Le français Emmanuel Macron veut saisir l’occasion de la crise transatlantique pour qu’enfin l’Europe s’émancipe de l’Amérique. Il se heurte à l’allemand Friedrich Merz qui refuse de prononcer l’acte de divorce, du moins tant que le Vieux Continent dépendra de Washington pour sa sécurité. Le dilemme d’une Europe qui n’est plus en paix mais pas encore en guerre est apparu au grand jour à la Conférence de Munich sur la sécurité, ce week-end.
Le chancelier l’a exprimé ainsi : "Les grandes puissances réordonnent le monde plus vite et plus amplement que nous ne sommes capables de nous renforcer". Trois temporalités se font concurrence. D’abord, la perspective d’une attaque de l’armée russe contre l’UE, qu’une défaite ukrainienne pourrait accélérer. Puis, la prise de distance américaine que le secrétaire d'Etat Marco Rubio a confirmée, bien qu’en termes onctueux, à Munich. Enfin, les efforts de réarmement européens, qui ne permettront que dans quelques années à l'Europe de dissuader Moscou même si Washington est aux abonnés absents.
Dans l’immédiat, l’Allemagne continue à miser sur la protection américaine, quand bien même elle la sait hypothétique. Pas dupe, elle débloque des sommes gigantesques pour son réarmement : 650 milliards d’euros sont prévus dans les cinq ans qui viennent. Merz entend faire de la Bundeswehr "l’armée la plus puissante d’Europe, le plus rapidement possible". Un rôle aujourd'hui revendiqué par Paris au sein de l'UE.
Cependant, le cœur du dilemme est nucléaire. La guerre en Ukraine a confirmé combien la Bombe avantageait une nation, en l’espèce la Russie, même dans un conflit conventionnel. L’Allemagne, qui ne l’a pas, compte sur la garantie américaine. Les Etats-Unis ont confirmé, à l’Otan le 12 février, qu’elle restait valable. Le chancelier a certes mentionné que des pourparlers discrets étaient en cours entre Berlin et Paris sur une éventuelle alternative. Mais la force de frappe française n’est pas dimensionnée pour le territoire européen. Or, Merz a rappelé son opposition à des zones de sécurité différentes au sein de l’Union.
Le chancelier souhaite comme Emmanuel Macron l’avènement d’une "Europe souveraine". Mais là où le président français aspire à des progrès urgents - "Nous devons accélérer le processus", a-t-il lancé à Munich -, lui veut d’abord agir sur les fondements de la puissance, réarmement d’un côté, relance de la machine économique de l’autre. En outre, l’Allemagne se méfie d’un allié français de plus en plus fragile, du fait de son instabilité politique et de la possibilité de l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national l’an prochain. L’incapacité de l’Elysée à faire confirmer par les industriels français la poursuite du projet d’avion de combat franco-allemand, projet pourtant porté par Emmanuel Macron lui-même, est vu comme un nouveau témoignage de la paralysie de l’Elysée.
L’Allemagne met les bouchées doubles au moment où la France, empêtrée dans ses difficultés budgétaires, n’a pas les moyens de s’aligner. Côté français, l’impuissance nourrit la frustration et les craintes de déclassement de l’Hexagone, au point que la vieille rancœur antigermanique affleure parfois. Le désengagement américain accentue la rivalité entre Paris et Berlin pour le leadership de l’Europe.
Conscient des craintes que suscite la réémergence d’une puissance militaire allemande au cœur de l’Europe, le chancelier s'est voulu rassurant : "Nous, les Allemands, ne suivrons plus jamais un chemin seuls, c’est une leçon durable de notre histoire". Après la Seconde Guerre mondiale, l’Otan fut conçu pour encadrer le réarmement de l’Allemagne de l'Ouest. Dans les années 1990, c'est l’euro qui fut créé pour canaliser la puissance de l’Allemagne nouvellement réunifiée. Aujourd’hui, c’est à nouveau dans le cadre européen que le réarmement allemand doit s’inscrire. Mais pour qu’une véritable "Otan européenne" soit conduite sur les fonts baptismaux, il faudrait que la France retrouve ses marges de manœuvre et sa crédibilité, afin de passer du discours aux actes.
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron s'adressent aux médias au château d'Alden Biesen, lors d'une réunion informelle des dirigeants de l'Union européenne, en Belgique, le 12 février 2026.
Naoto Kan : Ce jour-là, je me trouvais à la chambre haute de la Diète, où j'assistais à une réunion de la commission des Comptes. Je répondais aux questions de l'opposition quand, à 14h46, le séisme a eu lieu. Tout a commencé à trembler violemment. Mon attention a été attirée par un lourd chandelier qui menaçait de tomber. Des gens se sont glissés sous les bureaux. Le président a suspendu la séance. Quand les secousses se sont arrêtées, avec mon équipe, nous sommes retournés au kantei [NDLR : bureau du Premier ministre]. J'ai immédiatement réuni la cellule de crise dans la salle prévue à cet effet au sous-sol du bâtiment. Nous étions confrontés à des problèmes de communication par téléphone portable, il a fallu déménager et nous nous sommes finalement installés dans mon bureau et dans la salle voisine. C'est de là que les premières décisions ont été prises.
Personnellement, comment avez-vous vécu les premiers jours ?
Au début, j'ai passé l'essentiel de mon temps à cet étage. J'en sortais uniquement pour me rendre dans les zones dévastées. Vous savez, pour aller du kantei à la résidence du Premier ministre, où je logeais à l'époque, il suffit de faire 110 pas. Pourtant, pendant une semaine, je ne suis pas rentré chez moi. Je dormais par épisodes, une demi-heure de temps en temps. Je n'ai quasiment pas quitté ma tenue de crise. Mon épouse, Nobuko, apportait des fruits, notamment des mikan [NDLR : sortes de mandarines], pour moi comme pour mon équipe. Elle m'a aussi aidé à retrouver d'anciens camarades d'université qui travaillent aujourd'hui dans le nucléaire. Après une semaine, je me suis rendu compte qu'aucun membre de mon équipe n'avait quitté le centre de crise : ils n'osaient pas rentrer chez eux, car je restais là. J'ai passé une courte nuit à la résidence afin de les libérer un peu.
Outre le séisme et le tsunami, la crise de la centrale nucléaire de Fukushima présentait un défi particulier...
Juste après le séisme, les barres de contrôle des réacteurs se sont automatiquement mises en place, conformément aux procédures d'urgence. Mais un peu plus tard, à cause du tsunami, le site a perdu son alimentation électrique et, peu après, tout moyen de refroidissement. Je savais ce que cela voulait dire : il pouvait y avoir une fusion du cœur. J'ai alors formé une cellule de crise spéciale. Elle réunissait des gens de la Compagnie d'électricité de Tokyo (Tepco), du ministère de l'Industrie, des différentes agences de sûreté nucléaire ainsi que le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano. Nous avions besoin d'un maximum d'informations. On ne comprenait pas bien ce qui se passait. Après la perte de l'alimentation, Tepco a demandé des camions équipés de groupes électrogènes. Comme il fallait aller vite, j'ai pensé à en envoyer par hélicoptère, mais on m'a dit que c'était impossible à cause du poids.
Comment s'est déroulée la gestion de cette crise ?
Au début, Tepco, entreprise privée, et la Nisa [NDLR : Agence de sûreté nucléaire et industrielle] ne fournissaient aucune information vraiment fiable. Pourtant, les données sur le risque de diffusion des émissions radioactives obligeaient à réagir vite. Tôt dans la matinée du 12 mars, j'ai décidé d'aller en hélicoptère à la centrale et de m'entretenir avec le directeur, Masao Yoshida, afin de me rendre compte de la réalité des problèmes. Le pire a été quand, au milieu de la nuit du 15 mars, quatre jours après le début de la crise, le ministre de l'Industrie, Banri Kaieda, m'a annoncé que Tepco envisageait d'abandonner la centrale... Le même jour, je me suis rendu au siège de l'entreprise, où j'ai rencontré les dirigeants du groupe. Là, je les ai placés devant leurs responsabilités. Je leur ai dit : "Cet accident est arrivé par votre faute. Vous devez tout faire, prendre tous les risques pour résoudre cette crise". La première semaine, la situation ne faisait qu'empirer. Nous n'avions aucune perspective. J'ai envisagé le pire : évacuer Tokyo et sa région. J'en ai fait des cauchemars. Grâce aux efforts de ceux qui ont risqué leur vie, l'accident n'a pas été aussi grave que je le redoutais et les zones d'évacuation n'ont pas dépassé 20 kilomètres.
Un an après, quelles leçons tirez-vous de la catastrophe en général ?
J'ai apprécié le calme de la population confrontée à un drame d'une ampleur unique. La police, les Forces d'autodéfense [NDLR : l'armée], les pompiers et les ouvriers de Tepco à la centrale ont accompli un travail extraordinaire. Ils n'ont pas hésité à se rendre dans les endroits les plus dangereux. Tous méritent un grand hommage. Il y a eu un séisme, un tsunami, puis un accident nucléaire. C'est un ensemble, certes, mais chaque problème présente ses caractéristiques propres. Vingt mille vies ont été perdues. A travers l'expérience du tsunami, j'ai pris conscience des limites de l'être humain face à la puissance de la nature.
Et sur l'accident nucléaire ?
C'est là que je nourris le plus de regrets : cette crise n'a pas été évitée. Si des mesures de prévention suffisantes avaient été mises en place, il n'y aurait jamais eu un tel drame. Cet accident a une cause humaine ; il faut aujourd'hui tout revoir, tout réformer, à commencer par les façons de penser et d'agir.
Sur le plan politique, vous avez tenté de former un gouvernement d'union nationale, sans succès. Comment analyser cet échec ?
Compte tenu de l'ampleur de la crise, j'avais souhaité réserver deux années à travailler avec l'opposition pour la reconstruction. Malgré toutes mes tentatives, formelles et informelles, je n'ai jamais pu rencontrer en tête à tête Sadakazu Tanigaki [NDLR : le leader du Parti libéral démocrate].
Est-ce à dire qu'il n'a pas saisi l'ampleur de la catastrophe ?
(Silence, sourire.) Le mieux serait de lui demander directement.
En quoi cette catastrophe vous a-t-elle changé ?
Mon point de vue a évolué sur le nucléaire : aujourd'hui, je comprends que, malgré tous les efforts consentis sur le plan technique, il est impossible de garantir une sécurité à 100 %. La vie de beaucoup de gens est en jeu. L'existence même du pays peut être remise en question. Pour échapper à ce risque, il n'y a qu'une solution : cesser de dépendre de cette énergie. J'ai demandé une refonte de la politique énergétique du Japon à l'horizon 2030 ; au G8 de Deauville, en France, j'ai annoncé que nous porterions la part des énergies renouvelables à 20 % de la production d'électricité d'ici au début des années 2020. Par la suite, j'ai fait adopter une loi pour soutenir leur développement. Convaincre la population que l'on peut se passer du nucléaire sans manquer d'énergie n'est pas facile. Développer les technologies liées aux énergies renouvelables est une fin en soi, et ne peut pas se résumer à un simple moyen pour faciliter la sortie du nucléaire. Une telle volonté politique signifie innover, investir, créer des emplois. De quoi contribuer au développement économique.
Restez-vous impliqué dans le développement de ces activités ?
Oui. Je rencontre des industriels et je multiplie les déplacements. A la fin de 2011, je me suis rendu en Espagne et en Allemagne. En janvier, j'étais au Danemark : le travail réalisé à Copenhague, ville tournée vers les énergies renouvelables, m'a beaucoup impressionné. Je pense m'en inspirer pour la mise au point du plan de reconstruction de Higashi-Matsushima [NDLR : département de Miyagi].
Revenons à la situation après la catastrophe. Vous avez reçu le président français Nicolas Sarkozy trois semaines après...
Oui, il est venu fin mars. J'ai beaucoup apprécié cette visite, car il fut le premier dirigeant étranger à se rendre au Japon après la catastrophe. Nicolas Sarkozy est sympathique, c'est un "nice guy" [sic]. Au G8 de Deauville, il nous a fourni une aide importante. Je l'ai remercié et le remercie encore. Cela dit, concernant le nucléaire, M. Sarkozy et moi ne partageons pas les mêmes positions. Nicolas Sarkozy promeut cette source d'énergie. Sur le plan politique, j'avoue me sentir plus proche de François Hollande.
Le Premier ministre japonais Naoto Kan (debout) s'exprime lors d'une réunion de la cellule de crise qui s'est tenue dans ses bureaux à Tokyo le 21 mars 2011.
La pression s'intensifie sur l'Iran d'heures en heures. Après un nouveau cycle de négociations indirectes en Suisse entre Washington et Téhéran, supervisé par Oman et marqué par de timides avancées, le déploiement militaire des Etats-Unis s’accélère à grande vitesse dans la région. Le plus grand porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford, après avoir stationné à quai en Crète, a repris la mer en Méditerranée orientale pour poursuivre son déploiement en préparation d’éventuelles frappes.
Selon des données de vol, au moins une vingtaine d'avions de chasse américains ont traversé l'Atlantique ces dernières heures afin de rejoindre des bases en Jordanie ou en Israël. Enfin, un destroyer supplémentaire, l'USS John Finn, a aussi été déployé en renfort dans le nord de la mer d'Arabie, le golfe d'Oman et le golfe Persique, annonce le Wall Street Journal. Une "armada" sans équivalent dans la région depuis l'invasion de l'Irak en 2003, prête à agir dès que le président des Etats-Unis en donnera l’ordre.
Sur le plan diplomatique, les deux parties prévoient de reprendre les négociations prochainement après des consultations dans leurs capitales respectives. Des discussions techniques sont déjà prévues la semaine prochaine à Vienne, a déclaré le ministre omanais des Affaires étrangères, Sayyid Badr Albusaidi, dans un message publié sur X. Reste à savoir si Donald Trump temporisera, alors que les démocrates de la Chambre des représentants s’apprêtent à inscrire à l’ordre du jour, dès la semaine prochaine, un projet de loi soumettant l’usage de la force à un vote du Congrès.
Si tous les scénarios sont encore sur la table à cette heure, Téhéran ne semble pas prête à céder aux exigences américaines, analyse Eldad Shavit, chercheur à l'INSS en Israël. "L’Iran ne capitulera pas même après quelques frappes", prévient ce spécialiste. Dans un entretien à L'Express, cet ancien membre du corps du renseignement des Forces de défense israéliennes (FDI) et du cabinet du Premier ministre esquisse les scénarios d'un potentiel conflit pour la région.
L’Express : Lors des négociations, les Américains auraient formulé des exigences très fortes envers l'Iran, comme démanteler les trois sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan, s’engager à mettre en place une politique de "zéro enrichissement" et livrer la totalité de son uranium enrichi restant aux Etats-Unis. Le régime peut-il accepter ces demandes ?
Eldad Shavit : Non. Si les Iraniens acceptaient ces conditions et les mettaient en œuvre, cela s’apparenterait à une capitulation. Ils ont affirmé de manière claire qu’ils n’accepteraient ni l’enrichissement zéro de leur uranium, ni l’interdiction définitive de toute activité d’enrichissement dans le futur. Dans ces conditions, le scénario d'un accord paraît peu probable. En revanche, les Iraniens pourraient accepter de formaliser et d’encadrer les activités d’inspection. Il convient de rappeler qu’au-delà de l’uranium enrichi à 60 %, dissimulé sur certains sites, le pays détient également d’importantes quantités d’uranium enrichi à 20 %...
Les échanges à Genève semblent avoir été constructifs, mais la question essentielle est désormais de savoir si cela sera suffisant pour satisfaire Donald Trump, qui est confronté à l’un des dilemmes les plus complexes de son mandat : renoncer à agir entraîne des conséquences, tout comme décider d’intervenir. Une décision stratégique s’impose. Si des discussions techniques s’ouvrent la semaine prochaine, le facteur temps deviendra crucial. L’Iran peut se permettre d’attendre. Mais du côté de Washington, il est urgent d’évaluer s’il existe une réelle possibilité d’accord et si celle-ci est jugée crédible.
Le fait que Téhéran ne veuille pas parler de son programme de missiles balistiques peut-il être aussi un casus belli pour Washington ?
Les autorités iraniennes excluent pour le moment toute discussion sur les missiles, ainsi que sur leurs forces alliées dans la région - comme les proxys - ou sur une éventuelle évolution de leur politique intérieure. Du côté américain, les déclarations officielles, notamment lors du discours sur l’état de l’Union de Donald Trump, montrent que la Maison-Blanche se concentre exclusivement sur la question nucléaire.
La question des missiles ne constitue donc pas nécessairement un casus belli pour les Américains. Bien que Trump affirme que l’Iran développe des missiles balistiques intercontinentaux à longue portée, aucune preuve ne confirme à ce stade que ces capacités soient effectivement opérationnelles. S’agissant des déclarations du président américain, assurant que l’Iran cherche à rétablir son programme nucléaire, il est plausible que Téhéran tente de relancer ces capacités, celles-ci répondant à ses intérêts stratégiques.
La guerre vous semble-t-elle aujourd’hui inévitable ?
Tout est possible. Le chef du Commandement central des Etats-Unis (Centcom), l'amiral Brad Cooper, a visiblement informé le président américain Donald Trump des options militaires potentielles en Iran. Si Donald Trump choisit la guerre, il a, semble-t-il, une préférence pour une opération courte et décisive. Cette approche semble néanmoins naïve, car l’Iran ne capitulera pas après quelques frappes. Une campagne prolongée et soutenue serait probablement nécessaire pour atteindre les objectifs escomptés. Selon les autorités à Oman (qui encadrent les négociations), des discussions "techniques" doivent encore avoir lieu. La notion de discussions techniques suppose toutefois l’existence préalable d’une formule ou d’un ensemble de principes convenus. Une fois ces principes établis, il convient de les traduire en mesures concrètes.
Bien que les Etats-Unis aient déployé des forces importantes dans la région, Trump privilégie encore à cette heure une solution politique plutôt qu’une opération militaire, comme il l’a exprimé lors de son dernier discours sur l’état de l’Union. Même si les Etats-Unis veulent éviter un conflit, l’Iran ne montrera aucune disposition à se rendre ou à céder.
