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"Devenir une puissance géopolitique" : à Munich, Emmanuel Macron presse l'Europe d'agir

Un an après le discours très critique du vice-président américain, J.D. Vance, Emmanuel Macron a cherché à souligner vendredi 13 février l'importance de l'Europe sur la scène mondiale, lors de son intervention à la Conférence de Munich sur la sécurité. "L’Europe se réarme, mais nous devons maintenant aller plus loin. L’Europe doit apprendre à devenir une puissance géopolitique", a-t-il déclaré.

"Là où certains voient des menaces, je vois de la force. Une Europe plus forte sera une meilleure amie pour nos alliés, notamment les Etats-Unis", a-t-il lancé, ajoutant que l'Europe avait été "vilipendée comme un concept vieillissant, lent et fragmenté, marginalisé par l’histoire" et présentée comme "un continent répressif" et "une société en proie à des migrations barbares". "Rien de tout cela n’est exact. Chacun devrait s'inspirer de nous, au lieu de nous critiquer ou de chercher à nous diviser", a-t-il affirmé, sans préciser l'origine de ces critiques.

"C’est le moment idéal pour faire preuve d’audace. C’est le moment idéal pour une Europe forte", a-t-il ajouté.

"L'ordre international est en train d'être détruit"

Plus tôt dans la journée, le chancelier allemand Friedrich Merz avait ouvert la Conférence de Munich sur la sécurité en critiquant la réorientation rapide de la politique étrangère américaine opérée par Donald Trump, tout en appelant Washington à "réparer et raviver la confiance" dans une nouvelle ère dangereuse marquée par les rivalités entre grandes puissances. "L'ordre international fondé sur les droits et les règles est en train d'être détruit", a-t-il lancé. Et d'ajouter : "Cet ordre, si imparfait qu'il fût même dans ses meilleurs moments, n'existe plus sous cette forme."

L'Europe fait face à une multitude de menaces, de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine aux fortes turbulences du commerce mondial. "A l'ère de la rivalité entre grandes puissances, même les Etats‑Unis ne seront pas suffisamment puissants pour agir seuls. Chers amis, faire partie de l'Otan n'est pas seulement l'avantage compétitif de l'Europe. C'est aussi l'avantage compétitif des Etats‑Unis", a jugé Friedrich Merz.

Le chancelier allemand a également reproché à l'Europe de ne pas en faire assez pour renforcer sa sécurité. Dans ce domaine, les pays européens se reposent depuis longtemps sur les Etats-Unis, notamment sur leur vaste arsenal nucléaire. Et l'Allemagne est toujours privée du droit de développer une arme nucléaire en vertu d'accords internationaux. La France est la seule puissance nucléaire de l'Union européenne, depuis la sortie du Royaume-Uni, à la posséder.

© Kay Nietfeld/dpa/picture-alliance/MAXPPP

Le président français Emmanuel Macron prend la parole lors de la 62e Conférence de Munich sur la sécurité.
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En Ukraine, plus d'un millier d'Africains enrôlés par la Russie : "Ils tombent dans un piège sans le savoir"

C'est un "trafic humain" de "chair à canon". Depuis 2023, le Kremlin recrute des hommes en Afrique, souvent de manière trompeuse, pour garnir sa ligne de front en Ukraine. Des civils propulsés combattants, sans formation ni expérience, envoyés vers une mort quasi certaine. Ils pensaient devenir "serveurs, mécaniciens, charpentiers" mais 22 % d'entre eux sont décédés. Un business bien rodé pour exploiter la misère économique et le désespoir.

Il y a "des jeunes hommes qui cherchent un meilleur avenir" et "des recrues attirées par la possibilité de faire des études supérieures", rapporte Vincent Gaudio, co-fondateur d'INPACT. Selon l'enquête du collectif qui gère le projet "All Eyes On Wagner", plus de 300 de ces civils sont morts.

L’Express : Votre enquête parle de 1 417 combattants africains dont plus de 300 morts. Comment êtes-vous arrivé à ce chiffre, et pensez-vous qu’il est représentatif de l’ampleur du phénomène ?

Vincent Gaudio : Nous avons reçu cette liste telle quelle, rédigée en cyrillique, de la part du collectif ukrainien "Je veux vivre". Elle est notamment basée sur des registres de prisonniers. Il est possible que le chiffre exact soit plus important, nous ne sommes pas en mesure de le confirmer ou de l’infirmer. En revanche, d’autres personnes ont travaillé sur le sujet, et elles avaient d’autres chiffres. L’IFRI, par exemple, parle de 4 000 personnes. Mais cette liste nous a permis d’établir qu’on était face à une population assez jeune, exclusivement masculine, et qui venait d’un peu tous les pays. Dans ce document, il y avait un onglet recensant les morts au combat. On a pu faire le parallèle entre la liste initiale des recrutés et ceux qui étaient décédés.

Et le taux de mortalité parmi ces recrues est très important : 22 %, sans compter les blessés et les disparus. Comment l'interpréter ? Cela a-t-il un rapport avec leurs unités d'affectation ?

Il y a une cinématique globale. Une fois arrivés en Russie, les plus chanceux ont trois semaines de formation, mais globalement, il y a très peu d'entraînement. Ensuite, ils sont envoyés dans les unités combattantes sur la ligne de front, et notamment les plus dures de l'Ukraine. Il n'y a aucun poste de cadre, exclusivement de combattant. La grande majorité est engagée dans les vagues d’assauts successives qui cherchent à fragiliser la ligne de défense ukrainienne. D'autres son enrôlés dans la milice Wagner.

Donc on peut parler de chair à canon...

Oui, la volonté manifeste des Russes est de gagner de la masse grâce à ces recrutements. Grosso modo, ils ne sont pas voués à autre chose qu'à faire du volume. Nous avons eu accès à un fichier qui recense le "nombre de mois engagés avant le décès". C'est assez variable mais les délais restent très très courts. Un mois et deux semaines pour le plus court, 19 mois pour le plus long.

Comment sont ciblés ces hommes ? La Russie est-elle à la recherche d'un profil particulier ?

Nous avons identifié plusieurs profils. Il y a les jeunes hommes [NDLR : les plus jeunes ont 18 ans] qui cherchent un meilleur avenir, et à qui on propose des sommes assez conséquentes par rapport au niveau de vie dans leur pays. On a aussi vu qu’il y avait des recrues qui étaient attirées par la possibilité de faire des études supérieures dans des domaines très techniques : les nanotechnologies, la micromécanique, l’informatique… Nous avons pu les identifier grâce à leurs réseaux sociaux, notamment parce qu’ils étaient intégrés dans l’industrie de défense russe. Eux ne vont pas au combat. Moscou utilise leurs compétences techniques.

Et enfin, il y a un dernier profil, qui est très marqué chez les Camerounais : des individus qui ont déjà une expérience militaire qu'ils souhaitent monétiser. Ils étaient dans les unités qui combattaient l’ISWAP ou Boko Haram et, plutôt que de gagner 200 dollars chez eux, ont fait le choix de partir en Russie et essayer de gagner 2 000 dollars. Il y a une comparaison qui peut être faite avec le mercenariat.

Dans votre enquête, vous mentionnez le cas d’un combattant qui semblait motivé politiquement, mais aussi de personnes qui sont appâtées par des offres trompeuses. Comment se passe le recrutement ?

Il y a eu des distributions de prospectus pour le recrutement, donc certains savent très bien qu'ils partent pour s'engager dans l'armée russe mais ce cas est minoritaire. On a aussi vu des petites annonces pour des emplois sous-qualifiés de serveurs, mécaniciens, charpentiers. Sauf qu'une fois en Russie, on leur fait signer un contrat en cyrillique et ils se retrouvent dans un centre de formation militaire.

Il y a aussi ceux à qui on a dit "tu vas être étudiant" ou même ceux qui étaient vraiment étudiants confrontés à des difficultés de renouvellement de visa à qui on a dit : "Ecoute, soit on t’expulse, soit tu prends un contrat avec l’armée russe". Il y a aussi une infime partie de gens qui ont été recrutés après leur arrestation pour des délits mineurs. Le désespoir économique est un levier. La Russie a des difficultés à recruter et un besoin de maintenir le front tel qu'il est. Leur seule solution, c'est de gagner en volume. Il y a une petite part de volontaires mais les autres ne sont pas conscients qu'ils tombent dans un piège.

Qui est à l'origine de ces offres ?

Il existe plusieurs cas. D'abord, des offres très artisanales, faites par des entrepreneurs russes ou biélorusses. Il y a aussi des Africains installés en Russie qui sont devenus entrepreneurs dans ce business-là. Ils proposent à la fois de s'occuper de toutes les démarches administratives et réalisent un marketing d'influence en ligne, sur les réseaux sociaux, à destination de leurs compatriotes restés au pays.

Un prospectus de recrutement de l'armée russe repéré par les enquêteurs de Inpact.
Un prospectus de recrutement de l'armée russe repéré par les enquêteurs de Inpact.

On a pu aussi identifier que certaines annonces renvoyaient vers des sites Internet gérés par les services russes. C'est difficilement quantifiable, mais on sait que ça existe. D'ailleurs, à la suite de la publication du rapport, les sites qu'on avait identifiés ont disparu... Puis recréés avec des adresses différentes. Il y a un trafic humain évident qui s'est mis en place.

Avec 361 départs, l’Egypte est le pays le plus concerné du continent par ce phénomène. Comment l'expliquer ?

On pense que la cause principale, c'est d'abord la situation en Egypte. Les grandes difficultés économiques, le manque de perspectives professionnelles... Ce sont avant tout des gens portés par la volonté de gagner leur vie ailleurs.

Ensuite, il y a un vrai travail de marketing. Nous avons trouvé des annonces rédigées en arabe, qui reprennent des visuels très masculins, guerriers, qui parlent à une certaine part de la jeunesse et les salaires proposés sont très attractifs [NDLR : le salaire mensuel minimum égyptien était de 128 dollars en 2024, selon le gouvernement local tandis que certaines campagnes de recrutement proposent un salaire mensuel de 2 500 dollars].

Ces recrutements ont commencé en 2023, le phénomène prend-il de l'ampleur ?

On constate que c'est exponentiel. Peut-être que ça va diminuer désormais, face aux réactions qui peuvent être attendues de la part des pays africains concernés.

Y a-t-il des revenants du front ?

Il y en a dans quelques pays. Jusqu'à présent ils avaient une posture assez discrète, mais certains commencent à prendre la parole, notamment au Kenya et au Cameroun. On commence aussi à avoir des témoignages de familles à la recherche d'informations sur leurs parents partis en Russie. Il y a une prise de conscience.

Et comment réagissent les pays concernés ?

Le Kenya a annoncé demander prochainement des comptes à la Russie. Au Cameroun, le sujet est très suivi : ils craignent énormément le retour de ces hommes, qui auraient une expérience du combat et qui resteraient en marge de la société. Mais, le vrai impact, le vrai challenge pour tous ces pays, ce sont les mesures qu’ils peuvent mettre en place. Des choses assez simples, comme démanteler les différentes agences de recrutement, ce qui serait le plus facile mais ne stoppera rien. Ou exiger des explications via des canaux diplomatiques, mais je ne suis pas convaincu qu’il y ait une réelle réponse de la part de la Russie… Cette situation risque surtout d’interroger ces pays sur leur propre gouvernance à l'égard de leur jeunesse, mais ça ne bousculera pas réellement le modèle. On n'empêchera pas les gens de chercher un avenir ailleurs. Le sujet caché, c'est celui-là.

© REUTERS

Un soldat russe s'entraîne au tir sur un drone lors d'un stage intensif de formation au combat sur un champ de tir de la région de Rostov, en Russie, le 19 janvier 2026.
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Tensions avec l'Iran : les Etats-Unis envoient leur plus grand porte-avions au Moyen-Orient

Les Etats-Unis font monter la pression sur l'Iran d'un cran : ils avaient déjà sorti "l’armada" en envoyant, fin janvier, le porte-avions USS Abraham Lincoln au Moyen Orient. Selon plusieurs médias américains, ils s’apprêtent désormais à déployer un second porte-avions en mer d’Arabie, et pas des moindres, afin de renforcer leur présence militaire face aux tensions croissantes avec Téhéran. Selon une source citée par l’Associated Press, l’U.S. Navy va envoyer dans la région l’USS Gerald R. Ford, le plus grand porte-avions du monde.

Cette décision - que Donald Trump avait menacé de prendre deux jours plus tôt - vise à accroître la pression sur Téhéran dans le cadre des efforts du président américain pour obtenir un accord sur le programme nucléaire iranien. L’information, qui n’a pas encore été confirmée par l’administration Trump, a été recoupée par les sources d’Etat américaines de AP, du New York Times ainsi que du Wall Street Journal.

Pression maximale sur l'Iran

Ce déploiement menaçant intervient alors même que des discussions indirectes ont récemment eu lieu à Oman entre Washington et Téhéran, sans avancée concrète. Ce jeudi 12 février, Donald Trump a averti que l’absence d’accord serait "très traumatisante" pour l’Iran, tout en affirmant qu’un compromis pourrait être trouvé rapidement.

La veille il s’était également entretenu avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui a plaidé pour que les négociations avec Téhéran ne se limitent pas au programme nucléaire, mais incluent également un contrôle strict sur le développement des missiles balistiques et une pression pour que l’Iran cesse tout soutien matériel, financier ou logistique aux groupes armés comme le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, considérés comme des menaces directes à la sécurité d’Israël et à la stabilité de la région.

Puissance de frappe américaine

L’envoi du Gerald R. Ford marque un redéploiement rapide. Le navire avait été mobilisé ces derniers mois dans les Caraïbes après avoir quitté la Méditerranée, dans le cadre d’une opération visant l’ancien président vénézuélien Nicolas Maduro. Sa nouvelle mission au Moyen-Orient pourrait prolonger considérablement son déploiement, déjà entamé depuis fin juin 2025.

Le porte-avions rejoindra neuf autres navires de guerre déjà stationnés au Moyen Orient, et transportera des dizaines d’avions de combat et de surveillance supplémentaires, augmentant la capacité des forces américaines à lancer des opérations aériennes si nécessaire, malgré les préoccupations des responsables de la marine concernant la pression exercée sur les marins après un aussi long séjour en mer.

Sur le plan régional, cette montée en puissance militaire inquiète les pays du Golfe, qui redoutent qu’un incident ne déclenche une escalade dans une partie du monde déjà fragilisée par la guerre à Gaza. Tandis qu'en Iran, le pouvoir fait face à une pression intérieure persistante, alors que commencent les cérémonies de deuil marquant les 40 jours après la mort de manifestants tués lors de la répression récente. Ces tensions internes, combinées aux sanctions et à l’isolement diplomatique, compliquent encore la position de Téhéran face à la pression militaire et politique américaine.

© ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Le porte-avions USS Gerald R. Ford au large des îles Vierges, le 25 janvier 2026.
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JO 2026 : derrière le retour des Russes, une campagne d’influence patiemment construite

Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, les patineurs russes Adeliia Petrosian, 18 ans, et Petr Gumennik, 23 ans, représenteront sans doute longtemps un symbole. Celui du retour d’une délégation russe, aussi petite soit-elle ("la plus modeste de l’histoire moderne", selon le quotidien russe Kommersant), aux Jeux olympiques d’hiver. D’autant plus dans une discipline où la réputation de domination de leur nation les précède.

