhatsApp, qui étaient devenues les plateformes les plus utilisées depuis les précédentes interdictions visant YouTube, Facebook et Twitter. Pour contourner la censure, les Iraniens ont massivement recours à des VPN. Ces outils permettent de simuler une connexion depuis l’étranger, mais ils ne suffisent pas en cas de blocage intégral du réseau. Une déconnexion forcée dont restent exemptés les hauts dirigeants du régime, qui n’ont cessé de poster leur communication officielle sur X.

"Des entreprises meurent"

La situation actuelle suscite une inquiétude bien plus vive qu’auparavant. "La résilience de ces commerces est faible, et chaque jour où Internet est coupé, des entreprises meurent, a récemment mis en garde Pashootan Pourpezeshk, l’un des responsables de l'Association iranienne des entreprises en ligne. Le marché numérique a déjà été frappé de plein fouet par les événements de 2022 et par la guerre (NDLR: la "guerre de 12 jours" avec Israël en juin 2025), mais il avait réussi par deux fois à se redresser. Aujourd'hui, (les acteurs du web) sont privés d'Internet sur une trop longue période."

D’une durée sans précédent, cette coupure numérique totale risque de tuer de nombreuses entreprises au sein d'une économie déjà moribonde. C'est son effondrement qui avait jeté les bazaris dans la rue, au départ de la contestation actuelle. Le propriétaire d'une animalerie à Téhéran raconte à l’agence AP que son chiffre d'affaires a chuté de 90 % depuis le début des protestations. "Avant cela, je travaillais principalement sur Instagram et Telegram, auxquels je n'ai plus accès. Le gouvernement a proposé deux alternatives nationales (NDLR : les messageries Rubika ou Eitaa). Le problème, c'est que nos clients n'y sont pas, ils ne les utilisent pas", déplorait le chef d’entreprise.

S'il assure le fonctionnement des services quotidiens comme les taxis en ligne et les banques, cet intranet maintient surtout la population dans une bulle numérique isolée du reste du monde. Derrière cette apparente continuité des services, la paralysie numérique s'accompagne d'une hémorragie économique majeure. L’agence de presse étatique IRNA a cité Ehsan Chitsaz, vice-ministre des communications et des technologies de l'information, affirmant que le black-out coûtait au pays entre 2,8 et 4,3 millions de dollars par jour. Le coût réel serait largement sous-estimé : selon l’organisation de surveillance britannique NetBlocks, l'impact financier d'une journée de déconnexion totale en Iran dépasserait en réalité les 37 millions de dollars.

"Nous ne pouvons toujours pas reprendre le travail officiellement, déplore de son côté Leila, jointe par téléphone. Pour les créateurs d'entreprise comme pour les indépendants, la situation économique est catastrophique." Cette trentenaire basée à Téhéran, qui travaille dans le marketing en ligne, dit avoir perdu tout espoir.

Des dommages psychologiques

Au-delà de l'asphyxie économique, c'est l'efficacité de cette stratégie de répression qui est aujourd'hui discutée au sein même des cercles de pouvoir. "La politique de filtrage n'a pas été une politique couronnée de succès", a lâché Abolhassan Firouzabadi, ancien secrétaire du Conseil suprême du cyberespace, évoquant des dommages psychologiques sur la population. Selon lui, ces coupures deviendront un outil "obsolète" qui ne sera plus utilisé par les autorités d’ici quelques années.

Le 24 janvier, le patron des télécoms a annoncé une levée imminente des restrictions, quand des responsables du ministère des communications assuraient que la remise en service prendrait du temps "en raison de complexités techniques". Le président Masoud Pezeshkian y était favorable "compte tenu de la nécessité de faciliter les activités commerciales en ligne". Dix jours plus tôt, selon le site spécialisé basé à l’étranger IranWire, la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, aurait prévenu en coulisses que la connexion ne reviendrait pas à la normale d’ici au Nouvel an persan, le… 20 mars prochain.

© via REUTERS

Les Iraniens sont inquiets après la coupure d'Internet instaurée le 8 janvier 2026 suite aux manifestations en Iran, à Téhéran, le 24 janvier 2026.
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En visite à New Delhi, Ursula von der Leyen pourrait signer un accord de libre-échange

Après le Mercosur, l'Union européenne va-t-elle signer un accord de libre échange avec l'Inde ? En visite à New Delhi le 26 janvier, invitée d'honneur du président Narendra Modi pour la fête de la République, Ursula von der Leyen doit également prendre part à un sommet avec le chef d'Etat ce mardi 27 janvier.

Tout juste quelques jours avant sa visite dans la capitale indienne avec le président du Conseil européen Antonio Costa, la présidente de la Commission européenne avait annoncé à Davos être "à l'aube d'un accord commercial historique", qui "créerait un marché de 2 milliards de personnes, représentant près d'un quart du PIB mondial". Plusieurs médias indiens parlent déjà de "méga deals".

Automobile et défense

En 2014, le commerce bilatéral de biens entre l'UE et l'Inde a atteint 120 milliards d’euros en 2024, en hausse de près de 90 % sur la dernière décennie, selon les chiffres fournis par l'Union européenne, avec 60 milliards d’euros supplémentaires pour les services. La signature d'un accord fait ainsi espérer une nette augmentation de ces chiffres alors que l’Inde, deuxième pays le plus peuplé de la planète (1,4 milliard d’habitants) après la Chine est en bonne voie pour devenir la troisième économie mondiale d’ici 2030 avec une croissance annuelle plus rapide que prévue (8,2 % en 2025).

Selon les premières informations, le traité de libre-échange devrait couvrir des secteurs tels que l’automobile, l'acier et la coopération en matière de défense. D'après l'agence de presse britannique Reuters, le texte pourrait permettre de réduire fortement les droits de douane indiens sur un nombre limitées de voitures importées de l'Union européenne, les ramenant à 40 % contre jusqu'à 110 % actuellement, à condition que leur prix soit supérieur à 15 000 euros. Et jusqu'à 10 % dans les années à venir.

Dans la délégation européenne, la vice-présidente de la Commission Kaja Kallas est également présente. Selon le site Politico, elle devrait notamment signer un partenariat de défense et de sécurité. "L'UE et l'Inde vont mener des consultations sur leurs initiatives respectives en matière de défense, notamment à travers des échanges sur des sujets liés à l'industrie de la défense", indique un document consulté par Reuters, qui devrait être signé mardi. Le partenariat impliquerait alors un dialogue annuel entre les deux parties sur les sujets de la sécurité et de la défense, ainsi qu'un renforcement de la coopération sur la sécurité maritime, les problèmes de cybersécurité et le contre-terrorisme.

Nouveaux marchés face aux taxes de Donald Trump

Toutefois quelques obstacles demeurent, liés à la législation climatique de l’UE, avant que l’accord puisse être signé. Principal point d'achoppement : l’Inde a demandé à être exemptée des règles climatiques de l’UE, notamment du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM). Interrogée ce week-end par The Times of India, sur la manière dont les deux parties comptent combler ces divergences, Ursula von der Leyen a déclaré que les deux parties "travaillaient intensément sur le CBAM, les automobiles et l’acier", ajoutant que "le dernier kilomètre est toujours le plus difficile, mais cela en vaudra largement la peine".

L'accord n'est pas nouveau, il est sur la table depuis 2007. En revanche, le contexte mondial a lui largement changé, bousculé de part et d'autre par l'imposition de droits de douane par Donald Trump. 50 % pour les produits importés depuis l'Inde. 15 % en moyenne pour ceux en provenance de l'Union européenne. "L’UE et l’Inde se rapprochent à un moment où l’ordre international fondé sur des règles subit des pressions sans précédent en raison des guerres, de la coercition et de la fragmentation économique", a déclaré mercredi dernier la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas. L'Europe et l'Inde sont confrontées à un problème similaire. "Ils essaient de préserver leur autonomie stratégique en tant qu'acteurs secondaires dans leurs sphères respectives, l'Inde contre la Chine dans l'Indo-Pacifique et l'Europe contre l'Amérique dans l'Atlantique", déclare Chietigj Bajpaee de Chatham House, un groupe de réflexion britannique auprès du magazine britannique The Economist.

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, tient une conférence de presse lors d'un sommet des dirigeants de l'Union européenne, à Bruxelles, en Belgique, le 19 décembre 2025.
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Iran : à quoi ressemble la "flotte massive" américaine que Donald Trump a envoyée au Moyen-Orient ?

C'est une tentative d'intimidation pour le moins réussie. La semaine dernière, Donald Trump avait déclaré depuis Davos qu'une "armada" américaine se dirigeait vers l'Iran et le golfe Persique. Depuis plusieurs semaines, le président américain promet en effet des représailles contre l'Iran, si le régime des Mollahs venait à réprimer les manifestations.

Des soulèvements ont en effet éclaté fin décembre contre le gouvernement, qui a répondu par une répression sanglante. Donald Trump a néanmoins changé d'avis concernant une potentielle intervention, affirmant mi-janvier qu'il avait pu obtenir du régime qu'il mette fin aux "tueries". La situation réelle dans le pays reste néanmoins incertaine, le gouvernement imposant un black-out médiatique et communicationnel.

Entre-temps, les Etats-Unis ont également entrepris d'envoyer des navires de guerre vers le golfe Persique, sans que l'on sache s'ils se préparent à une véritable intervention ou s'il s'agit uniquement d'une démonstration de force. "Nous avons beaucoup de navires qui se dirigent dans cette direction, au cas où (...) je préférerais que rien ne se passe, mais nous les surveillons de très près", avait affirmé Donald Trump la semaine dernière. Les Gardiens de la Révolution ont, quant à eux, affirmé qu'ils ont "le doigt sur la gâchette" et que les Etats-Unis et Israël s'exposeraient à "un sort douloureux" en cas d'attaque.

Porte-avion à propulsion nucléaire

Selon les données de suivi et des observateurs maritimes, plusieurs navires de guerre américains ont quitté la mer de Chine pour le Moyen-Orient. La flotte est composée du porte-avions à propulsion nucléaire USS Abraham Lincoln, parti du détroit de Malacca il y a une semaine, selon le site Vessel Finders. Il est accompagné des destroyers USS Frank E. Petersen Jr, USS Spruance et USS Michael Murphy. Bien que les autorités américaines n'aient pas confirmé leur destination, ils semblaient se diriger vers le golfe Persique, depuis l'océan Indien.

L'USS Abraham Lincoln, porte-avions à propulsion nucléaire, est l'un des navires de guerre les plus puissants au monde. Au sein de la flotte, "les trois destroyers partagent le même armement (...) et leur rayon d'action est donc identique. Le système à plus longue portée est le missile Standard SM-6, qui atteint entre 240 et 463 kilomètres. Ce missile multi-missions peut s'attaquer à des menaces aériennes, à des missiles de croisière et même à des cibles de surface", détaille Euronews. Les dernières données de navigation remontent à la fin de la semaine dernière. Il restait à la flotte environ cinq jours de navigation avant d'arriver au large de l'Iran, mais elle a depuis désactivé son système de localisation.