Eliminer l'ayatollah Ali Khamenei vous semble-t-il une option crédible ?
Même si Khamenei venait à être éliminé, cela ne signifierait pas la fin du régime. D’autres dirigeants prendraient le relais, et le régime ne peut être renversé par la force militaire. Une transformation effective ne peut provenir que de changements internes.
En cas de guerre à grande échelle, des réactions pourraient survenir dans la région, notamment de la part de groupes alliés comme le Hezbollah, les Houthis ou certains acteurs en Irak, le dirigeant iranien étant une figure hautement symbolique. Une attaque contre lui pourrait être perçue comme une offensive contre l’ensemble de la communauté chiite, ce qui risquerait d’aggraver considérablement la situation.
L’Iran est-il en train de gagner du temps ?
Cette situation n’a rien d’étonnant. Obtenir des délais supplémentaires permet de repousser, voire d’éviter, une confrontation militaire. Les autorités iraniennes estiment également que Donald Trump ne souhaite pas fondamentalement entrer dans un conflit armé - engagement qu’il avait pris en accédant à la Maison-Blanche l’an dernier. Partant de cette analyse de la position de Washington, le régime propose des concessions limitées, susceptibles de convaincre l’administration américaine d’accorder davantage de temps aux négociations.
Benyamin Netanyahou a ordonné au commandement du Front intérieur (une branche de l’armée israélienne chargée de la protection des civils en période de guerre ou d’urgence) de se préparer à une guerre contre l'Iran, déclarant l'état "d'alerte maximale". Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Il faut se trouver en Israël pour mesurer la pression à laquelle la population est confrontée. La tension y est constante, et les rumeurs d’attaque se font régulières, surtout en fin de semaine. Les Israéliens gardent en mémoire la guerre des douze jours, durant laquelle l’Iran a réussi à frapper certaines villes comme Tel-Aviv, Ramat Gan ou Haïfa, causant des pertes humaines et des dégâts matériels. Ces événements rappellent que l’Iran dispose de capacités réelles pour toucher des cibles sur le territoire israélien.
Il est donc essentiel d’être pleinement préparé, notamment en matière de défense aérienne et de protection civile, car le moment où une décision américaine pourrait être prise reste incertain. Les hôpitaux se sont également préparés à faire face. La guerre des douze jours a permis d’améliorer le niveau de préparation du pays, tant sur le plan défensif qu’offensif. Si une opération devait commencer ce week-end, Israël serait en mesure de se défendre et de répondre.
Les Etats-Unis ont déployé cette semaine un groupe d'avions de combat F-22 Raptor en Israël. Comment interprétez-vous ce nouvel épisode de l'immense déploiement américain et quel est le degré d’implication d’Israël ?
Israël fait partie de la région et ne pourrait refuser une opération américaine incluant ses forces, notamment des avions F-22. Bien que les détails précis de l’implication israélienne restent inconnus, il est raisonnable de supposer qu’Israël serait engagé à un moment donné dans toute opération militaire. Il n’est pas clair si sa participation serait prévue dès le départ ou si elle interviendrait en réaction à une attaque iranienne contre Israël.
Selon les responsables israéliens, une solution politique paraît improbable, car l’Iran ne respecterait pas les exigences américaines et pourrait violer tout accord futur. Dans cette perspective, Israël estime qu’il n’existe d’autre option que de neutraliser les capacités iraniennes, voire, si possible, d’affecter le régime lui-même.
Certains conseillers du président Donald Trump préféreraient effectivement qu'Israël frappe l'Iran avant que les Etats-Unis ne lancent une offensive contre ce pays. Cette option est-elle plausible ?
Oui, mais il est peu probable que les Etats-Unis laissent Israël agir seul. Certains conseillers proches de Trump estiment qu’une implication américaine directe dans un nouveau conflit au Moyen-Orient pourrait susciter de fortes critiques aux Etats-Unis. De même, le vice-président J.D. Vance a indiqué dans une interview au Washington Post que les Etats-Unis ne devraient pas s’engager dans une guerre longue et prolongée. Cela montre bien qu’il y a des réserves à Washington concernant une intervention militaire. Certains pensent donc que si Israël initiait l’attaque et que l’Iran ripostait, cela pourrait renforcer la légitimité d’une réaction américaine.
Donald Trump ne minimise-t-il pas le degré d’implication d’une intervention ?
Je pense qu’il est pleinement conscient des conséquences d’une guerre dont l’issue et l’ampleur restent incertaines. Même si Trump envisage une opération limitée et de courte durée, il chercherait à l’utiliser comme levier de pression sur l’Iran. Cependant, il est peu probable que l’Iran se laisse faire car le régime pourrait vouloir frapper des cibles américaines, israéliennes ou saoudiennes. Dans ce cas, les Etats-Unis pourraient ne plus être en mesure de contrôler la situation. Les pays arabes du Golfe cherchent à tout prix à éviter une guerre. Leur capacité à influencer la décision finale américaine est difficile à mesurer, mais Donald Trump prend en considération leurs positions.
Le président américain approche d’un moment décisif : il devra choisir s’il engage ou non une attaque contre l’Iran. Chaque option comporte des risques et des coûts politiques. Une offensive pourrait entraîner de nombreuses critiques pour avoir engagé les Etats-Unis dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. A l’inverse, s’il renonce à une attaque et se contente d’un accord limité, certains pourraient critiquer le déploiement massif de forces sans résultat tangible. Dans tous les cas, les choix disponibles présentent des risques importants, sans solution entièrement satisfaisante.
L’objectif stratégique qu’il poursuivrait en cas d’opération militaire demeure cependant difficile à cerner. Les Etats-Unis disposent de capacités suffisantes pour infliger des dommages significatifs aux infrastructures et aux capacités iraniennes, notamment par l’emploi de forces navales et de son aviation. La question essentielle concerne les buts de guerre et l’après-conflit. Une telle opération conduirait-elle à un changement de politique de la part de l’Iran ? Téhéran accepterait-elle un accord avec Washington ou consentirait-elle à capituler à l’issue d’une guerre ? Les analyses iraniennes tendent à considérer que la probabilité d’une capitulation, même après un affrontement militaire, demeure faible.
Une opération militaire en Iran peut-elle réellement renforcer l’opposition sur le terrain ?
Il est probable que certaines manifestations aient lieu en Iran en réaction à des opérations militaires, même si l’attaque pourrait susciter de la peur et limiter la participation dans la rue. Des Iraniens affirment attendre l’action américaine, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. La réaction dépendra de l’ampleur de l’attaque, de la détermination des Etats-Unis et de la manière dont l’Iran gérera la situation intérieure. L’une des raisons des hésitations de l’administration américaine, et de Donald Trump en particulier, réside dans l’absence de garantie de succès complet d’une telle opération.
L'objectif est d'améliorer la sécurité d'un des plus importants carrefours commerciaux de l'Europe. Le port d'Anvers, en Belgique, se dotera à partir de 2027 d'un tout nouveau système de lutte contre les menaces venues du ciel. "Un système de défense aérienne sera installé dans le port", a confirmé le Premier ministre belge, Bart De Wever, lors d'un déplacement sur les lieux mercredi 25 février. "Il s’agit d’un système Nasams qui a déjà été commandé." Ce modèle de fabrication norvégienne, qui fonctionne avec des missiles sol-air, participera à protéger le site flamand, qui ne possède pour le moment pas de telle installation. À l'automne dernier, le ministre belge de la Défense, Theo Francken, avait annoncé que Bruxelles avait trouvé un accord avec les Pays-Bas pour certains de ces systèmes antiaériens.
Des lacunes jusque-là inquiétantes
Peu de détails, tels que le futur emplacement précis de cet appareil, ont filtré pour l'instant dans les médias. Une chose est certaine : pour la Belgique, mais aussi l'Union européenne, la mise en place de ce système dans le port d'Anvers était devenue urgente ces derniers mois. Comme de nombreuses autres infrastructures (bases militaires, aéroports...) du pays, le site portuaire a été survolé en novembre par deux engins inconnus. "On a vu les drones, mais nos systèmes de radars ne les ont pas détectés, en raison des technologies utilisées", expliquait à l'AFP quelques jours après l'incident Jacques Vandermeiren, à la tête du complexe anversois. "On est très vulnérables, c'est inquiétant."
Des lacunes jusque-là préoccupantes, au regard de l'importance stratégique du port d'Anvers, le deuxième du Vieux Continent en matière de transport de marchandises derrière celui de Rotterdam (Pays-Bas). Un blocage du lieu, par exemple en raison de la menace de drones, entraînerait des difficultés d'acheminement dans toute l'Europe, en particulier dans le Benelux. Surtout, le manque à gagner pour l'économie belge pourrait vite grimper en flèche. "Il y a beaucoup d’entreprises belges qui font leurs importations de matières premières et leurs exportations de produits finis par ce port", détaille, auprès de la RTBF, Thierry Vanelslander, professeur en économie des transports à l’Université d’Anvers. Selon lui, les activités du port d'Anvers représentent environ 5 % de la valeur ajoutée belge. Un oléoduc, approvisionnant en kérosène de nombreux aéroports civils et militaires de l'ouest de l'Europe, relie par ailleurs le port d'Anvers à Marseille, en France.
Pas idéal pour lutter contre les petits drones
Avions, hélicoptères... Le système Nasams est capable d'abattre de gros appareils, tout comme certains drones militaires, comme le modèle iranien Shahed. En revanche, ce modèle est moins pertinent pour cibler des engins volants de taille plus réduite, à l'instar de ceux remarqués un peu partout en Europe à la fin de l'année 2025. "Les missiles du système de défense aérienne coûtent facilement un million d'euros pièce", développe auprès du site néerlandais NU.nl Patrick Bolder, analyste au Centre d'études stratégiques de La Haye (HCSS). "On ne les utiliserait pas contre un petit drone. De plus, ces petits drones volant à basse altitude sont quasiment impossibles à atteindre avec un tel missile. Et puis, on ne veut pas de débris dans un port." Si l'arrivée de ce système de défense est une bonne nouvelle d'un point de vue défensif, il n'écarterait donc pas pour autant l'ensemble des menaces aériennes pesant sur le site d'Anvers.
Dans tous les cas, la Belgique gagnera en autonomie en matière de lutte antiaérienne grâce à ce Nasams. Pour faire face aux multiples incursions de drones cet automne, Bruxelles n'avait pas hésité à demander de l'aide à ses voisins européens pour l'aider à affronter ces menaces. Le Royaume-Uni, l'Allemagne, mais également la France, avaient répondu à l'appel du gouvernement belge. Une équipe spécialisée dans la lutte antidrones avait alors été envoyée sur le territoire belge. Ce nouveau système demandera que de nombreux militaires soient formés à son utilisation. "Il faudra environ 100 à 120 soldats pour le faire fonctionner", a ainsi souligné l'ex-colonel belge Roger Houlsen, cité par le média flamand Het Laatste Nieuws. En décembre, le ministère belge de la Défense avait indiqué que les soldats belges seraient désormais familiarisés à de nouveaux systèmes de lutte antidrones, un domaine dans lequel la Belgique connaît un certain retard en Europe.
Une analyse loin d'être partagée par les spécialistes. Mardi 24 février, lors de son traditionnel discours sur l'État de l'Union, Donald Trump a mentionné les tensions actuelles entre les États-Unis et l'Iran. Les deux pays négocient depuis plusieurs semaines sur le sujet du nucléaire iranien pour éviter une nouvelle escalade militaire dans la région, moins d'un an après les frappes américaines sur trois sites militaires du régime des mollahs. Au-delà du crucial enjeu atomique, un autre aspect de la défense iranienne semble particulièrement inquiéter le locataire de la Maison-Blanche : les capacités balistiques de Téhéran. Durant sa prise de parole au Congrès, Donald Trump a ainsi affirmé que l'Iran était en train de développer des missiles à longue portée susceptibles d'atteindre "bientôt" le territoire américain. Problème : aucune donnée factuelle ne permet en l'état d'appuyer une telle affirmation.
Dix ans de développement encore nécessaires
La sortie a laissé circonspects la plupart des experts militaires, peu convaincus par l'imminence d'un danger de la sorte. D'après eux, l'Iran n'est aujourd'hui pas en mesure de fabriquer rapidement des missiles balistiques si puissants et capables de pénétrer à l'intérieur des frontières américaines. L'an dernier, une note de la Defence Intelligence Agency, une des agences de renseignement militaire américaines, estimait que le pays du Moyen-Orient ne pourrait concevoir de telles munitions qu'à une échéance de dix ans, soit d'ici à 2035. Pour deux sources au fait du dossier interrogées par Reuters, ce bilan fait en 2025 est toujours valable aujourd'hui. Une des personnes questionnées par l'agence de presse a par ailleurs indiqué que l'Iran mettrait au minimum huit ans pour créer "quelque chose qui soit réellement au niveau d'un missile intercontinental et opérationnel".
Dans ce scénario particulièrement optimiste du point de vue iranien, Téhéran devrait par ailleurs compter sur l'aide d'autres puissances, comme la Chine ou la Corée du Nord, pour parvenir à ce résultat. Ces différents experts, tous cités anonymement, concèdent toutefois qu'ils n'ont peut-être pas connaissance de dernières remontées d'informations classifiées sur le sujet. Donald Trump dispose-t-il donc d'éléments supplémentaires pour justifier une telle saillie ? Le New York Times relaie les prises de position de trois autres sources proches du dossier, estimant que le président américain aurait volontairement exagéré la menace balistique iranienne. Une autre possibilité redoutée par les services secrets, précise l'un d'entre eux, est que des hauts conseillers du gouvernement aient eux-mêmes transmis des renseignements plus alarmistes que la réalité à l'administration américaine.
Une force de frappe balistique bien réelle
Après la sortie de Donald Trump, la Maison-Blanche n'a en tout cas pas vraiment cherché à tempérer le constat du républicain sur le sujet. "Le président Trump a tout à fait raison de souligner la grave préoccupation que représente l'Iran, un pays qui scande 'Mort à l'Amérique' et qui possède des missiles balistiques intercontinentaux", a réagi dans la foulée Anna Kelly, une de ses porte-parole à Washington. Mercredi, le secrétaire d'État Marco Rubio a de son côté davantage nuancé la situation, en marge d'un déplacement dans les Caraïbes. Pour lui, le régime iranien est "en passe de pouvoir un jour développer des armes capables d'atteindre le continent américain", a-t-il déclaré.
Il est vrai que Téhéran possède une force de frappe balistique bien réelle. Mais, selon les analystes, celle-ci se limite à des missiles de courte et de moyenne portée. L'Iran détiendrait environ 2 000 munitions de ce type. Si beaucoup ont été utilisées lors de la "guerre de 12 jours" contre Israël en juin dernier, les stocks iraniens auraient depuis été reconstitués. En revanche, les sites de production de ces technologies auraient été parfois lourdement endommagés par ce conflit. L'État hébreu, à portée de tir de ces missiles, s'inquiète de longue date de cette problématique et espère de Washington une fermeté à cet égard dans les négociations avec Téhéran. Or, l'ayatollah Khamenei et ses soutiens au pouvoir ont fixé comme ligne rouge dans les pourparlers de ne pas toucher à l'arsenal balistique iranien, qu'ils considèrent comme légitime car relevant de la sécurité nationale de leur pays.
Tout comme il nie vouloir accéder à l'arme atomique – malgré les preuves d'enrichissement d'uranium à des taux très élevés –, l'Iran assure ne pas souhaiter produire de missiles intercontinentaux. "Nous ne développons pas de missiles à longue portée", a soutenu mercredi le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi sur India Today TV. "Nous avons volontairement limité leur portée à moins de 2 000 kilomètres. Nous ne voulons pas qu'ils constituent une menace mondiale. Nous ne les avons que pour nous défendre. Nos missiles ont un effet dissuasif." Ces conditions impliquent tout de même que ces missiles peuvent toucher des bases américaines au Moyen-Orient, mais aussi des alliés aux États-Unis, en particulier en Europe. L'intransigeance de Téhéran sur cet enjeu a été dénoncée par Marco Rubio. "Il est (...) important de se rappeler que l'Iran refuse de parler de ses missiles balistiques à nous ou à quiconque, et c'est un gros problème", a-t-il déploré mercredi.
Le précédent George W. Bush
Alors que d'importants moyens militaires américains sont déployés au Moyen-Orient, Donald Trump ne prépare-t-il pas tout simplement l'opinion à un nouveau conflit face à l'Iran en tenant de tels propos ? Dans son article, le New York Times fait un parallèle avec les arguments trompeurs employés par George W. Bush pour justifier l'invasion américaine de l'Irak, en 2003.
Affaiblie après sa confrontation militaire avec Israël, les frappes américaines sur ses sites militaires et le récent mouvement de contestation du pouvoir réprimé dans le sang, la République islamique semble en tout cas vouloir éviter à tout prix le scénario d'une nouvelle guerre. Jeudi soir, Abbas Araghchi a fait état de "très bons progrès" dans les discussions avec les émissaires américains sur le sujet du nucléaire iranien. "Il a été décidé que le prochain cycle de négociations se tiendrait très bientôt, peut-être dans moins d’une semaine", a-t-il ainsi indiqué à la télévision d'État iranienne.
Le président américain Donald Trump a évoqué la situation en Iran lors de son discours sur l'État de l'Union, mardi 24 février 2026, à Washington (États-Unis).
Alors que les hostilités s'intensifient entre les deux voisins, le Pakistan a mené dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 février des frappes contre des cibles situées dans des grandes villes d'Afghanistan, ont dit des responsables pakistanais et talibans. C'est la la première fois qu'Islamabad cible directement des sites liés au pouvoir des talibans plutôt que des groupes armés que le Pakistan accuse l'Afghanistan d'héberge, ce qui marque une rupture brutale dans les relations entre ces pays islamiques, autrefois proches alliés.