Pour la première fois depuis les Jeux de Pékin en 2022, des athlètes russes et biélorusses peuvent de nouveau participer aux épreuves sportives hivernales prévues à Milan-Cortina pour l’édition 2026. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la présence des sportifs des deux nationalités avait été bannie par le CIO, suivi par une majorité de fédérations internationales, dont la plus importante : la Fifa. Quatre ans après, l’élan de bannissement semble se tarir, à la faveur de plusieurs facteurs, géopolitiques principalement.

Campagne d'influence

Sur le même modèle que pour les JO de Paris en 2024, vingt athlètes, dont treize Russes et sept Biélorusses, ont donc été autorisés à participer sous la bannière des athlètes individuels neutres (AIN). Selon le CIO, les sportifs ont été soumis à "des conditions d'éligibilité strictes", et leurs dossiers examinés par un comité spécial, particulièrement chargé de vérifier un quelconque passé militaire et/ou des traces de déclarations publiques de soutien à la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine. Deux motifs de rejet. Les patineurs Adeliia Petrosian et Petr Gumennik ont ainsi été les premiers à obtenir le précieux sésame en novembre dernier.

Selon plusieurs observateurs, le retour de la Russie sous bannière neutre est loin d'être surprenant tant il a été préparé par Moscou. "Il y a clairement eu une campagne d'influence russe, d'abord sur les sponsors et surtout sur des pays, avec qui il ont renforcé leurs liens en particulier en Afrique, en Asie et dans certains pays européens", souligne Jean-Baptiste Guégan, enseignant en géopolitique du sport à Sciences Po Paris et auteur de La guerre du sport, une nouvelle géopolitique (ed. Tallandier 2024). Pendant quatre ans, si la Russie s’est employée à une campagne de délégitimation des institutions sportives internationales, dénoncées comme instrumentalisées par l’Occident, "elle a aussi multiplié les canaux informels, envoyant des émissaires sport par sport, discipline par discipline", précise Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, dans un article publié sur le site de l’Institut. "Cette diplomatie sportive multivectorielle a visé à fissurer l’unité occidentale et à rouvrir progressivement des espaces de participation", poursuit-il.

En outre, la position du CIO, et notamment son rôle géopolitique, serait de plus en plus difficile à tenir. "Derrière le retour des athlètes russes, il y a des intérêts qui convergent de la part d’autres acteurs qui ne sont pas forcément des alliés, au grand désarroi des Ukrainiens", souligne Jean-Baptiste Guégan. "Pour un certain nombre de pays, dont les Etats-Unis à l’ère de Donald Trump, mais aussi Israël, et l’Arabie saoudite, mettre fin aux sanctions russes offre une certaine garantie ou opportunité d'éviter d'être sanctionné."

"Effet d'alignement institutionnel"

Pour autant, cela signifie-t-il que l’horizon est en train de s’ouvrir pour les athlètes russes dans le reste des compétitions internationales ? "Il existe un effet d’alignement institutionnel. Dès lors que les grandes instances olympiques entrouvrent la porte, même symboliquement, les fédérations internationales s’engouffrent dans la brèche", écrit Lukas Aubin.

Après l’accord du CIO pour le retour des athlètes russes sous bannière neutre à Paris en 2024 puis à Milan-Cortina cette année, certaines fédérations internationales, dont celle de judo, ont rétabli leur participation. Le comité international paralympique a également suivi.

Tandis que la plus importante de la planète, la Fifa, semble y penser. Début février, son président Gianni Infantino a ouvert la porte à des négociations autour d’une éventuelle levée des sanctions dans le football. Il avait alors déclaré que "cette interdiction n'a rien accompli, elle n'a fait qu'engendrer davantage de frustration et de haine". En attendant, la Russie a été exclue pour la deuxième fois du Mondial de football pour l'édition 2026 entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada.

Au-delà de l’enjeu géopolitique, cette réouverture à la Russie, à la fois de la part du CIO et de fédérations internationales, "revêt aussi un facteur économique", note Jean-Baptiste Guégan. Avec ses 143 millions d’habitants, le pays reste un marché avec son lot de sportifs professionnels et de téléspectateurs.

© REUTERS

Petr Gumennik, un patineur artistique russe, concourt en simple masculin aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026.
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Affaire Epstein : ses liens avec le Kremlin qui ont coûté cher à l’Europe

Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous... Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.

Alors que Donald Trump, pourtant proche du milliardaire Jeffrey Epstein, semble échapper au scandale, c’est en Europe que les retombées sont les plus retentissantes. Après la publication de centaines de milliers de documents par le ministère américain de la Justice, on découvre les liens entre Epstein et des personnalités politiques européennes de premier plan. En France, c’est un diplomate dont le nom apparaît dans les fichiers. Au Royaume-Uni, au-delà du prince Andrew, on apprend qu’un ancien ministre a été proche du milliardaire. Un scandale qui pourrait même faire tomber le Premier ministre britannique Keir Starmer, pourtant aucunement impliqué dans l’affaire.

Mais ces liens ont de quoi inquiéter autrement les Européens car ils pourraient faire les affaires de la Russie.

Pour décrypter les conséquences en Europe de ces révélations, Charles Haquet, rédacteur en chef du service Monde de L’Express, est dans cet épisode de La semaine européenne.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : France info, France 24

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© EPA/MAXPPP

Copies imprimées des dossiers Jeffrey Epstein à Miami, en Floride, le 10 février 2026, rendus publics en vertu de la loi sur la transparence. © CRISTOBAL HERRERA-ULASHKEVICH/EPA/MAXPPP
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Alliances, pressions, négociations : la contre-attaque diplomatique d’Israël

A l’horizon, la montagne vert foncé se détache sur le ciel bleu azur. Sur la ligne de crête, un étrange liseré blanc semble les séparer. Peu à peu, en se rapprochant, le trait blanc, plus net, se révèle être un mur, le long de la frontière israélo-libanaise. Quasi inexistant à l’aube du pogrom du 7-Octobre, il borde aujourd’hui 70 % de cette frontière pour prévenir, ou tout au moins compliquer, une attaque éventuelle du Hezbollah, proxy iranien toujours très présent au sud Liban.

Un projet similaire démarre aussi le long de la frontière avec la Jordanie, malgré un traité de paix signé avec Amman en 1994. "Malheureusement, de nombreuses forces islamistes radicales se développent en Jordanie", explique Sharren Haskel, vice-ministre israélienne des Affaires étrangères. Une réalité que le Royaume hachémite tente également d’endiguer. En avril 2025, le ministre jordanien de l'Intérieur, Mazen al-Faray, a décidé "d’interdire toutes les activités" des Frères musulmans, celles-ci étant "susceptibles de porter atteinte à la stabilité et à la sécurité" du pays.

A quoi bon construire ces murs ? L’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, a prouvé que les obstacles physiques ne garantissent pas la sécurité. "Le mur est important, mais il n’est qu’un élément de notre politique", précise Sharren Haskel. La diplomatie en est un autre. "Depuis deux ans, elle sert uniquement la sécurité d'Israël. Pour ses dirigeants, Gaza n’est pas le cœur du problème. Pour eux, la ligne de front relie Gaza, Beyrouth, Damas, Sanaa et, bien sûr, Téhéran", souligne Eric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël (2019-2023), désormais consultant international. Toute la politique du gouvernement israélien, qu’elle soit militaire ou diplomatique, s’articule autour de cet axiome, en distinguant plusieurs catégories : les pays frontaliers ou non ; ceux qui sont une menace, ceux qui pourraient en représenter une et, enfin, ceux qui sont des amis réels ou de circonstance. Pour mesurer l'ampleur de ce mouvement, il faut regarder une carte du Proche et Moyen-Orient. Partout, l’Etat hébreu met en place des sortes de "tampons diplomatico-militaires" à proximité de ses ennemis - l’Iran des mollahs et tous les pays où des forces islamistes radicales l’emportent -, tout en renforçant des liens anciens.

Le Somaliland, son nouvel allié

Ainsi, Israël vient tout juste de se faire un nouvel ami, le Somaliland. Après l’annonce surprise d’un "accord de reconnaissance mutuelle" le 26 décembre dernier, les nouveaux alliés ne se quittent plus. En moins d’un mois, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, s’est rendu sur place ; une délégation du Somaliland est venue en Israël et, enfin, le président israélien, Isaac Herzog, a rencontré à Davos son homologue, Abdirahman Mohamed Abdullahi. Pourquoi cette passion soudaine ? Parce que le Somaliland est un atout stratégique pour l’Etat hébreu, qui est lui-même une garantie de développement pour le pays africain. Situé dans la Corne de l’Afrique, celui-ci compte 5,7 millions de musulmans sur un territoire de 177 000 kilomètres carrés, soit huit fois la taille d’Israël. Ex-colonie britannique, ce territoire prend son indépendance en 1991 à l’issue de la guerre civile somalienne, sécession qui, avant l'accord avec Israël, n’avait jamais été reconnue par aucun pays au monde. Or, le Somaliland a une importance géostratégique. Situé à l’entrée du golfe d’Aden, il peut verrouiller l’accès à la mer Rouge. Surtout, ses côtes, qui ne sont qu’à 250 kilomètres de celles du Yémen, proxy iranien, affaibli depuis quelques mois comme les autres soutiens de Téhéran, mais qui promet de continuer à attaquer Israël, offrent une position militaire de premier choix pour une coopération en matière "de défense et le développement d’un partenariat stratégique", selon les termes de Gideon Sa'ar, lors de sa visite. Il s’est notamment rendu dans la ville de Berbera qui abrite l’un des rares ports en eau profonde de la région. Quant à son aéroport, des images satellites de ces douze derniers mois y révéleraient la construction de douze hangars d’une taille pouvant abriter avions de chasse et drones de combat. De là à imaginer qu’une base militaire israélienne s’y installe, il n’y a qu’un pas...

Les autorités yéménites houthies ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. Dès le 28 décembre, elles déclaraient que toute présence israélienne au Somaliland pourra être considérée comme "une cible militaire". De fait, la reconnaissance par Israël du Somaliland a été largement condamnée par la communauté internationale. Cependant, dans le monde arabe, trois pays se sont abstenus de le faire : les Emirats, le Bahreïn et le Maroc, ceux-là mêmes qui, en septembre 2020, avaient signé avec Israël les accords d’Abraham, lesquels n’ont pas été remis en cause pendant la guerre à Gaza. "Je pense que ces trois pays arabes reconnaîtront le Somaliland dès que nous aurons rejoint les accords d’Abraham", estime une source du Somaliland.

Partage de renseignements

Ce territoire devrait donc rapidement renforcer le "club" des Accords d’Abraham, cette initiative diplomatique majeure destinée, dès le départ, à contrer l’axe iranien. Cinq jours avant la fin de son premier mandat, en janvier 2021, le président Donald Trump avait d’ailleurs intégré Israël au Commandement central américain (Centcom) pour la région du Moyen-Orient, Asie centrale et Asie du Sud, alors que l’Etat hébreu faisait partie du commandement européen depuis des décennies. Dès novembre 2021, un exercice naval du Centcom en mer Rouge regroupait Israéliens, Emiratis et Bahreïnis aux côtés des Américains. Et lors de "la guerre des 12 jours" de juin dernier entre Israël et l’Iran, les Emirats arabes unis ont partagé des renseignements avec lsraël. La rencontre, le 24 janvier à Tel-Aviv, de l’amiral Brad Cooper, commandant du Centcom, avec Eyal Zamir, le chef d’état-major de Tsahal et d’autres gradés militaires israéliens, est, selon des sources militaires israéliennes, destinée à une coordination des forces en prévision d'une éventuelle opération militaire en Iran.

Israël se construit un solide réseau d'alliés pour contrebalancer l'axe mené par Téhéran.
Israël se construit un solide réseau d'alliés pour contrebalancer l'axe mené par Téhéran.

Autre pilier important du dispositif diplomatico-militaire israélien, l’Azerbaïdjan. Ce pays chiite, qui possède 600 kilomètres de frontière avec l’Iran, est une opportunité stratégique pour le Mossad. Les deux pays ont des relations étroites depuis 1993 – date à laquelle Israël ouvre son ambassade à Bakou, mais la réciprocité date de mars 2023 – qui n’ont fait que se renforcer dans les domaines économique, énergétique et militaire. Bakou s’est largement équipé auprès des industries israéliennes d’armement. En mai dernier, les ministres de la Défense des deux pays se rencontraient à Tel-Aviv pour "renforcer leur coopération" militaire.

Au nord-ouest de Jérusalem, l’Etat hébreu consolide ses liens avec la Grèce et Chypre, deux pays de l’Union européenne, afin d’avoir une position militaire forte en Méditerranée orientale face à la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, avec qui les relations se dégradent depuis 2010. Israéliens et Turcs ont fermé leurs missions diplomatiques pendant la guerre à Gaza. "La Turquie est l’un des grands gagnants du 7-Octobre, l’affaiblissement de l’Iran a contribué à la renforcer et le pouvoir turc soutient le Hamas depuis des années. Il est devenu très difficile de faire confiance à la Turquie", remarque Gallia Lindenstrauss, chercheur au sein de l’Institute for National Security Studies à l’université de Tel-Aviv. Or, avec l’appui de Donald Trump, Ankara veut déployer ses soldats à Gaza et au nord de la Syrie, autrement dit aux frontières sud et nord d’Israël. Pour contrebalancer cette situation, l’amitié avec Chypre et la Grèce est plus précieuse que jamais. Ainsi, le 22 décembre, le trio se réunissait à Jérusalem pour leur 10e sommet, qualifié de "mur de dissuasion contre la Turquie" par le quotidien israélien Yediot Aharonot, sachant que ces trois pays ont prévu des exercices militaires communs en 2026. Par ailleurs, l’espace aérien israélien étant très limité, les pilotes de l’armée de l’air israélienne s’entraînent dans l’espace aérien grec, après l’avoir fait pendant des années au-dessus de la Turquie.

"Finalement, l'Etat hebreu est dans une position stratégique bien meilleure qu’avant la guerre, résume Eric Danon. C’est la première fois depuis 1948 qu'Israël est sous une menace existentielle - puisque l’Iran continue de dire qu’il faut le détruire -, mais n’est plus pour autant dans un risque existentiel, car, aujourd’hui, aucun pays ne peut détruire Israël." Traumatisés par la déflagration du 7-Octobre, les Israéliens ne le ressentent toutefois pas ainsi. D’après un sondage* effectué en décembre dernier, seuls 43 % d'entre eux considèrent que la situation sécuritaire de leur pays est meilleure qu’elle ne l’était avant la guerre, 60 % pensent qu’une nouvelle intifada éclatera prochainement en Cisjordanie et 74 % estiment que le désarmement du Hamas, objectif majeur de la guerre, a peu ou pas été atteint.

*Sondage réalisé par Israël Democracy Institute auprès de 1 200 personnes.

© REUTERS

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s'exprime devant l'assemblée plénière de la Knesset, aux côtés du Premier ministre albanais Edi Rama, à Jérusalem, le 26 janvier 2026.
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Pam Bondi emportée par l'affaire Epstein ? Son audition devant le Congrès vue par la presse américaine

Pam Bondi a offert un show bien particulier devant la Chambre des représentants ce mercredi 11 février. Interrogée sur la gestion de l'affaire Epstein et la publication de milliers de documents caviardés par son ministère de la Justice et le FBI, la procureure générale de l'administration Trump 2 s'est illustrée par une défense on ne peut plus offensive, "imitant la tactique du président Donald Trump qui consiste à passer à l'attaque lorsqu'on lui pose des questions difficiles", souligne The New York Times. Au cours de l'audience, des élus démocrates au Congrès ont accusé la ministre de la Justice, d'"étouffer" l'affaire Epstein en ne respectant pas la loi obligeant l'administration Trump à faire toute la transparence sur ce dossier.