Malgré "une armada" d'ampleur, cet acte belliqueux n'indique cependant pas clairement que les Etats-Unis s'apprêtent à attaquer. Pour le Wall Street Journal, l'administration Trump ne semblait être parvenue à "aucun consensus quant à la marche à suivre. Aucun matériel ni personnel militaire n’avait été déployé en vue d’une telle frappe". Pour la presse américaine, il ne faut y voir "aucun signe d’attaque imminente contre l’Iran", mais plutôt une démonstration de force. Les Etats-Unis voudraient en effet éviter qu'une attaque contre l'Iran ne pousse les Iraniens à se rallier à leur gouvernement, par unité patriotique. Sans oublier la possibilité d'une riposte militaire iranienne, et l'escalade qui pourrait s'en suivre.

© L'USS Abraham Lincoln est un porte-avions à propulsion nucléaire. Il fait partie de la flotte des onze porte-avions géants de l'US Navy.

L'USS Abraham Lincoln est un porte-avions à propulsion nucléaire. Il fait partie de la flotte des onze porte-avions géants de l'US Navy.
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Face à Donald Trump et Vladimir Poutine, le prix d'une Europe indépendante

Vladimir Poutine et Donald Trump ont réveillé l’Europe, le Russe en agressant l’Ukraine et l’Américain en cherchant à faire main basse sur le Groenland. Bien involontairement, ils ont chacun de leur côté contribué à faire basculer nombre de décideurs européens en faveur d’une Europe forte, souveraine et apte à tenir tête aux grands prédateurs. Le mot d’ordre à Bruxelles est désormais "l’Europe indépendante". Mais l’aspiration légitime ne deviendra un projet politique que si les Etats membres se dotent d’une stratégie commune et d’une capacité d’action collective. La mue coûtera cher. Entre les avions de combat et les pensions de retraite, il va falloir faire des choix douloureux.

Hélas, on peine à trouver des responsables politiques qui aient le courage de le dire en public. Les citoyens, eux, semblent prêts à l’entendre. Près de trois sur quatre (73 %) souscrivent à l’idée que l’Europe ne peut plus compter que sur elle-même pour sa défense, selon un sondage Cluster 17/Le Grand Continent réalisé en janvier dans sept pays européens, dont les cinq les plus peuplés. Les opinions ont bien compris qu’en ce début 2026, le tableau géopolitique n’a jamais été aussi sombre depuis les pires heures de la guerre froide.

Une épée de Damoclès

A l’Est, Moscou vise la domination de toute une partie du continent, comme à l’époque soviétique. A l’Ouest, la dépendance à l’égard des États-Unis n’est plus seulement un handicap pour l’Europe : elle est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête. Malgré le recul tactique de Trump sur le Groenland, la confiance est détruite, pour longtemps. Les dernières déclarations provocantes de l’hôte de la Maison-Blanche, dénigrant l’aide que les partenaires de l’Otan ont apporté aux soldats américains en Afghanistan, ont jeté derechef de l’huile sur le feu.

L’Europe doit regarder la réalité en face. Les Etats-Unis ne la considèrent plus comme un allié utile et fiable mais comme une région politiquement louche, au point qu’elle pourrait devenir une menace pour la civilisation occidentale. Il est revenu à un Canadien, le Premier ministre Mark Carney, d’exprimer le mieux, dans son discours de Davos, le dilemme que ressentent les stratèges européens : "On ne peut pas vivre dans le mensonge d’une intégration mutuellement bénéfique quand cette intégration devient la source de notre subordination". Une situation résumée crûment par son homologue belge, Bart De Wever : "Être un vassal heureux est une chose, être un esclave misérable en est une autre".

Le retour à une voie nationale, prôné pour l’Europe par ses adversaires du dedans (Viktor Orbán) comme du dehors (J.-D. Vance), n’offre aucune alternative digne de foi. Qui peut croire qu’isolés les uns des autres, livrés à eux-mêmes, les Etats européens, même le plus puissant d’entre eux, l’Allemagne, pourraient promouvoir leurs intérêts avec une quelconque efficacité dans un monde régi par la loi de la jungle ? Et troquer une soumission pour une autre, en se rapprochant de la Chine et de la Russie, serait tomber de Charybde en Scylla. Si l’Europe veut éviter le grand effacement, elle n’a pas beaucoup d’options. Elle doit emprunter une voie ardue, coûteuse, de longue haleine : celle de la construction d’une puissance politique et militaire, qui limite sa dépendance énergétique et technologique, qui dissuade ses adversaires et qui soit capable de prendre des décisions rapides lorsqu’elle est menacée.

Quelques décisions bienvenues ont déjà été prises. L’Europe se réarme, c’est le cas notamment en Allemagne. Elle apprend à défendre sa souveraineté numérique et technologique. Elle renoue avec une politique industrielle. Elle se diversifie en direction du Sud global en nouant de vastes accords commerciaux avec l’Amérique du Sud et l’Inde. Mais elle est toujours loin du compte. Si elle veut vraiment être prise au sérieux par ses adversaires comme par ses partenaires, elle n’échappera pas à une grande remise à plat de son mode de vie et de son État-providence dispendieux. L’indépendance est à ce prix.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump prend la parole lors du 56e Forum économique mondial (FEM), à Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026.
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En Chine, un général accusé d'espionnage : la chute du plus fidèle haut gradé de Xi Jinping

C'est l'aboutissement d'un long processus de purges au sein de l'Armée populaire de libération. Samedi 24 janvier, le ministère de la Défense chinois a annoncé l'ouverture d'une enquête contre le général Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale (le principal organe de décision militaire du Parti communiste), et le général Liu Zhenli, chef d'état-major interarmées. Les soupçons portent sur "de graves violations de la discipline du Parti et des lois de l'Etat", selon l'armée chinoise.

Le premier est également accusé d'avoir transmis aux Etats-Unis des informations sur le programme d'armement nucléaire chinois, et d'avoir touché des pots-de-vin pour la promotion de tel ou tel gradé, révèle le Wall Street Journal. Les autorités examineraient également la manière dont il a supervisé l'agence chargée de la recherche, du développement, et de l'acquisition du matériel militaire.

Selon des sources interrogées par le journal américain, Zhang Youxia - autrefois considéré comme le plus grand allié militaire du président Xi Jinping - est avant tout accusé d'avoir formé "des cliques politiques" et des réseaux d'influence "qui sapent l'unité du parti". Si l'opacité du système chinois complique la compréhension des motivations du président chinois, cette mise à l'écart semble s'inscrire dans une série de purges menées par le Parti depuis l'été 2023.

Conquête de Taïwan

Au cours des deux dernières années, de nombreux hauts gradés et commandants opérationnels (dont celui en charge de Taïwan), et plus de 50 officiers et dirigeants de l'industrie de la défense ont fait l'objet d'enquêtes ou été démis de leurs fonctions. Alors que la Commission militaire centrale comptait six responsables, avec à sa tête le président Xi Jinping, ils ont tous été écartés, à l'exception du général Zhang Shengmin. Contrairement aux autres membres, ce dernier n'est pas vraiment un commandant endurci au combat mais plutôt un officier politique, chargé de garantir la discipline et la loyauté des troupes.

Ce démantèlement - le plus agressif depuis l'ère de Mao Zedong - vise à redresser l'armée dans le but de la préparer à d'éventuelles confrontations avec les Etats-Unis, notamment autour de la conquête de Taïwan. "En décapitant la structure du commandement, Xi Jinping signale que la corruption endémique, les réseaux clientélistes au sein de l'armée et la compromission de secrets d'Etat constituent des menaces existentielles" pour cet objectif, analyse le Wall Street Journal.

"Bien que l'Armée populaire de libération ait réalisé des réformes avancées, l'entraînement conjoint reste incomplet et gourmand en ressources, ce qui soulève des questions quant à sa capacité à respecter le calendrier de Xi Jinping pour Taïwan en 2027", analyse l'expert Tristan Tang, auprès du Financial Times.

Réélection de Xi Jinping

Mais c'est aussi le symptôme d'une volonté de Xi Jinping (qui brigue un 4e mandat) d'écarter toute personnalité qui pourrait avoir une influence capable de déstabiliser sa réélection. A ce sujet, l'éditorial du Quotidien de l'Armée populaire de libération, le journal officiel de l'armée chinoise, constitue une sorte d'aveu, lorsqu'il explique que Zhang Youxia et Liu Zhenli, ont "gravement bafoué et endommagé le système de responsabilité du président".

Zhang Youxia était en effet une personnalité respectée au sein de l'Armée populaire de libération, en tant que rare officier à avoir une expérience de combat. Sa famille est originaire de la même région que Xi Jinping, et leurs pères ont d'ailleurs combattu ensemble pendant la guerre civile. Mais le président semble aujourd'hui préférer la loyauté politique au CV militaire.

Décapiter la tête de l'armée n'est néanmoins pas sans contradictions pour le Parti, et pourrait entraîner des paralysies. "Compte tenu de la complexité de la supervision d'une organisation militaire aussi vaste, ce vide à la tête de l'armée aura forcément des répercussions sur la capacité actuelle de l'Armée à mener des opérations majeures", analyse Taylor Fravel, directeur du programme d'études de sécurité du Massachusetts Institute of Technology.

© REUTERS

Zhang Youxia - autrefois considéré comme le plus grand allié militaire du président Xi Jinping - est accusé d'avoir formé "des cliques politiques".
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Mort d’Alex Pretti à Minneapolis : la dérive autoritaire de Donald Trump fissure le camp républicain

Une deuxième fusillade mortelle perpétrée par des agents fédéraux à Minneapolis a replacé la politique d'immigration du président Donald Trump sous le feu des critiques, suscitant la colère des démocrates et l'embarras des républicains. Des agents de la police de l'immigration (Immigration and Customs Enforcement ou ICE) ont tué deux citoyens américains dans la ville ce mois-ci, dont l'infirmier Alex Pretti samedi, lors d'affrontements avec des manifestants indignés par la vague de répression menée par l'administration Trump.

Première conséquence, le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a déclaré que son parti voterait contre le projet de loi de financement incluant des fonds pour le département de la Sécurité intérieure, qui supervise l'ICE, l'agence fédérale de l'immigration. Le Congrès a jusqu'au 30 janvier pour voter les crédits du gouvernement, sous peine de paralysie partielle de celui-ci. Dans une déclaration publiée dimanche, Chuck Schumer a affirmé que les républicains devraient "se joindre aux démocrates pour réformer en profondeur l'ICE et le CBP afin de protéger le public", faisant référence aux services des douanes et de la protection des frontières des États-Unis.

Les démocrates modérés, qui ont rompu avec leur parti lors du blocage du gouvernement l'an dernier et qui ont été les plus prudents pour ne pas apparaître comme hostiles aux forces de l'ordre, se sont joints à cet appel. "Il ne s'agit clairement pas d'assurer la sécurité des Américains, mais de brutaliser les citoyens américains et les immigrants respectueux des lois", a déclaré la sénatrice du Nevada, Catherine Cortez Masto, dans un communiqué concernant l'opération de l'ICE.

Un "chaos engendré par les démocrates"

L’administration Trump a lancé à Minneapolis sa plus importante opération anti-immigration à ce jour, provoquant de nombreuses manifestations ces dernières semaines, de violentes altercations avec les agents fédéraux, et deux morts par balle : Renee Good le 7 janvier et Alex Pretti ce week-end.