Des sources sécuritaires au Pakistan ont déclaré que des frappes terrestres et aériennes ont été menées contre des sites, des quartiers généraux et des dépôts de munitions talibans à plusieurs endroits le long de la frontière entre les deux pays. Des affrontements terrestres ont également eu lieu dans plusieurs secteurs le long de celle-ci. Les talibans ont déclaré avoir lancé ce qu'ils ont décrit comme des attaques de représailles contre des installations militaires pakistanaises. Tant Islamabad que Kaboul ont fait état de lourdes pertes, des bilans différents que Reuters n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante.
"Une guerre ouverte entre nous et vous"
"Notre patience a atteint ses limites. Il s'agit maintenant d'une guerre ouverte entre nous et vous [NDLR : l'Afghanistan]", a déclaré vendredi le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif. Ce regain de violence le long de la frontière de 2 600 km entre les deux voisins illustre la fragilité du cessez-le-feu conclu par Kaboul et Islamabad à l'issue d'affrontements meurtriers en octobre dernier. Le Pakistan et l'Afghanistan sont opposés par un différend de longue date, le premier accusant le second d'abriter des militants menant des attaques de son côté de la frontière, des accusations rejetées par les talibans.
Un porte-parole des talibans a confirmé, sans donner de détails, que les forces pakistanaises avaient mené des frappes dans certaines zones de Kaboul, de Kandahar et de Paktia. Kandahar est le quartier général des talibans, et la ville où réside leur chef spirituel suprême, Hibattulah Akhundzada. Ce porte-parole a déclaré que 55 soldats pakistanais avaient été tués, indiquant que huit combattants talibans étaient morts et 11 autres blessés dans la province de Nangarhar où 13 civils ont également été blessés.
Une vidéo partagée par des responsables de la sécurité pakistanais montre des éclairs de lumière dans le ciel nocturne à la frontière entre les deux pays et l'on peut entendre des tirs d'artillerie lourde. Dans une autre vidéo montrant les frappes contre Kaboul, on peut voir une épaisse fumée noire s'élever au-dessus de la capitale afghane et un important incendie faisant rage.
"La contre-attaque contre des cibles en Afghanistan se poursuit", a indiqué un porte-parole du gouvernement pakistanais sur le réseau social X, expliquant que les frappes étaient une réponse aux "attaques afghanes injustifiées". Il a pour sa part assuré que 133 combattants talibans avaient été tués et plus de 200 autres blessés.
Les capacités militaires du Pakistan sont largement supérieures à celles de l'Afghanistan. Cependant, les talibans sont passés maîtres dans l'art de la guérilla, une tactique affinée par des décennies de combats contre les forces menées par les États-Unis, avant leur retour au pouvoir en 2021.
La Russie prête à servir de médiatrice
Les affrontements entre le Pakistan et l'Afghanistan en octobre ont fait des dizaines de morts parmi les soldats, jusqu'à ce que des négociations facilitées par la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite mettent fin aux hostilités. Les ministres des Affaires étrangères du Pakistan et de l'Arabie saoudite se sont entretenus ce vendredi pour discuter d'un apaisement des tensions, a indiqué le ministère des Affaires étrangères de Riyad sans préciser s'il avait joué un rôle dans la négociation d'un cessez-le-feu.
La Russie, seul pays à reconnaître officiellement le gouvernement taliban, a appelé à la fin des hostilités et a déclaré qu'elle envisagerait une médiation si les deux parties le demandaient, ont rapporté les médias d'État, citant le ministère des Affaires étrangères de Moscou. Le ministère chinois des Affaires étrangères a pour sa part déclaré qu'il avait mené une médiation dans le conflit par ses propres voies, et qu'il était profondément préoccupé par l'escalade.
Le Pakistan est en état d'alerte maximale depuis qu'il a lancé, en début de semaine, des frappes aériennes qui, selon Islamabad, visaient des camps du Tehreek-e-Taliban (TTP), ou Talibans du Pakistan, et des militants de l'État islamique dans l'est de l'Afghanistan. Les talibans ont déclaré que ces frappes avaient tué 13 civils et ont réaffirmé qu'ils n'autorisaient aucun groupe militant à opérer depuis leur territoire. Ils ont également averti qu'ils riposteraient de manière ferme.
Le gouvernement de la province pakistanaise du Pendjab a déclaré vendredi être en état d'alerte maximale face à la menace d'attaques terroristes, et avoir mené une série d'opérations de sécurité, conduisant 90 ressortissants afghans vers des centres de détention en vue de leur expulsion. Des responsables pakistanais ont déclaré ces derniers jours craindre une escalade des attaques de groupes armés dans les centres urbains.
Des talibans chargent un lance-roquette dans un véhicule, à la suite d'échanges de tirs entre les forces pakistanaises et afghanes, près de la frontière en Afghanistan, le 27 février 2026
Bon gré mal gré, elle s'est finalement pliée à l'exercice des questions-réponses. L'ex-secrétaire d'État Hillary Clinton a témoigné jeudi 26 février à Chappaqua, dans l'État de New York (États-Unis) devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. L'audition à huis clos, d'une durée proche de six heures, n'a pas abouti à de fracassantes révélations. Mais elle a donné la possibilité à la démocrate de se défendre sur la nature de sa véritable relation avec le financier américain et de sa compagne et complice, Ghislaine Maxwell. "Je n'avais aucune idée de leurs activités criminelles", a-t-elle assuré dans une déclaration liminaire, publiée sur son compte X. "Je ne me souviens pas avoir un jour rencontré M. Epstein. Je n'ai jamais voyagé à bord de son avion ni visité sa résidence insulaire ou ses bureaux."
Des liens "superficiels" avec Ghislaine Maxwell
Hillary Clinton et son mari Bill ont été appelés à témoigner à plusieurs reprises devant cette commission parlementaire pour évoquer la nature de leur relation avec l'ex-financier américain, retrouvé pendu dans sa cellule en 2019 après avoir été incarcéré pour avoir mis en place un vaste système d'exploitation sexuelle de mineures. L'ancien président a accueilli plusieurs fois Jeffrey Epstein à la Maison-Blanche lors de son mandat. Il a aussi voyagé à plusieurs reprises dans son jet privé et a été photographié plusieurs fois en sa compagnie. Était-il au courant de ses agissements criminels ? Interrogée par CNN en marge de l'audience, Hillary Clinton s'est dit "certaine" de l'inverse. Durant les échanges, elle a d'ailleurs régulièrement renvoyé la parole à son époux, qui doit être auditionné ce vendredi. "Vous devez poser la question à mon mari", a-t-elle ainsi souvent répété.
Lors de sa déposition, l'ex-adversaire de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2016 a évoqué de manière plus précise Ghislaine Maxwell, qui a notamment assisté en 2010 au mariage de sa fille, Chelsea Clinton. "Je connaissais Ghislaine Maxwell de façon superficielle, comme une simple connaissance", a justifié Hillary Clinton, qui a relaté une partie de ses réponses devant la presse à la sortie de son audition. Tout comme son mari, la démocrate a longtemps refusé de se soumettre à ce passage devant le Congrès, estimant que le camp républicain instrumentalisait l'affaire à des fins politiques. Mais, sous la menace de poursuites judiciaires pour "outrage" en cas de refus de comparaître malgré une assignation de la commission, les deux ex-responsables ont finalement acté début février leur venue devant les élus.
"Détourner l’attention des agissements" de Donald Trump
Une participation qui n'a pas empêché Hillary Clinton de dénoncer un "théâtre politique partisan" devant les journalistes. Selon elle, son audition constitue un moyen de ne pas mettre la lumière sur la relation entre Jeffrey Epstein et Donald Trump, qui a longtemps fréquenté l'homme d'affaires pédocriminel dans les années 90. "Vous m’avez contrainte à témoigner, en sachant pertinemment que je ne possède aucune information susceptible de vous aider dans votre enquête, afin de détourner l’attention des agissements du président Trump et de les dissimuler malgré les demandes légitimes de réponses", a-t-elle taclé, toujours dans sa déclaration liminaire. Plus tôt dans la semaine, plusieurs médias américains ont notamment révélé que certains documents concernant Donald Trump avaient été expurgés des dossiers Epstein au moment de leur publication, fin janvier. "Si cette commission voulait sérieusement connaître la vérité sur les crimes d'Epstein, (...) elle demanderait directement à notre président actuel de s'expliquer sous serment sur les dizaines de milliers de fois où il apparaît dans le dossier Epstein", a encore déclaré Hillary Clinton.
Face à la presse, Hillary Clinton s'est entre autres émue des échanges "inhabituels" tenus avec des membres républicains à la fin de la commission. "Ils m’ont interrogée à propos des ovnis et posé des questions au sujet du 'pizzagate', l’une des théories du complot les plus viles et bidon à avoir été propagées sur le web", a déploré la responsable de l'administration Obama. Elle fait référence ici à la théorie conspirationniste diffusée au moment de sa campagne présidentielle, lorsque de nombreux internautes avaient largement relayé l'idée que plusieurs de ses proches étaient à la tête d'un réseau de pédophiles, basé dans une pizzeria proche de la Maison-Blanche. Une rumeur saugrenue, mais qui n'avait pas été loin de déboucher sur un drame. Un homme avait ainsi pénétré le 4 décembre 2016 dans un restaurant de Washington et tiré plusieurs coups de feu. Il voulait "mener sa propre enquête" sur le "pizzagate".
Malgré les critiques d'Hillary Clinton, le camp trumpiste, lui, assume sa volonté d'avoir fait témoigner l'ex-cheffe de la diplomatie américaine. "Il ne s'agit pas d'une chasse aux sorcières partisane", a promis le représentant républicain du Kentucky et président de la commission James Comer, cité par NBC News. "C'était une motion, une motion bipartite, soutenue par les démocrates, visant à faire entrer les Clinton. Je ne pense donc pas que ce soit injuste envers [eux]." Le président américain, qui affirme être "totalement exonéré" dans l'affaire Epstein, avait demandé en novembre au département américain de la justice d'enquêter sur les liens entre plusieurs personnalités, dont Bill Clinton, et le criminel sexuel. "Epstein était un démocrate et il est le problème des démocrates, pas celui des républicains !", avait-il exhorté sur son réseau Truth Social. "Ne gaspillez pas votre temps avec Trump. J'ai un pays à gouverner !".
L'ex-secrétaire d'État américaine Hillary Clinton s'adresse à la presse après son audition devant une commission du Congrès sur l'affaire Epstein, le 26 février 2026 à Chappaqua (États-Unis).
Soixante-cinq kilomètres pour faire vaciller l'Europe. Depuis la fin de la guerre froide, le corridor de Suwalki donne des maux de tête aux militaires du continent. Situé entre l'enclave russe de Kaliningrad et la Biélorussie, ce mince espace est la seule langue de terre reliant les pays baltes à leurs alliés de l'Otan. C'est ici que le journal allemand Die Welt a imaginé, en décembre, un wargame. Ses résultats, publiés au début du mois de février, ont de quoi inquiéter les Européens. Il suffirait à Moscou de quatre jours pour prendre la ville lituanienne de Marijampole.
Le scénario se déroule dans un futur proche. En octobre 2026, un cessez-le-feu a gelé le conflit en Ukraine, permettant à la Russie de garder le contrôle sur les territoires occupés. Après un exercice conjoint entre Moscou et Minsk, plus de 12 000 soldats russes restent positionnés près de la frontière lituanienne. Des incidents éclatent dans la zone, et Vilnius décide de fermer sa frontière. Le Kremlin évoque une "crise humanitaire" à Kaliningrad avant de réclamer un corridor de transit à travers la Lituanie. Le gouvernement lituanien refuse, mais Moscou l'établit par la force. L'article 5 de l'Otan - qui implique que les membres de l'alliance se protègent mutuellement en cas d'agression - est évoqué. Les Etats-Unis refusent de s'engager militairement face à l'argument "humanitaire" évoqué par les Russes. En face, l'Europe hésite. Les Polonais n'envoient aucune troupe de l'autre côté de la frontière. L'Allemagne consulte les Landers, peinant à prendre une décision. Dans ce scénario, Berlin impose des sanctions, mais évite d'abord toute action militaire. Même la brigade allemande présente en Lituanie ne bouge pas d'un pouce. Marijampole tombe aux mains des Russes.
L'exercice est loin d'être une fantaisie. Utilisé depuis des années par les armées, le wargame sert à identifier les faiblesses et les points aveugles des joueurs. Celui de Die Welt a rempli son office. "D'après cette simulation, la prise de décision à Berlin est moins guidée par la lutte directe contre les objectifs fondamentaux de Moscou que par la recherche du consensus, la communication vers l'extérieur et la crainte d'une escalade", constate le journal.
Le constat est d'autant plus inquiétant que le journal n'a pas fait appel à des amateurs. Seize politiciens, militaires et experts allemands et membres de l'Otan ont pris part à l'exercice. Parmi eux, Peter Tauber, ancien secrétaire général de la CDU allemande - jouant le rôle du chancelier fédéral. Mais aussi Alexander Gabuev, directeur du Carnegie Russia Eurasia Center, dans celui du président russe. Il revient sur cette expérience dans un entretien pour L'Express.
L'Express : La simulation à laquelle vous avez participé se déroule dans un futur très proche. Quel est l'intérêt ?
Alexander Gabuev : Nous voulions tester un scénario précis, qui s’inscrit dans un cadre temporel très contraint. Nous imaginions commencer à un moment où la guerre en Ukraine s'est arrêtée, par exemple pendant un cessez-le-feu. Un instant où le conflit mobiliserait moins de ressources humaines qu’aujourd’hui côté russe, et où l'Europe ne se serait pas encore suffisamment remilitarisée pour faire face à Moscou. L'exercice a également été conçu à un instant dans une phase de rupture entre les Etats-Unis et l'Europe provoquée par Donald Trump. Il était très clair, selon nous, que la Russie peut voir cette situation comme une opportunité.
Le scénario a pour décor le corridor de Suwalki, un classique du genre. Depuis des années, de multiples wargames imaginent une invasion russe dans la région. En quoi celui de Die Welt était-il différent ?
Nous avons imaginé une incursion russe sur le territoire lituanien, du côté du corridor de Suwalki. A l'inverse des wargames habituels, où l'invasion se concentre en Pologne, nous l'avons faite se produire de l'autre côté. Dans cette configuration, j'ai été surpris de voir la supériorité tactique et opérationnelle écrasante de la Russie sur l'Europe - notamment grâce aux drones.
Dans l'exercice, l'Allemagne, la Pologne et la Lituanie se sont révélées incapables d'arrêter l'opération mise en place dans le corridor. La stratégie du Kremlin était simple : éliminer avec des drones tous ceux qui étaient à cet endroit, sans quitter le territoire russe. Ce point est capital. Dans la guerre actuelle, Moscou n'a plus besoin de mettre un pied sur un territoire de l'Otan pour déclencher des hostilités, ni pour commencer à établir un contrôle opérationnel.
En quoi la ville de Marijampole est-elle stratégique pour les Russes ? Est-elle un objectif de conquête ?
En démarrant l'opération, le but de Moscou n'est pas de conquérir plus de territoires, mais de lancer une négociation. Il cherche à peser davantage sur l’architecture de sécurité européenne. Ces objectifs ressemblent à ceux que Vladimir Poutine a formulé le 21 décembre 2025, après les discussions entre Russes et Américains à Miami. Dans notre scénario, le dirigeant russe commencerait les négociations en position de force. Il serait parvenu à démontrer que l'article 5 - la clause d'assistance mutuelle de l'Otan - est dénué de sens, car tous les membres de l'alliance ne bénéficient pas d'une protection égale. Que vaut exactement la défense otannienne si Moscou peut prendre une ville lituanienne sans que les Etats-Unis ne réagissent ? Si les plus petits acteurs sont laissés seuls ?
Dans ce scénario, vous ne déployez pas une stratégie de "conquête" de territoire. Moscou préfère s'orienter vers une solution diplomatique. Pourquoi ?
Après avoir pris le contrôle du corridor, nous avons choisi de sécuriser l'accès de la Pologne à la Lituanie. Notre but était de signaler que nous n'étions pas intéressés par une escalade avec Varsovie, et de décourager toute volonté européenne d'envoyer des renforts dans cette zone. Nous avons ensuite libéré de nombreux civils. Ces signaux ont ouvert la voie à des pourparlers immédiats pour trouver une solution diplomatique avec l'administration Trump - tout en conservant la maîtrise de Marijampole. Nous cherchions des moyens de lui assurer une victoire diplomatique en amont de la réunion de l'Otan prévue dans l'exercice, et nous étions sur le point d'y parvenir… Mais le wargame ne durait que quatre jours, et nous n'en avons pas eu le temps.
La leçon est claire : une fois que les Etats-Unis se retirent de la scène, de nombreux mécanismes de l'Otan sont paralysés. Le commandement suprême des forces alliées de l'Otan est un général américain. S'il décide de ne pas activer la clause de défense, personne ne le fera. A ce moment-là, l'infrastructure de commandement et de contrôle ne pourra pas être pleinement utilisée. Nos homologues allemands peinaient à identifier des options sans les Américains. Comment contrôler les mouvements de troupes ? Comment coordonner les opérations ? Sans parler du nucléaire, même au stade conventionnel, la situation devient vite ingérable si les Etats-Unis ne s'engagent pas. La dépendance vis-à-vis de Washington est vraiment un élément crucial. Je suis sorti de cet exercice beaucoup plus inquiet que je n'y étais entré.
La Russie invoque un prétexte humanitaire pour lancer son attaque. Vos adversaires allemands ont-ils été surpris ?
Le schéma est récurrent côté russe : la raison invoquée à chaque invasion est une protection de la population. Ce n'est pas une surprise. Mais les joueurs allemands ont été surpris de constater que les Russes puissent utiliser un prétexte humanitaire comme bouclier. Les militaires russes sont entrés dans le corridor de Suwalki aux côtés de membres d'ONG comme la Croix Rouge. Cela a posé un dilemme moral à l'Otan : expulser les troupes impliquait de tuer des civils russes et des habitants locaux.
