Une attaque en Iran peut-elle produire les mêmes effets que celle réalisée au Vénézuela contre Nicolas Maduro le mois dernier ? Autrement dit, permettrait-elle aux Etats-Unis d'évincer le guide suprême et de faire pression sur son successeur ? Garantirait-elle la suspension du programme nucléaire iranien ? Le New York Times a posé la question à plusieurs experts de la région, et leurs réponses sont unanimes : intervenir en Iran serait nettement plus complexe - et prolongé - qu'au Vénézuela. Et induirait a fortiori des pertes humaines côté américain, qui pourraient coûter cher à Donald Trump à l'approche des élections de mi-mandat.
"Il n’existe aucune option militaire simple, peu coûteuse et propre dans le cas de l’Iran", résume Ali Vaez de l’International Crisis Group, une ONG spécialisée dans la résolution de conflits. Si l'Iran a été affaiblie par les frappes israélo-américaines menées sur son sol en juin dernier, il bénéficie toujours d’importantes capacités militaires et d'un vaste réseau de forces supplétives régionales (Hezbollah, Houthis...).
Arsenal militaire conséquent
L'Iran dispose en effet de l'un des arsenaux de missiles les plus étendus et les plus diversifiés du Moyen-Orient. Parmi eux : drones, armes anti-navires, mais aussi missiles balistiques pouvant parcourir près de 2 000 kilomètres. Une contre-attaque iranienne pourrait viser de grandes villes en Israël, pays dont les stocks d’intercepteurs s’amenuisent après plus de deux ans de guerre à Gaza.
Les représailles pourraient aussi viser d'autres Etats du Golfe, qui abritent plusieurs bases américaines. Certains - Arabie saoudite et Emirats arabes unis - ont déjà interdit aux Etats-Unis d'utiliser leur espace aérien pour des attaques, en guise de mesure préventive. Selon Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient du think-tank Chatham House, la peur d'une guerre régionale serait perçue par de nombreux responsables iraniens, comme un facteur susceptible de dissuader Donald Trump.
Réseau de soutiens dans la région
D'autant que l'Iran n'est pas seule et pourrait compter sur le soutien de son "axe de la résistance" en cas d'attaque américaine. Téhéran a soutenu et armé diverses milices chiites, en Iraq mais aussi au Liban (Hezbollah) ou au Yémen (Houthis), afin d’étendre son influence et de défier ses adversaires dans la région. Des forces qui, bien qu'affaiblies, pourraient riposter contre les forces américaines et leurs alliés, ouvrant ainsi plusieurs fronts et amplifiant le conflit au-delà des frontières iraniennes.
Un groupe irakien aligné sur l’Iran a déjà assuré Téhéran de son soutien en cas d’attaque américaine, et averti de possibles "opérations martyr". Des experts estiment également que les Houthis pourraient reprendre le ciblage du trafic maritime commercial en mer Rouge, comme ils l’avaient fait fin 2023 en soutien au Hamas durant sa guerre avec Israël. L’Iran a de son côté menacé de fermer le détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus importantes au monde, par laquelle transite 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Toute perturbation risquerait de faire flamber les prix de l'énergie.
Plus qu'un homme, une structure entière
Enfin, autre aspect à prendre en compte : en Iran, renverser le gouvernement ne se résume pas à écarter le guide suprême. Le pouvoir réel en Iran repose sur une idéologie, soutenue par des partisans politiques radicaux et consolidée par une structure de pouvoir complexe façonnée sur près d’un demi-siècle. "Une opération copiée-collée du Venezuela serait plus difficile à réaliser si l’objectif est une décapitation du régime", explique Sanam Vakil.
On ignore s’il existerait une figure équivalente à celle de Delcy Rodríguez — vice-présidente de Nicolas Maduro et dirigeante par intérim du Venezuela — avec laquelle les responsables américains pourraient travailler si le guide suprême était écarté du pouvoir.
Par ailleurs, Téhéran se situe à environ 650 kilomètres à l’intérieur des terres depuis le golfe Persique. Une disposition géographique qui complexifie toute potentielle capture de dirigeants iraniens. En comparaison, Caracas, où Maduro et son épouse ont été enlevés par l'armée américaine le mois dernier, n'est situé qu'à environ 16 kilomètres de la mer des Caraïbes. Rien ne garantit, donc, que les Etats-Unis puissent dupliquer leur mode opératoire en Iran.
Une fresque anti-américaine sur un bâtiment à Téhéran, en Iran, le 24 janvier 2026. Majid Asgaripour/WANA (Agence de presse d'Asie occidentale) via REUTERS
"Quand avons-nous franchi la frontière ? Je ne m’en souviens plus. Peut-être avant le 24 février. Depuis plusieurs jours, nous étions comme hors du temps."
Attablé dans la cuisine de son appartement à Astana, au Kazakhstan, Evgueny Korobov cherche ses mots. Quelques semaines avant l’invasion de l’Ukraine, sa brigade, postée à proximité de Samara, dans le sud-est de la Russie, avait été envoyée dans la région de Koursk, à la lisière de l'Ukraine. "Nous sommes arrivés le 10 février. Je m’en souviens très bien, c’était le jour de la paie."
Officiellement, il s’agissait "d’exercices militaires". "Le commandement nous assurait que, malgré les tensions, il n’y aurait pas de guerre. Ce serait juste des démonstrations de force, et tout irait bien." Pourtant, l'offensive débute, sans que personne ne s'y attende. Les premiers jours se déroulent dans une étrange suspension, se souvient-il. Puis, soudain, "les tirs ont jailli de partout. Une véritable guerre a commencé".
D'abord stationné près de Kiev, Evgueny Korobov est affecté dans le Donbass, sur la ligne de front où il passe près de trois mois. Il désertera définitivement les tranchées en janvier 2023. Son témoignage, à visage découvert, est rare. Car même à l’étranger, les déserteurs russes sont activement recherchés par le Kremlin dans le cadre de procédures de répression transnationale. Il encourt jusqu’à quinze ans de prison pour désertion et vit depuis trois ans caché au Kazakhstan, pays voisin de la Russie.
Népotisme et impréparation
Au sein de la 15e brigade de fusiliers motorisés, ce trentenaire originaire de Krasnoïarsk commandait des dizaines d’hommes, au sein de cette unité pourtant créée pour participer à des missions de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies. Fils d’une postière, élevé sans véritable figure paternelle, Evgueny Korobov avait embrassé la carrière militaire par conviction. "J’ai toujours voulu défendre ma patrie. Mais pourquoi devrais-je attaquer les Ukrainiens ? Cette guerre est absurde".
Passé par la Syrie en 2020, au sein de la coalition internationale antiterroriste à laquelle la Russie participait aux côtés des Américains, il dit avoir découvert en Ukraine l’envers du décor. "Beaucoup surestiment la capacité de combat de l’armée russe. Chez nous, l’incompétence est totale, à cause du népotisme et du copinage à tous les niveaux dans le pays." Pendant les premiers jours de l’offensive, certains chefs utilisaient Google Maps pour se repérer. "C’est dire le degré d’impréparation !" en rigole-t-il encore.
Les papiers militaires et décorations d'Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe. A Astana, le 15 février 2026.
Dans les rangs, il voit affluer des volontaires sans formation. "Les premiers que j’ai vus étaient des hommes brisés, souvent des divorcés, qui allaient tout droit vers la mort. Une forme de suicide par procuration." Il marque une pause. "On dira que ce sont des monstres. Selon moi, le monde est plus compliqué que ça. Ils ont commis une erreur, certes, mais s’ils n’ont pas participé à des atrocités, ils méritent le pardon."
L’idée de déserter s’impose rapidement. Car en Russie, rompre son contrat est impossible avant son terme. Il lui reste deux ans à servir. Alors il commet un geste désespéré : il se tire une balle dans la jambe ainsi qu'à certains de ses hommes "pour les sauver de cet enfer".
Évacué vers un hôpital militaire en Russie, il guérit après une longue rééducation de six mois, au terme de laquelle il doit être renvoyé au front. Il tente alors de corrompre des médecins pour obtenir un certificat d’inaptitude, en vain. "Je suis même allé chez un ophtalmologue dans une clinique privée pour altérer ma vue au laser. Ils m'ont jeté dehors en me traitant d'imbécile !", raconte Evgueny.
Héros national à la télévision
Pendant son court séjour à l'arrière du front, la Russie lui semble inchangée. "Ceux qui soutiennent la guerre sont ceux qui ne la font pas. La propagande fonctionne, surtout auprès de ceux qui ne se battent pas".
Il a lui-même fait partie de cette opération de propagande : en décembre 2022, il est la vedette de l’émission "Makhalov", talk-show grand public diffusé sur la chaîne contrôlée par le Kremlin Russia-1, qui glorifie les soldats revenus du front. "C’était largement enjolivé, et préparé bien à l’avance par le commandement militaire", se souvient-il, alors décoré d'une médaille du "Courage" "grâce à un colonel dont j'ai sauvé la vie et qui, en guise de remerciement, a inventé tout un récit héroïque".
Evgueny Korobov participant à l'émission de télévision russe "Makhalov" aux côté de sa mère, le 1er décembre 2022, à son retour du front.
Souffrant de troubles post-traumatiques - spasmes, accès d’agressivité - il parvient finalement à rejoindre la Biélorussie, puis le Kazakhstan, grâce à l'aide d'Iditié Lessom, organisation basée en Géorgie qui aide les soldats russes à fuir.
50 000 déserteurs russes
Plus de 50 000 soldats russes ont déserté depuis 2022, soit près de 10 % de l'ensemble des troupes russes en Ukraine, selon les estimations de l'ONU en 2025. "Bien que ce niveau ne soit pas encore critique pour l'armée russe, l'augmentation rapide de cette tendance révèle un problème grave que Moscou est incapable de résoudre, même par des mesures punitives sévères, y compris les exécutions extrajudiciaires", notait l'an dernier l'organisation ukrainienne FrontIntelligence Insight, spécialisée dans le décompte des déserteurs russes.
La vie de déserteur est "une vie où il faut tout le temps faire attention", dit Evgueny. "Je parle peu à mes parents. Nous avons convenu qu’ils devront me traiter de traître à la patrie si la police venait les interroger sur mon sort."
Aujourd'hui, il vit au Kazakhstan dans une quasi-clandestinité, comme une vingtaine d’autres déserteurs russes réfugiés à Astana. Il est dans une impasse administrative. Son passeport est périmé depuis 2024, sa demande d’asile a été rejetée. Or, le pays d'Asie centrale, resté proche de Moscou, est lié à son voisin par des accords d’extradition qui obligent les autorités kazakhes à remettre les citoyens visés par un mandat d’arrêt.
Evgueny Korobov peut être extradé à tout moment. Pour ces objecteurs de conscience, la pression s’accentue depuis le début de cette année : l’un d’eux, Semyon Bajoukov, a été arrêté sur le sol kazakh par la police d'une base militaire russe au Kazakhstan - le troisième cas recensé depuis 2023. Un autre originaire de Tchétchénie, Zelimkhan Mourtazov, est actuellement retenu à l’aéroport d’Astana après avoir tenté de rejoindre la Turquie.
"Les déserteurs russes sont en danger ici", selon son avocat, Artur Alkhastov, qui se bat pour le faire partir vers l’Europe, notamment vers la France. "A ce stade, tout espoir repose sur Paris, qui demeure l'un des seuls pays où les Droits de l'homme jouent un rôle significatif", assure Artur Alkhastov.
En 2024, six déserteurs, venus eux aussi du Kazakhstan, ont été accueillis sur le sol français - le seul pays de l'UE qui accueille officiellement des déserteurs russes. "Certains que j’ai hébergés chez moi à Astana, à l'époque, sont aujourd’hui là-bas !", glisse Korobov, une pointe d’envie dans la voix. À la fenêtre de son appartement donnant sur les barres d’immeubles de la ville, il jette un regard sur l’horizon figé. Il a déserté la guerre, mais reste prisonnier de son ombre.
Budapest bloquera le prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine tant que les livraisons de pétrole russe à la Hongrie via l'oléoduc Droujba ne seront pas rétablies, a déclaré vendredi le ministre hongrois des Affaires étrangères. La Hongrie et la Slovaquie sont les seuls pays membres de l'Union européenne encore approvisionnés en pétrole russe via cet oléoduc qui traverse l'Ukraine. Mais les livraisons ont été interrompues le 27 janvier dernier après une attaque de drone russe contre le pipeline, selon Kiev.
Budapest et Bratislava, alliés de Moscou, accusent depuis lors l'Ukraine de retarder la reprise des livraisons pour des raisons politiques. "En bloquant le transit de pétrole vers la Hongrie via l'oléoduc Droujba, l'Ukraine viole l'accord d'association UE-Ukraine et rompt ses engagements envers l'Union européenne. Nous ne céderons pas à ce chantage", a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, sur la plateforme X.
Les dirigeants de l'Union européenne (UE) sont convenus en décembre d'emprunter sur les marchés pour effectuer un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine afin de financer son effort de guerre face à la Russie au cours des deux prochaines années. La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque avaient alors accepté de ne pas bloquer la démarche de l'UE à condition de ne pas avoir à subir de quelconques répercussions financières.
L’ambassadeur des Etats-Unis, Charles Kushner, se couche à 21 heures et se lève à 5 heures. Dès son réveil, entouré par ses officiers de sécurité, il quitte l’hôtel de Pontalba, la résidence officielle, marche jusqu’à l’hôtel Crillon, place de la Concorde, où il enchaîne les longueurs dans la piscine à la mosaïque couleur céladon - routine matinale immuable. Musculature drue, cheveux neige, le multimilliardaire septuagénaire paraît dessiné au couteau, comme taillé dans un arbre sec, tonicité dont son compte Instagram laisse penser qu’il n’est pas peu fier. Le 7 septembre, le nouvel émissaire de Donald Trump à Paris s’est ainsi laissé filmer dans un concours de planche contre des Marines bodybuildés et, quelle surprise, c’est lui, le plus âgé de la bande qui remporta l’épreuve en tenant 7,59 minutes sur les avant-bras.
Sa discipline sportive gouverne d’ailleurs son agenda, et partant celui de la représentation des Etats-Unis en France. Jamais de dîner officiel, déjeuners frugaux, à l’exception de furtifs passages au Cercle Interallié, comités toujours restreints. Certaines réunions sont présidées avec sa femme, l’élégante Seryl, qui comme lui, ne parle ni ne comprend le Français. Cordial, affable, le lointain successeur de Benjamin Franklin s’exprime avec simplicité, et comme son patron Trump, honnit les rendez-vous longs, assuré de pouvoir tout régler en dix minutes au téléphone. Son pragmatisme interroge. Et sa maladresse - très - volontaire, comme lorsqu'il somme via son compte X les autorités françaises de poursuivre les coupables du meurtre de Quentin Deranque. Une immixtion dans la politique intérieure si malvenue qu'elle lui vaut illico une convocation au quai d'Orsay. A l’aube d’une élection présidentielle française sous haute tension, qu’est venu faire dans la capitale européenne l’émissaire du chef de file des Maga ?