Donald Trump n'a montré aucun signe de recul. Dans un message publié dimanche sur Truth Social, il a affirmé que cette opération était essentielle à sa victoire présidentielle de 2024 et au contrôle du Congrès par les républicains. "Tragiquement, deux citoyens américains ont perdu la vie à cause du chaos engendré par les démocrates", a ajouté le président, rejetant la faute sur ses rivaux.

Bien que les républicains aient jusqu'ici majoritairement soutenu la politique de répression du président Trump, la fusillade de samedi, qui a coûté la vie à un citoyen américain légalement armé, soulève des risques politiques pour un parti qui se considère comme le défenseur du port d'armes. Le lobby des armes à feu a déjà exprimé son inquiétude face aux efforts de l'administration Trump qui reproche à Alex Pretti d'avoir apporté une arme à une manifestation, alors qu'il en avait légalement le droit. "Chaque citoyen pacifique du Minnesota a le droit de posséder et de porter des armes, y compris lors de manifestations", a déclaré l'association des propriétaires d'armes du Minnesota dans un communiqué.

Des doutes chez les républicains

Un récent sondage Reuters indique que les électeurs démocrates ne soutiennent pas les opérations anti-immigration de Donald Trump, et une part importante des partisans républicains (39 %) est sceptique. "Le reste du pays doit savoir que ce qui se passe ici pourrait se produire partout", a déclaré Eric Gray, un manifestant de 50 ans résidant à Minneapolis. "Je pense que le Minnesota est en train de devenir le point de départ, ou le test décisif."

Des vidéos virales montrant des affrontements entre des agents fédéraux de l'immigration lourdement armés et masqués, en tenue tactique, et des civils ont semé le malaise parmi les élus républicains, dont beaucoup sont déjà confrontés à la colère des électeurs face à la hausse des prix avant les élections de mi-mandat de novembre.

L'an dernier, les républicains ont approuvé un important apport de fonds à l'ICE, mais après les deux décès par balle survenus au Minnesota, certains exigent des explications de la part de l'administration Trump. Le sénateur de Louisiane, Bill Cassidy, a affirmé que la fusillade de Minneapolis était "extrêmement troublante" et que "la crédibilité de l'ICE est en jeu". La sénatrice d'Alaska, Lisa Murkowski, a déclaré de son côté que le décès survenu samedi devrait soulever de "sérieuses question" quant à la qualité de la formation des agents chargés de l'application des lois sur l'immigration, tandis que le sénateur de Caroline du Nord, Thom Tillis, a déclaré que tout membre de l'administration qui se précipite pour porter un jugement ou qui tente d'étouffer une enquête rend "un très mauvais service à la nation et à l'héritage du président Trump".

À la Chambre des représentants, la commission de la sécurité intérieure a demandé aux responsables de l'ICE de témoigner de leurs opérations. "Il est absolument essentiel que le peuple américain et le Congrès comprennent mieux comment l'application des lois sur l'immigration est gérée", a déclaré l'élu républicain de Washington Michael Baumgartner, saluant cette demande. Le gouverneur républicain de l'Oklahoma, Kevin Stitt, a fait écho à ces inquiétudes, déclarant dimanche à CNN que les Américains voyaient leurs concitoyens se faire tirer dessus à la télévision et que "les tactiques fédérales et la responsabilité" étaient devenues une préoccupation croissante pour les électeurs.

"Monsieur Trump, vous pouvez mettre fin à cela aujourd'hui"

Les démocrates ont exploité l'opération de l'ICE à Minneapolis pour accuser l'administration Trump d'abus de pouvoir – une accusation qui pourrait trouver un écho auprès des électeurs lors des prochaines élections. L'ancien président Barack Obama et l'ancienne Première dame Michelle Obama ont publié dimanche un communiqué dans lequel ils affirment que de nombreuses valeurs fondamentales de l'Amérique sont menacées. "Il faut que cela cesse", ont-ils déclaré.

"L’ICE de Trump est hors de contrôle et représente une grave menace pour la sécurité intérieure. Les sénateurs démocrates ont raison de tout faire pour tenter de la maîtriser", a déclaré Tre Easton, stratège politique démocrate au Searchlight Institute, qui conseille les candidats démocrates. "Ils devraient dire les choses clairement au sujet de l’ICE. Pas seulement des slogans creux."

Depuis des semaines, Donald Trump et son administration utilisent le renforcement des mesures de répression fédérale anti-immigration au Minnesota pour établir un contraste politique avec le gouverneur démocrate de l'État Tim Walz. Tim Walz et les forces de l'ordre locales rejettent la version du président Trump, affirmant qu'ils collaboreront avec le gouvernement fédéral pour appréhender les délinquants violents, mais que l'opération menée par l'administration ne fait qu'attiser le chaos. "Il faut que quelqu'un réponde de ses actes", concernant les meurtres commis au Minnesota, a déclaré Tim Walz lors d'une conférence de presse dimanche. "Monsieur le président Trump, vous pouvez mettre fin à cela aujourd'hui. Reprenez le contrôle de la situation", a-t-il ajouté.

© REUTERS/Tim Evans

Un agent fédéral lance une grenade lacrymogène près du lieu où Alex Pretti a été abattu par des agents fédéraux qui tentaient de l'arrêter, à Minneapolis, dans le Minnesota, aux États-Unis, le 24 janvier 2026.
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"Le début d’une nouvelle ère" : en Ukraine, la révolution des robots terrestres

En cette matinée glaciale de janvier, près de la ligne de front, trois soldats ukrainiens de la 47e brigade mécanisée "Magura" attendent avec inquiétude leur évacuation. Deux d’entre eux viennent d'être grièvement blessés par une attaque de drones ; ils ne sont plus capables de marcher. Soudain, leur sauveteur émerge du brouillard : un robot terrestre, sorte de plateforme montée sur roues et contrôlée à distance par un opérateur grâce à une caméra embarquée. "Il n'était pas possible de venir avec un tank ou une voiture, retrace l’un des infortunés, nom de code "Chuck", dans une vidéo publiée après coup par sa brigade. Les Russes l’auraient immédiatement détecté et il y avait des mines partout... Seul ce robot en était capable."

Cette exfiltration de haute voltige n’était pas la première du genre réalisée sur le terrain de guerre ukrainien. En novembre, un autre robot, baptisé "Maul", avait déjà réussi l’exploit de se frayer un chemin entre les mines et les drones russes pour ramener un soldat ukrainien blessé, pris au piège derrière les lignes ennemies et obligé de se cacher pendant un mois. En Ukraine, son histoire a fait sensation. "Jusqu'à 30 % des missions de robots terrestres consistent à évacuer des soldats blessés sous le feu ennemi", explique, à Kiev, Yuriy Poritskiy, le PDG de l’entreprise de systèmes robotiques DevDroid. Résultat, début janvier, sa société a annoncé la production en série de ce système doté d’un habitacle blindé, en forme de cercueil, pour protéger son occupant.

Après les drones aériens et maritimes, le secteur des robots terrestres devient primordial dans la guerre en Ukraine. "La filière se développe très rapidement", confirme Igor, de l’entreprise ukrainienne Lidform, qui intervient dans la fabrication de plusieurs machines de ce type et prévoit d’augmenter ses effectifs pour accroître la production. 15 000 unités robotisées ont été fournies à l'armée ukrainienne en 2025, un chiffre qui devrait monter à 20 000 cette année. Parmi les modèles les plus utilisés, le "Zmiy", un système sans pilote lourdement blindé se déplaçant à environ 10 km/h. "Aujourd’hui, ils sont très majoritairement utilisés pour la logistique", glisse une source militaire. Leur avantage : se rendre dans les endroits les plus dangereux sans risquer de perdre des hommes.

Mitrailleuse gros calibre

"Contrairement aux véhicules classiques, ces robots n’ont pas besoin d’embarquer un équipage, abonde Mark Cancian, ancien colonel de l'armée américaine, désormais analyste au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington. Il s'agit d'un atout considérable pour ravitailler en vivres et en munitions des positions avancées qui se trouvent sous la menace des tirs adverses." A l'automne, ceux-ci ont fait leurs preuves de manière spectaculaire à Pokrovsk, le "verrou du Donbass", en permettant d'approvisionner les défenseurs ukrainiens malgré l’encerclement progressif de la ville par les troupes russes.

Autre point fort de ces robots sur le front : leur taille modeste. "Les véhicules militaires traditionnels ont une signature infrarouge plus importante, génèrent plus de bruit, et sont plus faciles à repérer visuellement, pointe Jacob Parakilas, responsable de recherche en défense à RAND Europe. Or, la discrétion est devenue essentielle à la survie." A environ 10 000 dollars pièce, ils ne coûtent en outre qu’une fraction du prix des blindés traditionnels. Et contrairement aux drones aériens, parfois eux aussi utilisés pour ravitailler les secteurs les plus à risque, ils disposent de vastes capacités d’emport — jusqu’à une demi-tonne pour le "Zmiy".

Dans cette nouvelle guerre des robots, le potentiel de ces machines va bien au-delà des seules questions logistiques. Une version modifiée du "Zmiy" peut ainsi servir au déminage mais, bien plus impressionnant, de véritables robots de combat se développent sur le front : le Zmiy Droid 12.7, mis au point par les sociétés Rovertech et DevDroid, est par exemple muni d’une mitrailleuse de gros calibre, capable de désigner des cibles grâce à l'IA. Un autre modèle est même doté d’un lance-grenades. "Ces robots prennent en charge les missions de tir les plus dangereuses : neutraliser l’ennemi, assurer la couverture et dissuader les attaques, liste Yuriy Poritskiy. Cela permet aux troupes d’opérer plus efficacement et avec moins de pertes."

"Il y aura toujours besoin de soldats"

Ces engins tueurs se sont d’ores et déjà distingués lors de plusieurs opérations. En décembre, les Ukrainiens ont revendiqué la destruction d’un blindé russe dans la région de Donetsk grâce à l’un d’eux, une première dans l’Histoire. "Les robots terrestres marquent le début d'une nouvelle ère dans la guerre", s’était alors félicité le ministre de la Transformation numérique, Mykhailo Fedorov, qui vient de prendre la tête du ministère de la Défense. Plus au nord, dans la région de Kharkiv, la troisième brigade d’assaut ukrainienne avait annoncé le même mois qu’un de ses robots était parvenu à tenir sa position face aux assauts russes pendant 45 jours. Le tout, sans perdre un seul homme.

Pour une armée ukrainienne en mal de nouvelles recrues, à l’approche du quatrième anniversaire de la guerre, ces robots offrent une bouffée d’air frais. Peuvent-ils suffire à combler le manque d'hommes ? "A moins que ces systèmes n’acquièrent une autonomie radicale, il y aura toujours besoin de soldats, avec leur adaptabilité et leur intuition, nuance Jacob Parakilas, de RAND Europe. Nous sommes encore loin du niveau nécessaire pour tenir le terrain sans intervention humaine." "Lorsque l’on observe l’histoire militaire, on se rend compte que les nouvelles technologies remplacent rarement les anciennes, résume Ulrike Franke, chercheuse au European Council on Foreign Relations. A contrario, elles ont souvent tendance à s’additionner à tout ce qui existe déjà."

