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"Se battre pour continuer d’exister" : l’Ukraine face à une crise démographique sans précédent

"Quand on me demande ce qu’est la guerre, je réponds sans détour : des noms", écrivait le poète ukrainien Maksym Kryvtsov, avant de mourir au combat, en janvier 2024. Au Champ-de-Mars, le cimetière militaire de Lviv, dans l'Ouest de l'Ukraine, ces noms débordent, rangée après rangée. Depuis mars 2022, plus d’un millier de soldats reposent ici, dans des tombes provisoires en bois, comme le veut la tradition militaire. Seuls les pas dans la neige des familles éplorées et le claquement des drapeaux brisent le silence du lieu.

Le 10 décembre 2025, la dernière place a été prise. Un jour sombre pour Roman Kharivski, 26 ans. Recruté à la mairie de Lviv en 2021 pour les affaires religieuses, il organise depuis quatre ans, presque chaque jour, des funérailles militaires. Ses matinées débutent à la morgue, se poursuivent à l’église de garnison, puis dans la ville, qui se fige au passage des cercueils. "Le plus dur, c’est de voir les enfants que ces soldats laissent derrière eux", confie ce jeune père. Pour lui, la guerre ne se résume pas à des noms mais à des visages : ceux des familles qu'il accompagne dans le deuil. Mais jamais il n'aurait cru que ce cimetière manquerait un jour de place…

À Lviv, la mairie avait anticipé la saturation du Champ-de-Mars. À quelques pas, un nouveau site d’inhumation a été ouvert le 11 décembre sur l’ancienne "Colline de la Gloire", dont les sépultures soviétiques des deux Guerres mondiales ont été exhumées à l’été 2025 pour être remplacées. Depuis, une cinquantaine d’enterrements y ont déjà eu lieu. "La guerre a cessé d’être une situation d’exception : les gens savent qu'ils ne retrouveront pas leur vie d’avant", analyse la sociologue Anna Colin Lebedev.

Après quatre ans d'invasion à grande échelle, douze ans de guerre avec la Russie, le pays affronte aussi des mutations démographiques et sociales irréversibles. L’Ukraine, qui affiche le taux de mortalité le plus élevé et le taux de natalité le plus faible au monde, compte environ trois décès pour une naissance.

Le taux de fécondité a plongé

Dans les zones contrôlées par Kiev, la population ukrainienne était estimée à environ 31,5 millions de personnes début 2025, contre 42 millions en 2022. Près de 5,9 millions d'Ukrainiens se sont réfugiés à l’étranger et au moins 5 millions vivent dans les territoires occupés. "Aujourd’hui, l’Ukraine doit non seulement se battre pour ne pas disparaître face à la Russie, mais aussi pour continuer d’exister", résume l’écrivaine Tetyana Ogarkova.

Tout près du cimetière, le professeur Stefan Khmil, un gynécologue-obstétricien directeur de deux cliniques de médecine reproductive, à Lviv et Ternopil, tente, à sa façon, de sauver l'Ukraine, alors que le taux de fécondité a plongé à son plus bas niveau depuis trois siècles, à 0,7 enfant par femme. Hypothermie, humidité, effort physique extrême, malnutrition : les conditions de vie des soldats altèrent souvent la qualité de leurs gamètes. Sans parler des mutilations. Jusqu’à 10 % des blessures militaires touche le système reproducteur, sous l’effet des explosions ou d’armes chimiques, rapporte Stefan Khmil. Beaucoup viennent donc fournir un échantillon de leur sperme avant de partir au front.

Le professeur raconte l’histoire récente d’un fantassin resté 107 jours sur la "ligne zéro", caché dans un trou de terre avec deux camarades, ravitaillés par drones. À son retour, il avait perdu 20 kilos quand il est arrivé à la clinique du docteur Khmil. "Je lis dans les yeux de ces jeunes le désir de laisser quelque chose derrière eux. L’un m’a écrit : 'Professeur, aujourd’hui nous sommes vingt, mais ce soir, nous ne serons plus que sept'", rapporte ce dernier. La femme de ce soldat est tombée enceinte. Il est mort deux jours avant qu’il ne l’apprenne.

"C’est un génocide total de la nation ukrainienne par les Russes. Leur objectif est de nous détruire. C’est pourquoi je me suis fixé pour mission de contribuer à la renaissance de la nation ukrainienne", affirme le médecin. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a adopté en janvier 2025 une loi permettant la collecte et la conservation gratuites des spermatozoïdes et ovocytes des militaires. Discuté depuis 2022, le texte prévoit leur stockage sans frais pendant plusieurs années, mais les fonds alloués par l’Etat restent insuffisants pour couvrir l’ensemble du processus, déplore le professeur.

Dans l’une des salles, Kateryna Stantchak, embryologiste, veille sur les précieuses cellules reproductrices de plus de 1 200 militaires, plongées dans des réservoirs maintenus à –196 degrés grâce à des générateurs et des panneaux solaires, malgré les coupures répétées d’électricité. "Voilà l’avenir de la nation ukrainienne", sourit-elle en désignant les cuves. Depuis 2022, la clinique a réalisé 594 fécondations in vitro gratuites pour les soldats. 208 enfants sont nés grâce à ce programme et 75 autres doivent encore voir le jour. Dans le couloir, la file de patients disparaît soudain : une alerte aux missiles oblige tout le monde à descendre au sous-sol. La veille, trois missiles hypersoniques ont visé Lviv, pourtant située à 1000 kilomètres de la ligne de front.

"Après 2022, le nombre de patients qui font congeler leurs spermatozoïdes a augmenté, car ils n’ont aucune certitude sur l’avenir. Certains repoussent leur projet de grossesse", poursuit Stefan Khmil, le gynécologue.

Le temps sépare les familles

Mais un autre ennemi guette le pays : le temps qui passe et ruine les espoirs de retrouvailles et les projets de nombreuses familles séparées par la guerre. Le 24 février 2022, Oleksandr conduit son épouse et ses deux enfants à la campagne, chez ses parents près de Boutcha, avant de rejoindre l’armée. Ce quadragénaire ne les reverra que deux ans plus tard. Sa famille parvient à fuir l’occupation et les bombardements pour se réfugier en France, dans les Yvelines. Quand Oleksandr retrouve son fils de quatre ans, en 2024, il ne le reconnaît pas. Le petit garçon, lui, ne lui adressera pas la parole pendant plusieurs jours, convaincu que son père l’a abandonné.

"Mon rêve, c’était de lui apprendre à faire du vélo. Mais il a appris sans moi. Aujourd’hui, il a sept ans, il est grand, il va à l’école française", raconte Oleksandr, joint en visioconférence depuis sa base militaire. "J’ai découvert qu’il parlait français quand je l’ai entendu discuter avec le réparateur de la machine à laver."

Désormais haut placé dans la chaîne de commandement, l’officier dispose de davantage de temps pour appeler sa famille, qui vit toujours en France. Le soir, il donne des cours de maths à son fils, apprend à cuisiner avec sa femme. Peu à peu, la famille a renoncé à l’idée d’un retour en Ukraine. À Kiev, leur quartier est constamment bombardé. Depuis janvier et la nouvelle vague d’attaques russes sur le système énergétique, les coupures d’électricité peuvent durer plusieurs jours. "C’est notre nouvelle réalité, répète-t-il. Heureusement que nous ne sommes pas en 1945, quand les gens au front n’avaient que les lettres pour avoir des nouvelles de leurs proches. Au moins, aujourd’hui, on a Starlink et on peut se voir", ajoute Oleksandr, qui se sait privilégié.

Record de divorces en 2024

Dans son unité, les divorces se multiplient, comme partout en Ukraine. "Au combat, vous savez où se trouve l’ennemi : en face de vous. C’est très difficile quand vous attendez du soutien de 'l’arrière' et que vous réalisez qu’il ne vient pas", confie-t-il. En 2022 et 2023, les mariages se sont enchaînés, les couples se disant oui dans l’urgence, par peur de mourir. En 2024 et 2025, ce sont les divorces qui dominent, avec un record historique en 2024 : 141 800 séparations, presque autant que de mariages.

Iryna incarne ce phénomène : quand la guerre impose des vies parallèles, le couple finit par se déliter. Le couple de cette quadragénaire, réfugiée en région parisienne en 2022 avec son fils de 13 ans et sa mère, n’a pas résisté à la distance : "Nous ne nous voyions jamais et nous n’avions plus rien à nous dire", résume-t‑elle. En Ukraine, Iryna était chef de projet dans l'import-export, installée avec son mari dans un grand appartement d’Ivano-Frankivsk, entre l’aéroport et une centrale électrique aujourd’hui régulièrement bombardés. En France, elle se retrouve à faire le ménage chez une riche personne âgée, à vivre à trois dans 13 m², sans oser poster la moindre image de cette nouvelle existence sur les réseaux sociaux. "On avait une belle vie. Et puis, tout d’un coup, tu arrives ici et tu n’es plus personne."

Peu à peu, les conversations avec son mari, resté en Ukraine, se raréfient, jusqu’à devenir impossibles : les journées, les préoccupations, même l’humour n’ont plus rien en commun. "Quand les couples mènent des vies si différentes, qu’ils sont physiquement empêchés de se voir, ils commencent à se reconstruire chacun de leur côté et finissent par divorcer, surtout maintenant qu’on peut le faire en ligne", note la psychologue, observe Anna Arkhypova, présidente de l’association Écoute Ukraine, basée à Paris. Iryna est typique de ces Ukrainiens de l’étranger qui, après des années d’"entre-deux", n’attendent plus un hypothétique retour : ils apprennent la langue, reprennent des études, lancent une activité, parfois rencontrent un nouveau partenaire.

Les sondages suggèrent qu’au moins un tiers des réfugiés - principalement des femmes et des enfants - pourraient ne pas revenir, citant l’insécurité, les logements détruits et de meilleures perspectives économiques ailleurs. Une tendance accentuée par le fait que l’Union européenne prévoit de mettre fin en mars 2027 au régime de protection temporaire : les Ukrainiens devront alors choisir un autre statut (travail, études, asile) ou rentrer chez eux. Ils pourraient être rejoints, à la fin de la guerre, par des centaines de milliers d’hommes empêchés aujourd’hui de quitter le pays.

Face à ce risque d’hémorragie, le gouvernement de Kiev a présenté l’an dernier une stratégie à horizon 2040. Le document, qui alerte sur un déficit de 4,5 millions de travailleurs d’ici à dix ans, fixe un cap : limiter l’émigration, encourager les retours, améliorer les infrastructures de logement et d’éducation, et, si besoin, attirer une immigration de travail. "Mais que vaut cette stratégie démographique, si nous n’avons pas les moyens ?, interroge Iryna Ippolitova, chercheuse au Centre for Economic Strategy. L’État reste absorbé par la guerre."

"Les gens ont tout perdu en quittant l’Ukraine. Ils se sont reconstruit une vie ici, martèle Anna, la psychiatre installée en France. Ils ne perdront pas tout une seconde fois en repartant." Pour qu’un retour devienne pensable, conclut-elle, il faut des perspectives — et, d’abord, que les bombardements cessent.

© Clara Marchaud pour L'Express

Sofia Krotyk, gynécologue-obstétricienne, montre l'échographie d'un embryon fécondé dans la clinique puis transplanté dans le ventre de sa mère, le 12 février 2026, à Lviv.
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Affaire Epstein : l'ex-prince Andrew arrêté pour avoir fourni des documents confidentiels

Andrew Mountbatten-Windsor, frère du roi Charles III, a été arrêté et placé en garde à vue ce jeudi 19 février pour manquement présumé au devoir de probité dans l'exercice de ses fonctions publiques, soupçonné d'avoir transmis des documents confidentiels à Jeffrey Epstein, rapportent les autorités britanniques. Conformément à ses usages, la police n'a pas rendu public le nom du prince déchu, se bornant à annoncer l'arrestation d'un sexagénaire soupçonné de ce délit et son interrogatoire par les enquêteurs.

Elle a cependant fourni des indices conduisant à son identification, établissant notamment un lien avec la récente enquête le visant après la publication aux Etats-Unis de nouveaux documents relatifs à l'affaire Epstein. Des courriels montrent ainsi qu'Andrew Mountbatten-Windsor aurait divulgué à Jeffrey Epstein des informations obtenues dans le cadre de ses fonctions d'envoyé spécial de la Grande-Bretagne pour le Commerce, mission qu'il a exercée entre 2001 et 2011. Les envoyés pour le Commerce sont tenus de ne pas dévoiler de documents sensibles ou commerciaux en vertu de règles strictes de confidentialité.

"A la suite d'un examen approfondi, nous avons désormais ouvert une enquête sur ce motif de manquement présumé au devoir de probité dans l'exercice de ses fonctions publiques", a déclaré dans un communiqué le chef adjoint de la police de Thames Valley, Oliver Wright. "Il est important que nous protégions l'intégrité et l'objectivité de notre enquête à l'heure où nous travaillons avec nos partenaires à enquêter sur ces accusations présumées."

La police de Thames Valley a également déclaré mener des perquisitions dans une résidence du Berkshire, où Andrew Mountbatten-Windsor habitait avant que le roi Charles III ne lui retire son titre de prince en octobre dernier. Les médias britanniques ont aussi diffusé les images de policiers en civil au domicile actuel de l'ancien prince, la résidence de Sandringham dans l'est de l'Angleterre.

"Profonde inquiétude"

"La justice doit suivre son cours", a réagi le roi Charles après avoir appris "avec la plus profonde inquiétude" l'arrestation de son frère cadet, qui constitue le plus grand scandale de son règne entamé en 2022, à la mort de leur mère Elisabeth II. Le souverain a assuré les autorités du soutien plein et entier de la famille royale. "Tant que cette procédure est en cours, il ne serait pas approprié que je fasse d'autres commentaires à ce sujet. Dans l'intervalle, ma famille et moi-même continuerons de nous acquitter de notre devoir", a-t-il dit dans un communiqué.

Andrew Mountbatten-Windsor, qui a eu 66 ans ce jeudi, fait depuis des années l'objet d'une attention particulière en raison de son amitié avec Jeffrey Epstein, une relation qui lui a coûté son rôle au sein de la famille royale, ses titres et sa résidence. Il a toujours nié toute malversation et dit regretter son amitié passée avec le financier et criminel sexuel américain, mort en prison en 2019. Il est toutefois resté silencieux depuis la publication, fin janvier par le département de la Justice américain, de millions de pages de nouveaux documents relatifs à l'affaire.

En 2022, Andrew avait réglé à l'amiable une action en justice intentée aux Etats-Unis par une ancienne victime de Jeffrey Epstein, Virginia Giuffre, qui l'accusait d'avoir abusé d'elle lorsqu'elle était adolescente et qui s'est suicidée en 2025. L'actuelle enquête de police ne porte pas sur ce volet ni sur toute autre allégation d'inconduite sexuelle. Elle a été déclenchée par un signalement du groupe anti-monarchiste Republic après la publication des documents du département de la Justice.

Les courriels dévoilés en janvier montrent qu'Andrew Mountbatten-Windsor a transféré à Jeffrey Epstein des documents concernant le Vietnam, Singapour et d'autres pays dans lesquels il s'était rendu en visite officielle. Une atteinte au devoir de probité dans l'exercice de fonctions publiques est passible d'une peine maximale de réclusion à perpétuité. Elle doit être examinée par une cour de la Couronne, juridiction chargée de traiter les infractions pénales les plus graves en Grande-Bretagne.

© REUTERS

L'ex-prince britannique Andrew a été arrêté dans le cadre de l'affaire Epstein.
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Le Conseil de la paix de Donald Trump divise les Européens

Le Conseil de la paix voulu par Donald Trump tiendra sa toute première réunion ce jeudi 19 février, à Washington. L'institution, initialement créée pour lancer les pourparlers sur l‘avenir de la bande de Gaza, ambitionne désormais de s'ériger en alternative à l'ONU. Les invitations ont été distribuées aux Européens mais tous n’ont pas été conviés. Si certains feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence. De quoi créer des tensions au sein de l’Union européenne.

Dire que Donald Trump ne fait pas l’unanimité dans l’Union européenne serait un euphémisme. Droits de douane, menaces, moqueries… Et désormais volonté de rivaliser avec les institutions internationales, le président des Etats-Unis en a fait voir de toutes les couleurs aux 27. De quoi pousser certains à refuser la sommation, dont Paris, Londres et Madrid. D'autres, comme La Belgique, le Danemark et le Luxembourg n'ont tout simplement pas reçu le carton d'invitation de Washington.

Des fidèles aux aguets

Pourtant, cela n'empêche pas la Maison-Blanche de compter des admirateurs parmi les pays membres. Fidèle parmi les fidèles, Viktor Orbán n'a pas attendu pour accepter l'invitation, l'annonçant publiquement en janvier lors du Forum économique mondial à Davos. Et s'il restait l'ombre d'un doute sur son adhésion au projet trumpiste, le Premier ministre hongrois l'a balayé en assistant à la très symbolique cérémonie de signature de la charte, donnant officiellement naissance au Conseil. Et le manuscrit donne le ton : avoir "le courage de s'écarter des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué", l'ONU donc.

Un autre pays membre a annoncé son adhésion à l'institution : la Bulgarie. Déclaration qui, contrairement à la Hongrie, a surpris les observateurs. L’ex-premier ministre Rossen Jeliazkov, qui était pourtant déjà démissionnaire, a justifié sa décision, par la place accordée à son pays dans les discussions concernant l'avenir de Gaza. Début janvier, Benyamin Netanyahou a annoncé la nomination du diplomate Nickolay Mladenov, à la tête du Conseil de la paix. Une participation qui est loin d'avoir emballé les Bulgares, à tel point que le Premier ministre démissionnaire a repoussé l'examen de l'adhésion de Sofia au Parlement. Espérant ne pas raviver les tensions, la Bulgarie s'est rétractée et enverra finalement un diplomate de rang inférieur à Washington.