Moscou a, de plus, presque immédiatement proposé aux Etats-Unis la voie de la désescalade. Nous leur avons assuré ne pas être là pour occuper le territoire, ni prétendre à une quelconque souveraineté, mais pour résoudre un problème humanitaire précis. En Allemagne, ces arguments ont trouvé un terrain très fertile. Pourquoi risquer une troisième guerre mondiale avec la Russie dans ce contexte ? Nous ne parlons, après tout, que d'un minuscule bout du territoire lituanien. Si les Russes sont prêts à le libérer, à l'évacuer, et ensuite rentrer chez eux, pourquoi risquer l'apocalypse ?
Dès que ces discussions ont eu lieu, les Européens se sont retrouvés en position de faiblesse. L'administration américaine ne cessait de leur mettre la pression pour ne pas escalader les choses avec la Russie.
L'exercice a fait beaucoup parler. Le contre-amiral Giedrus Premeneckas, chef d'état-major des armées lituaniennes, a assuré que les effectifs militaires - 17 000 en temps de paix, 58 000 soldats lors d'une mobilisation immédiate - pourraient assurer la défense du territoire. N'avez-vous pas été trop pessimiste ?
Cet exercice ne reprend pas strictement les critères des wargames militaires, conçus pour aider à la planification. Ces derniers détaillent beaucoup plus finement les mouvements de troupes. À ce niveau de détail, d’autres acteurs auraient été intégrés (Français, Britanniques…). Cette simulation était concentrée sur la réaction politique allemande.
Le but était de comprendre comment Berlin réagirait dans ce type de situation. La question s'est révélée très clivante. Leur équipe s'efforçait de maintenir l'adhésion de la population à une action de l'Allemagne dans le conflit. Ils cherchaient à obtenir le soutien populaire - ce qui s'est avéré très difficile. Les joueurs incarnant les dirigeants allemands ne cherchaient même pas à entrer en guerre contre les Russes, mais avaient besoin de l'accord du Bundestag pour avoir un mandat de négociation. Il leur a fallu environ 64 heures pour l'obtenir. Avec leurs hésitations, les Allemands ont perdu quatre jours. Pendant ce temps, les Russes se sont retranchés bien plus profondément dans le corridor. Ils ont infiltré la bulle de défense aérienne autour de la zone. Plus le temps passait, plus le coût de l'opération nécessaire pour les faire partir devenait supérieur à ce qui aurait initialement été le cas. C'était le coeur du calcul russe dans ce scénario : faire hésiter le plus longtemps possible les Européens pour que le prix d'une intervention militaire leur paraisse démesuré par rapport à son intérêt réel.
D'autres limites à ce scénario ont néanmoins été évoquées, comme celles de l'absence des services de renseignement. Dans la vie réelle, leur contribution aurait alerté beaucoup plus tôt les autorités allemandes et lituaniennes…
Nous avons déjà vu ce que donnait ce type de scénario il y a quatre ans, dans notre réalité. Les services de renseignement américains ont partagé des alertes sur les mouvements de troupes russes près de la frontière ukrainienne aux Européens. Ce n'a pas empêché la direction de la DGSE de ne pas y croire, parce que, objectivement, cette opération russe n'avait aucun sens.
Les décideurs rationnels projettent souvent leurs propres logiques sur les services russes. La sous-estimation du risque existe de manière importante, même quand les informations existent. Ensuite, l'évolution des technologies militaires permet de dissimuler plus facilement des mouvements de drones que ceux des chars. Ils sont aussi beaucoup plus rapides à déployer.
Nous avons évoqué l'article 5 de l'Otan. Mais la Lituanie est aussi un pays de l'Union européenne. La clause de défense mutuelle existant entre les pays de l'UE a-t-elle été sur la table ?
Les Allemands en ont beaucoup parlé dans leurs négociations. Nous ne le savions pas pendant le wargame - nous n'assistions pas à leurs concertations, et je ne peux vous en parler qu'à posteriori. Mais son activation restait politiquement difficile. Le déclenchement de l'article 42-7 nécessite un consensus au sein de l'Union européenne. Certains pays à l'est de l'Europe - la Hongrie, la Slovaquie - se sont prononcés contre. Dans la vie réelle, aujourd'hui, l'Union européenne ne peut pas adopter un nouveau paquet de sanctions contre la Russie car ces deux pays s'y opposent. Notre scénario n'est donc pas si éloigné de la réalité.
Les Européens n'ont donc pas changé depuis février 2022 et l'invasion russe en Ukraine ?
Les Européens sont désormais beaucoup plus réceptifs aux menaces russes, quel que soit le pays. Ce scénario est inquiétant, mais il a été imaginé pour attirer l'attention sur des menaces peu prises en considération. Il sert d'avertissement, et je suppose que le gouvernement allemand y réfléchit désormais très sérieusement. Si ce type de situation arrive, nous sommes déjà prévenus. D'autres scénarios restent à tester, avec différentes variables : la manière dont la situation en Ukraine évolue, et, surtout, l'issue de la prochaine présidentielle américaine.
Deux investissements majeurs en l'espace de six mois, qui ne doivent rien au hasard. En octobre dernier, Safran annonçait l'ouverture prochaine, au Maroc, d'une ligne d'assemblage de moteurs Leap, destinés aux A320 et A321 d'Airbus. Le 13 février, rebelote : le géant français de l'aéronautique, présent de longue date dans le pays, dévoilait cette fois-ci un nouveau projet d'usine de fabrication des trains d’atterrissage, toujours pour les futurs appareils de l'avionneur européen.
Pour Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Economie et des Finances du Maroc depuis 2021, ces victoires successives illustrent la capacité du Royaume à attirer les investissements étrangers. Auprès de L'Express, la première femme à occuper ce poste dans l'histoire, et diplômée d'HEC, détaille la stratégie industrielle et économique du gouvernement, avec comme horizon 2030, date de la Coupe du monde de football organisée conjointement avec le Portugal et l'Espagne.
L'Express : Safran a annoncé il y a quelques jours de nouveaux investissements majeurs au Maroc. En quoi ce partenariat s’inscrit-il dans la feuille de route industrielle du Royaume ?
Nadia Fettah Alaoui : Cette annonce conforte le positionnement du Maroc comme plateforme aéronautique nationale. C’est une étape supplémentaire dans la construction d’un écosystème solide. Nous ne sommes plus dans une simple logique d’implantation industrielle, mais dans une relation de confiance et de montée en gamme. Safran est présent au Maroc depuis 25 ans. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’arbitrer un lieu d’industrialisation, mais d’approfondir un partenariat stratégique.
Ces projets s’inscrivent dans une vision claire portée par Sa Majesté : ne pas se limiter à attirer des investisseurs ou de nouveaux métiers, mais renforcer la souveraineté économique du Maroc, diversifier notre base productive et assurer une intégration réelle dans les chaînes de valeur mondiales. Aujourd’hui, deux réussites sont reconnues à grande échelle : l’automobile et l’aéronautique. Elles démontrent que le Maroc est un partenaire industriel fiable, stable, capable de monter en gamme et en intelligence industrielle.
Après la voiture et l'avion, quelle est la prochaine frontière industrielle que vous souhaitez franchir ?
Nous avons identifié 16 secteurs industriels, structurés autour de 56 écosystèmes. Notre objectif est de créer de nouvelles locomotives et de faire émerger des champions nationaux, avec une logique de souveraineté au service des citoyens. Par exemple, l’agriculture est une réussite, mais la transformation agroalimentaire reste en deçà de notre potentiel. C’est un axe prioritaire de développement.
L’industrie pharmaceutique est également stratégique. La crise du Covid a renforcé la prise de conscience mondiale sur les enjeux de souveraineté sanitaire. Le Maroc, qui disposait déjà d’une base industrielle dans ce domaine, s’est rapidement positionné, notamment sur les vaccins.
Nous travaillons aussi à la valorisation des territoires et des ressources. L’activité économique reste concentrée dans certaines grandes villes. Nous développons donc de nouveaux pôles industriels hors de celles-ci, autour de l’hydrogène vert par exemple. Enfin, nous poursuivons notre intégration dans les chaînes de valeur mondiales, par exemple dans la mobilité électrique, en continuité avec ce que nous avons construit dans l’automobile et l’aéronautique.
Le Maroc attire un nombre croissant d’entreprises étrangères depuis plusieurs années. Quels sont aujourd’hui les avantages compétitifs du pays ?
Il y a plusieurs éléments déterminants. Le premier est la stabilité. Dans un monde turbulent, le Maroc est un pays qui inspire confiance. Etre fiable, prévisible, discipliné dans l’exécution de ses politiques publiques est un véritable atout économique.
Ensuite, il y a les grandes transitions que nous avons engagées, notamment la transition verte. Le Maroc l’a amorcée dès 2010 et nous suivons une trajectoire claire, sans dévier de notre ligne. Nous sommes en avance sur le développement des énergies renouvelables dans notre mix énergétique, même si nous voulons accélérer pour atteindre nos ambitions.
Il y a aussi la question des talents. C’est un élément clé, illustré par le dossier Safran. La présence d’ingénieurs et de techniciens qualifiés, ainsi que notre volonté de renforcer encore la formation, pèsent fortement dans les décisions d’investissement. Enfin, notre connectivité et notre logistique répondent aux meilleurs standards internationaux.
Comment éviter l'écueil d’une trop forte dépendance aux capitaux étrangers ?
L’ouverture du Maroc aux investisseurs internationaux est un choix stratégique, assumé et planifié. Mais le niveau d’intégration locale est aujourd'hui primordial. Dans l’automobile, par exemple, il dépasse 60 % et nous avons encore des ambitions supérieures. Nous avons réussi à structurer un tissu de PME marocaines autour de cet écosystème.
Une entreprise marocaine crée de la valeur au Maroc, permet d’innover et de favoriser l’emploi. C’est cela qui compte. Nous accueillons les entreprises internationales, mais nous soutenons également le capital marocain, en lui offrant des opportunités de montée en gamme et d’investissement. Les acteurs nationaux se sophistiquent et se modernisent. C’est cette combinaison qui permet de renforcer notre base productive.
Comment retenir les talents locaux ?
Nous formons aujourd’hui environ 24 000 ingénieurs par an. C’est important, mais cela ne suffit ni pour les besoins du Maroc, ni pour ceux du marché international. Nous devons donc continuer à augmenter cette capacité de formation. L’employabilité au Maroc est forte. Les ingénieurs trouvent des opportunités, des perspectives de carrière et évoluent dans leur propre pays. C’est un facteur essentiel.
Ils bénéficient aussi d’une exposition internationale. Même en travaillant au Maroc, ils sont intégrés dans des chaînes de valeur mondiales, ce qui garantit leur mobilité et leur évolution future. Nous formons également des ingénieurs à l’international. Beaucoup intègrent de grandes écoles françaises, avec de très bons résultats. Il y a là un axe de coopération à approfondir, qui suppose un travail conjoint et structuré. Enfin, l’apprentissage et la formation professionnelle sont essentiels. Dans l’aéronautique, les partenariats public-privé sont exemplaires. C’est une piste majeure pour former plus et mieux.
Comment le Maroc se positionne-t-il dans un monde fragmenté entre les Etats-Unis, l’Europe et la Chine ?
Le Maroc a toujours été un pays ouvert, qui entretient des relations de long terme avec l’ensemble de ses partenaires. Notre positionnement repose sur la constance et l’équilibre. Dans le contexte actuel de reconfiguration mondiale, que nous ne percevons pas uniquement comme un risque mais aussi comme une opportunité, ces qualités deviennent des atouts majeurs. Etre un partenaire stable et prévisible permet au Maroc de capter des investissements et de s’inscrire sereinement dans les nouvelles chaînes de valeur. Dans l’industrie, notamment dans les secteurs liés à la mobilité, nous accueillons des investissements en provenance des différents blocs économiques.
Et sur votre marché naturel, le continent africain ?
La vision portée par Sa Majesté est claire : nous n’abordons pas l’Afrique comme un simple marché. Il s’agit d’un destin économique et humain partagé. Le Maroc est aujourd’hui le deuxième investisseur africain en Afrique, et cette dynamique est portée en grande partie par le secteur privé.
Notre expansion s’est d’abord structurée en Afrique de l’Ouest, en raison de proximités linguistiques, culturelles et réglementaires. Concernant le Sahel, l’Initiative atlantique portée par Sa Majesté est essentielle. Elle vise à proposer des solutions de désenclavement et d’intégration économique en mettant à disposition des infrastructures marocaines, dans le cadre de modèles construits conjointement avec les pays partenaires.
Les banques marocaines sont de plus en plus présentes en Afrique. Quel rôle joue le secteur financier dans la stratégie économique extérieure du Royaume ?
Les banques marocaines ont effectivement une présence très forte, notamment en Afrique de l’Ouest, avec des parts de marché significatives, parfois supérieures à 30 %. Aujourd’hui, ce sont de véritables banques locales dans les pays où elles opèrent. Elles ont apporté des capacités financières solides, des bilans à l’échelle, mais surtout elles accompagnent les opérateurs économiques locaux, publics et privés. C’est un point fondamental.
Il ne s’agit pas simplement de banques au service des investisseurs marocains. Elles sont devenues des acteurs incontournables des économies locales, avec une stratégie ancrée sur place. A l’avenir, l’enjeu est d’aller vers davantage de sophistication financière. Les besoins de financement du continent africain dépassent largement les capacités du seul secteur bancaire, qu’il soit marocain ou non.
Nous souhaitons donc renforcer la coopération et développer l’accès à des financements internationaux et à des instruments financiers plus élaborés, afin de répondre aux besoins du continent.
Vos efforts de discipline budgétaire sont-ils en train de payer ?
Notre trajectoire macroéconomique est globalement solide. Après la période du Covid, où le déficit public avait atteint environ 7 % du PIB, nous avons engagé un programme de consolidation. Le déficit devrait se situer autour de 3,5 % en 2025, avec un objectif d’environ 3 % dès 2026.
La dette publique suit également une pente descendante, avec un niveau anticipé à 67,4 % en 2025, en avance sur nos objectifs. Ce qui compte avant tout, c’est la stabilité de cette trajectoire macroéconomique. L’inflation est maîtrisée, autour de 0,8 %, et la croissance reste dynamique, proche de 5 % en 2025, avec une projection similaire pour 2026. Cette discipline macroéconomique a permis de soutenir l'activité, car elle s’inscrit dans une stratégie de long terme. Pour une économie de la taille du Maroc, cette approche du temps long est essentielle.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis de l’économie marocaine ?
Le premier défi est la transition verte, car nous aurons besoin d’une électricité à la fois abondante, compétitive et décarbonée. Nous avons fait des choix stratégiques dans ce domaine et nous continuons à accélérer.
Le capital humain constitue également un enjeu central. Nous avons évoqué les ingénieurs, mais la réforme du système éducatif est cruciale pour renforcer la qualité de la formation. Enfin, la croissance doit se traduire par des créations d’emplois dans les territoires. Il est indispensable d’attirer davantage d’investissements dans les régions qui en bénéficient encore insuffisamment, et de lutter contre le chômage des jeunes, qui reste une priorité majeure.
Un exemple intéressant est la région de l’Oriental [NDLR : au nord est du pays], autour du futur port de Nador West Med. Ce projet s’inscrit dans la continuité du succès de Tanger Med. L’objectif n’est pas seulement de créer un nouveau port mais un véritable écosystème économique autour de cette infrastructure.
On observe déjà sur place l’installation d’opérateurs maritimes de dimension internationale. Une zone industrielle de plus de 700 hectares est en cours de développement, avec un potentiel important de création d’emplois.
Le modèle que nous visons ne repose pas uniquement sur l’infrastructure en elle-même, mais sur la capacité à attirer des investisseurs et des opérateurs économiques pour générer un tissu productif durable. L’enjeu est d’associer les acteurs régionaux, notamment dans la formation et l’insertion des jeunes, afin de créer une dynamique locale forte.
Le cap 2030, lié à l'organisation de la Coupe du monde de football, constitue-t-il une étape ou un horizon pour les réformes ?
Cette échéance ne modifie pas la trajectoire du Maroc, mais elle doit permettre d’accélérer certains investissements déjà planifiés, notamment ceux liés à la Coupe du monde. Ces projets restent essentiellement des investissements ciblés et opérationnels.
L’avantage de cet horizon est qu’il impose une plus grande cohérence dans l’exécution des politiques économiques. Les retombées ne seront d’ailleurs pas uniquement attendues en 2030 : elles sont déjà visibles aujourd’hui, notamment dans le secteur du tourisme, qui enregistre des niveaux d’activité historiques, avec l’espoir de poursuivre cette dynamique dans les années à venir.
Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous. Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.
Il y a une semaine, la Cour suprême des Etats Unis a jugé illégaux les tarifs douaniers imposés par le président américain. En réponse, Donald Trump a annoncé instaurer des taxes de 10 % sur tous les produits importés aux Etats-Unis. Dans la foulée, le Parlement européen a enfoncé le clou : l'Union a décidé de suspendre la mise en œuvre de l’accord conclut l’été dernier avec Washington.
Bref, la bataille des droits de douane est donc encore loin d’être terminée... En attendant, l’Europe doit trouver des solutions pour assurer ses exportations, et maintenir son économie. Alors l’Union européenne s’interroge : dans ce contexte, la Chine peut-elle être le bon partenaire ?
Dans cet épisode de La semaine européenne, Thibault Marotte, journaliste au service Economie de L’Express, détaille les enjeux de la relation économique entre la Chine et l'Europe.
Au terme de longs préparatifs (deux mois), la tenaille américaine est prête à se refermer sur l'Iran. Une fois encore, l'Amérique est sur le pied de guerre au Moyen-Orient. Et attend les ordres de la Maison-Blanche. L'US Navy a envoyé des dizaines de bâtiments de guerre en Méditerranée, en mer Rouge, dans le golfe Persique et en mer d'Arabie. L'US Air Force a elle aussi déplacé des centaines d'avions de guerre, de surveillance et de ravitaillement dans la région.