Les Ukrainiens ne sont toutefois pas les seuls à utiliser ces technologies. Moscou aussi a développé ses propres engins, comme le Kurier, une plateforme chenillée de 140 centimètres utilisée soit pour la logistique, soit dans un rôle offensif. "Les Russes n’en sont qu’à leur début et les premiers retours concernant leurs systèmes ne sont pas très bons, jauge Igor, de l’entreprise Lidform. Mais ils gardent un grand potentiel, nous devons poursuivre nos efforts pour garder notre avance dans ce domaine." La recherche avance vite de l'autre côté de la frontière. Selon les Ukrainiens, les Russes ont ainsi commencé à tester des robots terrestres dotés de roquettes thermobariques, des bombes dévastatrices et particulièrement efficaces contre les structures fortifiées. En Ukraine, la guerre des machines ne fait que commencer.

© DevDroid

Un robot terrestre Zmiy Droid 12.7, développé par les entreprises ukrainiennes Rovertech et DevDroid, dans une vidéo de présentation (capture d'écran)
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La viande toujours plus chère en Europe : combien coûte un steak chez nos voisins ?

"C’est du jamais vu", commente l’agroéconomiste Jean-Paul Simier. En cinq ans, le prix de la viande a augmenté de 30 % dans l’ensemble de l’Union européenne. Une flambée alimentée par la diminution des cheptels et du nombre d’éleveurs, la moindre demande pour les protéines animales et la multiplication des maladies touchant les troupeaux. A ce rythme, manger un steak deviendra bientôt un luxe inaccessible.

En France, les consommateurs paient déjà un prix 30 % plus élevé que la moyenne de l'UE selon Eurostat, qui tient compte des différences de revenus d’un pays à l’autre. Cet écart tient d’abord à notre spécificité : en France, on consomme historiquement de la viande de bœuf issue de l’arrière de l’animal, comme la bavette ou le faux-filet. Des pièces de qualité, plus chères. Les marges des intermédiaires contribuent aussi à gonfler l’addition, alimentant la colère des agriculteurs sur fond d’accord Mercosur. Leur crainte ? Que la viande sud-américaine importée se concentre sur le haut de gamme, produisant les mêmes dégâts que le bœuf néo-zélandais.

Allemagne : l’effet charcuterie à la rescousse des ménages

Comme la France, l’Allemagne voit elle aussi son cheptel diminuer dangereusement. Et ses ménages paient leur viande plus cher que dans l’ensemble de l’Union. Cependant, à revenus comparables, l’addition y est un peu moins salée. Une conséquence de "l’effet charcuterie", viande bon marché largement consommée outre-rhin. Les végans, eux, se réjouissent. Selon une enquête récente menée dans plusieurs supermarchés, le prix des protéines animales dépasse désormais celui de leurs alternatives végétales.

Suisse : la viande rouge devient un produit de luxe

N’appartenant pas à l’Union européenne, la Suisse a su protéger son marché de la viande de la concurrence étrangère. Elle rémunère très correctement ses éleveurs et possède des années d’avance en matière de bien-être animal. Mais ce modèle haut de gamme, qui repose sur de petites exploitations, a un coût : les Suisses paient leur viande plus de deux fois plus cher que la moyenne de l'UE. L’écart est même si important avec les pays voisins qu’il entraîne une flambée des importations illégales en provenance… de France.

Pologne : Varsovie à l’assaut des marchés des pays voisins

Comme plusieurs pays d'Europe de l'est, la Pologne affiche des prix de la viande défiant toute concurrence : - 20 % environ par rapport à la moyenne européenne. Une différence qui s’explique notamment par la qualité moindre des produits sur le marché : vaches laitières au lieu des races à viande, partie avant (moins noble) de l’animal… Profitant de normes moins exigeantes, les éleveurs de poulets polonais concentrent plus d’animaux d'élevage au mètre carré, dénonçait récemment The Guardian. Ce qui explique leur percée dans les pays voisins.

Irlande : Dublin sur le qui-vive après l’accord sur le Mercosur

En augmentant le revenu des éleveurs sans assommer les consommateurs, la hausse récente des prix de la viande a plutôt profité à l’Irlande. Selon les experts, ce pays, qui ne manque pas de bétail, est même dans une position idéale pour tirer parti de la diminution des cheptels dans le reste de la zone. Seule ombre au tableau : l’accord Mercosur. Même si les importations sud-américaines s’annoncent limitées (1,5 % du marché de l'UE pour le bœuf), elles pourraient à terme réduire l’attrait pour les produits irlandais haut de gamme.

Grèce : Des produits de moins en moins bon marché

Les touristes français de passage à Athènes pour une visite de l’Acropole peuvent encore y trouver des plats à bas prix. Mais le pays subit comme les autres l’inflation sur la viande rouge. La Grèce importe 80 % du bœuf qu’elle consomme, principalement depuis la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. Avec un prix en hausse ininterrompue (il pourrait bientôt atteindre 20 euros par kilo), nombre de ménages s’inquiètent. Certains limiteraient déjà leurs achats de steaks à deux par mois, affirme un sondage récent.

© REUTERS

Acheter de la viande pourrait devenir un luxe en Europe.
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Mikaa Mered, spécialiste du Groenland : "L'Otan n'a absolument pas la légitimité de négocier avec Donald Trump"

Est-ce sa peur panique de l’échec qui a conduit Donald Trump à changer de stratégie sur le Groenland ? Lui qui promettait une "annexion" façon Vladimir Poutine a subitement oublié le vocabulaire militaire et assuré, le 21 janvier, lors du Forum économique mondial à Davos, avoir conclu avec le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, le "cadre d'un futur accord" lui ouvrant "l’accès total" à ce territoire arctique. "Il n’y a pas de fin, il n’y a pas de limite dans le temps […] Nous obtenons tout ce que nous voulons, sans aucun coût", a-t-il claironné dans un entretien accordé à Fox Business.

Derrière ces fanfaronnades, le revirement spectaculaire de Donald Trump révèle l’absence de plan de son administration sur ce dossier. Et pour cause : l’armée américaine n’a ni les capacités d'envahir ni de mettre la région sous blocus, selon Mikaa Blugeon-Mered, chercheur senior en géopolitique de la transition énergétique à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Qu’il le veuille ou non, si Donald Trump veut étendre son influence, il dépend de ses partenaires européens. Entretien.

L’Express : Donald Trump semble avoir abandonné – à ce stade – l’option militaire au Groenland. Un choix pragmatique ?

Mikaa Blugeon-Mered : Il y a fort à parier que lorsque Trump s’est tourné vers ses "joint chiefs" - le Comité des chefs d'état-major interarmées – pour leur demander un plan d'invasion du Groenland, il ait vu des mines déconfites. Simplement parce qu'il n'y a pas de plan. Personne n'a prévu de faire la guerre sur ce territoire. Par conséquent, il n'y a pas eu d'investissement, de moyens, d'exercice dédié à ce genre de scénario. La réalité, c’est que les Américains dépendent en partie de leurs partenaires européens pour évoluer dans cette zone.

Les capacités américaines dans la région sont limitées. L’armée n’a qu’une division spécialisée dans le combat en conditions arctiques extrêmes : la 11ème division aéroportée, qui est positionnée en Alaska sur la base interarmées Elmendorf-Richardson. Les moyens techniques dont disposent les forces spéciales françaises, britanniques, suédoises, finlandaises, danoises, sont meilleurs. Ces troupes sont plus nombreuses et formées puisqu’elles mènent des exercices en milieu de très grand froid Arctique groenlandais bien plus régulièrement que cette division basée en Alaska.

Dans le détail, l'infrastructure sur laquelle les Américains peuvent se baser au Groenland est leur base de Pituffik, où 150 hommes sont stationnés à l’année, dont une quarantaine formés au combat. Cette base n'est accessible que par les airs puisque la glace empêche l’arrivée par la mer, et se trouve très excentrée par rapport à la capitale, Nuuk. A moins de ne rencontrer aucune résistance, ce n’est pas à partir de Pituffik que l’armée va pouvoir prendre Nuuk, à 1 500 kilomètres de là. Rappelons qu’il n’y a pas de route au Groenland, donc pas de profondeur de terrain qu’une armée pourrait utiliser d'une localité à une autre.

Sur le plan maritime, les Américains ont peu de moyens sur cette zone. Ils sont très performants sur la navigation sous-marinière en Arctique et disposent même de sous-marins capables de briser un mètre de glace. En revanche, ils n’ont pas les moyens de contrôler cette zone pour y imposer une forme de blocus ou même simplement pour y établir des activités minières. Pour une raison simple : ils n’ont qu’un seul brise-glace lourd, le Polar Star, vieux de plus de 50 ans, qui ne navigue que six mois par an, pour être réparé à Seattle le reste du temps. Bref, la marine américaine ne peut pas compter sur ce brise-glace. Que reste-t-il ? Des petits brise-glace appelés des "cutters", car ils coupent la glace mais ne la brisent pas. Ces bateaux, dits de moyenne capacité, sont basés en Alaska. Pour les faire venir jusqu'au Groenland, il faudrait qu'ils passent par la route maritime du nord-ouest, donc à travers les îles canadiennes. Là, on peut tout à fait imaginer que les Canadiens jouent de leur maîtrise territoriale pour empêcher le passage. Or, ils ont déjà dit qu’ils défendraient le Groenland en cas d’attaque, car pour le Canada il y aurait alors un risque existentiel d'être pris en étau par les États-Unis sur les trois volets : Nord-est, nord-ouest et sud.

Bref, sans le matériel maritime ni la supériorité aérienne, il semble très difficile d’établir un blocus comme en rêverait Trump. La réalité, c’est que les Américains dépendent des Européens dans cette région.

A défaut d’une prise de ce territoire par la force, Donald Trump affirme avoir conclu le "cadre d'un futur accord" avec Mark Rutte, le Secrétaire général de l’Otan.

D’abord, l’Otan n’a absolument pas la légitimité de négocier quoi que ce soit qui relève des enjeux liés aux minerais ou à la souveraineté avec l'un de ses États membres pour le compte d’un autre État membre. Mark Rutte n’a pas de mandat. La Première ministre danoise l’a confirmé. Bref, s’il y a accord, juridiquement il vaut zéro, à moins d'être avalisé par le Danemark et le Groenland.

Y a-t-il encore un adulte dans la pièce à la Maison-Blanche ? Ou au Pentagone ?

En toute sincérité, je l’ignore. Ce n’est clairement pas J.D. Vance, ni le secrétaire à la guerre Pete Hegseth, ni le conseiller à la sécurité intérieure Stephen Miller, pas plus que Thomas Dans, le président de la commission de recherche sur l'Arctique, un businessman qui n’a rien à voir avec la recherche. Ce n’est pas Marco Rubio non plus, même s’il est un peu plus discret sur ce dossier… Au niveau des états-majors, Donald Trump a procédé à des purges début 2025, des généraux et des amiraux très expérimentés ont été remplacés par des affidés politiques. Donc, je ne sais pas.

Peut-être que le dernier "adulte dans la pièce" est le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, qui voit bien le risque d'une relâche massive des détentions de bons du trésor américain sur les marchés financiers par les Européens, ce qui aurait évidemment un impact massif…

Les Etats-Unis ont longtemps eu une présence beaucoup plus importante au Groenland… Et ils s’y sont parfois cassé le nez ?