Les "observateurs"

Une attitude proche du ni oui, ni non, que Sofia ne sera pas la seule à adopter. Entre autres, la Commission européenne viendra en "observateur", représentée par la Croate Dubravka Suica, commissaire européenne à la Méditerranée. Bruxelles se méfie toujours du "champ d’application, de la gouvernance et de la compatibilité avec la charte des Nations unies" du Conseil de la paix… Mais pas au point de le boycotter. Une chose est sûre, la commission n'adhérera pas, a insisté un porte-parole de l'exécutif européen. Mais cette mesure de précaution ne suffit pas à contenir les tensions au sein du Parlement européen. Le groupe des socialistes et démocrates, s'inquiète que la présence de Dubravka Suica à Washington puisse nuire à l'engagement de l'UE pour le droit international. Autre objet de tension parmi les 27 : la Commission n'a pas concerté les pays membres avant d'accepter l'invitation, faisant ainsi craindre à certains de paraître désunis devant Washington.

Un autre observateur a répondu par l'affirmative : l'Italie, qui ne dissimule pas sa proximité avec Donald Trump. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, se rendra à Washington. Malgré la polémique qu'a générée cette annonce localement, le ministre persiste et signe devant l'opposition parlementaire : "Il n’existe aucune alternative au plan de paix des Etats-Unis sur Gaza".

Pour d'autres, le non était impossible. La Roumanie, qui n'a pourtant pas officiellement adhéré au Conseil, sera représentée par son président. Bucarest est redevable aux Etat-Unis qui assurent sa sécurité. Sa présence en tant qu'observateur lui permet d'espérer ne froisser ni Washington, ni l'Union européenne.

© REUTERS

Si certains pays feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence.
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De la Belgique à la Pologne, les ambassadeurs de Donald Trump en Europe jouent la provocation

La relation belgo-américaine connaît un épisode aussi exceptionnel que turbulent depuis quelques jours. Ce mardi 17 février, l’ambassadeur américain Bill White, fervent soutien de Donald Trump, a été convoqué aux Affaires étrangères après avoir accusé la Belgique d’antisémitisme sur X. Dans un post, il a attaqué Bruxelles après que trois mohels (figure traditionnelle juive) ont été poursuivis en justice pour avoir pratiqué des circoncisions sans médecin, ce qui est interdit en Belgique. Les attaques visaient également le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, que Bill White a accusé d'être "très impoli" : il a "refusé de me serrer la main et d’être pris en photo avec moi", a-t-il écrit.

L’affaire n’a cessé de monter dans les tours depuis. Convoqué aux Affaires étrangères, Bill White a reçu un rappel ferme : "Toute ingérence dans nos institutions démocratiques franchit une ligne qui ne peut être franchie", a insisté la haute fonctionnaire Theodora Gentzis, soulignant ensuite que "le dialogue doit être fondé sur le respect de nos institutions et de notre souveraineté". Malgré cette convocation suivie d’un effort apparent pour apaiser la situation, Bill White a continué de menacer Conner Rousseau, président du parti Vooruit, en exigeant des excuses pour une vidéo partagée il y a trois semaines sur Instagram et critique envers la police anti-immigration ICE.

Des positions agressives de plus en plus régulières

Quelques jours plus tôt, en Pologne, un autre diplomate américain créait la controverse. Le 5 février, Thomas Rose, ambassadeur à Varsovie depuis novembre 2025, a annoncé rompre tout contact avec Wlodzimierz Czarzasty, président de la Chambre basse polonaise, après que celui-ci a déclaré, lors d’une conférence de presse, "Il ne le mérite pas", en parlant de Donald Trump pour le prix Nobel de la paix. Sur X, l’ambassadeur trumpiste a qualifié ces propos d’"insultes scandaleuses", nuisant "sérieusement" aux "excellentes relations avec le premier ministre Donald Tusk et son gouvernement".

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a précisé que la diplomatie polonaise était "en contact régulier avec Thomas Rose, ainsi qu’avec les autorités américaines", tandis que la Maison-Blanche est restée silencieuse. L’incident a renforcé le débat public, avec 44 % des Polonais approuvant la décision de Czarzasty de ne pas soutenir Trump.

La France n’a pas été épargnée par le style diplomatique à la Maga. En août 2025 déjà, le Quai d’Orsay avait convoqué l’ambassadeur américain, Charles Kushner, après que celui-ci avait accusé Paris de ne rien faire face à la montée de l’antisémitisme. Comme en Belgique et en Pologne, les autorités françaises avaient jugé ces interventions publiques "inédites et insultantes", rappelant que la Convention de Vienne impose aux diplomates de respecter les lois et affaires intérieures de l’État accréditaire.

© BELGA/MAXPPP

Bill White, ambassadeur américain en Belgique, après sa convocation au ministère des Affaires étrangères le 17 février 2026.
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Etats-Unis : Donald Trump peut-il vraiment se féliciter d'avoir fait chuter la criminalité ?

La Maison-Blanche y voit la fin de "l'anarchie" et du "désordre". Depuis 2024, les statistiques du crime ont chuté aux Etats-Unis, au point d'atteindre des seuils historiques, selon le dernier rapport de la Major Cities Chiefs Association (MCCA ), relayé il y a quelques jours par le média Axios.

D'après ce rapport, élaboré grâce aux données de 67 des plus grands services de police du pays, il y a eu 19,3 % d'homicides de moins en 2025 que l'année précédente dans les villes étudiées. Le nombre de meurtres a ainsi baissé de 31,4 % à Baltimore (Maryland), 47,1 % à Denver (Colorado), et même 58,3 % à Orlando, en Floride. Au total, il y a eu 5 452 homicides dans ces 67 juridictions en 2025. Selon la même étude, l'ensemble des crimes violents ont décliné cette année : de 19,8 % pour les vols, de 9,7 % pour les agressions à main armée, et de 8,8 % pour les viols.

Ces nouvelles statistiques confirment la dynamique constatée par les études précédentes. A la fin du mois de janvier, le Council on criminal justice - Conseil sur la justice criminelle -, un groupe de réflexion américain spécialiste du domaine, notait déjà une diminution des homicides dans 31 villes sur 35 étudiées. Sur un autre échantillon de 40 villes, le groupe de réflexion observait une baisse dans 11 catégories de crimes sur 13 au total. Le CCJ anticipait alors que, une fois publiés dans leur entièreté, les chiffres des homicides de 2025 seraient au plus bas depuis 1900. La publication des statistiques définitives par le FBI, attendue prochainement, doit venir confirmer ce record.

"Cette administration a rétabli l'ordre public"

Washington en tout cas n'hésite pas à se féliciter. A en croire sa communication - fanfaronnante - Donald Trump serait à remercier. La Maison-Blanche a ainsi salué sur son site Internet "une nouvelle confirmation retentissante de l'engagement indéfectible du président [...] à rétablir l'ordre public". Ou encore, en référence au déploiement de la Garde Nationale et de l'ICE, la police de l'immigration, dans de nombreuses villes - le plus souvent démocrates : "Les actions décisives du président Trump ont inversé la tendance, sauvé d’innombrables vies et ramené la paix dans des communautés longtemps abandonnées par les politiciens démocrates qui privilégiaient les criminels aux dépens des citoyens".

Qu'importe, le FBI ne se prive pas de célébrer le bilan présidentiel lui aussi - avec un tacle à la presse au passage : "Les acrobaties médiatiques ne peuvent masquer la réalité : cette administration a rétabli l'ordre public", écrivait sur X le patron de l'agence fédérale, Kash Patel, le 22 janvier.

Axios just reported the lowest murder rate since 1900, down 20% from 2024, and somehow forgot to mention President Trump or the historic results of this FBI.

Nearly 200% more arrests. Violent gangs crushed. Fugitives hunted down.

Media gymnastics can’t hide the reality that… pic.twitter.com/48s9JPtXcw

— FBI Director Kash Patel (@FBIDirectorKash) January 22, 2026

Le crime en baisse depuis 3 ans

Pourtant, les experts sont bien plus nuancés dans leur interprétation des chiffres. Certes, le président des Etats-Unis n'est, peut-être, pas entièrement dénué de mérite. Dans les colonnes du Time, le directeur du Council for criminal justice, Adam Gelb, le concède : la présence accrue d'agents fédéraux dans les rues américaines a pu contribuer à la baisse de la criminalité. Mais l'analyste tempère. Attribuer ces statistiques à la politique du président est un exercice périlleux : "Même si nous disposions de bonnes recherches sur [l'impact que peut avoir] la dissuasion générale, elles ne s'appliqueraient pas nécessairement ici, étant donné la nature sans précédent du déploiement" de la Garde Nationale et de l'ICE.

Patrick Sharkey, professeur de sociologie à l'université de Princeton, dresse un constat bien plus tranché. "Il serait ridicule de prétendre que la présence fédérale dans les villes a joué un rôle quelconque", affirme-t-il auprès du Time, soulignant que les statistiques du crime baissent en réalité depuis 2023. Quant à la Garde Nationale et l'ICE, elles ne sont déployées que depuis six mois. Une analyse bien éloignée de celle de la Maison-Blanche, qui applaudit le "résultat direct de l'approche agressive et pragmatique du président Trump en matière de sécurité publique".

Une hausse de la criminalité pendant la pandémie

Présence accrue des caméras de surveillance, évolution des technologies utilisées par les forces de l'ordre, diminution de la consommation de drogues et d'alcool dans le pays... En réalité, de nombreux facteurs peuvent expliquer le déclin de la criminalité aux Etats-Unis, détaille Adam Gelb.

Mais selon les experts interrogés par le Time, le paramètre le plus important de cette dynamique serait le Covid-19. Ou plutôt sa fin. Car si la courbe du crime chute depuis trois ans, c'est notamment parce qu'elle s'était envolée pendant la pandémie. En 2020, les homicides avaient augmenté de 31 % par rapport à l'année précédente. Pour 100 000 habitants, 6,7 homicides étaient alors enregistrés, contre 5,1 en 2019.

Une augmentation qui s'explique par le confinement, selon Alexis Piquero, ancien directeur du Bureau of Justice Statistics - l'organisme gouvernemental de statistiques pour la justice criminelle. "Lorsque le Covid a frappé et que le monde s'est arrêté, nous avons pratiquement coupé les vivres en matière de stratégies de prévention et d'intervention", explique celui qui a été nommé par le président Joe Biden. Cette période s'est accompagnée de suppression d'emplois dans les administrations locales, dont faisaient partie des enseignants, des conseillers, et des agents de police locaux. Une baisse d'effectif qui a nui à la prévention de la criminalité.

Aujourd'hui, alors que les homicides sont au plus bas, le nombre de postes au sein de ces administrations a dépassé son niveau d’avant la pandémie. Un mérite que Patrick Sharkey attribue à l'American Rescue Plan Act, une aide pour les localités de plus d'un milliard de dollars, débloquée en 2021 par Joe Biden. Ces fonds permettent aux communes de mettre en place des initiatives de lutte et de prévention contre la criminalité à une échelle ultra-locale, les rendant d'autant plus efficaces.

Une autre caractéristique de l'American Rescue Plan Act permet d'expliquer son rôle dans la baisse du crime aux Etats-Unis : il est universel. "Tout le monde a reçu l'argent", souligne John Roman, spécialiste du sujet à l'université de Chicago. "Et c'est vraiment l'indice clé qui explique pourquoi ce sont probablement ces fonds qui sont à l'origine du déclin", a-t-il déclaré au journal The Hill. Plus que Donald Trump, merci Joe Biden ?

© REUTERS/Elizabeth Frantz

Le président américain Donald Trump s'adresse aux familles de militaires lors d'une visite à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le 13 février 2026.
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Tensions avec l’Iran : Donald Trump prêt à passer à l’attaque ?

En juin dernier, Donald Trump affirmait que des frappes contre trois centres nucléaires iraniens avaient "anéanti" le programme atomique de Téhéran. Huit mois plus tard, une nouvelle attaque est à l’étude. Selon plusieurs agences de presse et médias américains, dont le New York Times et CNN, le déploiement accéléré des forces américaines au Moyen-Orient a atteint un stade qui permet au président Donald Trump d’ordonner une opération contre l’Iran "dès ce week-end". L’objectif : pouvoir viser simultanément le programme nucléaire iranien, ses missiles balistiques et leurs sites de lancement. Aucune décision n’a été annoncée, mais l’appareil militaire est désormais en place.

Une proposition diplomatique iranienne attendue

Cette montée en puissance et en pression s’est poursuivie alors même que des discussions ont continué de se tenir jusqu’à ce mardi 17 février à Genève, entre les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, pour tenter d’éviter une crise croissante entre les deux pays.

Le chef de la diplomatie iranienne a depuis évoqué un accord sur un "ensemble de principes directeurs", et l’Iran a accepté à l’issue de la rencontre de présenter une proposition écrite pour répondre aux préoccupations américaines selon Reuters, demandant selon le New York Times un délai de deux semaines pour soumettre des propositions diplomatiques détaillées. Auprès du journal américain, des responsables américains informés des échanges ont reconnu des progrès, tout en estimant que "d’importants désaccords subsistent".

30 000 à 40 000 soldats américains présents

Le président américain avait demandé à son état-major des options militaire dès janvier dernier, après la répression sanglante de manifestations par l’Iran, toujours selon le NYT. Mercredi, les principaux responsables de la sécurité nationale de l’administration Trump se sont de nouveaux réunis dans la Situation Room de la Maison-Blanche pour échanger autour de cette option, indique CNN.

Au cours des dernières semaines, les États-Unis ont repositionné des systèmes de défense Patriot et THAAD pour protéger les 30 000 à 40 000 soldats américains présents au Moyen-Orient. Des dizaines d’avions ravitailleurs et plus de 50 chasseurs supplémentaires (F-35, F-22, F-16) ont été déployés. Mercredi, le porte-avions USS Gerald R. Ford approchait de Gibraltar pour rejoindre l’USS Abraham Lincoln dans la région.

Diplomatie affichée, menace militaire maintenue

Malgré ce renforcement considérable du dispositif militaire, la communication officielle de la Maison-Blanche insiste sur la diplomatie. "Le président a toujours été très clair : concernant l’Iran ou tout autre pays, la diplomatie reste sa première option, et l’Iran ferait preuve de sagesse en concluant un accord avec le président Trump et son administration", a assuré mercredi la porte-parole Karoline Leavitt. Avant de promettre que Donald Trump "réfléchit toujours à ce qui sert au mieux les intérêts des États-Unis, de notre armée et du peuple américain, et c’est ainsi qu’il prend ses décisions en matière d’action militaire".

Depuis des mois, Donald Trump exige que l’Iran renonce à l’enrichissement d’uranium et à la poursuite de son programme nucléaire, tandis que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pousse ces derniers temps en faveur d’une action destinée à réduire les capacités balistiques iraniennes. Selon le NYT, l’attaque à venir pourrait inclure une frappe coordonnée avec Israël afin d’infliger un choc militaire susceptible de forcer Téhéran à faire des concessions.

© REUTERS

Donald Trump pourrait décider d'attaquer à nouveau l'Iran ce week-end.
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Affaire Epstein : en Norvège, la vertigineuse chute d'un couple de "superdiplomates"

Rarement couple de diplomates n’aura, comme Terje Roed-Larsen et Mona Juul, tant goûté à l'ivresse des sommets avant de découvrir, aussi brutalement, l'amertume d'une disgrâce. Au terme d'une carrière ponctuée de succès et de postes prestigieux, voici deux "superdiplomates" norvégiens au cœur de la tourmente Jeffrey Epstein. Leurs noms apparaissent plus de 3 000 fois dans les échanges d'e-mails avec le défunt financier pédocriminel, publiés le 30 janvier par le ministère de la Justice américaine. Il n'y a pas si longtemps, pourtant, ils tutoyaient la gloire.

C'était en avril 2017, par une soirée de printemps, à New York. Sur Broadway, le couple assiste alors à la première d'Oslo dans l’un des plus prestigieux théâtres de la ville, au Lincoln Center. Les deux experts du Moyen-Orient boivent du petit-lait. La pièce retrace le grand œuvre de leur carrière : les discussions secrètes, à leur initiative, entre les négociateurs israéliens et palestiniens ayant débouché sur les accords d'Oslo en 1993 avec, à la clé, la poignée de mains historique d'Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche, sous les auspices de Bill Clinton. Leur consécration est totale ; le public, enthousiaste ; la critique, élogieuse. Et la pièce, récompensée par un Tony Award (équivalent d'un Oscar au théâtre). Leur griserie ne s'arrête pas là. En 2021, Oslo est adaptée au cinéma par HBO. De mémoires de diplomates, on n'a jamais vu ça : avant cela, seul Henry Kissinger, dans l'opéra Nixon in China, a été représenté sur scène de son vivant.

Mais, patatras, moins d'une décennie plus tard, leur monde s'effondre. Avec la publication de 3 millions de documents du "dossier Jeffrey Epstein", ce "power couple" vient de tout perdre : le respect de leurs pairs, celui de leurs compatriotes, leur honneur et, même, pour Mona Juul, son emploi à Amman. Après avoir été ambassadrice en Israël, au Royaume-Uni et auprès des Nations unies (à New York) elle vient de démissionner de ce même poste en Jordanie. C'est que les documents publiés par la justice américaine montrent des contacts avec le prédateur sexuel beaucoup plus fréquents et intimes que les Norvégiens ne l'avaient admis. La lecture des e-mails révèle aussi que leur relation amicale et financière remonte au moins à 2011, soit juste après la condamnation et l'emprisonnement (2008-2009) du financier pour pédocriminalité en Floride.

Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Bill Clinton signent les accords d'Oslo à la Maison-Blanche, en 1993.
Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Bill Clinton signent les accords d'Oslo à la Maison-Blanche, en 1993.

"Les empreintes de Terje Roed-Larsen sont partout"

Désormais accusées de "corruption" et de "corruption aggravée", les ex-stars du ministère des Affaires étrangères sont dans le viseur d'Okokrim, l'équivalent norvégien du Parquet national financier, le PNF. "La carrière de diplomate de Mona Juul, 66 ans, vient de s'arrêter net, constate le politologue Iver B. Neumann, de l'Institut Fritjof Nanssen, un centre de réflexion à Oslo. Elle n'occupera plus jamais de fonction diplomatique. Quant à son mari, il est fini lui aussi." A la retraite, âgé de 78 ans, il a subi deux AVC l'année dernière et ne semble pas en mesure de répondre à des enquêteurs. C'est dommage car, comme le remarque ce politologue, "les empreintes de Terje Roed-Larsen sont partout dans le dossier Jeffrey Epstein".

Outre 3 000 e-mails échangés jusqu'à la veille de sa mort (le nom de sa femme apparaît seulement 100 fois), des photos montrent le Norvégien en compagnie de Bill Gates et de Bill Clinton. On le croise dans l'appartement parisien d'Epstein (800 mètres carrés, avenue Foch), dans sa maison new-yorkaise de l'Upper East Side mais aussi à Little St. James, son île privée des Bahamas, où le couple s'est rendu une fois en famille, accompagné de ses deux enfants. "Merci Jeff pour cette superbe journée dans un endroit magnifique et absolument unique !", écrit en 2011 Terje à "Jeff". Nous avons tous adoré, poursuit-il. Les enfants étaient aux anges (les 4x4 nous ont particulièrement impressionnés)."

"Il semble avoir le don d'ubiquité"

Selon le politologue Iver B. Neumann, "Roed-Larssen est tellement omniprésent dans le dossier qu'entre New York, Oslo, Paris, Londres ou les Bahamas, il semble avoir le don d'ubiquité". En 2013, Jeffrey Epstein envisage par exemple d'offrir des chaussures de luxe à Roed-Larsen et à ses enfants. Il charge alors Fabrice Aidan, l'assistant français du Norvégien, de se renseigner sur les pointures de chacun (ce diplomate a quitté précipitamment New York à cette époque en raison d'une enquête du FBI pour consultation de site pédopornographique ; désormais parisien, il vient d'être suspendu de ses fonctions chez Engie).

Autre exemple : en 2017, Epstein écrit à la société Pitch@Palace pour y caser le fils du couple en stage. Domiciliée à Buckingham Palace, cette entreprise (un genre d'incubateur de start-up) appartient... au prince Andrew. "Le fils de 16 ans de Terje Larsen (accords d'Oslo) cherche à effectuer un stage de 5 jours à Londres, écrit Epstein. Sa mère est ambassadrice de Norvège en Angleterre, précise-t-il. Pourriez-vous l'aider?" Ainsi pistonné, l'ado décroche facilement son stage. "Merci Jeff pour tout ce que tu fais pour mon fils", écrit ensuite le diplomate à celui qu'il appelle "my best friend". Mais le meilleur reste à venir. En 2019, Epstein couche les enfants du couple norvégien sur son testament: il leur lègue 5 millions de dollars chacun!

Le comité Nobel est également touché

La diplomatie norvégienne n'est pas la seule institution éclaboussée par l'affaire Epstein. La famille royale, à travers la princesse consort Mette-Marit, le comité Nobel, via l'ancien Premier ministre Thorbjorn Jagland qui le présidait ou encore le Parti travailliste sont également touchés. Même le Forum économique mondial de Davos (Suisse) n'est pas épargné: il est actuellement présidé par un Norvégien, l'ancien ministre des Affaires étrangères (conservateur) Borge Brende, cité dans le dossier. Mais dans ce casting nordique, la trajectoire du couple de diplomates, Roed-Larsen et Juul, occupe une place particulière.

Yasser Arafat et Terje Roed-Larsen à Ramallah, le 1er octobre 2002.
Yasser Arafat et Terje Roed-Larsen à Ramallah, le 1er octobre 2002.

"Roed-Larsen est l’homme-clé du dossier parce qu'il a ouvert à Epstein toutes les portes de la Norvège", décrypte le politologue Halvard Leira. Dès lors, la question est: mais pourquoi ce royaume est-il davantage au cœur de "l'affaire" que ceux, voisins, de Suède ou du Danemark ? "Notre pays est triplement attirant, répond ce spécialiste des relations internationales. Il est lié aux Etats-Unis via son industrie pétrolière ; il est prospère et dispose du fonds souverain le plus important au monde [qui gère les actifs générés par le secteur pétrolier] ; enfin, il décerne le Prix Nobel." Bref, le pays scandinave (5,5 millions d'habitants), n'est pas seulement riche, il est aussi influent.

Le style informel des Scandinaves fait merveille

Pour comprendre comment Epstein s'est rapproché de Terje Roed-Larsen et Mona Juul, il faut remonter à la rencontre du couple, en 1981, dans l'univers feutré de la diplomatie norvégienne, à Oslo. Au début des années 1980, l'ambitieux trentenaire Roed-Larsen dirige le think tank Fafo, une émanation du syndicat LO, lié au puissant Parti social-démocrate. Déjà, le goût de l'argent se fait sentir. Sous son impulsion, le think tank effectue un hasardeux investissement dans une pêcherie industrielle au nord du pays, au bord d'un fjord. En 1992, l'usine fait faillite... quelques jours seulement après que Roed-Larsen a pris soin de s'attribuer l'équivalent de 60 000 euros de dividendes. Le scandale sera révélé quatre ans plus tard, obligeant l'intéressé à démissionner d'un éphémère (35 jours) poste de secrétaire d'Etat au Plan. En 1988, le couple se marie. Jeune diplomate, Mona rejoint l'ambassade de Norvège en Egypte, son premier poste. Depuis Le Caire, elle et lui visitent Gaza, où ils sont les témoins directs des violences de la première Intifada.

Alors que la "guerre des pierres", surnom de cette insurrection, continue d'embraser la bande de Gaza, le couple, rentré à Oslo, prend l'initiative d'un dialogue de paix. En Norvège, ils organisent des rencontres secrètes entre Abou Alaa (Ahmed Qoreï), le financier de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), et Uri Savir, le directeur général des Affaires étrangères en Israël. Le courant passe. Et le style informel du Scandinave fait des miracles. Au fil de longues promenades en forêt, les négociateurs imaginent la paix au Proche-Orient. Le 13 septembre 1993, voici les accords d'Oslo. A la Maison-Blanche, le couple de Norvégiens est relégué dans un coin, loin des signataires. Lors de réception qui s'ensuit, Bill Clinton, qui a pris toute la lumière, s'adresse pour la première fois à Terje Roed-Larsen (Mona Juul n'est pas invitée): "Vous avez fait un super boulot", le félicite-t-il.

Des visas pour des jolies Russes

Dès lors, la carrière des diplomates de l'ombre décolle. Mona Juul sera successivement ambassadrice à Tel-Aviv, Londres, auprès des Nations unies (New York) et en Jordanie. Terje Roed-Larsen, lui, devient conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères, puis coordinateur spécial de l'ONU pour les Territoires occupés et, à partir de 2005 et jusqu'en 2020, directeur de l'International Peace Institute (IPI), un important think tank situé à New York et lié aux Nations unies. Le couple fait alors la connaissance de Jeffrey Epstein, multipliant les déjeuners et les dîners, parfois avec Bill Gates ou Woody Allen.

Le prédateur sexuel américain se montre prévenant. En 2011 et 2019, il octroie de généreux dons à l'IPI, pour un montant total de 650 000 dollars, représentant 1 % du budget du think tank sur la période. En 2013, "Jeff" concède aussi un prêt personnel de 130 000 dollars à "Terje". Ce dernier, lui, répond à toutes les sollicitations de son ami, par exemple en aidant une jeune femme russe à obtenir un visa américain. Sur du papier à en-tête de l'IPI, il rédige plusieurs lettres de recommandation entre 2015 et 2017 à l'intention des autorités américaines, louant les "capacités extraordinaires" de l'intéressée, ex-mannequin et ex-stagiaire de l'IPI... D'autres jolies Russes ou femmes d'Europe de l'Est ont effectué des brefs "stages" dans le même think tank et obtenu des visas.

"Jeffrey, tu es un ange"

Un parfum d'affairisme émane des échanges entre Jeffrey Epstein et Terje Roed-Larsen. En 2018, le couple de diplomates acquiert un appartement à Oslo pour la somme de 1,2 million d'euros bien en deçà du prix du marché (environ de 2 millions). Le financier américain fait semble-t-il pression sur le vendeur, un armateur norvégien proche des diplomates, afin de lui extorquer un rabais. "Je resserre lentement l'étau", écrit Epstein à l'avocat du couple juste avant la conclusion de la vente. L'armateur déclare aujourd'hui avoir subi de fortes pressions de la part de l'homme d'affaires à l'époque.

En cette année 2018 à Noël, Terje Roed-Larsen écrit : "Cher Jeff, je t'écris simplement pour te souhaiter de joyeuses fêtes. Cette année, tu as été absolument fantastique pour moi : conseiller, guérisseur, meilleur ami et véritable magicien. Tu as tout pour être un ange. Je vois déjà tes ailes grandir ! Je ne trouve pas les mots pour te remercier suffisamment. Tu es le plus formidable et le plus gentil. J'ai tellement hâte de te revoir." Sept mois et demi plus tard, le 19 août 2019, Jeffrey Epstein est retrouvé mort dans la cellule de sa prison new-yorkaise.

© EPA

Mona Juul et Terje Roed-Larsen en Israël, le 19 août 2009.
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Inondations : face aux crues, pourquoi les Pays-Bas ont une longueur d’avance

Il n'a jamais plu aussi longtemps en France. Avec 35 jours de pluie consécutifs, le pays enregistre sa plus longue série de jours de précipitations depuis le début des mesures en 1959, battant le précédent record de 2023, a annoncé Météo-France ce mercredi 18 février. Depuis le 1er janvier dernier, "il est tombé l'équivalent d'un hiver entier de précipitations, voire plus, sur la pointe bretonne, un large quart Sud-Ouest et le pourtour méditerranéen", a indiqué le prévisionniste. Les précipitations tombent sur des sols saturés en eau, limitant l'infiltration des pluies et provoquant des inondations remarquables sur une grande partie du pays.

Alors que la France subit ces importantes inondations, les Pays-Bas ont appris à cohabiter avec l’eau et à gérer ces crues depuis des siècles. Les Néerlandais sont devenus une référence sur la scène internationale pour leur politique en matière d'adaptation à la montée des eaux. Ils n'ont de toute façon pas vraiment le choix : les Pays-Bas sont traversés par trois fleuves importants, le Rhin, la Meuse et l'Escaut, formant un delta jouxtant la mer du Nord. Environ 60 % de la superficie du pays, dont les 26 % du territoire situés sous le niveau de la mer, présentent des dangers d'inondations. Le changement climatique aggrave la situation, et ces risques sont amenés à se multiplier : selon une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l'Université d'Utrecht, le niveau de la mer du Nord pourrait s'accroître d'1 mètre à 1,5 mètre d'ici à 2100. Environ 70 % des Néerlandais sont menacés d'inondations dans les années à venir. Par ailleurs, environ 18 % du territoire des Pays-Bas sont des territoires gagnés sur la mer, des "polders".

Le "plan Delta" pour faire barrage contre la mer

L'ambitieuse politique des Pays-Bas en matière de gestion de l'eau et des inondations est née d'un raz-de-marée dramatique : la combinaison d'une violente tempête en mer du Nord avec une grande marée dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953. Cette nuit-là, la Zélande, une région d’îles formées par les deltas de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin se retrouve sous l’eau. En mer, l’eau s'élève jusqu'à 4,50 mètres au-dessus du niveau normal, rappelle la RTBF.

Les digues n'arrivent plus à contenir les vagues et des milliers d'habitations sont emportées. Le bilan final des victimes s'établit à 1836 morts. Il faut aussi compter 200 000 hectares sous eau, rendus incultivables par le sel, 10 000 maisons détruites et des dizaines de milliers de têtes de bétail noyées. Les Néerlandais tirent rapidement les leçons de cette catastrophe et mettent en place le "plan Delta".

Cet immense chantier de génie civil a permis de construire 20 000 kilomètres de digues dans la partie sud-ouest du pays. Un certain nombre d'estuaires sont alors ainsi fermés par des digues, des écluses et des barrières anti-tempête. De 1956 à 1986, huit immenses barrages limitant les submersions marines sont au total construits dans le cadre de ce plan, qui ferme définitivement les bras de mer et protège désormais la Zélande. Le plus impressionnant est l'Oosterscheldekering, inauguré en 1986. Long de près de 9 kilomètres au total, il est notamment constitué de 64 portes en métal de 42 mètres de large chacune, en moyenne, pouvant être fermées en cas de tempête ou de niveau des eaux menaçant. Le gouvernement néerlandais envisage d’investir encore dans ce plan Delta, relancé en 2012 afin de rénover 1320 km de digues d'ici 2050, en injectant 20 milliards d'euros.

Un changement de stratégie au tournant du siècle

La stratégie hollandaise a évolué au fil des années. A la fin des années 1990, les Pays-Bas ont décidé de réviser leur stratégie en matière de prévention des inondations. L'idée, désormais ? Cesser de bloquer les cours d'eau avec des digues et des barrages et les libérer dans le but de mieux les contrôler. Le lit des cours d'eau est élargi, plutôt que de construire des digues. Les zones inondables naturelles sont restaurées, certaines digues existantes sont détruites ou décalées pour laisser l'eau prendre sa place, tandis que des canaux secondaires sont élargis. Depuis les années 2000, le pays laisse donc déborder par endroit ses cours d'eau, laissant des champs entiers être inondés très en amont afin de baisser le niveau de l'eau, en aval, au niveau de la digue.

"Il s'agissait de rendre à la nature ce qui lui appartenait. Et, automatiquement, si les rivières ont davantage d'espace, le niveau d'eau sera abaissé si d'éventuelles inondations se produisent", expliquait en 2024 à Libération Erik Mosselman, ingénieur hydraulique chez Deltares, le principal institut néerlandais de recherche appliquée dans le domaine de l’eau, du sous-sol et des infrastructures.

Les inondations ayant frappé le pays en 1993 et 1995, avec le débordement du Rhin et de la Meuse, ont initié ce tournant majeur. Les Néerlandais craignaient alors une rupture de la digue qui protège le pays, avec des conséquences qui seraient alors immenses et graves. Comme le relève Libération, Room for the River ("De la place pour la rivière"), le nom de ce projet, a vu jour en 2006 après d'intenses études hydrauliques et géologiques. Ce programme, parachevé en 2015, comprend plus d'une trentaine de projets. Son coût total équivaut à 2,3 milliards d’euros, selon une estimation du gouvernement émise en 2018.

Ce programme a toutefois entraîné le déplacement des populations résidant dans les zones concernées, provoquant des controverses et des manifestations. Selon Erik Mosselman, associé au projet "Room for the River" depuis ses débuts, ce programme n'est pas "une panacée qui marcherait dans tous les pays". Pour cet ingénieur hydraulique, cela pourrait fonctionner "le long de larges rivières", comme en France "le long du Rhône ou de la Loire". En revanche, en ce qui concerne des cours d'eau plus étroits, qui ne possèdent pas de digues déjà existantes, appliquer cette stratégie peut se révéler plus complexe.

Les solutions fondées sur la nature ont donc gagné en importance ces vingt dernières années aux Pays-Bas. Comme le relate Les Echos, le cordon dunaire présent le long de la côte, qui agit comme une barrière naturelle contre les inondations, est régulièrement entretenu afin de ne pas finir érodé par la mer. Le sable, aspiré depuis la mer du Nord et les lacs néerlandais, sert à recouvrir les dunes et les digues préexistantes ou encore à allonger les plages. Un autre volet de la politique néerlandaise de protection de l'eau s'appuie sur la mise en place d'agences de crise qui s'entraînent en permanence à établir des plans d'évacuation.

En outre, comme le détaille le quotidien économique, la bonne gestion des mesures d'adaptation doit beaucoup au système politique en vigueur dans ce pays, peu centralisé et essentiellement basé sur le compromis. Les citoyens jouent un rôle important dans le domaine de la lutte contre les inondations et les submersions. Aux Pays-Bas, une taxe d'eau versée par la population permet aussi bien de financer le traitement des eaux usées que l'entretien des ruisseaux, des canaux, des barrages et la protection contre d'éventuelles inondations.

Innovations et technologies dernier cri

Les Néerlandais comptent sur l'innovation et les technologies dernier cri pour faire face aux risques de montée des eaux. Les exemples sont nombreux. Des drones inspectent ainsi les digues et les barrages, produisant des données qui sont ensuite analysées par l'intelligence artificielle afin d'identifier les points faibles. En outre, un dispositif permettant de créer les plus grandes vagues artificielles du monde dans un canal long de 300 mètres a été lancé. Il est utilisé pour tester la solidité de digues et dunes avant leur éventuelle construction.