"Admiration et loyauté"

L'atmosphère s'est tendue dès lors que des élus démocrates ont dénoncé la publication de photos et de noms de victimes, tandis que d'autres, de potentiels complices de Jeffrey Epstein, ont été maintenus secrets grâce à la technique du caviardage, raconte The Wall Street Journal. La première accroche est survenue lorsque l'élue démocrate de Washington, Pramila Jayapal, lui a lancé : "Allez-vous maintenant vous tourner vers ces victimes et vous excuser pour ce que le ministère de la Justice leur a fait subir ?" Ce à quoi Pam Bondi a répondu qu'elle ne s'abaisserait pas à ce niveau. "Cet échange houleux a donné le ton du reste de l'audience, où Pam Bondi et ses interlocuteurs démocrates n'ont cessé de s'interrompre par des cris et des reproches mutuels", poursuit le quotidien économique. Selon l'adage controversé : "la meilleure défense est l'attaque", "Pam Bondi s'est ensuite lancée dans une digression concernant son prédécesseur au poste de procureur général, Merrick Garland, sous la présidence de Joe Biden", note la chaîne CNN. Pour terminer par des disputes et en attaques personnelles, loin du sujet évoqué au départ. "Pam Bondi a décidé que le moment demandait de la combativité, pas de la contrition", commente encore la chaîne d'information en continu.

Selon plusieurs grands titres de la presse outre-Atlantique, l’ancienne procureure générale de Floride, fidèle parmi les fidèles du président américain, a profité de l'audience pour lui réitérer toute sa loyauté et son admiration. Alors qu'un élu républicain du Kentucky, Thomas Massie, s'est joint aux questionnements et dénonciations des élus démocrates concernant la façon dont les documents de l'affaire Epstein ont été publiés, Pam Bondi n'a pas hésité à le traiter de "politicien raté", rapporte The New York Times et de l'accuser d'être atteint du "syndrome anti-Trump".

"Des attaques préparées"

Dans chacune de ses réponses face aux interrogations d'élus sur la méthode de publication des documents, Pam Bondi a réussi à rebondir, "combative" et par l'utilisation d'une rhétorique préparée contre les démocrates et leur gestion du dossier sous la présidence de Joe Biden. "Tout cela pour changer de sujet et étouffer toute critique", décrypte le quotidien new-yorkais. De son côté, le Washington Post ne dit pas autre chose : "Pam Bondi est venue armée d’insultes préparées pour les démocrates".

Durant quatre heures, Pam Bondi est restée "évasive" voire même volontairement "hors sujet". Elle a par exemple refusé de discuter de la gestion par le département de la Justice des récentes fusillades mortelles de Renée Good et d’Alex Pretti par l'ICE à Minneapolis. A la place, "elle a laissé entendre que des enquêtes sur les voix critiques de Trump étaient en cours", regrette The Washington Post.

Si Pam Bondi a cherché à faire taire les critiques qui émergeaient à l'égard du président américain, "cela s'est potentiellement fait au détriment de la volonté du peuple américain d'avoir des réponses sur l'affaire Epstein", tacle la chaîne CNN, rappelant qu'une majorité d'Américains (59%) désapprouvent la gestion de l'affaire Epstein selon un récent sondage de l'institut Ipsos.

© REUTERS

Survivors of Jeffrey Epstein raise their hands after U.S. Representative Dan Goldman (D-NY) asked who of them has been unable to meet with the U.S. Department of Justice led by Attorney General Pam Bondi, as Bondi attends a House Judiciary Committee hearing on oversight of the Justice Department to testify, on Capitol Hill in Washington, D.C., U.S., February 11, 2026. REUTERS/Kent Nishimura REFILE- CORRECTING ID FROM "U.S. REPRESENTATIVE PRAMILA JAYAPAL (D-WA)" TO "U.S. REPRESENTATIVE DAN GOLDMAN (D-NY)".
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Minneapolis : l'émissaire de Donald Trump annonce la fin des opérations anti-immigration de l'ICE

L’émissaire de Donald Trump à Minneapolis, Tom Homan, a annoncé jeudi 12 février la fin de l’opération de contrôle de l’immigration menée dans le Minnesota. "J’ai proposé et le président Trump a accepté que cette opération de renforcement des effectifs prenne fin", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Il y a une semaine, le chargé de la sécurité des frontières avait déjà annoncé le retrait d'environ 700 agents de la police de l'immigration (ICE). Ce jeudi, il a déclaré que la plupart des agents restants, déployés depuis d'autres Etats, seraient rapatriés la semaine prochaine, évoquant notamment une coordination "sans précédent" avec les forces de l'ordre locales du Minnesota.

Le "tsar des frontières", comme il est surnommé, avait été dépêché dans l’Etat pour prendre la direction des opérations alors que l’administration Trump était vivement critiquée pour les méthodes employées par les agents de la police de l'immigration (ICE). Dans le cadre de l'opération Metro Surge, lancée en décembre 2025, Donald Trump avait déployé environ 3 000 agents de l'immigration armés fin janvier pour expulser les migrants du Minnesota, principalement à Minneapolis, sa plus grande ville. Dès le début du déploiement de l’opération, dans les deux villes voisines de Minneapolis et Saint Paul, largement acquises aux démocrates, des riverains ont rapidement mis en place des groupes de discussion et des rondes informelles afin d’observer, voire d’interpeller, les agents de l’immigration. Les autorités fédérales ont affirmé que certains de ces rassemblements avaient dépassé le cadre légal, évoquant des entraves aux opérations et des comportements violents ; plusieurs participants ont ainsi été poursuivis au niveau fédéral. De leur côté, les militants dénoncent un recours excessif à l’intimidation, aux gaz lacrymogènes et à la force, estimant que les droits protégés par le Premier Amendement ont été mis à mal lors de manifestations qu’ils jugent pacifiques.

Plus de 4 000 personnes ont été arrêtées, trois blessées par balle dont deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, tués par des agents fédéraux. "Grâce à nos efforts ici, le Minnesota est désormais moins un Etat refuge pour les criminels", s'est tout de même justifié Tom Homan. Ces opérations d'expulsion ont également été fermement contestées par le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, et d'autres élus de l'Etat.

"Je le croirai quand je le verrai"

Pour de nombreux Minnesotiens, l'annonce de Tom Homan a marqué un tournant bienvenu, mais la nouvelle de ce retrait des troupes a été accueillie avec scepticisme, rapporte le New York Times. "Je le croirai quand je le verrai", a déclaré Elliott Payne, président du conseil municipal de Minneapolis.

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a salué la fin de la répression contre l'immigration et a félicité les habitants pour leur réaction. Il a déclaré que cette opération avait été "catastrophique" pour les familles et les entreprises de Minneapolis. "Ils pensaient pouvoir nous briser, mais l’amour du prochain et la volonté de persévérer peuvent survivre à une occupation", a-t-il déclaré dans un communiqué.

© REUTERS

Le "tsar des frontières", Tom Homan, s'exprime lors d'une conférence de presse au bâtiment de l'Administration des services généraux des Etats-Unis à Saint Paul, Minnesota, le 4 février 2026.
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Affaire Epstein : plus qu'un scandale sexuel, un scandale de classe profondément britannique

Jeffrey Epstein n’a pas forcé l’entrée de l’élite britannique. Il y a été introduit, accompagné, légitimé. Par des figures mondaines, par un prince, par un pilier du pouvoir politique. Loin d’un réseau occulte, c’est un monde familier : celui de la mondanité comme infrastructure du pouvoir. Annabelle Neilson, cousine du comte de Warwick, figure du Londres huppé des années 1990, en est un exemple. Muse d’Alexander McQueen et de John Galliano, proche de Kate Moss, ex-épouse du baron Nathaniel Rothschild, elle organisait pour Epstein des rendez-vous avec de jeunes femmes de l’aristocratie, sous couvert d’entretiens professionnels.

En août 2010, Neilson écrit à Epstein : "Je vous compose un petit groupe de filles. J’espère qu’au moins une aura toutes les qualités que vous désirez." Lady Alexandra Spencer-Churchill, demi-sœur du duc de Marlborough, figure parmi celles reçues sous prétexte de devenir assistante personnelle. Dans un autre message, Neilson glisse : "Quelques-unes de mes filles, qui seraient parfaites pour le poste mais ont malheureusement dépassé leur date de péremption, auraient toutes abandonné mari et presque enfants pour le job quand je leur ai demandé." Banalisation de l’exploitation sexuelle, langage pseudo-managérial, la frontière morale est inexistante.

L'écosystème de la haute société britannique mis à nu

Neilson ne se limite pas à l’ombre. Intermédiaire social typique, elle fluidifie échanges et protections entre argent, titres et pouvoir. L’affaire Epstein montre qu'au Royaume-Uni, la mondanité n’est pas un décor. Elle est une mécanique. Comme le montre Eleanor Doughty dans Heirs and Graces (2025), une enquête sur les 796 familles aristocratiques britanniques disposant de titres héréditaires, la haute société britannique agit comme un écosystème autonome, où relations et recommandations privées valent plus que les institutions. La mort de Neilson, d’une crise cardiaque, en 2018, ne permettra pas d’en savoir davantage.

En haut de la chaîne se trouve l’ex-prince Andrew, aujourd’hui déchu de son titre et désormais connu sous le nom de Andrew Mountbatten-Windsor. Fils préféré de la reine Elizabeth II et mouton noir de la famille royale, il fut "envoyé spécial pour le commerce" du gouvernement britannique entre 2001 et 2011. Son rôle consistait à promouvoir les intérêts commerciaux britanniques à l’étranger, rencontrer chefs d’État, investisseurs et grandes entreprises. Les dossiers Epstein révèlent qu’il transmettait à son ami Jeffrey des dossiers sensibles, voire confidentiels, parfois quelques minutes après les avoir reçus. Pour l’historien Andrew Lownie, auteur de Entitled: The Rise and Fall of the House of York (2025), Andrew fait figure d’"idiot utile" et même de "trophée" apportant à Epstein respectabilité, accès aux plus hautes sphères et informations sensibles.

Réduire Andrew à un idiot manipulé revient pourtant à excuser la structure qui l’a produit : un Etat confiant des missions commerciales sensibles à un prince sans véritable responsabilité politique, et qui le laisse évoluer, presque sans contrôle. Lorsque Vincent Cable, ancien ministre du Commerce, a tenté d’obtenir les dossiers sur les activités d’envoyé spécial d’Andrew, le Foreign Office lui a indiqué que les documents officiels concernant le rôle de Prince Andrew resteraient scellés jusqu’en 2065… La police britannique a ouvert une enquête.

Avec Mandelson, le cœur du pouvoir politique vacille

Peter Mandelson ne devrait pas bénéficier d’une telle opacité. Son cas a fait monter la crise d’un cran. Des emails le montrent donnant à Epstein un aperçu anticipé d’un plan européen de sauvetage bancaire de 500 milliards d’euros, ou commentant en temps réel les dernières manœuvres pour pousser le Premier ministre Gordon Brown vers la sortie. La police a immédiatement perquisitionné ses propriétés et le Premier ministre Keir Starmer a exigé sa déchéance de la Chambre des Lords.

Mandelson, longtemps surnommé le "Prince des Ténèbres", touche le cœur du monde politique britannique et du Labour Party en particulier. Architecte du New Labour, mentor de Tony Blair et Gordon Brown, il est nommé l’année dernière ambassadeur à Washington par Keir Starmer malgré sa réputation plus que sulfureuse… avant d’être limogé six mois plus tard quand ses relations avec Epstein ont refait surface.

Il incarne cette élite dite "éclairée", persuadée que la proximité du pouvoir justifie tous les angles morts. Mais ses échanges avec Epstein en 2010 traduisent cynisme froid et mépris assumé pour les victimes. L’homme qui vendait le New Labour comme une modernisation responsable, pro‑business mais éthiquement régulée, apparaît soudain comme un colporteur d’informations sensibles auprès d’un prédateur déjà condamné.

Un autre pan des fichiers Epstein, mis en lumière par l'éditorialiste James Marriott, révèle une avalanche d’emails saturés de "big ideas" pompeuses : méditations pseudo‑scientifiques sur la "dark matter of the brain", banalités sur le rôle prétendument "positif" de la religion, jargon de "pattern‑reading" et de "super-forecasting" échangé entre milliardaires, banquiers, princes et investisseurs. Marriott y voit le symptôme d’un capitalisme où la richesse ne s’affiche plus seulement par les biens, mais par le vocabulaire : séminaires à Davos sur "l’avenir de l’humanité", "corporate philosophies", consultations avec "hundreds of moral philosophers" pour lancer une nouvelle technologie. Cette prétention à la profondeur sert aussi de bouclier : si Epstein est un "visionnaire transhumaniste" qui finance la recherche ou discute de "data visualization" avec des ministres, comment voir le réseau de coercition sexuelle et de chantage qui se joue en coulisses ?

Un carburant idéal pour les populistes

Ce que le récit britannique de l’affaire Epstein révèle dépasse la corruption classique : il met à nu une corruption de l’idée même d’élite. Aristo‑rabatteuse, prince‑trophée et "spin doctor" gouvernemental se retrouvent dans le même réseau, non par hasard mais parce qu’ils partagent la conviction intime que leur rang social et leur intelligence supposée les placent au‑dessus des règles qui régissent le reste de la société. Les conséquences sont profondes : effondrement de la confiance, montée du ressentiment, ce carburant idéal pour les populismes. La British Social Attitudes Survey montrait que seuls 12 % des Britanniques faisaient encore confiance à leur gouvernement et leurs élites en 2024 contre 47 % en 1987. Combien seront-ils demain ?

Epstein n’est pas une anomalie. C'est un révélateur. Celui d’un pays qui se raconte moderne mais qui fonctionne selon des réflexes anciens. Plus qu’un scandale sexuel, l’affaire Epstein est un scandale de classe, profondément britannique.

© via REUTERS

L'ancien ambassadeur britannique Peter Mandelson, contraint à la démission en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein, en compagnie du Premier ministre Keir Starmer, le 26 février 2025 à Washington.
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Face à la Russie, l’Europe bientôt dotée de son propre missile hypersonique ?

Ce pourrait être une arme importante, au moment où l'Europe cherche à renforcer sa souveraineté militaire. En début de semaine, le fabricant anglo-allemand Hypersonica a annoncé avoir réalisé avec succès un premier test concernant le lancement d'un missile hypersonique, en Norvège, le 3 février.

L'objectif : doter l'Europe dès 2029 d'un missile à très grande vitesse - 7 400 kilomètres/heure, dans le cas présent, ce qui correspond à une vitesse Mach 6 (six fois la vitesse du son). Mais surtout, d'un missile qui puisse être manœuvré de façon précise, le rendant plus difficile à intercepter.

"Le prototype de missile d'Hypersonica a atteint des vitesses supérieures à Mach 6, avec une portée de plus de 300 km", ont indiqué les fondateurs de la société de défense et d'aérospatiale, le Dr Philipp Kerth et le Dr Marc Ewenz, dans un communiqué publié lundi. "Durant l'ascension et la descente atmosphérique, tous les systèmes ont fonctionné normalement. Les performances du système ont été validées avec succès jusqu'au niveau de chaque sous-composant à des vitesses hypersoniques".