Le "fantôme" de l'avenue Gabriel
Il semble que son premier chantier soit de cesser de claquer de l’argent dans des événements mondains. Depuis juillet dernier, date de son installation, l’ambassade s’est retranchée. Finis les soirées, cocktails et autres garden-parties dont l’auguste bâtiment régalait la Ville lumière. Le palais aux 600 employés s’est mué en ruche besogneuse où l’on s’affaire, oublieux de toute velléité représentative. L’ascèse a d’ailleurs plongé la communauté expatriée – 100 000 citoyens – dans la perplexité, celle-ci s’alarmant de ne plus recevoir de cartons d’invitation, et s’étonnant, abasourdis, de ne jamais avoir rencontré leur musclé ambassadeur, les plus anciens s’étranglant qu’il n’ait en neuf mois visité qu’un seul des 11 cimetières américains en France (celui de Suresnes, le plus proche de Paris). "Kushner, c’est le fantôme de l’avenue Gabriel", pique le correspondant d’une chaîne de télévision américaine, exigeant l’anonymat.
Gracié par Donald Trump
Magnat de l’immobilier, à la tête d’une fortune estimée en 2024 à 7 milliards de dollars, l’homme d’affaires n’a en réalité rien d’un fantôme, et tout du soldat. Du soldat reconnaissant, tant il doit à Donald Trump. Un mois avant la fin de sa première présidence, en décembre 2020, celui-ci l’a gracié après qu’il fut, en 2005, condamné à deux ans de prison pour fraude fiscale et subornation de témoins. Il avait reconnu avoir engagé une prostituée pour séduire son beau-frère, qui collaborait à une enquête fédérale sur des financements de campagne.
Après quatorze mois derrière les barreaux, le voici blanchi in extremis par le président, dont la fille, Ivanka Trump, a épousé, en 2009, son fils, Jared. Aujourd’hui, les deux hommes ont en commun trois petits-enfants. Ça pèse. Cinq ans après la grâce, le repris de justice et père du gendre de Donald Trump se voit en mai dernier récompensé d’un poste à Paris. Etait-ce son souhait ? Ou plutôt une dette à rendre ? Lors de son audition devant le Sénat américain, il n’a pas donné d’indication sur sa vision, s’enorgueillissant de tout ignorer de la diplomatie. Compte tenu de l’importance du poste, il eut toutefois le droit de se choisir un collaborateur, les équipes en place demeurant inchangées. Il élit Gabriel Sheinman, 38 ans, débauché du think tank conservateur Alexander Hamilton Society promouvant "le leadership américain". La recrue lui fut conseillée par son fils, Jared, qui emploie une parente de Gabriel Sheinman. Parfaitement francophone, père de deux jeunes enfants scolarisés, le nouveau "chief of staff" a depuis lors séduit tous ses interlocuteurs français, vantant sa quantité de travail, à tel point que Nicolas Sarkozy, convié à déjeuner à la résidence, n’eut en sortant que des compliments à l’endroit de ce n° 2.
Au Quai d’Orsay, on chuchote n’avoir affaire qu’à lui, et s’en féliciter, le trentenaire se révélant plus souple que son patron. Tandis que Sheinman fait le job, Kushner met lui en scène son projet politique univoque. Dès son arrivée, il fait poser des mézouzas, objets cultuels juifs, aux chambranles des portes de la résidence, et lance un chantier de réfection des cuisines afin de servir une alimentation répondant aux exigences de la cacherout. Observant le shabbat avec scrupule, il se déplace à pied le samedi, coupe l’électricité et refuse ce jour de "toucher un micro" - son cabinet doit aménager ses rendez-vous en tenant compte de son recueillement. Dans la foulée, son premier déplacement, le 11 juillet, le conduit au mémorial de la Shoah, le 22 juillet, premier entretien bilatéral avec Joshua Zarka, ambassadeur d’Israël en France, puis, le 30 juillet, visite de la Grande synagogue de Paris. Fin août, sa lettre incendiaire reprochant à Emmanuel Macron de ne pas lutter suffisamment contre l’antisémitisme parachève la démonstration, d’autant qu’il néglige sa convocation au ministère des Affaires étrangères, y dépêchant son n° 3, tandis qu’il publie sur ses réseaux une vidéo de lui baguenaudant dans les rues de Saint-Rémy-de-Provence. Un camouflet inédit que ses services tentent d’adoucir, arguant qu’il ne se serait pas rendu compte, qu’il n’aurait pas pris la mesure, que personne de son cabinet n’osa insister et ajoutant qu’il respecterait le protocole. A voir.
Début décembre, le diplomate, qui déteste les mondanités a lui-même organisé dans ses salons la projection du documentaire, L’Ombre du commandant, (la rencontre entre une rescapée de l’Holocauste et un dirigeant d’Auschwitz), y conviant une centaine d’invités, tout comme il a, autre exception, organisé un débat autour du cinquième anniversaire des accords d’Abraham, en présence de son fils Jared qu’il interrogea en portant au micro les questions du public. "Il est venu avec l’idée de n’agir que contre l’antisémitisme", observe Simone Rozan Benzaquen, la présidente de l’American Jewish Committee en Europe. Un combat que son entourage explique en renvoyant vers sa biographie de petit-fils d’une famille juive exterminée pendant la Shoah, explication à laquelle le rabbin Tom Cohen, à la tête de la libérale synagogue franco-américaine de Paris, ajoute un élément. Selon lui, la communauté juive du New Jersey, à laquelle appartiennent les Kushner, considère depuis toujours la France comme un pays viscéralement antisémite.
Cuisine casher pour tous
En étant nommé à Paris, Charles Kushner se serait vu appelé en mission. Une vision nourrie par le courant religieux dont il se réclame et qu’il soutient financièrement. Conservateur orthodoxe, il se réclame en effet du mouvement Chabad Loubavitch, courant prosélyte très lié à Israël. L’affiliation expliquerait pourquoi il n’a jamais jugé utile de prendre contact avec la synagogue franco-américaine, s’empêchant ainsi de faire la connaissance d’un rabbin s’exprimant en anglais. A y regarder de près, il semble que l’ambassadeur américain combatte l’antisémitisme tout seul, n’ayant reçu aucune figure de la communauté juive - jusqu’à la semaine dernière, il n’avait même pas invité Yonathan Arfi, le président du Crif. Il se méfierait de ces personnalités, auxquelles il reproche de ne s’être pas élevés contre la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France, publiant d’ailleurs, le 26 septembre, sur ses réseaux sociaux un sondage – anonyme - clamant que "78 % des Français" seraient opposés à la reconnaissance d’un Etat de Palestine sans conditions.
En réalité, son emploi du temps révèle qu’il ne veut échanger qu’avec ceux qui, comme lui, considèrent que "la solution à deux Etats est une illusion", comme il l’a rappelé chez Darius Rochebin sur LCI, son unique intervention dans un média français à ce jour. Si BFM TV pourrait obtenir une entrevue, c’est parce que son propriétaire, l’armateur Rodolphe Saadé et son épouse, ayant promis d’investir 20 milliards dans l’industrie maritime américaine, s’en firent les porte-parole au cours de déjeuners à la résidence.
Des politiques priés de se déplacer
Après avoir été absent de Paris plusieurs semaines cet automne, voulant faire la connaissance de son 15e petit-enfant né aux Etats-Unis, il a dès son retour reçu plusieurs politiques français. Quand il n’a pas le choix, il se déplace, comme pour rencontrer Gérard Larcher, le président du Sénat. Pour les autres, il préfère les faire venir, nonobstant les usages. Ainsi ce n’est pas au Sénat qu’il rencontre Bruno Retailleau, ex-ministre et toujours sénateur, ni à la mairie du Havre qu’il découvre l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, mais dans ses bureaux de la Résidence. Tout comme Marine Le Pen et Jordan Bardella, reçus pendant une heure, entrevue laissant le couple à la tête du RN pantois, leur hôte ignorant tout de leur calendrier judiciaire et ne cherchant pas à l’appréhender.
Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus par Charles Kushner le 12 décembre 2025.
Charles Kushner s’est récemment enquis de savoir s’il y aurait un élu LFI "fréquentable", et faute de réponse probante à ses yeux, n’a pas donné suite. En revanche, les patrons eux défilent en rangs serrés. Mc Donald, Le Duff, Sanofi, Thales, Sodexo, TotalEnergies, tous eurent droit à leur entretien, afin de fournir la cohorte de 40 chefs d’entreprise qu’il souhaite convoyer en mai 2026 au sommet "Select USA" dans le Maryland. Une grand-messe pro business, qui tient à cœur à l’homme d’affaires, veillant dans le même temps à rassembler des mécènes aux poches pleines pour financer la commémoration le 4 juillet du 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, "250 America", raout mondial dont il prépare la déclinaison parisienne et à laquelle il a déjà convié Bernard Arnault, le PDG de LVMH, et son épouse.
Dans les couloirs de l’Elysée, on sourit que plusieurs grands patrons américains de passage s’indignent – à voix basse - des pressions appuyées de Kushner pour qu’ils mettent au pot. Son entourage décrit en outre son atavique tropisme immobilier. Il a fait le tour des quatre immeubles, propriétés de son pays à Paris, demandé des plans, noté leur faible taux d’occupation, le roi du "real estate" n’aime pas que l’argent dorme. En octobre, le Stade de France accueillera pour la première fois l’équipe de football américain, les Saints de la Nouvelle-Orléans, une rencontre de saison régulière de la National Football League (NFL), dont il s’est occupé en passant des centaines d’appels pour l’organiser. Se frottant les mains, il jure triomphal que les billets se vendront en quelques minutes. Et à ses yeux, c’est une sacrée victoire pour un ambassadeur.
L'ambassadeur des Etats-Unis en France, Charles Kushner, à l'ambassade américaine, le 23 juillet 2025.
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The United States Ambassador to France, Charles Kushner, in his office in Paris, on July 23, 2025 (MaxPPP TagID: maxnewsspecialtwo291789.jpg) [Photo via MaxPPP]
Un homme d'une vingtaine d'années a été abattu après avoir tenté de pénétrer illégalement dans le périmètre sécurisé du complexe Mar-a-Lago, à West Palm Beach, en Floride, du président américain Donald Trump, a déclaré dimanche les services secrets. Le président américain se trouve actuellement à Washington. "Un homme armé a été abattu (...) après avoir pénétré illégalement dans le périmètre sécurisé de Mar-a-Lago tôt ce matin", a annoncé Anthony Guglielmi, le porte-parole du Secret Service sur X. L'homme transportait ce qui semblait être un fusil et un bidon d'essence, a déclaré le Secret Service, ajoutant qu'il avait été aperçu à l'entrée nord du complexe vers 01h30 du matin (06h30 GMT).
Cet événement intervient alors que les Etats-Unis sont traversés par des épisodes de violence politique. En 2024, Donald Trump a échappé à deux tentatives d'assassinat, dont une sur le parcours de golf du président américain à West Palm Beach. La représentante démocrate du Minnesota, Melissa Hortman, a été assassinée en juin 2025 en compagnie de son mari. Quelques mois après, le militant conservateur Charlie Kirk était à son tour assassiné.
The presidential limousine is parked outside on the day of the wedding of Dan Scavino, White House deputy chief of staff, and Erin Elmore, the director of Art in Embassies at the U.S. Department of State, at Mar-a-Lago in Palm Beach, Florida, U.S., February 1, 2026. REUTERS/Nathan Howard
La France va convoquer l'ambassadeur américain Charles Kushner à la suite des publications de ce dernier concernant le militant identitaire Quentin Deranque, a déclaré dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui critique toute ingérence étrangère dans cette affaire. "Oui, nous allons convoquer l'ambassadeur des Etats-Unis en France, puisque l'ambassade des Etats-Unis en France a fait un commentaire sur ce drame (...) qui concerne la communauté nationale", a déclaré le chef de la diplomatie française dans l'émission "Questions Politiques" sur Franceinfo, France Inter et Le Monde. "Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame qui endeuille une famille française", a-t-il ajouté. "Nous n'avons aucune leçon, s'agissant de la violence en particulier, à recevoir de l'internationale réactionnaire", a-t-il poursuivi.
Des milliers de personnes ont défilé samedi à Lyon pour rendre hommage à ce militant identitaire, mort après avoir été frappé le 12 février par des militants antifascistes. Le rassemblement, qui s'est tenu sous forte présence policière, a été émaillé de quelques légers accrochages avec des riverains. Des chants comme "On est chez nous !" ont été par ailleurs entonnés par des manifestants.
Le Quai d'Orsay dénonce des ingérences
La préfecture du Rhône a annoncé avoir saisi la justice au sujet des saluts nazis et des insultes proférées. "Je condamne évidemment les signes et saluts nazis qui ont été observés hier lors de la manifestation et la préfecture du Rhône a eu raison de saisir la justice à leur sujet", a déclaré Jean-Noël Barrot.
L'ambassade des Etats-Unis en France et le Bureau de lutte contre le terrorisme du département d'Etat américain ont dit suivre de près l'"affaire Quentin". Sur le réseau social X, l'ambassade des Etats-Unis en France a écrit : "Les informations, corroborées par le ministre français de l'Intérieur, selon lesquelles Quentin Deranque aurait été tué par des militants d'extrême gauche, devraient tous nous préoccuper." "L'extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu'il représente pour la sécurité publique", peut-on également lire.
Jean-Noël Barrot a par ailleurs dit qu'il évoquerait les sanctions américaines visant Thierry Breton, ancien commissaire européen, et Nicolas Guillou, membre de la Cour pénale internationale (CPI). "Les sanctions dont il fait l'objet sont une atteinte à l'indépendance de la justice internationale", a déclaré Jean-Noël Barrot. "Et s'agissant de Thierry Breton, les sanctions dont il fait l'objet, sont une atteinte à l'autonomie décisionnelle de l'Union européenne", a-t-il déclaré.
Le journal La Tribune a rapporté samedi soir que le président Emmanuel Macron avait écrit à son homologue américain Donald Trump pour lui demander de lever les sanctions à la rencontre des deux Français.