"L'armada est impressionnante, reconnaît l'amiral Jean-Mathieu Rey à propos des moyens exceptionnels mobilisés par la marine tout en remarquant à quel point la situation contraste avec le passé récent. "Depuis l'invasion de l'Irak en 2003, la marine américaine avait quasiment déserté la région", rappelle celui qui commandait, voilà peu, les opérations navales françaises dans l'Indo-Pacifique.
Rien, peut-être, ne symbolise mieux ce retour en force dans la région que la présence des deux porte-avions yankees : l’USS Gerald Ford (plus grand bâtiment de guerre américain), en provenance de la mer des Caraïbes et l'USS Abraham Lincoln (USS signifie United States Ship), précédemment en mer des Philippines. Le premier se trouve en mer Méditerranée, près d’Israël ; le second est positionné dans l'océan Indien, en mer d'Arabie. A eux deux, ces mastodontes transportent 150 avions de guerre (davantage que n'en possède l'armée de l'air française !) et 10 000 marins. Mais ce n'est pas tout. D'autres navires les accompagnent. "Un porte-avions ne se déplace jamais seul ; il est toujours escorté par un groupe aéronaval composé de deux ou trois destroyers (lanceurs de missiles), de deux ou trois autres navires de combat (qui peuvent opérer près des côtes), d'un ou plusieurs navires ravitailleurs et, surtout, d'un ou deux sous-marins à l'affût de menace sous-marine ou aérienne marine et capable de lancer des torpilles et des missiles aériens", détaille l'analyste Emmanuel Véron, enseignant à l'Ecole de Guerre.
A ce dispositif s'ajoutent encore d'autres destroyers et au moins 150 avions supplémentaires (de combats, de surveillance, de ravitaillement) disséminés dans au moins six pays : la Turquie, Chypre, la Jordanie, Israël, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Enfin, un troisième porte-avions, l'USS George H. W. Bush, actuellement dans l'Atlantique, cinglerait, dit-on, vers le "théâtre" du Moyen-Orient. "Cette concentration de forces est très inhabituelle; elle doit permettre de mener avec succès une campagne aérienne et navale contre l'Iran", calcule James Arnold, analyste et géostratège anglo-américain. Et cela, en protégeant Israël et en se défendant contre ce qu'il reste des "proxys" iraniens, à savoir le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen."
Un officier de l'US Navy passe devant des avions de chasse sur le pont d'envol du porte-avions USS Abraham Lincoln (classe Nimitz) lors d'une visite de presse à Port Klang, en périphérie de Kuala Lumpur, en Malaisie, le 26 novembre 2024.
Dès lors, la question est : l'armée américaine va-t-elle passer à l'attaque contre la République islamique ? Et quand ? "S'ils en reçoivent l'ordre, les militaires passeront à l'action. Ils sont maintenant fin prêt", estime l'amiral Rey. Un membre de la communauté du renseignement américain, désireux de rester anonyme, renchérit : "Il est inimaginable que le Pentagone mobilise autant de ressources pour, à la fin, ne pas les utiliser. Mais, comme au Venezuela, les choses se dérouleront probablement d'une manière à laquelle personne ne s'attend. L'élément de surprise fait sans doute partie du plan."
"Nous arrivons à la limite de nos capacités"
Seule certitude : aujourd'hui, les Etats-Unis sont le seul pays capable de projeter une aussi considérable armada aussi loin de chez elle. "La Chine, elle, peut difficilement intervenir militairement au-delà de 1 000 kilomètres de ses côtes, mais elle le saura peut-être d'ici à une décennie", remarque, à Washington, l'élégant colonel des Marines Grant Newsham, ancien chef du renseignement pour la région Asie-Pacifique. Cependant, la prouesse américaine est à nuancer. En mobilisant près de la moitié de leur flotte autour de l'Iran, les Etats-Unis fournissent un effort militaire énorme qui met ses forces sous tension. Comme nous l'apprend un récent article du Wall Steet Journal, l'équipage de l'USS Ford, qui devait rentrer au port après l'opération du 3 janvier au Venezuela, mais dont la mission a été prolongée de quatre mois, n'est pas enchanté. "Nous arrivons à la limite de nos capacités, souligne cet expert. Il nous serait d'ailleurs impossible de mener plusieurs missions du même genre simultanément, ailleurs sur la planète."
Il faut savoir, en effet, que l'US Navy dispose de onze porte-avions au total. Certes, c'est davantage que n'importe quel autre pays : la Chine en possède quatre, la France un et la Russie, zéro. Mais il faut comprendre, aussi, que seulement un tiers de ces navires sont en mer en même temps. "Pour un porte-avions en mission, il faut en compter un autre en réparation et un troisième en préparation, détaille Newsham. Puisque nous possédons onze porte-avions, cela signifie que seulement trois ou quatre (un tiers, donc) sont disponibles en même temps. Si deux (ou trois) d'entre eux sont, comme aujourd’hui, mobilisés au Moyen-Orient, c'est donc que nous baissons la garde dans d'autres parties du monde. Nous ne pouvons pas être partout à la fois."
Deux fois moins de navires qu'à l'époque de Reagan
De là à penser que, pour Pékin, le moment serait bien choisi pour attaquer Taïwan, il n'y a qu'un pas. "Heureusement, si ce scénario advenait, nous disposons encore de forces aériennes suffisamment puissantes pour rendre la vie des Chinois très compliquée", rassure le militaire américain qui déplore, au passage, la façon dont l'US Navy a réduit sa voilure après la guerre froide. "La marine américaine possédait 600 bâtiments de guerre à l'époque de Ronald Reagan ; elle n'en compte plus que 290 aujourd'hui."
Alors que les pourparlers de Genève entre diplomates de Washington et Téhéran se sont soldés par une impasse jeudi 26 février, les commandants de l'US Navy relisent la check-list des cibles iraniennes à frapper en priorité. Celles-ci appartiennent à trois catégories. Primo, les programmes de missiles, c’est-à-dire les systèmes de tirs et les stocks de munitions. Segundo, le programme nucléaire, soit : les usines d'enrichissement d'uranium dont celles de Fordo et Natanz (déjà frappées par les Etats-Unis lors de l'opération Marteau de Minuit, le 21-22 juin dernier). Tertio, les cibles politiques, autrement dit les chefs des Pasdaran (ou Gardiens de la révolution), des bassidjis (miliciens chargés de la sécurité) et de l'armée sans oublier les mollahs et, peut-être, leur chef suprême Ali Khamenei."
Les porte-avions sont moins vulnérables que l'on croit
Et l'Iran, au fait ? Combien de divisions ? Si sa marine est embryonnaire et son aviation pas de taille à rivaliser avec les F-35, F-18 et autres Hawkeye (avion radar) américains, il lui reste des forces conventionnelles : des milliers de missiles de courte et moyenne portée capables d'atteindre Israël, l'Arabie saoudite, le Qatar ou encore des bases américaines terrestres dans la région. "Cette véritable menace explique l'ampleur du déploiement militaire américain, reprend Emmanuel Véron, de l'Ecole de Guerre. Il doit permettre de se prémunir contre des attaques coordonnées de missiles, de drones de surfaces, de sous-marins ou de vedette rapides", explique-t-il. D'où le recours, aussi, aux batteries de missiles anti-missiles Patriot et aux systèmes THAAD (Terminal High Altitude Area Defense, capables de neutraliser des missiles au-delà de l'atmosphère) acheminés dans la région par des gros-porteurs.
A ce tableau, il faut encore ajouter l'élément des forces terrestres. "Il ne s'agit évidemment pas pour Donald Trump d'envoyer des troupes au sol en Iran, poursuit l'expert. Tout le monde sait que les Américains ne veulent pas de ça. En revanche, des forces spéciales – Navy Seals, Delta Force... – pourraient mener des opérations commandos héliportées, qu'il s'agisse de piégeage, d'élimination de cibles humaines ou d'enlèvement, comme ce fut le cas avec Nicolas Maduro début janvier."
Un changement de régime à Téhéran ?
"Nous sommes prêts pour tous les scénarios", affirmait le mois dernier, dans une interview exclusive à L'Express, l'amiral Daryl Caudle, qui dirige l'US Navy. Le lointain successeur du légendaire amiral Nimitz (vainqueur de la guerre du Pacifique) expliquait aussi que les porte-avions, dont l'invincibilité est régulièrement mise en doute, continueront de représenter un avantage militaire certain à l’avenir : "Disposer de terrains d’atterrissage mobiles capables de se déplacer sur des milliers de kilomètres autour du globe rapidement n’est pas quelque chose qui va se démoder bientôt", remarquait-il. Au reste, ces superstructures flottantes sont difficiles à atteindre du fait qu'elles se déplacent à la vitesse considérable de 32 nœuds, soit 60 kilomètres/heure. Elles sont aussi beaucoup plus résilientes que l'on ne l'imagine. "En raison de leurs énormes coques, épaisses et compartimentées, ce sont des navires difficiles à envoyer par le fond, indique le stratège anglo-américain James Arnold. L'US Navy a un jour tenté de le faire pour un de ses propres navires arrivé à l'âge de la retraite : elle n'y est arrivée qu'à grand-peine."
Quoi qu'il en soit, après l'échec des négociations, la perspective d'une nouvelle guerre se précise. Selon certains observateurs, les armes pourraient parler d'ici à quelques jours, voire à quelques heures. Seule certitude : Donald Trump ne veut pas perdre la face. Or son inaction équivaudrait à une victoire politique et psychologique iranienne. Nul ne peut prédire l'avenir mais il est clair que, après le succès de l'opération militaire au Venezuela, le président américain aimerait engranger une seconde victoire qui le ferait entrer dans l'histoire.
Un changement de régime à Téhéran? Cela offrirait aux Etats-Unis un levier sans précédent sur le marché mondial de l’énergie. Washington contrôle déjà, directement ou par alliés interposés (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Irak, Koweït), une part substantielle de la production pétrolière mondiale. L’ajout de l’Iran – qui possède les quatrièmes réserves prouvées au monde – porterait cette influence à un niveau inédit. La Chine, qui absorbe environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes (soit 1,38 million de barils par jour), serait la grande perdante d’un tel bouleversement. L’imbrication des intérêts énergétiques et stratégiques fait de cette crise bien plus qu’un bras de fer à propos du nucléaire iranien. C’est un moment charnière de la rivalité sino-américaine. Et une bataille pour l’hégémonie mondiale. Dont l'US Navy détient peut-être la clé.
L'amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central américain, fait une annonce à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln de classe Nimitz dans la mer d'Oman, le 7 février 2026.
En prenant la présidence de l'Union européenne en janvier 2025, la Pologne avait alerté sur les risques. Alors que le sous-secrétaire à la migration polonais, Maciej Duszczyk, avait accusé la Russie de vouloir "transformer les migrations en arme", une enquête du Telegraph révèle que la Russie envoie des migrants vers l'Europe à l'aide de tunnels secrets, creusés entre la Biélorussie, son alliée, et l'Europe. Selon le Telegraph, Minsk a tenté de faire traverser la frontière à des dizaines de milliers de migrants. Ce n'est pas une première puisque les relations s'étaient déjà tendues entre la Pologne et la Biélorussie en 2021, alors que cette dernière nourrissait une grave crise migratoire pour déstabiliser l'Union européenne.
"Les officiers de l'unité de la garde-frontière de Podlachie ont découvert au total quatre tunnels sous la frontière avec la Biélorussie, tous en 2025", a détaillé le lieutenant-colonel Katarzyna Zdanowicz au Telegraph. Selon des hauts responsables polonais, la Russie et la Biélorussie ont bénéficié d'aide pour construire ces tunnels, notamment de spécialistes du Moyen-Orient avec un "haut niveau d'expertise". S'il est compliqué d'être sûr de l'identité des groupes ayant apporté leur aide, les seuls groupes du Moyen-Orient capables de construire ces infrastructures sont le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah au Liban ou certaines factions kurdes. La piste de l'Etat islamique a également été évoquée.
Des pistes du Moyen-Orient
"L'une des choses que nous avons immédiatement remarquées après la guerre du Liban de 2006, c'était des défilés de camions-toupies faisant la queue dans le sud du Liban… Nous observions des quantités considérables de construction de tunnels iraniens", a détaillé l'historienne américaine militaire Lynette Nusbacher. "Nous avons également de nombreuses preuves que le Hamas faisait de même à Gaza. Donc, si vous cherchez cette expertise en matière de tunnels profonds, la réponse à votre question se trouvera du côté du Moyen-Orient." Des hypothèses validées par l'expert en fortifications Rob Campbell et Sarit Zehavi, ancien colonel des services de renseignement israéliens.
Le tunnel le plus important a été découvert près du village de Narewka, dans le nord-est de la Pologne, caché dans une forêt. Au total, 60 mètres de tunnel, dont 10 mètres en Pologne, qui ont permis à 180 migrants, d'Afghanistan et du Pakistan, de traverser la frontière. Renforcé avec du béton, le tunnel ne mesure pas plus d'1 mètre 50 de hauteur.
Ces tunnels sont une manière pour la Russie et la Biélorussie de tester la défense des frontières de l'Union européenne, alors que les frontières polonaises sont équipées de caméras thermiques et de systèmes de détection, efficaces même en souterrain, affirme le lieutenant-colonel. Des installations accompagnées d'une clôture de 200 km construite le long de la frontière entre la Pologne et la Biélorussie depuis mi-2022.
Tentatives d'ingérences
Ces tentatives de déstabilisation de la part de la Russie et de ses alliés s'intègrent à une campagne plus globale du Kremlin dans toute l'Europe, surtout depuis le début de l'offensive russe en Ukraine en 2022. Outre les nombreuses incursions de drones russes sur le territoire européen, la Lituanie a dû déclarer l'état d'urgence en décembre dernier après que des ballons météorologiques biélorusses sont entrés dans son espace aérien, transportant notamment des cigarettes de contrebande. Les autorités polonaises affirment avoir également été visées par ces ballons.
Ces derniers mois, la France a été la cible de plusieurs tentatives de déstabilisation russe. En janvier 2024, une vive émotion avait été provoquée par des étoiles de David taguées sur des murs à Paris. Au total, environ 250 tags avaient été retrouvés dans trois arrondissements de Paris, selon la cellule d'investigation de Radio France. L'opération aurait été commanditée par Anatoli Prizenko, un Moldave russophone qui ne cache pas son engagement pour la Russie. D'autres opérations similaires, comme des mains rouges peintes sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah en mai 2024, des têtes de porc posées devant des mosquées ou des inscriptions antisémites, menaient également vers des pistes russes.
Une démission de plus dans le sillage de l'affaire Epstein. Le président et directeur du Forum économique mondial de Davos, Borge Brende, a annoncé ce jeudi 26 février démissionner de ses fonctions, quelques semaines après l'ouverture d'une enquête sur ses relations avec le défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein.
En poste depuis 2017 à la tête de l'institution, l'ancien ministre norvégien des Affaires étrangères a fait connaître sa décision dans un communiqué. "Après mûre réflexion, j’ai décidé de quitter mes fonctions de président et directeur général du Forum économique mondial. Ces huit années et demie ont été extrêmement enrichissantes", a-t-il déclaré.
Le communiqué publié par le Forum économique mondial ne mentionne pas explicitement Jeffrey Epstein. Toutefois, dans des déclarations aux médias norvégiens, Borge Brende a reconnu des erreurs d'appréciation dans la gestion de ses échanges avec l'homme d'affaires américain. Il a affirmé ne pas vouloir que cette affaire détourne l'attention des activités du Forum, notamment le sommet annuel de Davos, qui réunit dirigeants politiques et économiques du monde entier.
"Vous me manquez, Monsieur"
Cette annonce intervient après les révélations du département américain de la Justice indiquant qu'il avait participé à trois dîners d'affaires avec Jeffrey Epstein et échangé avec lui par mails et par messages. Borge Brende a reconnu qu'il regrettait de ne pas avoir fait preuve de davantage de transparence concernant ces dîners et ces échanges qu'il avait eus avec Jeffrey Epstein. "Comme beaucoup d’autres, j’ai ressenti un profond malaise à l’idée d’être associé à Jeffrey Epstein, et j’ai craint que ces contacts ne soient interprétés autrement que pour ce qu’ils étaient réellement. C’est la réponse honnête", a-t-il déclaré au quotidien quotidien économique norvégien Dagens Naeringsliv.
Des messages échangés entre 2018 et 2019, rendus publics dans le cadre des documents liés à l'affaire Epstein, laissent apparaître un ton cordial entre les deux hommes. Borge Brende le qualifie notamment d'"hôte brillant" et écrit "vous me manquez, Monsieur" à l'issue d'un dîner réunissant également Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. Leur dernier échange aurait eu lieu une semaine avant l'arrestation de Jeffrey Epstein en 2019.
L'ancien ministre avait auparavant assuré qu'il ignorait le passé judiciaire et les activités criminelles de ce dernier lors de leur première rencontre en 2018, tout en reconnaissant qu'il aurait dû procéder à des vérifications plus approfondies.
Sa démission intervient dans un contexte de nouvelles révélations autour de Jeffrey Epstein, condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution auprès d'une mineure. Depuis, l'affaire continue d'ébranler des personnalités influentes du monde des affaires et de la politique, jusqu'à la famille royale britannique.
Le président du Forum économique mondial, Borge Brende, prononce son discours de bienvenue lors de la 55e réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos, en Suisse, le 21 janvier 2025.
Amarré en Suède, le porte-avions français a été mis en alerte ce jeudi 26 février. Alors qu'il participe à un exercice stratégique dans le port de Malmö, le Charles de Gaulle a été approché par un drone. Selon les informations du média suédois SVT, l'engin aurait décollé d'un navire russe stationné à proximité et se serait dirigé en direction du bâtiment français.
Repéré par les forces militaires suédoises, le drone a été ciblé par une opération de brouillage avant de disparaître, sans que l'on sache s'il s'est écrasé dans l'eau ou s'il est retourné sur le navire russe. Aucune information sur le modèle du drone n'a été divulguée.