Les dirigeants d'Hypersonica assurent par ailleurs que le vol "a permis de recueillir des données précieuses qui amélioreront notre capacité d'analyse des profils d'armement adverses". L'entreprise, fondée en 2023 et qui se définit comme une start-up financée par des fonds privés, ambitionne un lancement dans les trois prochaines années.

Elle précise que son calendrier reposera sur des vols d'essai successifs d'ici 2029 : "réaliser le vol hypersonique, démontrer un contrôle de vol avancé à des vitesses hypersoniques, puis atteindre une manœuvrabilité complexe". En cas de succès, elle assure qu'elle sera en mesure de concevoir ces missiles en seulement 9 mois. Un avantage lié au mode de fonctionnement agile de cette start-up, qui assure bénéficier de cycles de développement en moyenne 80 % plus économique, et plus rapide, que les géants du secteur.

Réponse aux missiles russes

Le modèle développé par Hypersonica devrait notamment permettre de concurrencer l'Orechnik russe, un missile hypersonique d'une portée de 5 500 kilomètres que Moscou a notamment utilisé à plusieurs reprises dans sa guerre en Ukraine. La première fois, sur Dnipro en novembre 2O24, puis plus récemment sur Lviv en janvier 2026. En raison de leur rapidité, ces missiles sont très durs à intercepter.

Cette annonce intervient également alors que l'Europe souhaite réduire sa dépendance envers l'industrie militaire américaine. Comme le rappelle Euronews, rien qu'entre 2020 et 2024, les pays européens membres de l'Otan ont doublé leurs importations (par rapport à la période 2015-2019), les deux tiers d'entre elles provenant des États-Unis.

Bientôt un missile hypersonique français ?

La France n'est pas en reste concernant le développement de ces missiles hypersoniques. Elle maîtrise déjà la très haute vitesse, avec ses missiles balistiques M51. En mars 2025, Emmanuel Macron a également confirmé que la France serait équipée d'ici à 2035 d’un missile hypersonique ASN4G. "Il est a priori acquis que ce missile dépassera la vitesse Mach 5, et il pourrait même, selon certains spécialistes, atteindre Mach 6 ou 7, soit entre 7 400 et 8 600 km/h. Il sera également doté d’une grande manœuvrabilité", expliquait à l'époque 20 Minutes.

Elle développe également le programme V-Max (ArianeGroup), qui vise à développer le savoir-faire en termes de manoeuvrabilité de ces engins à très grande vitesse. Enfin, niveau défense, le projet Odin’s Eye en partenariat avec l'Allemagne vise à détecter des tirs hypersoniques ennemis.

© Hypersonica

Plusieurs vols d'essai seront nécessaires avant le déploiement de ces missiles, d'ici 2029.
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L’amnistie contre le silence : comment l’Algérie cherche à récupérer ses opposants

"Après douze années d’exil, je m’apprête à rentrer dans mon pays. Quelle joie !". Le passeport algérien et un billet d’avion en main, un gros sac noir en bandoulière, Ahmed Seklab attend son vol à l’aéroport de Londres, le samedi 17 janvier 2026. Le quadragénaire, barbe taillée, vêtu d’une veste noire, était exilé en Angleterre où il avait fui la justice de son pays qui l’avait condamné, à plusieurs reprises, à des peines d’emprisonnement pour des critiques acerbes, parfois ad hominem, contre les dirigeants de son pays. Proche de la mouvance islamiste, le diplômé en sciences religieuses avait quitté l’Algérie en 2012 et ne pensait pas qu’il allait pouvoir y retourner un jour.

Mais quatre jours auparavant, la présidence algérienne avait annoncé, presque ex nihilo, l’adoption d’une mesure permettant aux Algériens vivant à l’étranger "dans une situation de précarité" de pouvoir rentrer dans leur pays. Dans le communiqué de la présidence algérienne, l’énoncé est confus : il évoque des jeunes "en situation irrégulière […] ayant été délibérément induits en erreur par des individus qui se croyaient capables de nuire à la crédibilité de l’Etat en les instrumentalisant à l’étranger contre leur pays". Sans préciser s’il s’agit de délinquants, très nombreux à quitter le pays ces dernières années pour parfois échapper à la justice, ou de jeunes militants qui s’exilent pour ne pas subir la répression politique.

Ce que l’on sait, c’est qu’en contrepartie de la levée des poursuites judiciaires, le "repenti" doit signer "un engagement de non-récidive", donc montrer patte blanche et cesser toute action jugée subversive par les autorités. Quitte à renoncer à sa liberté de parole.

Aussitôt, les consulats et les services de sécurité essaimés dans les représentations diplomatiques se sont mis au travail. Des figures connues de l’opposition, plus particulièrement des influenceurs critiques envers le régime algérien, ont été contactées. Sid-Ahmed Seklab en fait partie. Il a récupéré son passeport dont il avait été dépossédé depuis une dizaine d’années et a pu embarquer aussitôt à destination d’Alger. Depuis, lui qui était très prolixe du temps où il était opposant, ne poste que de rares courtes vidéos pour notamment montrer sa joie de retrouver sa famille, son pays. Plus de politique. Point de critiques envers Abdelmadjid Tebboune.

Cette mesure permettant aux Algériens un retour en contrepartie d’une repentance n’est pas vraiment nouvelle. En 2022, une loi dite "réunification", jamais publiée, a permis à quelques dizaines de militants du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK, organisation séparatiste kabyle déclarée terroriste par Alger) de rentrer à la condition qu’ils renoncent à "s’attaquer à l’Algérie".

Parmi eux figurent des personnalités de premier plan, à l’instar de Hacen Ziani, ancien Premier ministre du "gouvernement kabyle en exil". Résidant au Canada depuis une vingtaine d’années, ce professeur de mathématiques à l’Université du Québec et poète connu en Kabylie, est désormais libre de circuler entre son pays natal et celui de sa résidence.

Amnistie ou arrestation ?

Ce choix du pot de paix contre celui du silence n’a pas été celui de tous les militants exilés. Des journalistes et des activistes ont annoncé clairement leur refus d’abdiquer leur liberté. C’est le cas du journaliste Abdou Semmar. Réfugié à Paris et condamné à la peine capitale dans son pays pour avoir dévoilé une affaire de corruption présumée au sein de la compagnie algérienne des hydrocarbures Sonatrach, il a annoncé qu’il n’acceptait de regagner son pays que s’il conservait "sa liberté de parole".

Une position similaire a été exprimée par la militante Amira Bouraoui, qui a fui clandestinement l’Algérie en 2023 après avoir été condamnée à deux ans de prison pour "injure" contre le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune. "J’ai évidemment envie de rentrer dans mon pays, de voir ma famille. Mais pas au détriment de ma liberté", a écrit sur sa page Facebook Zakaria Hannache. Le trentenaire, technicien en électromécanique, vit depuis trois ans au Canada depuis qu’il a fui l’Algérie pour échapper aux poursuites judiciaires conséquentes à son activisme dans le hirak, le mouvement pro-démocratie qui a poussé l’ancien président Abdelaziz Bouteflika à la démission en avril 2019.

En plus du refus de renoncer à leur liberté de parole, beaucoup d’Algériens se méfient des autorités. Car au moment où cette amnistie est offerte à certains, d’autres émigrés, notamment ceux qui ont participé à des manifestations anti-régime à l’étranger, plus particulièrement en France et au Canada, se font souvent arrêter.

Certains d’entre eux le sont même dès qu’ils posent le pied sur le sol national ; d’autres sont carrément condamnés pour "apologie du terrorisme". "C’est une injustice de déclarer une amnistie pour une partie de la population et en exclure une autre parce qu’elle refuse de renoncer à sa liberté", dénonce Said Zahi, un avocat qui défend beaucoup de détenus d’opinion.

Parmi les jeunes partis à l’étranger pour des raisons sociales ou économiques, beaucoup ont exprimé leur rejet de ces mesures "parce que la vie est meilleure en France", a par exemple indiqué sur les réseaux sociaux Mohamed, un vendeur à la sauvette dans la région parisienne.

Comme lui, beaucoup sont partis sur des embarcations de fortune, prenant des risques fous pour gagner les côtes espagnoles avant de finir leur voyage en France à la recherche de l’Eldorado. Il est difficile après cela de faire le chemin inverse.

© APP/MAXPPP

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 1er février 2026.
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La Russie cible WhatsApp et Telegram pour forcer ses citoyens à utiliser une messagerie surveillée

Son logo représente une bulle de dialogue blanche, sur un fond bleu-violet, et son fonctionnement rappelle l'application chinoise WeChat, surveillée par les autorités. Depuis plusieurs mois, Moscou tente de forcer les Russes à utiliser la messagerie "Max", conçue à des fins de surveillance. Dernier effort en date, le gouvernement a ainsi brutalement suspendu l'accès au service de messagerie cryptée WhatsApp mercredi 11 février, privant 100 000 utilisateurs de la plateforme de Meta. Peu de temps avant, c'était la messagerie Telegram qui subissait également des restrictions de la part du Kremlin.

Les autorités russes ont ainsi retiré WhatsApp de la liste des sites accessibles depuis l'internet russe, contrôlée par Roskomnadzor, l'autorité de régulation du web. Cette mesure rend l'accès au service quasiment impossible, sauf recours à des solutions de contournement complexes. Moscou a, par ailleurs, supprimé Facebook et Instagram de "l'annuaire" russe, les rendant accessibles uniquement par l'utilisation de VPN (des réseaux privés virtuels), tandis que YouTube aurait aussi été restreint.

Ce blocage fait suite à des limitations de l'accès à WhatsApp, Telegram et FaceTime ces derniers mois, rendant les appels vocaux impossibles, le ralentissement le plus important ayant eu lieu en décembre. "Le gouvernement russe a tenté de bloquer totalement WhatsApp afin d’inciter les utilisateurs à se tourner vers une application de surveillance d’État. Tenter d’isoler plus de 100 millions de personnes de toute communication privée et sécurisée constitue un recul et ne peut qu’accroître l’insécurité des citoyens russes", a indiqué mercredi WhatsApp, citée par le Financial Times.

De son côté, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, s'est dit dans la presse russe ouvert au dialogue si Meta se conforme aux lois russes, relaye Reuters. "Il s'agit une fois de plus du respect de la législation. Si la société Meta s'y conforme et entame un dialogue avec les autorités russes, alors nous pourrons envisager un accord". Depuis le début de l'invasion en Ukraine, la guerre entre les plateformes de réseaux sociaux étrangers et le Kremlin s'est en effet intensifiée.

Messagerie nationale

L'année dernière, la Russie a officiellement désigné Max "messagerie nationale", poussant de nombreux citoyens à se tourner vers le réseau social appartenant à l'entreprise VKontakte (VK), contrôlée par des proches de Vladimir Poutine. Mardi, l'autorité russe de régulation des télécommunications, Roskomnadzor, a également déclaré qu'elle continuerait à restreindre le fonctionnement de Telegram, l'accusant de "violer le droit russe" sur la protection des données, ou de permettre son utilisation à des fins criminelles. L'agence de presse TASS a rapporté que Telegram risquait des amendes d'un montant de 64 millions de roubles (828 000 dollars) pour refuser de se mettre en conformité avec les lois russes.

Une série d'attaques auxquelles a réagi Pavel Durov, son fondateur, dans un communiqué : "La Russie restreint l’accès à Telegram afin de contraindre ses citoyens à utiliser une application d’État conçue pour la surveillance et la censure politique (...) Il y a huit ans, l’Iran a tenté la même stratégie, sans succès. Le pays a interdit Telegram sous de faux prétextes, cherchant à imposer une alternative étatique".

"Contreproductif"

La décision de cibler Telegram n'a pas été laissée au hasard, l'application étant utilisée par des millions de personnes en Russie, y compris les militaires et fonctionnaires de l'Etat. Raison pour laquelle les restrictions imposées à Telegram ont suscité l'inquiétude, y compris des soutiens du régime, alors que les soldats envoyés en Ukraine utilisent cette application pour communiquer entre eux, et avec leurs familles.

Sergueï Mironov, chef d'un parti parlementaire pro-Kremlin a ainsi publié des appels contre cette décision : "Ces gars-là se font massacrer, ils ont besoin de moyens de communication normaux, et à part Telegram, ils n'ont souvent rien d'autre", a-t-il écrit. "Ne les privez pas de ce qui leur permet de combattre l'ennemi et de survivre", a-t-il ajouté, comme le rapporte Reuters. Vyacheslav Gladkov, gouverneur de la région de Belgorod (l'ouest du pays), fréquemment touchée par des drones ukrainiens, s'est aussi dit inquiet que ces restrictions ne rendent plus difficile la diffusion d'alertes à la population en cas d'attaques.

© MAXPPP

Ce blocage fait suite à des limitations de l'accès à Whatsapp, Telegram et FaceTime ces derniers mois.
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L'affaire Epstein, un miroir dérangeant pour les Européens

L’affaire Epstein nous trouble. Officiellement, parce qu’elle nourrit les populismes et confirme tous les soupçons sur "les élites". Officieusement — et plus profondément — parce qu’elle tombe extrêmement mal. Elle tombe mal parce qu’elle (re)surgit précisément au moment où l’Europe cherche à se raconter une histoire commode : celle d’une alliée trahie par les Etats-Unis, brutalement abandonnée sur le plan géopolitique, contrainte - presque malgré elle - d’inventer enfin son autonomie stratégique. Cette histoire, qui n’est pas entièrement fausse, est utile. Elle est aussi moralement confortable et politiquement mobilisatrice. Or Epstein vient tout gâcher.

Car l’affaire agit comme un rappel brutal d’une certaine compromission européenne. Ce financier mondain devenu l’un des hommes les mieux connectés des cercles de pouvoir occidentaux, ses résidences fréquentées par responsables politiques, aristocrates et grands patrons, son arrestation tardive, puis sa mort en prison en 2019 dans des circonstances suspectes : tout cela renvoie à un entre-soi transatlantique où l’argent, l’influence et l’impunité semblaient parfois se confondre.

L’affaire n’est donc pas seulement un scandale américain qui éclabousse l’Europe par ricochet ; elle révèle un monde commun dans lequel les élites européennes ont circulé avec aisance, curiosité et une certaine naïveté satisfaite. Epstein devient alors un prisme grossissant : au moment où l’Europe voudrait se poser en victime d’un allié devenu prédateur, sa complaisance (parfois fascinée, souvent imprudente) est dévoilée par les lumières crues de l’affaire Epstein.

Il faut aussi se souvenir que cette relation n’a pas toujours été "toxique". Pendant des décennies, le couple transatlantique a été solide, productif, rassurant. Reconstruction d’après-guerre, sécurité partagée, prospérité économique, stabilité politique : cette alliance fut longtemps un choix mutuellement bénéfique. Nous n’avons pas toujours été des victimes ; nous avons aussi été des partenaires satisfaits d’une relation qui fonctionnait. C’est précisément ce passé commun qui rend aujourd’hui la désillusion plus douloureuse – et le leitmotiv de la trahison si utile et séduisant.

Pourtant, le besoin d’émancipation est réel. Sanctions secondaires, enquêtes extraterritoriales visant des entreprises européennes, pressions commerciales, et surtout sécuritaires - tout cela rappelle régulièrement où se situe le rapport de force. Le protecteur n’est plus fiable. Il ne cache d’ailleurs même plus qu’il ne faut plus compter sur lui.