C'est un cas de corruption de plus mis au jour au sein de l'armée russe. Pour échapper aux lignes de front les plus meurtrières, certains soldats doivent débourser des sommes colossales, de l'ordre de 10 000 à 35 000 euros. Une pratique qui serait systémique, à en croire le témoignage de plusieurs militaires cités par le Telegraph. Dans une vidéo diffusée par le journal britannique, un soldat russe révèle l’existence d’un système de corruption au sein de l’armée, impliquant non seulement une extorsion généralisée mais aussi un trafic illégal d’armes.
Extorsion financière systémique
La technique d'extorsion serait la suivante : faire pression sur les soldats en les menaçant d'être envoyés sur les lignes de front les plus meurtrières s'ils refusent de payer les sommes exigées. "Plus de la moitié de notre unité a été réinitialisée - comprendre "envoyée à la mort" - par les commandants", explique le soldat russe Denis Kolesnikov, qui apparaît sur la vidéo. "Tout le monde doit payer les commandants. Si quelqu’un ne paie pas, il est considéré comme inutile, envoyé au front et réinitialisé. J’ai personnellement vu plusieurs personnes être tuées", ajoute-t-il.
Si cet argent est censé permettre de remplacer du matériel "disparu", la réalité serait tout autre : les commandants empocheraient fréquemment une partie du salaire destiné au soi-disant "soutien de l’unité".
Le Centre ukrainien pour la sécurité et la coopération (USCC), qui a vérifié la vidéo, indique d'ailleurs que ces abus sont répandus et systémiques dans l’armée russe, principalement parmi les unités de première ligne.
Trafic illégal d'armes
Des cas fréquents de commandants volant du matériel — notamment des drones et des équipements électroniques — ont également été signalés, les soldats étant contraints d’acheter eux-mêmes ces équipements.
Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, des commandants russes auraient aussi délibérément refusé d’envoyer des blessés à l’hôpital s’ils ne payaient pas, ou auraient refusé de délivrer les documents nécessaires pour obtenir des prestations d’ancien combattant.
L’ISW révèle par ailleurs que des commandants auraient envoyé des soldats russes commettre des attentats-suicides en Ukraine après leur refus de verser un pot-de-vin ou la tentative de certains de dénoncer la corruption dans leurs unités.
Dans la vidéo, Kolesnikov affirme que les soldats ne se contentent pas d'un seul paiement : lorsque celui-ci est considéré "caduc", ils sont contraints de verser davantage d’argent, pour rester loin du front. Le soldat russe affirme pour sa part avoir été envoyé à Rostov - en première ligne donc -, faute d'avoir payé les plus de 30 000 euros qui lui avaient été demandés pour y échapper. Il a ensuite réussi à fuir et n'a bien entendu pas communiqué sa position actuelle.
Au moins cinq cas identifiés
Et il est loin d'être le seul. Le Telegraph a réussi à identifier au moins quatre autres cas de soldats russes victimes d’extorsion de la part de leurs commandants. L'un d’eux, Andreï Perevozchikov, a directement interpellé Vladimir Poutine dans une vidéo partagée en ligne, où il dénonce un trafic d'armes. Selon lui, certains commandants vendraient des drones, des caméras thermiques, des équipements de vision nocturne et de l’aide humanitaire destinés aux troupes, forçant les opérateurs de drones à dépenser tout ou partie de leur salaire en équipement.
Le père du soldat russe Valery Beloglazov, d'une autre unité militaire, a également lancé un appel à destination de Vladimir Poutine dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Cet homme est sans nouvelles de son fils, porté disparu après avoir donné son salaire à son unité. Il aurait versé l'équivalent de 9 000 euros pour "contribuer à l'achat de drones et d’autres fournitures".
Un autre soldat, Igor Korshunov, grièvement blessé au combat, aurait quant à lui reçu l’ordre de payer environ 20 000 euros pour confirmer un transfert loin des lignes de front, alors que ce transfert lui avait été préalablement accordé - sans condition - par le commandant en question.
Enfin, Armen Ovesepyan, également soldat au sein de l'armée russe, affirme avoir été contraint de donner la moitié de son salaire mensuel aux officiers pour être dispensé de missions de combat. En contrepartie, ce dernier aurait été affecté à une tour d’observation, et continuerait de percevoir le même salaire que les soldats en première ligne. "Les soldats russes ont tout simplement peur de leur commandement, qui les enverra à la mort", conclut la directrice adjointe de l'USCC, Olesia Horiaïnova.
Un soldat russe s'entraîne au tir sur un drone lors d'un stage intensif de formation au combat sur un champ de tir de la région de Rostov, en Russie, le 19 janvier 2026.
Bientôt quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le pouvoir russe n’en finit plus de serrer la vis. Le 18 février, la Douma d’Etat, la chambre basse du Parlement russe, a adopté en première lecture un projet de loi visant à renforcer les mesures préventives contre la "distorsion de la vérité historique" et "le manquement au devoir de défendre la patrie". L’objectif, selon le vice-président du comité sur la sécurité Anatoly Vyborny : "sensibiliser l'opinion publique afin que toute tentative de se soustraire à la défense de la patrie soit perçue comme socialement inacceptable", retrace le média d’Etat RIA Novosti. Et de facto, faciliter toujours plus le musellement de toute voix discordante quant au bien-fondé de la guerre. Il faut dire que sur le front, la tendance de ce début d’année n’est pas réjouissante pour Moscou.
Au cours des deux derniers mois, les pertes militaires russes (morts, blessés, disparus) auraient dépassé le nombre de nouvelles recrues, selon des déclarations du ministre britannique de la Défense John Healey à l'agence Bloomberg le 15 février, confirmant de précédentes informations ukrainiennes en ce sens. Rien qu’en décembre, celles-ci auraient atteint les 35 000 hommes, et 30 000 en janvier. Une stratégie d’usure de l’ennemi dont l’Ukraine a fait l’un de ses objectifs prioritaires. Au moment de sa prise de fonction en janvier, le nouveau ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, avait ainsi annoncé vouloir porter les pertes russes à 50 000 par mois d’ici à l’été prochain.
17 fois plus de morts qu’en Afghanistan
Après quatre ans de guerre, les forces russes ont d’ores et déjà payé un très lourd tribut. Dans une étude publiée fin janvier, le Center for Strategic and International Studies (CSIS), un think tank de référence à Washington, a estimé les pertes russes totales à plus de 1,2 million depuis le début de l’invasion. Cela comprendrait entre 275 000 et 325 000 morts sur le champ de bataille, soit 17 fois plus que les 15 000 soldats soviétiques tués lors de la décennie de guerre en Afghanistan (1979-1989) qui avait précipité la chute de l’URSS. "C’est absolument inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, abonde le général Nicolas Richoux, ancien commandant de la 7e brigade blindée. Sur le plan militaire, les offensives de Poutine sont un échec cuisant."
Et tout ça pour quoi ? Quatre années après le lancement de son "opération militaire spéciale", la Russie n’a mis la main que sur environ 12 % du territoire ukrainien - auxquels s’ajoutent les 8 % pris en 2014 lors de l'annexion de la Crimée et la conquête d’une partie du Donbass. Sur la seule année 2025, l’armée russe n’a mis la main que sur 4 800 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit un peu moins que le département de l’Ariège, au prix de 415 000 pertes. Les parallèles historiques ne jouent guère en faveur du Kremlin. Le 13 janvier dernier, le conflit en Ukraine a officiellement dépassé la durée de 1 418 jours de la "Grande Guerre patriotique", le chapitre soviétique de la Seconde Guerre mondiale, qui avait commencé le 22 juin 1941 au lancement de l’opération Barbarossa et pris fin avec la capitulation allemande, signée à Berlin, le 9 juin 1945 (heure de Moscou).
"Les Russes ne sont pas en train de gagner, comme certains le pensent, a résumé le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, mi-février, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité. Ce que nous voyons en Ukraine, c'est essentiellement la vitesse laborieuse d'un escargot de jardin." Difficile de lui donner tort. Avec une progression moyenne de 70 mètres par jour durant l’offensive de Pokrovsk entre 2024 et 2026, les troupes russes ont avancé plus lentement que les forces alliées lors de la bataille de la Somme de 1916, pendant la Première Guerre mondiale (80 mètres/jour), relève le CSIS. Sur les fronts de Tchassiv Iar et de Koupiansk, les offensives russes ont même été encore moins performantes : respectivement 15 et 23 mètres par jour.
Pendant ce temps, le nombre de victimes continue de croître. Au regard de l’avancée russe sur le front ces derniers mois, l’Institute for the Study of War (ISW), estime dans une récente note que chaque kilomètre carré pris en décembre a coûté 76 pertes à la Russie en décembre, et 87 en janvier. Et les dégâts sur l’armée russe ne sont pas que quantitatifs. "La qualité de l'encadrement, qui n’était déjà pas très bonne avant le début du conflit, s'est encore dégradée, glisse une source militaire. Beaucoup d’officiers et de sous-officiers expérimentés sont morts et ne peuvent pas être remplacés à brève échéance, car la formation nécessite du temps." De quoi sérieusement nuancer le narratif du Kremlin autour d’une victoire inévitable. "Le grand objectif de guerre de Poutine reste de soumettre l’Ukraine, mais la réalité est que la Russie n’a ni les capacités matérielles, ni humaines, de faire plus, ou mieux, que ce qu’elle fait à l’heure actuelle", note Mathieu Boulègue, chercheur associé à la Chatham House, un think tank londonien.
Combattants étrangers
Le risque de mourir au combat n’est toutefois pas le même pour tous. Selon une analyse menée par le journal indépendant russe The Bell à partir des données de 170 000 victimes identifiées de la guerre, les habitants de régions pauvres et reculées comme la Bouriatie ou la Tchoukotka ont 25 fois plus de risques de périr sur le front que ceux de métropoles urbaines comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. En cause : la proportion plus élevée de combattants issus de ces régions défavorisées dans les rangs, attirés par les soldes mirobolantes promises lors de l'engagement.
Pour tenter de combler les trous, Moscou s’est en parallèle tourné vers le recrutement de combattants étrangers. Dans Bloomberg, le ministre britannique de la Défense, John Healey, a évoqué la présence de soldats indiens, pakistanais, népalais ou même cubains, en plus des 17 000 Nord-Coréens envoyés se battre. Quelques mois plus tôt, en novembre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, avait aussi indiqué qu’au moins 1436 ressortissants de 36 pays d’Afrique se battaient aux côtés des Russes. De quoi compenser les pertes ? "Absolument pas, tranche Mathieu Boulègue, de la Chatham House. Ce sont de petits incréments qui peuvent servir de renfort par endroits, mais les effectifs sont loin d’être suffisants pour réellement changer la donne."
En attendant, certains pays ont commencé à s’émouvoir de cette utilisation de leurs ressortissants comme de la "chair à canon". La jugeant "inacceptable", Nairobi a annoncé le 10 février une visite de son ministre des Affaires étrangères à Moscou le mois prochain pour discuter de la question. Une enquête des services de renseignements présentée une semaine plus tard devant le Parlement kényan a estimé le nombre de personnes recrutées dans le pays à "plus de 1 000"…
Des militaires russes tirent une salve d'honneur lors des funérailles de Vladimir Pozdnyakov, sergent-chef des forces armées russes tué au cours du conflit russo-ukrainien, dans le village d'Orzhitsy, région de Leningrad, en Russie, le 18 février 2026
Donald Trump a annoncé samedi sur son réseau Truth Social l'augmentation de sa nouvelle surtaxe mondiale de 10 % à 15 %, après que la Cour suprême des Etats-Unis a annulé la veille les droits de douane dits "réciproques" qu'il avait imposés en 2025, dont une partie a été jugée illégale.
"Sur la base d’un examen approfondi, détaillé et complet de la décision ridicule, mal rédigée et extrêmement anti-américaine sur les droits de douane rendue hier, après de nombreux mois de réflexion, par la Cour suprême des États-Unis, veuillez considérer cette déclaration comme l’expression de ma volonté, en tant que président des États-Unis d’Amérique, d’augmenter immédiatement les droits de douane mondiaux de 10 % sur les pays, dont beaucoup ont “exploité” les États-Unis pendant des décennies, sans représailles (jusqu’à mon arrivée !), au niveau pleinement autorisé et légalement testé de 15 %", a-t-il écrit sur son réseau social.
La veille, furieux de la décision de la plus haute juridiction américaine, Donald Trump avait ordonné une surtaxe mondiale de 10 % sur tous les produits importés, supposée entrer en vigueur le 24 février pour une durée de 150 jours, avec quelques exemptions sectorielles.
La loi l'autorise à imposer des droits de douane pouvant aller jusqu'à 15 % sur une période de 150 jours, même si cette décision peut faire l'objet de contestations judiciaires.
L'heure est-elle aux élections anticipées au Danemark ? Sortie renforcée politiquement de son bras de fer avec Donald Trump, au sujet de l'île danoise du Groenland, la Première ministre Mette Frederiksen veut tout faire pour capitaliser sur cet élan. Au point, selon le média Bloomberg, d'avancer les élections prévues initialement le 31 octobre prochain, au moment qu'elle jugerait le plus opportun.
Avant le regain de tensions avec les Etats-Unis, en janvier dernier, la sociale-démocrate se trouvait pourtant fragilisée sur le plan national. La hausse du coût de la vie, ainsi que la suppression d'un jour férié ont en effet suscité un vif mécontentement de la part de l'opinion publique danoise. Symptôme du recul des sociaux-démocrates, le parti avait subi un revers l'année dernière lors des municipales, allant jusqu'à perdre son bastion historique : la capitale, Copenhague. Une première en un siècle.
Mais les tensions internationales semblent avoir dévié l'attention, et fait émerger Mette Frederiksen, 48 ans, comme la leader qui tient tête à une puissance américaine imprévisible, avec le soutien de l'Europe. Depuis, les sociaux-démocrates danois ont progressé dans les sondages, passant de 18 % en décembre à 23 % en janvier.
"La question du Groenland n'étant toujours pas résolue de manière définitive, les électeurs souhaitent élire la personne la plus à même de diriger le Danemark dans un environnement mondial plus hostile", analyse Bloomberg, qui estime que la sociale-démocrate, née dans un milieu ouvrier et engagée en politique dès l'adolescence, a de bons arguments. Devenue députée à l'âge de 23 ans seulement, en 2001, elle est considérée depuis ses débuts en politique comme une personnalité au franc-parler, parfois qualifiée de "Margaret Thatcher de gauche".