La ville de Rotterdam, concentré de l'ensemble des problématiques rencontrées par les Pays-Bas, est généralement présentée comme un modèle de créativité face à la montée des eaux. Certaines parties du premier port d'Europe et capitale économique du pays se situent six mètres en dessous du niveau de la mer. La ville a récemment redoublé de créativité pour permettre à sa population de garder les pieds au sec, rappelle Les Echos. Des parkings pouvant se convertir en cuves de récupération des eaux ont été ainsi créés, tandis que des jardins publics capables de se muer en lacs en cas de déluge ont été instaurés. Le Maeslantkering, un portail d'acier qui protège le principal chenal reliant le port à la mer, a quant à lui été installé en 1997.

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De 1956 à 1986, huit immenses barrages limitant les submersions marines sont au total construits dans le cadre de ce plan, qui ferme définitivement les bras de mer et protège désormais la Zélande. Le plus impressionnant est l'Oosterscheldekering, inauguré en 1986.
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Les Etats-Unis accusent la Chine d'avoir mené un essai nucléaire secret

Que s'est-il passé le 22 juin 2020 au Kazakhstan ? Selon les Etats-Unis, la Chine a mené ce jour-là un essai nucléaire discret. Washington vient de donner de nouveaux détails sur une "explosion" souterraine survenue à la station sismique PS23, qui fait partie d'un système de surveillance mondial exploité par l'Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Otice).

Le secrétaire d'Etat adjoint Christopher Yeaw a déclaré lors d'une conférence à l'Institut Hudson, un groupe de réflexion basé à Washington, que cette station sismique située au Kazakhstan avait enregistré une "explosion" de magnitude 2,75. Elle a été enregistrée à 720 km du site d'essais de Lop Nor, dans la région du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine. D'après Christopher Yeaw, les Etats-Unis ont utilisé des données sismiques recueillies par cette installation située au Kazakhstan pour conclure que la Chine avait procédé à un essai nucléaire explosif.

"C'est ce à quoi on pourrait s'attendre lors d'un essai nucléaire"

"Il est très peu probable, selon moi, qu'il s'agisse d'autre chose qu'une explosion, une explosion unique", a affirmé Christopher Yeaw, comme le rapporte Reuters. Selon lui, ces données ne correspondent pas à des explosions minières. "Ce n'est absolument pas compatible avec un séisme", a également déclaré cet ancien analyste du renseignement et responsable de la défense, titulaire d'un doctorat en génie nucléaire. "C'est ce à quoi on pourrait s'attendre lors d'un essai nucléaire."

Selon Washington, la puissance de l'explosion présumée, c'est-à-dire la quantité d'énergie libérée, reste incertaine en raison des efforts qui auraient été déployés par le gouvernement chinois pour dissimuler l'essai. Pékin aurait ainsi tenté de dissimuler l'essai en utilisant une méthode appelée découplage, consistant à faire exploser l'engin à l'intérieur d'une grande chambre souterraine afin de réduire l'amplitude des ondes de choc qu'il propage dans la roche environnante, et in fine perturber les systèmes de surveillance internationaux, expliquent Reuters et The Washington Post.

Pour sa part, l'Otice, chargée de détecter les explosions d'essais nucléaires, a indiqué mardi dans un communiqué que les données étaient insuffisantes pour confirmer avec certitude l'allégation de Christopher Yeaw. Selon le secrétaire exécutif de l'organisation, Robert Floyd, la station PS23 a enregistré "deux très faibles événements sismiques" espacés de 12 secondes le 22 juin 2020. Le système de surveillance de l'Otice est capable de détecter des "événements" compatibles avec des explosions d'essais nucléaires d'une puissance égale ou supérieure à 551 tonnes (500 tonnes métriques) de TNT, a-t-il précisé. "Ces deux événements étaient bien en deçà de ce seuil. Par conséquent, avec ces seules données, il est impossible d'évaluer avec certitude la cause de ces événements", a indiqué Robert Floyd dans ce communiqué.

Une allégation "totalement infondée" selon la Chine

Interrogé par Reuters, Liu Pengyu, un porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington a nié tout essai nucléaire. Selon Pékin, cette allégation, totalement infondée, constitue une tentative de fabriquer des prétextes pour reprendre les essais nucléaires américains. "Il s'agit d'une manipulation politique visant à asseoir l'hégémonie nucléaire et à se soustraire à ses propres responsabilités en matière de désarmement nucléaire", a déploré Liu Pengyu.

Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis accusent la Chine, une puissance nucléaire en pleine expansion. Le 7 février dernier, Thomas DiNanno, sous-secrétaire d'Etat au contrôle des armements, a été le premier responsable américain à affirmer que Pékin avait procédé à un essai nucléaire en 2020. Il a déclaré que l'armée chinoise avait "cherché à dissimuler" ses efforts car "elle reconnaissait que ces essais violaient les engagements du traité d'interdiction des essais nucléaires".

Une tactique de pression des Américains ?

Les Etats-Unis, la Russie et la Chine sont signataires du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires de 1996 (TICE), qui interdit "tout essai d'arme nucléaire ou toute autre explosion nucléaire". Toutefois, les Etats-Unis et la Chine n'ont jamais ratifié le traité et la Russie a retiré sa ratification en 2023. Le dernier essai nucléaire confirmé en Russie remonte à la fin de l'Union soviétique, en 1990. Le dernier essai chinois a eu lieu à Lop Nur en 1996.

L'attention portée par l'administration américaine à cet événement fait suite à une déclaration de Donald Trump en octobre dernier, selon laquelle la Chine et la Russie auraient procédé à des essais nucléaires. Le président américain s'est engagé à reprendre les essais nucléaires américains "sur un pied d'égalité" avec ces deux pays.

Comme l'explique The Washington Post, l'annonce de Donald Trump a alarmé les experts en contrôle des armements, car toute reprise de tels essais remettrait en cause un tabou post-Guerre froide aux Etats-Unis, en vigueur depuis le dernier essai nucléaire en 1992. Après l'expiration, le 5 février 2026, du dernier traité de limitation des armements nucléaires entre les Etats-Unis et la Russie, New Start, le milliardaire issu du Parti républicain a indiqué qu'il espérait le remplacer par un accord "nouveau, amélioré et modernisé" qui inclurait non seulement les Etats-Unis et la Russie, les deux plus grands arsenaux nucléaires au monde, mais aussi la Chine. Selon des analystes, la divulgation publique d'un essai nucléaire chinois pourrait donc être une tactique de pression de Washington visant à inciter Pékin à participer à la négociation de cet accord remplaçant le traité New Start.

La Chine possède environ 600 ogives nucléaires, selon un rapport du Pentagone publié en décembre dernier. Selon ce document, la Chine déploiera plus de 1 000 ogives nucléaires d'ici 2030. A titre de comparaison, la Russie en possède environ 4 300 et les Etats-Unis environ 3 700, des chiffres datant de janvier 2025 rapportés dans la dernière évaluation annuelle de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

© REUTERS

Donald Trump et Xi Jinping, ici à Busan en Corée du Sud, le 30 octobre 2025, ont un point commun : leurs deux pays ont signé le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires mais ne l'ont jamais ratifié.
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Jeux paralympiques : l'Ukraine s'insurge face au retour des athlètes russes et biélorusses

Un nouveau seuil semble avoir été franchi dans la réintégration des athlètes russes et biélorusses dans les compétitions internationales. Ce mardi 17 février, le Comité international paralympique (IPC) a annoncé que dix athlètes russes et biélorusses, au total, participeraient aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina (du 6 au 15 mars) avec leur drapeau et leur hymne. Une première depuis près de quatre ans.

Comme pour les Jeux olympiques, les deux pays avaient été bannis des compétitions paralympiques après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, mais ont retrouvé leurs droits de membres à part entière du Comité international paralympique après la levée de leurs suspensions partielles en septembre.

Recours devant le tribunal arbitral du sport

Les fédérations internationales de chaque sport au programme des Jeux paralympiques, chargées des qualifications, avaient toutefois décidé de maintenir la suspension des athlètes russes et biélorusses. Mais en décembre, ces deux pays ont gagné leur recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) contre la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS), obtenant plusieurs quotas, rappelle l'agence de presse britannique Reuters.

La Russie disposera de deux places en para ski alpin, deux en para ski de fond et deux en para snowboard, tandis que la Biélorussie s'est vue attribuer quatre places au total, toutes en ski de fond (une pour les hommes et trois pour les femmes).

"Un scandale" dénoncé par Kiev

La mesure a provoqué l'ire de Kiev. "La décision des organisateurs d'autoriser des tueurs et leurs complices à participer aux Jeux paralympiques sous leur drapeau national est à la fois décevante et scandaleuse", a réagi ce mercredi Matvii Bidnyi, le ministre ukrainien des Sports, sur X. "Leur donner une tribune revient à donner une voix à la propagande de guerre. Lorsque le drapeau russe est hissé sur la scène internationale, il devient partie intégrante de la machine de propagande russe", a-t-il poursuivi.

Déjà en novembre 2025, la réintégration d'athlètes russes et biélorusses sous bannières neutres avait été avalisée par le comité olympique (CIO). Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l'élan de bannissement commence à se tarir. Et les JO ne sont pas les seuls événements internationaux touchés : d'autres fédérations, dont celle de Judo ont déjà sauté le pas, tandis que la Fifa se pose sérieusement la question. Dans un récent entretien auprès de L'Express, le chercheur en géopolitique du sport Jean-Baptiste Guégan expliquait alors que ce retour n'a rien d'anodin, et qu'il résulte au contraire plutôt d'une campagne d'influence russe rudement menée.

© MAXPPP

Les Jeux paralympiques de Milan-Cortina se tiendront du 6 au 15 mars 2026.
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Négociations sur l’Ukraine et l’Iran : les limites de la diplomatie façon Donald Trump

En dépêchant en Suisse ses émissaires privilégiés pour y mener simultanément deux négociations de crise distinctes - sur le nucléaire avec l'Iran et sur un accord de paix entre l'Ukraine et la Russie -, Donald Trump a laissé perplexes nombre d'observateurs en politique étrangère, bien que soit connue l'appétence du président américain pour le 'deal making'. Le fait que Steve Witkoff, émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, gendre du président américain, effectuent mardi 17 février à Genève un va-et-vient diplomatique a alimenté l'hypothèse qu'ils puissent être surchargés et dépassés, disent des experts, en plus d'interroger sur leurs chances réelles de résoudre au moins l'une de ces deux grandes crises mondiales actuelles.

Désireux d'obtenir le prix Nobel de la paix, pour lequel il a ouvertement fait campagne l'an dernier, Donald Trump revendique régulièrement avoir stoppé près d'une dizaine de conflits depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025. Il entend ajouter à cette liste un accord avec l'Iran et un accord de paix Ukraine-Russie sous son égide. Il n'en demeure pas moins que les pourparlers de mardi, aux enjeux cruciaux, ont été organisés à la hâte. Le choix de Genève n'a pas été clairement expliqué par Washington, même si la ville suisse a de longue date l'habitude d'accueillir des rendez-vous diplomatiques.

Aux yeux de Brett Bruen, ancien conseiller en politique étrangère de l'administration de l'ex-président démocrate Barack Obama, l'actuel locataire républicain de la Maison-Blanche "semble focalisé davantage sur la quantité que sur la qualité" qui nécessite un "travail de diplomatie délicat et détaillé". "S'attaquer aux deux problèmes en même temps, au même endroit, n'a pas beaucoup de sens", a ajouté celui qui dirige désormais le cabinet de conseil stratégique Global Situation Room.

Cette séquence diplomatique s'est ouverte par la réunion avec l'Iran, organisée dans un lieu distinct, de l'autre côté de Genève, des négociations Ukraine-Russie chapeautées par les Etats-Unis. A l'issue d'environ trois heures et demie de discussions indirectes sous la médiation d'Oman entre la délégation américaine et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, des avancées ont été signalées par les deux camps, sans qu'un accord ne semble toutefois en vue pour régler le différend de longue date entre Téhéran et Washington. Si Abbas Araghchi a ainsi évoqué une entente sur "un ensemble de principes directeurs", le vice-président américain J.D. Vance a peu après fait savoir que l'Iran n’acceptait pas certaines "lignes rouges" de Donald Trump.

En parallèle à la poursuite de ces négociations, Donald Trump a continué de renforcer la présence militaire massive des Etats-Unis au Proche-Orient, indiquant clairement que le recours à la force demeurait une option. Pas vraiment de quoi contribuer à un apaisement des tensions dans la région, où la crainte d'un embrasement reste vive.

"Une salle des urgences avec un seul médecin"

Les émissaires américains ont à peine eu le temps mardi de marquer une pause entre les pourparlers avec l'Iran, menés au siège de la mission diplomatique d'Oman, et la réunion Ukraine-Russie, organisée à l'hôtel Intercontinental.

Si Donald Trump s'était vanté à son retour au pouvoir l'an dernier d'être capable de mettre fin à la guerre en Ukraine en vingt-quatre heures seulement, aucun progrès majeur n'était anticipé avant le début de ce nouveau cycle de négociations de deux jours entre Kiev et Moscou, alors qu'approche le quatrième anniversaire du conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. D'après une source citée mardi soir par les agences de presse officielles russes, la première journée de discussions a de fait été "très tendue". Les deux camps ont repris comme prévu leurs négociations ce mercredi matin, mais les discussions ont pris fin après seulement deux heures. "Nous constatons des progrès, mais pour l'instant, les positions divergent car les négociations ont été difficiles", a déclaré Volodymyr Zelensky.

Pour sa part, Téhéran a vu ses doutes sur la sincérité des efforts diplomatiques de Washington être renforcés par le programme mis sur pied à Genève, a déclaré un représentant régional proche du pouvoir iranien. "Il y a un risque de surcharge avec cette approche", a-t-il dit à Reuters sous couvert d'anonymat. "Cela ressemble à une salle des urgences avec deux patients gravement malades et un seul médecin, incapable de donner à l'un ou l'autre une attention prolongée, alimentant la vraisemblance d'un échec".

Manque d'expérience

Mohanad Hajj-Ali, membre du Carnegie Middle East Center, à Beyrouth, a déclaré que les enjeux étaient trop importants s'agissant de la crise avec l'Iran pour que les Etats-Unis gèrent leur diplomatie de cette manière. "Qu'une équipe composée de Witkoff et Kushner soit chargée de résoudre tous les problèmes du monde est, franchement, une réalité choquante", a-t-il dit.

Certains experts disent penser que les deux émissaires américains, issus comme Donald Trump de la sphère de l'immobilier new-yorkais, ne disposent pas des connaissances et de l'expérience nécessaires pour se mesurer à des négociateurs expérimentés comme Abbas Araghchi et les représentants russes. En résumé, selon eux : Steve Witkoff et Jared Kushner sont dépassés. "Certains pays apprécient cette structure informelle à la Maison-Blanche sous Trump", a souligné auprès du New York Times Asli Aydintasbas, chercheuse à la Brookings Institution à Washington. Avant d'ajouter cependant : "Je n'ai vu personne se montrer particulièrement impressionné par les compétences diplomatiques de l'équipe actuelle".

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, n'était pas présent à Genève. Sollicitée par Reuters, la Maison-Blanche a répondu via une porte-parole que Donald Trump et son équipe ont "fait davantage que quiconque pour rapprocher les deux camps afin de stopper la tuerie et conclure un accord de paix" en Ukraine. Anna Kelly a dénoncé des "détracteurs" anonymes de l'approche du président américain, sans répondre aux questions spécifiques de l'agence britannique.

"Emissaire pour tout"

De longue date, des représentants de l'administration Trump défendent les rôles de Steve Witkoff et Jared Kushner, décrivant ceux-ci comme des négociateurs habiles, citant la confiance placée en eux par le président américain et notant l'échec d'approches diplomatiques plus traditionnelles pendant des années.

Ami de longue date de Donald Trump, souvent présenté comme l'"émissaire pour tout" en raison de l'éventail de ses attributions, Steve Witkoff a joué l'an dernier un rôle clé dans les négociations entre Israël et le Hamas pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, dont la deuxième phase annoncée n'a pas été mise en œuvre alors que les violations perdurent. Jared Kushner a de son côté supervisé la signature des accords dits Abraham, normalisant les liens diplomatiques entre plusieurs pays arabes et Israël, lors du premier mandat présidentiel de Donald Trump. Mais ces accords, que Donald Trump a dit vouloir élargir, n'ont pas vraiment progressé depuis son retour au pouvoir.

Certains analystes estiment que la purge opérée par Donald Trump de l'appareil de politique étrangère de Washington, au département d'Etat ainsi qu'au Conseil de sécurité nationale, sape la capacité de Jared Kushner et Steve Witkoff à réaliser les missions diplomatiques qui leur ont récemment été confiées. "Nous avons vu un évidement de notre banc diplomatique", a déclaré Brett Bruen. "Donc la question est de savoir si nous avons toujours les bonnes personnes pour travailler sur ces grandes questions".

© ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Jared Kushner et Steve Witkoff (à gauche) lors des négociations sur l'Ukraine à Genève le 17 février 2026.
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Cuba : Donald Trump a-t-il intérêt à provoquer la chute du régime ?

"Cuba est la suivante", avance le journal américain The Nation. Fort de son succès éclatant à Caracas, marqué par le kidnapping de son président Nicolas Maduro, Donald Trump semble désormais pointer le viseur sur le régime cubain. "Il ne fait aucun doute que le président et son secrétaire d'État cubano-américain, Marco Rubio, considèrent Cuba comme le trophée ultime de l'après-guerre froide", reprend l'hebdomadaire. Mais le duo a-t-il réellement intérêt à décapiter le régime castriste?