Mais l’affaire Epstein vient troubler ce récit de libération. Elle rappelle que, comme dans toute relation de confiance durable, nous avons été impliqués et consentants. Et c’est précisément ce qui rend la rupture si difficile. Dénoncer l’autre, c’est risquer de révéler sa propre naïveté. Se dire trahi, c’est oublier qu’on a aussi fermé les yeux.

L’Europe dans une zone grise peu flatteuse

L’embarras est d’autant plus grand que les dossiers ne sont pas entre nos mains. Les archives, la justice, les listes de fréquentations, le tempo médiatique restent américains, et chaque nouvelle publication de documents, partiels ou caviardés, rappelle que le récit ne nous appartient pas.

Comment construire une posture morale quand l’autre détient la capacité de rappeler, à tout moment, que la relation fut aussi une affaire de consentement jusque dans ses recoins les plus sombres ?Les dilemmes européens sont donc multiples. Moraux d’abord : assumer les compromissions ou les nier au risque du retour de flamme. Stratégiques ensuite : proclamer l’autonomie sans en avoir encore les moyens, ou différer l’émancipation au risque de l’enlisement.

Politiques enfin : en ce mois de février 2026, les Européens restent divisés ; entre pays d’Europe centrale attachés au parapluie sécuritaire américain, États du Sud prioritairement préoccupés par la stabilité économique et pays fondateurs tentés par une autonomie plus affirmée.

L’affaire Epstein rend impossible le confort du récit simple. Ni pure victime ni héroïne en devenir, l’Europe apparaît dans une zone grise peu flatteuse. Mais Epstein peut aussi agir comme un électrochoc de plus, rappelant que l’autonomie stratégique ne relève pas seulement des budgets ou des armées, mais aussi d’une forme de lucidité morale. L’Europe peut évidemment s’émanciper de sa tutelle américaine. Mais pas en se racontant qu’elle n’a rien vu ni rien accepté. Peut-être en comprenant au contraire que c’est de cette zone inconfortable - entre naïveté passée et lucidité présente - que naissent les retournements.

© Maxime Jegat/PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

"La masse d’informations donne le sentiment d’un gigantesque réseau pédocriminel mené par Jeffrey Epstein", note Pascal Wagner-Egger, chercheur en psychologie sociale à l’université de Fribourg, spécialiste des croyances complotistes.
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De la réhabilitation d’Hitler à la montée de l’AfD : chronique d’une banalisation

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Il y a les arrestations de la police de l’immigration, comparées aux rafles de la Gestapo. Il y a aussi la tenue du patron de l’ICE, Gregory Bovino, accusé par ses opposants de s’habiller comme un officier SS. Il y a également eu, en janvier 2025, le très probable salut nazi d’Elon Musk en pleine investiture de Donald Trump. Au-delà des images, il y a les mots : des slogans comme "Make America White Again" ou "Les juifs ne nous remplacerons pas !". C’est dans ce contexte que L’Express s’intéresse cette semaine à la montée du nazisme, notamment aux Etats-Unis, et même à la fin du tabou autour d’Hitler.

Outre-Atlantique, c'est la bataille pour la succession d'Hitler qui réveille les thèses nationalistes, qu'il s'agisse de son vice-président J.D. Vance, ou des influenceurs Maga comme le négationniste Nick Fuentes.

Une tendance aux Etats-Unis qui contamine le Vieux Continent. En Allemagne, particulièrement, les cadres de l'AfD (Alternativ für Deutschland) élaboraient en novembre 2023, un plan d'épuration éthique avec des néonazis. Le parti d'extrême droite a même présenté aux élections européennes un candidat qui relativise les crimes nazis.

Création d'une police de la "remigration", retour du droit du sang, mise en place de "milices de quartier". Malgré un programme ultraradical, l’AfD est aujourd’hui la première force d’opposition en Allemagne. Aux élections législatives de février 2025, le parti a doublé le nombre de ses députés au Bundestag. Une situation inquiétante mais qui s’est installée très progressivement dans nos paysages politiques.

Dans cet épisode d'Hier à la Une, on vous propose de regarder ce qu'en disait L’Express il y a quelques années.

En 1977, par exemple, Hitler est "à la mode". Il est la tête d'affiche d'un film et d'un livre qui dressent son portrait, tentant de rompre avec l'image du dictateur. Quelques années plus tard, en 1992, l'Allemagne voit surgir une vague de violence venue de l'extrême droite. En 2020, le parti de l'AfD est installé dans le pays, avec un discours plus que radicalisé.

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Cet épisode a été écrit par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot, avec Anne Marion à la documentation.

Crédits : Euronews, France 3, Al Jazeera English

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© L'Express

Archive d'une couverture de L'Express - Août 1977
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Conférence de Munich : un an après le coup de tonnerre de J.D. Vance, le fossé transatlantique est béant

Un an après le coup de tonnerre diplomatique déclenché par le vice-président J.D. Vance dans son discours de Munich, le projet américain d’exporter la révolution trumpiste en Europe marque le pas. Mais les Européens, pour leur part, n’ont toujours pas réussi à s’émanciper de Washington. Les deux piliers d’un Occident qui part en capilotade se regardent en chiens de faïence.

Sous Trump et Vance - le vice-président le plus présent à l’international depuis Dick Cheney, l’artisan de l’invasion de l’Irak en 2003 - les Etats-Unis ne font pas que négliger leurs alliés, piétiner le droit international et abandonner l’Ukraine. Le récent épisode groenlandais a montré qu’ils pouvaient aussi se muer en prédateurs.

Résultat, la méfiance se répand. Vance a été hué par le public milanais lorsqu’il est apparu à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver, le 6 février. Publié le même jour, un sondage YouGov atteste que dans les pays les plus pro-américains, ceux qui considèrent encore les Etats-Unis comme alliés ou amis deviennent minoritaires. Leur nombre a fondu comme neige au soleil en Allemagne (41 %, soit 30 points de moins que sous Joe Biden) comme au Royaume-Uni (46 %, 23 points de moins). Même les populistes doivent prendre leurs distances avec Trump. Lors de l’élection présidentielle qui vient de se tenir au Portugal, le candidat André Ventura, fan du président américain, a mordu la poussière.

Réunis l’an dernier dans l’hôtel Bayerischer Hof à Munich, les principaux responsables politico-militaires européens ont senti un abîme vertigineux s’ouvrir sous leurs pieds en écoutant le vice-président américain. Au moment même où ils prenaient enfin au sérieux les reproches des Etats-Unis sur le partage du fardeau de la défense, ceux-ci déplaçaient le conflit sur le terrain des valeurs ! Les Européens découvraient avec effroi que les principes exposés par l’orateur contredisaient directement leur pratique politique et leurs convictions progressistes.

Les Européens sont seuls désormais

Car que reproche la Maison-Blanche aux élites européennes ? D’abord, de faire obstacle à l’accès au pouvoir des populistes proches de Trump, en usant pour cela de moyens déloyaux tels que censure, instrumentalisation de la justice, isolement politique ou artifices procéduraux. Ensuite, de faire preuve de complaisance coupable vis-à-vis d’une immigration musulmane qui, selon la nouvelle Stratégie nationale de sécurité américaine, porterait en elle le risque d’une perte d’identité de l’Europe et saperait donc, à terme, la raison d’être du bouclier accordé par l’Amérique au Vieux Continent.

Côté européen, on dénonce en retour l’hypocrisie d’une administration présidentielle qui abandonne les valeurs communes de démocratie et de liberté au profit d’une politique impériale mercantiliste, égoïste et à caractère autoritaire. Quand Donald Trump prétend que la seule limite à son pouvoir personnel est son "sens moral", tout en diffusant sur son réseau social des vidéos à connotation raciste, beaucoup d’Européens attachés au lien transatlantique se sentent trahis. Car l’Amérique n’est pas le premier allié venu. Elle est la pierre angulaire de l’ordre mondial. Elle accorde sa garantie de sécurité mais elle détient aussi les clés de la prospérité mondiale, grâce à sa domination de la finance, du commerce et de la technologie.

Les Européens sont seuls désormais. Le fossé transatlantique, devenu béant, ne profite qu’à la Russie de Vladimir Poutine et à son grand protecteur, le Parti communiste chinois. Le réalisme impose de reconnaître que les pays européens sont encore peu capables de se défendre par eux-mêmes, sans le parapluie nucléaire et les autres armes de l’Amérique. Or, ce n’est qu’en s’affirmant en acteurs souverains et unis qu’ils pourront protéger efficacement leurs intérêts, que les guerres à venir soient militaires, commerciales, technologiques ou culturelles. Le chemin à parcourir est encore long. En attendant qu’ils y soient parvenus, leur situation restera fort périlleuse.

© EPA

Le vice-président américain J.D. Vance à la conférence de Munich, le 14 février 2025.
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"Nous ne pouvons pas écarter cette option" : en Norvège, la crainte d'une invasion russe

La Norvège ne peut exclure la possibilité d'une invasion russe sur son territoire. Voilà l'alerte lancée par le chef d'état-major de l'armée d'Oslo. Dans une interview accordée au Guardian, le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes, livre sa crainte d’une offensive moscovite, non pas dans un objectif de conquête, mais plutôt pour la protection de ses actifs nucléaires, stationnés dans le Nord.

"Nous n'excluons pas une appropriation de terres par la Russie dans le cadre de son plan visant à protéger ses propres capacités nucléaires, qui sont la seule chose qui lui reste pour menacer réellement les États-Unis", s'alerte le militaire dans les colonnes du Guardian. Si Eirik Kristoffersen ne s'inquiète pas d'une invasion similaire à celle de l'Ukraine, il souligne qu'une large partie de l'arsenal nucléaire russe - dont des sous-marins, des missiles terrestres et des avions - se trouve sur la péninsule de Kola, à proximité immédiate de la frontière norvégienne.

Des armes dont le Kremlin aura besoin s'il entre en conflit avec l'Otan. "Nous ne pouvons pas écarter cette option (NDLR : une invasion). C'est en quelque sorte le scénario auquel nous nous préparons dans le Grand Nord", détaille celui qui est chef de la défense norvégienne depuis 2020, responsable des forces armées du pays ainsi que de ses services de renseignement. Son parcours au sommet de l’armée norvégienne a été marqué par la guerre en Ukraine qui a contraint l’Europe à repenser sa sécurité. Une période également marquée par l’adhésion de la Suède et de la Finlande, voisines d’Oslo à l’Otan, et le renforcement des frontières avec la Russie dans l’extrême nord de la Norvège.

Une zone stratégique

Cette zone de l'extrême nord est d'une importance cruciale pour la Russie. "La péninsule de Kola représente leur sécurité stratégique face à l’Occident", expliquait déjà en juillet 2025, Johan Roaldsnes, chef régional du service de renseignement intérieur norvégien, dans le New Yorker. "Le plan russe est le suivant : si les tensions avec l’Otan s’enveniment, ils doivent créer une zone tampon" afin de préserver leur capacité à mener des frappes nucléaires. "Cela implique la capacité de contrôler leur territoire voisin le plus proche".

Eirik Kristoffersen a précisé au Guardian que son pays et ses troupes ne se préparaient pas seulement à une invasion classique mais à un large éventail de menaces. "Si vous vous préparez au pire, rien ne vous empêche d'être également en mesure de contrer le sabotage et les menaces hybrides".

Des communications entre les deux pays

Le militaire précise toutefois que les communications entre la Russie et la Norvège ne sont pas coupées. Des contacts directs persistent, non seulement dans le cadre des missions de recherche et de sauvetage dans la mer de Barents, mais aussi de réunions régulières à la frontière entre les représentants des deux armées. L'homme se dit même favorable à la mise en place d'une ligne téléphonique militaire entre Moscou et Oslo.

Le but ? Disposer d'un canal de communication permettant d'éviter une escalade due à des malentendus... Qui ne seraient pas si rares que cela : "Jusqu'à présent, les violations que nous avons constatées dans notre espace aérien étaient dues à des malentendus", a affirmé Eirik Kristoffersen, attribuant ces incidents à des pilotes peu expérimentés". Avant d'ajouter : "Lorsque nous discutons avec les Russes, ils réagissent en fait de manière très professionnelle et prévisible". Le général précise que la Russie s'est montrée moins offensive sur son territoire qu'en mer Baltique.

© EPA/MAXPPP

"Nous n'excluons pas une annexion territoriale par la Russie", déclare le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes depuis 2020.
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"Nous avons créé un monstre" : en Allemagne, l'inquiétante dérive brune de l'AfD

Un parti nostalgique du IIIe Reich ? Avec 40 % d’intentions de vote ? Ce n’est pas une fiction, mais une réalité en Saxe-Anhalt où les électeurs s’apprêtent à confier les clés du pouvoir à l’AfD (Alternative für Deutschland) aux régionales le 6 septembre. La publication du "programme de gouvernement" en Saxe-Anhalt, vendredi 23 janvier, a officialisé le projet de refonte d’un État par l'AfD selon une vision ethno-nationaliste, autoritaire et climato‑sceptique d'un parti surveillé par L’Office de protection de la Constitution (Verfassungsschutz).

Création d'une police de la "remigration" sur le modèle de l'ICE américain, suppression du droit d’asile, retour du droit du sang, création de "milices de quartier", suppression des subventions aux Eglises catholique et protestante, résiliation du service public de l'audiovisuel, lutte contre le "lobby transgenre", définition de la famille "normale" entre homme et femme, abandon des programmes de lutte contre le racisme à l'école et des "études postcoloniales", retour du gaz russe, du nucléaire, du charbon, du moteur thermique et démontage des éoliennes... En deux mots : "penser allemand" dans une région qui fut le "centre géographique du Reich". Les politologues n’hésitent plus à tracer des parallèles avec la montée du nazisme dans les années 1930. "Sous la République de Weimar (1919-1933), nous n'avons pas suffisamment pris conscience du danger que représentait le NSDAP [parti de Hitler]. Le danger, c’est que nous répétions les mêmes erreurs", prévient Hendrik Cremer, expert de l’extrême droite à l’Institut allemand des droits de l'homme (DIMR) et auteur d’un ouvrage sur les dangers que représente l’AfD pour la démocratie (Plus longtemps nous restons silencieux, plus nous aurons besoin de courage, 2025, non traduit).

"Je ressens un certain fatalisme face à la situation. Les gens sont comme des lapins devant les phares", ajoute Hans Vorländer, politologue à l’université de Dresde, face à l’absence de réactions dans la classe politique et la société civile après la publication de ce programme résolument identitaire. Cette radicalisation de l’AfD a été progressive depuis 2015. Alors que le parti était sur le point de disparaître, deux ans après sa création, la "crise des réfugiés" a, pour ainsi dire, sauvé une AfD mort-née, grâce à une opposition radicale à la politique de l’accueil d’Angela Merkel et la récupération de mouvements, tel le parti islamophobe Pegida. "Un cadeau du ciel", confiait à l’époque le transfuge du parti conservateur (CDU) et idéologue de l’AfD, Alexander Gauland, jugé aujourd’hui trop "mou" par ses pairs.