Union nationale
En ce sens, la déclaration commune publiée avec d'autres dirigeants européens exhortant Donald Trump à respecter les frontières du Groenland a été considérée au Danemark comme une victoire diplomatique importante. Début janvier, le président américain avait en effet déclaré qu'il s'emparerait du Groenland, territoire danois autonome de l'Arctique. Une menace d'autant plus inquiétante qu'elle intervenait juste après la capture par les Américains du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro.
Mette Frederiksen n'est cependant pas la seule à bénéficier de la conjoncture internationale. Au Canada, en Australie ou encore au Brésil, beaucoup de dirigeants ont fait de la défense de la démocratie et des valeurs libérales contre Donald Trump un atout électoral. La cheffe du gouvernement avait d'ailleurs connu un scénario similaire, au moment de la gestion de la crise du Covid-19.
Malgré ce regain de popularité, les sociaux-démocrates, qui détiennent actuellement 50 sièges sur 179, passeraient tout de même à 41 députés, selon les derniers sondages. Ils devraient se maintenir comme première force parlementaire, mais n'auront d'autre choix que de chercher des alliances avec d'autres partis. Actuellement, ils dirigent le pays en coalition avec le centre-droit.
"Si des élections avaient lieu aujourd'hui, la coalition devrait remporter 73 sièges. Il leur manquerait tout de même 17 sièges pour atteindre les 90 nécessaires à la majorité, ce qui les obligerait à négocier avec d'autres partis. Mais c'est loin de ce qui, il y a quelques mois à peine, ressemblait à une déroute imminente", explique Politico. La question est désormais de savoir si Mette Frederiksen ira jusqu'à convoquer des élections anticipées pour profiter de la séquence politique. Elle l'avait déjà fait en 2022, en organisant un scrutin éclair alors que sa popularité était en baisse, conservant ainsi le pouvoir.
Malgré tout, "ce type de soutien est éphémère", rappelle auprès de Bloomberg Kasper Moller Hansen, professeur de sciences politiques à l'université de Copenhague. "Si les électeurs défendent leur nation dans les moments difficiles, ce n'est pas pour autant que les Danois sont soudainement devenus des sociaux-démocrates". En quelques années, la cote de popularité de la dirigeante a considérablement reculé, passant de 79 % en 2020 à 34 %, relève POLITICO.
C'est le plus grand revers judiciaire essuyé par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Vendredi 20 février, la Cour suprême américaine, la plus haute instance juridique des Etats-Unis, a jugé illégale une partie des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump au cours de l'année 2025. Six des neuf juges qui composent l'instance, pourtant à majorité républicaine, ont ainsi choisi d'invalider le principal outil de la politique économique de Donald Trump. Toutefois, ce dernier pourrait avoir recours à d'autres dispositifs légaux pour contourner cette opposition : de quels outils dispose-t-il pour continuer à imposer ses tarifs au reste du monde ?
Jusqu'à 170 milliards de dollars de préjudices
Alors que Donald Trump dînait avec des gouverneurs au moment où est tombée l'annonce, il aurait déclaré à son entourage "bouillonner de l'intérieur", qualifiant la décision de "scandaleuse", comme le relate le Wall Street Journal. Ces derniers mois, il avait déjà tenté de mettre la pression sur les juges, en déclarant que la décision de la Cour suprême dans cette affaire serait une question de "vie ou de mort" pour l'économie américaine, arguant qu'une décision annulant les droits de douane déclencherait un désastre économique.
Et pour cause, la décision "qui concerne la majorité des tarifs imposés par Trump les annule. (...) Elle ouvre également la voie à des batailles juridiques concernant le remboursement des droits de douane déjà acquittés par les importateurs américains", détaille l'agence Bloomberg. Au total, jusqu'à 170 milliards de dollars seraient en jeu, soit plus de la moitié des recettes fiscales générées par Donald Trump avec sa politique de guerre tarifaire. De quoi aggraver un peu plus les inquiétudes concernant l'état des finances publiques américaines.
Pour rappel, au cours de l'année précédente, l'administration Trump a imposé des droits de douane allant de 10 à 40 % sur les marchandises provenant de pays n'ayant pas conclu d'accords commerciaux avec les Etats-Unis, ainsi que des taxes supplémentaires sur certaines importations en provenance du Mexique, de Chine et du Canada, sous prétexte de lutter contre la crise du fentanyl aux États-Unis.
Désaveu de la Cour suprême
Pour ce faire, Donald Trump avait invoqué l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi fédérale de 1977 qui autorise le président à réguler le commerce international en cas d'urgence nationale. "Trump a invoqué le déficit commercial américain avec d'autres pays et le trafic de drogue à la frontière comme des urgences nationales", or "la loi de 1977 n'avait jamais été utilisée à cette fin et ne mentionne pas les droits de douane", explique Bloomberg.
Par ailleurs, l'arrêt de la Cour suprême estime que Donald Trump a outrepassé ses prérogatives, en imposant ces tarifs sans l'aval du Congrès, "un désaveu envers son style de gouvernance, caractérisé par le recours fréquent au pouvoir exécutif", analyse le WSJ. Le républicain n'a cependant pas dit son dernier mot et pourrait tenter d'appliquer d'autres dispositifs législatifs pour contourner cette décision.
"Sécurité nationale"
Plusieurs articles de la législation américaine permettent en effet d'imposer des droits de douane en réponse à des mesures commerciales d'autres pays jugées discriminatoires pour les entreprises américaines. L'article 232 de la loi de 1962 en matière de sécurité nationale permet notamment à l'exécutif d'intervenir sans passer par le Congrès. C'est une option moins efficace pour Donald Trump, puisque son activation doit résulter d'une enquête préliminaire justifiant l'imposition d'une telle mesure. Le président l'a néanmoins déjà utilisée : c'est cette loi qui est à l’origine des droits de douane appliqués à l’industrie automobile, l’acier et l’aluminium, qui ont quant à eux été jugés légaux par la Cour suprême vendredi.
"L'administration pourrait également lancer des enquêtes sur les politiques commerciales et économiques des pays en vertu de l'article 301 de cette même loi, ou utiliser l'article 201 pour déterminer si les fabricants américains subissent un préjudice", explique Bloomberg. La loi 1974 sur le commerce permet également d'instaurer des taxes à l'importation jusqu'à 15 %, mais seulement en cas "de crise grave et importante" de la balance des paiements américaine, ou pour empêcher une dépréciation imminente et significative du dollar.
Bloomberg cite également une loi de 1930 (l'article 338 de la loi Hawley-Smoot sur les tarifs douaniers), introduite par le président Herbert Hoover après le krach de 1929. Cette dernière permet au président d'imposer des droits de douane sur les importations des pays utilisant des mesures déraisonnables. Néanmoins, cette mesure est très critiquée car, à l'époque déjà, les experts estimaient qu'elle accélérerait la guerre commerciale et amplifierait la dépression mondiale.
Vendredi, la publication de données économiques a montré un net ralentissement de la croissance économique des Etats-Unis à la fin de l'année 2025, conséquence notamment d'un ralentissement de la consommation, plombée par l'augmentation des prix des produits importés.
Si certains pays feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence.
Cet hiver, l'Essec Business School a lancé un Observatoire des stratégies d’influence, d’ingérence et d’intimidation au sein de son centre géopolitique, défense & leadership, codirigé par Aurélien Colson, l'Amiral Finaz (ancien directeur de l'Ecole de Guerre) et Frédéric Charillon, ex-patron de l'Irsem au ministère des Armées et auteur de Géopolitique de l'intimidation (Odile Jacob, 2025). Ces deux derniers expliquent à L'Express les motivations de ce projet et analysent les stratégies des dirigeants actuels pour conquérir les esprits.
L'Express : Quelle distinction établissez-vous entre l'influence, l'ingérence et l'intimidation ?
Frédéric Charillon : Ce sont trois fonctions différentes. L’influence, d’abord, consiste à convaincre sans contraindre. On cherche à modifier le comportement d’un acteur - un dirigeant, une opinion publique, un décideur économique… - en lui faisant comprendre qu’il a intérêt à aller dans notre sens. Cela peut passer par des arguments rationnels, par le prestige culturel, mais aussi par des avantages concrets : accès à des réseaux, financements, opportunités.
Loïc Finaz: Nous avons, en Europe occidentale, une vision très idéalisée de l’influence. Nous pensons que si notre raisonnement est bon, il convaincra. Le dialogue suffira. C’est la tentation du raisonnable, mais c'est une erreur que nous reproduisons systématiquement. Or le monde ne fonctionne pas sur la base du raisonnable. D’autres acteurs utilisent l’argent, les dépendances économiques, ou jouent sur l’émotion, voire la violence. Que les intentions soient bonnes ou mauvaises, l’influence reste au cœur des relations, des échanges, des dépendances… Et elle constitue aujourd’hui une donnée permanente du conflit, avant, pendant, après.
Les temps sauvages dans lesquels nous sommes entrés ne minimisent-ils pas le rôle de l’influence ?
F.C.: Non. Nous vivons au contraire l’âge d’or de l’influence. Contrairement à ce que l'on aurait pu espérer, elle ne remplace pas la confrontation : elle la prépare et l’accompagne. On le constate par exemple en observant la bataille des récits autour de la guerre en Ukraine. La bataille d'influences livrée par la Russie, notamment à travers ses médias (comme Russia Today), mais également à travers ses liens avec différents partis politiques en Europe occidentale, a servi à consolider un socle de relais du discours russe qui permet aujourd'hui d'entendre abondamment les éléments de langage du Kremlin : "la Russie ne peut pas perdre la guerre, l'Occident et l'Ukraine sont responsables de ce conflit, le financement de la défense ukrainienne est un préjudice pour le contribuable européen", etc.
Quand passe-t-on de l’influence à l’intimidation ?
L.F. : Quand convaincre ne suffit plus. Mais surtout lorsqu'on est mal intentionné… L’intimidation, c’est : "faites ce que je veux, sinon…" Mais elle ne prend pas qu’une seule forme, elle peut être de plusieurs types.
Lesquels ?
F.C. : Quand on parle d'intimidation, la première idée qui vient à l'esprit spontanément est celle de l'intimidation du fort. Le plus puissant rappelle sa supériorité. "Je suis plus fort que vous, donc faites ce que je vous dis, sinon…". C’est par exemple l’Amérique néoconservatrice de George W. Bush au moment de la guerre d’Irak (2003) : "Nous savons que vous n’êtes pas d’accord avec cette guerre, mais vous allez tout de même voter avec nous à l’ONU, sinon… " C'est l'époque où la patronne du National security council aux États-Unis, Condoleezza Rice, menaçait de "punir la France" pour son opposition à la guerre américaine en Irak.
N’oublions pas néanmoins l’intimidation du faible : "Je suis faible, mais si je m’effondre, vous en subirez aussi les conséquences". C’est la Grèce pendant la crise de la zone euro, qui admet ses erreurs passées, mais souligne que l’abandon du pays (ou son renvoi de la zone euro) déstabiliserait toute l’Union. On peut penser également au Liban, pays dont la classe politique assume son esprit de chapelle au détriment de l'intérêt national, mais nous dit : "Si le pays s'effondre, cela bouleversera davantage encore les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient".
Autre variante : le chantage au pouvoir de blocage, illustré par Viktor Orban au sein de l’UE, où l’unanimité donne un levier énorme à un petit État : "Je sais que je suis moins important que d'autres pays de l'Union européenne, mais il se trouve que vous avez besoin de ma voix. Que me proposez-vous pour l'obtenir ?".
Enfin, il y a l’intimidation du fou : "Faites attention, vous ne savez pas jusqu’où je peux aller". Donald Trump est le seul à avoir ouvertement assumé cette posture. Lorsqu'un journaliste lui a demandé peu après son retour à la Maison-Blanche en 2025 "que feriez-vous si la Chine attaquait Taïwan", le président américain a répondu : "Ils ne le feront pas, parce qu'ils savent que je suis complètement dingue".
D’une certaine manière, Vladimir Poutine joue aussi sur cette image d’imprévisibilité et de brutalité assumée. Il fait régulièrement mention à l'arsenal nucléaire de la Russie, et rappelle qu'il est capable des pires exactions, comme il l'a d'ailleurs prouvé en Tchétchénie ou en Syrie. L’efficacité repose en effet aussi sur la crédibilité : si vous menacez sans jamais agir, cela finit par s’émousser. Dans le cas de Poutine, on connaît sa détermination. Il y a encore des doutes sur celle de Trump.
L’intimidation repose-t-elle toujours sur la force militaire ?
L.F. : Non, pas uniquement, mais souvent sur la capacité de nuisance, quelle qu'elle soit. Cela peut être militaire, terroriste, économique, cyber. Avec malheureusement la violence, directe ou indirecte, qui reste au cœur du mécanisme.
Venons-en à l’ingérence.
F.C. : L’ingérence, c’est intervenir directement dans les affaires intérieures d’un autre État, ce que le principe de souveraineté est censé proscrire. Elle peut être politique, judiciaire, économique ou informationnelle.
Comment a-t-elle évolué ces dernières années ?
L.F.: L’ampleur et la facilité de l’ingérence électorale sont peut-être l'exemple le plus frappant de cette évolution. Grâce aux réseaux sociaux, des puissances étrangères peuvent toucher directement les électeurs d’un autre pays, amplifier des colères, soutenir des partis, affaiblir la confiance dans les institutions. Notre siècle n'invente rien, mais c’est nouveau à cette échelle.
Qui sont les principaux acteurs de l’ingérence ?
Frédéric Charillon : La Russie est très active. Des réseaux idéologiques proches du trumpisme aux États-Unis aussi. D’autres puissances agissent de manière plus ciblée : sur des diasporas (comme la Chine), des réseaux religieux (Qatar et autres pays du Golfe concurrents, Turquie…) ou économiques (c’est encore le cas de Pékin, mais aussi de l'Azerbaïdjan et de bien d'autres).
La révolution technologique ne facilite-t-elle pas l’ingérence ?
F.C.: Elle est bien sûr un multiplicateur de puissance. Désinformation virale, manipulation algorithmique, cyberattaques contre des infrastructures critiques : la frontière entre ingérence, intimidation et sabotage devient floue. Une attaque informatique peut provoquer un chaos bien réel, avec des conséquences politiques majeures. On sait également qu'un deepfake qui se répand peut engendrer localement des dégâts immenses et immédiats. S'il est fait avec subtilité, le temps de prouver qu'il s'agit d'un faux, on pourra déplorer de nombreux morts, du fait des émeutes engendrées ou des vengeances suscitées. Même des acteurs avisés peuvent s'y laisser prendre : on se souvient de ce chef d'État africain qui a récemment appelé Emmanuel Macron parce qu'il avait vu passer la fausse nouvelle d'un coup d'Etat en France.