L’île reste dominée par Raúl Castro, 94 ans, tandis que Miguel Díaz-Canel, 65 ans, assure la présidence de fait. Cuba traverse une crise énergétique sévère : la fin du soutien pétrolier du Venezuela, désormais sous la pression américaine, accentue les difficultés. À cela s’ajoutent les sanctions de Washington et un embargo en place depuis 1961. L’aide humanitaire, même lorsqu'elle est fournie par des voisins comme le Mexique, demeure marginale. Selon les services de renseignement américains, l’économie cubaine souffre de pénuries chroniques de produits essentiels et de médicaments, avec des coupures d’électricité fréquentes.

Pour Donald Trump, toute action contre Cuba pourrait avoir des conséquences directes sur l'immigration et, par ricochet, sur son électorat conservateur. En effet, des personnes migrantes pourraient tenter de rejoindre les États-Unis ou le Mexique à la recherche d'un meilleur cadre de vie si le régime castriste tombait. Selon Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l'Amérique Latine et des Caraïbes, sur RFI : "Même s’il n’existe pas de statistiques officielles, on estime que depuis cinq ans, un million et demi de Cubains sur les 11 millions que comptait l’île ont quitté le pays en raison de conditions de vie de plus en plus difficiles".

Et pour cause : entre 2018 et 2023, les prix des aliments ont augmenté de 470 %, selon l’AFP, plongeant de nombreux habitants dans une précarité inédite, faute de données officielles fournies par le pouvoir castriste.

L'outil migratoire comme levier politique à Caracas

Par ailleurs, le régime castriste a longtemps utilisé l’outil migratoire comme levier politique. Comme le rapporte Jean-Jacques Kourliandsky, un avion transportant 170 Cubains, résidant aux États-Unis, s’est récemment posé à La Havane après avoir été refoulé, dans le cadre d’un accord avec le gouvernement cubain. Signe de la coopération des autorités castristes. Selon le gouvernement cubain, Donald Trump a rapatrié plus de 1 600 Cubains en 2025. C’est environ le double du nombre de Cubains rapatriés en 2024. "Et durant ses années de présidence, Donald Trump a renvoyé plus de Cubains que ses trois prédécesseurs", précise le New York Times.

À l’approche des midterms de novembre 2026, ces enjeux deviennent électoralement sensibles. La Floride, État clé, abrite une diaspora cubano-américaine fortement anticastriste et historiquement républicaine. Toute arrivée importante de personnes migrantes sur le territoire risquerait de déplaire à cet électorat stratégique, compliquant la position de Donald Trump dans un État crucial pour les scrutins présidentiels.

Un risque d'instabilité aux portes de Cuba

Changer brutalement le régime créerait aussi un vide politique et économique : crise, instabilité et chaos régional pourraient être à prévoir. L’opposition locale reste faible et mal structurée, incapable de prendre le relais en cas de chute du pouvoir en place, soulignent nos confrères de RFI. Avec seulement 10 millions d’habitants, Cuba n’offre pas de retour sur investissement immédiat : les projets touristiques ou hôteliers nécessiteraient des capitaux lourds pour des bénéfices incertains. Alors que le Venezuela représentait un enjeu économique majeur pour la Maison-Blanche, de par ses réserves de pétrole, Cuba est devenu un objectif surtout politique, une obsession pour Marco Rubio qui voit l’île à portée de main.

Dans ce contexte, Donald Trump ne sait pas encore quel chemin suivre. Miser sur la diplomatie pour une solution négociée ou bien faire imploser le régime castriste ? Il privilégie pour l'instant, la pression économique et symbolique plutôt que l’action militaire directe. Jusqu’à présent, Washington n’a pas déployé de forces autour de Cuba, contrairement à ce qui a été fait au Venezuela. Les États-Unis misent sur sanctions et blocus pour affaiblir La Havane tout en maintenant un minimum de stabilité. En attendant, le régime castriste, déjà fragilisé, tient encore. Mais encore combien de temps ?

© REUTERS

Le président américain Donald Trump hésite encore sur la carter à jouer à Cuba. Suivre la ligne radicale de Marco Rubio ou bien miser sur la diplomatie ?
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Parapluie nucléaire européen : l’Allemagne face au dilemme stratégique

"J’ai entamé des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne", a déclaré le chancelier allemand Friedrich Merz le 13 février, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC). Une phrase qui relance un débat sensible, à mesure que l’Europe se retrouve prise en étau entre la menace russe et un soutien américain jugé moins prévisible.

À Munich, la question nucléaire s’est imposée comme un sujet central. En filigrane : faut-il renforcer un "parapluie nucléaire européen" autour des capacités françaises et britanniques, en complément — ou en alternative partielle — à la protection américaine via l’Otan ?

Aujourd’hui, la France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne disposant d’un arsenal indépendant. Le Royaume-Uni, partenaire clé de l’Alliance atlantique bien que sorti de l’UE, possède également l’arme nucléaire. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), Paris disposerait d’environ 290 têtes nucléaires, Londres de 225. En comparaison, la Russie en compterait plus de 4 300.

La crainte de voir arriver Nigel Farage ou Marine Le Pen

Mais en Allemagne, l’idée d’un parapluie européen élargi ne fait pas consensus. Si Friedrich Merz se dit prêt à explorer cette piste, son propre camp affiche des réserves. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, appelle à la prudence. "Il y a assez d’armes nucléaires dans le monde", a-t-il déclaré sur ARD, estimant que la priorité devrait être ailleurs — notamment dans l’augmentation rapide des budgets de défense des États membres, à hauteur de 5 %.

Le président du groupe parlementaire CDU, Jens Spahn, adopte, lui une autre ligne. Tout en plaidant pour davantage d’autonomie stratégique européenne, il s’interroge sur la stabilité politique des partenaires. Dans un entretien à Politico, repris par Euronews, il évoque l’hypothèse de victoires électorales de Nigel Farage au Royaume-Uni ou de Marine Le Pen en France : "Je ne sais pas si je veux compter sur eux", a-t-il déclaré, soulignant la fragilité potentielle d’un dispositif dépendant de futurs dirigeants.

Ne pas donner l'impression de tourner le dos aux Etats-Unis

Armin Laschet, autre figure de la CDU, juge quant à lui le débat non prioritaire. Il met en garde contre le signal envoyé à Washington : discuter trop ouvertement d’un parapluie européen pourrait être perçu comme un désengagement vis-à-vis de la protection américaine. Un équilibre délicat pour Berlin, qui cherche à renforcer la sécurité européenne sans donner l’impression de tourner le dos aux États-Unis. D’autant que les écarts de capacités restent considérables : ils ont à leur disposition 3 700 ogives nucléaires, selon la Fédération des scientifiques américains.

Par ailleurs, les États-Unis maintiennent également des ogives sur le sol européen : 35 en Italie, 15 en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, et 20 en Turquie, dans le cadre de la dissuasion de l’Otan. "L’Otan, elle, dispose d’un système de contrôle partagé avec les pays hôtes pour les armes nucléaires américaines qui sont stationnées dans certains pays européens. Ainsi, l’accord de Berlin est nécessaire pour l’utilisation des armes stationnées en Allemagne", expliquait dans L'Express, Emmanuelle Maitre, qui travaille à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris.

Ainsi, la dissuasion européenne resterait un complément et non un substitut à la protection outre-Atlantique. Entre volonté d’autonomie stratégique et attachement au parapluie américain, l’Allemagne avance donc sur une ligne de crête.

© via REUTERS

Le chancelier Friedrich Merz s'est exprimé en faveur du parapluie européen, malgré des divisions internes.
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Thomas Gomart : "En Chine ou en Russie, l’affaire Epstein est présentée comme l’exemple du déclin de l'Occident"

Le directeur du très sérieux Institut français des relations internationales (Ifri), Thomas Gomart, ferait-il son coming out idéologique ? Le titre de son nouveau livre, Qui contrôle qui ? (Tallandier), fait explicitement référence à Lénine. Pour l’historien, invité du troisième numéro des "Temps sauvages", le podcast géopolitique de L’Express, le communisme sous-tend encore la politique internationale.

La mondialisation n’a-t-elle pas vu l’émergence fulgurante de la Chine dirigée par un Parti communiste totalement léniniste dans son fonctionnement ? La volonté léniniste d’éliminer l’adversaire ressurgit. Le retour du conflit et des rapports de force laisse les libéraux interdits. Le schisme transatlantique plonge les Européens, qui ne jurent que par le droit, dans la sidération. Il faut puiser dans la géopolitique pour comprendre ce retournement, savoir déchiffrer les symboles, et s’intéresser à la psychologie des dirigeants. Ce à quoi s’emploie Thomas Gomart en mettant en scène les nouveaux clivages mondiaux à travers six duels remarquablement bien incarnés : Poutine/Zelensky, Trump/von der Leyen, Xi Jinping/Modi, Netanyahou/Khamenei, le Giec et Fox News, ou encore le Vatican et la Silicon Valley. Au-delà de ces personnalités et de ses organisations, des mécanismes profonds sont à l’œuvre dans le monde actuel, dont l’expert des relations internationales analyse avec clarté les ressorts profonds. L'intégralité de ces échanges est à retrouver sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox ou encore Podcast Addict.

1. Lénine vs Constant

Le libéralisme et le communisme sous-tendent encore la politique internationale. Deux auteurs emblématiques de ces courants de pensée peuvent nous aider à comprendre les antagonismes géopolitiques actuels : Benjamin Constant (1767-1830) et Lénine (1870-1924). Une grande figure du libéralisme européen et le révolutionnaire bolchevique se répondent à un siècle de distance. Le premier exaltait "la liberté en tout" alors que le second a instauré "la discipline de parti". On érige à nouveau des statues de Lénine en Russie, en Biélorussie, et dans le Donbass en Ukraine. Mais Lénine est moins un sujet russe que chinois aujourd’hui. Xi Jinping est plus léniniste que marxiste. La mondialisation a vu l’émergence fulgurante de la Chine dirigée par le Parti communiste, totalement léniniste dans son organisation et son fonctionnement. Les purges servent à garantir sa "pureté". Lors du sommet des Brics à Kazan en octobre 2024, Xi Jinping s’est référé à un texte qui a marqué Lénine : Que faire ? Les hommes nouveaux de Nikolai Tchernychevski (1828-1889). Le but de Lénine était de détruire ses adversaires. Benjamin Constant, lui, estimait que le commerce devait permettre d’obtenir de gré à gré ce qu’il était possible d’espérer gagner par la violence. Dans son texte majeur, De l’usurpation, très vive critique de Napoléon, il écrit : "La guerre et le commerce ne sont que deux moyens d’arriver au même but, celui de posséder ce que l’on désire". Dans Le Passé d’une illusion, François Furet relie ces deux auteurs. Leur duel a bien eu une postérité : c’est le monde d’aujourd’hui.

2. Vatican vs Silicon Valley

Il y a aujourd'hui plus de propriétaires d'iPhone que de catholiques dans le monde : 1,8 milliard contre 1,4. Néanmoins, l’Eglise catholique conserve une unité et une influence sans équivalent. En dehors de l’Europe, il y a un dynamisme très fort du catholicisme. C’est du Vatican qu’est venue la première critique contre l’alliance de la Maison-Blanche et des seigneurs de la tech. Deux mois avant sa mort, le pape François a adressé une lettre aux évêques américains dans lesquelles il s’oppose aux mesures de "déportation de masse" mises en œuvre par l’administration Trump.

Converti au catholicisme, le vice-président J.D. Vance a quasiment forcé les portes du Vatican avec une armada de SUV pour être reçu par le souverain pontife mourant et obtenir ainsi une forme de reconnaissance. Comme s’il voulait rejouer la vieille dialectique du pape et de l’empereur. En tout et pour tout, il a obtenu trois Kinder pour ses enfants. Léon XIV, qui a une double nationalité américaine et péruvienne, met en avant la doctrine sociale de l’Eglise pour répondre aux développements de l’intelligence artificielle. Entre le Vatican et la Silicon Valley se joue une certaine conception de l’homme à l’âge numérique.

3.Le Giec vs Fox News

L'un des grands enjeux du XXIe siècle, c’est le rapport à la vérité. Les faits ne sont pas des opinions : cette évidence est de plus en plus oubliée. Le réchauffement climatique est une réalité documentée par une autorité scientifique, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). L’originalité de cette structure réside dans sa nature hybride : politique par son principe de fonctionnement intergouvernemental, scientifique par sa méthodologie et le recrutement de ses spécialistes. Toujours prudent dans ses assertions, le Giec fonctionne comme une "machine à consensus".

Dès sa création en 1996, le réseau télévisé Fox News lancé par le magnat australien Rupert Murdoch a produit un contre-discours climatosceptique. Fox News a permis l’éclosion médiatique de Donald Trump, qui lui doit beaucoup. Trente ans après, force est de constater que la production d’opinions l’a emporté sur la rigueur scientifique. Une preuve frappante de ce que j’avance ?

Très engagé contre le réchauffement climatique, le fondateur de Bill Gates a publié un texte fin 2025 annonçant que sa fondation allait désormais consacrer ses efforts à la lutte contre la pauvreté et à la santé publique. Qu’une personnalité aussi emblématique abandonne son combat pour l’environnement reflète l’évolution du rapport de force. Même Gates a renoncé à son objectif d’atténuer le réchauffement ! En un sens, Fox News a gagné !

4. Vladimir Poutine vs Volodymyr Zelensky

La guerre coloniale menée en Ukraine par Vladimir Poutine est un échec militaire patent. Conformément à la tradition soviétique, Poutine consomme ses soldats comme du petit bois. En Afghanistan, les Soviétiques ont perdu 15 000 hommes. En Ukraine, les derniers chiffres font état d’1,2 millions de pertes (tués, blessés, disparus), un bilan qui montre l'inefficacité militaire d’une Russie qui, en quatre ans de guerre, n’a conquis que 20 % du territoire ukrainien. En même temps, la Russie peut se targuer d’avoir remporté un certain succès diplomatique : la majorité des pays qui, dans le monde, a condamné l’agression n'a, en réalité, pas sanctionné Moscou. Et son discours antioccidental trouve un écho certain.

Y a-t-il un gagnant ? Non, pas pour l’instant. La guerre d'Ukraine fait perdre à l'Europe, Russie incluse, son principal avantage comparatif sur la scène internationale, à savoir sa stabilité stratégique. C’est cela que Poutine a détruit. Au fond, le vrai vainqueur est Xi Jinping. Depuis son entrée à l’OMC, en 2001, la Chine a su se métamorphoser pour rivaliser avec les Etats-Unis et l’Europe, tout en sortant des millions de personnes de la pauvreté. A la tête de la Russie depuis un quart de siècle, Poutine a, lui, choisi d’entraîner son pays dans une guerre éternelle, ce qui impliquait de rompre avec l’Europe, son principal partenaire économique. Il réécrit l’histoire en mettant à feu et à sang son voisin auquel il nie le droit à exister comme nation indépendante.

5. Donald Trump vs Ursula von der Leyen

Dès février 2025, lors de la première réunion de son cabinet, Donald Trump avait donné le ton : "L’Union européenne a été créée pour entuber les Etats-Unis." Cinq mois plus tard, le président américain reçoit Ursula von der Leyen en cravate dorée sur son golf de Turnberry, en Ecosse. Entre autres mesures chocs, il annonce 15 % de droits de douane aux exportateurs européens. La présidente de la Commission européenne cède pour préserver la faible croissance européenne.

Cette rencontre, qui avalise le retour du protectionnisme, acte surtout la soumission des Européens à Donald Trump. "Donald Trump a mangé Ursula von der Leyen au petit-déjeuner", commente le Premier ministre hongrois, Viktor Orban. Pourquoi a-t-elle accepté ce "diktat" ? Rappelons d’abord qu’elle subissait une pression politique et économique extrêmement forte pour trouver un deal. Sur le fond, elle n’a fait que mettre en action ce qui lui a été demandé par le Conseil européen.

Le grand problème de cet "accord de Turnberry", c'est qu’il entérine la victoire intellectuelle de Donald Trump sur l'Europe dans la lecture qu’il nous impose du fonctionnement du commerce international. Et nous acceptons de payer un tribut, à savoir le prix de notre sécurité. Mais cela suffira-t-il ? En réalité, Bruxelles et la plupart des dirigeants européens minorent l’offensive idéologique lancée à leur encontre par le président américain. Ils s’efforcent de préserver le modèle de relations transatlantiques issu de la Seconde Guerre mondiale, alors que Washington veut non seulement y mettre un terme, mais aussi subvertir les démocraties européennes minées par l’immigration. En fait, Ursula von der Leyen et les autres ne comprennent pas la puissance des symboles trumpiens.

6. Démocratie européenne vs Démocratie Maga

Animal politique exceptionnel, Donald Trump est parvenu à exercer une emprise cognitive. De fait, il soumet la relation transatlantique à un fort paradoxe. Tandis qu’elle connaît une profonde divergence idéologique, elle subit une fusion de plus en plus forte sur le plan médiatique, comme le montre l’affaire Epstein, une boule de neige politico-médiatique qui ne cesse de grossir et en devient presque oppressante. On peut voir l’émergence de ce nouvel espace cognitif comme une évolution de la démocratie, dans le sens où c’est aujourd’hui celui qui produit le plus de discours qui prend l'ascendant sur les formes de représentativité démocratique.