Opération "Lafayette 26"
Le séjour suédois du navire français n'est pas de tout repos. Toujours selon SVT, une marée noire pétrolière a été découverte ce jeudi, en début d'après-midi dans le port où est amarré le Charles de Gaulle. "Nous sommes en train de déterminer d'où provient le pétrole et de prélever des échantillons, explique Karin Cars, chargée de communication des garde-côtes suédois, précisant qu'une enquête préliminaire sur des crimes environnementaux avait été ouverte. Aucun élément ne permet de dire que cette marée noire, contenue dans le bassin portuaire, soit liée au drone russe.
Arrivé en Suède mercredi, après avoir participé aux opérations "Orion 26" au large des côtes normandes, le porte-avions français doit y rester quelques jours avant de continuer son déploiement en Atlantique Nord avec la mission "Lafayette 26", coordonnée avec les forces de l'Otan. Elle vise notamment à "sécuriser les frontières de l’Europe" et à "promouvoir un espace maritime libre, ouvert et stable". La mission Baltic Sentry en mer Baltique, à laquelle va prendre part le Charles de Gaulle, est organisée dans un contexte tendu avec la Russie et les Etats-Unis au Groenland.
Power. Partnership. Presence. ⚓️ The French aircraft carrier Charles de Gaulle (CDG) has just dropped anchor in Malmö as part of Mission Lafayette 26. From the North Atlantic to the Mediterranean Sea, the Carrier Strike Group (CSG) sails with clear purpose and strategic intent. pic.twitter.com/Sj7TWTMBPq
Le porte-avions n'est pas arrivé seul en Suède puisqu'il est accompagné de plusieurs frégates de défense, d'un sous-marin nucléaire et d'un bâtiment ravitailleur. Pendant les opérations Lafayette 26, il sera aussi aux côtés de frégates italiennes, espagnoles, néerlandaises mais aussi marocaines et britanniques, a annoncé la Marine nationale. "La mission La Fayette 26 démontre ainsi la capacité de la France à déployer une force aéromaritime aux côtés de ses alliés et partenaires stratégiques en Atlantique Nord et en Méditerranée", a-t-elle précisé.
Depuis le 30 janvier, pas un jour ne passe sans que l'affaire Epstein ne fasse les gros titres. Mais certaines journées sont charnières dans la compréhension de ce dossier explosif, qui ne cesse d'être noyé par le flot de révélations médiatiques. Ces jeudi et vendredi pourraient être l'une d'elles : après avoir longtemps refusé, les époux Clinton vont témoigner, à huis clos, devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants, jeudi pour Hillary et vendredi pour Bill. Des témoignages sous serment alors que les deux personnalités politiques sont accusées depuis plusieurs années par Donald Trump d'être proches du prédateur sexuel.
L'organisation de ces deux auditions résulte d'un long bras de fer entre le couple et James Comer, le chef républicain de la puissante commission sur le dossier Epstein à la Chambre des représentants, spécialement créée pour enquêter sur les crimes de l'homme d'affaires. Pendant plusieurs mois, Hillary et Bill Clinton ont refusé d'honorer les convocations de la commission, estimant qu'elles étaient politiquement motivées et "légalement non valables". Le 13 janvier dernier, ils ne s'étaient pas rendus au Capitole devant la Commission, à majorité républicaine, un choix qu'avait regretté Comer, menaçant le couple de poursuites judiciaires pour entrave au Congrès. "Personne n'accuse Bill Clinton de quoi que ce soit de répréhensible, nous avons seulement des questions", avait-il alors réagi. Acceptant finalement de répondre aux questions du Congrès, ils avaient demandé à ce que ce soit fait publiquement, sans succès. Seules les transcriptions seront rendues publiques a finalement annoncé James Comer.
Des liens documentés
Si Donald Trump a évidemment pu instrumentaliser ces accusations pour détourner l'attention sur sa propre proximité avec Epstein, les liens entre les Clinton et le millionnaire, accusé aujourd'hui de trafic sexuel, sont bien réels, bien qu'aucun acte répréhensible n'ait été établi. Président américain de 1993 à 2001, Bill Clinton est mentionné plus de 1 600 fois dans les documents rendus publics par le département de Justice fin janvier. Selon des documents de la Commission électorale fédérale, Epstein a financé une partie de la campagne présidentielle victorieuse de Bill Clinton en 1992 et celle pour les sénatoriales d'Hillary Clinton en 1999.
Plusieurs photos des deux hommes ont été rendues publiques par le département de justice, ainsi que des photos de Bill Clinton en compagnie de jeunes femmes, anonymisées par un carré noir sur leur visage. Une en particulier, reprise de nombreuses fois sur les réseaux sociaux, montre l'ancien président avec une femme assise sur ses genoux. Alors qu'il a invité Jeffrey Epstein au moins 17 fois à la Maison-Blanche, et qu'il apparaît plus d'une vingtaine de fois sur la liste des passagers de son jet privé, Bill Clinton assure avoir coupé les ponts avec le millionnaire bien avant que ses crimes ne soient rendus publics. Contrairement à ce qu'affirme Donald Trump depuis plusieurs années, aucune preuve d'un séjour de Bill Clinton sur l'île d'Epstein, où de nombreuses femmes affirment avoir été sexuellement agressées, n'existe. En revanche, la commission pourrait s'attarder sur un voyage en Afrique du Sud en 2002 à bord de l'avion d'Epstein : selon un rapport du FBI, quatre jeunes femmes de 20 à 22 ans faisaient partie des voyageurs, dont une masseuse, une mannequin et une ballerine, rapporte le Washington Post.
#ClintonBodyCount
Pour les époux Clinton, l'absence d'audience publique va à l'encontre de la promesse de "transparence" faite par James Comer. "Vous aimez parler de transparence. Il n'y a rien de plus transparent qu'une audience publique, les caméras allumées. Nous serons là", s'était agacée Hillary Clinton sur X début février. Une manière pour eux d'éviter les fantasmes autour de ce dossier, alors que Donald Trump n'a cessé de l'instrumentaliser, n'hésitant pas à reprendre les nombreuses théories du complot sur le sujet. En 2019, après qu'Epstein ait été retrouvé pendu dans sa cellule, l'actuel président américain avait relayé des messages avec le hashtag #ClintonBodyCount, accusant le couple d'avoir tué le prédateur sexuel.
For six months, we engaged Republicans on the Oversight Committee in good faith. We told them what we know, under oath.
They ignored all of it. They moved the goalposts and turned accountability into an exercise in distraction.
À quelques heures de l'audience d'Hillary Clinton, qui a toujours nié avoir des liens avec Jeffrey Epstein, assurant n'avoir jamais voyagé dans son avion, la stratégie que le couple va adopter est encore floue. Si les liens entre Bill Clinton et le millionnaire sont documentés, ils pourraient utiliser leur audition pour ajouter des éléments au dossier et ainsi nourrir cette enquête interminable. D'autant que les révélations ne vont pas dans leur sens : mercredi 25 février, l'ancien ministre des Finances de Bill Clinton, Larry Summers, a annoncé sa démission de son poste d'enseignant à Harvard, l'université du Massachusetts qu'il a présidé de 2001 à 2006. Il avait déjà annoncé se retirer de la vie publique en novembre dernier alors que des correspondances entre lui et Epstein, après la condamnation de ce dernier en 2008, avaient été révélées. "J’assume l’entière responsabilité de ma décision mal avisée de continuer à communiquer avec M. Epstein", avait-il déclaré dans un communiqué.
Bill et Hillary Clinton ont refusé de témoigner au Capitole dans le cadre de l’enquête Epstein menée par la commission de surveillance de la Chambre des représentants, malgré la menace de poursuites pour outrage au Congrès.
Une décision symboliquement lourde de conséquences. Pour la première fois, les États-Unis vont fournir cette semaine des services de passeport dans une colonie israélienne en Cisjordanie, ont annoncé mardi 24 février plusieurs officiels américains. "Des officiers consulaires vont fournir des services routiniers de passeport à Efrat le vendredi 27 février", a ainsi indiqué, sur X, l'ambassade américaine à Jérusalem. Cette localité est une colonie située au sud de la ville palestinienne de Bethléem. La même source a ajouté qu'un projet similaire était prévu à Ramallah, ainsi que dans d'autres colonies et villes. Des dizaines de milliers de ressortissants américains disposant de la double nationalité israélienne résideraient en Cisjordanie, selon des estimations.
Marqueur fort
L'annonce de Washington constitue un nouveau marqueur fort de son soutien à Israël, qui ne cesse d'étendre son influence en Cisjordanie. Au sein du gouvernement du Premier ministre Benyamin Netanyahou, de nombreux élus nationalistes prônent une annexion du territoire occupé. Ce mois-ci, le pouvoir israélien a d'ailleurs approuvé de nouvelles mesures destinées à renforcer son contrôle sur cette région. Celles-ci permettent notamment de faciliter l'achat de terres par les colons israéliens – une initiative dénoncée par les Palestiniens comme une "annexion de facto".
Avec ce nouveau plan, l'État hébreu se laisse aussi la possibilité d'agir dans certaines zones cisjordaniennes jusque-là sous contrôle de l'Autorité palestinienne. Une décision officiellement justifiée "afin de lutter contre les infractions liées à l'eau, les atteintes aux sites archéologiques et les nuisances environnementales polluant l'ensemble de la région", mais qui vise avant tout à renforcer un peu plus l'influence israélienne dans ces territoires. Israël a également annoncé sa volonté d'administrer plusieurs sites religieux des villes d'Hébron et de Bethléem, aujourd'hui également sous responsabilité palestinienne.
Une "claire violation du droit international"
Fervent soutien d'Israël, le président américain Donald Trump a déclaré par le passé être opposé à une annexion par Israël de la Cisjordanie. Mais il n'a pris aucune mesure pour empêcher l'élargissement des colonies dans le territoire palestinien. D'après plusieurs ONG, leur nombre a d'ailleurs grimpé depuis que Donald Trump est revenu au pouvoir à la Maison-Blanche, en janvier 2025. Israël s'est donc logiquement empressé de saluer la décision de proposer de créer ou renouveler un passeport dans une colonie. "Nous saluons l’importante décision de l’ambassade américaine d’étendre ses services consulaires à Efrat", s'est félicité mercredi le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar. Une commission liée à l'Autorité palestinienne a à l'inverse appelé les États-Unis à revenir sur ce projet, fustigeant une "claire violation du droit international".
La position américaine apparaît comme à rebours de celle adoptée par la plupart des alliés occidentaux et arabes de Washington. Dans une déclaration conjointe publiée lundi 24 février, un groupe de ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays, dont la France, l'Espagne, la Turquie, l'Égypte et l'Arabie saoudite, ont condamné "avec la plus grande fermeté" les mesures décidées par l'État hébreu qui "étendent considérablement le contrôle illégal d'Israël sur la Cisjordanie". "De telles actions constituent une attaque délibérée et directe contre la viabilité de l’État palestinien et la mise en œuvre de la solution à deux États", ont-ils dénoncé.
Après l'annonce du plan israélien, un responsable de l'administration Trump avait de nouveau fait part de l'opposition du président américain quant à la prise de contrôle du territoire palestinien par l'État hébreu. "Une Cisjordanie stable garantit la sécurité d'Israël et est conforme à l'objectif de cette administration d'instaurer la paix dans la région", a ajouté ce responsable, dans un communiqué envoyé à plusieurs médias. Malgré tout, l'annonce de la mise en place de services de passeport dans une colonie pourrait renvoyer à une certaine légitimation de l'action israélienne en Cisjordanie. Une vision dont se défend Washington. Interrogé par Reuters, un porte-parole de l'ambassade américaine a soutenu que des services similaires étaient proposés dans le territoire aux citoyens américains disposant également de la nationalité palestinienne.
En marge de la guerre dans la bande de Gaza contre le Hamas, Israël a intensifié ses opérations militaires et renforcé son contrôle en Cisjordanie, qu'il occupe depuis la guerre de 1967. L'ONG Human Rights Watch a accusé dans un rapport publié en novembre dernier l'État hébreu de crimes de guerre avec des déplacements forcés dans le territoire palestinien. Benyamin Netanyahou et les membres de sa coalition gouvernementale donnent régulièrement des gages aux colons, l'un de leurs socles électoraux. Au total, plus de 500 000 d'entre eux vivent en Cisjordanie.
Des affrontements sanglants... qui pourraient se poursuivre encore durant des mois ? Le spectre d'une guerre au long cours en Ukraine inquiète de nouveau l'Europe en cette fin février, quatre ans tout juste après le lancement de l'offensive de la Russie sur le territoire de son voisin, à l'hiver 2022. Cette hypothèse est appuyée par une vaste étude de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), un des think tanks de référence au niveau mondial sur les questions de défense. Comme chaque année, le groupe de réflexion vient de publier ses perspectives en matière militaire pour l'année à venir. Avec un enseignement majeur : Moscou dispose de la capacité à maintenir sans trop de problèmes son attaque de l'Ukraine une année de plus.
Investissements militaires
Dimanche 22 février, le président russe, Vladimir Poutine, a ainsi fait part de son ambition de continuer à "renforcer l'armée et la marine" de son pays. Un objectif qui s'inscrit dans la poursuite de la politique menée ces dernières années : dans son analyse, l'IISS rappelle que les investissements de la Russie dans ses forces de défense ont déjà drastiquement augmenté depuis 2022. Rien qu'en 2025, ceux-ci ont encore crû de 3 %, après plusieurs années de hausse. Au total, ils ont représenté sur un an 186 milliards de dollars, soit environ 7,3 % du produit intérieur brut total du pays. Une proportion bien plus élevée que la part de la richesse nationale consacrée aux dépenses militaires par la France, la Chine ou les États-Unis.
La montée en puissance des moyens russes alloués à la défense est toutefois confrontée à un enjeu de taille : la perte de vitesse considérable, liée au conflit et aux sanctions internationales imposées à Moscou, de l'économie russe. Celle-ci n'a connu qu'environ 1 % de croissance en 2025 - un chiffre semblable à celui attendu pour cette année. De fait, les experts estiment que l'augmentation des dépenses de défense du pays risque de se tarir quelque peu en 2026. Mais cette projection n'est pas de nature à inquiéter outre mesure le Kremlin. Les investissements massifs dans les équipements et l'armement menés par la Russie depuis quatre ans lui donnent en effet une certaine marge de manœuvre pour poursuivre son offensive en Ukraine.
La guerre a poussé Vladimir Poutine à engager ou finaliser le développement de nombreuses armes, comme de nouveaux missiles, souvent présentés à grands coups de propagande par les médias d'État russes. Le complexe industrialo-militaire du pays a par ailleurs été mobilisé pour créer une nouvelle version du drone Shahed iranien, produit directement depuis son sol. Le soutien de Téhéran a été essentiel dans l'avènement de ce projet. L'ensemble de ces paramètres fait donc dire à Bastian Giegerich, directeur général de l'IISS cité par le Guardian, que "peu d'indications" montrent aujourd'hui que "la capacité de la Russie à poursuivre sa guerre contre l'Ukraine pour une cinquième année soit diminuée".
Difficultés à recruter de nouveaux soldats
Pour autant, plusieurs aspects ont malgré tout de quoi préoccuper Vladimir Poutine. L'économie qui tourne au ralenti en est donc un. Taux d'intérêt très élevés, inflation généralisée, difficultés d'investissements pour les entreprises, manque de main-d'œuvre... La guerre en Ukraine a considérablement affaibli Moscou sur ce plan, avec des conséquences encore difficiles à anticiper à long terme. Mais le principal danger pour la Russie actuellement réside dans ses difficultés de recrutement pour soutenir ses combats sur le champ de bataille. Chaque mois, l'armée a besoin d'enrôler environ 30 000 nouveaux hommes afin de poursuivre son offensive. Or, il existe "des signes de plus en plus nombreux indiquant que le taux de recrutement de la Russie commence à être inférieur à ses pertes mensuelles", pointe Nigel Gould Davies, un autre expert de l'IISS, toujours auprès du Guardian.
Le Kremlin ne communique pas précisément sur les pertes humaines subies par son armée. Un récent décompte du média russe indépendant Mediazonaet de la BBC Russia a confirmé la mort de plus de 200 000 soldats russes depuis 2022. Un chiffre qui pourrait être largement sous-estimé, selon les sources. Toujours est-il que Moscou a donc de plus en plus de mal à trouver de nouveaux volontaires pour combattre. Des détenus, parfois considérés comme très dangereux, sont envoyés sur le champ de bataille. L'armée recrute aussi des malades atteints de graves pathologies psychiatriques, ou des hommes souffrant d'alcoolisme ou de toxicomanie. Des profils qui ne sont pas toujours à même de constituer de véritables atouts pour l'armée russe, mais qui sont là pour faire le nombre une fois sur le front.
Pour pousser de nouveaux hommes à s'engager, la Russie promet aussi le versement d'importantes primes financières. "Le plus grand danger de ce modèle de recrutement de volontaires réside probablement dans l'impression que cela n'en vaut tout simplement pas la peine, car on va mourir et la guerre ne finira jamais", relève Janis Kluge, chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP), dans un entretien accordé à Mediazona. "Et cela peut arriver de façon soudaine et inattendue si l'idée que c'est trop dangereux se répand parmi la population masculine russe." Pour le moment, aucune mobilisation générale n'est envisagée par Vladimir Poutine. La précédente mobilisation partielle, à la fin de l'été 2022, avait suscité une vague de contestation, avec des manifestations dans plusieurs villes russes.
Donald Trump de nouveau emporté dans la tempête de l'affaire Epstein. Près d'un mois après la publication, fin janvier, de plus de trois millions de documents relatifs à ce scandale sexuel, le président américain demeure fragilisé par ses anciens liens avec le pédocriminel, mort en prison en 2019. Mardi 24 février, la radio NPR a dévoilé que plusieurs dizaines de documents liés à l'actuel locataire de la Maison-Blanche ne figuraient pas dans les fichiers mis en ligne par le ministère de la Justice américain (DoJ).