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les Américains avaient cette capacité de mouvance sur glace, acquise notamment grâce à l’explorateur franco-américain Paul-Émile Victor, qui s’engage dans l’US Air force comme pilote et parachutiste. Il y crée l’escadrille "Search and Rescue" pour l’Alaska, le Canada et le Groenland. Des troupes américaines étaient présentes depuis la signature en 1941 d’un accord entre le gouvernement américain et l’ambassadeur danois aux Etats-Unis. Et en 1946, le président Truman a proposé 100 millions de dollars en or pour acquérir le territoire.

Pendant la guerre froide, les Américains ont développé leur présence sur le Groenland. Le nord-ouest de l’île les intéressait tout particulièrement car si on prenait les azimuts, c'est-à-dire les trajectoires de tirs des missiles balistiques intercontinentaux russes et qu'on tirait de la péninsule de Kola vers la côte américaine, ils passaient nécessairement par le Groenland ou juste à côté. D’où la volonté d’ériger cette base à Thulé. Elle est construite en quatre mois dans le plus grand secret. Nom de code : opération Blue Jay.

Mais ce n’est pas tout. Les Américains veulent aussi établir au Groenland une capacité de frappe nucléaire en riposte, donc de second niveau. C’est le cœur du projet "Iceworm", autre programme secret de l’armée américaine qui visait à construire une ville souterraine abritant un réseau de sites mobiles de lancement de missiles nucléaires sous la calotte glaciaire du Groenland. Tout cela sous couvert de recherche scientifique.

C’était dans la logique du "projet Manhattan" commencé en 1942 pour fabriquer la bombe atomique : on crée quelque chose au milieu de nulle part, en l’occurrence dans le désert du Nouveau-Mexique (où s’est tenu l’essai Trinity en juillet 1945). On était dans cette époque où il y avait cette hubris-là : on l’a fait, on peut le refaire, envers et contre tous les éléments. Ils ont essayé, et puis ils ont été limités. Non seulement la gestion troglodytique de la base était faramineuse – avec la neige, le risque élevé de suffocation -, mais les conditions de ravitaillement se sont avérées très complexes.

Jusqu'où est allé ce projet ?

Le coup d’arrêt est venu après le crash d’un bombardier B-52 de l'US Air Force le 21 janvier 1968, près de la base aérienne de Thulé. Il transportait quatre ogives nucléaires, qui se sont dispersées dans la glace. L’administration américaine a tout fait pour couvrir cette affaire, avec la complicité du gouvernement danois. Ils ont prétendu qu’il n’y avait pas de risque de contamination. La réalité était toute autre : il y a bien eu une contamination radioactive d'un certain nombre de blocs de glace, qui se rapprochent aujourd’hui dangereusement de l'eau, risquant alors de contaminer la vie marine de subsistance dont dépendent les peuples Inughuit. C’est une bombe à retardement écologique, dont tout le monde au Groenland a conscience aujourd’hui - et qui explique en partie la méfiance de la population vis-à-vis des Américains sur place.

Du reste, les installations enfouies sous la calotte glaciaire dans le cadre du projet Iceworm ont été abandonnées. Tout le matériel d'enrichissement, les matériaux de base de construction sont enfermés dans la glace et se déportent petit à petit vers la mer, bien plus vite qu'anticipé en raison du changement climatique. Qu’en fait-on ? Les Américains vont-ils dépolluer la zone un jour ? Ces questions restent aujourd'hui sans réponse.

© REUTERS

Donald Trump a clairement exprimé sa volonté de posséder le Groenland.
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Mercosur : la Commission européenne sur le point de passer en force ?

Le soulagement des agriculteurs français pourrait n'être que de courte durée. Certes, mercredi 21 janvier, l'approbation par le Parlement européen de la saisine de la Cour de justice européenne (CJUE) pour vérifier la validité de l'accord avec le Mercosur a résonné comme une victoire pour les producteurs agricoles européens opposés au texte. De quoi retarder d'au moins un an et demi le processus de ratification, le temps pour la justice européenne de rendre ses conclusions. Mais le vote des eurodéputés ne change en définitive pas grand-chose au sort immédiat du traité commercial, contesté par ailleurs par plusieurs membres des 27, en particulier la France et la Pologne. En cause : un élément juridique qui pourrait être utilisé par la Commission européenne pour faire appliquer provisoirement le texte.

Une application provisoire légalement possible

De quoi parle-t-on exactement ? Concrètement, tout traité commercial européen doit être approuvé par le Parlement européen pour être ratifié par Bruxelles, et donc entrer en vigueur définitivement. Signé avec les pays fondateurs du Mercosur par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen à Asunción (Paraguay) le 17 janvier dernier, le texte est donc encore loin d'en être à cette étape, dans l'attente des vérifications de la CJUE. Mais, lors d'une dernière session de négociations à Bruxelles au début du mois, ce long chemin juridique avait été anticipé par une décision du Conseil de l'Union européenne. Ainsi, ce dernier a acté le 9 janvier le principe d'une mise en œuvre temporaire du Mercosur, quand bien même l'accord ne serait pas encore ratifié.

"En vertu de la décision adoptée ce jour, l'UE signera l'accord et appliquera à titre provisoire une grande partie des chapitres consacrés à la politique et à la coopération, dans l'attente de l'achèvement des procédures de ratification", précise l'instance sur son site web au sujet de la décision. Cette mention explicite de l'application provisoire pourrait donc même permettre à Bruxelles de se passer complètement du scrutin du Parlement européen pour appliquer le texte ces prochains mois. "L’application provisoire est prévue dans l’accord, et la demande adressée à la Cour de justice n’a pas d’effet suspensif sur l’application provisoire" explique Ciprian Grumaz, chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence (Italie), au média Euractiv.

Par ailleurs, aucun traité européen n'empêche Bruxelles d'appliquer provisoirement le texte sans consulter de nouveau le Parlement. Pour autant, il s'agit avant tout d'une question de principe – et de pratique. En effet, dans ce genre de cas, il est de coutume de demander systématiquement l'avis des eurodéputés avant d'acter l'application provisoire de ce texte. Mais les règles européennes n'interdisent pas de contrevenir à cette habitude. Autrement dit, la Commission pourrait, après consultation avec les États membres, ne pas prendre le risque d'un vote serré à Strasbourg afin de faire entrer en vigueur provisoirement le traité. Une condition est cependant indispensable à ce scénario : qu'au moins un des pays sud-américains signataires ait décidé d'appliquer lui aussi le texte de manière provisoire.

"Un viol démocratique", selon Maud Bregeon

"Nous serons prêts lorsqu'ils le seront", a réagi Ursula von der Leyen, vendredi, au lendemain d'un sommet européen extraordinaire consacré aux relations transatlantiques. D'après elle, plusieurs dirigeants des 27 lui ont fait part de leur volonté de voir l'accord avec le Mercosur mis en place "dès que possible". "La question de l'application provisoire a été soulevée", a-t-elle exposé, précisant qu’aucune "décision" n’avait pour le moment été prise sur la problématique. L'Allemagne et l'Espagne, particulièrement favorables à l'accord, pourraient soutenir une telle mesure.

Des positions à l'opposé de celles défendues par la France, où le rejet du traité de libre-échange fait quasiment l'unanimité au sein de l'ensemble de la classe politique. "Il me semble que si l'on respecte l'esprit à la lettre de la démocratie, il ne faut pas appliquer provisoirement cet accord", a déclaré au Sénat la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, mercredi. Le lendemain, sa collègue porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a encore été plus ferme dans ses propos. Pour elle, un passage en force sur l'accord "constituerait (...) une forme de viol démocratique" après son renvoi devant la CJUE par les eurodéputés.

Volte-face chez les Verts allemands

Mais, au-delà de ces considérations juridiques, les rapports de force évoluent aussi sur le plan politique. En effet, seules quelques voix des parlementaires européens ont permis de départager le scrutin ayant conduit à la saisine de la justice européenne (334 pour, 324 contre). Même dans l'hypothèse où Bruxelles choisirait finalement de passer malgré tout par un vote des eurodéputés pour valider l'application provisoire du texte, il n'est pas certain de voir l'hémicycle européen rejeter une telle décision.

En effet, les élus européens issus des Verts allemands, qui s'étaient majoritairement prononcés en faveur d'une vérification de la légalité de l'accord mercredi, viennent de faire volte-face. "Si un vote sur la ratification devait avoir lieu avant la décision de la CJUE, nous y serions favorables", a ainsi indiqué ce week-end Erik Marquardt, leur chef de file, dans un entretien accordé aux journaux du groupe Funke. Celui-ci indique qu'ils seraient également favorables à l'application provisoire du traité.

Les écologistes allemands avaient été critiqués pour avoir mélangé leurs voix la semaine dernière à celles des groupes nationalistes au Parlement européen. Et ce, en ne respectant pas les consignes émises par leur direction nationale. "Cela ne me surprend ni de la part de l'extrême gauche, ni de la part de l'extrême droite, mais le fait que les Verts allemands se prêtent maintenant à ce jeu me laisse sans voix", avait taclé vendredi le chancelier conservateur Friedrich Merz, en marge d'une rencontre à Rome (Italie) avec Giorgia Meloni, selon des propos rapportés par Die Welt. Plus tôt dans la semaine, le dirigeant, fervent partisan de l'accord, avait dénoncé de façon plus générale une décision "regrettable" du Parlement européen.

© REUTERS/Yiannis Kourtoglou

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lors d'un déplacement à Nicosie (Chypre), le 15 janvier dernier.
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Etats-Unis : le meurtre d’un manifestant tué par l'ICE envenime la crise qui secoue Minneapolis

En quelques heures, il est devenu une nouvelle figure de la contestation contre la police de l'immigration. Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, est mort ce samedi 24 janvier à Minneapolis, aux États-Unis, lors d'un nouveau rassemblement destiné à dénoncer les méthodes pratiquées dans la ville par l'ICE, organe directement piloté par l'administration Trump. Cet homme est la deuxième personne tuée par les agents fédéraux depuis le début de l'année dans la ville la plus peuplée du Minnesota, devenue l'épicentre de la fronde contre la politique d'expulsion massive orchestrée par le président américain depuis son retour au pouvoir. En 2020, la métropole avait déjà été traumatisée par la mort de George Floyd, un homme afro-américain tué lors d'un contrôle de police.

Version contre version

D'après le ministère de la Sécurité intérieure (DHS), Alex Pretti s'est approché des membres de l'ICE armé d'un pistolet 9mm semi-automatique. Ceux-ci auraient alors tiré des "coups de feu défensifs" pour se protéger. Le trentenaire aurait alors "violemment résisté" lorsque les forces de l'ordre auraient tenté de le désarmer. Mais une vidéo de la scène met en doute la version des autorités fédérales. Sur les images, Alex Pretti, téléphone portable à la main, prend la défense d'une femme interpellée par les forces de l'ordre. Visé par des gaz lacrymogènes, il est mis au sol, puis frappé par les agents. Des coups de feu retentissent alors. Selon le Washington Post, Alex Pretti portait bien sur lui une arme de poing, arme pour laquelle il avait un permis. Mais selon le quotidien, les agents fédéraux sont parvenus à s'emparer de son pistolet avant de lui tirer dessus. Des investigations approfondies devront déterminer les faits réels ayant conduit à sa mort.