Dans cet espace cognitif, qui est avant tout un espace de manœuvre, tenter de démêler le virtuel du réel n’a plus de sens. La question est : a-t-on la capacité de produire un contre-discours ? C'est le grand problème des Européens. Que pouvons-nous faire face à un Peter Thiel, qui a, à la fois, la puissance financière, une prétention intellectuelle et la maîtrise de canaux de communication ? Nous sommes obligés de l'écouter, car il crée un effet d'asymétrie qui accentue l’emprise. Pour toutes ces raisons, il est très difficile d’exister dans cet espace cognitif. Ajoutons que la démocratie n’en sort pas gagnante. Regardez la façon dont cette affaire Esptein est lue et expliquée en Chine, en Russie ou dans le monde arabe. Partout, elle est présentée comme l'exemple le plus abouti du déclin de l'Occident…

© U.S. Justice Department/Handout via REUTERS

Jeffrey Epstein apparaissant sur cette image diffusée par le Département de la Justice à Washington, D.C., aux Etats-Unis, le 19 décembre 2025, dans le cadre d'un nouveau lot de documents.
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Affaire Epstein : ces liens troubles entre le prédateur sexuel et les campus américains

Derrière les façades de brique rouge des universités américaines les plus prestigieuses, une question embarrassante refait surface : certaines recherches ont-elles été financées, directement ou indirectement, par l’argent de Jeffrey Epstein ? Mort en 2019 dans sa cellule alors qu’il était détenu pour trafic sexuel, le financier continue de hanter le monde académique. La publication récente de nouveaux documents par le ministère américain de la Justice ravive les interrogations sur l’étendue de ses liens avec plusieurs campus, note le quotidien américain le The New York Times (NYT).

Harvard, le MIT, Stanford, Bard College, Columbia… Au fil des années, Jeffrey Epstein a donné de l’argent – ou laissé miroiter des dons substantiels – à des chercheurs et à des institutions. Des universitaires dont les noms figurent aujourd’hui dans les dossiers affirment s’être tournés vers lui uniquement pour financer leurs travaux, y compris après sa condamnation en 2008 pour sollicitation de prostitution d’une mineure. Ils assurent n’avoir recherché qu’un soutien économique, dans un environnement où la levée de fonds est devenue une nécessité structurelle.

Aux États-Unis, la philanthropie privée est l’un des piliers du financement de l’enseignement supérieur. Le New York Times rappelle que les universités américaines cumulent plus de 927 milliards de dollars de dotations. Pourtant, même les établissements les plus riches restent en quête permanente de nouveaux fonds. "Certains présidents consacrent jusqu’à un quart de leur temps à la collecte de dons", souligne le quotidien outre-Atlantique. Dans ce système, chercheurs et administrateurs multiplient les contacts avec des mécènes potentiels. Une brèche dans laquelle Jeffrey Epstein s’est engouffré.

"Lever des fonds pour Bard"

Aujourd'hui, plusieurs dirigeant essaient de minimiser les dégâts. "Comme je le dis depuis des années, toute interaction avec Jeffrey Epstein n’avait qu’un seul but : lever des fonds pour Bard", s'est défendu le président de l’université, Leon Botstein. Sauf que comme le rappelle un autre article du New York Times, leur relation dépassait le cadre universitaire. Les récents documents dévoilés montrent que le président de Bard avait conclu un courriel de 2013 adressé au délinquant sexuel par "Tu me manques" et prévu un voyage sur l'île de Jeffrey Epstein en 2012, révélation faite par le Times Union, un journal américain local.

De son côté, Nicholas Christakis, professeur à Yale, a expliqué au New York Times n’avoir rencontré Jeffrey Epstein qu’une seule fois "dans le cadre d’une levée de fonds pour [son] laboratoire", précisant que celui-ci n’avait jamais reçu de financement de sa part. "Comme tout chercheur, je suis responsable du financement de mon laboratoire", a-t-il martelé.

"Un des plus grands soutiens des scientifiques"

Reste une question centrale : qu’y gagnait Jeffrey Epstein ? Le prestige des institutions fréquentées lui offrait une forme de respectabilité. Selon un rapport publié par Harvard en 2020, consulté par le NYT, certaines demandes du financier "semblaient s’inscrire dans une démarche plus vaste de réhabilitation" de son image. L’université y soulignait également que le site de la fondation d’Epstein avait surestimé ses dons de plusieurs dizaines de millions de dollars. D’après Le Monde, le prédateur sexuel aurait versé 7,5 millions de dollars à Harvard à partir des années 1990 ; en 2014, le site de l’université le présentait encore comme "l’un des plus grands soutiens des scientifiques".

Dans de nombreux cas, ses échanges semblent avoir été réalisés directement avec des professeurs, parfois à l’insu des services chargés de la collecte de fonds. À quelques exceptions près, dont Leon Botstein ou Lawrence H. Summers, alors président de Harvard, les contacts d’Epstein se situaient à des échelons intermédiaires, ses promesses n’étant pas toujours jugées suffisantes pour mobiliser les plus hauts dirigeants. Face aux répercussions, plusieurs établissements cherchent à prendre leurs distances. Certaines pages en ligne et certains emplois du temps ont été supprimés, des enquêtes internes ouvertes. Harvard a rendu publiques ses investigations sur les liens entre ses donateurs et Epstein.

D’autres universités ont choisi de couper court, reversant leurs contributions et condamnant publiquement ses crimes. En 2020, l’université d’État de l’Ohio annonçait ainsi qu’elle restituerait l’intégralité des fonds reçus de Jeffrey Epstein à une initiative de lutte contre le trafic d’êtres humains. Une manière d’éteindre l’incendie. Sauve qui peut.

© Arnaud Journois/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Le pédocriminel Jeffrey Epstein aurait réussi à s'attirer les bonnes grâces du monde universitaires en échange de promesses de financement juteuses.
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Les turbulences mondiales vont-elles pousser la Suède à adopter l’euro ?

La Suède s'y était opposée par référendum il y a vingt ans. Mais le contexte actuel semble pousser le royaume à revoir sa copie. Si l'adoption de l'euro est encore loin de faire consensus, l'idée a refait irruption dans le débat politique, raconte Bloomberg. Vue par les économistes comme un gage de stabilité dans le contexte géopolitique actuel, elle trouve un certain écho au Parlement suédois. Et un certain soutien chez les pays voisins, Finlande en tête. Explications.

Instabilité géopolitique

Pour comprendre la position de Stockholm, il faut remonter à 1995. A cette date, la Suède rejoint l'Union européenne et s'engage à adopter l'euro une fois tous les critères requis remplis. Seulement, une fois la zone euro instaurée en 1999, la Suède renonce à y prendre part. Elle craint alors une perte de sa souveraineté, et préfère conserver sa monnaie nationale : la couronne suédoise. En 2003, 56 % des Suédois rejettent l'euro par référendum. Décision sur laquelle ne reviendront pas les gouvernements successifs...

Jusqu'au déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, qui amorce une première réflexion. Inquiète pour sa sécurité, la Suède s'empresse d'abord de rejoindre l'Otan dans les mois qui suivent l'invasion russe. Puis face à la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, Stockholm s'interroge sur sa capacité à faire le poids seule, en cas de crise plus grave et de volatilité du marché. Le débat autour de l'adhésion à l'euro est relancé. Et cette fois, les spécialistes ont un avis plus tranché.

Effets positifs pour l'économie

En décembre 2025, l'éminent économiste Lars Calmfors, à la tête de la Swedish Free Enterprise Foundation, qui recommandait en 2003 de ne pas s'engager immédiatement dans la zone euro, change de ton. Après analyse des effets de cette monnaie sur plus de vingt ans, son constat est clair : "Les avantages commerciaux pour les membres de la zone euro sont plus importants que prévu et le maintien d'une politique monétaire indépendante présente moins d'avantages", écrit-il.

Alors que 60 % des échanges de la Suède se font aujourd'hui avec le reste de l'UE, Lars Calmfors l'assure : "Pour la Suède, partager une monnaie commune faciliterait les échanges commerciaux avec les pays de la zone euro, permettant un rapprochement avec ses voisins. Et l'élimination des fluctuations des taux de change réduirait les coûts et l'incertitude. D'autant, dit-il, que "le cycle économique suédois s'est davantage synchronisé avec celui de la zone euro".

Une option plébiscitée par les 21 pays de la zone euro, convaincus qu'une intégration de la Suède renforcerait la crédibilité de la monnaie (à une heure où la prévalence du dollar est remise en cause). Les pays voisins du royaume - Danemark et Finlande en particulier - ont abondé en ce sens. En témoigne le discours tenu il y a peu par le directeur de la banque centrale finlandaise : "Soyons réalistes, à nous seuls, nous ne pesons pas beaucoup, mais en nous unissant, nous pourrions jouer dans la cour des grands et peser davantage dans le système monétaire européen et dans l'Union européenne au sens large", faisait-il valoir.

Les Suédois divisés

Mais si cette piste séduit en Europe, les premiers concernés sont, eux, loin d'être convaincus. La majorité des Suédois (environ les deux tiers) se dit encore opposée à l'adoption de l'euro, et attachée à son indépendance monétaire. Un second référendum est à envisager, selon les experts, pour prendre la température sur cette question.

Du côté des partis politiques, les avis divergent. Certains ne se sont pas encore positionnés sur la question, comme les Sociaux-Démocrates, actuellement en tête des intentions de vote pour les élections législatives prévues en septembre. Le Premier ministre actuel, issu du parti de centre droit, s'y montre plutôt favorable, mais se garde bien de le crier sur tous les toits à l'approche du scrutin.

Donné deuxième dans les sondages, le parti nationaliste est quant à lui fermement opposé à toute intégration monétaire. "Les tendances actuelles en matière d'emprunt dans la zone euro pourraient conduire à l'effondrement de la monnaie unique", va jusqu'à affirmer l'un de ses députés Oscar Sjöstedt. Il pointe du doigt un taux d'emprunt largement inférieur en Suède (où la dette représente 33 % du PIB) que dans le reste de la zone euro (80 %).

Quoi qu'il advienne, l'adoption de l'euro reste un processus assez long. Si elle s'y résolvait, la Suède devrait avant tout adhérer au mécanisme de change européen (MCE II) et maintenir la couronne stable par rapport à l'euro pendant au moins deux ans, rappellent les économistes. Mais la députée Cecilia Rönn, du parti libéral, veut y croire : "la question n'est pas de savoir si l'euro sera adopté, mais quand", assure-t-elle.

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En 2003, les Suédois avaient rejeté par référendum l'adhésion à l'euro.
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"La suspicion est toujours là" : Européens et Américains peinent à préserver le lien transatlantique

Cette fois, pas une larme n'a coulé. Ce 13 février, les Européens sont arrivés fébriles à l'hôtel Bayerischer Hof, théâtre de la 62ème Conférence de sécurité de Munich. Le violent réquisitoire du vice-président américain J.D. Vance contre l'Europe a laissé des traces. "Je ne me suis jamais vraiment remise de l'année dernière. A mes côtés, un ami allemand avait pleuré", se souvient la sénatrice (PS) Hélène Conway-Mouret, présente dans la salle. Un an après, assise sous le décor rococo du Falk's bar, à quelques mètres de la salle de conférences, elle constate que l'émotion a laissé place au réalisme.

Plus tôt dans la journée, l'allocution du Secrétaire d'État américain a été accueillie avec soulagement par les Européens. Moins agressif, plus diplomate, Marco Rubio a rassuré - mais seulement sur la forme. "Sur le fond, rien n'a changé, estime la sénatrice. La suspicion entre Américains et Européens est toujours là."

Pendant trois jours, plus de mille participants se sont pressés à l'événement - une affluence record. Absent cette année, J.D. Vance est pourtant devenu le meilleur ambassadeur de la conférence. Des contrôles de police à chaque coin de rue, des commerces réquisitionnés, un cœur de ville vidé de ses résidents… Il fallait bien ça pour accueillir la soixantaine de chefs d'États et de gouvernement, les 50 dirigeants d'organisations internationales et les centaines de journalistes venus assister à l'acte II de la querelle transatlantique.

Et quoi de mieux que les moelleux fauteuils du Bayerischer Hof, ou les somptueuses moulures de son voisin, le Rosewood, pour s'expliquer entre alliés ? Un an après la bombe Vance, la Conférence de sécurité est redevenue une bulle hors du temps. Mais pour les Européens, son tic-tac n'a jamais été aussi assourdissant.

L'Europe de Tanguy

Le choc américain oblige le Vieux continent à augmenter ses dépenses de défense. En marge d'un panel, verre à la main, un diplomate venu de Bruxelles et un ancien conseiller démocrate de la Maison Blanche devisent. "Avouons-le : les Européens se sont endormis. On a peu dépensé pour les armées, au profit du système de santé. Maintenant, on va faire des efforts !", assure le Bruxellois.

En juin, les alliés de l'OTAN se sont engagés à affecter chaque année au moins 3,5 % de leur PIB à la défense d'ici à 2035. "Cela va renforcer l'alliance, abonde le Démocrate. Enfin, jusqu'à ce que l'on vous prenne le Groenland". Un ange passe. Les deux hommes éclatent de rire.

D'après un sondage Politico publié le 11 février, 44 % des Français et 50 % des Allemands estiment que les États-Unis ne sont plus un allié fiable. "J'appelle ça l'Europe de Tanguy. Washington a vidé le frigo et oblige les Européens à aller travailler", plaisante un haut gradé français, à Munich.

Pour la première fois depuis le début de l'agression russe, le continent a quasiment financé seul en 2025 les équipements militaires de l'armée ukrainienne. A la conférence, Marco Rubio a même séché une réunion sur le conflit à laquelle il devait assister avec les dirigeants européens.

La lucidité européenne

Echaudés, les Européens utilisent la scène de la Conférence pour formuler leur riposte. Prenant acte d'un ordre international qui "n'existe plus", le Chancelier allemand a répété aborder la question d'une dissuasion nucléaire commune avec Emmanuel Macron. "Nous devons maintenant définir clairement comment nous souhaitons nous organiser à l'échelle européenne - non pas comme un substitut à l'Otan, mais comme un pilier solide et autonome au sein de l'alliance", a déclaré Friedrich Merz.

A sa suite, le président français a pressé le Vieux Continent d'être fier. "Une Europe plus forte sera une meilleure amie pour nos alliés, en particulier les États-Unis", a assuré Emmanuel Macron. "Nous devons repenser le lien transatlantique pour avoir une vraie relation équilibrée et mature avec les Américains", insiste auprès de L'Express Benjamin Haddad, ministre délégué à l'Europe, présent à Munich.

Et qu'importent les esprits chagrins ayant perçu une dissonance dans les discours des deux chefs d'États - l'Allemand étant toujours vu comme plus "atlantiste" que le Français. "Qu'ils prennent un Xanax !", lâche, agacé, un conseiller élyséen dans un couloir du Bayerischer Hof. Dans son allocution, Merz a pourtant insisté sur un point : la nécessité de "refonder" un partenariat stratégique avec les États-Unis "tant que nous ne sommes pas en mesure d'assurer notre sécurité". "Ensemble, nous sommes plus forts", a-t-il insisté. Conscients de leurs failles, les Européens n'ont pas encore les moyens de leur lucidité.

Incertitude sur les troupes américaines

Dans les pays de l'Est, où la présence américaine sert toujours de substitut à une puissance militaire nationale, le désengagement américain est une source d'angoisse constante. En septembre 2025, les États-Unis ont réduit leur soutien à la sécurité des États baltes, les pressant d'augmenter leurs propres budgets de défense.

En Lituanie, celui-ci atteint désormais 5,38 % du PIB. "Une décision difficile pour les sociaux-démocrates, habitués à investir dans l'éducation et le système de santé", concède Mindaugas Sinkevicius.

A Munich, le président du parti social-démocrate lituanien au pouvoir a croisé son compatriote, Andrius Kubilius. Vendredi, le Commissaire européen à la Défense a encore évoqué la création d'une force d'intervention rapide européenne. Depuis des mois, les rumeurs du retrait d'une partie des soldats américains du continent donnent des sueurs froides aux 27.

La voix légèrement tremblante, Sinkevicius constate l'impréparation européenne. "Nous ne savons pas combien de temps vont rester les troupes américaines. Les Européens sont volontaires, mais il s'agit d'une vingtaine de volontés, avec presque autant d'équipements et de commandements différents. Comment avoir une réponse coordonnée en cas d'attaque ?", s'interroge-t-il. Le désir d'émancipation européen se heurte à la crainte d'être pris trop vite au sérieux par Washington.

Avancées budgétaires

Certes, des avancées ont été obtenues. Le programme Safe - qui permet de financer la commande d'équipements militaires venant majoritairement de l'industrie européenne - en est un exemple. Mais ces éclaircies sont en partie assombries par des dissensions. L'enlisement du projet franco-allemand d'avion de combat nouvelle génération, le Scaf, fournit un argument de choix aux contempteurs de la Défense européenne.

"Le projet connaît des difficultés, admet Natalia Pouzyreff, députée (Renaissance) et membre de l'Assemblée parlementaire de l'Otan. Mais d'autres programmes structurants ont été lancés avec l'Allemagne. Et les besoins opérationnels pour l'avion de combat et le système SCAF restent similaires, il s'agit de la crédibilité de notre défense commune et de notre projection de forces".

Ces projets communs se heurtent toutefois aux réalités politiques et économiques internes aux deux pays. Sur le patio de l'hôtel Rosewood, jeudi soir, un cadre de l'Otan exprimait ses inquiétudes. "La France a beaucoup de projets, mais Macron part dans un an. Si Jordan Bardella s'installe à l'Elysée, qu'est-ce qui nous garantit qu'il tiendra les engagements ?" L'incertitude est alimentée par les difficultés économiques allemandes, moteur de la zone euro. "Berlin espère sortir de la récession. Paris est dans une situation politique très compliquée. L'après 2027 obsède nos partenaires européens, résume Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri). Mais en même temps, le discours tenu par Emmanuel Macron sur l'autonomie stratégique européenne prouve sa pertinence dans cette nouvelle phase."