Comment les démocraties peuvent-elles répondre à ces ingérences sans renier leurs principes ?
L.F.: Précisément en les assumant, ces principes, mais sans naïveté. Ils sont notre faiblesse lorsque nous refusons de voir le monde tel qu'il est, ou que nous nous leurrons aux lubies de l'époque bien souvent relayées par nos extrêmes. Mais ils sont aussi notre force lorsque nous laissons sa place au bon sens. L’État de droit reste notre meilleure arme. En l'utilisant, il faut ainsi documenter les ingérences, protéger nos infrastructures, former les décideurs économiques et politiques, développer, enfin, une culture du risque qui seule nous permettra d'être libres. Il n'y a pas de liberté, y compris face à l'ingérence, sans acceptation du risque.
F.C.: Et accepter d’utiliser tous les outils légaux dont nous disposons : contrôles économiques, sanctions, ripostes informationnelles fondées sur des faits. Nous n’avons pas besoin de produire de fausses informations : la vérité, bien mise en lumière, est déjà très dérangeante pour les régimes autoritaires. Si nous parvenons à créer des médias internationaux suffisamment suivis par la jeunesse ou par d'autres segments d'opinion, pour diffuser des informations vraies mais gênantes pour les régimes autoritaires, alors nous pourrons à nouveau renverser la tendance et placer ces derniers dans une position extrêmement délicate, grâce à la liberté d'expression et à la circulation de l'information.
L’Europe est-elle armée pour cela ?
L.F. : Elle est à la fois la plus exposée et la mieux placée pour défendre un ordre fondé sur des règles. Mais elle souffre de dépendances technologiques, de lenteurs décisionnelles et de divisions politiques. Le problème n’est pas l’absence d’outils : c’est le manque de volonté de les utiliser. Pour ne pas dire : l'absence de courage.
C’est la vocation de votre Observatoire ?
F.C. : Notre observatoire a été conçu comme un lieu où chercheurs, praticiens, décideurs et étudiants analysent ces stratégies, identifient les vulnérabilités et proposent des réponses concrètes. Comprendre est la première étape pour se défendre. Nous entrons dans une ère où la conflictualité passe autant par les esprits, les réseaux et les dépendances que par les armes. Le défi pour les démocraties est clair : savoir se défendre sans cesser d’être des démocraties. Les jeunes, et notamment dans notre cas les étudiants, ont beaucoup à nous apprendre : ils nous disent à quoi ils sont sensibles, quels sont selon eux les vecteurs d'influence les plus dangereux, ils nous signalent également des pratiques ou des canaux de l'influence que nous ne connaissions pas. Cet observatoire est également pour nous une façon de discuter avec les entreprises privées, qui elles aussi sont soumises à des guerres d'influence.
L.F. : En espérant que cet Observatoire sera aussi, à sa manière, un catalyseur à bon sens et courage…
Selon une information exclusive du quotidien britannique The Guardian, le président des Etats-Unis et son administration envisageraient de construire une base militaire à Gaza. La structure, composée d'un petit champ de tir, de bunkers et d'un entrepôt, pourrait accueillir 5 000 personnes. Ce site, ceinturé de barbelés et de 26 tours de guet blindées, s'étendrait sur 35 000 mètres carrés, d'après les registres des contrats du Conseil de la paix, consultés par les journalistes.
Les lieux devraient servir de base opérationnelle pour accueillir la future Force internationale de stabilisation (ISF). Introduites par l'accord de cessez-le-feu du 10 octobre entre le Hamas et Israël, puis voté à l'ONU en novembre - dans le cadre du Plan de paix pour Gaza de Donald Trump - ces troupes auront pour vocation de superviser la sécurité dans l'enclave et à ses frontières.
"Protocole relatif aux restes humains"
Grâce à une vidéo à laquelle The Guardian a eu accès, ses journalistes ont pu établir que les Etats-Unis prévoyaient de construire la base militaire dans une zone du sud de la bande de Gaza. Selon une source proche du dossier, des entreprises de construction "ayant de l'expérience dans les zones de guerre", ont déjà visité les lieux. Le contrat, préparé par des responsables américains a directement été émis par le Conseil de la paix. Sondés par le quotidien britannique, des experts ont confié leurs inquiétudes face à l'opacité de l'institution, particulièrement sur le volet financier.
Le document précise que "l'entrepreneur" de ces travaux "doit effectuer une étude géophysique du site afin d'identifier les vides souterrains, les tunnels ou les grandes cavités par phase", une référence probable au vaste réseau de tunnels construits par le Hamas. Au chapitre "protocole relatif aux restes humains", le contrat prévoit un arrêt des travaux "si des restes humains ou des artefacts culturels présumés sont découverts". Selon l'agence de défense civile de Gaza, les corps d'environ 10 000 Palestiniens seraient ensevelis sous les décombres de l'enclave. Quant à la quantité de débris de guerre à éliminer, elle est estimée à 60 millions de tonnes.
Jusqu'à 20 000 soldats dans Gaza
Les troupes stationnées auront pour mission de protéger les civils, de former et de soutenir les "forces de police palestiniennes approuvées". A mesure que l’armée israélienne se retirera de Gaza, l'ISF y sera déployée. Ses rangs seront composés d’une coalition majoritairement issue de pays arabes et musulmans, allant jusqu'à 20 000 soldats.
L'Indonésie, dont le président s'est rendu à Washington le 19 février pour la réunion inaugurale du Conseil de la paix, aurait proposé d'envoyer jusqu'à 8 000 soldats. Le grade de commandant adjoint de la force de stabilisation a été attribué au pays. Le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l'Albanie se sont également engagés à participer.
Si une grande partie du sud de la bande de Gaza demeure sous contrôle israélien, il est encore difficile de déterminer à qui appartient le terrain sur lequel les Etats-Unis envisagent de construire la base militaire pour l'ISF. Interrogée par les journalistes du Guardian sur ce contrat de construction, l'administration Trump n'a pas souhaité donner suite à leurs questions.
De la fumée s'élève à la suite d'une explosion, dans la zone « ligne jaune », contrôlée par Israël, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 février 2026. Photo prise avec un téléphone. REUTERS/Haseeb Alwazeer TPX IMAGES DU JOUR
Il est des matins où l’Histoire s’invite sans frapper. Ce jeudi 19 février, à 8 heures, la police britannique a arrêté Andrew Mountbatten-Windsor à Wood Farm, sur le domaine royal de Sandringham. Selon la BBC, ni le roi, ni le Premier ministre Keir Starmer n’avaient été prévenus en amont. Ce fils et frère de monarque, toujours Conseiller d’État et huitième dans l’ordre de succession, entrait donc dans un commissariat comme n’importe quel justiciable britannique.
Près de quatre siècles après l’emprisonnement de Charles Ier, la monarchie britannique découvrait une scène qu’elle croyait reléguée aux gravures d’époque. Même l’abdication d'Edward VIII en 1936, ce coup de théâtre romantique, paraît élégante en comparaison. À l’époque, on exfiltre le problème vers l’exil. En 2026, on le conduit au poste.
La crainte d'une fuite de l'ancien prince
Est-ce la fin de la monarchie britannique ? Non. Mais c’est la crise constitutionnelle la plus grave "in living memory", autrement dit de mémoire d’homme. Même Andrew Lownie, historien, fin limier sur les traces de l’ex-prince Andrew depuis des années et auteur du récent best-seller Entitled, the Rise and Fall of the House of York, ne s’attendait pas à une arrestation aussi tôt. Selon lui, la police a agi ainsi pour éviter toute possibilité de fuite — au sens propre comme au figuré. Pour sa part, l’historien redoutait "un départ nocturne" d'Andrew vers le Moyen-Orient.
La rapidité de la police trahit la gravité du soupçon : les enquêteurs ont estimé qu’il fallait intervenir avant que des preuves potentielles ne soient détruites. L’État de droit prime, même quand il frappe au cœur de la dynastie. Au Palais, la riposte fut quasi immédiate et d’une froideur chirurgicale. "La loi doit suivre son cours", a déclaré le roi Charles III, désignant son frère par son seul patronyme, Mountbatten-Windsor. Décapitation symbolique.
Les faits sont lourds. Les documents du département de la Justice américain sur Jeffrey Epstein ont ravivé les interrogations sur les réseaux britanniques du financier déchu, dont de nombreux vols auraient fait escale à Stansted Airport. S’y ajoutent des informations récentes transmises à la police par Gordon Brown — ancien Premier ministre devenu, dit-on avec ironie à Westminster, "inspecteur" officieux. Brown a annoncé avoir fourni à la police des éléments sur un possible trafic de jeunes femmes et sur des connexions logistiques au Royaume-Uni, après des semaines à éplucher les fichiers Epstein.
Andrew, l'enfant terrible de Buckingham Palace
Il faut relire le portrait dressé par le Timespour comprendre que cette chute n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’une trajectoire. Dès l’enfance, Andrew était l’enfant gâté : il donne des coups aux chiens, provoque les palefreniers, bidouille l’antenne de Buckingham Palace pour empêcher sa mère de regarder les courses. Adolescent, il devient "Randy Andy", ou "Andy le chaud lapin". Un domestique ira jusqu’à le frapper ; sa mère refusera sa démission au motif que son fils l’avait "mérité". Tout est déjà là : l’impunité comme horizon mental.
Lorsqu'il intègre la Royal Navy, il faut saluer sa voiture comme on saluerait l’Union Jack. Il y eut les Malouines - rare moment d’humilité - puis la célébrité tapageuse, les fêtes, les frasques, les diplomates embarrassés. Nommé représentant spécial au commerce extérieur entre 2001 et 2011, il était censé "battre le tambour" des exportations britanniques. Il battra surtout celui de son ego : entourages pléthoriques et train de vie grandiose. Dans le Golfe, on le surnomme "HBH, his buffoon highness", son Excellence le Bouffon.
David Yelland, ancien rédacteur en chef du tabloïd The Sun, prévient : "Les choses vont empirer. Le silence reviendra un temps, puis l’affaire ressurgira peut-être au pénal avec un procès public. Nous ignorons pour le moment jusqu’où cela peut aller — et le Palais aussi."
L’historien Dan Snow pose la question existentielle : à quoi sert la monarchie ? Depuis l’invention de la presse moderne, elle encaisse des coups. Elle a théorisé le "soft power", la diplomatie des poignées de main et des causes caritatives, pour justifier son existence. Mais, ajoute-t-il, cela ne tient plus si des informations gouvernementales confidentielles sont livrées à des étrangers contre des faveurs financières ou sexuelles. Autrefois, les frasques royales se faisaient derrière de lourdes tentures de velours. La transparence numérique a dissous ces couches protectrices.
Charles III en mission pour sauver la Couronne
La monarchie peut-elle encaisser ? Juridiquement, l’arrestation ne crée pas en soi de crise constitutionnelle : nul n’est au-dessus des lois. C’est précisément ce principe qui peut sauver l’institution. La visite programmée du roi aux États-Unis au printemps sera un test. Les finances royales, déjà scrutées, le seront encore davantage. La question politique portera moins sur Andrew que sur les garde-fous : comment un prince a-t-il pu conserver des responsabilités publiques alors que les signaux d’alarme clignotaient depuis des années ?
La monarchie survivra si elle accepte ce passage à gué : réduire encore le nombre de membres actifs, clarifier les rôles, couper net les rentes de situation, publier davantage, coopérer sans réserve avec la justice. En une formule : se réformer pour durer. En laissant la police frapper à l’aube et en répondant par une phrase sèche, le roi a choisi le droit contre le clan. C’est la seule décision qui puisse encore sauver la Couronne.
La Suède a ouvert une enquête contre un sexagénaire soupçonné d'avoir "vendu sa femme"à quelque 120 hommes. Le suspect a été arrêté le 23 octobre 2025 pour proxénétisme, après une plainte de son épouse, qui a depuis entamé une procédure de divorce. L'accusé est décrit comme un ancien dirigeant des Hells Angels à Stockholm - un groupe de motards actif à l'international et réputé pour ses activités criminelles - il est accusé d’avoir vendu, depuis le début de l’année 2022, les services sexuels de sa victime sur des sites Internet, sans son consentement. "Un grand nombre de personnes, originaires de tout le pays, ont acheté ces services", révélait à l'époque le titre de presse locale, Sundsvalls Tidning.
Au fil de l'enquête, les faits reprochés au Suédois, ont été requalifiés en proxénétisme aggravé. Les sévices infligés à la victime se seraient déroulés au domicile du couple, dans la région d'Ångermanland, mais aussi dans diverses localités du pays et sur Internet, entre le 1er janvier 2022 et jusqu'à l'arrestation du mis en cause.
"Une exploitation impitoyable de la plaignante"
"Je crois que le proxénétisme a été pratiqué à plus grande échelle et qu'il a impliqué une exploitation impitoyable de la plaignante", a déclaré la procureure Ida Annerstedt à l'agence de presse nationale TT. La magistrate a refusé de préciser si des faits de contrainte sont retenus dans le dossier ou si l’épouse aurait été droguée lors des rapports. Toutefois, Ida Annerstedt a précisé que seuls une trentaine d'hommes risquent d’être poursuivis par la justice, invoquant un besoin de "limiter l'enquête" pour des questions de temps et de ressources. Selon la procureure, une investigation sur les 120 hommes pourrait prendre deux ans. Le procès doit débuter en mars.
Et l'affaire, qui n'avait d'abord reçu que l'attention de la presse locale, a progressivement pris une ampleur nationale. Un article d’Aftonbladet daté du 17 février, repéré par Courrier international, dresse un parallèle avec l'affaire Pelicot. Mais la chroniqueuse nuance, "à la différence de Gisèle Pelicot, la femme de Kramfors aurait été consciente de ce qui lui est arrivé, même si, d’après ce que l’enquête a montré jusqu’à présent, elle était parfois tellement sous l’influence de l’alcool et de la drogue qu’elle ne se souvient pas dans les détails de chacun des cas où son corps a été exploité".
Des révélations "choquantes et révoltantes"
"Les hommes doivent cesser d'acheter et de vendre le corps des femmes. Les informations relayées par les médias au sujet de l'affaire Pelicot suédoise sont choquantes et révoltantes", a réagi sur X la ministre de l’Égalité entre les genres, Nina Larsson. Dans la foulée, la femme d'Etat a annoncé pour le printemps un "plan d'action" pour lutter contre "les violences sexuelles, la prostitution et le trafic d'êtres humains".