Une chose est sûre : ce nouvel épisode de violence marque une nouvelle étape dans la crise qui secoue Minneapolis depuis début janvier. De nombreuses manifestations ont eu lieu ces derniers jours pour demander le départ de la police de l'immigration de la ville. L'origine de cette colère ? La mort de Renee Good, cette Américaine de 37 ans tuée par balles au volant de sa voiture après les tirs d'un autre membre de l'ICE, le 7 janvier dernier. Elle faisait partie d'une association organisant des patrouilles destinées à surveiller les pratiques des agents fédéraux à Minneapolis. Là aussi, une vidéo captant la scène des coups de feu ne montre pas de danger imminent représenté par cette femme installée dans son véhicule. Mais, là encore, Washington a évoqué la "légitime défense" pour justifier le geste de l'agent responsable du tir.

Construction de nouveaux centres de rétention, discours agressif contre les migrants, moyens triplés dédiés à l'ICE... Le renvoi hors des frontières américaines de dizaines de milliers d'étrangers a été érigé comme une priorité par Donald Trump pour son second mandat. Mais, depuis la fin de l'automne, Minneapolis est devenue l'une des priorités du républicain pour mettre en avant ses résultats en matière migratoire. Ainsi, début janvier, son administration a déployé 2 000 agents de l'ICE dans la ville et ses alentours dans le cadre d'une opération spéciale nommée "Metro Surge", décrite par le ministère de la Sécurité intérieure comme "la plus grande" jamais lancée contre l'immigration. Les arrestations sont savamment mises en scène par l'administration républicaine. La responsable à la tête du DHS, Kristi Noem, a par exemple été filmée lors de l'interpellation d'un homme à Saint-Paul, à l'est de Minneapolis. "Vous répondrez de vos crimes", lui glisse-t-elle devant la caméra, bonnet tactique sur les oreilles.

Un enfant de cinq ans arrêté

Au-delà des morts de Renee Good et d'Alex Pretti, d'autres actions de l'ICE ont choqué la région ces dernières semaines. Toujours à Minneapolis, un migrant vénézuélien a été blessé par balles le 14 janvier par un policier de l'immigration. Celui-ci aurait tiré "un coup de feu défensif pour protéger sa vie", ont justifié les autorités. L'arrestation et la détention de deux jeunes enfants ont aussi suscité la controverse. L'un d'eux, âgé de 5 ans, est apparu sur une image largement relayée sur les réseaux sociaux. Le petit garçon, cartable sur le dos, tenu par un agent, semble apeuré. Selon la DHS, son père aurait souhaité "prendre la fuite à pied, abandonnant son fils". Une version contestée par plusieurs témoins sur place, interrogés notamment par Reuters. Le vice-président américain, J.D. Vance, a pour sa part choisi de croire les policiers. "Que devaient-ils faire d'autre ? Laisser un enfant de 5 ans mourir de froid ?", a-t-il tenté de justifier.

Dans cette guerre perpétuelle des paroles et des images, les manifestants tentent d'organiser des actions coup de poing pour faire entendre leurs voix. Quitte à prendre, parfois, le risque d'être placés en garde à vue. La semaine dernière, un groupe de protestataires contre l'ICE ont ainsi pénétré dans une église pendant un office. Leur objectif : pouvoir échanger en face-à-face avec le directeur adjoint de la police de l'immigration locale, qu'ils pensaient trouver sur place. Un échec, qui a conduit à l'arrestation de plusieurs militants, dont l'avocate Nekima Levy Armstrong. Une photo de cette activiste, la montrant menottée et le visage fermé, a été relayée sur le compte X de Kristi Noem. Puis, dans la foulée, sur celui de la Maison-Blanche... mais cette fois en montrant cette même femme en train de pleurer. Preuve que l'enjeu communicationnel est primordial pour l'administration Trump, la presse américaine a révélé que ces larmes avaient en réalité été ajoutées artificiellement par IA à l'image initiale.

Conséquences politiques

De toute évidence, avec une telle volonté de mise en scène, le président américain veut convaincre la population du bien-fondé de sa politique. Mais la situation à Minneapolis commence à changer l'opinion sur ce thème de nombreux citoyens, y compris ceux qui ont voté pour lui lors de la dernière élection présidentielle. Ainsi, dans un récent sondage, Politico a dévoilé que 29 % des sympathisants trumpistes qui ne s'identifient pas comme des membres actifs de la communauté Maga ("Make America Great Again") jugeaient "trop agressive" la politique d'expulsion d'étrangers initiée par le milliardaire. À terme, certaines personnalités républicaines s'inquiètent de voir une part des votants – les jeunes, la communauté latino... – s'écarter pour ces raisons d'un bulletin du Grand Old Party. Loin d'être idéal, alors que les élections de mi-mandat, prévues en novembre, approchent à grands pas. "Faut-il être un peu plus malins ? Il n’y a aucun doute là-dessus", a admis, toujours auprès de Politico, l'un de ces stratèges.

Souvent arc-bouté sur ses positions, Donald Trump lui-même semble cette fois commencer à prendre conscience de l'effet néfaste de la séquence actuelle à Minneapolis. Sans mettre de côté son autosatisfaction habituelle, le dirigeant a convoqué au dernier moment cette semaine une conférence de presse à la Maison-Blanche pour célébrer sa première année de retour à la présidence, le 20 janvier. A cette occasion, des images de personnes arrêtées par l'ICE depuis son retour au pouvoir ont défilé sur un écran derrière le président, qui a pris soin de mentionner les crimes présumés de chacune d'entre elles. "Il voulait rappeler au monde entier les raisons des agissements de l'ICE", a expliqué à CNN un des hauts responsables de l'administration. La chaîne américaine rapporte en effet que Donald Trump se montre de plus en plus frustré par la tournure des événements à Minneapolis.

Pendant ce temps, l'opposition tente de son côté de réagir pour dénoncer les dérives de la police de l'immigration au Minnesota. Le maire démocrate de la ville ne cesse de demander le départ de l'ICE. "Foutez le camp de Minneapolis ! On ne veut pas de vous ici !", a-t-il lancé aux policiers il y a quelques jours. Le gouverneur de l'État, Tim Walz, également démocrate, se situe sur la même ligne. "Le président doit mettre fin à cette opération", a-t-il exigé, sur X, samedi, après la mort d'Alex Pretti. "Il faut retirer immédiatement du Minnesota les milliers de policiers violents et incompétents." Leur opposition frontale au républicain, pas si commune au sein du Parti démocrate depuis la défaite de Kamala Harris à la présidentielle en 2024, ne plaît pas au principal intéressé. De fait, selon Donald Trump, les deux responsables "incitent à l'insurrection par leur rhétorique pompeuse, dangereuse et arrogante".

© REUTERS

Un agent fédéral américain lance une munition lors d'affrontements avec des manifestants à Minneapolis (États-Unis), le 24 janvier 2026.
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"La répression leur permet de piller l'Iran" : les confidences d’un ex-Gardien de la révolution

"En voyant les images, je n’arrive pas à retenir mes larmes." Après le massacre à huis clos des dernières semaines en Iran, Mohsen Sazegara est encore sous le choc. Ce journaliste et activiste de 71 ans, qui vit aujourd'hui exilé aux Etats-Unis, a pourtant tout connu politiquement en Iran : le régime du Chah où il est pourchassé par les services de renseignement, le voyage en France avec l'ayatollah Khomeyni jusqu'à l'établissement de la République islamique en 1979 où il a été l'un des concepteurs des Gardiens de la révolution. "Au départ, cela devait ressembler à une sorte de Garde nationale comme aux Etats-Unis...", affirme-t-il. Ancien directeur de la radiotélévision d’État puis vice-ministre, notamment du Budget, il laisse la politique derrière lui après la mort de Khomeyni en 1989. Constatant depuis longtemps les nombreuses dérives du régime, il commence à fréquenter de nombreux cercles réformateurs, puis candidate à l'élection présidentielle de 2001 (rejetée par le Conseil des Gardiens), avant de devenir un opposant farouche à Khamenei ce qui lui a valu des séjours à la prison d'Evin et plusieurs grèves de la faim.

Aujourd'hui, cette répression en cours en Iran lui rappelle les pires heures de "Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein ou Bachar el-Assad" et invoque "la responsabilité morale" de Donald Trump qui n'a pas apporté l'aide promise aux manifestants. Dans un entretien à L'Express, celui qui est devenu chercheur invité en sciences politiques dans de prestigieuses universités comme Yale et Harvard, raconte avec une acuité rare tous les secrets des Gardiens de la révolution, le bras armé du régime.

Mohsen Sazegara (à droite) avec l'ayatollah Khomeini à Neauphle-le-Château.
Mohsen Sazegara (à droite) avec l'ayatollah Khomeini à Neauphle-le-Château.

L'Express : Vous étiez avec l’ayatollah Khomeyni en exil lorsqu’il trouve refuge en France à Neauphle-le-Château, d’octobre 1978 au 31 janvier 1979. Quel était votre rôle ?

Mohsen Sazegara : Lorsque l’ayatollah Khomeyni a été accueilli en France grâce aux efforts d’Ebrahim Yazdi, alors dirigeant du Mouvement de libération de l’Iran à l’étranger, celui-ci m’a appelé. Il m’a dit : "Mohsen, nous avons installé l’ayatollah à Neauphle-le-Château et nous avons besoin de toi." Je me souviens parfaitement de cet appel : il était quatre heures de l’après-midi et j'étais étudiant à l’Institut de technologie de l’Illinois à Chicago. J’ai emprunté 200 dollars à un médecin iranien, acheté un billet d’avion et, à huit heures du soir, je me trouvais déjà en route pour la France.

Au quartier général de l’ayatollah Khomeyni, qui était en réalité le centre névralgique de la révolution, j’exerçais plusieurs fonctions. La première consistait à faire partie de l’équipe de traduction. Nous étions cinq ou six personnes chargées d’organiser les interviews avec les journalistes du monde entier. Une autre de mes tâches consistait à passer en revue chaque jour une vingtaine de journaux et de magazines internationaux. Je découpais des articles traitant de l’Iran, les classais, et préparais une synthèse. Chaque soir, je rédigeais un rapport d’une à deux pages en persan pour l’ayatollah. Parfois, ces analyses étaient reprises dans ses discours.

Avez-vous aussi participé à la préparation clandestine d’une armée de libération ?

Oui, c’était une autre de mes missions, dont Khomeyni n’était pas informé. Le Mouvement de libération de l’Iran avait loué deux chambres dans un petit hôtel de Neauphle-le-Château pour préparer cela. À l’automne 1978, nous pensions que la lutte contre le régime du Chah et son principal soutien, les États-Unis, serait longue, comparable à la guerre du Vietnam. Personne n’imaginait que la révolution triompherait en seulement trois mois. À l’époque, nous ne connaissions que la lutte armée et la guérilla ; la notion moderne de résistance civile non violente n’était pas encore théorisée.

Je formais donc des volontaires, venus d’Iran, d’Europe ou des États-Unis, à l’organisation clandestine, à la structuration des réseaux et aux méthodes issues des expériences de guérilla en Amérique latine ou en Irlande. Après cette formation, ils étaient envoyés au Moyen-Orient, notamment au Liban, pour un entraînement militaire. L’idée était qu’ils retournent ensuite en Iran afin de créer leurs propres organisations locales. Ce projet reposait sur la conviction que la pression de la Savak (NDLR : service de renseignement du Chah) avait baissé et qu’il était possible de structurer progressivement une armée populaire à l’échelle nationale.