Au total d'après NPR, 53 pages liées à Donald Trump manqueraient à l'appel parmi la somme de documents publiés par le ministère de la Justice. Parmi les fichiers absents : trois des quatre entretiens menés par le FBI avec une victime du couple Jeffrey Epstein/Ghislaine Maxwell. Cette dernière, qui dit avoir été abusée plusieurs fois par le prédateur sexuel, a aussi nommément cité le président américain dans une plainte de 2019. Dans les années 80, alors qu'elle était une jeune adolescente, elle aurait été présentée à Donald Trump par Jeffrey Epstein lui-même. Le républicain "l'aurait ensuite forcée à baisser la tête vers son pénis exposé, qu'elle aurait mordu", a-t-elle affirmé dans sa plainte, selon des éléments consultés par NPR. "En réponse, Trump l'aurait frappée à la tête et l'aurait mise à la porte."
Sur l'ensemble des entretiens menés par le FBI sur ce point de l'enquête, seul le premier échange entre les agents fédéraux et cette accusatrice a été mis en ligne fin janvier. Durant cette discussion, la femme ne prononce pas explicitement le nom de Donald Trump. Le journaliste indépendant Roger Sollenberger a également montré que les notes des fonctionnaires du FBI accompagnant trois de ces entretiens ont elles aussi été expurgées des dossiers Epstein. Parmi les fichiers mis en ligne, un diaporama réalisé par l'agence fédérale sur de possibles "personnalités importantes" impliquées dans l'affaire fait toutefois état d'accusations similaires. Une liste réalisée en interne des signalements émis à l'encontre du président américain dans cette affaire mentionne également des faits semblables. Mais ce second document est à prendre avec prudence, car il comportait principalement des accusations jugées farfelues par le FBI.
Des fichiers retirés, puis de nouveau accessibles
Au-delà du cas de cette femme, NPR, mais aussi CNN, relèvent le cas de nombreux fichiers d'abord mis en ligne par le ministère de la Justice fin janvier, puis retirés avant d'être de nouveau rendus accessibles. Plusieurs d'entre eux citent en particulier la rencontre de Donald Trump avec une autre jeune fille de 13 ans par l'entremise de Jeffrey Epstein. Elle aussi victime du criminel sexuel, elle aurait été présentée par ce dernier au républicain dans sa résidence de Mar-a-Lago. "Epstein a dit à Trump : 'C'est une bonne, hein ?'", est-il rapporté dans le compte rendu d'un de ces entretiens. D'après les éléments ayant pu être consultés par les médias, le président américain n'est en revanche pas mis en cause par cette femme pour une inconduite sexuelle à son égard. Mais les faits sèment le trouble sur l'ampleur de sa connaissance, ou non, des agissements de Jeffrey Epstein.
Donald Trump a toujours nié avoir été au courant des viols et agressions sexuelles commises par le financier. Dans cette affaire, "j’ai été totalement exonéré", a-t-il ainsi répété le 16 février dernier. Malgré ses dénégations, son ex-proximité avec Jeffrey Epstein continue de le poursuivre. En novembre, plusieurs e-mails, révélés par des élus démocrates, avaient déjà mis à mal sa version des faits. Ceux-ci avaient été obtenus par l'intermédiaire des légataires de l'homme d'affaires américain. "Bien sûr, il savait à propos des filles, comme il a demandé à Ghislaine d’arrêter", assurait en 2019 Jeffrey Epstein dans un courriel au sujet de Donald Trump. Un autre message du criminel sexuel précisait que le président américain avait "passé plusieurs heures" avec une de ses victimes dans son domicile. Des allégations rejetées à l'époque d'un revers de la main par l'intéressé, évoquant un "canular" de l'opposition démocrate pour lui causer du tort.
Une chose est certaine : les dernières évolutions ne sont pas favorables à Donald Trump, qui peine à s'extirper du scandale. Alors que le Congrès a voté une loi pour obliger la justice américaine à publier les dossiers Epstein, l'absence de ces documents sensibles liés au dirigeant américain provoque la colère de l'opposition. "Le fait que le ministère de la Justice supprime des documents alléguant que le président Trump a commis des abus sexuels sur une victime mineure ne fait que renforcer mes sincères inquiétudes quant à une tentative de dissimulation de la part de la Maison-Blanche", a réagi le représentant démocrate Robert Garcia.
Depuis ces récentes enquêtes, la présidence américaine tente tant bien que mal de déminer les accusations contre Donald Trump. Une des porte-parole de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, a ainsi déclaré mercredi 25 février que le milliardaire républicain avait été "totalement exonéré de quoi que ce soit relatif à l’affaire Epstein". Face à la polémique montante outre-Atlantique, le DoJ a finalement fait un pas pour apaiser la situation. "Comme pour tous les documents qui ont été signalés (…), le ministère passe actuellement en revue les fichiers appartenant à cette catégorie", assure-t-il dans un communiqué ce jeudi. "Si un document s’avère avoir été mal classé lors du processus d’examen, et qu’il répond aux critères de la loi, le ministère le publiera, bien sûr."
Le président américain Donald Trump, ici le 2 février 2026 à Washington (États-Unis), demeure fragilisé par les révélations autour de l'affaire Epstein.
Les forces de sécurité cubaines ont abattu mercredi 25 février quatre personnes et blessé six autres se trouvant à bord d'une vedette immatriculée en Floride qui avait pénétré les eaux cubaines, a déclaré La Havane. Un commandant de patrouille cubain a également été blessé lors de cet incident, qui intervient dans un contexte de tensions élevées entre l'île et les Etats-Unis.
Le ministère de l'Intérieur cubain a déclaré que le groupe était composé de Cubains antigouvernementaux, dont certains étaient recherchés pour avoir planifié des attentats. Ils venaient des États-Unis, vêtus de tenues de camouflage et armés de fusils d'assaut, de pistolets, d'explosifs artisanaux, de gilets pare-balles et de lunettes de visée, a précisé Cuba. Un autre suspect cubain a été arrêté sur le territoire cubain dans le cadre de cette affaire, indique un communiqué officiel. "D’après les premières déclarations des détenus, ils avaient l’intention de procéder à une infiltration à des fins terroristes", a indiqué le ministère de l’Intérieur.
Une enquête a été ouverte pour déterminer exactement ce qu'il s'est passé, a déclaré ce dernier, précisant que les blessés avaient été évacués pour recevoir des soins médicaux.
"Extrêmement rare"
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré aux journalistes qu'il ne s'agissait pas d'une opération des Etats-Unis et qu'aucun membre du personnel du gouvernement américain n'était impliqué. Les autorités cubaines ont informé les États-Unis de l'incident, mais l'ambassade américaine à La Havane va vérifier les faits de manière indépendante, a précisé Marco Rubio. "Nous allons recueillir nos propres informations à ce sujet, nous allons déterminer exactement ce qui s'est passé, a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "Inutile de préciser qu'il est extrêmement rare d'assister à des fusillades en pleine mer comme celle-ci".
Cet incident intervient alors que les Etats-Unis ont bloqué quasiment toutes les exportations de pétrole à destination de Cuba, accentuant la pression sur le gouvernement communiste local. Désireux d'accroître l'influence de Washington dans la région, Donald Trump a dit par le passé ne pas exclure des interventions militaires américaines supplémentaires dans la région, après la capture début janvier à Caracas du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié de Cuba. Le président américain a conseillé le mois dernier à La Havane de conclure un accord avec son administration "avant qu'il ne soit trop tard". Marco Rubio a réitéré mercredi sa rhétorique contre le gouvernement cubain, qualifiant le statu quo d'insoutenable et affirmant que Cuba devait changer "radicalement".
La Russie dénonce une "provocation" américaine
Les exilés cubains, largement concentrés à Miami, rêvent depuis longtemps de renverser le régime en place ou de le voir tomber, et ont par le passé comploté contre le gouvernement établi par le défunt leader révolutionnaire Fidel Castro, décédé en 2016 à l'âge de 90 ans. Des exilés cubains, soutenus et financés par la CIA, ont mené l'invasion ratée de la Baie des Cochons en 1961, un événement qui a renforcé Castro tout en le rapprochant de ses alliés soviétiques. D'autres paramilitaires cubains ont tenté ou mené des actes de sabotage au cours des décennies précédentes. De tels complots sont devenus beaucoup moins fréquents ces dernières années, mais les opposants au gouvernement communiste cubain ont pu être encouragés par les événements récents, qui ont donné une image de faiblesse aux dirigeants du pays.
Selon les autorités cubaines, la navette à grande vitesse interceptée mercredi s'était approchée à un mille nautique de Falcones Cay, sur la côte nord de l'île. Ses passagers ont ouvert le feu à l'arrivée d'une patrouille maritime cubaine. La Havane a déclaré avoir identifié les six occupants du bateau qui ont été faits prisonniers. Deux d'entre eux étaient auparavant recherchés pour suspicion de planification d'actes terroristes contre Cuba. L'une des victimes a été identifiée comme étant Michel Ortega Casanova, tandis que les trois autres n'ont pas encore été identifiées.
Indiquant mercredi ne pas pouvoir se fier aux éléments rapportés par les autorités cubaines, l'Attorney General (ministre de la Justice) de Floride, James Uthmeier, a dit avoir ordonné aux procureurs de mener leur propre enquête, en collaboration avec des agences floridiennes et fédérales.
Commentant l'incident, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a dénoncé ce jeudi auprès de l'agence TASS "une provocation agressive de la part des États-Unis visant à aggraver la situation et à déclencher un conflit".
Ce sont des accusations qui font tache pour une formation, l'AfD, qui a construit son image sur un idéal d'exemplarité. Différents médias allemands ont révélé au cours des semaines passées des pratiques relevant du népotisme. C'est tout d'abord le député Jan Wenzel Schmidt, élu du Land de Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, qui a été accusé par le magazine Der Spiegel à la fin de l'année dernière d’avoir confié certaines tâches de son activité parlementaire à des employés de sa société de produits de vapotage. Lesquels étaient rémunérés environ 550 euros par mois, avec de l'argent public.
Au début du mois, la chaîne de télévision ZDF a par ailleurs révélé que le père du ministre-président du même Land, Ulrich Siegmund, était employé par le député Thomas Korell, autre élu de Saxe-Anhalt au Bundestag et touchait 7 725 euros brut par mois. Le même Korell a également eu recours aux parents d’un autre député régional de l’AfD. Quant à Claudia Weiss, autre députée AfD de Saxe-Anhalt, elle s’est attachée les services de trois membres de la fratrie d’un cadre local du parti... tandis que l'une de ses filles, comme les compagnes de deux autres élus, sont rémunérées par le groupe parlementaire du parti au parlement de Magdebourg (capitale du Land de Saxe-Anhalt). Dans le Land de Basse-Saxe, des pratiques similaires ont été observées. Selon les médias, l’épouse du président local du parti, Ansgar Schledde, travaille au service d’un député fédéral AfD.
S'il est proscrit pour un député allemand d'employer l'un de ses proches, cette interdiction ne s'étend pas aux proches d'un collègue et c'est de cette ambiguïté qu'a joué l'AfD. Ulrich Siegmund s'est également fendu d'une justification plutôt originale dans une série de vidéos, arguant que la réputation du parti l'empêchait de disposer d'un grand choix de candidats et qu'il était plus facile de travailler avec des proches, en qui l'on avait davantage confiance... Enfin, il n'a pas omis de se draper dans la posture de victime : "Vous vous souvenez quand j'ai dit il y a quelques mois qu'ils tenteraient tout ce qui est possible pour empêcher notre succès électoral de devenir un événement historique ?", a-t-il déclaré.
Principale formation d'opposition
La coprésidente du parti Alice Weidel a pour sa part réagi le 24 février. "Il est désormais clair que les accusations portées par les médias sont infondées et complètement exagérées", a-t-elle affirmé, tandis que l'autre coprésident, Tino Chrupalla, a reconnu que la pratique consistant à employer des proches laissait un "mauvais goût" dans la bouche des électeurs. Avant de reconnaître que lui-même employait l’épouse d’un député... Björn Höcke, président de l’AfD en Thuringe, figure parmi les critiques les plus virulents de ces pratiques. "Nous seuls pouvons nous faire échouer. Mais cet échec devient possible", a-t-il écrit sur X.
L'AfD fait en effet figure de principale formation d'opposition en Allemagne, et ces différentes affaires tombent plutôt mal dans une année qui affiche un calendrier électoral dense, avec de nombreuses élections au niveau local. Sur la lancée de précédentes victoires, le parti compte notamment obtenir la majorité dans le Land de Saxe-Anhalt, le 6 septembre. Ces révélations, auxquelles s'ajoutent d'autres affaires (les liens de Tino Chrupalla avec la Russie, ceux d’Alice Weidel avec Donald Trump), ont permis au Premier ministre Friedrich Merz de lancer quelques attaques. "Nous devons non seulement adopter une ligne dure contre l'AfD sur les questions politiques, mais aussi la combattre en tant que parti des soi-disant hommes intègres et patriotes, a-t-il déclaré au journal allemand Die Rheinpfalz. Le parti se caractérise par un copinage et un népotisme profondément enracinés." Reste à voir si le vote pour l'AfD, souvent très idéologique, s'en trouvera affecté.
L'Islande, petit Etat insulaire de 400 000 habitants, pourrait-elle devenir le 28e Etat membre de l'Union européenne ? Selon plusieurs sources du média en ligne Politico, l'actuel gouvernement pourrait consulter ses concitoyens dès le mois d'août 2026 pour un référendum d'intégration à l'UE.
La semaine dernière, la ministre islandaise des Affaires étrangères, Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, a annoncé que le Parlement présentera une résolution ce printemps sur l'opportunité d'organiser un référendum sur la reprise des pourparlers d'adhésion à l'UE. "Les développements dans les affaires mondiales montrent que nous devrions examiner ce qui est le mieux adapté pour renforcer nos défenses et notre sécurité", a-t-elle expliqué auprès de la radio publique RÚV.
Des pourparlers accélérés
L'actuelle coalition dirigeante de Reykjavik, au pouvoir depuis 2024, avait promis d'organiser un référendum sur la reprise des pourparlers d'adhésion à l'UE d'ici 2027. La décision de reprendre les pourparlers dès le printemps 2025 serait alors une preuve d'accélération. Un revirement après qu'un gouvernement précédent a gelé les négociations en 2013, et définitivement abandonné la candidature d'intégration en 2015. Selon le média public RÚV, deux sondages d'opinion en 2025 indiquaient une majorité étroite en faveur de l'adhésion à l'Union européenne. Dans l'un, réalisé par l'institut Prósent, 45 % des répondants se disaient favorables à l'adhésion de leur pays à l'UE, contre 35 % contre. Un autre sondage de Gallup donnait des résultats similaires, avec 44 % de votes favorables et 36 % d'opposition. Si les Islandais votaient pour le "oui", l'adhésion à l'UE pourrait alors être effective rapidement. Et pour cause : l'Islande est membre de l'Espace économique européen et fait partie de l'espace Schengen.
Cet élan référendaire en Islande intervient alors que les responsables de l'Etat insulaire ont régulièrement rencontré les plus hauts représentants de l'Union européenne ces derniers mois. Après une visite à Reykjavik en juillet 2025, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a de nouveau rencontré le Premier ministre islandais Kristrún Frostadóttir à Bruxelles le mois dernier louant un partenariat qui "offre stabilité et prévisibilité dans un monde volatile". Tandis que la commissaire à l'élargissement de l'UE Marta Kos a rencontré la ministre islandaise des Affaires étrangères Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir le mois dernier à Bruxelles.
La menace du Groenland, un déclencheur
Mais si le calendrier des négociations en Islande pourrait voir une accélération, c'est en partie lié aux menaces que font peser les États-Unis sur l'Etat insulaire. Il y a d'abord eu l'imposition des droits de douane, fixés à 15 % et plus. Mais surtout, ce qui inquiète le plus, les déclarations de Donald Trump sur l'annexion du Groenland, pays voisin de l'Islande. "La question du Groenland oblige les Islandais à réexaminer leurs relations internationales, et elle alimente dans une large mesure le débat sur l'adhésion à l'UE en Islande", a déclaré Eirikur Bergmann, professeur de politique à l'Université Bifrost d'Islande, auprès du média Euractiv.
Aux annonces fracassantes de Donald Trump sur le Groenland s'ajoute par ailleurs une confusion de son administration et de lui-même au sujet de l'Etat insulaire. "Je pense que l'Islande mentionnée quatre fois dans le discours de Donald Trump au Forum économique mondial de Davos le mois dernier alors que le président américain parlait du Groenland a certainement échauffé les esprits", a déclaré un responsable de l'Union européenne auprès de Politico, ajoutant qu'elle "doit être troublante pour un petit pays". En outre, "la blague" de l'ambassadeur américain en Islande, Billy Long, selon laquelle le pays nordique devrait devenir le 52e Etat américain, sous-entendant au passage que le Groenland serait le 51e, est très mal passée sur l'île. Une pétition signée par près de 4 000 Islandais demandait son éviction fin janvier.
Aussi, l'Islande n'a pas d'armée et dépend de son adhésion à l'Otan et d'un accord de défense bilatéral de 1951 avec les Etats-Unis pour sa sécurité. Une adhésion à l'Union européenne pourrait ainsi lui apporter davantage de gages de sécurité face aux velléités expansionnistes de Donald Trump.
Des manifestants brandissent un drapeau islandais (à gauche) et un drapeau européen (à droite) sur la place Austurvöllur, face à l'Althingi, le parlement islandais, à Reykjavik, en Islande, le 15 mars 2015.
Depuis le 22 février, le Mexique est à feu et à sang. La mort d'un puissant baron de la drogue lors d’une opération militaire, Nemesio Oseguera, alias "El Mencho", a plongé le pays dans le chaos. On dénombre à cette heure près d'une centaine de morts. Les Etats-Unis avaient promis une récompense de 15 millions de dollars pour la capture d'"El Mencho". Les cartels mexicains occupent une place importante dans le livre que publie cette semaine l'ancien patron du 36, quai des Orfèvres, Bernard Petit, Tsunami blanc (Plon). Une enquête très complète sur le narcotrafic international, de l'Amérique du sud aux villes européennes.