En cas de condamnation, l'accusé, qui nie les faits lui étant reprochés, risque deux à dix ans d'emprisonnement. Déjà connu des services de police, il a précédemment été condamné pour plusieurs infractions, dont des agressions. Dans les années 2000, il avait écopé d'une peine de cinq mois de prison pour maltraitance à l’encontre d’une ancienne compagne. La victime, dont l'identité demeure protégée, n'a pas souhaité s'exprimer dans les médias.
La guerre est-elle imminente au Moyen-Orient ? Porte-avions, navires de guerre, chasseurs F-35 et F-22… Les Etats-Unis continuent de se renforcer militairement et se préparent à un éventuel conflit armé contre l'Iran. Jeudi, Donald Trump a déclaré qu'il déciderait de ses prochaines actions concernant l'Iran dans les dix jours. Plus tard, il a indiqué aux journalistes que ce délai était d'environ deux semaines maximum. "Nous allons conclure un accord, d'une manière ou d'une autre", a-t-il affirmé.
Alors que le président américain pourrait décider de bombarder l'Iran en raison de son programme nucléaire, Téhéran menace de son côté de représailles contre les bases américaines dans la région en cas d'attaque. Dans une lettre adressée au Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, Téhéran a déclaré qu'il ne déclencherait aucune guerre, mais qu'en "cas d'agression militaire, l'Iran répondrait de manière décisive et proportionnée" dans l'exercice de son droit de légitime défense. "Toutes les bases, installations et ressources des forces hostiles dans la région constitueraient des cibles légitimes", précise le régime iranien dans cette lettre. "Les Etats-Unis assumeraient l'entière responsabilité de toute conséquence imprévisible et incontrôlée."
Une première frappe limitée ?
Donald Trump étudie diverses options militaires, tout en réaffirmant sa préférence pour la voie diplomatique. Selon The Wall Street Journal, le président américain envisagerait une frappe initiale limitée pour contraindre l'Iran à accepter un accord sur le nucléaire. Cette première étape destinée à faire pression sur Téhéran serait moins radicale qu'une attaque de grande envergure susceptible de provoquer une riposte massive. Selon des sources proches du dossier interrogées par le quotidien américain, cette première offensive, qui pourrait être autorisée dans les prochains jours, ciblerait quelques sites militaires ou gouvernementaux. Si l'Iran persistait dans son refus de se conformer aux exigences de Donald Trump, les Etats-Unis lanceraient alors une vaste campagne contre les installations, potentiellement dans le but de renverser le régime des mollahs.
Face à la menace de guerre, Téhéran consacre depuis plusieurs mois des efforts à la réparation d'installations de missiles stratégiques et de bases aériennes gravement endommagées en juin 2025 lors de la guerre des Douze jours contre Israël. Malgré les lourdes pertes subies à ce moment-là, l'analyse d'images satellites réalisée par CNN révèle que l'Iran a reconstruit ses installations de missiles endommagées. Comme le détaille ce média américain, des images satellites de la base de missiles Imam Ali à Khorramabad, prises le 5 janvier dernier, montrent que sur la douzaine de structures détruites par Israël, trois ont été reconstruites, une a été réparée et trois autres sont en cours de construction. Ce site comprend des silos de lancement essentiels au tir de missiles balistiques.
Ces bases militaires rapidement réparées
Des bases militaires ont également fait l'objet d'importantes réparations, comme la base aérienne de Tabriz, liée au système de missiles balistiques de moyenne portée iraniens. Sur la base aérienne d'Hamadan, les cratères creusés par les bombes sur la piste ont été comblés et les abris d'avions ont été réparés. L'Iran a également rapidement reconstruit son usine de production de missiles à propergol solide la plus importante et la plus récente à Shahrud, une technologie permettant le déploiement rapide de missiles à longue portée.
L'Iran renforce par ailleurs rapidement plusieurs de ses installations nucléaires, utilisant du béton et de grandes quantités de terre pour enfouir des sites clés, selon de nouvelles images satellites et une analyse de l'Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS). Comme le rapporte CNN, des images du 10 février dernier montrent que l'Iran poursuit le renforcement des entrées des tunnels du complexe souterrain creusé dans le mont Pickaxe, près de Natanz.
"Je pense que l'Iran est en train de reconstituer ses programmes nucléaire et balistique, probablement plus rapidement qu'Israël ne l'avait affirmé lors de l'opération Lion ascendant", a déclaré à CNN Jeffrey Lewis, chercheur émérite en sécurité mondiale au Middlebury College, en référence aux frappes israéliennes de juin. "La reconstruction des bâtiments, ainsi que d'autres informations, suggèrent que l'Iran a soit pu remplacer cet équipement, soit le déplacer vers des lieux sûrs sous terre avant les frappes", a-t-il ajouté.
Un échec des discussions à Genève
L'Iran montre les muscles sur le plan militaire et tente ainsi de dissuader les Etats-Unis d'attaquer. En pleins pourparlers diplomatiques, Téhéran a ainsi lancé des exercices navals dans le golfe Persique afin de démontrer sa capacité de déstabilisation aux alliés régionaux de Washington. Pour la première fois, les Gardiens de la révolution iraniens ont notamment fermé une partie du très stratégique détroit d'Ormuz pendant quelques heures à l'occasion d'exercices navals, selon les médias iraniens.
La guerre ne semble néanmoins pas encore inéluctable et, sur le plan diplomatique, des négociateurs iraniens et américains ont tenu des pourparlers indirects à Genève pendant trois heures et demie mardi. Ceux-ci se sont toutefois soldés par un échec. Les Etats-Unis souhaitent notamment l'arrêt du programme nucléaire iranien et des limitations concernant le programme de missiles balistiques de l'Iran. Mais Téhéran refuse pour le moment de faire des concessions majeures sur son programme nucléaire, tout en insistant sur le fait que celui-ci est destiné à des fins pacifiques.
Donald Trump a déclaré jeudi 19 février qu'il ordonnerait aux agences fédérales de commencer à publier les dossiers gouvernementaux relatifs aux extraterrestres et aux objets volants non identifiés, compte tenu du fort intérêt public pour la question.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le président américain a annoncé qu'il ordonnerait au chef du Pentagone, Pete Hegseth, et à d'autres agences de divulguer les informations en leur possession, qualifiant la question d'"extrêmement intéressante et importante". "Je vais demander au ministre de la Guerre et aux autres ministères et agences concernés d’entamer le processus d’identification et de publication des dossiers gouvernementaux relatifs à la vie extraterrestre, aux phénomènes aériens non identifiés et aux objets volants non identifiés", a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.
Plus tôt dans la journée, Donald Trump, sans fournir de preuves, a accusé l'ancien président Barack Obama d'avoir divulgué indûment des informations classifiées lors de discussions publiques sur les extraterrestres, affirmant que son prédécesseur avait "commis une grosse erreur". "Il a donné des informations classifiées… Il n'est pas censé faire ça", a déclaré Donald Trump aux journalistes lors d'un déplacement en Géorgie.
"Ils sont réels, mais je ne les ai pas vus"
Lors d'une interview avec l'animateur de podcast Brian Tyler Cohen, diffusée samedi, Barack Obama s'est vu demander si les extraterrestres existaient réellement. "Ils sont réels, mais je ne les ai pas vus, et ils ne sont pas détenus dans la zone 51. Il n'y a pas d'installation souterraine, à moins d'un énorme complot qu'ils auraient dissimulé au président des États-Unis", a déclaré le démocrate.
La Zone 51 est une installation classifiée de l'US Air Force située au Nevada. Certains théoriciens marginaux pensent qu'elle abrite des corps extraterrestres et un vaisseau spatial accidenté. Des archives de la CIA publiées en 2013 indiquent qu'il s'agissait d'un site d'essais pour des avions espions ultrasecrets.
Rien dans les propos de Barack Obama ne laissait présager que l'ancien président avait divulgué des informations classifiées. Le cabinet de l'ex-chef d'Etat n'a pas répondu à une demande de commentaires de la part de Reuters.
"Durant ma présidence, je n'ai vu aucune preuve que des extraterrestres aient pris contact avec nous. Vraiment !", a déclaré Barack Obama dans une publication Instagram dimanche. Dans ce message, il a expliqué sa conviction que les extraterrestres existaient en affirmant que les probabilités statistiques de vie ailleurs que sur Terre étaient élevées compte tenu de l'immensité de l'univers."Mais les distances entre les systèmes solaires sont si grandes que les chances que nous ayons reçu la visite d’extraterrestres sont faibles", a-t-il ajouté.
Enquêtes du Pentagone
À la suite de ses propos sur Barack Obama, Donald Trump a ajouté qu'il n'avait vu, lui non plus, aucune preuve de l'existence des extraterrestres, déclarant : "Je ne sais pas s'ils existent ou non."
Ces dernières années, le Pentagone a enquêté sur des signalements d'ovnis, et de hauts responsables militaires ont déclaré en 2022 n'avoir trouvé aucune preuve suggérant que des extraterrestres aient visité la Terre ou s'y soient écrasés. Un rapport du Pentagone de 2024 indiquait que les enquêtes menées par le gouvernement américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n'avaient trouvé aucune preuve de technologie extraterrestre, et que la plupart des observations étaient en réalité des objets et des phénomènes ordinaires mal identifiés.
Un ancien prince arrêté le jour de son 66e anniversaire. Andrew Mountbatten-Windsor, le frère cadet du roi Charles III, a été libéré jeudi 19 février, dans la soirée, après avoir été arrêté et placé en garde à vue plus tôt dans la journée pour manquements présumés à l'intégrité dans l'exercice de fonctions publiques. En cause : des allégations selon lesquelles il aurait transmis des documents gouvernementaux confidentiels au criminel sexuel Jeffrey Epstein, aujourd'hui décédé, alors qu'il travaillait comme représentant commercial du Royaume-Uni, entre 2001 et 2011.
L'arrestation de ce membre éminent de la famille royale, huitième dans l'ordre de succession au trône, est "sans précédent" dans l'histoire moderne, et même "historique", souligne à l’unisson la presse britannique. "Andrew Mountbatten-Windsor est devenu le premier membre important de la famille royale britannique à être arrêté dans l'histoire moderne", note la BBC. "C'est la première fois qu'un membre de la famille royale est placé en détention depuis près de 380 ans. En 1647, Charles Ier fut emprisonné par Oliver Cromwell et assigné à résidence au palais de Hampton Court", relève The Times.
Une onde de choc pour la famille royale
L'événement survenu jeudi "a suscité une vive émotion" au Royaume-Uni, indique la BBC, notamment au sein de la famille royale. "J'ai appris avec la plus grande inquiétude la nouvelle concernant Andrew Mountbatten-Windsor et les soupçons de manquement à ses fonctions publiques", a réagi le roi Charles dans un communiqué. "C'est le moment le plus sombre pour la monarchie depuis près de 400 ans", juge The Telegraph. "Ni divorce, ni départ, ni liaisons extraconjugales d'antan ne peuvent rivaliser. Même l'abdication [NDRL : du roi Edouard VIII, en 1936], si scandaleuse en son temps, paraît bien pâle face à la vision d'un homme né prince détenu dans un commissariat."
"L'arrestation d'Andrew Mountbatten-Windsor est un séisme pour la famille royale et pour lui-même", estime The Guardian. L'ex-prince Andrew, "un membre jadis si respecté de la famille royale", a été en effet "détenu par la police comme un citoyen ordinaire"."Dépouillé de son statut et de ses fastes, il se retrouve sous les feux des projecteurs, comme n'importe quel autre habitant de ces îles", poursuit ce média. Par conséquent, "le mystère et le respect qui entouraient la famille royale ont été brisés".
La "pire crise constitutionnelle du siècle"
"Même aujourd'hui, et cela faisait longtemps qu'on s'y attendait, son arrestation a quelque chose d'irréel", relève de son côtéThe Independant, estimant que la maison de Windsor "ne sortira pas indemne de cette période si particulière". Pour The Times, l'arrestation de l'ex-prince Andrew "représente la pire crise constitutionnelle du siècle". "Le roi (Charles) doit faire face à une menace bien plus grave que celle qu'ont connue tous ses ancêtres récents", estime le quotidien britannique de centre-droit. Il explique son point de vue : "Andrew a beau avoir été déchu de ses titres, il demeure huitième dans l'ordre de succession au trône. Techniquement - bien que cela soit impossible puisqu'il n'est plus un membre actif de la famille royale depuis 2019 - il est toujours conseiller d'État et donc habilité à suppléer le roi."
Comme le détaille la BBC, son association avec Jeffrey Epstein "lui a valu de perdre son poste d'envoyé spécial pour le commerce en 2011, et après une interview désastreuse à Newsnight (une émission de la BBC) en 2019, il a été démis de ses fonctions royales". Son retrait de la vie publique "s'est accentué après son accord à l'amiable avec son accusatrice Virginia Giuffre en 2022". Et en octobre dernier, lorsque des courriels ont révélé que l'ex-prince Andrew n'avait pas rompu ses liens avec Jeffrey Epstein comme il l'avait affirmé, "il a été déchu de ses titres de prince et de duc, puis contraint de quitter sa résidence royale de Windsor".
La chute d'Andrew Mountbatten-Windsor se déroule plus de trois ans après le décès de la reine Elizabeth II. "Les royalistes de tout le pays auront sans doute la même pensée : heureusement que la défunte reine n'est plus là pour voir ça", rapporte The Telegraph. The Independant abonde : "La reine Elizabeth serait horrifiée de voir à quel point Andrew Mountbatten-Windsor est tombé bas", titre le journal, qui précise que si la souveraine, "si respectée qu'elle pouvait en partie le protéger, a disparu", le roi Charles, quant à lui, "fidèle à la tradition, privilégie impitoyablement l'institution en isolant son frère et en étouffant ainsi le scandale".
Dans son communiqué, le roi Charles a déclaré que les autorités bénéficiaient du "soutien et de la coopération sans réserve" de sa famille. "Je tiens à le dire clairement : la justice doit suivre son cours", a déclaré le monarque. "Entre-temps, ma famille et moi-même continuerons à servir la nation." "La déclaration du roi visait à clore le débat et à dissocier la famille royale de tout ce qui pourrait arriver à Andrew", analyse la BBC. Cette "déclaration sans précédent de son frère (...) ne laisse aucune échappatoire à la justice royale", souligne la radio publique.
Andrew Mountbatten-Windsor, frère cadet du roi Charles d'Angleterre, quitte le commissariat d'Aylsham après avoir été arrêté pour suspicion de faute professionnelle, le 19 février 2026.
Le Japon n’est guère coutumier des bouleversements politiques. C’est pourtant ce qu’il a vécu le 8 février, avec l’écrasante victoire aux législatives de sa première ministre, Sanae Takaichi. Sous la houlette de la "dame de fer" nippone et armé du slogan "Un Japon fort et prospère", le Parti libéral démocrate (PLD, droite conservatrice), a remporté 316 sièges sur 465, contre 198 dans l’assemblée sortante.