Une ère où l'Europe est désormais une préoccupation secondaire pour les Etats-Unis. "Les Américains font face à un système où la mondialisation a cessé de les enrichir, et où la montée en puissance militaire et économique chinoise pose un problème de sécurité globale", décrypte un haut gradé de l'Otan. Obnubilés par ce nouvel adversaire, les États-Unis de Donald Trump ne font que lever le voile sur une stratégie américaine déjà enclenchée depuis Barack Obama.

Le "pivot vers l'Indo-Pacifique" des États-Unis oblige l'Europe à se prendre en charge. Peu importe qui remplacera Donald Trump à la Maison Blanche. "Même si un démocrate gagne en 2028, il poursuivra sans doute une version de la trajectoire actuelle de l'administration, en donnant la première responsabilité de la défense de l'Europe aux Européens", estime Chris Chivvis, directeur de programme au Carnegie Endowment for International Peace. La même analyse est faite par un ancien haut cadre de la Maison Blanche sous Joe Biden, lors de la clôture de la Conférence. "Si nous gagnons, les démocrates seront probablement plus souriants avec vous que les hommes de Trump. Mais ne vous y trompez pas, prévient-il. Vous ne pouvez plus nous faire confiance".

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Le Secrétaire d'Etat américain Marco Rubio s'exprime à la Conférence de Munich, le 14 février 2026. Son allocution a été accueillie avec soulagement par les Européens.
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Guerre en Ukraine : Vladimir Poutine aux commandes d'un train fou qu'il ne peut (et ne veut) plus stopper

Costume cravate et visage juvénile rasé de frais, Volodymyr Zelensky prend la parole à la Conférence de Munich sur la sécurité. "Nous défendrons nos terres avec ou sans le soutien de nos partenaires", promet-il, sur un ton martial. Nous sommes le 19 avril 2022, les troupes russes se massent à ses frontières. Quatre ans plus tard, c’est un homme barbu aux traits vieillis et fatigués, tout de noir vêtu, qui, à cette même tribune, demande à ses partenaires occidentaux des garanties de sécurité solides avant tout cessez-le-feu. Quatre ans d'enfer : des soldats épuisés par les assauts suicidaires des troupes russes, des centaines de milliers de morts et blessés, des civils harcelés par des bombardements incessants et un pays déchiré par la guerre.

Alors qu’un énième round de négociations vient de démarrer à Genève, personne ne semble croire à la paix. Pas même l’administration américaine, qui laisse Poutine poursuivre son offensive mortifère. Pourtant, tout porte à croire qu’il ne s’arrêtera pas aux frontières du Donbass. Les agressions "hybrides" s’intensifient en Europe, en témoignent les récentes attaques russes contre des installations énergétiques et ferroviaires polonaises. Des membres de l’ex-groupe paramilitaire Wagner chercheraient même à recruter des agents sur le Vieux Continent pour y perpétrer des actes de violence, selon le Financial Times.

C’est le drame des Européens, qui voient, avec une inquiétude grandissante, Poutine aux commandes d’un train fou, qu’il ne peut – et ne veut - plus stopper. Consacrant une large part de ses ressources à la guerre, le président russe redoute de rendre à la vie civile des centaines de milliers de combattants, souvent traumatisés, qui perdraient leur solde confortable…

La Russie a des faiblesses

Poutine, "esclave de sa guerre", selon les mots de Zelensky, et toujours convaincu que le temps joue en sa faveur - surtout si l’extrême droite, conciliante à son égard, arrive au pouvoir en France et en Allemagne et que l’Amérique de Trump abandonne Kiev. Poutine, qui entame une cinquième année de conflit malgré de piteux résultats militaires (moins de 20 % du territoire ukrainien conquis) et des faiblesses de plus en plus apparentes. La Russie peine ainsi à remplacer ses soldats tombés au front et son économie chancelle (1 % de croissance en 2025, soit quatre fois moins que l’année d’avant).

Nul ne sait qui, de Kiev ou Moscou, craquera en premier. En attendant, les Ukrainiens doivent tenir et convaincre les Européens qu'ils n'ont d'autre choix que d'accroître leur soutien. Comme l’expliquait dès 2022 le président ukrainien à L’Express, cette guerre "est une tumeur. Si nous ne parvenons pas à la retirer, elle se développera partout". L’avertissement tient toujours.

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Conférence de Munich, le 14 février 2026.
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Défense, IA, nucléaire... Qu'attendre de la visite d'Emmanuel Macron en Inde ?

C'est la quatrième visite d'Emmanuel Macron en Inde depuis 2017, et pas n'importe laquelle. Une centaine de chefs d'entreprises français seront présents à ses côtés de mardi à jeudi. Parmi eux, les dirigeants d'EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Eutelsat, Safran, Naval Group ou encore Dassault Aviation. Objectif : renforcer la coopération économique entre Paris et New Delhi, dans les secteurs clés de la défense, de l'IA et de l'énergie notamment.

Si les entreprises françaises sont bien implantées en Inde - avec plus de 700 entreprises, employant plus de 500 000 salariés et un commerce bilatéral qui se chiffre à 15 milliards d'euros, la France reste loin derrière l'Allemagne - qui enregistre un commerce bilatéral de 42 milliards avec l'Inde. Avec cette visite, Paris veut donc aller plus loin. "On a un commerce bilatéral avec l'Inde qui a augmenté ces dernières années. Mais on estime qu'on a un potentiel encore inexploité et que ce commerce, ces échanges peuvent se renforcer", souligne la présidence française.

Défense, IA, énergie, diplomatie

Premier secteur concerné : la défense. Un contrat "historique" portant sur l'achat par l'Inde de 114 avions Rafale doit être signé dans les prochains mois. Selon la presse indienne, le Conseil indien des acquisitions de Défense a approuvé jeudi dernier cette commande évaluée à 30 milliards d'euros. Ce feu vert constitue un "jalon très important", s'est félicité l'Elysée, qui se veut "optimiste" sur les négociations à venir entre l'Inde et Dassault Aviation. En avril dernier, New Delhi avait déjà donné son aval à l'acquisition de 26 Rafale marine destinés à équiper les deux porte-avions de la marine indienne, qui s'ajoutaient aux 36 Rafale commandés par l'Inde dans les années 2010.

Autre secteur au cœur de cette rencontre : l'intelligence artificielle. Alors que l'Inde accueille cette semaine un sommet mondial sur l'intelligence artificielle - qui fait suite à celui organisé à Paris début 2025 - Emmanuel Macron y prononcera jeudi un discours devant des chefs d'Etat et dirigeants des géants technologiques du monde entier. Seront notamment présents Alexandr Wang et Yann Le Cun (ex-Meta), Dario Amodei (Anthropic), Sam Altman (OpenAI), Sundar Pichai (Google), ou encore Arthur Mensch (Mistral AI). Selon l'Elysée, Paris se positionnera en faveur d'une IA durable et en faveur de l'intérêt général. Mercredi, Emmanuel Macron doit aussi se rendre à l'hôpital de New Delhi, où il rencontrera des jeunes talents issus de la tech et de la santé avant d'inaugurer le centre franco-indien d'intelligence artificielle en matière de santé.

Certains partenariats sont également attendus dans le domaine de l'énergie, et en particulier du nucléaire. L'Inde veut construire des centrales nucléaires pour décarboner sa production d'électricité et a engagé depuis des années des discussions avec le géant français EDF, dont le PDG Bernard Fontana sera du voyage.

Sur le plan plus "diplomatique" enfin, cette visite est aussi censée faire émerger un dialogue entre les puissances occidentales et le "Sud global", la France accueillant les pays du G7 en 2026 tandis que l'Inde présidera la réunion des BRICS, qui rassemble les puissances émergentes.

Tensions sur l'Ukraine

Pour Paris, cette visite intervient à un moment crucial. Confronté aux droits de douane américains, il s'agit de diversifier les débouchés et de resserrer les liens avec ses alliés, dont l'Inde fait partie, quitte à fermer les yeux sur les dérives de la "plus grande démocratie du monde" concernant les droits des minorités. L'accord de libre-échange, scellé il y a tout juste deux semaines entre l'Inde et l'Union européenne, marque un premier pas en ce sens, et signe une volonté de diversifier les échanges au-delà de la défense.

Un point de friction demeure toutefois, alors que New Delhi refuse toujours de condamner Moscou pour son invasion de l'Ukraine. "Ce que nous disons aussi aux Indiens, c'est que des éléments aussi élémentaires que l'obtention d'un cessez-le-feu ou la fin des frappes contre les infrastructures civiles et énergétiques, ce sont des éléments qui doivent nous rassembler", assure l'Elysée. Mais en pratique, la relation Inde-Russie bat de l'aile. La visite de Vladimir Poutine en Inde, en décembre, n'a débouché sur aucun nouvel accord, ni aucun contrat. Dans le même temps, Donald Trump a d'ailleurs contraint les Indiens, via des tarifs de 50 % sur leurs exportations, à réduire drastiquement leurs achats de pétrole russe. De quoi renforcer la relative neutralité de l'Inde dans le conflit, et favoriser un rapprochement avec les pays européens.

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L'Inde accueille Emmanuel Macron pour une visite de mardi à jeudi.
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Législatives en Hongrie : Donald Trump à la rescousse de Viktor Orban

En position délicate en vue des élections législatives du mois d'avril, le Premier ministre hongrois Viktor Orban peut compter sur un soutien de taille à l'étranger : Donald Trump, déterminé à assurer le succès du dirigeant nationaliste, qu'il considère comme un allié essentiel des États-Unis.

Lors d'une conférence de presse au côté de Viktor Orban, à l'occasion d'une visite à Budapest lundi 16 février, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a assuré que les relations entre la Hongrie et les États-Unis entraient dans une "ère dorée" et laissé entendre que Washington pourrait aider financièrement le pays européen.

Donald Trump a déjà publiquement apporté son soutien à Viktor Orban, le qualifiant de "leader véritablement fort et puissant" ayant "prouvé sa capacité à obtenir des résultats phénoménaux", dans une publication sur les réseaux sociaux la semaine dernière. "Le président Trump est profondément attaché à votre réussite, car votre réussite est aussi la nôtre", a déclaré lundi Marco Rubio, qui comme le rappelle CNN s'était joint en 2019 à d'autres sénateurs des deux partis pour déplorer l'érosion considérable de la démocratie sous Orban. "Nous voulons que ce pays se porte bien. C'est dans notre intérêt national, surtout tant que vous êtes Premier ministre et dirigeant de ce pays", a-t-il ajouté. "Nous entrons dans une ère dorée des relations entre nos pays, non seulement en raison de la convergence de vue de nos peuples, mais aussi grâce à la relation que vous entretenez avec le président des États-Unis."

Scrutin disputé en vue

Les élections législatives du 12 avril s'annoncent comme les plus disputées depuis que le Fidesz de Viktor Orban est arrivé au pouvoir en 2010. Ce scrutin aura des conséquences majeures pour le Vieux Continent et le renforcement des mouvements politiques conservateurs et d'extrême droite en Europe. Le Premier ministre hongrois est très populaire au sein de l'ultradroite américaine en raison de son hostilité à l'immigration et de ses positions sociétales conservatrices. En rupture avec l'Union européenne sur de nombreux sujets, il affiche aussi sa proximité avec le président russe Vladimir Poutine, comme le Premier ministre slovaque Robert Fico auquel Marco Rubio a également rendu visite.

A Budapest, le chef de la diplomatie américaine a pris soin d'assurer que le résultat des élections d'avril dépendrait du choix des électeurs hongrois, tout en laissant entendre que seul un succès de Viktor Orban permettrait à son pays de bénéficier de la générosité américaine. "Si vous êtes confrontés à des difficultés financières, si votre croissance économique se heurte à des obstacles, si vous êtes confrontés à des menaces pour la stabilité de votre pays, je sais que le président Trump sera très intéressé, en raison de votre relation avec lui et de l'importance de ce pays, à trouver des moyens de vous aider", a dit Marco Rubio.

La Hongrie est confrontée à une très forte inflation depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a fait flamber les prix de l'énergie alors que Budapest dépend totalement de Moscou pour ses approvisionnements, et sa croissance est au point mort depuis trois ans.

Alors que les sondages d'intention de vote le donnent battu en avril, Viktor Orban a annoncé des baisses d'impôts, augmenté les salaires et encouragé les prêts immobiliers à taux bas, creusant le déficit budgétaire et prenant le risque de relancer l'inflation. L'hypothèse d'un "plan de sauvetage" américain, comme celui dont a bénéficié le président Javier Milei avant les récentes élections en Argentine, est régulièrement évoquée en Hongrie comme aux États-Unis.

© via REUTERS

Le secrétaire d'Etat américain aux côtés de Viktor Orban, à Budapest le 16 février 2026.
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Mort de Quentin Deranque : en Italie, la stratégie risquée de Giorgia Meloni face à l'ultragauche

31 janvier 2026 à Turin, au nord-ouest de la botte de l'Europe. Trente à cinquante mille manifestants convergent dans les rues pour protester contre la fermeture, un mois et demi plus tôt, du centre Askatasuna, un QG de la mouvance anarchiste. Maîtrisée grâce au déploiement d'un large dispositif de sécurité, la situation dégénère en fin d'après-midi lorsqu'un noyau de quelque 1 500 individus s'engage dans des échauffourées avec les forces de l'ordre ; deux heures d'affrontements dont ressortent blessés une centaine de policiers. L'un d'eux est retrouvé avec une plaie à la cuisse. Quelques minutes plus tôt, l'agent a été pris à partie par un petit groupe qui l'a frappé à coups de poing, de pieds, et de... marteau.

Filmée, la scène a choqué l'Italie et résonne avec les images, deux semaines plus tard, du lynchage de Quentin Deranque, 23 ans, mort des suites d'une agression perpétrée en marge d'une conférence de l'eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po Lyon. D'abord pour son extrême violence. Ensuite, parce que celle-ci émanerait, d'après les premiers éléments de l'enquête, de groupuscules d'ultragauche, particulièrement actifs dans la péninsule italienne. Sur vingt-et-une attaques "terroristes" classées "gauche/anarchistes" au sein de l'Union européenne en 2024, dix-huit ont eu lieu en Italie, d'après l'agence Europol. Pour l'essentiel, les actions de cette mouvance consistent en des incendies et des sabotages, comme ceux coordonnés contre le réseau ferroviaire et revendiqués par un groupe anarchiste au premier jour des Jeux olympiques d’hiver de Milan–Cortina, au début du mois.

Cette agressivité ne manque pas d'alimenter la rhétorique sécuritaire de l'exécutif dirigé par Giorgia Meloni, qui agite régulièrement le spectre d'un retour aux fameuses années de plomb - décennie pendant laquelle l'extrême gauche italienne s'est livrée à une violence sans borne, allant des attaques contre des représentants de l'Etat à des enlèvements et assassinats ciblés. Alors, en réponse aux événements de Turin, qualifiés par la Présidente du conseil de "tentative de meurtre", le gouvernement italien a dégainé l'artillerie lourde en annonçant un décret-loi promettant à la fois de protéger davantage les forces de l'ordre sur le terrain et de muscler la réponse pénale aux violences politiques.

La tentation d'outrepasser l'Etat de droit

Le texte contient notamment une série de mesures visant les baby-gang (terme utilisé par la presse italienne pour désigner des groupes de jeunes délinquants qui opèrent en bande), parmi lesquelles l'interdiction de la vente de couteaux aux mineurs ou encore le recours à des amendes administratives à la charge des parents pouvant aller jusqu'à 1 000 euros. Mais ce n'est pas tout : si ces dispositions annoncées début février venaient à entrer en vigueur, toute personne suspectée d'avoir l'intention de provoquer des troubles pourra être retenue par la police pendant douze heures. L'objectif ? L'empêcher de se rendre à une manifestation dans laquelle elle pourrait provoquer des violences.

Une première pour l'Italie qui, depuis la période fasciste, n'était jamais allée jusqu'à prendre des mesures préventives de restriction de liberté. Mais une première qui pourrait vite prendre l'eau, anticipe le professeur de droit à l’Université de Brescia, Luca Mario Masera. "Il y a de fortes chances pour que cette disposition fasse l'objet d'une censure de la Cour constitutionnelle si un juge venait à la saisir", estime-t-il. Et pour cause, toute privation de liberté doit dériver d'une infraction effectivement commise. "L'article 5 de la CEDH est très clair, abonde Luca Mario Masera : on ne peut pas priver quelqu’un de sa liberté sur la seule base d’une appréciation de sa dangerosité sans porter atteinte à l'Etat de droit." En Italie comme ailleurs en Europe, les tentations de s'en écarter ne cessent pourtant d'essaimer.

© REUTERS/Vincenzo Livieri

La Première ministre italienne Giorgia Meloni, ici le 9 janvier 2026 à Rome (Italie), doit faire face à une polémique liée à un questionnaire distribué à des lycéens.
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Taux de chômage : la revanche des pays d'Europe du Sud

A un peu plus d'un an de la fin de son second mandat, la politique de l'emploi d'Emmanuel Macron semble définitivement rattrapée par le réel. Alors que le chef de l'Etat avait fait du plein-emploi l'une de ses promesses de campagne, le taux de chômage a de nouveau légèrement augmenté à 7,9 % au quatrième trimestre 2025, très loin du cap de 5 % fixé par le président.