L'Express : Le décès de Nemesio Osegueradu, chef d’un des plus gros cartels de drogue mexicain, dans une opération militaire, provoque des violences dans tout le pays et plus de 70 morts. Êtes-vous surpris par l’ampleur de cet événement ?
Bernard Petit : Pas vraiment. Il s’agit du chef du cartel de Jalisco, un des plus violents et de loin le plus armé du Mexique. Il fallait donc s’attendre à une réaction. Pour mémoire, la seule année 2023, on dénombrait 30 000 meurtres liés au narcotrafic au Mexique ! Les cartels ont infiltré en profondeur les institutions du pays. Des journalistes, des juges, des policiers, des douaniers, des militaires sont devenus leurs affidés, quand ils ne sont pas directement issus de leurs rangs. Dans de nombreuses villes, les polices locales sont à la solde d’un cartel : les agents ferment les yeux sur les activités illégales en échange d’argent ou par peur, parfois les deux. Certaines zones où l’Etat est défaillant se trouvent ainsi de facto sous la coupe des cartels.
Washington a fourni des renseignements à Mexico, qui ont facilité le raid. Jusqu’où les Américains s’impliquent-ils au Mexique ?
Dans leur lutte contre les cartels, les services américains utilisent les services et les moyens de la CIA et de l’armée comme, par exemple, des drones équipés de détecteurs de particules qui survolent le territoire mexicain et qui parviennent ainsi à localiser des laboratoires de méthamphétamine ou de fentanyl (la quasi-totalité de cette drogue consommée aux Etats-Unis arrive du Mexique où elle est fabriquée à partir de précurseurs importés de Chine) grâce aux émissions chimiques que ces installations chimiques relâchent dans l’atmosphère. Au début, ces survols se limitaient aux zones transfrontalières, mais il semblerait qu’ils s’aventurent aujourd’hui bien davantage dans l’espace mexicain.
Concernant précisément l’opération contre "El Mencho", il semble qu’une femme proche de la cible a joué un rôle clé dans sa localisation et que les services américains ont alors fourni un éclairage opérationnel pour éviter qu’il ne s’échappe. Pour mémoire, Washington avait promis une récompense de 15 millions de dollars pour sa capture.
Peut-on parler de narcoterrorismes à propos du trafic de drogue au Mexique ?
La décision de qualifier les cartels mexicains d’organisations terroristes étrangères fait débat aux Etats-Unis. Ses partisans font valoir qu’à l’instar des groupes terroristes, les cartels recourent à des méthodes destinées à terroriser la population (attentats à la bombe, décapitations, pendaisons, enlèvements, massacres…) et à intimider l’Etat pour peser sur ses décisions. Les tenants de la qualification terroriste considèrent aussi que, si les cartels déstabilisent au premier chef le Mexique, ils n’en constituent pas moins une menace pour la sécurité des Etats-Unis en raison non seulement du trafic de drogue, mais aussi de leur implication avérée dans le trafic d’armes, la corruption et l’immigration. Les opposants à cette qualification terroriste considèrent que les cartels sont des entreprises criminelles exclusivement motivées par le profit et non par une idéologie ou des motivations politiques. Notons qu’il existe en France un débat de nature un peu similaire, même s’il reste différent de celui que l’on connaît en Amérique.
Quand certains évoquent une "mexicanisation de la France" à propos du narcotrafic, comment réagissez-vous ?
Pour la seule année 2024, on dénombrait 32 252 meurtres au Mexique dont les deux tiers directement imputables au crime organisé et au narcotrafic, soit plus de 20 000. Dans le même temps, la France comptabilisait 1 186 homicides dont 110 liés en lien avec le trafic… La France n’est donc pas le Mexique.
Certains responsables politiques préconisent toutefois le recours à l’armée pour lutter contre le trafic dans certains quartiers…
Les autorités ont jusqu’à présent rejeté cette approche qu’elles jugent inadaptée, déclarant qu’elles se concentrent plutôt sur le renforcement des moyens judiciaires, ce qui reste par ailleurs à démontrer.
Dans votre livre Tsunami blanc, vous expliquez que la lutte contre le narcotrafic ne peut se résumer à des questions binaires du type "je suis pour ou contre le recours à l’armée"…
Le narcotrafic est un problème complexe, qui a plusieurs dimensions : géopolitique, économique, sociale, ordre public et santé publique… Cette complexité ne peut pas se résumer à un dilemme du type "Je suis pour ou contre le cannabis". J'ai fait toute ma carrière dans la lutte contre la criminalité organisée : les stups, le banditisme, les vols à main armée, les enlèvements, les réseaux de trafic… J’ai participé à des enquêtes qui concernaient les triades chinoises, certains groupes criminels des pays de l'Est, les mafias italiennes, et bien sûr les cartels. J’ai constaté que la criminalité évoluait selon trois phases séquentielles : un premier stade, celui de la prédation pure, plus ou moins opportuniste ou organisée. Au stade deux, le crime devient parasitaire, il contrôle certaines activités sources de revenus réguliers et il pratique une corruption encore sélective. Au stade trois, il est assez organisé pour établir des liens entre l’économie formelle légale et celle informelle illégale, et il recourt systématiquement à la corruption ou à l’intimidation.
Si le Mexique en est au niveau 3, où se situe la France ?
La France en est sans doute au stade deux. L’emprise du narcotrafic y est pour le moment surtout sociale.
C'est-à-dire ?
Les trafiquants tentent d’emboliser les quartiers et de contrôler les habitants. Ils achètent des commerces pour blanchir l’argent et rémunèrent un nombre croissant de personnes qui ne vivent ainsi plus que du trafic et qui leur sont redevables.
Si la France en est au stade 2, que manque-t-il pour qu’elle passe au stade 3 ?
Nous avons fait des erreurs dans la lutte contre le narcotrafic. Le débat s’est trop focalisé sur les produits (drogues douces, drogues dures, etc.) alors qu’il aurait dû porter sur les "vecteurs criminels", autrement dit les groupes criminels à la manœuvre. La Moccro Maffia en est l'exemple typique. Elle a commencé avec le cannabis dans la rue, elle a trouvé une façade légale avec les coffee shops, avant de basculer sur la cocaïne et les méthamphétamines, et de devenir un acteur de niveau international. On a tort de prendre les trafiquants pour des commerçants ou des hommes d’affaires en devenir... Ils essaient de se donner cette image, mais elle est trompeuse.
On a franchi un palier, c’est certain. Rappelons que le premier effet du narcotrafic, c’est de contraindre les maires à prendre des mesures s’ils veulent limiter son emprise sur leur circonscription. Ils doivent dès lors faire face à des pressions et à des menaces plus ou moins larvées, et même parfois à des agressions physiques. Le narcotrafic cherche ainsi à influer sur les programmes et l’attitude des élus. L’étape suivante consistera à mettre un pied dans la vie civique ou à soutenir des gens qui ne lui sont pas hostiles. Au Pays-Bas, la Moccro Maffia a su agir à travers certains lobbies pour peser sur le débat politique. Elle constitue le modèle criminel vers lequel tendent certaines organisations françaises.
En France, nous avons la DZ Mafia….
La différence entre la Mocro Maffia et la DZ Mafia est encore très importante. La Mocro Mafia offre, garantit, aux cartels un débouché vers l’Europe grâce à son emprise sur certains ports.
Les narco-trafiquants cherchent-ils déjà à influencer le vote en France ?
Je doute qu’ils soient organisés à ce point mais il n’est pas impossible qu’ils y arrivent ponctuellement localement.
Pensez-vous qu’il existe déjà une zone grise dans laquelle certains élus fermeraient les yeux sur certains trafics à des fins financières ?
Les trafiquants font tout actuellement pour préserver leur territoire et leur business. Pour cela, ils ont besoin que les institutions soient les plus passives possibles. D’où la nécessité d'approcher les élus locaux. Qu’ils soient de gauche ou de droite, ces derniers se montrent dans leur ensemble très courageux. Souvent, ils ne perçoivent que la pointe de l'iceberg et ils ne savent pas vraiment à quelles organisations ils font face mais ils résistent. Il faut vraiment les soutenir. Peut-être faudrait-il leur donner plus de moyens et les former davantage …
De quelle manière ?
Il faudrait s’assurer que la police municipale soit bien articulée avec la police nationale ou la gendarmerie. C'est vraiment important car les policiers municipaux voient beaucoup de choses. Il faut que leurs informations remontent jusqu’aux services de l’Etat qui ont besoin d’une cartographie en temps réel du trafic pour pouvoir intervenir ou alimenter les enquêtes judiciaires.
A vos yeux, la principale bataille contre la drogue se joue dans les ports. Pourquoi ?
Les Néerlandais, comme les Belges, ont perdu pendant deux ans le contrôle de leurs ports, et ce fut un raz-de-marée ! Rotterdam et Anvers étant redevenus aujourd’hui plus difficiles d’accès pour les trafiquants, et ce grâce à une action énergique des autorités de ces deux pays, d’autres installations, comme Le Havre, vont être davantage ciblées. Les Européens doivent défendre tous leurs ports de façon à ce que le trafic ne se déporte pas tout simplement de l’un à l’autre.
A-t-on pris la mesure de la corruption dans les ports européens ?
Je pense que oui mais il reste difficile de mesurer l’ampleur de ce phénomène. Un grutier qui accepte de déplacer un conteneur à la demande des narco-trafiquants peut toucher jusqu’à 30 000 euros. Comment résister ?
Le fentanyl peut-il submerger L'Europe ?
Les cartels sud-américains qui trafiquent la cocaïne, fabriquent et vendent du fentanyl en très grande quantité aux Etats-Unis. Ils ont par ailleurs fait la démonstration qu’ils avaient les moyens d’exporter leurs drogues sur le vieux continent... C'est donc tout à fait possible mais la demande en Europe ne correspond pas à ce type de produit. Les usagers recherchent plutôt des produits stimulants, cocaïne ou méthamphétamines.
Vous critiquez l'inconséquence des "bobos festifs, enfants gâtés, égoïstes et arrogants, rebelles, à deux balles, qui donnent leur fric aux dealers et qui contribuent à leur propre asservissement, en nous entraînant avec eux." Êtes-vous d’accord avec Gérald Darmanin quand il dit "en consommant de la drogue, même de manière festive, on finance les trafics" ?
Oui, je suis d’accord avec le ministre sur ce point. Nos actes individuels impliquent des conséquences au niveau de la société. Fumer un joint ou sniffer de la cocaïne, même tout seul dans son salon, n’est pas neutre. Le comportement dit "festif" dédramatise et banalise la consommation. Puisque c’est "festif", ce n’est pas grave… Ceux qui se croient à l’abri des trafiquants et du trafic parce qu’ils demeurent dans des zones encore épargnées se trompent. Pour le policier que je suis, cette myopie est même hallucinante. Les trafiquants qui gagnent énormément d'argent finissent toujours par avoir les moyens d’emménager un jour à côté de chez vous…
Des militaires patrouillent à Tapalpa, au Mexique, le 24 février 2026. Le pays fait face à une flambée de violence après la mort , le 22 février, du puissant narcotrafiquant "El Mencho".
Et si Wall Street s'effondrait ? Ce dimanche 22 février, un scénario sur l'avènement de l'intelligence artificielle, entièrement fictif, a affolé la bourse américaine. Tout est parti d'une publication du cabinet d’analyse financière Citrini Research. Spécialiste de la tech, celui-ci est réputé pour ses analyses prospectives - d'habitude très sérieuses et fondées sur des faits. Sauf que, cette fois, son fondateur, Alap Shah, s'est attelé à un nouvel exercice : un récit imaginaire, ancré en 2028, sur l'évolution des marchés confrontés à l'essor de l’IA.
Un texte d'une telle crédibilité que "The 2028 Global Intelligence Crisis" - "La crise mondiale de l'intelligence de 2028" - est rapidement devenu viral... Jusqu'à ce que la fiction finisse par avoir des répercussions bien réelles. Pourtant, dès les premières lignes, l'auteur prévient : "Ce qui suit est un scénario, pas une prédiction". Son objectif : "préparer [les lecteurs] aux risques potentiels alors que l'IA rend l'économie de plus en plus étrange".
Les salariés remplacés par l'IA
Dans cette note ultra-fournie, agrémentée d'infographies et de données, Alap Shah brosse le portrait d'une économie mondiale agonisante, terrassée par la technologie. Explosion du chômage, effondrement de la consommation, crash des marchés, impuissance des pouvoirs publics...
Le scénario dystopique prévoit que la crise s'amorcera avec l'omniprésence de l'intelligence artificielle et des agents autonomes, capables d'exécuter des tâches complexes. Ils codent, ils analysent, ils négocient... jusqu'à remplacer les cols blancs. En 2028 selon cette note, dans les bureaux des grandes entreprises américaines, les services juridiques, financiers, comptables et même informatiques sont devenus quasi-déserts, largement automatisés par IA.
Alors que le taux de chômage culmine désormais à 10,2 % - il était de 4,3 % aux Etats-Unis, en janvier 2026, la consommation des ménages, désormais précarisés, se contracte. Et c'est là que le système se fissure. En 2026, l’économie de consommation, centrée sur l’humain, représentait 70 % du PIB. En 2028, elle s'est effondrée. Car si les machines ont permis d'accroître la productivité, elles ne dépensent pas. L'auteur théorise alors le concept de "PIB fantôme" : l'argent est généré mais jamais réinjecté dans l'économie qui finit par céder. Logiquement, l’immobilier est entraîné dans cette chute. Suivent ensuite la plupart des domaines, y compris ceux "que nous pensions protégés par la valeur des relations humaines", et qui "se sont révélés fragiles", tranche ensuite Alap Shah.
En bref, si rien n'est fait pour endiguer cette trajectoire, nous pourrions être condamnés d'ici deux ans. Et comme sa publication le laisse deviner, au cabinet Citrini Research, ce n'est pas l'optimisme qui règne. En préambule, l'auteur tire la sonnette d'alarme : "Les mesures politiques ont toujours pris du retard par rapport à la réalité économique, mais l'absence d'un plan global menace aujourd'hui d'accélérer la spirale déflationniste".
Des conséquences directes sur la bourse
Sauf que, ces conséquences néfastes de l'IA n'ont pas attendu 2028 pour se manifester. La simple publication de ce récit imaginaire aura suffi à faire souffler un vent de panique sur la bourse américaine.
Ce lundi 23 février, les marchés ont enregistré une dégringolade chez plusieurs grands noms de la finance. Entre autres, la multinationale américaine de l'informatique IBM a constaté ses plus mauvais résultats depuis 2000 (-13 %). Des entreprises nommément citées par Alap Shah dans "The 2028 Global Intelligence Crisis", dont ServiceNow, DoorDash et American Express, ont elle aussi vu leurs actions chuter.
Une issue que James van Geelen, co-fondateur du cabinet Citrini et co-auteur de la note virale, n'avait jamais envisagée. "Si j'avais pensé que [l'article] allait faire bouger les actions, je ne l'aurais pas rendu gratuit", a-t-il assuré aux journalistes de Bloomberg. L'analyste le garantit, cette publication dépeint, certes, le pire scénario possible, mais ce lundi, le comportement des investisseurs était le fruit d'inquiétudes préexistantes.
La tension qui couve depuis plusieurs semaines entre Anthropic et l'administration américaine est montée d'un cran. A l'issue d'une réunion ce mardi 24 février entre le PDG de la société Dario Amodei et le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth, ce dernier a donné jusqu'à vendredi à la firme pour se plier aux desiderata du Pentagone. A savoir : la levée de ses restrictions quant à l'utilisation par l'armée de son IA Claude, qu'Anthropic entend exclure de deux domaines, la surveillance des masses d'une part et le développement d'armes autonomes d'autre part.
Des réserves inacceptables pour Pete Hegseth. Faute d'accord, le ministre américain menace d'annuler le contrat passé avec Anthropic à l'été 2025, pour un montant de 200 millions de dollars, ou encore de recourir au Defense Production Act, une loi de 1950 édictée dans le contexte de la guerre de Corée qui autorise le gouvernement à prendre le contrôle de sociétés au nom de la sécurité du pays. La loi a notamment été utilisée lors de l'épidémie de Covid, mais son recours manquerait ici de bases légales, selon des juristes. "Je ne suis pas sûr que cet aspect de la DPA ait jamais été utilisé de cette manière", a déclaré au Washington Post Jerry McGinn, directeur du Centre d'études stratégiques et internationales pour les questions relatives à la base industrielle.
Divergence idéologique
Dans un monde de la tech qui a largement prêté allégeance à Donald Trump, à l'image d'Elon Musk (xAI) ou de Sam Altman (Open IA), Anthropic fait figure d'exception. Fondée en 2021 par des anciens d'Open AI, la firme défend une vision de l'IA plus humaniste que celle de ses concurrents. Avec le Pentagone, les désaccords n'ont été qu'en s'accentuant. Alors que Pete Hegseth énonçait en septembre, via un mémo, "Fini l’idéalisme utopique, place au réalisme froid", et plaidait pour la levée des "contraintes juridiques pouvant limiter des usages militaires légaux", Dario Amodei a répondu par un essai, The Adolescence of Technology (non traduit), paru le 26 janvier. Il défend la mise en place de "limites à l’usage autorisé de [l'IA] par nos gouvernements" et assimile "la surveillance intérieure", "la propagande de masse" et "les armes autonomes" à de possibles "crimes contre l’humanité". Dario Amodei avait également qualifié Donald Trump de "seigneur de guerre féodal" dans un message Facebook au cours de la dernière campagne présidentielle, et appelé à voter pour Kamala Harris.
L'attitude d'Anthropic agace d'autant plus le Pentagone que Claude est à ce jour la seule IA habilitée à être utilisée pour les opérations classifiées. Mais la firme d'Elon Musk pourrait profiter de la situation, xAi étant sur le point d'être également habilité à intervenir dans ces domaines, avec son controversé outil Grok, selon le Wall Street Journal. Reste que la position de Dario Amodei n'a jusqu'à présent pas heurté le business plan de sa société, bien au contraire : la valorisation de cette dernière atteint 350 milliards de dollars, en attendant son introduction en Bourse courant 2026.