Sur les 18 fondateurs, la plupart des professeurs d’universités eurosceptiques, il n’en reste plus un seul aujourd’hui. Vampirisé par le fasciste Björn Höcke (une qualification autorisée par la justice), l’AfD est devenue l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux d’Europe. "Nous avons créé un monstre", confiait l’un des figures du mouvement d’origine, Hans-Olaf Henkel, ancien président de la Fédération des industriels allemands (BDI). Depuis, le parti n’a cessé de se radicaliser. "L’AfD défend, dans la lignée des nazis, le concept d’une communauté ethnique homogène. Si ce parti arrivait au pouvoir, il abolirait les droits de l'Homme et l'État de droit. Personne ne serait plus en sécurité dans ce pays", insiste Hendrik Cremer. "Les médias ne parlent pas assez du potentiel de violence qu’ils représentent. Ils n’évoquent pas non plus les buts de l’AfD, leur idéologie et le fait qu’ils veulent abolir la démocratie", ajoute-t-il.

"Il attend le grand soir pour sortir du bois"

Tandis que la direction de l’AfD s’efforce de dédiaboliser le mouvement, l’ancien professeur d’histoire Björn Höcke tire les ficelles en coulisses. Le président de la fédération de Thuringe, un homme surveillé par les services de renseignement pour ses accointances néonazies, est le vrai président à l’AfD. Et il agit dans l’ombre. "Il attend le grand soir pour sortir du bois", assure Hans Vorländer. Plus rien ne se décide sans lui. La moindre critique à son encontre peut conduire à une procédure d’exclusion. Le porte-parole de l’AfD au Bundestag pour les questions de défense, Rüdiger Lucassen, l’a appris à ses dépens. L’ancien soldat de la Bundeswehr a été menacé début décembre d’une procédure disciplinaire pour avoir refusé de suivre Björn Höcke sur son "non" au service militaire obligatoire.

Épuration ethnique

Björn Höcke lutte pour "l’homogénéisation ethnique" de l’Europe, déplore la "stratégie de reproduction des Africains", considère la Russie comme un "allié naturel de l’Allemagne" et utilise dans ses meetings le slogan de l’organisation paramilitaire nazie Sturmabteilung (SA) : Alles für Deutschland (Tout pour l’Allemagne). Condamné par la justice, il se pose en victime d’une justice "instrumentalisée" par le "système". Mais plus personne ne peut ignorer aujourd’hui en Allemagne les vrais desseins de l’extrême droite, démasquée en 2024 par l’enquête du site Correctiv. A la Conférence de Potsdam, qui s’est tenue le 25 novembre 2023 à quelques kilomètres de la villa de Wannsee où avait été planifiée la "solution finale" en 1942, plusieurs cadres de l’AfD étaient réunis aux côtés de néonazis pour étudier un plan d’épuration ethnique en Allemagne dont 20 % de la population est issue de l’immigration. L’invité de marque était l’identitaire autrichien Martin Sellner, venu présenter son "Etat modèle" capable de déporter deux millions de "citoyens allemands non assimilés" en Afrique du Nord.

"En raison de mes origines étrangères – mes parents ne sont pas nés en Allemagne –, l'AfD ne me reconnaît pas comme une citoyenne allemande à part entière", explique Irene Mihalic, première secrétaire générale du groupe écologiste à l’assemblée fédérale (Bundestag), qui souhaite une interdiction du parti par le tribunal constitutionnel. "L’AfD est dominée aujourd’hui par un courant ethno-nationaliste qui exclut les Allemands issus de l’immigration", confirme Fabian Virchow, chercheur sur l'extrême droite à l’Université des sciences appliquées de Düsseldorf.

Malgré un soulèvement sans précédent de la société civile, l’AfD n’a eu aucun scrupule à aligner un candidat aux élections européennes qui relative les crimes nazis. Maximilian Krah, catholique et père de huit enfants, juge que les SS n’étaient "pas tous des criminels". Cette déclaration avait conduit la direction du RN à couper les ponts avec les homologues allemands.

Mais plus l’AfD se radicalise, plus elle progresse dans les urnes. En 10 ans, l’AfD est devenue une force politique incontournable, première force dans l’est du pays et premier groupe d’opposition au Bundestag. L’AfD n’est plus un "phénomène" est-allemand, mais un mouvement enraciné sur l’ensemble du territoire. La ministre-présidente du Mecklembourg a mis ses homologues de l’Ouest en garde sur ce succès de l’extrême droite qui n'est pas seulement liée aux frustrations de la Réunification.

"L’AfD représente désormais un risque pour notre pays"

"Les problèmes de l'Est se répercutent avec un certain décalage à l'Ouest. Avec les conséquences politiques qui l'accompagnent", a prévenu la sociale-démocrate Manuela Schwesig qui remet son mandat en jeu cette année contre une AfD à 40 % dans les sondages, soit deux fois plus que son propre parti (SPD). L’AfD est également aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt, où elle est en mesure de gouverner en 2026 à la majorité absolue en termes de sièges. Toute la radicalité du mouvement a pu se mesurer lors du congrès fondateur, le 29 novembre 2025, d’une nouvelle structure pour les jeunesses de l’AfD, considérée comme une "menace pour la Constitution" par les services du renseignement. En rebaptisant l’organisation Generation Deutschland et en l'intégrant au parti, une dissolution est désormais plus compliquée.

Le nom a changé, pas l’idéologie. Björn Höcke a salué l’élection de Jean-Pascal Hohm à la tête de Generation Deutschland, qui défend, comme lui, la thèse du "Grand remplacement". "Ceux qui remplacent le peuple par des naturalisations ne changent pas l’Allemagne. Ils la détruisent. C’est donc un devoir de résister", a déclaré ce jeune homme de 28 ans qui a commencé sa carrière politique dans les milieux d’extrême droite du Brandenburg. "Les membres du bureau de Generation Deutschland entretiennent des relations avec de multiples courants d’extrême droite, dont des néonazis. Ils se connaissent, se serrent la main, se voient, ils manifestent côte à côte", assure Fabian Virchow. A la tribune du Congrès, Kevin Dorow, originaire du Schleswig-Holstein, a repris l’expression du chef de la jeunesse hitlérienne, le Reichsjugendführer Baldur von Schirach : "Jugend wird durch Jugend geführt" ("La jeunesse doit être dirigée par la jeunesse"), consciemment et sous les applaudissements.

La coprésidente de l’AfD, Alice Weidel, a fini par épouser – malgré son homosexualité déclarée – les causes de l’aile radicale en faisant acte d’allégeance au courant ethno-nationaliste. Elle a défendu l’utilisation du "Alles für Deutschland" en acceptant un slogan de campagne très explicite : "Alice für Deutschland". En 2017, elle s’était prononcée en faveur de l’exclusion de Björn Höcke après le "discours de Dresde", au cours duquel il avait appelé à un "virage à 180 degrés de la politique mémorielle" et critiqué le mémorial de la Shoah à Berlin. "Les radicaux ont pris le contrôle", constate Jörg Meuthen, le dernier des présidents "libéraux" de l’AfD qui a jeté l’éponge en janvier 2022 sous la pression de la meute radicale.

Aux élections législatives de février 2025, l’AfD a doublé le nombre de ses députés au Bundestag, devenant la première force d’opposition. "L’AfD représente désormais un risque pour notre pays", insiste la député Irene Mihalic, en décrivant une ambiance irrespirable à l’assemblée fédérale. "Les recherches menées par des journalistes ont révélé que plus de 100 collaborateurs parlementaires avaient des liens avec des cercles néonazis et des associations étudiantes nationalistes (Burschenschaften). L'AfD n'en fait plus mystère. Notre sentiment d'insécurité a encore augmenté d'un cran. Quelles sont les personnes qui pénètrent dans le bâtiment à l'invitation de l'AfD ? Le soir, on préfère fermer ses bureaux à clé quand on travaille tard", raconte-t-elle.

"Dangereux de couper le cordon sanitaire"

La procédure d’interdiction, dont l’Allemagne débat depuis des années, risque de durer. "Il faut d'abord rassembler toutes les preuves détenues par les autorités fédérales et régionales chargées de la protection de la Constitution", explique Irene Mihalic, qui regrette l’aveuglement des conservateurs, peu enclins à suivre le "front commun" contre l'AfD. "La plupart des membres de la CDU n'ont pas compris qu’ils sont devenus leur cible principale", s’alarme-t-elle. Certains membres de la CDU sont bien conscients que l’AfD veut "détruire la CDU" et que la digue cède entre les deux camps. "Ces gens et leur façon de penser constituent le plus grand danger pour la démocratie. Il ne peut y avoir qu'une seule réponse : s'y opposer", insiste Herbert Reul, ministre conservateur (CDU) de l’Intérieur en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. "Si mon parti estime qu'il faut changer d'avis, alors je m'en irais", a-t-il prévenu.

Herbert Reul a senti que le "cordon sanitaire" (Brandmauer) ne tient plus qu’à un fil. Le chancelier utilise lui-même, depuis son retour en politique en septembre 2021, un narratif proche de l’AfD sur l’immigration ou sur le climat qui rapproche déjà les deux camps sur le terrain des idées. En acceptant début janvier les voix de l’extrême droite pour une motion visant à durcir la politique migratoire, Friedrich Merz a brisé sa promesse de "ne jamais coopérer avec l’AfD". "Je ne regarde ni à gauche ni à droite. Je regarde devant moi", s’était-il justifié pour expliquer un soi-disant "coup de poker électoral" pour les législatives du 24 février. "C’est l’AfD qui en a profité", rappelle Fabian Virchow.

"Au regard de l’histoire allemande, il serait dangereux de couper le cordon sanitaire", estime Hans Vorländer. "La digue tient encore, mais jusqu’à quand ?", s’interroge-t-il. Malgré les inquiétudes des entreprises et des hôpitaux, soucieux de recruter des personnels dans le monde entier pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre, les conservateurs sont persuadés qu’ils récupéreront une partie de l’électorat en durcissant leur discours sur la politique migratoire. Un défi que la CDU aura du mal à surmonter. Lors de son retour en politique, Friedrich Merz avait promis de diviser par deux le nombre d’électeurs d’extrême droite. Ils sont deux fois plus nombreux aujourd’hui.

© EPA

Alice Weidel, la présidente du parti d’extrême droite AfD, lors d'un rassemblement le 17 juin 2022.
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Pont Gordie-Howe : Donald Trump ouvre un nouveau front avec le Canada

Ce pont devait symboliser les relations apaisées et amicales entre les États-Unis et le Canada. Mais le président américain en a fait un énième point de crispation entre les deux pays. Dans les petits papiers depuis plus de vingt ans et en construction depuis 2018, le pont international, nommé d'après le joueur de hockey sur glace canadien Gordie Howe, devrait ouvrir à la circulation en 2026 entre Détroit dans le Michigan et Windsor en Ontario. Mais dans un long message publié sur son réseau social Truth Social lundi, Donald Trump s'est emporté contre le projet : "Je ne permettrai pas à ce pont de s'ouvrir tant que les États-Unis ne seront pas entièrement indemnisés pour tout ce que nous leur avons donné".

Accusant le Canada d'avoir traité les États-Unis "de manière très injuste pendant des décennies", le président américain a fustigé un pont construit avec "presque aucune ressource américaine", profitant du message pour reprocher à son prédécesseur Barack Obama d'avoir "bêtement accordé une dérogation pour contourner le Buy American Act". "Avec tout ce que nous leur avons donné, nous devrions peut-être posséder au moins la moitié de cet actif", estime notamment le milliardaire.

Propriété partagée avec le Canada

Sauf que Donald Trump se trompe sur plusieurs points, relève le service de fact-checking de CNN. Si l'administration Obama a bien accordé un permis à l'État du Michigan en 2013 pour la construction de ce pont, Donald Trump l'avait soutenu dans une déclaration commune avec le Premier ministre canadien de l'époque Justin Trudeau. "Nous attendons avec impatience l'achèvement rapide du pont international Gordie Howe, qui servira de lien économique vital entre nos deux pays", avançait alors le communiqué, publié le 13 février 2017.

Concernant la propriété du pont, le président américain se trompe également. Elle est déjà partagée à moitié entre l'État du Michigan et le Canada. Un fait que l'ancien gouverneur républicain de l'État Rick Snyder n'a pas tardé à rappeler dans un billet publié dans The Detroit News : "Trump a tort à propos de Gordie Howe Bridge". Il y précise notamment que le Canada a financé l'intégralité du pont. Soit un total de 6,5 milliards de dollars qui sera remboursé grâce aux péages. Une fois qu'il aura récupéré son investissement, il partagera les bénéfices avec l'État du Michigan. "Le Michigan et les États-Unis ont obtenu leur demi-propriété sans investissement. C'est une bonne affaire", précise l'ancien gouverneur.

Des pressions sur Trump ?

Quant à la dérogation du Buy American Act, qui oblige le gouvernement américain à privilégier les produits fabriqués aux États-Unis dans ses achats, elle a été accordée en 2012 justement pour pouvoir utiliser de l'acier canadien pour la construction, puisque le Canada payait. En revanche, le fer et l'acier américains ont été autorisés à "faire concurrence sur un pied d'égalité" selon l'administration Obama en 2012. "Buy American ne devrait pas s'appliquer à un projet qui se trouve à moitié en dehors de notre pays", précise Rick Snyder dans son article.

L'opposition soudaine du locataire de la Maison-Blanche au pont international Gordie Howe pourrait s'expliquer par un rendez-vous révélé par le New York Times. Selon le journal américain, le secrétaire américain au commerce Howard Lutnick a rencontré Matthew Moroun, quelques heures avant le message du président américain. Un rendez-vous qui a abouti sur un appel direct entre Trump et Moroun. Si ce milliardaire de Détroit n'est pas connu du grand public, sa famille exploite depuis plusieurs décennies l'Ambassador Bridge, un autre pont construit entre Détroit et Windsor. Ces dernières années, la famille Moroun n'a pas arrêté d'œuvrer pour freiner ou bloquer le projet du pont Gordie Howe. Le porte-parole du secrétariat au Commerce a refusé de commenter ce rendez-vous secret.

Réponse politique

Ce nouveau conflit entre le Canada et les États-Unis a poussé le chef du gouvernement canadien Mark Carney à s'entretenir avec Donald Trump, mardi. "C'est un excellent exemple de coopération entre nos pays", a estimé Mark Carney, après avoir affirmé avoir eu une discussion "positive" avec le chef de l'État américain, sans en dire plus. "J'ai expliqué que le Canada a payé pour la construction du pont... que la propriété est partagée entre l'État du Michigan et le gouvernement du Canada, et que dans la construction du pont, il y a évidemment des travailleurs canadiens, de l'acier canadien, mais aussi de l'acier américain, des travailleurs américains qui étaient impliqués", réfutant point par point les fausses informations du message de Donald Trump.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump ne cesse d'attaquer le Canada, brandissant constamment la menace d'une hausse des droits de douane à chaque désaccord. Fin janvier, il avait menacé le pays d'augmenter ces droits de 50 % sur les avions fabriqués au Canada, après que celui-ci a retardé la certification d'avions américains Gulfstream.

© REUTERS

Le pont Gordie Howe, en cours de construction, pour relier le Michigan au Canada, le 10 février 2026.
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Guerre en Ukraine : après un ultimatum américain, Kiev se prépare à des élections

Les Ukrainiens pourraient se rendre aux urnes dans les prochaines semaines. Selon les informations du quotidien britannique Financial Times, Volodymyr Zelensky devrait annoncer le 24 février - date anniversaire de l’invasion russe - la tenue d’une élection présidentielle. En cause ? Un ultimatum tout droit venu des Etats-Unis. A la demande de Donald Trump, le pays devra organiser les deux tours du scrutin pour le 15 mai 2026 au plus tard, sous peine de perdre les garanties de sécurité américaine. Le rendez-vous est double : les Ukrainiens seront également appelés à se prononcer sur l'accord de paix avec la Russie qui prévoit une cession des territoires de Donetsk et Lougansk. Un processus qui devra obligatoirement se dérouler par référendum, puisque la Constitution ukrainienne dispose de l’indivisibilité de son territoire.