Depuis la sortie du Covid, il évolue dans un tunnel de 7 à 8 %, masquant de nombreuses disparités. "Le taux officiel ne reflète pas l’état réel du marché du travail, plus déprimé qu’on ne le pense en raison de l'augmentation des emplois précaires", souligne l'économiste Gilles Saint-Paul. Ailleurs en Europe, un étonnant croisement des courbes a lieu entre les pays du Nord et du Sud. Les PIGS - acronyme peu flatteur hérité de la crise financière, désignant le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne - ont remonté la pente, quand les pays scandinaves, présentés autrefois en modèle, empruntent le chemin inverse.

Taux de chômage : la revanche des pays d'Europe du Sud
Taux de chômage : la revanche des pays d'Europe du Sud

Espagne : enfin un retour à la normale ?

C'est une première depuis 2008 : le taux de chômage espagnol est repassé sous la barre des 10 % au dernier trimestre, une dynamique largement portée par les travailleurs issus de l'immigration. Au plus fort de la crise, la péninsule ibérique a connu des pics à 27 %, avant que plusieurs réformes ne permettent de faciliter les embauches et les licenciements. Toutefois, observe Gilles Saint-Paul, "son économie est plus volatile que les autres". En période de croissance, le chômage chute rapidement. En cas de récession, il remonte tout aussi vite.

Suède : la flexisécurité ne suffit pas

La Suède s’appuie sur un modèle proche de la flexisécurité, chère à son voisin danois : une plus grande capacité de licenciement pour les entreprises, compensée par une protection sociale élevée et des politiques actives de retour à l’emploi. Longtemps contenu, le chômage est reparti à la hausse depuis la pandémie et n'a jamais retrouvé son niveau d'avant-crise. Il touche particulièrement les personnes nées à l’étranger et les jeunes, laissant pour le moment le gouvernement suédois sans solution.

Grèce : une lente décrue du chômage depuis la crise

Il aura fallu plus d'une décennie à la Grèce pour se remettre de la crise durant laquelle elle a frôlé la faillite. Baisse du salaire minimum, affaiblissement des conventions collectives, flexibilisation des contrats… Contraint par le FMI et l’Union européenne à mettre en place une série de réformes drastiques, Athènes a fini, lentement, par réduire la taille de sa population sans emploi. Ces derniers mois, le taux de chômage est revenu sous les 8 %, bien loin des sommets atteints en 2013 (28 %).

Finlande : l’étonnant bonnet d’âne européen

Dans le "pays le plus heureux du monde", la vie économique n'est pas un long fleuve tranquille. Depuis novembre 2025, la Finlande a piqué à l'Espagne le titre du taux de chômage le plus élevé de l'Union européenne. De quoi rappeler de mauvais souvenirs à Helsinki où, dans les années quatre-vingt-dix, "l’effondrement du bloc soviétique avait profondément déstabilisé l’économie", rappelle Gilles Saint-Paul. L'invasion de l'Ukraine par la Russie, pays avec lequel la Finlande entretenait de solides rapports commerciaux, n'a pas aidé.

Le taux de chômage varie fortement d'un pays européen à l'autre.
Le taux de chômage varie fortement d'un pays européen à l'autre.

Italie : la bonne surprise en Europe

Du jamais vu depuis vingt ans : le taux de chômage italien est descendu à 5,7 % en novembre, fruit notamment des réformes du gouvernement Renzi en 2014. Mais cette embellie ne doit pas occulter les fragilités structurelles de l’Italie. "La pauvreté est plus répandue et plus diffuse, regrette Giorgio Di Giorgio, professeur de politique monétaire à l’université Luiss de Rome, et les faibles revenus pèsent sur le pouvoir d’achat d’une part croissante de la population." Les femmes, notamment, rencontrent encore de fortes difficultés d'accès à l’emploi.

© PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Le taux de chômage en France, hors Mayotte, s’établit à 7,9 % de la population active au quatrième trimestre 2025, selon les chiffres de l'Insee.
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"Notre adhésion peut devenir une carte géopolitique pour l'UE" : le plaidoyer du ministre albanais de la Défense

Entre Bruxelles et Washington. Membre de l'Otan et candidate à l'adhésion à l'Union européenne depuis juin 2014, l'Albanie tente de concilier les deux lignes. En marge de la Conférence de sécurité de Munich, son ministre de la Défense a insisté sur la complémentarité de ces alliances pour Tirana. Francophone, ayant effectué ses études et une partie de sa vie professionnelle à Paris, Pirro Vengu observe avec attention les relations de son pays avec l'Europe de l'Ouest.

Dans un entretien à L'Express, il plaide pour une intégration rapide de l'Albanie à l'Union européenne, qu'il présente comme un levier de stabilité régionale et de puissance stratégique pour l'Union. Son pays est, avec le Monténégro, le plus avancé dans son processus d'adhésion à l'UE. Ils espèrent un feu vert d'ici 2030.

L’Express : Qu'avez-vous pensé de la Conférence de Munich de cette année ? Percevez-vous un changement d'atmosphère par rapport à celle de l'année dernière ?

Pirro Vengu : Je perçois surtout un engagement européen différent. Nos hôtes allemands ont exprimé vendredi 13 février à travers le discours du Chancelier Merz l'importance de la responsabilité européenne au sein de l'Otan. Cela implique plus d'ambition et un financement plus structurant de l’industrie européenne de défense. L’autre nouveauté, cette année, tient au positionnement de l’Europe comme partenaire autonome. Les deux mots comptent : une Europe autonome parce que souveraine, mais aussi partenaire, car capable de coopérer avec d’autres grandes puissances.

En parallèle, la présence de membres du Congrès américain - des sénateurs et des membres de la Chambre des représentants - a été particulièrement visible. Munich reste un thermomètre des relations internationales, en particulier transatlantiques. Côté européen, la conférence illustre bien les deux courants qui traversent actuellement le continent : une vision résolument transatlantiste, qui s’appuie sur les États-Unis, et une approche plus souverainiste, centrée sur l’autonomie européenne.

Le discours de Marco Rubio, perçu par beaucoup comme étant plus "doux" que celui de J.D. Vance l'année dernière, vous a donc rassuré ?

Le propos était centré sur une question fondamentale : l’avenir de l’Occident et les conditions de possibilité de sa prospérité. Capacité à se défendre, souveraineté technologique, autonomie industrielle, confiance culturelle - ce sont des débats légitimes.

D’un discours à l’autre nous ressentons un mouvement en trois temps, l’ordre libéral comme matrice internationale par défaut est désormais dépassé, et par un effet de contrepoids le retour de la politique des grandes puissances en vient à être légitimé, en libérant par ce biais l’Europe de son surplus normatif qui a caractérisé son fonctionnement ces dernières décennies.

Tous les Européens ne partagent pas nécessairement certaines références historiques employées. Mais je retiens une idée essentielle dans les deux discours : le déclin n’est pas une fatalité. L’Alliance atlantique ne peut pas être la gestion polie d’un affaiblissement progressif. Elle doit rester un projet de puissance démocratique assumée.

Peut-on parler d'un "éveil" européen face à ce changement d'attitude de l'allié américain ?

Le président Trump a provoqué un électrochoc de réalisme qui a réveillé l’Europe quant à ses responsabilités stratégiques. La méthode peut parfois sembler brutale, mais elle agit comme un rappel à la responsabilité. Paradoxalement, c’est aussi une manière de renforcer le lien transatlantique. Les États-Unis, le Canada et l’Europe - dans laquelle j’inclus l’Albanie - restent solidaires dans la défense de nos valeurs et de nos libertés. Paradoxalement, cette édition munichoise émet une lueur d'espoir sur la vitalité de l'Occident.

Comment l'Albanie se place-t-elle dans ce débat ?

L’Albanie est engagée aussi bien à Washington qu’à Bruxelles. Pour nous, ces priorités sont concomitantes : l’une ne va pas sans l’autre. Le leadership américain a clairement indiqué que l’Europe devait assumer davantage de responsabilités opérationnelles, industrielles et politiques au sein de l’Otan. Le moment est venu d’y répondre favorablement - et rapidement. On l’a vu avec la récente attribution de plusieurs commandements intégrés : les Britanniques dirigeront Norfolk, les Italiens Naples. Cette dernière décision est particulièrement importante pour l’Europe du Sud-Est - l’Albanie, le Kosovo et la région adriatique.

Je constate d’ailleurs une différence nette par rapport à l’an dernier : moins de confusion entre alliés, davantage de clarté et de responsabilités assumées. Ce changement est une bonne nouvelle pour l'Alliance.

Quelle place l'Albanie occupe-t-elle dans l'architecture de sécurité européenne ?

Nous voulons faire valoir auprès de nos interlocuteurs français ou allemands une chose : l'Albanie n'est pas là pour être le parent pauvre de l'Europe du Sud-Est. Nous voulons être un maillon fort. Pour cette raison, nous investissons aussi bien dans des réformes liées à l'Etat de droit qu'à des réformes économiques. Nous cherchons à consolider notre tissu industriel, en vue de pouvoir être mieux intégré dans la chaîne d'approvisionnement de l'industrie européenne.

Nous travaillons avec les alliés, notamment des entreprises de défense françaises et allemandes. Nous sommes en train de recréer un écosystème d'industrie de défense dans le pays, que nous avions perdu dans la période post-communiste. Cet effort aura de plus en plus besoin de partenariats avec des alliés, qu'ils soient américains ou européens. Nous devons aussi investir davantage dans la guerre électronique et le cyber. Ce sont des domaines dans lesquels de petits pays peuvent faire la différence, malgré la modestie de leurs moyens.

Au-delà de la question militaire, comment s'articule sa relation avec l'Union européenne ?

L'Albanie est le pays qui a fait le plus de progrès en termes de négociations d'adhésion à l'Union européenne ces deux dernières années. Nous avons pratiquement ouvert tous les chapitres et notre volonté est d'en clore certains dès cette année. Le gouvernement albanais a aussi l'ambition de clore l'aspect technique des négociations d'adhésion en 2027. Ce calendrier est très ambitieux, mais nous pensons qu'il est en cohérence avec les objectifs de l'Union européenne.

Comment percevez-vous ce processus ?

Cette adhésion est évidemment un processus technique et politique, conditionné à des réformes. Mais elle contient aussi un aspect stratégique. Notre adhésion peut devenir une carte géopolitique pour l'UE, en enlevant la possibilité à d'autres acteurs d'influer dans la région. Nous pensons que l'Albanie, pays membre de l'Otan, a la responsabilité et le rôle pour travailler en ce sens. Il est nécessaire de faire en sorte que toute la région soit de mieux en mieux ancrée dans l'Union européenne. Dans son allocution, Emmanuel Macron a appelé les Européens "à croire" en eux-mêmes. La meilleure manière de le faire - de manière rapide, réaliste, qui bénéficie à tous - est de jouer la carte de l'adhésion à l'Union européenne des pays d'Europe du sud-Est.

Le processus d'adhésion albanais est souvent perçu dans les pays d'Europe occidentale par le biais migratoire. Mais c'est mal prendre la question. Un pays comme l'Albanie, qui compte 2,5 millions d'habitants, n'a pas pour ambition de changer les règles du jeu de l'UE, ni de la transformer. Nous sommes tout autant les héritiers des traditions et des valeurs de l'Europe judéo-chrétienne que les Bavarois, qui nous ont invités pour cette conférence, ou que les citoyens français. J'insiste sur ce point car, souvent, en Europe du Nord et de l'Ouest, les questions d'immigration tendent à oblitérer l'importance géopolitique que ce processus d'adhésion a pour l'UE. Il s'agit de consolider l'Europe, de consolider la sécurité de ses nations, d’assurer sa prospérité en tant que puissance autonome.

Les Balkans ont longtemps été - et sont toujours en partie - assimilés à la "poudrière de l'Europe", eu égard aux conflits qui les ont déchirés dans les années 1990. Qu'en est-il de cette réalité aujourd'hui ?

Nous vivons aujourd’hui une réalité très différente, surtout depuis une décennie. Cela se voit d’abord dans la croissance économique : ces dernières années, elle se déplace vers l’Est, et même vers le Sud-Est. Le PIB de l’Albanie a doublé depuis 2016. La croissance est restée constante, entre 3 % et 4 % par an, portée par une discipline budgétaire rigoureuse, un secteur des services dynamique, un tourisme en plein essor et une main-d’œuvre compétitive. Nous entrons désormais dans une nouvelle phase : celle de la consolidation industrielle.

Dans les débats sur l’adhésion, certains alertent sur les risques de transferts financiers ou sur les questions agricoles. Mais l’Albanie compte 2,5 millions d’habitants et accueille chaque année 12 millions de touristes, dont plus de 80 % viennent de l’Union européenne. Cela signifie que les citoyens européens ont une image bien plus réaliste de la région que ne le suggèrent certains discours politiques.

Les tensions entre le Kosovo et la Serbie restent un point de fragilité régional. L’accord de normalisation présenté par l’UE en 2023 porte-t-il ses fruits ?

Un accord dont les instruments de ratification restent flous et dont les garanties de mise en œuvre ne sont pas clairement établies est voué à produire peu de résultats. Le Kosovo, pour sa part, a enregistré des avancées tangibles : consolidation de l’État de droit, croissance économique soutenue, coopération régionale renforcée en matière de sécurité et de commerce. Ces progrès sont mesurables et ne peuvent être relativisés. Ils ne sauraient être neutralisés par l’attentisme ou les ambiguïtés stratégiques de Belgrade, alors que les hésitations quant à son positionnement vis-à-vis de l’Occident apparaissent aujourd’hui clairement.

Dans ce contexte, notre position est simple : l’Union européenne et l’Otan doivent ajuster leur méthode. Il faut établir un cadre précis, avec des obligations claires, des échéances et des mécanismes de suivi pour les deux parties. La normalisation ne peut être un exercice procédural. Elle doit intégrer réconciliation et reconnaissance, dans la perspective d’un avenir commun en Europe.

© Equipe du ministre de la Défense Pirro Vengu

Pirro Vengu, ministre albanais de la Défense.
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Comment la Norvège a tenu bon face aux caprices de Donald Trump sur le prix Nobel de la paix

Janvier 2026. Donald Trump envoie un message surréaliste au Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre. "Cher Jonas, considérant que votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel pour avoir empêché plus de huit guerres, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix […] mais je peux désormais réfléchir à ce qui est bon et juste pour les États-Unis", écrit l'ex-magnat de l'immobilier concluant par l’idée d’un "contrôle total et complet du Groenland". De leur côté, les Norvégiens n'en croient pas leurs yeux : "Pour la première fois dans l’histoire du prix Nobel, la guerre a été brandie parce qu’un chef d’État n’a pas reçu le prix de la paix", ironise Harald Stanghelle dans Aftenposten, repris par le magazine américain The Atlantic.

Si ce caprice présidentiel peut prêter à sourire, il illustre l’extrême pression exercée par le président américain sur Oslo autour du prix Nobel de la paix. Deux heures plus tôt, Jonas Gahr Støre avait proposé un dialogue pour apaiser la crise imminente autour du territoire danois semi-autonome. Alors qu'il rentrait reposé d'un séjour au ski, il ne s'attendait pas à ce qu'une missive mélangeant menace et exigences géopolitiques apparaissent sur son smartphone. Seul point positif : au moins, le président américain est joignable et répond à ses messages, contrairement à son prédécesseur Joe Biden.

Face à ces invectives, le Premier ministre norvégien a choisi la fermeté et la prudence. "Je ne vais pas me lancer dans une joute verbale. Je ne vais pas répondre", explique-t-il dans un entretien accordé à The Atlantic. Il a toutefois adressé un court message diplomatique à son homologue américain : "Je comprends votre message ; je pense toujours qu’il est utile de dialoguer." Jonas Gahr Støre a maintenu une ligne claire : la Norvège ne décide pas de l’attribution du prix Nobel de la Paix, qui relève d’un comité indépendant. "Toute pression serait vaine", rappelle-t-il encore une fois.

Un processus "déconnecté de la politique"

Par ailleurs, le fait que Donald Trump ait contacté son homologue norvégien révèle plusieurs incompréhensions du côté de la Maison Blanche : Jonas Gahr Støre n’a aucune autorité sur la politique danoise concernant le Groenland, convoité par le président américain, et aucun pouvoir sur la Fondation Nobel. Celle-ci est basée en Suède, et seul le prix Nobel de la paix est décerné à Oslo, conformément au testament d’Alfred Nobel.

De son côté, le directeur de l’Institut Nobel, Kristian Berg Harpviken, a ignoré les pressions du président américain. Le processus d’attribution, déconnecté de la politique, est strictement encadré : les délibérations restent confidentielles pendant 50 ans et tous les membres signent des accords de confidentialité, a-t-il assuré dans The Atlantic. Face aux accusations de partialité, la Fondation a choisi de renforcer la transparence et de communiquer davantage sur ses critères, estimant que "la meilleure stratégie pour dissiper les tensions est d’en parler".

Preuve que le Premier ministre norvégien ne se laisse pas impressionner par le géant américain : il en profite pour rappeler les réalités géopolitiques, notamment après les critiques de Donald Trump sur l’utilité de l’Otan au Forum de Davos en janvier 2026. "Les forces norvégiennes, en collaboration avec leurs alliés, surveillent les capacités russes dans l’Arctique. Cette expertise profite à tous, y compris aux États-Unis." Entre menaces présidentielles, obsession pour le Nobel et enjeux stratégiques dans le Grand Nord, la Norvège a su répondre avec autorité et communication prudente.

© REUTERS

Donald Trump a voulu jouer des muscles diplomatiques, sans réussir à ébranler le Premier ministre norvégien.
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