Un raz-de-marée électoral idéal pour Takaichi : la voilà libérée des interminables négociations parlementaires pour faire adopter ses textes. Forte d’une nouvelle "super majorité" - preuve du soutien d’une population séduite par sa fermeté envers la Chine, son franc-parler et son charisme -, elle peut mettre en œuvre ses "Sanaenomics", une politique budgétaire axée sur l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et la relance de la consommation intérieure.
Takaichi a aussi les mains libres pour appliquer un programme sécuritaire des plus nationalistes à même d’enterrer définitivement le "régime d’après-guerre" caractérisée par un attachement au pacifisme et une rupture avec les ressorts idéologiques qui ont conduit aux dérives militaristes des années 1930 et 1940. La cheffe de gouvernement a promis un "virage audacieux" pour renforcer la politique de sécurité nationale.
Vaste programme qui prévoit cette année une poursuite de la hausse du budget militaire - il atteindra 2 % du PIB lors de l'année fiscale se terminant en mars 2026 contre à peine plus de 1 % en 2022 - et la révision des trois textes encadrant la sécurité nationale, la défense et l'acquisition de matériel. Les nouvelles moutures devraient se traduire par la levée de plusieurs tabous comme l’interdiction de la vente d’armes létales à l’étranger. Pour l'heure, l’archipel s’interdit d’exporter du matériel autre que celui servant au sauvetage, au transport, aux systèmes d’alerte, à la surveillance et au déminage. Ces limitations devraient être balayées pour, dit-on au gouvernement, accélérer "la coopération avec les pays alliés". D’après le quotidien Asahi, les Philippines, inquiètes des visées chinoises en mer de Chine méridionale, veulent acheter à la marine nippone des frégates d’occasion équipées de missiles antinavires. L’Indonésie serait également intéressée par des frégates et des sous-marins.
Des renseignements dignes de la CIA
Autre tabou levé, et non des moindres, celui des trois principes de "non-possession", "non-fabrication" et de "non-introduction sur le territoire" d’armes nucléaires, adoptés en 1967, et qui pourraient se retrouver aux oubliettes de l’histoire. Interrogée à ce sujet en novembre 2025, Takaichi a éludé cette question ultrasensible : "A ce stade, le gouvernement les maintient comme politique nationale". Elle s’est pourtant, à plusieurs reprises avant son arrivée au pouvoir, exprimée contre le principe de "non-introduction" d'armes atomiques sur le sol national qu'elle juge "irréaliste"si le Japon veut bénéficier d'une dissuasion nucléaire "étendue" de la part des États-Unis.
Outre son attachement à la défense, la cheffe de gouvernement veut créer entre 2026 et 2028 une structure de renseignements inspirée de la CIA américaine, à même de centraliser les informations gérées aujourd’hui par les services du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense ou de l’Agence nationale de la police. Ce projet serait accompagné d’une législation contre l’espionnage qui fait déjà craindre une atteinte aux libertés.
Le tout sur fond de consolidation de l’alliance avec l’allié américain. La première ministre est attendue le 19 mars à Washington par Donald Trump, qui l’a félicitée pour sa victoire aux législatives, lui souhaitant "beaucoup de succès dans l’application de (son) programme conservateur et (son) ambition de paix par la force". "Takaichi est en passe de devenir, à l’instar de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, l’une des dirigeantes étrangères préférées de Trump", ironise l’analyste politique Ko Koga.
Le volontarisme sécuritaire de Takaichi s’appuie sur une fervente idéologie nationaliste à laquelle elle a été biberonnée dès sa jeunesse. Ses parents l’ont éduquée en l'imprégnant du Rescrit impérial, un texte de 1899 autrefois présent dans toutes les écoles, et considéré comme un vecteur idéologique du militarisme nippon. Dès son entrée en politique dans les années 1990, la native de Nara se rapproche des jeunes élus PLD, dont son mentor, Shinzo Abe (1954-2022), hostiles à toute repentance pour le passé militariste nippon et partisans de faire du Japon un "pays normal" doté d’une véritable armée. "Sous une administration Takaichi, tout en encourageant la recherche sur les faits historiques, le Japon s'abstiendra de présenter de nouvelles excuses au niveau de l'État pour des questions déjà réglées et indemnisées par les traités d'après-guerre. Les manuels scolaires devraient également être revus afin que les enfants soient fiers d'être Japonais", écrit-elle dans un texte publié en 1999.
Vers une armée japonaise ?
Dès le 8 février, elle a annoncé sa volonté de se rendre au sanctuaire Yasukuni qui honore, entre autres, les criminels de guerre nippons et reste considéré - notamment à Pékin et Séoul - comme un symbole du militarisme japonais. Elle a aussi affiché son ambition de réécrire la Constitution nippone dont l’article 9 affirme le renoncement à la guerre. Cette vieille ambition de la frange conservatrice du PLD vise à supprimer toute référence pacifiste – considérée comme imposée par les Américains au lendemain de la Seconde Guerre mondiale – et à inscrire dans la loi fondamentale l’existence d’une armée japonaise. Depuis 1954, l’archipel ne dispose que d’une "force d’autodéfense" dénuée de capacité d’intervention à l’extérieur, si ce n’est pour des opérations de maintien de paix ou, de manière très encadrée, en appui d’un allié attaqué dans un contexte menaçant pour le Japon.
Premier ministre entre 2012 et 2020, Shinzo Abe a tenté de réviser la Constitution. Dès 2016, il pouvait compter sur une majorité des deux tiers des sièges aux deux chambres du Parlement, condition sine qua non modifier ce texte. Les scandales de caisses noires du PLD, les réticences d'un parti allié et le boycott des débats par l’opposition ont fait avorter son projet. La donne semble aujourd’hui différente et Takaichi a les cartes pour réaliser l’ambition de son mentor. Son parti détient plus des deux tiers des sièges à la Chambre basse. Ce n’est pas le cas au Sénat mais il peut compter sur l’appui de petites formations, également favorables à la réforme.
Dans le même temps, l’opinion a évolué et le référendum obligatoire pour valider une modification constitutionnelle semble désormais gagnable. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, plus de la moitié des Japonais soutiennent la révision de la Constitution, selon les sondages publiés dans l’Asahi. La montée des tensions avec la Chine, le développement nucléaire nord-coréen, et les doutes sur le soutien américain en cas de guerre, suscitent de réelles inquiétudes. La fermeté affichée par Takaichi, notamment sur la question taïwanaise - elle a déclaré qu'une attaque de la Chine contre l'île pourrait constituer une "menace pour la survie du Japon", ce qui impliquerait l’envoi de troupes nippones -, plaît à une large frange d’une jeunesse qui connaît peu ou mal l’histoire de la guerre. Qu'ils s'en rendent compte ou non, le tournant politique observé dans l’archipel pourrait bien bouleverser la géopolitique en Asie de l’Est.
Il est considéré par certains comme l’homme le plus puissant d’Inde, juste après le premier ministre Narendra Modi. Peu connu du grand public en dehors de son pays, Ajit Doval, le Conseiller national à la sécurité du chef du gouvernement, est de tous les déplacements à l’étranger et de toutes les réceptions de chefs d’Etat. Cette fois encore, lors de la visite d’Emmanuel Macron en Inde du 17 au 19 février, le discret Ajit Doval, homme de petite taille à l'allure de comptable, portant lunettes et moustache, était omniprésent.
Cet officier de police à la retraite né en 1945 a servi auprès de l’Information Bureau, les services de renseignement indiens. Personnage mystérieux, il aurait passé sept ans comme agent infiltré au Pakistan, où il recueillait des renseignements sur les groupes terroristes. Peu d’informations vérifiables existent sur ses faits d’armes, mais de nombreux récits héroïques ont circulé à ce sujet. Proche du mouvement d'extrême droite Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), socle idéologique du parti politique de Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), Ajit Doval a fondé en 2009 son propre centre de réflexion.
Les limites de son pouvoir restent floues
En 2014, Modi le choisit pour en faire son conseiller à la sécurité nationale, un poste clé. Officiellement, son rôle est de chapeauter la sécurité de l’Inde, tant sur son territoire qu'à l’international. Les limites réelles de son pouvoir "restent floues, notamment en raison du caractère opaque de ses activités", estime le journaliste Praveen Donthi dans un portrait fleuve publié dans le magazine Caravan, convaincu que son champ d'action "dépasse largement le cadre officiel".
Son influence serait aujourd'hui considérable sur les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères. Il faut dire que la "doctrine Doval" régit largement la politique indienne en matière de sécurité et de renseignement. L’analyste indien AG Noorani la définissait dès 2015 par "l'absence de considération pour la morale, l'extrémisme affranchi de tout calcul ou dosage, et le recours à la force militaire". L'homme joue par ailleurs "le rôle de l’un des principaux conseillers diplomatiques de Modi", selon le journaliste Praveen Donthi.
Ainsi, lorsque la relation avec les Etats-Unis était au plus bas en septembre dernier, New Delhi aurait dépêché son émissaire pour rencontrer le secrétaire d’Etat Marco Rubio et apaiser les tensions dans un contexte d'âpres négociations en vue d'un accord commercial, selon l'agence Bloomberg. La partie indienne a démenti, mais peu de temps après cette période, les relations entre les deux pays ont commencé à montrer des signes d’accalmie. Donald Trump avait imposé en août 2025 des barrières douanières punitives de 50 %, reprochant à New Delhi ses achats de pétrole russe. Ces taxes ont été ramenées à 18 % et Washington affirme que l’Inde s’est engagée à ne plus acheter d’or noir à la Russie.
Un rôle central dans le premier contrat de Rafale
Une promesse qui vient perturber la politique étrangère indienne, fondée sur le "multi-alignement". Alliée historique de Moscou, l’Inde a toujours refusé de condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les liens entre les deux pays remontent à l’époque de l’URSS et New Delhi dépend encore cruellement des livraisons d’équipement militaires en provenance de Moscou. Ces dernières années le géant sud asiatique a néanmoins tenté de diversifier ses fournisseurs d’armement, se tournant vers Israël et la France. L’Inde a d'ailleurs annoncé début février sa décision d’acheter 114 Rafale supplémentaires pour son armée de l’Air. New Delhi avait déjà acquis 36 avions de combat français. A l'époque, Ajit Doval, encore lui, avait joué un rôle central dans la signature de ce méga contrat, approuvé en août 2016, alors même qu’il ne faisait pas partie des négociateurs officiels.
Preuve de son rôle central, lors des discussions bilatérales avec la France, le 17 février, à Bombay, Narendra Modi était flanqué, à sa droite, de son ministre des Affaires étrangères et, à sa gauche, d'Ajit Doval. "Il a la confiance du premier ministre et son opinion pèse à la fois sur la politique étrangère et matière d’accords de défense", confirme Nilanjan Mukhopadhyay, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique indienne.
"Bien qu’Ajit Doval ne possède pas de position ministérielle, il est le super ministre de tout, il remplace le ministre de la Défense quand il est absent, il est là en dépit de la présence du ministre des Affaires étrangères. Il a pris une importance considérable : il est partout même là où il n’a pas lieu d’être", poursuit-il.
Pas une visite officielle sans que le conseiller à la sécurité ne s’assure des derniers réglages. Et c'est lui qui s'est rendu en France le 13 janvier dernier pour y présider, aux côtés d’Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président français, le 38e dialogue stratégique Inde France. Il y a bien sûr été question de défense mais aussi du nucléaire, de technologie, d'espace et de l’ensemble du partenariat stratégique.
Pendant la visite du président français en Inde, les deux pays se sont mis d'accord pour coordonner leurs efforts afin de lutter contre les grands déséquilibres mondiaux, notamment sur le plan commercial. "Nous partageons l’idée que les défis mondiaux ne peuvent être surmontés qu’à travers des institutions multilatérales réformées", a estimé le Premier ministre indien. Emmanuel Macron a proposé une "réunion ad hoc qui permettra d’établir des convergences concrètes sur l’agenda international des grands équilibres". Ce sommet pourrait avoir lieu au printemps avant celui du G7 à Evian en juin, auquel Narendra Modi a été convié. Il y a fort à parier qu’Ajit Doval sera de la partie.
Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous. Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.
En février 2022, Vladimir Poutine espérait une guerre éclair. Quatre ans plus tard, la Russie et l'Ukraine se sont à nouveau retrouvées autour de la table pour négocier. Et, à nouveau, les pourparlers à Genève se sont soldés par un échec.
Les discussions, menées par les Etats-Unis et marquées par l’absence des Européens autour de la table, ont achoppé sur les mêmes points que lors des précédents cycles : la présence de soldats étrangers sur le sol ukrainien, et la cession des territoires occupés.
Pour analyser la position russe alors que le conflit entre dans sa cinquième année, Charles Haquet, rédacteur en chef du service Monde de L’Express, est dans cet épisode de La semaine européenne.
C’est un tableau de chasse d’un nouveau genre : y figurent presque en temps réel des données sur les cibles russes récemment détruites par les pilotes de drones ukrainiens. Mis en place l’été dernier par Kiev, ce "Online Killboard" recense sur son site Internet vingt-huit catégories d'objectifs comprenant des soldats ennemis, des chars, des dépôts de munitions ou même des radars. Avec pour chacune, le nombre d’éliminations opérées par les meilleures unités de dronistes ukrainiens. Quatre ans après le début de l’invasion sanglante lancée par Vladimir Poutine, cette initiative inédite, aux allures de tableau de scores de jeu vidéo, illustre une fois de plus la manière dont ces petits engins ont bouleversé le champ de bataille.
Rien qu’en 2025, Kiev a revendiqué près de 820 000 frappes de drones réussies contre des cibles ennemies - dont 240 000 sur des soldats. "C’est un type de guerre entièrement nouveau où des millions de drones sont devenus la principale force de combat des deux armées, observe Yehor Cherniev, député et vice-président de la commission défense au Parlement ukrainien. Toute la ligne de front bourdonne comme un essaim." Omniprésents, ces engins sont aujourd’hui responsables de près de 80 % des pertes humaines et matérielles au combat. Dans les capitales européennes, qui voient avec une inquiétude croissante la menace russe s’intensifier à leurs frontières, l’expérience unique acquise par Kiev dans leur maniement intéresse au plus haut point.