"Ils ont dit qu’ils voulaient tout faire d’ici juin […] pour que la guerre prenne fin", a confirmé Volodymyr Zelensky aux journalistes du Financial Times. L'objectif de Washington : clôturer le dossier ukrainien pour se concentrer sur les élections de mi-mandat, en novembre. Un agenda et des exigences intenables selon les responsables ukrainiens et occidentaux sondés par le titre britannique, sceptiques à l'idée d'une coopération de Vladimir Poutine.

Quant à l’organisation d’un scrutin en tant que tel, la perspective n’enchante pas non plus Kiev. Depuis plusieurs mois, le président ukrainien n'a cessé de répéter l'impossibilité de tenir une élection en pleine loi martiale, malgré l'insistance de Donald Trump. En décembre, le président des Etats-Unis s'en plaignait déjà à une journaliste de Politico : "Les Ukrainiens n’ont pas organisé d’élection depuis longtemps… Ils parlent de démocratie, mais il arrive un moment où ce n’est plus une démocratie". En bref, la rhétorique usuelle du Kremlin pour justifier sa guerre : Volodymyr Zelensky serait illégitime depuis mai 2024, date à laquelle son mandat aurait dû prendre fin.

Des questions juridiques

Kiev n'a jamais fermé la porte à ce rendez-vous démocratique. "Je demande aux Etats-Unis de m’aider, peut-être avec nos collègues européens, à garantir la sécurité pour l’organisation d’élections… Et alors, dans les 60 à 90 prochains jours, l’Ukraine sera prête", avait déclaré Volodymyr Zelensky en décembre 2025. Une problématique toujours d’actualité alors que des millions d’Ukrainiens sont déplacés, qu’environ 20 % du territoire national est sous occupation russe, et que surtout, la population n’y est pas favorable.

Comme L'Express le soulignait en décembre, si 22 % des Ukrainiens soutiennent des élections après un cessez-le-feu avec des garanties de sécurité, les deux tiers pensent qu’elles ne devraient se tenir qu’après la fin de la guerre, selon l’Institut international de sociologie de Kiev. "Même chez les opposants de Zelensky, une majorité refuse des élections", observait Anton Hrouchetskyi, son directeur.

Mais face aux pressions américaines, Kiev n'a pas attendu l'ultimatum pour commencer à se préparer. Le 11 décembre, le président demandait déjà aux députés d'élaborer des amendements permettant d’organiser des élections sous loi martiale. Et les législateurs risquent d'avoir du pain sur la planche tant les problématiques juridiques sont nombreuses. Car, près de quatre ans de guerre plus tard, le code électoral semble obsolète. Aujourd'hui, selon la législation du pays, un candidat à la présidence doit avoir résidé uniquement en Ukraine au cours des dix dernières années, excluant de facto les réfugiés et les prisonniers de guerre. Ensuite, comment décider quelle commune ne pourra pas voter pour des raisons de sécurité ? Ou comment mettre à jour le registre électoral ? Quelle légitimité pour une élection où les soldats, les déplacés et les réfugiés n'ont pas pu physiquement se rendre aux urnes ?

Pour tenter d’apporter une réponse à ces questions, le Parlement ukrainien a prévu d’éplucher ces dossiers entre mars et avril. Un délai particulièrement court alors que la commission électorale du pays évoquait un délai de six mois pour relancer le processus électoral après la fin de la loi martiale.

Le scrutin de tous les dangers

Et le scrutin est exposé à une autre menace : celle des ingérences russes. Selon Olha Aivazovska, présidente du conseil d’administration de l’ONG Opora, une organisation de référence chargée de la surveillance des élections et du processus électoral en Ukraine, sans cessez-le-feu, la Russie pourrait facilement perturber le scrutin. Entre autres, l’omniprésence des drones russes "menace les bureaux de vote dans toute l’Ukraine", a-t-elle souligné dans les colonnes du Financial Times. En novembre, Olha Aivazovska tirait déjà la sonnette d’alarme auprès de L’Express : "Le risque d’ingérence russe est de 100 %. La Russie a systématiquement instrumentalisé le processus politique en Ukraine, pour s’assurer la loyauté de certains groupes au pouvoir".

La perspective de rivalités internes à l’Ukraine génère aussi des angoisses. "La compétition politique pendant la guerre est néfaste", a déclaré le maire de Kiev, Vitali Klitschko, au journal britannique. Et d’ajouter : "Nous pouvons détruire le pays de l’intérieur, [ce qui est] l’objectif de la Russie".

Mais pour d’autres experts, la question des affrontements politiques est caduque. Si la popularité de Volodymyr Zelensky a effectivement décliné depuis le début de la guerre, son entourage ne doute pas de sa réélection, surtout si le vote pour l’élection est organisé en même temps que le référendum pour l’accord de paix.

© REUTERS

Le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre polonais Donald Tusk, alors que la Russie attaque l'Ukraine, à Kiev, en Ukraine, le 5 février 2026. REUTERS/Alina Smutko
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Affaire Epstein : ce que l'on sait sur Fabrice Aidan, le diplomate français mis en cause

Après les révélations éclaboussant Jack et Caroline Lang, un autre Français est visé par l'affaire Epstein. Selon les investigations de Mediapart et Franceinfo, Fabrice Aidan, diplomate français, apparaît dans les nombreux documents révélés fin janvier par le département américain de la Justice, au sujet d'un scandale de consultation d'images pédopornographiques, ainsi que de ses liens privés avec l'homme d'affaires américain. Invité de la matinale de RTL, mardi matin, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, s'est dit "effaré" par ces révélations et a indiqué avoir saisi la justice française.

"J'ai saisi le procureur de la République, lancé une enquête administrative pour concourir au travail de la Justice, ainsi qu'une procédure disciplinaire le concernant", a-t-il expliqué, tout en refusant, à ce stade, de "laisser entendre que l'affaire éclabousserait les agents du ministère des Affaires étrangères".

Fabrice Aidan occupait le poste de "secrétaire des Affaires étrangères principal" mais était détaché, explique le ministre. Il était en effet directeur des affaires internationales d'Engie, avant d'être suspendu. Il fait, en revanche, toujours partie à l'heure actuelle des effectifs du Quai d'Orsay.

Images pédopornographiques

Le nom de Fabrice Aidan est mentionné plus de 200 fois dans les documents révélés par les autorités américaines. L'un d'entre eux a particulièrement intéressé les journalistes français : un mail envoyé le 13 avril 2016 par la directrice financière de la banque Edmond de Rothschild. Il mentionne une actualité liée à la sortie d'une enquête du reporter Vincent Jauvert, indiquant qu'un diplomate français en poste au siège de l'ONU à New York aurait été épinglé par le FBI pour consultation présumée de sites pédopornographiques.

L'article ne cite aucun nom, pourtant, Jeffrey Epstein sait déjà qu'il vise Fabrice Aidan, et s'empresse de transférer le message à deux diplomates : le Norvégien Terje Roed-Larsen, envoyé spécial auprès du secrétariat général de l'ONU, et son principal conseiller... le Français Fabrice Aidan.

On apprend ainsi qu'en 2013, l'ONU avait été alertée par le FBI de l'existence d'une enquête portant sur l'un de ses agents à New York, et avait ouvert une enquête interne. Mais avant que celle-ci n'ait pu aboutir, Fabrice Aidan quitte son poste en urgence et est exfiltré vers la France.

Postes élevés dans le public et le privé

Gérard Araud, à l'époque représentant permanent de la France à l'ONU, lui aurait "demandé de quitter tout de suite son poste, ce qu'il a fait", indique-t-il à Mediapart. "Je ne sais quelles sont les suites qui ont été données par le Quai d’Orsay". Le ministère des Affaires étrangères indique, pour sa part, qu’aucune charge n’ayant été retenue par la justice américaine à l’époque, aucune sanction n’avait été envisagée en France.

Celui qui était rattaché à la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient du Quai d'Orsay a par la suite multiplié les postes dans des institutions privées ou publiques : l'Unesco, le géant de l'énergie Engie, et précédemment la banque Edmond de Rothschild, qui l'aurait licencié peu de temps après la publication du livre de Vincent Jauvert.

Services rendus à Epstein

Malgré l'enquête du FBI, le diplomate français a continué de voyager entre les Etats-Unis et la France, développant par la même occasion des relations avec Jeffrey Epstein, à qui il faisait bénéficier de ses services, notamment le partage d'informations diplomatiques. Il apparaît plus particulièrement comme un intermédiaire dans sa relation avec Terje Roed-Larson, Norvégien connu pour sa participation aux négociations qui ont mené à la signature des accords d'Oslo entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Fabrice Aidan en a été l'assistant au début des années 2000.

Les premiers contacts entre le financier américain et l'assistant de Terje Roed-Larson remontent à 2010, alors que Jeffrey Epstein cherche à se faire inviter en Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis, pour rencontrer notamment Abdullah Bin Zayed, fils du fondateur du pays. Le Norvégien va jouer les entremetteurs.

Fabrice Aidan transfère également des rapports des Nations unies depuis sa messagerie professionnelle à Jeffrey Epstein, semble lui faciliter l'obtention de visas pour ses proches. Il lui rend encore d'autres services comme, "trouver la pointure de Terje Roed-Larsen", afin de lui offrir une paire de chaussures de luxe.

On découvre également des transferts d'argent entre Jeffrey Epstein et le diplomate norvégien, dont l'achat pour 27 553 dollars d'une grande quantité d'exemplaires d'un livre rédigé par Terje Roed-Larsen sur le Proche-Orient. "Est-ce que nous envoyons de l’argent à Terje ou est-ce lui qui nous en envoie ?", s'interroge le comptable d'Epstein. Le financier américain va également prêter sa résidence de l'avenue Foch de nombreuses fois à Terje Roed-Larsen, tandis que Fabrice Aidan s'occupe de l'intendance. Pour rappel, il bénéficie toujours de la présomption d'innocence dans cette affaire, mais n'a pas répondu aux sollicitations de la presse.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a affirmé "ne pouvoir exclure" une éventuelle présence d'autres mails rattachés au ministère des Affaires étrangères, en lien avec l'immense scandale international. "Des noms de diplomates semblent apparaître dans les documents sans que je puisse en tirer des conclusions", a-t-il commenté. En ce qui concerne Fabrice Aidan, "la procédure disciplinaire décidera de son avenir", a ajouté Jean-Noël Barrot.

© Maxime Jegat/PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Le nom de Fabrice Aidan est mentionné plus de 200 fois dans les documents révélés par les autorités américaines.
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Iran : Donald Trump maintient la pression en menaçant d’envoyer un second porte-avions

"Nous avons une armada qui se dirige vers là-bas et une autre pourrait partir". Dans une interview accordée, mardi 10 février, au média américain Axios, Donald Trump a déclaré envisager d'envoyer un second porte-avions au Moyen-Orient, menaçant l'Iran d'une nouvelle frappe en cas d'échec des négociations ces prochains jours.

Pour la première fois depuis la guerre de douze jours en juin, Washington et Téhéran ont repris, vendredi dernier à Oman, les négociations sur le programme nucléaire iranien, sans que celles-ci n'aient pour l'heure débouché sur un "deal". "Soit nous parviendrons à un accord, soit nous devrons prendre des mesures très dures comme la dernière fois", a déclaré le président américain à Axios.

Cette décision marquerait un saut dans le renforcement de la présence militaire américaine dans la région après l'envoi, fin janvier, du porte-avions USS Abraham Lincoln, en plus des dizaines d'avions déployés sur des bases proches de l'Iran, et après avoir maintenu deux porte-avions dans la région pendant la majeure partie de la guerre à Gaza.

Donald Trump a assuré que ses démonstrations de force portaient leurs fruits : "La dernière fois, ils ne croyaient pas que j'en serais capable", a-t-il déclaré au sujet de sa décision de frapper les installations nucléaires iraniennes en juin. "Ils ont surestimé leurs chances. Cette fois, les négociations sont très différentes".

Benyamin Netanyahou en visite à Washington

Ces menaces interviennent quelques heures avant la rencontre, ce mercredi 11 février, entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou, à l'occasion de la septième visite du Premier ministre israélien aux Etats-Unis. Selon le Washington Post, au-delà d'exiger la fin du projet iranien de se doter de l'arme nucléaire, Israël pourrait réitérer ses autres revendications, comme "l'arrêt de tout enrichissement d'uranium et le retrait des stocks existants d'Iran, ainsi que l'arrêt de sa production de missiles balistiques et de son soutien aux milices dans la région".

Du point de vue d'Israël "on craint que l'administration américaine n'accepte un accord avec les Iraniens qui n’inclurait pas la question des missiles" et "que Trump soit disposé à accepter un allègement des sanctions contre l’Iran en échange de certaines concessions iraniennes sur le dossier nucléaire", analyse auprès du Washington Post Raz Zimmt, directeur du programme de recherche sur l’Iran à l’Institut israélien d’études de sécurité nationale.

De son côté, Téhéran a publiquement insisté sur le fait qu'il ne négocierait pas sur d'autres questions que son programme nucléaire. Aucune nouvelle rencontre diplomatique entre les Etats-Unis et l'Iran n'est pour l'instant programmée. On sait simplement que l'un des négociateurs iraniens, Ali Larijani (conseiller du guide suprême iranien et secrétaire du conseil de sécurité nationale), est attendu à Doha ce mercredi, afin de s'entretenir avec les médiateurs qataris, a indiqué Axios. On s'attend à ce qu'il transmette les positions de l'Iran dans la foulée, avant le prochain cycle de négociations.

© REUTERS

Donald Trump dans le bureau Ovale, le 2 février 2026.
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Algérie : le général Toufik, le toujours très puissant ancien maître-espion

Les espions font souvent basculer l’Histoire. Dans l’ombre, depuis des siècles et partout sur la planète, certaines opérations ont défini le monde tel que nous le connaissons. Dans “Nid d’espions”, le podcast de L’Express consacré au renseignement, on ouvre un dossier secret-défense, dans lequel le rôle des espions a tout changé.

Début 2019, l’Algérie se prépare à organiser une nouvelle élection présidentielle, prévue pour le mois d’avril. Après 20 ans d’un règne ininterrompu d’Abdelaziz Bouteflika, les Algériens espèrent du changement.

Pourtant, au mois de février, le Front de libération nationale, le parti au pouvoir, annonce la candidature de Bouteflika. Mais à 82 ans, le président ne mènera pas lui-même campagne. Lors d’un grand meeting du FLN, Abdelaziz Bouteflika n’est pas présent. C’est un cadre avec sa photo qui est présenté à la foule.

Le 22 février, de nombreux Algériens, furieux d’imaginer un 5e mandat du président à la santé plus que fragile et absent de la vie publique, se rendent dans la rue. Les manifestations s’étendent à tout le pays. Chaque vendredi, ils sont des millions à se réunir, pendant plusieurs mois. C’est ce qu’on appelle le Hirak.

Face à la grogne, Bouteflika annonce finalement qu'il renonce à se présenter. Mais il reporte également la présidentielle. Il reste au pouvoir et souhaite établir une nouvelle constitution, pour prolonger son mandat. Les militaires s’opposent alors à cette situation et tentent de démettre le président de ses fonctions.