Comment est née l’idée de créer les Gardiens de la révolution ? Est-il vrai qu’elle est en partie née en France ?

Oui. J’ai participé à la rédaction de sa première charte. Au départ, cela devait ressembler à une sorte de Garde nationale comme aux Etats-Unis. Lorsque nous sommes rentrés en Iran avec l’ayatollah dans le vol historique de Paris à Téhéran (NDLR : 1er février 1979), dix jours seulement se sont écoulés avant la victoire finale de la révolution. Dès le lendemain, la priorité absolue était d’assurer la sécurité du pays. Il n’y avait plus de police fonctionnelle.

Des comités populaires, souvent organisés dans les mosquées, tentaient de maintenir l’ordre dans les quartiers. Par ailleurs, de nombreux groupes armés aux agendas divergents – marxistes, islamo-marxistes, groupes ethniques – opéraient sur le terrain. Une autre inquiétude majeure concernait l’armée régulière : il fallait la reconstruire tout en évitant le risque d’un coup d’État, d’autant plus que le souvenir du renversement du Premier ministre d'Iran Mohammad Mossadegh en 1953 (NDLR : une opération secrète menée en 1953 par le Royaume-Uni et les États-Unis, exécutée par la CIA avec le soutien de la MI6) était encore vif. Nous redoutions une intervention militaire étrangère, notamment américaine. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée d’une force populaire destinée à défendre le pays aux côtés de l’armée régulière : le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC).

Quand avez-vous pris conscience de la nature de ce régime ?

Après quelques mois, j’ai compris que ce type de responsabilité militaire ne correspondait pas à ma vocation. J’ai quitté les Gardiens en mai 1979 pour prendre la direction de la radio nationale iranienne, un domaine qui me convenait davantage. Au fil des années, notamment durant la guerre Iran-Irak, puis lors de mon passage à la tête de grandes entreprises industrielles, j’ai rapidement compris que ce n’était pas pour cela que nous nous étions battus, avec notamment l’imposition du hijab pour les femmes…

À partir de 1984, j’ai commencé à relire les textes fondateurs de la révolution et à étudier l’histoire. J’ai compris que les problèmes du régime n’étaient pas accidentels, mais structurels, enracinés dans sa théorie même : une vision maximaliste et idéologique de l’islam, incompatible avec la démocratie. Cette prise de conscience m’a conduit à m’éloigner de mes fonctions gouvernementales et à m’engager dans la presse et la réflexion intellectuelle, notamment au sein du cercle de la revue Kyân, l’un des foyers théoriques du mouvement réformateur iranien.

Au début des années 2000, le régime a-t-il franchi encore un cap supplémentaire en matière de répression ?

A l'époque, j’ai donné plusieurs conférences dans les universités et animé des cours pour les étudiants, afin d’expliquer pourquoi la Constitution était fondamentalement problématique, pourquoi elle devait être entièrement changée, en particulier le principe du pouvoir suprême au sommet, le velayat-e faqih. C’est à ce moment-là que Khamenei et le ministère du Renseignement ont décidé de m’arrêter et j’ai été envoyé à la prison d’Evin. J’ai fait une première grève de la faim puis j’ai été libéré. Mais quelques semaines plus tard, j’ai de nouveau été arrêté, cette fois par le service de renseignement des Gardiens de la révolution, qui fonctionnait en réalité comme une sorte de KGB personnel de Khamenei. Cette seconde arrestation a duré 140 jours. J’ai mené deux autres longues grèves de la faim où j’avais perdu jusqu’à 35 kilos ! Dans le même temps, environ 800 étudiants ont été arrêtés, dont mon fils, qui était à l’université de Téhéran. Puis, je me suis définitivement exilé pour des raisons médicales. Lorsque Mahmoud Ahmadinejad est arrivé au pouvoir en 2005, beaucoup de gens m’ont déconseillé de revenir car ils m'ont dit : "Cette fois, ils vont te tuer !".

Les images de la répression de ces derniers jours sont insoutenables avec vraisemblablement plusieurs milliers de morts. Vous qui les connaissez bien, voyez-vous dans la brutalité de la répression la marque des Pasdaran ?

En voyant ces images, je n’arrive pas à retenir mes larmes. Ces massacres de masse et les crimes contre l’humanité commis en Iran récemment comptent parmi les plus brutaux que nous ayons jamais connu. Le nombre de morts est encore inconnu. Le régime a tiré un rideau noir sur le pays en coupant Internet, afin de tuer et de réprimer sans témoin. Les chiffres qui circulent vont de 5 000 à 20 000 morts. Je suis persuadé qu’une fois le pays à nouveau accessible, l’ampleur réelle de ce drame se révélera encore plus grande.

La brutalité exercée par ce régime, par Khamenei, le dictateur, est extrême. Elle a été menée avec l’aide de certains bassidji mais aussi des forces étrangères, comme les divisions Zeynabiyoun et Fatemiyoun, composées d’Afghans et de Pakistanais initialement envoyés en Syrie pour soutenir Bachar el-Assad. On parle d’environ 30 000 mercenaires entraînés. À cela s’ajoutent certaines milices irakiennes du Hachd al-Chaabi. Ce groupe regroupe quatorze organisations, dont au moins quatre sont très proches de la force al-Qods des Gardiens de la révolution. Le régime a donc fait venir des étrangers pour tuer des Iraniens. En parallèle, il a aussi recruté des criminels, rémunérés pour réprimer et tuer. Cette stratégie a été mise en œuvre par Ahmad-Reza Radan, le chef de la police. Un ami à moi, héros de la guerre Iran-Irak, blessé à six reprises et gravement atteint par des armes chimiques, m’a confié : "Nous avons combattu huit ans pour empêcher des étrangers d’entrer en Iran et de tuer nos familles. Aujourd’hui, un dictateur iranien a fait venir des étrangers pour tuer notre propre peuple."

Mohsen Sazegara, en 2012 aux Etats-Unis.
Mohsen Sazegara, en 2012 aux Etats-Unis.

Avez-vous réussi à parler avec vos contacts en Iran ?

Toutes les communications ont été coupées. La dernière fois que j’ai pu parler à nos militants en Iran remonte au mercredi précédant les trois jours sanglants du 7 janvier. Il s’agissait d’organisateurs de terrain du mouvement "Femme, Vie, Liberté", certains ayant également participé au Mouvement vert (NDLR : contre la fraude électorale lors de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009). Mais j’ai su que Khamenei avait décidé de passer à ce que le régime appelle, dans leur langage, la "phase quatre" de la répression. Elle correspond à l’ordre de tirer pour tuer, avec des armes de guerre et des balles réelles, d’arrêter massivement les militants identifiés, même s’ils ne participent pas directement aux manifestations, et de couper totalement le pays du monde extérieur.

J’ai tenté d’alerter les militants pour qu’ils soient prudents. Je savais qu’il y aurait des arrestations et des morts, mais je n’imaginais pas une telle brutalité. Cela rappelle les méthodes de dictateurs comme Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein ou Bachar el-Assad - mais c’est quelque chose que le peuple iranien n’avait jamais connu à cette échelle. Les forces de répression ont visé aussi délibérément les visages et les yeux des manifestants pour les mutiler. Cette pratique était intentionnelle. L’objectif du régime était clair : terroriser la population en trois ou quatre jours, forcer les gens à rentrer chez eux et instaurer la peur. Aujourd’hui, un couvre-feu non déclaré est en vigueur dans plusieurs villes, notamment à Téhéran. Après 20 heures, les forces de sécurité arrêtent les passants, contrôlent leurs téléphones et procèdent à des arrestations arbitraires. Officiellement, la loi martiale n’a pas été proclamée, mais dans les faits, elle est bien en place.

Des rumeurs ont circulé sur une possible défection de certains cadres des Pasdaran. Voyez-vous des signes d’effritement du soutien des Gardiens de la révolution à Khamenei ?

Il y a de profondes tensions au sein des Gardiens de la révolution. Selon des études internes confidentielles, environ la moitié de leurs membres considèrent leur engagement comme un simple emploi. Ils quitteraient l’organisation s’ils trouvaient mieux ailleurs. Parmi les 50 % restants, 40 % restent attachés à l’idéologie religieuse, mais sont de plus en plus critiques envers le guide suprême et les généraux corrompus. La corruption est un cancer qui gangrène tout le système, de Khamenei jusqu’aux plus hauts niveaux.

Seuls 10 % environ des Gardiens — les cercles dirigeants, proches du guide — sont totalement acquis au régime. Si l’opposition agit intelligemment, en accentuant les fissures internes et en proposant une alternative pluraliste crédible, il est possible d’isoler progressivement le noyau du pouvoir et d’amener une partie des forces à rejoindre le peuple.

Donald Trump, qui avait promis que l’aide était en route, aurait-il dû intervenir pour éviter le bain de sang ?

Donald Trump porte une lourde responsabilité morale envers les Iraniens. Beaucoup l’ont cru et il n’a pas tenu parole. Une intervention "humanitaire" internationale est moralement justifiée lorsque des massacres sont en cours, comme cela aurait pu éviter le génocide au Rwanda, en Libye ou en ex-Yougoslavie. En Syrie, si Barack Obama avait tenu ses engagements, des centaines de milliers de vies auraient peut-être été sauvées…

En Iran, une action extérieure n’aurait de sens que si elle visait clairement à éliminer le dictateur et le noyau dur des Gardiens de la révolution afin de rééquilibrer le rapport de force en faveur du peuple. Toute action limitée, par exemple contre des sites nucléaires, ne ferait que renforcer la propagande du régime et lui fournir un prétexte pour intensifier la répression et les exécutions. Il est donc crucial que toute décision internationale soit mûrement réfléchie.

Le débat fait rage sur l’inscription des Gardiens de la révolution comme mouvement terroriste au sein de l’UE, comme les Etats-Unis. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est une bonne idée car elle montre que le monde ne tolère pas une organisation qui massacre son propre peuple. Mais avec deux réserves importantes. Premièrement, en Iran, tout homme de plus de 18 ans est soumis à deux années de service militaire obligatoire. Les conscrits sont affectés sans choix possible à l’armée régulière, aux Gardiens de la révolution ou à la police. Or, j’ai constaté qu’aux États-Unis, certaines personnes ayant simplement effectué leur service militaire au sein des Gardiens sont encore, des années plus tard, considérées comme membres de l’IRGC et rencontrent de graves difficultés. Il faut donc préciser clairement que les personnes ayant accompli leur service militaire obligatoire au sein des Gardiens ne doivent pas être assimilées automatiquement à des membres de cette organisation.

Deuxièmement, toute résolution ou loi devrait stipuler que les membres des Gardiens de la Révolution qui font défection, quittent l’organisation et rejoignent le peuple, ne seront plus considérés comme membres d’une organisation terroriste. Cela encouragerait fortement les défections. Si, au contraire, on enferme tout le monde dans une impasse, ils resteront autour du guide suprême par instinct de survie et chercheront à préserver le régime pour se protéger eux-mêmes. Il faut donc prévoir une "porte de sortie" pour ces officiers de rang intermédiaire - colonels, lieutenants-colonels - qui ont des familles et des enfants et souhaitent leur offrir un avenir à l’étranger.