L'art de se protéger
"Nous avons encore presque tout à apprendre des Ukrainiens en ce qui concerne les drones FPV (first person view, ou vue subjective), estime Yohann Michel, responsable du pôle puissance aérienne à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD). Nous en sommes au stade où l’on expérimente des systèmes qu'ils utilisent déjà tous les jours au combat." Du front du Donbass à la spectaculaire opération Spiderweb menée en juin dernier au cœur du territoire russe contre des bombardiers stratégiques, l’Ukraine a fait la preuve de leur potentiel. Dès 2024, le pays a été le premier au monde à créer une Force de systèmes sans pilote, une nouvelle branche au sein des armées, spécialement dédiée aux drones. La Russie a fait de même l’année suivante. "Les armées occidentales n'ont rien de similaire, martèle le député Yehor Cherniev. Mais elles devraient s'empresser de se servir de l'expérience ukrainienne."
Si celles-ci ont commencé à former certaines de leurs unités à l’utilisation de ces engins volants pour des missions de frappe ou de reconnaissance, Kiev - comme Moscou - conserve plusieurs longueurs d’avance. "Les applications peuvent être extrêmement variées, pointe Mykhailo Gonchar, président de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI. Au-delà de leur rôle offensif, ils peuvent aussi servir à la logistique en acheminant du matériel ou des munitions sur des positions critiques."
Kiev a appris en parallèle à contrer les drones adverses. L’été dernier, la plateforme ukrainienne Brave1, conçue pour développer des technologies innovantes dans la défense, a dévoilé de nouvelles munitions conçues pour améliorer l’efficacité des fusils d’assaut contre les petits drones, grâce à une ogive composée de sous-projectiles. Le but : accroître les chances de toucher sa cible, et in fine, de survivre en cas d’attaque.
Des voitures circulent sur une route recouverte d'un filet anti-drones récemment installé, près de Kharkiv, en Ukraine, le 2 février 2026
"Les Ukrainiens sont passés maîtres dans l'art de se protéger, résume une source militaire. Clairement, aucune armée occidentale ne sait le faire aussi bien qu'eux." Quitte à parfois en revenir à des moyens rustiques. L’an dernier s’est généralisée l’installation de kilomètres de filets anti-drones, souvent de simples filets de pêche, dans certaines villes ou axes logistiques clés situés à proximité du front. De même, des cages de protection en ferraille ont été ajoutées sur la plupart des chars afin d’améliorer leur résistance aux attaques. "L’armée ukrainienne est aujourd’hui la plus expérimentée et la mieux préparée à un conflit de ce type, insiste Olevs Nikers, président de la Baltic Security Foundation et conseiller du gouvernement letton. Les leçons que l’on peut tirer sont innombrables pour les forces européennes."
Défense antiaérienne
Les Ukrainiens ont aussi développé une expertise précieuse en matière de défense antiaérienne, après des années de pilonnage de leurs villes et infrastructures. En particulier contre les drones kamikazes russes à longue portée, tels que les modèles iraniens Shahed, envoyés par centaines. "Personne n'arrive à les descendre de manière aussi économique que les Ukrainiens, explique une source militaire. Là où les armées occidentales ont au mieux des missiles qui coûtent dix fois plus cher que les drones ennemis, ils parviennent à les détruire pour une somme relativement modique." Parmi les méthodes utilisées : des équipes mobiles dotées de véhicules armés de mitrailleuses pour les neutraliser à basse altitude, ou des hélicoptères chargés de les abattre directement depuis les airs.
D’autres moyens plus innovants ont vu le jour. A l’automne, le fabricant ukrainien General Cherry a annoncé la production en série du drone intercepteur Bullet, qui, avec ses plus de 300 km/h au compteur, a été conçu spécifiquement pour neutraliser les Shahed. "Ce qui frappe, c’est la capacité d’adaptationdes Ukrainiens, note l’ancien délégué général pour l'armement Emmanuel Chiva. Ils ont cette capacité à développer et tester des matériels de manière extrêmement rapide pour passer à la génération suivante avant que leur ennemi ne trouve la parade."
Des solutions émergent aussi en Europe. Début février, la start-up française Alta Ares a testé avec succès son propre intercepteur Black Bird, dans des conditions arctiques, avec les forces armées estoniennes. Doté d’un turboréacteur,l’engin a atteint les 450 km/h. Preuve d'un intérêt mutuel, les ministères de la Défense français et ukrainien ont signé début février une lettre d’intention en vue de permettre la "production conjointe" de solutions innovantes, en particulier dans le "domaine des drones".
Robots terrestres
Alors que les Européens ont formé des dizaines de milliers de soldats ukrainiens, les rôles seraient-ils en train de s'inverser ? "On peut totalement envisager des échanges réciproques, jauge Jacob Parakilas, responsable de recherche en défense à RAND Europe. Leur expérience, leur perspective et leurs tactiques pour opérer avec succès dans cet environnement sont d'une valeur inestimable." Après le survol du territoire polonais par une vingtaine de drones en septembre, Kiev avait annoncé l’envoi d’instructeurs chez son voisin pour assurer une formation contre les menaces aériennes. Le mois suivant, une autre équipe s’était rendue au Danemark pour un exercice d’interception.
Les enseignements du conflit s'étendent à d'autres secteurs moins visibles mais tout aussi cruciaux. C'est le cas de la guerre électronique, qui sert à repérer ou perturber les signaux électromagnétiques de l'ennemi, comme les ondes radio ou les rayonnements infrarouges. Longtemps négligée par les forces occidentales, elle s'avère décisive en Ukraine. "Leur armée est devenue experte dans ce domaine, confirme une source militaire. Le soldat russe qui commet l'erreur de se connecter à un réseau social près du front sera aussitôt repéré et pris pour cible." De même, les systèmes de brouillage permettant de parasiter la liaison entre un drone et son opérateur se sont généralisés et sont impliqués dans la neutralisation de la majorité des engins envoyés.
Dans cette course effrénée à l’innovation, l’Ukraine a aussi pris de l’avance en ce qui concerne les robots terrestres, des plateformes montées sur roues et pilotées à distance par un opérateur. Utilisés initialement pour la logistique ou l'évacuation de blessés sans exposer d'équipage, certains modèles ont désormais des mitrailleuses ou lance-grenades intégrés. "Même si nos armées ont fait quelques essais avec des robots logistiques notamment au Mali, nos connaissances dans ce domaine restent limitées, retrace Yohann Michel, de l’IESD. Il serait plus qu’utile pour nos forces d’en apprendre davantage sur leur utilisation dans un cadre offensif." En Ukraine, le secteur avance à pas de géant. En juillet, une unité russe avait déposé les armes dans la région de Kharkiv après avoir subi une attaque n’impliquant pas des soldats… mais des robots terrestres et des drones FPV. Une première dans l’histoire, mais pas la dernière. Fin janvier, trois nouveaux soldats russes se sont rendus à un engin robotisé. Les Ukrainiens n'ont pas fini de nous surprendre.
Un soldat ukrainien de la 25e brigade aéroportée observe un drone lourd, en vol près de la ligne de front, dans la région de Donetsk, en Ukraine, le 5 avril 2025.
Donald Trump n'en finit pas de souffler le chaud et le froid sur l'Iran. Prônant tantôt la voie diplomatique, tantôt l'intervention militaire, le président américain continue d'entretenir le flou. Mais la presse américaine l'assure : Donald Trump a désormais l'arsenal suffisant pour lancer dès ce week-end une guerre contre l'Iran sur plusieurs semaines. "La plupart des Américains ne se rendent pas compte à quel point le gouvernement Trump est proche d’une guerre de grande ampleur au Moyen-Orient", écrit le journaliste Barak Ravid dans les colonnes d'Axios.
Le président américain, qui s'est entretenu mercredi avec ses conseillers diplomatiques sur le dossier, a en effet menacé à plusieurs reprises d'attaquer l'Iran si ses conditions n'étaient pas acceptées. "Je ne pense pas qu'ils souhaitent subir les conséquences d'un échec des négociations", a-t-il fait savoir. Ce jeudi, il a affirmé qu'il se laissait "dix" à "quinze jours" pour décider si un accord était possible ou non. S'il se dit favorable à une résolution diplomatique, Donald Trump a bien conscience que l'Iran est peu susceptible de se plier à toutes ses exigences. Celles-ci incluent notamment l'élimination du programme nucléaire iranien, mais aussi le démantèlement des missiles balistiques, un point bloquant pour Téhéran, dont la principale force de dissuasion repose sur ses missiles.
Il est donc possible que Donald Trump intervienne en Iran, comme il l'avait promis aux manifestants descendus en masse dans les rues pour protester contre le régime. Mais rien ne dit, à ce stade, quel serait l'objectif de l'opération. Selon le Wall Street Journal, la Maison-Blanche serait encore indécise sur le type d'intervention : renverser le régime, détruire le programme nucléaire, ou anéantir des missiles balistiques ? En cas de renversement du régime, s'agirait-il uniquement de Khamenei ou aussi de sa garde rapprochée ? Qui lui succéderait ? Rien ne semble avoir été défini à ce stade.
Force de frappe considérable
Reste que l'arsenal déployé dans la région est considérable. Il aurait même atteint une puissance de feu inédite depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003, même si celle déployée aujourd'hui reste bien inférieure. Chasseurs, bombardiers et systèmes de défense aérienne ont notamment été rassemblés ces dernières semaines, ainsi que treize navires de guerre, notamment le porte-avions Abraham Lincoln, arrivé fin janvier, accompagné de neuf destroyers capables de se défendre contre les missiles balistiques. Un second porte-avions (l'USS Gerald Ford), le plus grand au monde, se dirige également vers la région, chargé d'avions d'attaque, et accompagné par trois destroyers. Des avions de commandement et de contrôle, indispensables à la coordination de vastes opérations aériennes, sont également en route.
A la puissance matérielle s'ajoutent en outre des dizaines de milliers de soldats présents à bord de ces porte-avions et dans des bases militaires à travers la région. La base aérienne de Muwaffaq Salti, dans l'est de la Jordanie, semble être devenue un nœud central pour ces déploiements. Et comme le rappellent les experts, certains systèmes de frappes comme les bombardiers B2, qui ne sont pas présents sur place, sont entraînés depuis longtemps à mener des missions au Moyen-Orient directement depuis les États-Unis, comme ce fut le cas en juin, ou depuis la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia, dans l'océan Indien.
Vraie supériorité américaine ?
Avec une telle armada, les Etats-Unis seraient donc en capacité de mener une guerre aérienne soutenue, durant plusieurs semaines, contre l'Iran - à la différence de la frappe ponctuelle "Midnight Hammer" menée en juin contre trois sites nucléaires iraniens. L'armée américaine serait donc en position de force sur l'Iran, notamment grâce à sa technologie furtive et à ses armes de précision à distance. Néanmoins, l'Iran dispose aussi de plusieurs atouts, notamment un arsenal de missiles encore conséquent qui pourrait être dirigé contre les bases américaines et leurs alliés dans la région, et des forces militaires qui pourraient tenter de fermer le détroit d'Ormuz, une voie maritime vitale pour les pétroliers.
Devant ces incertitudes, plusieurs anciens officiers militaires ont appelé Washington à privilégier la voie diplomatique. "Le meilleur scénario qui puisse résulter de cette opération, c'est d'indiquer que Trump ne plaisante pas avec l'usage de la force", incitant ainsi les dirigeants iraniens à parvenir à un accord, explique David Deptula, général trois étoiles de l'armée de l'air américaine à la retraite qui a joué un rôle majeur dans la campagne Tempête du désert de 1991 contre l'Irak. Mais les responsables américains et étrangers sont de plus en plus pessimistes quant à la possibilité que l'Iran accepte les exigences des États-Unis.
La mort de Quentin Deranque dépasse désormais les frontières et résonne jusqu'à l'Italie. Le militant nationaliste, âgé de 23 ans, est mort samedi 14 février après une violente agression survenue jeudi lors d'affrontements entre militants d'ultradroite et d'ultragauche, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan.
Dans la péninsule, Quentin est hissé au rang de "martyr". Des groupes néofascistes lui rendent hommage, exhibant des banderoles floquées de la mention "Justice pour Quentin" ou "Fidèle au devoir jusqu’au dernier instant".
Le pouvoir italien s'est lui aussi empressé de prendre la parole. Mercredi 18 février, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, écrivait sur X "le meurtre du jeune Quentin Deranque en France est un événement qui nous choque et nous attriste profondément", dénonçant une agression "par des groupes liés à l'extrémisme de gauche et emportée par un climat de haine idéologique qui traverse plusieurs pays".
L’uccisione del giovane Quentin Deranque in Francia è un fatto che sconvolge e addolora profondamente. La morte di un ragazzo poco più che ventenne, aggredito da gruppi riconducibili all’estremismo di sinistra e travolto da un clima di odio ideologico che attraversa diverse… pic.twitter.com/F7vzDhT9X8
Une prise de parole qui n'a visiblement pas été au goût d'Emmanuel Macron. Depuis New Delhi, où il est en visite officielle, le chef de l'Etat a demandé à la cheffe du gouvernement italien d'arrêter de "commenter ce qui se passe chez les autres". "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés", a-t-il lancé. Et d'ajouter : "Je suis toujours frappé de voir que des gens qui sont nationalistes, qui ne veulent pas qu'on les embête chez eux sont toujours les premiers à commenter ce qui se passe chez les autres".
Mais son message n'est pas passé. Ce jeudi, le ministre italien des Affaires étrangères a estimé que la mort de Quentin Deranque est "un événement grave qui nous concerne tous, un épisode qui doit être condamné sans hésitation", a-t-il lui aussi écrit sur X.
De leur côté, le bureau de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a réagi avec "stupéfaction" aux propos du président français. Les propos de la dirigeante ultraconservatrice étaient destinés à exprimer "un signe de solidarité avec le peuple français touché par ce terrible événement" et étaient "sans aucune incidence sur les affaires intérieures de la France", a précisé une source gouvernementale.
Raphaël Arnault, connu de l'autre côté des Alpes
L'affaire Quentin résonne autant dans la péninsule transalpine car le fondateur de la Jeune Garde n'est pas un inconnu sur ces terres. Comme le rapporte le quotidien conservateur Il Giornale, le député Raphaël Arnault a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux en janvier dernier aux côtés de militants "antifascistes italiens locaux". Une manifestation qui aurait tourné aux affrontements, assure l'ancien eurodéputé meloniste Vincenzo Sofo. "Le député Raphaël Arnault était à Rome lors de la manifestation antifasciste au cours de laquelle un commando d’extrême gauche a lynché des jeunes militants de Fratelli d’Italia", prétend sur X l'ancien élu qui demande aux gouvernements italien et français "d’ouvrir une enquête conjointe sur Raphaël Arnault et sur les liens entre les différents réseaux antifascistes en Europe".