En attendant, dans le secret, quatre hauts responsables algériens se réunissent au mois de mars. Parmi eux, le frère du président et ancien bras droit, Saïd Bouteflika, et le général Toufik, l’ancien chef du renseignement. Ils veulent maintenir Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays, et cherchent un moyen de s’opposer aux militaires et au processus constitutionnel. Les comploteurs ne parviennent pas à leurs fins. Bouteflika démissionne le 2 avril et la contestation va se poursuivre pendant encore de nombreux mois. Le général Toufik est arrêté en mai, et jugé pour "atteinte à l'autorité de l'Armée" et "complot contre l'autorité de l'État". L’ancien maître-espions n'aura pas réussi sa dernière mission.

Dans cet épisode de "Nid d'espions", Charlotte Lalanne et Charlotte Baris vous dressent le portrait du puissant général Toufik.

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Cet épisode a été écrit par Charlotte Baris et Charlotte Lalanne, réalisé par Jules Krot.

Crédits : TV5 Monde, INA, AfricaNews, France 24

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© MOHAMED MESSARA/EPA/MAXPPP

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika fait un geste à Alger, en Algérie, le 30 septembre 2012.
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Françoise Thom : "Jeffrey Epstein et les hommes du Kremlin avaient noué un partenariat fructueux"

Partout, l'onde de choc se propage et fait vaciller des grands de ce monde, dont on découvre les liens, souvent de longue date, avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Correspondance complice, telle la princesse norvégienne Mette-Marit, ou participation présumée à des orgies, comme le prince Andrew, déjà déchu de ses titres royaux, dont on vient d'apprendre qu'il pourrait avoir transmis en 2010 des informations confidentielles au pédocriminel… tout comme l'ancien ministre britannique Peter Mandelson.

De quoi donner le vertige aux chancelleries occidentales, qui commencent à se demander si le prédateur sexuel n'était pas aussi un agent… au service de Moscou. Et pour cause. Plus de 10 000 courriers, notes ou SMS rendus publics par la justice américaine font référence à la Russie - et un millier à Vladimir Poutine. On y apprend qu’Epstein avait noué, de longue date, des liens avec de hauts responsables russes. En 2011, le sulfureux homme d’affaires s'est par exemple rendu en Russie avec un visa délivré par l’association des vétérans d’une unité d’élite du FSB, Vympel, selon le média Novaïa Gazeta.

L'affaire est tellement sérieuse que Donald Tusk, le Premier ministre polonais, vient d'ordonner une enquête sur les liens présumés entre les services russes et Epstein. L’objectif ? S’assurer que celui-ci ne leur a pas transmis d’informations compromettantes sur des personnalités polonaises en activité… Ces révélations n'étonnent guère l’historienne Françoise Thom, qui avait publié en juillet dernier une enquête fouillée sur le site Desk Russie, "Le cloaque et le chaos : la Russian connection de l’affaire Epstein". La soviétologue, auteure de La guerre totale de Vladimir Poutine, paru le 8 janvier aux éditions A l’Est de Brest-Litovsk, y décrivait les relations étroites entre Epstein et les hautes sphères du pouvoir russe. Pour L’Express, elle revient sur ce dossier explosif.

L'Express : De quand date la connexion entre Epstein et la Russie ?

Françoise Thom : Elle a été documentée pour la première fois dans une enquête du Dossier Center, une organisation de hackers financée par l’oligarque russe en exil, Mikhaïl Khodorkovski. On y apprenait qu’à partir de 2014, et sans doute bien avant, Jeffrey Epstein et les hommes du Kremlin avaient noué un partenariat fructueux qui offrait à Jeffrey Epstein d’exceptionnelles opportunités financières. De leur côté, les oligarques et le gouvernement russes, placés sous sanctions après la crise ukrainienne, appréciaient son expertise en paradis fiscaux et blanchiment de fonds. Un jour, Epstein s’était vanté de ses "talents" financiers : contrairement au système de Ponzi, qui consiste à faire croire à des gogos que de l’argent qui n’existe pas existe réellement, son système consiste, disait-il, à rendre non existant de l’argent existant…

Epstein aidait le Kremlin à contourner les sanctions occidentales

En 2014-2015, Epstein a également joué un rôle d’entremetteur crucial pour les Russes, alors que les investisseurs occidentaux boycottaient la Russie. Il avait notamment mis son réseau à disposition du Kremlin pour envoyer au Forum économique de Saint-Pétersbourg, sorte de "Davos russe", des dirigeants d’entreprises occidentales de premier plan, tels Reid Hoffman (cofondateur de LinkedIn) ou Nathan Myhrvold (ex-directeur de la technologie de Microsoft). À l’époque, son interlocuteur principal s’appelait Sergueï Beliakov, chargé d’attirer les investissements étrangers - dont le poste est occupé aujourd’hui par Kirill Dmitriev [NDLR : impliqué par ailleurs dans les négociations de paix avec l’Ukraine]. Diplômé de l’Académie du FSB, Beliakov avait, d’après les documents "siphonnés" par Dossier Center, sollicité Epstein pour contourner les sanctions occidentales. Celui-ci lui avait, entre autres conseils, recommandé de créer une banque sur le modèle capitaliste et de lancer une cryptomonnaie alternative au bitcoin et des monnaies adossées au pétrole. Epstein aidait donc le Kremlin à contrer la guerre économique menée par l’Occident…

Epstein a-t-il approché la Russie par idéologie ?

Il n’y a aucune considération idéologique dans cette histoire, il s’agit uniquement de deals, à la manière de Trump. Epstein était un être dépourvu de tout sens moral. Avant tout, il voulait se remplir les poches. Et il avait en plus, selon moi, une forme de "complexe du parvenu". Charismatique, il fréquentait du beau monde, mais en même temps, il voulait l’abaisser. L’humilier. L’entraîner dans la transgression.

En tout cas, Jeffrey Epstein partageait avec les services secrets russes une passion pour le kompromat…

C’est en Russie, durant les années Eltsine [1991-1999], que le kompromat a envahi la scène politique, lorsque les oligarques, qui se livraient des guerres féroces, employaient d’anciens officiers du KGB pour constituer des dossiers compromettants sur leurs rivaux. En 1993, le vice-président Alexandre Routskoï, grand rival de Boris Eltsine, avait exhibé à la télévision des valises entières de dossiers compromettants sur ses adversaires. L’affaire avait fait grand bruit. Vladimir Poutine se servira de cet "instrument" pour conquérir le pouvoir. En 1999, il s’attaque au procureur Skouratov, qui enquêtait sur la famille Eltsine et risquait de mettre le président russe en difficulté. Poutine fait surveiller Skouratov et le filme dans un sauna entouré de créatures dénudées. Exit Skouratov. Eltsine saura s’en souvenir au moment de se trouver un successeur…

Une fois au pouvoir, Poutine fera du kompromat un outil d’ingénierie politique, comme l’a révélé un document rédigé par son équipe présidentielle, qui a fuité sur Internet. Ce texte détaille la façon dont Poutine compte se rendre maître du jeu politique. Il explique qu’il faut constituer, avec l’aide des services spéciaux, des dossiers compromettants sur les partis d’opposition, leurs activités, leur financement, leurs contacts et leurs partisans, mais aussi sur les journalistes et les personnalités politiques fédérales et locales, afin de les contrôler. À cette époque, Jeffrey Epstein était déjà un visiteur fréquent de la Russie. Il est très probable qu’Epstein, qui avait truffé ses demeures de caméras et de micros, se soit inspiré de ces techniques de kompromat pour développer ses business…

Pour comprendre le "tropisme russe" d’Epstein, il faut, dites-vous, s’intéresser à sa compagne, Ghislaine Maxwell - et surtout à son père, l’homme d’affaires et politicien Robert Maxwell…

Homme d’affaires et politicien, Robert Maxwell entretenait des liens étroits avec le régime communiste. Ce Britannique, qui avait fait fortune dans l’édition de publications scientifiques et techniques, est élu député travailliste en 1964. En 1968, il défend l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, au prétexte qu’elle permettrait la préservation de la sécurité en Europe. Peu après, Leonid Brejnev l’invite à Moscou. Entre les deux hommes, le courant passe. Il faut dire qu’ils ont des points communs : les voitures, la chasse, l’alcool… Après la mort de Brejnev, Maxwell restera en contact avec les prochains secrétaires généraux – Andropov, Tchernienko et Gorbatchev - et deviendra le meilleur propagandiste du Kremlin. Maxwell contribuera ainsi largement à la "gorbymania" dans le monde occidental. Son besoin d’argent chronique le pousse ensuite à vendre aux services secrets (MI6, Mossad, KGB) les informations qu’il collecte auprès de ses nombreux réseaux. Mais cela ne dure pas. En 1991, le sulfureux magnat est aux abois. Son corps est retrouvé au large des îles Canaries, flottant près de son luxueux yacht, le Lady Ghislaine. Accident ? Assassinat ? Le mystère demeure.

Quels liens a-t-il eu avec Epstein ? Il est aujourd’hui établi qu’Epstein a connu Robert Maxwell. Celui-ci a-t-il voulu faire d’Epstein son dauphin ? Une chose est sûre, tous deux voyageaient déjà en Russie à la fin des années 1980. Génie de l’évasion fiscale, Epstein a certainement aidé les apparatchiks russes qui, anticipant la fin du régime communiste, cherchaient à mettre leurs actifs à l’abri du chaos… avec l’aide du KGB. Entre 1989 et 1991, les services secrets russes ont ainsi transféré en Occident 8 tonnes de platine, 60 tonnes d’or, des camions entiers de diamants et près de 50 milliards de dollars en espèces… Au même moment, Robert Maxwell aidait les hauts responsables du Parti soviétique à ouvrir des comptes bancaires au Liechtenstein, en échange de juteuses commissions, selon le témoignage d’un ex-colonel du KGB, Stanislas Lekarev.

Maxwell n’a sans doute pas appris grand-chose à Epstein en matière de finances. En revanche, il lui a de toute évidence ouvert ses carnets d’adresses. C’est lui – et, ensuite, sa fille Ghislaine - qui a permis à Epstein d’approcher la monarchie britannique, en particulier le prince Andrew.

Peut-on imaginer que les services russes soient impliqués dans ce scandale ? Et qu’ils aient monté, avec la complicité d’Epstein, la plus grande opération de kompromat de l’histoire sur le sol américain ?

À ce stade, Il est impossible de répondre à cette question. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la publication de ces millions de documents ne peut que réjouir le Kremlin. Car ses stratèges ont compris depuis longtemps que le kompromat est bien plus qu’un moyen de contrôler les dirigeants étrangers : il est l’équivalent d’une arme nucléaire contre les démocraties. Il suffit de traîner dans la boue nos élites – politiciens, hommes d’affaires, savants… - pour que nos institutions soient, à leur tour, décrédibilisées.

Aujourd’hui, le but de la propagande russe ne consiste plus, comme par le passé, à peindre un tableau idéalisé de la Russie, mais plutôt à persuader les populations occidentales que, dans un monde peuplé d’escrocs et de pervers, seule une dictature peut leur offrir le salut. Il faut d’ailleurs regarder la façon dont la télévision russe couvre cette affaire. Toutes les émissions de propagande martèlent que les élites occidentales sont pourries, que les sponsors de Kiev sont des pédophiles… À l’inverse, disent-elles, la Russie défend les valeurs traditionnelles contre l’Occident satanique, elle représente la lumière contre les ténèbres, le bien contre le mal… Ce discours, mis en avant par Vladimir Poutine dès 2011, ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus la guerre en Ukraine s’éternise, plus elle est présentée comme un conflit manichéen par la propagande russe. À cet égard, l’affaire Epstein tombe très bien pour Moscou, car elle lui permet d’illustrer de façon éclatante la corruption de "l’Internationale des élites libérales". En cela, elle s'insère parfaitement dans la vaste opération de guerre psychologique que les Russes mènent depuis des années contre l'Occident.

© Vladislav Nekrasov / SOPA Images

Photo d'illustration des dossiers Jeffrey Epstein et ses liens avec la Russie.
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L'UE fixe un nouvel objectif de réduction des émissions pour 2040

C’est un nouveau palier "intermédiaire" avant de viser la neutralité carbone. Mardi 10 février en début d’après-midi, le Parlement européen a définitivement adopté un nouvel objectif climatique contraignant pour ses membres : l’Union européenne devra réduire d’ici 2040 ses émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) de 90 % par rapport à 1990. Cette ambition a été soutenue par 413 voix contre 226 au Parlement de Strasbourg. Mais elle inclut de nouvelles concessions techniques pour aider les pays à atteindre ce chiffre sur le papier.

Selon le communiqué de l’UE, il s’agit donc d’une nouvelle étape intermédiaire ambitieuse qui vient s’ajouter à l’étape déjà fixée pour 2030, qui stipule que l’Union européenne devra avoir réduit d'ici là d’au moins 55 % ses émissions. Il y a encore beaucoup de travail : en 2023, elle a réduit ses émissions de 37 % par rapport à 1990, grâce notamment au déclin du charbon et au développement des énergies renouvelables.

Possibilité d’acheter des crédits carbones à l’étranger

Pour atteindre ce nouvel objectif, le texte prévoit la possibilité d’utiliser les absorptions permanentes de carbone au niveau national pour compenser les émissions difficiles à réduire. Une absorption permanente de carbone consiste à capturer et stocker durablement le CO₂, par exemple dans les forêts, le sol agricole enrichi, les tourbières ou certaines roches, afin qu’il ne retourne pas dans l’atmosphère.

Mais pas seulement puisque ce texte introduit également "des flexibilités dans la manière dont l’objectif à l’horizon 2040 peut être atteint", précise le communiqué du Parlement européen. À partir de 2036, "jusqu’à cinq points de pourcentage de réduction nette des émissions pourront provenir de crédits carbone internationaux de haute qualité provenant de pays partenaires", c’est-à-dire des pays extérieurs à l’Europe.

Cette mesure sert deux objectifs. Tout d’abord, celui de permettre à l’UE d’atteindre jusqu’à 85 % de réduction de ses émissions nettes en interne, en achetant les 5 % restants grâce à des crédits carbone. Ensuite, celui de rallier au vote des pays jusqu’ici réticents, comme l’Italie de Giorgia Meloni.

Le texte pourra être révisé

Le crédit carbone — un certificat représentant 1 tonne de CO₂ évitée ou absorbée, que l’on peut acheter pour compenser ses propres émissions en finançant, par exemple, la plantation d’arbres, des énergies propres ou d’autres projets qui réduisent la pollution — est régulièrement critiqué par des ONG comme Greenpeace ou WWF, car il permet aux entreprises de "délocaliser" leur effort de réduction des émissions, en payant quelqu’un d’autre plutôt que de réduire leurs propres GES.

Malgré son aspect contraignant, le texte européen va plus loin pour s’assurer de la souplesse dans les années à venir. Il prévoit notamment une clause de révision de cette loi. "La Commission évaluera tous les deux ans les progrès accomplis dans la réalisation de l’objectif, compte tenu des données scientifiques actualisées, des évolutions technologiques et de l’état de la compétitivité industrielle de l’UE", précise le texte, ainsi que "les tendances des prix de l’énergie et leurs répercussions sur les entreprises et les ménages". En fonction, un réexamen de l’objectif sera possible pour "modifier l’objectif pour 2040 ou de prendre des mesures supplémentaires pour renforcer le cadre de soutien".

© REUTERS

Une centrale à charbon en Pologne.
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