Vous comparez la république islamique à une mafia de narcotrafiquants. Pourriez-vous nous expliquer ?

Il faut distinguer le sommet de la base. En dehors des 10% situés au sommet, la majorité des membres des Gardiens vivent comme les autres fonctionnaires. Leurs salaires sont comparables à ceux des autres administrations, parfois légèrement supérieurs de 10 à 15 %, mais rien d’extraordinaire. Ils subissent eux aussi l’inflation et la crise économique, ce qui explique leur mécontentement croissant, surtout lorsqu’ils voient les généraux corrompus accumuler des milliards. En revanche, au sommet, il existe des réseaux mafieux composés de quelques milliers de personnes - entre 2 000 à 5 000 selon les estimations - qui bénéficient de tout.

Cette oligarchie est impliquée dans des trafics de drogue, de pétrole, de contrebande, parfois même dans la gestion de maisons closes ou de réseaux de jeux illégaux, notamment autour de la force Al-Qods et avec l’aide du Hezbollah. À l’intérieur de l’Iran, certaines entreprises liées aux Gardiens sont officiellement publiques mais servent en réalité les intérêts d’une poignée d’individus proches du guide suprême.

Le pétrole reste leur manne financière principale ?

Ils tirent d’immenses profits de l’exportation illégale de pétrole - environ 65 milliards de dollars en 2024 selon certaines estimations. Une loi adoptée par le Parlement iranien prévoit qu’un baril de pétrole sur quatre soit attribué aux Gardiens de la révolution et aux forces armées iraniennes. L’exportation directe de ces 25 % de la production pétrolière est confiée à une entité appelée "Oil Force". Elle l’achemine par pétroliers et recourt à des méthodes spécifiques pour dissimuler son origine.

Plus de 90 % de ces flux sont dirigés vers la Chine. Sur place, de petites banques assurent les opérations financières et les ventes à des raffineries indépendantes de petite taille, dites "teapot refineries", principalement implantées dans la province du Shandong. Les paiements sont effectués exclusivement en yuans, lesquels restent déposés dans ces établissements bancaires locaux, ne recourant ni au dollar ni à d’autres devises étrangères. Les Gardiens ont donc finalement intérêt au maintien des sanctions et de la répression, car ce système leur permet de continuer à piller le pays.

Bien que le régime soit affaibli, les Gardiens de la révolution ont-ils encore la capacité de projection à l’étranger ?

Oui. Traditionnellement, ces opérations relevaient du ministère du Renseignement et de la force Al-Qods. Mais depuis trois ou quatre ans, le service de renseignement des Gardiens — directement contrôlé par le Guide suprême et son fils — est devenu plus puissant encore et mène des opérations à l’étranger. Ils ont été impliqués dans des tentatives d’enlèvement ou des tentatives d'assassinat, comme celle en 2021 de Masih Alinejad (NDLR : militante politique américaine d'origine iranienne) à New York. Il y a aussi eu des attentats notamment en Bulgarie en 2012 (NDLR : un bus de touristes israéliens qui a fait 6 morts), et d’autres déjoués en Thaïlande ou en Malaisie. Leur méthode consiste souvent à recruter des criminels locaux, des gangs ou des réseaux mafieux étrangers pour mener ces actions. Ici, aux États-Unis, le FBI m’a personnellement informé d’un complot visant à m’assassiner et m’a recommandé de rester vigilant.

Que peut faire l’Europe diplomatiquement ?

Chaque pays décide selon ses intérêts. Mais, a minima, l’Europe pourrait réduire le niveau des relations diplomatiques, rappeler ses ambassadeurs et expulser ceux du régime iranien, tout en maintenant les ambassades ouvertes pour les services consulaires. Cela enverrait un message politique fort sans pénaliser les citoyens iraniens. Je me souviens par exemple, que lorsque l’ayatollah Khomeini a appelé à l’assassinat de Salman Rushdie, neuf pays européens ont rappelé leurs ambassadeurs afin de marquer leur protestation.

Qui peut diriger l’Iran lorsque le régime sera tombé ?

La vraie question n’est pas "qui", mais "comment" l’Iran sera dirigé. La société iranienne est pluraliste. Pour éviter une guerre civile, une transition pacifique doit reposer sur une large coalition nationale, incluant toutes les forces démocratiques, les mouvements sociaux et les minorités.

Il n’y aura pas de solution avec un homme providentiel - comme le fils du Chah d’Iran - ou une faction unique. L’unité est essentielle. La démocratie, la laïcité, les droits humains et l’unité territoriale de l’Iran sont les principes de base. Personnellement, je défends une république parlementaire, avec un chef de l’État élu et limité dans le temps. C’est dans cet esprit que nous travaillons au sein du Conseil de transition iranien (ITC), en réunissant monarchistes, républicains, religieux, laïcs, de gauche et de droite. Dire au peuple que l’on va simplement remplacer un pouvoir autoritaire par une nouvelle dictature n’a rien d’attrayant, en particulier pour la classe moyenne iranienne. Le pays compte plus de 15 millions de diplômés de l’enseignement supérieur et 74 % de la population vit dans les grandes villes. Parmi eux, près de 8 millions sont entrepreneurs, souvent dans des activités liées à Internet. Il s’agit d’une population instruite, connectée et ouverte sur le monde.

Êtes-vous optimiste quant à la fin de ce régime ?

Aucun régime de ce genre ne tombe uniquement par les manifestations. Mais lorsque la paralysie progresse, les défections augmentent et lorsque celles-ci atteignent l’appareil répressif, le pouvoir peut alors s’effondrer. Ce régime n’a plus ni légitimité ni popularité. Les crimes récents ont encore accéléré son déclin. Tôt ou tard, un régime aussi discrédité disparaît. La question est de savoir si la transition sera pacifique et débouchera sur une démocratie.

Cette chute pourrait-elle être à l'origine de changements profonds dans le monde musulman ?

La civilisation islamique s’est construite autour de trois piliers majeurs : l’Iran, la Turquie - anciennement l’Empire ottoman - et l’Égypte. Beaucoup de pays musulmans disposent aujourd’hui d’une classe moyenne moderne et instruite, partageant les mêmes aspirations. La contribution iranienne a notamment été déterminante dans le développement de la philosophie, des sciences et des idées. Si les Iraniens réussissent à renverser ce régime et à établir une démocratie, une importante vague démocratique pourrait alors déferler dans tout le Moyen-Orient.

© UPI/MAXPPP

La pression sur le régime de la République islamique et le guide suprême s'accentue.
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Dette américaine : qui sont les principaux créanciers européens des Etats-Unis ?

"Malgré toute leur puissance militaire et économique, les Etats-Unis présentent une faiblesse majeure : ils dépendent des autres pour financer leurs dépenses (...). L’Europe a le Groenland, elle détient aussi une grande quantité de bons du Trésor américain", rappelait la semaine dernière dans une note George Saravelos, un responsable de la Deutsche Bank.

Confrontés aux menaces militaires et économiques des Etats-Unis, certains proposent en Europe d'utiliser l'arme du chantage à la dette. Mercredi, le fonds de pension suédois Alecta a ainsi annoncé avoir vendu la majeure partie de ses bons du Trésor américains, tandis que deux fonds danois (AkademikerPension et Pædagogernes Pensionskasse) se sont débarrassés de la moitié de leurs "Treasuries", en raison "du déficit américain", mais aussi "de l'incertitude politique".

Face à cette menace, qui pourrait rendre plus coûteux le financement de la dette des Etats-Unis, Donald Trump a haussé le ton. Depuis Davos, il a menacé de "grosses représailles" les pays européens qui vendraient des titres de la dette américaine, dans le but de faire pression sur Washington. Mais quelle part est détenue à l'étranger, en particulier par les Européens ?

Le Royaume-Uni, premier créancier européen

Début 2026, la dette publique américaine a atteint un record historique : plus de 38 000 milliards de dollars, afin de financer les dépenses, et compenser un déficit public lui aussi abyssal. Comme la plupart des pays, les Etats-Unis se financent auprès de créanciers étrangers : actuellement, environ un tiers des obligations émises par le Trésor américain est détenu par des Etats ou entreprises étrangères.

Près de la moitié de ces bons en circulation à l'étranger (40 %) est détenue par des pays européens, selon Bloomberg. Si l'on prend l'ensemble des actifs américains détenus dans l'Union européenne, (c’est-à-dire les obligations d'Etat, mais aussi les actions des entreprises américaines), ce montant s'élève à 10 000 milliards - près de deux fois plus que le reste du monde réuni.

Le Royaume-Uni est le principal détenteur, en Europe, de la dette américaine : 888 milliards de dollars. Il s'agit néanmoins moins d'une stratégie politique que d'un reflet de l'importance de la City, comme place financière mondiale. Viennent ensuite la Belgique (481 milliards), le Luxembourg (426), la France (376), l'Irlande (340), suivis de la Suisse, la Norvège, et l'Allemagne, détaille Bloomberg.

Le premier créancier étranger des États-Unis est cependant le Japon, qui détient 1 200 milliards de la dette publique américaine : "Les institutions nippones apprécient cet actif refuge, utile pour stabiliser la monnaie nationale, le yen. Une interdépendance confortable pour Washington, mais qui l'expose financièrement", note Le Figaro. La Chine (683 milliards) est aussi un créancier majeur, à la troisième place derrière le Japon et le Royaume-Uni. Néanmoins, au vu de la rivalité croissante du pays avec les Etats-Unis, le Trésor américain a lui-même réduit sa vulnérabilité vis-à-vis de Pékin.

Une arme difficilement mobilisable

L'idée d'utiliser cette dette comme levier stratégique face à Donald Trump est la suivante : une vente massive des titres détenus par les Européens entraînerait des difficultés de financement pour les Etats-Unis, en poussant les taux d’intérêt à la hausse, et avec des conséquences sur la valeur du dollar.

Néanmoins, dans le cas de la France (8e créancier au niveau mondial), mais aussi de la plupart des autres pays, la majeure partie de ces bons sont détenus par des investisseurs privés - banques, assureurs, gestionnaires d'actifs ou fonds de pension. Les gouvernements n'ont pas la main dessus. Par ailleurs, ces créanciers peuvent être également investisseurs dans des entreprises privées américaines, et n'ont pas d'intérêts à déstabiliser l'économie étasunienne.

"Toute instrumentalisation des avoirs américains détenus par des Européens constituerait une grave escalade. De fait, elle transformerait une guerre commerciale latente – que les investisseurs ont largement ignorée l'an dernier – en un conflit financier ayant un impact direct sur les marchés de capitaux", remarque Bloomberg.

Enfin, et c'est probablement l'élément le plus important : la dette américaine est avant tout une dette domestique - détenue à 70 % par les résidents américains. "Pour les Etats-Unis, le problème aujourd'hui n'est pas tant de savoir qui détient sa dette, mais plutôt son coût", note Le Figaro. En 2024, les États-Unis ont dû débourser 880 milliards de dollars uniquement en intérêts : un record absolu.

© REUTERS

Environ un tiers de la dette américaine est détenue par des créanciers étrangers.
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